Auteur : Flojirô
Tigresse.perverse@laposte.net
Kou : "Mais pitié, arrêtez de lui envoyer des commentaire!!" _
Base : Gensomaden Saiyuki.
Disons que cette histoire peut se passer à peu prés n'importe quand : soit entre les deux saisons de l'anime, soit après la fin de la 2ème... Ca n'a pas beaucoup d'importance...
Titre : Pierres qui roulent... (pas douée pour les titres, moa... -_-)
Genre : Heeeeuuuu... ben c'est du Saiyuki, koi... déconne, baston, clopage, coups de baffeur, yaoi (à venir...)...etc... et pis, bien sûr, légère (juste c'qui faut, koi...) torture de persos innocents (ou presque) sinon, c'est pas drôle... niarck!! ^^
Une précision : Kougaiji est mon perso préféré, donc cette fic est pas mal centrée sur lui!! ^^
Couples : ben... rien de très original... Kou/Doku, Gojyo/Hakkai, Goku/Sanzo... et du GojyoxSanzo assez explicite à venir (j'adore ce couple pour l'attirance quasi purement physique qu'ils semblent exercer l'un sur l'autre...*sourire dégoulinant*)
Commentaires plus ou moins utiles :
Alors, pour les quelques mots jap qui se baladent au milieu... y'en a certain que je connais à peu prés (les mêmes que tout le monde quoi... baka, onegai, arigatto, urusei... tout ça tout ça...) et d'autres que j'ai identifié à l'oreille en regardant les VO... alors, si y'a des fautes, je m'en excuse d'avance, gomen... ^_^;;;
Bon, Cass' m'a demandé des traduc' (désolée, j'ai parfois tendance à croire que tout le monde connaît les mêmes choses que moi... référentiel nombrilocentrique... ^_^;;;) alors je met ici les termes qui reviendront le plus souvent, ça m'évitera de mettre 40 renvoient au milieu du texte, c'est pas toujours agréable...
Attention!! Je ne suis absolument pas une pro du japonais, loin s'en faut, alors il est fort possible qu'il y ait quelques erreurs...
Kso bonzu = sale moine... littéralement "moine de merde"... L'un des ptits noms affectueux dont Gojyo aime parer Sanzô... oui, oui, un peu suicidaire sur les bords le kappa...
Baka = crétin, con, abruti... y'en a encore qui connaissent pas?! ^_^;;;
Si on rajoute la particule "nee" : "baka nee", ça appuie encore la signification... genre le cas désespéré, quoi... ^^
Saru = singe... Donc, si on couple les deux on se retrouve avec le petit surnom "affectueux" attribué à ce pauvre Gokû : "baka saru", soit "con de singe"...
Gokû : "C'est beau les amis, nee?!" -_-
Urusei = La ferme! Ta (ou vos) gueule(s)! ... c'est l'expression favorite de Sanzo...
Gomen nasai = pardon plus ou moins rampant... plus simplement, on dit "gomen" ou encore "gomen nee"
Sumimasen = une autre façon de s'excuser... Hakkai utilise toujours celle-là, je me suis aperçue récemment...
Onegai = s'il te (vous) plaît ... Onegaishimesu, c'est la version... "plus poli" on va dire...
Arigatto = merci... arigatto gozaimesu ben pareil, c'est plus "poli"... plus fort aussi je crois...
Ojii sama = prince
Voilà, voilà... les choses redeviennent intéressantes dans ce chapitre... niarck niarck niarck... *sourire sadique et dégoulinant*
Alors, bon, attention aux yeux trop sensibles : je pouvais pas résister au lime plus longtemps... ^____________^;;;;;
Sanzô *écrase l'auteuse dingue d'un magistral coup de baffeur* : BAKA ERO SARU!!! _
Mais heeeeeeeeeuuuu!! Aïe!!!! -_- Sale puceau frustré va!! _
Gojyo *retient in-extremis le moine s'apprêtant à déclencher son sutra* : Nan, nan, nan! J'veux qu'elle m'en écrive d'autres moi des comme ça... *sourire pervers copyrighté* Allez Flo, balance la suite, je vais pas le tenir longtemps moi!!!
Oki! ^_^;;; Bon, ben le reste c'est de la torture de Kou, hein, rien de très original, la routine quoi...
Kou : Je la hais... -_-
J'espère juste que la scène dans la salle du trône, avec la pouffe et son scientifique dingue, fait pas trop redite de celle du premier chapitre... Enfin, bref, j'arrête de bavarder pour rien dire... place à la fic... Tadaaaammmmmm!! ^^
Soir de pluie... [1]
Allongé sur son lit, bras croisés derrière la tête, une cigarette éteinte au coin des lèvres, Gojyo fixait sur le plafond un regard vide. Cela faisait pas mal de temps qu'il avait abandonné l'idée de trouver le sommeil et le tambourinement incessant de la pluie sur le toit commençait à sérieusement lui taper sur le système... sans parler des ronflements bienheureux du singe! Mais ce qui, en réalité, l'empêchait de dormir n'était ni les éructations bruyantes de Gokû – il commençait à avoir l'habitude depuis le temps... – ni le ruissellement continu de l'orage – il n'avait jamais eu aucun problème avec la pluie, lui! Non, ce qui le faisait s'énerver tout seul sur son matelas, pester contre ce satané saru, contre ce putain de temps pourri, contre les voyages vers l'Ouest et les divinités sadiques était d'ordre purement physique, voire même hormonal... et n'était pas sans un certain rapport – voire même un rapport certain – avec un soi-disant moine désabusé et incroyablement sexy dont les moindres gestes hantaient ses nuits blanches depuis un certain combat marqué par un certain sort et un non moins certain contre-sort... Soupirant de frustration, il se leva d'un bond et réenfila rapidement vêtements et chaussures avant de franchir la porte d'un pas décidé. Contre ce genre d'excitation déplacée il n'y avait qu'un remède : trouver une fille!!
Le hanyou resta un moment debout sous le porche de l'établissement, le temps de terminer la cigarette qu'il avait rallumée en cours de route. Lorsqu'il finit par en écraser le mégot sous la pointe de sa botte il continua à fixer l'averse pendant de longues minutes avant de pousser un soupir à mi-chemin entre résignation et exaspération. Relevant autant qu'il le pu le col de son gilet, il s'avança sous la pluie d'un air déterminé.
Au dessus de lui, le front appuyé à l'une des fenêtre de l'auberge qu'il venait de quitter, un jeune homme brun le regarda disparaître au-delà de la barrière grisâtre des gouttes, une expression indéchiffrable au fond de ses yeux verts.
A une heure pareille le seul endroit où j'ai une chance de dégotter ce que je cherche c'est une taverne ou un bar... le style de coin où des gars dans mon genre se dépouillent les uns les autres à grands coups de carrés d'as. Je crois bien avoir vu un truc approchant quand on a traversé la ville... et si mes souvenirs sont bons j'irai plus vite en coupant par cette espèce de parc... Sans compter que cette putain de pluie est certainement moins forte sous les arbres!
Joignant le geste à la pensée, le sang-mêlé s'engagea sous le couvert de végétation tapissant la quasi-totalité de l'immense place centrale du village. Il marchait ainsi depuis quelques secondes, reconnaissant de la semi-protection que lui offraient les branchages entrecroisés au dessus de sa tête, lorsqu'il s'immobilisa soudain, les yeux écarquillés d'étonnement.
Oh non!! Non... ça c'est pas du jeu!!
Le regard du hanyou était fixé sur une silhouette solitaire, adossée à un arbre à quelques mètres de lui. Les pupilles écarlates détaillèrent le corps fin, à la pause abandonnée, inconsciemment lascive, la chevelure blonde plaquée le long du visage par la pluie, les gouttes, filtrées par les branchages, glissant lentement le long des épaules dénudées... elles s'attardèrent sur le jean noir enserrant les hanches fines, si différent de l'habituelle robe asexuée...
Nan mais c'est pas vrai... Il le fait exprès ou quoi..?! [2]
Il prit une inspiration saccadée, tentant de rebrousser
chemin, de focaliser son esprit sur son idée de départ...
Ouais, c'est ça... une FILLE!! Une jolie fille, bien allumeuse et bien
consentante...
Mais son corps lui sembla se mouvoir sans son consentement, un pas, puis l'autre... sa respiration s'accélérant à mesure qu'il s'approchait lentement.
Non... noooonnnnn! Demi-tour! Stop! Tu peux pas faire un truc pareil! Non seulement c'est un mec mais en plus c'est Sanzô...
Alors qu'il était parvenu à s'immobiliser, à quelques pas du blond, ce dernier leva lentement la tête dans sa direction. Un regard améthyste étrangement lointain se posa sur lui, le traversant, perdu dans ses propres ténèbres, dans ses souvenirs sombres que ramenaient infailliblement les jours de pluie. Le demi-sang avala douloureusement sa salive, ce regard voilé ne faisant rien pour apaiser son trouble... bien au contraire... Un nouveau pas le rapprocha du moine, puis un autre... Ils n'étaient plus qu'à quelques centimètres lorsque la brume du passé se déchira soudain, les yeux pâles s'ouvrant un peu plus grand sous la surprise alors qu'ils se fixaient sur les iris carmin. Un pli de mauvaise augure apparut entre les sourcils clairs tandis que le regard prenait une fixité glaciale, le tout signifiant clairement : "J'ignore ce que tu peux foutre là mais si tu ne barre pas dans la seconde, tu es mort!"
"Change de disque, kso bonzu! Tes menaces sont tellement éculées que t'as même plus besoin de les dire à voix hautes pour qu'on les entendent..."
Tout en prononçant ses mots d'une voix basse et entrecoupée, Gojyo avait posé ses mains sur le tronc de l'arbre, de part et d'autres des cheveux dorés ruisselant de pluie. Son corps se pencha lentement, son visage parcourant la faible distance le séparant encore de celui du blond.
*click*
Un bref et inquiétant bruit métallique. Un objet froid se posant sur sa tempe. Attendu... un sourire moqueur alors que ses lèvres se rapprochaient encore, son souffle irrégulier effleurant celles crispées du moine alors qu'il murmurait contre elles :
"Certaines choses... valent peut-être la peine de risquer la mort..."
Il termina ses paroles alors que sa bouche entrait totalement en contact avec celle de Sanzô, caressante, étrangement douce eut égard aux sentiments violents qui l'agitaient... Il sentit la pression sur sa tempe s'accentuer, ce qui n'eut d'autre effet que d'exacerber son désir, ses lèvres se faisant plus entreprenantes, son corps se rapprochant de celui du moine, le plaquant contre l'arbre alors que sa respiration s'accélérait encore.
Peut-être... peut-être que tu ferais mieux de tirer, Sanzô...
Ses mains quittèrent l'écorce rugueuse pour se poser sur les épaules trempées avant de descendre lentement le long du torse recouvert de cuir. Un frémissement parcourut le corps emprisonné sous le sien et il sentit presque la crispation du doigt sur la détente. Mais il était trop tard, bien trop tard pour reculer... sa langue cherchait toujours à forcer le passage entre les dents serrées alors que ses mains remontaient sous le vêtement moulant, arrachant un nouveau frisson à sa victime alors qu'un léger gémissement entrouvrait les lèvres récalcitrantes. Profitant de cette faiblesse, sa langue se glissa dans la brèche, son baiser se faisant plus profond, plus violent alors que ses mains parcourait possessivement le torse à présent quasi entièrement découvert. Le contact sur sa tempe se fit douloureux et il gémit à son tour contre la bouche conquise, n'en accentuant que davantage ses caresses. Une nouvelle pression contre son crâne, une dernière pensée cohérente...
Cette fois, je suis mort...
...avant que la douleur ne disparaisse soudain... le bruit à peine perceptible d'un objet entrant en contact avec le sol détrempé, une main se glissant dans sa chevelure, le corps contre le sien se détendant sensiblement... Sa bouche quitta celle à présent consentante du blond, lui arrachant un soupir de frustration alors qu'elle descendait le long de la mâchoire pour se loger dans le cou, goûtant la saveur légèrement sucrée de la peau, mêlée à celle de l'eau de pluie. Il sentit les doigts se crisper dans sa chevelure alors que la tête du moine partait en arrière, se posant contre le tronc, des gémissements sourds s'échappant de ses lèvres.
Son souffle de plus en plus oppressé contre le cou offert, Gojyo laissa ses mains glisser le long de la légère courbe du vente, atteindre les hanches étroites, se faufiler lentement sous la ceinture lâche du jeans... [3]
La pluie tambourinait toujours sur le toit de l'hôtel et un regard émeraude se perdait dans la contemplation de sa chute monotone, des images lui apparaissant tour à tour sur l'écran mouvant des gouttes... une cellule sombre dans laquelle brillait un instant l'éclair froid de l'acier... une porte claquant derrière une silhouette vêtue de noire... une forteresse aux murs tâchés d'écarlate... une chevelure couleur de sang s'estompant peu à peu derrière le ruissellement de l'eau... toujours, la pluie tombait...
Dokugakuji regarda son prince secouer farouchement la tête, une bonne partie de l'eau dont sa longue chevelure était saturée éclaboussant les murs. Ce réflexe de jeune animal fit naître un sourire tendrement moqueur sur le visage du youkai brun, tandis qu'il protégeait, main dressée devant lui, son visage du jaillissement de gouttelettes. Kou détestait au moins autant que les chats se retrouver sous la pluie, sujet de taquineries récurrent dont Ririn et lui ne se lassait pas... Tournant la tête, il croisa le regard vert pétillant de la gamine levé vers lui et son sourire s'élargit tandis qu'il lui adressait un clin d'œil complice. Relevant les yeux vers son prince, il s'apprêtait à entamer les hostilités lorsque ce dernier tourna vers lui un visage aux sourcils froncés et à l'expression déterminée. La vanne qu'il préparait mourut sur ses lèvres... manifestement, ce n'était pas le moment... A ses côtés, Ririn demeurât également coite. Même elle savait que dans certaines occasions, mieux valait ne pas titiller son frère...
Totalement inconscient du court échange venant de se jouer derrière son dos, Kougaiji tendit une main, paume ouverte, vers son lieutenant :
"Donne moi la pierre Doku."
L'interpellé eut un court instant de flottement avant de porter la main à l'intérieur de son manteau – ou de ce qu'il en restait après passage de la boule de feu de Kou... - La pierre... il l'avait presque oublié celle là, avec tout ça... [4] Extrayant l'artéfact de sa poche, il le déposa dans la paume de son prince. Les doigts griffus se refermèrent sur lui avec détermination avant que le regard cobalt ne se relève vers eux :
"Je vais voir la reine... Allez m'attendre dans nos quartiers."
Il se détourna sur ces mots, le ton sur lequel il les avait prononcé n'attendant d'autre réponse qu'une obéissance immédiate. Mais Dokugakuji ne l'entendait pas de cette oreille... Sa main se posa sur l'épaule de son prince, l'arrêtant dans son mouvement tandis qu'il affirmait, d'un ton au moins aussi péremptoire que le sien :
"Je t'accompagne, Kou."
Il sentit ce dernier se raidir un instant sous sa paume avant de se relâcher sur un soupir énervé.
"Si ça t'amuses..."
Il retira son épaule de l'étreinte de son lieutenant d'un geste sec et se dirigea rapidement vers l'extrémité du couloir. Doku lui emboîta le pas après avoir adressé à Ririn et Yaone un sourire rassurant, leur affirmant silencieusement qu'il veillerait sur leur prince. Il rattrapa ce dernier et marcha à ses côtés, sans un mot, se contentant d'être là pour lui. Il avait clairement perçu le soulagement de Kou sous son ton faussement agacé... Il était nerveux, cela se voyait rien qu'à la façon dont sa main se crispait sur la pierre. Le youkai brun fronça les sourcils : lui non plus n'était pas tranquille... la pouffiasse avait promis de libérer la mère de Kou, certes, mais le ferait-elle réellement? Ce n'était pas dans ses intérêts de perdre le soutien du fils de Gyumao, alors pourquoi avoir passé un tel marché? Tout ça ne lui disait absolument rien qui vaille... Oui, Kou allait certainement avoir besoin de lui...
La lumière blafarde des néons, le sourd grondement des machines enserrant le corps inquiétant de celui que l'on nommait le Dieu de la Destruction et, tranchant sur cette ambiance sombre, une colonne blanche retenant prisonnière une femme à l'expression résignée. Doku frissonna doucement, décidemment il n'aimait pas cet endroit... Une voix ennuyée retentit, faisant se hérisser les courts cheveux sur la nuque du brun.
"Tu m'as fait attendre, Kougaiji... M'as-tu ramené ce que je t'ai envoyé chercher au moins?"
Doku crispa les poings. Comment osait-elle parler ainsi à Kou?! Il détestait cette femme!! A quelque pas devant lui, son prince se raidit visiblement avant de répondre d'une voix ayant manifestement du mal à franchir la barrière de ses dents serrées :
"J'ai rempli ma part du contrat! A toi de tenir ta promesse!"
Un sourire ravi se dessina sur les lèvres dédaigneuses et Gyokumen leva une main un peu moins languissante que d'ordinaire, claquant en un appel impatient ses doigts aux ongles manucurés. Au pied de l'estrade, un lapin blanc sorti de l'ombre, immédiatement suivit de la silhouette négligée de son propriétaire. La reine éleva de nouveau la voix tandis que Nii s'approchait de Kou de son habituelle démarche traînante :
"Fort bien, Kougaiji, mais avant d'en venir à notre petit marché, il nous faut vérifier que tu as bien récupéré la bonne pierre... tu es toujours si peu efficace dans l'accomplissement de tâches aussi simples que celle-ci..."
Doku dû se faire violence pour ne pas sortir son sabre et se jeter sur elle, des dizaines de façons différentes de la découper en morceaux tout en la gardant en vie le plus longtemps possible lui traversant le cerveau. Devant lui, Kou semblait ressentir sensiblement la même chose et il percevait presque le grincement de ses dents sous les mâchoires contractées. Un frisson de dégoût clairement visible parcourut le corps élancé du prince alors que le lapin en peluche se haussait à quelques centimètres de son visage. L'animal joignit ses pattes avant sous l'impulsion de la main de son maître avant de s'incliner devant les yeux cobalts réduits à deux fentes inquiétantes.
"Sumimasen, Ojii-sama..." la voix sarcastique de Nii s'éleva derrière les simagrées de son jouet aux longues oreilles, "Oserai-je vous demander de me confier cet objet, onegaishimasu?"
Kou se détourna du lapin, dont la tête se baissait et se levait, encore et encore, devant lui, en un simulacre de respectueux embarras, et son regard accrocha celui de Nii alors qu'il tendait avec une répugnance manifeste sa main enserrant l'artéfact. Le scientifique s'empara du globe avec une courbette ironique que son petit animal relaya aussitôt, attirant de nouveau malgré lui les yeux du prince.
"Arigatto gozaimesu."
La voix traînante fit de nouveau frissonner Kou alors que la peluche se détournait de lui afin de se pencher curieusement sur la pierre verdâtre reposant sur la paume ouverte de son propriétaire. Il secoua ses longues oreilles d'un air perplexe alors que Nii élevait l'orbe entre ses doigts, le portant au niveau de son regard. Après quelques secondes d'examen silencieux, il se tourna vers l'occupante du trône qui observait son manége d'un air impatient, ses griffes impeccables battant nerveusement l'accoudoir du siège de pierre.
"Il semblerait que la mission du prince ait été, cette fois, couronné de succès, ma reine..." les pulsions meurtrières de Doku changèrent de cible, tandis que le lapin joignait ses pattes au dessus de sa tête en signe de victoire.
"Cependant, une vérification est toujours utile... un raisonnement scientifique est basé sur des faits concrets..."
Le sourire sinueux du savant ne plut que très moyennement au youkai brun, d'autant plus qu'il trouva un écho sur le visage de la reine, dont l'expression d'impatience ennuyée fit place à un air d'anticipation presque fiévreux... vraiment inquiétant... Reportant son attention sur Kou, il s'aperçut que ce dernier tremblait d'impatience tandis que le scientifique gravissait avec une lenteur délibérée les marches de l'estrade. Il se retint de se rapprocher, de poser sur l'épaule de son prince une main rassurante... il savait pertinemment qu'une telle démonstration de soutien en présence de sa belle-mère ne serait pas franchement à son goût...
"Ainsi donc, ce serait là la fameuse Pierre de Domination, nee?" une excitation inhabituelle perlait dans la voix de la femme et Doku la regarda admirer les reflets verts de l'artéfact avec un frisson d'appréhension. Tournant toujours l'objet entre ses doigts elle reporta son regard sur son beau-fils, prenant à son intention sa plus belle contrefaçon de ton maternelle :
"C'est très bien, Kougaiji, je suis fière de toi... Tu es le digne fils de ton père!"
Doku hésitait très sérieusement entre le dépeçage vivant et l'arrachage délicat des organes un à un et décida finalement que ni l'un ni l'autre n'était satisfaisant tandis que la voix reprenait :
"Mais même un enfant aussi brillant que toi ne peut tout savoir, nee? Par exemple, sais-tu que cette si joli pierre à d'autres usages que de contraindre l'esprit des humains?"
Sans attendre de réponse elle plaça le globe dans une sorte d'écrin métallique soudé à l'un des accoudoirs du trône. De fines lames recourbées, semblables à des griffes, ou à des serres de rapaces, se refermèrent sur l'artéfact qui se mit à irradier la même lumière aveuglante que dans la grotte, quelques jours plus tôt. Comme alors, Doku dû porter la main à ses yeux pour les protéger du rayonnement blessant et, lorsqu'il la baissa enfin, un étrange halo verdâtre, malsain, entourait Gyokumen dont la main reposait délicatement sur la pierre enchâssée. Un sourire triomphant apparut sur son visage et elle s'adressa de nouveau à Kou d'une voix presque suave, comme savourant chaque mot, tandis que le prince des youkai la regardait d'un air inquiet, son corps tendu comme une corde d'arc.
"Vois-tu, elle permet de décupler les pouvoirs de n'importe quel youkai, pour peu que l'on sache comment s'en servir..." elle tourna un bref sourire satisfait vers Nii - dont le lapin enfouit modestement sa tête entre ses pattes sous le compliment implicite - avant de poursuivre, sa voix se teintant de satisfaction perverse, "Bien, Kougaiji, si nous en revenions à notre accord..? J'avais promis de libérer ta chère mère, nee?"
Son regard se tourna vers sa gauche, et son sourire s'étendit face à la femme envoûtée, dont le buste semblait chercher à s'évader de sa prison de pierre.
"Oui... de la libérer... définitivement..."
Comme la voix froide teintée de joie sauvage s'élevait de nouveau, une certitude glaciale envahit l'esprit de Doku.
Ho non!! Non pas ça..!!
Simultanément à ses pensées, il vit son prince sursauter violemment. Lui aussi avait compris manifestement... un grondement rauque s'échappa de ses lèvres et il bondit en direction du trône, une flamme rugissant entre ses mains. Détournant les yeux de la statue, Gyokumen posa sur lui un regard ennuyé avant de lever d'un geste lent sa main libre, paume vers l'avant. Le halo verdâtre s'élargit, enveloppant le siège de métal ainsi qu'une parti de l'estrade. Au moment où il entra en contact avec lui, Kougaiji fut violemment repoussé en arrière et alla s'écraser au sol au milieu de la pièce où il demeura immobile, face contre terre.
"KOU!!!"
Dokugakuji s'apprêtait à se précipiter au côté de son prince lorsqu'il vit celui-ci se relever péniblement sur ses coudes. Le regard du fils de Gyumao se leva vers le haut bout de la salle et s'immobilisa soudain, ses pupilles fendues se dilatant tandis que ses lèvres bougeaient lentement, Doku devinant plus qu'il n'entendit le murmure qui en sortait :
"Iie... iie..."
Le brun se retourna juste à temps pour voir un faisceau de lumière verte s'échapper du bras tendu de Gyokumen et frapper de plein fouet le corps de la youkai ensorcelée. Pendant une fraction de seconde la pièce entière parut plonger dans le silence, il sembla à Doku que même les machines s'étaient tues alors que de minuscules fissures se dessinaient sur la pierre, s'étendant peu à peu, traçant de fines arabesques le long du buste élancé, du visage doux, entourant la colonne d'une délicate toile aux reflets d'émeraude. Puis une lueur d'un vert plus ardent se mit à pulser, comme venant de l'intérieur même de la statue, de plus en plus forte, en devenant presque insoutenable jusqu'au moment où la pierre pâle explosa soudain, une pluie de fins gravats fusant à travers la salle.
Un nuage de poussière retombait lentement et un bruit sourd retentissait douloureusement aux oreilles de Doku. Il lui fallut quelques secondes pour ce rendre compte qu'il s'agissait des battements de son propre cœur et pour percevoir, au-delà, les bruits emplissant la pièce, autour de lui. L'habituel martèlement des machines, un rire froid et sauvage, une respiration rauque et entrecoupée...
Kou!
Derrière lui, son prince s'était redressé et contemplait l'amas de débris là où, quelques secondes plus tôt, se tenait encore ce qui avait été sa mère. Sa poitrine se soulevait à un rythme erratique alors que son regard avait une fixité inquiétante. Dokugakuji avait fait un pas dans sa direction lorsque le bruit de nombreux pieds frappant rapidement le sol le fit se détourner de nouveau, alarmé. Sous son regard, un bataillon de garde s'immobilisa au pied du trône, regardant avec stupeur les morceaux de roche pulvérisée tapissant le sol et la poussière toujours en suspension dans l'air. Levant la tête vers le trône, leur chef s'adressa à Gyokumen :
"Majesté! Que s'est-il passé? Qui a..?"
Caressant d'un doigt la pierre toujours enchâssée dans son accoudoir, la démone ne dit mot, se contentant de poser sur lui son habituel regard dédaigneux. Ce fut Nii qui répondit, sortant de l'ombre derrière le trône, la tête de son lapin peureusement enfouie dans les replis de sa longue blouse froissée :
"J'ai malheureusement une bien mauvaise nouvelle à vous apprendre..." les yeux ronds de la peluche, qui venait de s'aventurer hors de son abri de tissu, se cachèrent derrière ses deux pattes avant alors qu'elle semblait secouée de petits sanglots, "Le prince Kougaiji semble avoir était pris d'un accès de démence et il a tenté de tuer notre bien aimée Gyokumen Koushu..."
Tous les regards se tournèrent instantanément vers Kou. Ce dernier fixait toujours les décombres d'un regard vide, l'air complètement étranger à ce qui se passait autour de lui. Doku grinça des dents alors que des murmures s'élevaient des rangs des youkai. C'était pas bon, ça... pas bon du tout!!
La voix traînante du scientifique s'éleva de nouveau, pleine d'une feinte tristesse :
"Croyez bien que cela désole la reine, mais elle se doit de vous demander d'arrêter le prince sur le champ... Il ne faudrait pas qu'il commette d'autres tentatives de ce genre, il me faut l'examiner avant qu'il ne blesse vraiment quelqu'un..."
Les regards perplexes convergeaient tour à tour vers Kou puis vers les occupants de l'estrade en un va et vient incessant tandis que les murmures inquiets s'amplifiaient. Doku décida qu'il était temps d'intervenir avant que le supérieur des soldats ne prenne seul sa décision et que les choses ne tournent au vinaigre. Faisant apparaître son sabre dans sa main pour donner plus de poids à ses paroles – et, puis, sait-on jamais, ça risquait bien de servir... – il apostropha violemment les youkais :
"C'est ainsi que vous tenez vos serments??"
Sa voix forte fit instantanément taire les hommes d'armes qui se tournèrent vers lui avec un bel ensemble tandis que, là-haut, le lapin en peluche se penchait en avant d'un air intéressé.
"A qui avez-vous juré fidélité? A cette... femme..?", il cracha presque ce mot, ayant difficilement renoncé à un qualificatif plus approprié mais sans doute pas de circonstance dans le cas présent...
"...ou à Kou?!"
Une nouvelle vague de murmure se souleva face à cette question et Dokugakuji la laissa passer quelques instants avant de reprendre :
"Il est notre prince, l'auriez-vous oublié? Vous lui avez tous prêté allégeance! Vous avez tous juré de le suivre, quoiqu'il arrive! Est-ce que vous allez le trahir maintenant?! Sur les simples allégations d'un malade faisant parler un lapin en peluche?!"
Ses paroles semblèrent faire mouche, les youkais échangeant des regards de plus en plus décidés en face de lui. Un petit sourire commençait à se dessiner sur ses lèvres lorsqu'un murmure continu, auquel il n'avait jusque là pas prêté attention, frappa soudain son esprit.
Ho non... non..!!
"KOU!! NON!!!"
Il se retourna d'un bond... trop tard... bien trop tard...
"Kai!!"
La silhouette flamboyante d'Engokuki jaillit du cercle ténébreux, entre les bras tendus de son prince et Doku n'eut que le temps de se jeter à terre alors que le shoukanma [5] clairsemait les rangs de leurs propres hommes... Dokugakuji perçut les cris d'agonie, le rugissement des flammes et puis le léger rire froid et satisfait de Gyokumen, mêlé à un étrange bourdonnement. Relevant précautionneusement la tête, il vit que la barrière protectrice que la reine avait dressé précédemment était en train de s'étendre, enveloppant peu à peu les youkais survivants. Sous l'impulsion de son maître, Engokuki frappa le bouclier verdâtre, encore et encore... Mais il semblait perdre de son énergie à chaque fois qu'il entrait en contact avec la surface miroitante et il finit par disparaître sur un dernier rugissement de fureur impuissante alors que Kou tombait un genou en terre, la respiration oppressée. Ses yeux étaient fixés sur le centre de la sphère tremblotante, sur sa belle-mère, et une flamme de démence brillait au fond des iris à la couleur de crépuscule.
Doku jeta un regard aux gardes encore debout, retranchés au pied de l'estrade, se rapprochant le plus possible de la protection que leur offrait si généreusement leur reine...
C'est foutu... plus la peine d'essayer de discuter après ça...
Il eut un grognement rageur avant de se retourner et de se précipiter vers son prince. Le saisissant fermement par le bras, il le remit sur ses pieds et le secoua doucement :
"Hoi! Kou! On ne peut rien contre elle!! Pas dans ses conditions! Il faut qu'on se tire!!... KOU!!"
Mais les mots ne semblaient pas atteindre le youkai à la chevelure écarlate dont les lèvres se mirent à psalmodier de nouveau tandis que son bras libre dessinait de subtiles arabesques dans l'air. Avec un soupir excédé le brun murmura rapidement :
"Gomen nee, Kou..."
Sur ces mots le tranchant de sa main s'abattit sur la nuque de son prince... Ce dernier s'effondra en avant et Doku, le rattrapant d'un bras, le jeta sans ménagement sur son épaule avant de se mettre à courir en direction de la sortie de la salle. Derrière lui retentit un cri suivit du bruit caractéristique d'une charge nombreuse.
"Rattrapez-les!! Et ramenez moi le prince vivant!!"
Dokugakuji soupira de soulagement : au moins, ils n'auraient pas droit à un jet d'énergie dans le dos... ils avaient une chance! D'un coup de sabre il détruisit la commande d'appel de l'ascenseur avant de se précipiter dans l'escalier et d'en mettre hors service de la même manière le mécanisme d'ouverture de la porte. Il entendit des chocs sourds résonner sur le métal, derrière lui, alors qu'il gravissait les marches quatre à quatre, sabre dressé, la tête de Kou battant son dos à chacune de ses foulées. L'alerte générale n'allait pas tarder à mettre toute la forteresse en branle, il fallait qu'ils atteignent l'aire d'envol avant cela...
Un bruit de pas nombreux retentit dans le couloir, juste devant eux, et Doku n'eut que le temps de se jeter derrière la première porte venue, qui s'avéra fort heureusement ouvrir sur une salle vide et manifestement désaffectée. Il en refermait à peine le battant qu'une voix bien connue de lui s'élevait, plaintive :
"Nee, Yaone-chan! Pourquoi faut qu'on aille voir ma mère?! Je l'aime pas, moi, cette vieille peau!"
Un sourire étira un instant les lèvres du youkai et il sentit presque le regard de Kou s'appesantir sur lui, sourcils écarlates froncés, râlant silencieusement contre la mauvaise influence que son bras droit exerçait sur sa petite sœur qui n'avait vraiment pas besoin de ça... Mais le poids du corps inerte de son prince, reposant toujours sur son épaule, le ramena à des considérations plus urgentes et il entrouvrit discrètement la porte, jetant un coup d'œil prudent à l'extérieur, à temps pour apercevoir Yaone poser un regard suspicieux sur la dizaine de youkais armés les encadrant, elle et la fillette, qui pestait toujours dans sa barbe. La youkai posa une main apaisante (protectrice..?) sur l'épaule de la rouquine avant de répondre :
"Allons Ririn-sama, ne parlez pas ainsi de votre mère... Elle veut sans doute simplement vous voir, vous ne croyez pas?"
Mais la jeune démone ne se laissa pas prendre au ton rien moins que convaincu de son aînée et une grimace dégouttée tordit ses lèvres avant qu'elle ne réplique :
"Tu parles! Je suis sûre qu'elle a encore inventé un sale truc pour faire de la peine à Onii-chan! Je la déteste!"
Doku vit la main de Yaone se crisper sur l'épaule de l'enfant avant que le groupe ne disparaisse à l'angle du couloir. Ouvrant complètement la porte, il s'y adossa un moment, dressant l'oreille au moindre bruit susceptible d'annoncer un nouveau passage, tout en réfléchissant rapidement à la meilleure décision à prendre.
Les rattraper serait faisable mais... avec tous ces "gardes du corps" autour d'elles... le risque est bien trop grand : que l'un d'eux s'échappe et donne notre position et on est cuit! Non, mieux vaut s'enfuir sans elles... Et puis, Yaone n'a pas tord : c'est sa mère après tout! Ririn sera bien plus en sécurité ici qu'en compagnie de deux fuyards... et puis j'ai pas le choix toutes façons! Kou râlera contre moi s'il en a envie, mais c'est la meilleure solution si on veut tous s'en sortir vivants!
Fort de cette certitude, Dokugakuji raffermit sa prise sur le corps de son prince avant de s'élancer dans la direction opposée à celle prise par le groupe qu'ils venaient de croiser.
Les appartements de Kou... Ils vont concentrer les recherches sur les accès aux aires d'envol et aux sortis de la forteresse, c'est clair. On a une chance!
Son sabre rougit du sang des quelques youkai qu'ils avaient croisés - et qu'il s'était résigné à tuer, augmentant d'autant la liste des crimes dont Gyokumen lui répondrait – Doku referma derrière lui la porte des quartiers privé de son prince, détruisant ici aussi le système de fermeture, ce qui ralentirait toujours un peu d'éventuels poursuivants, tandis qu'il rassemblait ses souvenirs, ramenant son esprit des années auparavant, alors qu'il n'était que depuis peu au service du fils de Gyumao...
Kougaiji était debout, au centre de cette même pièce, son envoûtant regard violet posé sur lui, semblant le jauger, soupeser la confiance qu'il pouvait mettre en lui... Puis il se détournait, se dirigeait vers le mur au centre duquel trônait l'imposante cheminée, des flammes rugissantes dansant dans son âtre un ballet sauvage. Il parlait tout en marchant, lui expliquait...
"Je n'ai encore jamais montré cela à quiconque, seuls ma mère et moi étions au courant, et j'ignore encore comment elle-même l'avait découvert... Mais je crois qu'il est bon que tu saches..."
Il avait terminé sa phrase en appuyant de trois doigts sur de légères anfractuosités de la roche, indiscernables de toutes les autres, pour autant que Dokugakuji pouvait en juger... et, lentement, une partie du mur avait basculé, dévoilant une ouverture de la taille d'un homme qui se prolongeait par un tunnel sombre où se perdit rapidement la vue du youkai.
"Ca tourne quelques temps avant de déboucher un peu en retrait de l'aire d'envol. L'idéal pour s'éclipser sans attirer l'attention. Je pense qu'il est bon que mon lieutenant connaisse l'existence de ce passage..."
Il s'était retourné vers lui à ces mots, lui faisant signe d'approcher alors que sa main quittait le mur. Le temps que Doku arrive à ses côtés, la brèche s'était refermée, aucune trace n'en subsistant, même pour qui venait de la voir ouverte... Fasciné, le youkai passa doucement sa paume sur le mur, tâchant en vain de retrouver la commande cachée. Avec un petit sourire moqueur, son prince avait saisit sa main, la guidant vers les trois légères éraflures, semblables à un coup de griffes, que devaient suivre délicatement les doigts afin de se laisser glisser jusque sur les infimes aspérités commandant le mécanisme...
Comme ce jour-là, il posa sa main sur le mur, l'effleurant délicatement... L'âtre était froid et aucune main ne guidait la sienne, mais il finit par trouver ce qu'il cherchait : les trois entailles, menant aux trois poussoirs camouflés... Et le passage s'ouvrit devant lui, comme ce jour-là. Mais il n'avait pas le temps de s'en émerveiller cette fois... Il s'engouffra rapidement dans le tunnel sombre et, tandis que l'ouverture se refermait lentement derrière lui, il fit disparaître son sabre et fouilla ses poches jusqu'à en extraire sa lampe torche, dont il dirigea le faisceau devant lui avant de se mettre en route. Se séparer, même temporairement, de son arme n'était peut-être pas très malin, mais se rompre le cou en trébuchant dans les ténèbres de ce boyau au sol inégal ne lui rapporterait pas grand-chose... et tenir à la fois Kou et son sabre tout en orientant correctement la lampe relevait de la gageure! Il pria donc silencieusement pour que son prince ne se soit pas trompé et que le tunnel ne débouche pas au beau milieu d'une pièce emplie de gardes ou, plus drôle encore, dans la salle du trône... Il imaginait la tête hilare de Gyokumen s'il débarquait soudain au pied de l'estrade, son prince sur le dos, au moment où un étrange bruit de tambourinement, se répercutant sur les parois de pierre, le tira de ses pensées ironiques. Il s'immobilisa un instant, en cherchant la source, lorsqu'il comprit soudain.
La pluie... On ne doit plus être à l'intérieur des murs. Et plus très loin de la sortie...
Il redoubla de prudence, prêt, à chaque pas, à sortir son arme, lorsque le faisceau de sa lampe butta soudain sur l'opacité d'une paroi de pierre, juste devant lui.
Et merde! Kou n'avait pourtant pas parlé de commande cachée à la fin du passage... c'est quoi ce bordel?!
A peine finissait-il de jurer intérieurement que le mur s'effaça devant lui, manifestement dirigé par un mécanisme automatique, révélant une nuit pluvieuse à peine moins sombre que le tunnel qu'il venait de parcourir. Eteignant sa lampe et lui substituant son sabre, il se dirigea prudemment vers l'extrémité du goulot. Apparemment, Kou avait vu juste : à quelques pas en dessous de lui il pouvait entendre glapir les dragons, tandis qu'une avancé de roc les protégeait des regards. Déposant délicatement son prince à terre, il s'avança en rampant et jeta un coup d'œil prudent en contre-bas. Il fallait s'y attendre : plusieurs youkai montaient la garde autour des montures... Cependant, ils étaient assez peu nombreux autour de chaque dragon et, s'il pouvait en repérer un isolé...
Bingo!
Ses yeux s'étaient arrêtés sur l'extrémité de l'aire, pratiquement en dessous de lui, où un ryu secouait paresseusement ses ailes membraneuses, un seul garde, le visage enfouie sous la capuche de sa longue cape, fixant le vide à côté de la bête. Se séparant de nouveau de son arme, Doku descendit lentement le long de la paroi, attentif à ne pas décrocher le moindre fragment de roche, bénissant la pluie qui assombrissait encore la nuit et dont le tambourinement continu masquait le léger bruit de sa progression. Il prit silencieusement pied sur le sol métallique et, se glissant furtivement derrière le garde, lui saisit la tête entre ses deux mains avant de la faire pivoter violemment. Un bruit d'os brisés retentit et le youkai s'effondra sans un cri, mort avant même d'atteindre le sol.
Après avoir calmé d'une caresse et d'un murmure rassurant le dragon qui commençait à s'agiter, Dokugakuji escalada de nouveau les quelques mètres qui le séparaient de l'embouchure du tunnel. Redescendre, son prince sur un bras, lui pris nettement plus de temps mais il finit par se trouver de nouveau auprès de la créature ailée dont il détacha la longe avant de se hisser sur son dos, le corps inerte de Kou étroitement serré contre sa poitrine. Un long sifflement assorti d'une pression sèche de ses jambes contre le flanc écailleux donna au dragon le signal de l'envol et, en quelques secondes, ils laissèrent derrière eux la plate-forme sur laquelle retentissait à présent des cris d'alarme. Leur décollage n'était pas passé inaperçu, évidemment...
Ils vont lancer des dragons à nos trousses, c'est clair, mais avec cette pluie, notre légère avance devrait suffire à les semer...
Resserrant un peu plus son étreinte sur un Kou toujours inconscient Doku fixa l'obscurité pluvieuse d'un regard incertain.
Si seulement j'avais la moindre idée de ce qu'on va bien pouvoir foutre, une fois qu'on les aura semé...
Avec un soupir résigné il talonna sa monture, poussant la bête à donner le maximum de sa vitesse. Déjà, les semer... autant prendre les problèmes dans l'ordre... Répondant à la sollicitation avec un cri strident, la créature les emporta rapidement, chaque coup de ses ailes puissantes les éloignant un peu plus de cet endroit que Doku avait presque fini par considérer comme son chez lui... Contre sa poitrine, Kou poussa un léger gémissement et le youkai souhaita qu'il ne se réveille pas trop vite. Qu'il ne se rappelle pas... il ne voulait pas affronter son regard lorsqu'il se souviendrait... son bras se fit protecteur autour du corps abandonné et une haine farouche brûla dans son esprit. Elle paierait... Ho oui, elle allait payer au centuple..!
"Nee Sanzô! Où t'étais?!"
Un regard doré brillant à la fois de soulagement et de curiosité se leva au dessus d'un bol de nourriture, se posant sur le moine ruisselant qui venait de franchir la porte.
"Dehors."
La réponse laconique fit naître une grimace sur le visage du gamin qui suivit le bonze d'un regard à demi accusateur tandis que celui-ci s'approchait de la table et se versait silencieusement une tasse de café, sans plus se préoccuper de son jeune interlocuteur. Une voix gentiment désapprobatrice s'éleva :
"Allons Sanzô, Gokû s'est fait beaucoup de soucis en voyant que tu n'étais pas rentré de la nuit..."
Le moine dirigea un regard froid vers Hakkai, assorti d'un haussement d'épaule signifiant clairement que le saru pouvait se faire autant de mouron qu'il le voulait, c'était pas son problème... L'ancien humain poussa un petit soupir résigné et retourna aux affaires qu'il était en train d'empaqueter. Le silence tomba quelques instants sur la pièce avant que le regard doré ne se lève à nouveau, se dirigeant vers la fenêtre sur l'appui de laquelle le hanyou était à demi assis, en pleine contemplation du café qui refroidissait lentement dans la tasse qu'il tenait entre ses mains :
"Au fait, et toi Gojyo? Toi aussi j't'ai entendu rentrer vachement tard... t'étais où?"
Une légère rougeur colora un instant les joues du demi-sang, juste avant qu'un sourire pervers n'étirent ses lèvres.
"A ton avis, saru..? J'arrête pourtant pas de répéter que je déteste dormir seul..."
Un sourcil châtain se haussa légèrement :
"Tu veux dire que t'étais parti draguer?! Tu t'es trouvé une fille..?"
Le sourire pervers s'élargit, se teintant d'une bonne dose de contentement de soi mêlé de moquerie :
"Evidemment! Une jolie blonde méga-sexy..."
Deux éclairs améthyste foudroyèrent instantanément le semi-youkai qui détourna rapidement la tête, une expression d'embarras assez inhabituelle peinte sur son visage. Posant avec fracas sa tasse encore à moitié pleine sur la table, le moine traversa la pièce à grandes enjambées rageuses.
"Nee, Sanzô! Où tu vas?"
L'interpellé s'immobilisa, la main sur la poignet de la porte menant à la salle de bain attenante à la chambre.
"Prendre une douche!"
Il avait déjà à demi pénétré dans la pièce lorsqu'il s'arrêta de nouveau le temps de lancer d'une voix pleine de dégoût :
"Je me sens horriblement sale..."
La porte se referma derrière lui et le silence régna à nouveau dans la chambre, uniquement rompu par des bruits de mastication, Gokû étant revenu à son petit déjeuner sur un haussement d'épaule fataliste. Au bout d'un moment, Gojyo releva son regard écarlate dans lequel la gêne se teinta d'étonnement alors qu'il croisait brièvement deux yeux verts étrangement troublés. Un désagréable sentiment de culpabilité s'empara du hanyou qui détourna rapidement la tête et leva sa tasse en direction de la table.
"Nee, saru! Mon café est froid, sers m'en un autre!"
"Nani?? Chuis pas ton chien, viens te le servir tout seul sale kappa flemmard!!"
"Nan, c'est vrai, t'es pas un chien..." la voix du métis se fit goguenarde, "t'es un singe! Et les singes dressés font de très bons serviteurs... Alors, il vient ce café, sa~ru..?"
"Arrête de me traiter de singe, sale cafard rouge!!"
"Répète un peu pour voir, estomac sur pattes?!"
"URUSEI!!!"
Une volée de balle traversa la porte close de la salle de bain, jetant le jeune youkai et le sang-mêlé à plat ventre, mains sur la tête, alors que la voix d'Hakkai s'élevait, temporisatrice :
"Et si vous alliez récupérer vos affaires dans votre chambre tout les deux, nee? Nous n'allons pas tarder à reprendre la route..."
Un long "kyhuuuuhuuuu!!" approbateur appuya cette proposition alors que le petit dragon s'attaquait à la nourriture laissée en plan par Gokû.
Au dehors, la pluie tombait toujours... et, sous elle, volait un autre dragon, portant entre ses ailes les silhouettes enlacées de deux youkai...
...to be continued...
[1] ...titre moisi! (proverbe chinois... si, si, j'vous jure!! ^^;;; )
[2] Gojyo : Bien sûr qu'il le fait exprès! Tu me fais passer pour un benêt à me faire poser ce genre de questions stupides!! -_-
Mais nan!! Tu lis c'que j'écris des fois?! "Inconsciemment lascive" la pose...
Gojyo : Mais oui, c'est ça... et moi chuis la vierge Marie...
Nan mais t'as pas bientôt fini?! _ C'est MA fic, alors je fais c'que je veux!! Toi, tu la boucles et tu retournes sauter sur Sanzô!! _
Gojyo *sourire pervers ©* : C'est demandé si gentiment...
[3] Inutile de tenter le coup : flatteries, câlins, menaces ou même promesses de nourriture ne changeront rien... Je ne ferai pas un lemon! _
[4] Vous aussi, hein, avouez?! ^^;;
[5] Sauf erreur de ma part c'est comme ça que s'appelle ce genre d'invocations...
Kou : ... je la hais ... _
Tu te répète chouchou... ^^
Kou *se débattant contre l'étreinte de Doku* : Mais laisse moi lui balancer une boule de feu, le monde s'en portera beaucoup mieux!!! _
Doku : Nan, nan, pas moyen... elle va bien finir par nous écrire un lime un jour... *sourire pervers*
Kou : O_o ...mais pourquoi je suis entouré de tordus????? -_-
Bon, ben sur ce... des commentaires, hein, dites, faut reviewer, heeeiinnnn!!! *petits zyeux zirrésistibles de chibi-saru kawaii*
Gojyo : Hééé!! Ben et nous alors?! On n'a pas le droit de placer nos ptites remarques à la con?!
Nan, il est trop tard là... *jette un coup d'œil à l'horloge par-dessus ses cernes : 04:34* ... beaucoup trop tard... -_-
Gojyo : C'est du favoritisme!! _ Je protes...
*violent coup de baffeur*
Sanzô *récupère son éventail* : Pas mal... j'aurai pas fait mieux...
Merci du compliment... et sur ce... oyasumi nasai mina san!!! -_-
