Chapitre 15 : La dispute.

            Julia arriva dans la salle commune, passablement énervée. Elle ne fit même pas attention aux élèves qui se trouvaient derrière la porte quand elle entra en les bousculant. Elle se précipita dans son ancien dortoir et entra. Il n'y avait que Karine.

-Julia ? Mais qu'est-ce que tu fais là ?

-Je viens passer la journée avec toi et les autres filles. Où sont-elles ?

            Julia avait dit ça véritablement en furie.

-Dehors. Mais qu'est-ce qui se passe ?

-Il se passe que c'est un vrai imbécile ! Hurla-t-elle.

            Karine se précipita sur la porte et la ferma avant que les élèves ne rappliquent.

-Quoi ?

-Tu te rends compte ? Il est partit comme ça ! En me laissant comme une vieille chaussette, pour aller retrouver cette...

-Quoi ? Mais qui est partit ?

            Julia lui raconta ce qui venait de se produire sans trop entrer dans les détails de ce qu'il était en train de lui faire à ce moment là.

-Et il est partit comme une flèche ?

-Oui ! Il ne m'a rien dit ! Il a juste dit qu'il avait quelque chose à faire.

-C'est vraiment bizarre ! Mais ça doit être pour une bonne raison !

-Tu parles ! Je ne vois pas ce qu'il avait de bien important à lui dire, alors qu'on allait... enfin tu vois de quoi je veux parler ! Et puis cette excuse bidon : ce n'est pas bon pour le bébé ! 

            Karine eut un petit sourire face à cette réplique, mais elle se contenta de l'épauler.

-Ecoute ! Je suis sûre qu'il avait quelque chose à faire avec l'aide de Sinistra. Je ne vois pas d'autre explication.

-Ouais ! Bah en attendant, il peut toujours courir pour que je lui pardonne!

             Elles étaient en train de parler depuis un bon quart d'heure quand on frappa à la porte. Karine alla ouvrir mais Julia ne pouvait voir de qui il s'agissait.

-Professeur ? Qu'est-ce que vous faites ici ? Demanda Karine.

-Elle est ici ? Demanda Séverus.

            Julia se leva du lit où elle était assise et ouvrit la porte en grand.

-Oui elle est ici ! Lui dit-elle en lui hurlant dessus. Et elle ne veut pas te parler ! Alors maintenant tu retournes à tes choses plus importantes à faire et tu me laisses discuter avec Karine !

            Julia lui claqua la porte au nez. Elle l'ouvrit quelques secondes plus tard et attrapa le bras de Karine pour la faire entrer, puis claqua à nouveau la porte sur son fiancé qui était médusé par son attitude.

-Tu y es allé un peu fort là ! Non ?

-Il n'a eu que ce qu'il méritait !

            La porte s'ouvrit à la volée et Séverus entra dans la pièce.

-Vous pouvez nous laisser ? Demanda-t-il à Karine.

-Non ! Karine, tu restes ici !

            Voyant le regard noir que lui lançait son professeur de potions, Karine se dépêcha de sortir.

-Désolé, mais j'ai des trucs à faire ! Dit-elle faussement.

            Elle claqua la porte derrière elle, les laissant seuls dans la pièce. Julia lui tournait le dos en croisant les bras. Séverus s'approcha d'elle.

-Je peux savoir ce qui te prends, cette fois ? Lui demanda-t-il.

-Quoi ? Qu'est-ce qui me prend ? C'est plutôt à toi qu'il faut demander ça !

-Quoi ? Lui demanda-t-il, abasourdi.

-Elle t'as bien aidé ? Ou bien tu lui as lu sa carte du ciel ? Si tu voulais aller la rejoindre, tu n'avais qu'à me le dire !

-Quoi ? Mais de quoi parles-tu ?

-Sinistra ! Je t'ai vu aller la voir tout à l'heure ! Ca ne m'étonne plus que tu n'aies pas voulu faire l'amour tout à l'heure ! Tu préfère aller voir ailleurs plutôt que de coucher avec une espèce de... grosse vache !

            Julia se mit à pleurer mais cela n'amadoua pas Séverus. Bien au contraire, il partit dans un fou rire qui le surprit lui-même.

-On peut savoir ce qui te fais rire ? Lui demanda-t-elle, encore plus en colère.

-Tu... tu as... vraiment cru... que j'étais partit... voir Sinistra pour... coucher avec ? Lui dit-il en riant.

-Et tu trouves ça drôle ?

-Très ! Ah ! Ah !

            Il partit dans un autre fou rire qui le forçat à s'asseoir sur le lit. Il se calma et la regarda en pouffant de temps en temps.

-Ecoute ! Je ne sais pas ce que tu as été t'imaginer, mais si j'ai été voir Eloise, c' était pour une bonne raison.

-Ah oui ? Laquelle ?

-Ca, je ne peux pas te le dire. C'est un secret.

-Ben voyons ! A d'autres !

-Oh ! Mais arrêtes donc d'agir comme une fillette ! Crois-tu réellement que j'irais te tromper un jour ? Tu sais très bien que je n'aime que toi ! Tu ne penses pas que si j'avais voulu Eloise, je serais déjà avec elle ?

-Qui sait ? Tu étais peut-être avec elle avant de me connaître !

-Tu sais très bien que non ! Lui dit-il d'un ton ferme. Je ne sais pas pourquoi tu as pensé ça...

-C'est bien simple ! Tu veux me dire pourquoi tu n'as pas voulu faire l'amour ? Ton excuse bidon n'a pas marché avec moi !

            Séverus réfléchit puis la regarda profondément dans les yeux.

-Quoi ? C'est pour ça ?

-Oui. Tu ne vas pas me faire croire que tu avais quelque chose de plus important à faire plutôt que de coucher avec ta future femme !

-Je vais te surprendre, mais si !

            Cette réplique jeta un froid entre eux. Julia le regarda en ouvrant la bouche.

-Quoi ? Très bien ! Si monsieur a des choses plus importantes à faire, tu n'as qu'à aller les faire. Maintenant sors !

-Quoi ?

-SORS ! Je ne veux plus te voir ! Lui hurla-t-elle.

-Tu m'as dit de te dire la vérité et je te l'ai dite ! Je ne peux rien te dire d'autre.

-Je m'en fiche ! Vas retrouver ton professeur d'astronomie et salue-la de ma part !

            Julia se jeta sur le lit en sanglotant contre l'oreiller. Séverus voulut la consoler mais elle le repoussa en lui frappant la main.

-NON ! Laisse-moi tranquille ! Va-t-en !

-Cette fois je ne mettrais pas ta colère sur le compte de ta grossesse, mais sur ta propre jalousie. Tu ne veux pas comprendre ? Très bien ! J'espère que tu te seras calmée rapidement ! Et quand tu sauras pourquoi j'ai été voir Sinistra, j'espère que tu t'en voudras !

            Séverus lui avait parlé comme lorsqu'il parlait à un des élèves des autres maisons, très rudement. Il sortit de la pièce en claquant la porte derrière lui et Julia redoubla de pleurs.

            Elle passa tout l'après-midi allongée sur le lit, ses amies à ses côtés, étant venues rapidement après que Séverus soit repartit, complètement hors de lui. Elles tentèrent de la consoler mais elle n'arrêtait pas de pleurer. Le soir venu elles essayèrent de la faire sortir sans plus de succès.

-Julia, viens manger ! Tu n'as rien avalé depuis ce matin ! Lui dit doucement Anna.

-Non. Je n'ai pas faim.  Allez-y ! Ca ne vous dérange pas si je dors ici cette nuit ?

-Euh... non !

            Les trois filles sortirent de la chambre, inquiètes.

-Vous croyez qu'il faut qu'on aille le dire au prof ?

-Si elle ne mange rien, elle va vite faiblir ! Ce n'est pas bon pour son bébé !

-Et surtout qu'elle veut passer la nuit avec nous !

-On ira lui parler à la fin du repas.

            Les trois filles allèrent dans la grande salle et mangèrent en gardant de la nourriture pour en apporter à Julia. Elles regardaient souvent en direction de la table des professeurs pour voir quand le professeur Rogue viendrait prendre son repas, mais celui-ci ne se présenta pas de la soirée.

-Oh ! C'est pas vrai ! Où il va être maintenant ?

-Il doit être dans son bureau !

            A la fin du repas elles se dirigèrent dans le bureau de Rogue pour tenter de lui parler. Elles frappèrent à la porte et l'entendirent :

-Entrez !

            Sa voix était assez énervée et elles tremblaient à l'idée de devoir lui parler. Quand il les vit, il écarquilla les sourcils.

-Qu'est-ce que vous voulez ? Leur demanda-t-il en faisant mine de ranger des papiers sur son bureau.

-Professeur... Vous devez aller la voir...

-Je n'ai pas à parler de Julia avec vous. Elle veut bouder, qu'elle boude !

-Elle est malheureuse ! Elle n'a pas compris !

-Et bien elle n'aura qu'à comprendre la prochaine fois ! Maintenant,excusez-moi mais j'ai du travail à faire !

            Séverus ouvrit la porte de son bureau et leur fit signe de partir. Les trois filles sortirent et le dévisagèrent en quittant la pièce. Dès que la porte se fut fermée elle se dépêchèrent de retourner dans leur dortoir.

            Julia était étendue dans son lit et regardait le plafond de la chambre en caressant son ventre. Des larmes coulaient encore sur ses joues. Les filles s'assirent de chaque côté du lit et tentèrent de la réconforter.

-Tu ne vas pas rester ici indéfiniment ! Lui dit Leslie.

-Il faut que tu ailles lui  parler. Lui dire que tu as été idiote...

-Je ne suis pas idiote. Je sais très bien ce que j'ai vu ! Il n'aurait pas eu un comportement aussi étrange s'il n'avait rien à cacher.

            Julia se remit à pleurer de plus belle et se tourna. Anna lui caressa l'épaule.

-Ecoute ! Essaie de dormir. Tu verras, ça ira mieux demain.

            Elles la bordèrent dans le lit et éteignirent la lumière des bougies. Elles sortirent du dortoir et allèrent dans la salle commune. Elles passèrent leur soirée à tenter de trouver un moyen de réconcilier leur amie avec leur professeur mais cela n'était pas aussi simple qu'il n'y paraissait. Vers onze heures et demi, elles montèrent se coucher à leur tour en essayant de ne pas faire trop de bruit. Elles entrèrent dans la chambre et furent prises de panique lorsqu'elles virent Julia étendue sur le sol, se tordant de douleur. Elles se précipitèrent à ses côtés.

-Julia ! Qu'est-ce qu'il y a ? Demanda Anna.

-J'ai mal... Leur dit-elle en pleurant.

-Où as-tu mal ? Dis-nous...

-Au ventre...

            Elles se regardèrent et Karine se leva d'un bond.

-Je vais chercher Rogue.

-Nous on va essayer de la recoucher.

            Karine dévala les escaliers qui menaient à la salle commune et se précipita vers le bureau de Rogue en espérant qu'il y soit encore. Lorsqu'elle fut arrivée devant la porte, elle saisit la poignée mais la porte était fermée à clé. Il n'était plus ici. Elle se rua dans les couloirs et se dirigea vers sa chambre. Arrivée devant le portrait qui cachait l'entrée de  la chambre, à bout de souffle, elle se mit à frapper énergiquement contre la toile. Un grand vacarme raisonna dans le couloir.

-PROFESSEUR ! OUVREZ !

            Le portrait pivota bientôt et Séverus apparut encore vêtu de son costume noir habituel. Il venait juste de revenir de son bureau. Quand il vit Karine, il éprouva un sentiment de malaise.

-Qu... Qu'est-ce que vous faites ici ?

-Julia... monsieur... Lui dit-elle en reprenant son souffle. Elle a mal... au ventre...

            Séverus passa devant elle et se précipita dans les couloirs. Avant de partir il lui lança :

-Courrez chercher Mme Pomfresh à l'infirmerie.

            Puis il disparut dans le couloir.

            Séverus arriva, complètement hors d'haleine devant le portrait de la salle commune et dit le mot de passe rapidement. Il se rua à l'intérieur sous les regards des quelques élèves qui étaient encore debout ou ceux qui étaient descendus après avoir entendu les cris de Julia. Il monta les escaliers et poussa les élèves qui étaient scotchés devant la porte, voulant en savoir davantage. Il ouvrit la porte et fut saisit d'horreur lorsqu'il vit Julia étendue sur le sol, se tenant le ventre et hurlant de douleur. Lorsqu'elles le virent, Anna et Leslie tentèrent de lui expliquer.

-On a essayé de la remettre au lit mais elle a trop mal pour bouger.

            Séverus s'agenouilla auprès de Julia qui le vit et pleura de plus belle.

-Séverus... le bébé...

-Ca va aller. Viens ! Accroche-toi à moi.

            Julia voulu tourner les bras vers lui mais dès qu'elle bougea, la douleur reprit de plus belle.

-J'ai mal.... Hurla-t-elle.

-Mais qu'est-ce qu'elles fabriquent ? S'énerva Séverus en regardant vers la porte.

-Qui ?

-Pomfresh et votre copine... il ne faut pas trois heures pour...

            Au même moment, la porte s'ouvrit à la volée et Pomfresh suivie de Leslie entra, sa trousse à la main. Elle accouru rapidement auprès de Julia.

-Vite ! Il faut la mettre sur le dos.

-Elle ne peut pas bouger...

-Je sais, mais il faut quand même le faire. Oh ! Et les filles, est-ce que vous pourriez sortir s'il vous plaît ? Demanda-t-elle aux 3 filles qui paniquaient.

            Elles sortirent rapidement en refermant la porte et en disant aux autres élèves de s'en aller. Pendant ce temps, Mme Pomfresh et Séverus tentaient de retourner Julia sur le dos, mais elle hurlait tellement en se tordant qu'il leur fallu pratiquement cinq minutes pour qu'elle soit complètement allongée.

-Est-ce que vous pouvez la porter sur le lit ?

-Oui. Oui.

            Séverus la porta dans ses bras et la déposa sur le lit en essayant de ne pas faire attention aux cris de douleurs de sa compagne.

-Je vais lui donner un remède. Tenez-lui la tête.

            Mme Pomfresh sortit un flacon qui contenait un liquide verdâtre. Elle l'ouvrit et en versa dans la bouche de Julia. Au bout de quelques secondes, Julia se calma et cessa de gesticuler.

-Ca va mieux ? Lui demanda Mme Pomfresh.

-Oui... Je n'ai plus mal.

-Je vais devoir vous examiner. Pour voir ce qui se passe. Professeur Rogue, est-ce que vous voulez bien attendre dehors s'il vous plaît ?

Séverus la regarda, mais Julia lui dit elle-même de sortir.

-Tu peux sortir Séverus. Elle veut juste voir ce qui se passe avec le bébé.

-Vous pourrez venir la voir après ! Ne vous inquiétez pas.

            Mme Pomfresh le prit par le bras et le fit sortir de la pièce. Il se retrouva sur le pallier et dû attendre qu'on veuille bien lui ouvrir.

            Au bout d'un quart d'heure, la porte s'ouvrit enfin et Mme Pomfresh apparut, s'essuyant les mains sur un linge propre. Elle referma la porte derrière elle et parla silencieusement.

-Ca va. Elle a juste eu un petit saignement. Il va falloir qu'elle reste allongée. Elle a fait trop d'effort aujourd'hui et apparemment, elle a subi une vive émotion d'après ce qu'elle me dit.

-Elle vous a dit pourquoi ?

-Elle pense que... vous ne l'aimez plus.

            Séverus sentit de la révolte monter en lui. Comment pouvait-elle penser cela alors qu'il serait prêt à mourir pour elle.

-Comment peut-elle dire ça ? Lui dit-il en haussant la voix.

-Chut ! Je lui ai donné un calmant pour la faire dormir. Ecoutez, je ne connais pas votre sentiment pour cette jeune femme, mais si j'étais vous je serais plus attentionné à elle. Une femme enceinte est très fragile et très susceptible. Je vous conseille donc de la réconforter et de lui expliquer ce que vous ressentez vraiment pour elle.

            Séverus baissa la tête et regarda le sol.

-Je retourne à l'infirmerie. Laissez-la se reposer ici cette nuit. Vous la transporterez dans vos appartements demain. Il faudra qu'elle reste couchée de toute façon, au moins pendant deux semaines.

-Elle doit passer la nuit ici ?

-Il vaut mieux pour elle. De toute façon, elle est profondément endormie. Cela ne servirait à rien de la bouger de place. Et vous en profiterez pour préparer son retour auprès de vous.

-Comment ça ?

-Changez donc vos habitudes lugubres ! Egayez un peu votre univers ! Un enfant a besoin de joie, encore plus pour sa mère ! Allez ! Je suis sûr que vous pouvez faire un effort !

            Mme Pomfresh lui sourit et s'éloigna. Elle disparut de sa vision alors qu'il continuait de réfléchir à ce qu'elle venait de lui dire. Il entra tout de même dans la chambre. Quelques bougies étaient allumées et rendaient l'endroit très sombre. Séverus s'approcha du lit de sa compagne. Julia était paisiblement endormie et il ne semblait pas qu'il y ait de trace de peine sur son visage tant elle paraissait calme, ainsi endormie. Il prit un tabouret et s'assit à ses côtés. Il lui caressa le front pour repousser les mèches en bataille qui lui retombaient dessus. Il souleva ensuite son drap et regarda le ventre de Julia. Il plaça ses mains dessus et le caressa. A son grand étonnement, le bébé bougea sous ses mains et lui donna des coups de pied. Il fut très ému de sentir les coups que lui donnaient son fils et ne put retenir une larme couler le long de sa joue. Il resta un long moment à contempler le ventre remuer sous ses mains jusqu'à ce que des coups à la porte le sorte de sa contemplation.

Il se leva et embrassa Julia sur les lèvres.

-Je viendrais te chercher demain. Lui dit-il en chuchotant.

            Il partit en direction de la porte et l'ouvrit. Anna, Karine et Leslie attendaient, très inquiètes.

-Co... Comment va-t-elle ? Lui demanda Leslie.

-Il faut qu'elle reste couchée. Je viendrais demain pour l'emmener dans ma chambre. Pour cette nuit elle restera ici.

-Tr.. Très bien... Lui dit Anna.

            Elles se poussèrent et le laissèrent sortir et ne rentrèrent qu'une fois qu'elles ne le virent plus dans l'escalier.