Chapitre 28 : Le petit Ilyas.

Lorsque Séverus arriva au chevet de sa femme, celle-ci était profondément endormie. Elle avait les traits tirés et le visage complètement anéantit par les larmes qu'elle avait dû verser. Il s'assit à sur une chaise à ses côtés et resta à ses côtés en lui prenant la main. Il ne la quittait pas des yeux et ne vit même pas que son fils était venu le rejoindre, échappant une nouvelle fois à la vigilance de sa grand-mère.

-Papa, pourquoi tu pleures ? Lui demanda Ilyas.

Séverus sursauta et tourna la tête vers lui. Effectivement, quelques larmes perlaient sur ses joues et son fils n'avait sûrement jamais dû le voir pleurer. Séverus tenta de lui sourire pour le rassurer et le prit dans ses bras.

-Pour rien mon grand...

-Maman elle a encore mal ?

-Je ne pense pas... tu sais, le bébé est partit...

En disant cela, Séverus sentit une boule se former dans sa gorge.

-Je sais... je t'avais dis qu'il ne viendrait pas... Lui dit Ilyas en regardant sa mère.

-Quoi ? Lui demanda Séverus en fronçant les sourcils.

-Bah oui... Krwi me l'a dit...

Séverus le fit le regarder et il lui prit le menton avec sa main.

-Ecoute. Il va falloir que tu me dises qui est ce Krwi dont tu me parles... Il y a des choses extrêmement étranges qui se produisent. Et quand j'y repense...

Oui, maintenant qu'il y repensait, c'était plus que des choses étranges qui se déroulaient autour de son fils. Les dessins... il lui avait dessiné sa famille sans le bébé... disant qu'il ne serait pas là, et aujourd'hui... les jumeaux. Ce n'était pas une promenade, c'était leur fugue qu'il avait dessinée... Séverus fit les yeux ronds sur son fils, choqué par ce qu'il pensait avoir trouvé.

-Tu... tu peux me dire où est Krwi ?

Ilyas le regarda et se tapa la tête avec le doigt.

-Il est dans ta tête ? Demanda Séverus qui ne savait plus quoi penser.

-Oui... c'est lui qui me dit tout...

-Est-ce qu'il te dit ce qu'il va se passer dans le futur ?

-Dans le futur. Pourquoi ?

-Qu'est-ce qu'il te dis exactement ?

-Il... Il me dit ce qu'il veut que je dessine et il me dit de te donner mes dessins.

-De me les donner ? Pourquoi ?

-Parce qu'il dit que tu vas comprendre...

-Comprendre ?

-Bah ce qu'ils veulent dire les dessins !

Séverus nageait en plein délire. Ainsi une voix appelée Krwi dictait à son fils de dessiner des choses pour que son père devine leur signification. Pas très clair en tout cas.

-Et qu'est-ce qu'il te dit en ce moment ?

-Rien... Il m'a dit avant que tu allais rester ici avec maman... alors je suis venus te voir.

Séverus ferma les yeux. C'en était trop pour lui. D'abord les jumeaux qui fuguaient, ensuite sa femme qui perdait son bébé et maintenant, son fils lui annonçant qu'il entendait des voix lui prédisant l'avenir...

-Papa, pourquoi tu es en colère ?

-Je ne suis pas en colère... j'aimerais comprendre c'est tout...

A ce moment, Julia commença à bouger dans son sommeil et elle ne tarda pas à ouvrir les yeux. Son regard croisa celui de Séverus et elle se mit à pleurer.

-Non... ne pleure pas... je suis là... Lui dit Séverus en posant son fils par terre et en serrant sa femme dans ses bras.

Il regarda son fils sur le côté et lui fit signe de rentrer.

-Va avec Emilia.... Je vais rester ici...

-Pourquoi maman elle pleure ?

Julia redoubla en pleurs à ces mots et Séverus fronça les sourcils sur son fils.

-Rentre à la maison, allez !

Ilyas fronça à son tour les sourcils et finit par s'en aller. Séverus berça Julia tant qu'il le pu.

-Le bébé... je l'ai perdu... Lui dit-elle parmi ses sanglots.

-Je sais... je suis désolé mon amour.

-Pourquoi ? Pourquoi, je n'ai rien fait pour ça...

-Je sais... calme-toi. Il faut que tu te reposes. Tout s'arrangera tu verras.

-J'ai fais trop d'efforts... c'est pour ça que je l'ai perdu... c'est ma faute... Lui dit-elle en pleurant de plus belle.

-Non, rien n'est de ta faute Julia. Il ne devait pas être en bonne santé, c'est tout... tu n'y es pour rien. Je suis là maintenant.

Il la laissa pleurer contre lui, non sans ressentir de la tristesse de la voir dans cet état. Julia finit par s'endormir, serrée contre lui et Séverus la recoucha. Il lui caressa le visage avant de s'éloigner et de regagner ses appartements. En chemin il croisa Isolde et Dorian, tous deux l'air inquiet.

-Papa ! Qu'est-ce qu'elle a maman ? Grand-mère n'a pas voulu nous le dire... Lui demanda son fils.

-Elle... elle est à l'infirmerie... elle a perdu le bébé...

Isolde fit une mine horrifiée et vint vers son père.

-Vous pourrez aller la voir quand elle sera réveillée. Mais pour le moment, il vaut mieux la laisser se reposer.

-Mais pourquoi est-ce qu'elle l'a perdu ? Lui demanda Isolde, visiblement très attristée par cette nouvelle.

Séverus regarda sa fille en essayant de lui sourire pour la rassurer.

-Je ne sais pas... mais il va falloir redonner le sourire à votre maman maintenant...

Isolde se retourna vers son frère et alla à ses côtés.

-Est-ce que Emilia est avec Ilyas ? Demanda Séverus.

-Oui... ils sont à la maison.

-Très bien, je vais y aller... vous n'oubliez pas ce que je vous ai dit au sujet de votre comportement...

-Oui 'pa... Lui dit Dorian.

Séverus les regarda une dernière fois avant de disparaître. Il était à peine partit que deux enfants tous les deux roux faisaient leur apparition d'on ne sait où, derrière un bout de mur, et allaient rejoindre Dorian et Isolde.

-On est désolé pour votre mère. Leur dit Gladys.

-C'est vraiment triste ce qu'il lui est arrivé.

-On y va ? On ira la voir plus tard Dorian... Lui dit Isolde d'une voix triste.

Les quatre enfants s'éloignèrent et allèrent jusqu'à la bibliothèque.

Pendant ce temps, Séverus regagnait ses appartements, passablement préoccupé. Son fils lui avait dit des choses trop importantes pour que ce ne soit que son imagination qui parle pour lui. Il entra donc dans le salon et découvrit Emilia qui était assise dans le fauteuil en train de lire un livre. Elle le posa lorsqu'elle vit son gendre.

-Comment va-t-elle ? Lui demanda-t-elle.

-Elle s'est rendormie... Où est Ilyas ?

-Dans sa chambre, je crois qu'il dessine...

Séverus écarquilla les sourcils et se dirigea vers la chambre qu'occupaient ses deux fils. Il ouvrit lentement la porte et regarda par l'entrebâillement. Il vit son fils confortablement installé à son bureau, donnant des coups de crayons et absorbé par sa tâche... Mais Séverus sentait qu'il y avait quelque chose d'étrange dans son comportement... Il ne semblait pas "attentif" à ce qu'il dessinait.

-Comme ça ? Demanda-t-il à haute voix.

Séverus tenta de regarder plus largement par l'ouverture, mais il ne voyait rien. Pourtant son fils parlait à quelqu'un, il en était sûr.

-Dis, papa il va vraiment lui faire ça ? Avec ses trucs bizarres ?

Cette fois-ci, Séverus n'attendit pas plus longtemps et entra dans la chambre, l'air plus que préoccupé. Ilyas se tourna vivement et le regarda d'une expression que Séverus n'avait jamais vue dans ses yeux. Une lueur étrangère à celle qui régnait dans ses yeux habituellement.

-Ilyas... que fais-tu ? Lui demanda Séverus, peu rassuré.

Mais son fils ne lui répondit pas et retourna à son occupation. Séverus s'approcha de lui et se pencha au dessus de lui pour voir le dessin. Il découvrit alors une feuille entièrement recouverte de rouge et de noir et au milieu trônaient deux personnages, les deux habillés de noir; l'un avec des cheveux noirs et l'autre avec un chapeau. Au centre du dessin, des traits grossiers de toutes les couleurs.

-Ilyas, qu'est-ce que c'est ? Qu'est-ce que tu dessines ?

Mais son fils ne lui répondit pas pour autant. Il continua de dessiner en ajoutant un détail sur le personnage qui semblait être une femme. Au dessus d'elle, il traça une forme qui ressemblait à un cercle entourant un œil. Puis il reposa ses crayons et se frotta les yeux. Il se tourna alors vers son père et ce dernier vit que la lueur avait disparue des yeux de son fils.

-Papa ? Tu es pas avec maman ?

-Tu ne m'as pas vu à l'instant ?

-Non, pourquoi tu étais là ?

Séverus le regarda encore plus abasourdi. Il regarda à nouveau le dessin et le prit.

-Ilyas, qu'est-ce que c'est ?

-C'est toi... et la méchante dame.

-Et le symbole au dessus d'elle, qu'est-ce que c'est ?

-Ca je sais pas... C'est Krwi qui m'a dit de le dessiner... il a dit que tu trouverais.

-Il t'a dis ça ?

Ilyas acquiesça et descendit de sa chaise. Il alla vers son armoire et l'ouvrit pour en ressortir une dizaine de feuilles. Il les tendit à son père.

-Il m'a dit de te les donner...

Séverus observa les feuilles et vit qu'il y avait le même symbole sur chacune.

-Mais qu'est-ce que c'est... Demanda Séverus à haute voix.

-Sais pas... c'est joli hein ?

-Oui, c'est... joli...

Mais Séverus ne trouvait pas cela du tout "joli", plutôt effrayant en vérité. Il regarda son fils qui ne semblait pas comprendre ce qu'il se passait chez lui, tout comme son père l'ignorait, et le prit dans ses bras.

-Dis-moi, est-ce que Krwi pourrait te dire à quoi il ressemble ?

-Je sais pas à quoi il ressemble, je l'entend c'est tout !

-Mais est-ce que tu pourrais lui demander de se décrire ?

-Je sais pas... je lui demanderais...

Séverus sortit avec son fils dans ses bras et ils allèrent dans le salon. Il le déposa sur le canapé et alla chercher Emilia dans la cuisine.

-Je peux vous demander de le surveiller encore un instant ? Je dois aller voir quelque chose...

-Bien sûr ! Allez-y, je vais m'occuper de mon petit bout ! Lui dit Emilia d'un ton enjoué.

Séverus sortit de l'appartement et se dirigea vers la bibliothèque. Arrivé à destination, il découvrit ses deux autres enfants assis en train de discuter silencieusement avec... les Weasleys, au comble de son exaspération. Il s'approcha du quatuor d'un air mauvais.

-Vous vous souvenez de ce que je vous ai dit tout à l'heure ? Lança-t-il alors que les enfants étaient regroupés au centre de la table et discutaient silencieusement.

Tous les quatre sursautèrent en l'entendant parler.

-Papa ! Lança Isolde en lui tendant un sourire forcé.

-J'espère que vous ne préparez pas de mauvais coup ! Dit-il plus à ses propres enfants qu'aux deux autres.

-Mais non ! On ne prépare rien du tout, on révise nos leçons ! Lui dit Dorian d'un ton qu'il se voulait très assuré.

-Je l'espère pour vous ou vous risquez de le regretter...

Il les regarda tour à tour une dernière fois et s'éloigna vers les rayonnages de livres. Ce qu'il cherchait, il n'en savait pas rien. Peut-être que l'on parlait d'un symbole comme celui qu'il avait vu... Il prit donc plusieurs ouvrages traitant des marques et des symboles divers. Il en lut une demi-douzaine avant de tomber sur celui qui l'intéressait. Une page était consacrée à ce symbole, représentant un œil entouré d'un cercle incrusté d'inscriptions que Séverus ne comprenait pas, mais qui était ce que son fils avait dessiné juste avant.

Le livre disait ceci :

"L'œil du Savoir, communauté de sorciers et sorcières secrète, aurait existé il y a plus de mille ans. Elle regroupait des sorciers devins qui se rassemblaient tous les dix ans afin de procéder à l'unification de leurs pouvoirs afin que surgisse l'esprit de leur Maître dans l'un d'entre eux. Le Krwi conduira son élu à prédire les événements du destin. Il peut arriver que les pouvoirs des sorciers et sorcières membres de cette communauté soient interférés lors des cérémonies cherchant à faire parvenir Krwi jusqu'à eux, ce qui provoquerait la naissance d'un être aux pouvoirs de déduction incomparables et qui serait leur mentor lors de son accession au sein de la communauté, capable de prédire les moindres événements qui se produiraient dans un avenir proche. Bien entendu, cela n'est que légende et cette communauté n'a pas réellement été découverte, seuls quelques indices révéleraient l'existence de ces sorciers et sorcières. Quant à l'être suprême, réincarnation de Krwi, cela est aussi infondé pour n'avoir jamais été vu. Il est également dit que si l'élu qui abrite le Krwi ne parvient pas à contrôler les dires de son Maître, il ne pourra pas accéder à sa libération et restera sous son contrôle jusqu'à la fin de ses jours, désigné pour être celui qui dictera le destin, et dans une autre version, l'élu pourrait se faire dépasser par le pouvoir du Krwi et ne pas pouvoir se libérer, causant ainsi sa perte..."

Juste en dessous du paragraphe était défini le Krwi que Séverus s'empressa de lire.

"Krwi -Le destin. Krwi apparaît comme l'équivalent du Karma, en Inde. Tout homme doit faire ses expériences, sans tenter de s'y soustraire. L'ensemble des épreuves subies conduit soit à la réincarnation si le niveau de conscience ne connaît aucune élévation, soit à la libération."

Un pareil charabia ne rassurait pas Séverus. Jamais il n'avait entendu parler d'une telle communauté et cela ne disait rien qui vaille pour la suite. Son fils avait toutes les caractéristiques de l'élu qui abritait l'esprit du Krwi, Ilyas ayant déjà parlé de lui, et s'il parvenait à rejoindre cette communauté, il deviendrait l'un des plus puissants devins de tous les temps. Mais ce qui était inquiétant, c'était la dernière partie concernant l'élu. S'il ne parvenait pas à contrôler le Krwi, il resterait à son écoute jusqu'à la fin de ses jours ou pourrait même aller jusqu'à sa perte s'il n'y parvenait pas. Séverus était plus que désemparé et ne savait quoi penser. Personne ne pourrait l'aider car il ne pensait pas que quiconque connaisse l'existence de cette communauté et de ce Krwi.

Séverus referma vivement le livre et sortit de la bibliothèque, son cœur se resserrant un peu plus à chaque fois qu'il se rapprochait de ses appartements. Lorsqu'il ouvrit la porte et qu'il découvrit son fils tranquillement installé sur le sol du salon en train de jouer avec sa peluche, il ne put s'empêcher la larme qu'il avait au coin de l'œil de couler le long de sa joue. Comment un enfant pouvait-il être un élu de Krwi ? Pourquoi son propre fils l'était-il ? Pourquoi avait-il fallu que ce soit lui ?

Séverus s'approcha d'Ilyas qui ne l'avait pas vu arriver et l'enlaça de toutes ses forces, créant la stupéfaction du petit garçon pris de panique d'avoir été pris dans les bras sans avoir vu son père arriver. Mais il laissa vite la place de la stupeur à la joie lorsqu'il vit son père.

-Papa, pourquoi tu pleures encore ?

-Pour rien mon grand... tu viens avec moi ? On va voir maman...

-Ouiiiii !

La joie était nettement visible sur la figure du petit garçon, qui quelques minutes auparavant agissait sous les dires de quelqu'un d'autre et était sortit de la réalité. Un simple petit garçon qui avait une lourde destinée sur les épaules et dont il en ignorait l'existence. Seul son père était au courant et il ne savait quoi faire pour essayer de sortir son fils des griffes du destin.