Epilogue   : Une boucle infinie

- Je te l'avais pourtant bien dit. Tu n'as pas voulu m'écouter, comme d'habitude. Séverus dit quelque chose mais on l'ignore.

- Oh arrête, tu veux ? Je pensais qu'il n'aurait pas oublié aussi ! On n'a pas idée d'oublier de ramener le gâteau pour le mariage de son fils aussi !

- Oui, mais ça ne me surprend pas venant de lui… Et dire que c'est ma fille qui va se marier à… à… ça !

- Et arrête avec ça aussi ! Owen sera le gendre idéal. Cesse donc de baragouiner et va chercher Dorian tiens. Je vais voir Isolde.

            Julia se retourna et partit dans la chambre qu'avait occupée pendant 21 ans, leur fille aînée, Isolde.

            Après la scolarité des jumeaux à Poudlard, Dorian avait poursuivi des études de potion, suivant les traces de son père pour la plus grande fierté de ce dernier, et Isolde des études pour devenir Médicomage. Il lui restait encore des années d'études mais elle se révélait brillante dans ce domaine, contrairement à sa scolarité à Poudlard.

            Owen et elle étaient finalement sortis ensemble lors de leur dernière année, après plusieurs refus de la part de la jeune fille. A présent qu'ils terminaient pratiquement leurs études tous deux, ils avaient décidé de se marier, pour la plus grande joie de Julia… mais pas de Séverus qui voyait son futur gendre d'un mauvais œil.

            Sirius et lui ne s'adressaient guère la parole et la relation entre leurs deux enfants respectifs n'arrangeait pas leur façon d'agir. Ils évitaient les altercations en public mais ne se privaient pas lorsqu'ils étaient seuls.

            Dorian, lui, s'avérait être un véritable coureur de jupon et ne restait que rarement plus d'un mois avec la même fille. Il n'avait eu qu'une seule grande histoire d'amour qui avait duré un an, mais sa fiancée était finalement partie avec un autre. Ce qui renforça son côté dragueur et qui le fit se perdre dans la conquête des femmes constamment.

            Ilyas, quant à lui, était vraiment différent de son frère et sa sœur. Comme le pensaient ses parents lorsqu'il était petit, son don pour l'art s'était intensifié et son avenir était certain dans la peinture. Il était l'un des rares artistes jeunes du monde sorcier à être apprécié et reconnu. Il vivait encore avec ses parents mais gardait un esprit libre et solitaire. Il savait qu'il était la fierté de son père –bien que Séverus le soit aussi pour Dorian- mais l'expérience durant l'enfance d'Ilyas les avait rapprochés bien plus que son frère aîné avec son père.

- Maman !

- Oui mon chéri ?

            Ilyas venait d'arriver justement, essayant vainement de nouer son nœud de cravate.

- Pourquoi n'utilise-tu pas ta baguette pour nouer ta cravate ?

- J'aimerai bien au moins arriver à attacher cette fichue cravate seul….

- D'accord ! Je vais t'aider ! Lui dit sa mère dans un large sourire.

            Elle ne voyait que Séverus en le regardant à présent. Il ressemblait à son père en tous points –excepté que ses traits étaient plus fins et que son nez était plus retroussé. Même au niveau de l'attitude, c'était Séverus. Réservé, sarcastique avec ceux qui l'agaçaient, appliqué dans son travail et une tendance à être grincheux quand il était vraiment énervé.  Mais il était très tendre également et toujours serviable. Il n'avait jamais rencontré de fille qui le rende amoureux. Une fillette, quand il était à Poudlard, lui courait après mais il n'avait rien ressenti. Depuis ce temps, sa mère désespère qu'il se trouve quelqu'un.

- Ah ! Maman ! Maman maman maman ! C'est horrible !

- Qu'est-ce qu'elle a encore ? Elle s'est cassé un ongle ? Lança sarcastiquement Ilyas en entendant les cris provenant de la chambre de sa sœur aînée.

- Je vais aller voir. Va donc trouver Thaïs.

- Comme toujours…

            Julia s'éloigna et entra dans la chambre d'Isolde. Elle la trouva complètement paniquée à quatre pattes, sa robe de mariée à moitié mises sur son dos nu.

- Mais enfin Isolde, que fais-tu à quatre pattes ?

            Isolde releva la tête et la regarda, paniquée.

- J'ai perdu mon collier !

- Comment ça perdu ? Le collier de ta grand-mère ?

- Oui, j'allais le mettre avant de fermer ma robe et je ne l'ai pas trouvé dans la boite à bijoux…

- Calme-toi, on va le retrouver.

            Isolde se releva, encore plus paniquée et Julia l'aida à fouiller la chambre, en vain…

- Il n'a quand même pas disparu ! Il était là hier soir. Je l'ai rangé dans la boite quand Thaïs est venu me cherch…

            Isolde plissa les yeux à ce moment.

- Je vais la tuer… Thaïs !

- Isolde ! La rattrapa sa mère alors qu'Isolde commençait à sortir de la chambre.

- Maman, je suis sûre qu'elle m'a encore volé mes affaires ! Elle le fait toujours pour les mettre dans ses cachettes ! Elle est vraiment pénible. Pourquoi est-ce que vous ne la punissez pas ?

- Parce qu'elle finit toujours par remettre les affaires à leur place quand on lui demande gentiment. Je vais demander à Ilyas de lui réclamer ton collier. Tu sais qu'ils sont très proches.

- Tu parles, c'est lui qui lui a montré le truc des cachettes. Il l'a incité à voler.

- Ne dis pas de bêtises. Thaïs ne vole pas…

- Et qu'est-ce que je fais moi maintenant ? Le mariage est dans deux heures et je ne suis pas prête ! Holalalalala !

- Commence déjà par te calmer et remets ta coiffure en place, tu as l'air bien comme ça je te jures !

            Julia la fit s'asseoir devant sa coiffeuse et sortit de la chambre.

- Ily ?

- Quoi ?

- Tu peux venir s'il te plaît ?

            Ilyas réapparu à l'angle du couloir et s'approcha de Julia.

- Est-ce que tu peux demander à Thaïs de rendre le collier de sa sœur ? C'est le collier de perles de grand-mère.

- Ok. Elle est dans le jardin.

- Et tu lui dis de venir s'habiller pour la centième fois.

- D'accord…

            Ilyas s'éloigna et Julia retourna auprès de sa fille aînée.

- Rend-moi ça !

- Petite sotte, tu n'y arriveras jamais de toute façon, tu es aussi douée qu'un lutin de Cornouailles pour faire la cuisine !

- Va-t-en espèce d'ectoplasme de pacotille !

- Miss Rogue aurait-elle envie d'un autre shampoing aux œufs ?

- Peeves, je te préviens que si tu refais ça avant le mariage d'Isolde, tu auras à faire à papa.

- Ouh, je tremble ! Ton cher papa me fait aussi peur que mon ombre… Ah ah ! Que je suis bête, je n'ai plus d'ombre ! Tu vois, rien ne me fait peur !

- Ah ! Baron, vous tombez à pic dites donc !

            Peeves se retourna alors que la fillette regardait derrière lui.

- Pfff ! Comme si ton frère allait me faire plus peur ! Ricana l'ectoplasme.

- Moi non, mais je crois que lui, si ! N'est-ce pas baron ? Lui lança Ilyas qui venait d'arriver dans le jardin.

- Ca ne prend plus.

- Dommage pour toi Peeves, j'avais prévu le contraire moi…

            Cette fois-ci, Peeves resta figé et se retourna rapidement.

- Baron ! Justement je me disais que je devrais aller…

- Aller autre part, il me semble que ces jeunes élèves de Serpentard doivent se préparer…

- Bien sûr… J'y volais justement… Répondis Peeves en serrant les dents.

            Le fantôme farceur de Poudlard s'éloigna et il ne resta plus que le Baron sanglant, Ilyas et Thaïs, sa jeune sœur.

- Celui-là, je ne sais pas quand il comprendra qu'il ne fait peur à personne. Lança Ilyas.

- Comme vous dites… Lui répondit le baron.

- Ilyas, tu peux m'aider ? J'arrive pas à mettre les trucs blancs dans mes cheveux…

- Les trucs blancs comme tu dis s'appellent des perles et c'est le collier qu'Isolde met pour son mariage que tu tiens entre tes mains et si j'étais toi, j'irai le lui rendre avant qu'elle ne pique une crise.

- Quoi, elle met ça à son mariage ? C'est du toc ce truc !

- Du toc, je ne pense pas, il appartient à grand-mère.

- Bah elle s'est fait avoir mamie.

- Thaïs…

- Ouais ça va ! Je lui ramène son collier !

            Ilyas regarda sa sœur cadette s'éloigner et regagner l'intérieur de la maison familiale, un sourire aux lèvres. Ilyas et elle étaient très liés depuis la naissance de celle-ci et il lui servait de protecteur mais également de sermonneur quand elle agissait mal. Et elle en connaissait un rayon dans ce domaine… Par rapport à Isolde et Dorian qui étaient de véritables farceurs durant leurs études à Poudlard, Thaïs était plus douée pour ne pas se faire prendre mais était également douée d'un vocabulaire riche en remarques sarcastiques ou ne se gênait pas pour répondre froidement. Elle avait un tempérament de feu et quiconque la tourmentait se retrouvait rapidement avec les tours de magie de Miss Rogue sur le dos. Elle n'avait peur de rien et était une véritable casse-cou, contrairement à sa sœur qui arrivait à peine à ne pas hurler en voyant un cafard sur le sol. Thaïs était très belle, tout comme sa sœur mais elle tenait plus de son père pour certains traits du visage. Son caractère était assez difficile à manipuler, surtout pour son père, vu que chacun tenait tête à l'autre. Cela lui valait beaucoup de punitions qui se révélaient assez inefficace finalement.

- Thaïs !

- Rooo !

- Thaïs, rend le collier à ta sœur avant que je ne m'énerve…

- Ca va papa, j'arrive !

            Séverus venait d'apparaître dans l'encadrement de la porte en croisant les bras sur son torse, lançant un regard noir à sa fille cadette qui s'avança vers lui.

- Même pas volé d'abord…

- Dépêche toi un peu et va te préparer, tu es la dernière comme toujours… Lui dit-il quand elle passa à côté de lui.

- Gna gna gna… Marmonna-t-elle en s'éloignant.

            Séverus la regarda partir en secouant la tête et reporta son regard sur Ilyas qui revenait dans la maison.

- Tu as eu Sirius ? Lui demanda son fils.

- Ce crétin a oublié le gâteau. Enfin, de le commander… il n'est même pas capable de passer une commande pour le mariage de son fils…

- Ca m'aurait étonné qu'il n'oublie pas quelque chose.

- Comment avance ta toile ?

- Ca avance. Mme Perlings la veut pour le mois prochain, elle m'a promis une belle somme.

- Tant mieux dans ce cas.

- Papa ?

- Mmhh ?

- Tu ne vas pas faire d'esclandre au mariage d'Isolde ?

            Séverus regarda son fils avec étonnement.

- Qu'est-ce que tu insinues ?

- Oh trois fois rien, c'est juste que dès que tu vois Sirius dans une pièce, tu lui sautes presque dessus. Ca serait dommage de faire pleurer Isolde le jour de son mariage quand même…

- Je suis quelqu'un de civilisé et je n'ai aucunement de « sauter » à la gorge de ce ch… Sirius. De toute façon, je ne vais même pas aller lui parle.

- Ah bien ! Vos deux enfants se marient et vous n'allez même pas échanger un mot ?

- Ilyas tu sais que je t'aime mais là, soit gentil, tais-toi. Va donc voir ton frère s'il n'a pas besoin d'aide.

- A quoi faire ? L'aider à décoller les filles qui s'accrochent à lui ?

- Ca ne fait rien. Trouve quelque chose à faire, tu sais que ta mère va te demander de faire un truc du genre « aller chercher les fleurs », je dis ça, c'est pour t'aider…

- Ok…

            Ilyas s'éloigna rapidement et Séverus se mit à sourire.

- Tous pareils…

- Séverus ? Tu peux aller chercher les fleurs ? Chantonna la voix de Julia.

            Quelques heures plus tard, tout le monde se retrouva dans l'église où se célèbrerait le mariage d'Isolde et Owen. Séverus attendait devant l'entrée principale, son esprit vagabondant vers le passé qui s'était écoulé si vite selon lui. Isolde allait devenir la femme de son pire ennemi et pourtant, il lui semblait que c'était hier qu'il la tenait dans ses bras pour la première fois, si petite et si fragile. Oh, elle lui en avait fait voir de toutes les couleurs par la suite, mais il était fier d'elle il était fier de ce qu'il avait créé. Sa plus belle création, sa famille. Personne ne pourrait jamais le rendre plus heureux qu'il ne l'était avec sa famille, celle qu'il avait eu tant de mal à se construire, lui qui pensait finir ses jours seul, dans ses cachots humides, à l'abri de tout sentiment humain. Il aura suffit qu'une seule personne qui sache voir en lui et non comme un homme cruel et froid arrive pour le changer définitivement.

Aujourd'hui, il laissait partir une partie de son cœur qu'il avait réussi à reconstruire, pour la donner à celui qui prendrait Isolde pour femme. Il était heureux de voir qu'elle avait réussi à trouver le bonheur –plus tôt que lui, c'est certain- mais il avait une profonde douleur également dans sa poitrine. Ne plus la voir le matin le laissait pensif. Il avait tant redouté ce passage de la vie où ses enfants le quitteraient. Il restait bien Dorian, Ilyas et Thaïs, mais il savait que cela ne serait plus comme avant à présent. Les autres suivraient bien assez tôt.

- Séverus ? Qu'est-ce qu'il y a ? Ca ne va pas ?

            Séverus se retourna pour voir apparaître devant la lourde porte en bois. Elle rayonnait toujours autant, encore plus dans sa tenue pour le mariage de sa fille. Comment avait-elle fait pour garder sa fraîcheur et sa beauté après les années qui étaient passées ? Lui avait changé. Physiquement et mentalement. Il n'était plus cet homme froid que les élèves de Poudlard avaient connu bien des années auparavant, il avait su être plus clément et patient avec les autres. Il avait pris un peu de poids au fil des années, mais tout en gardant une allure svelte et élancée. Ses cheveux autrefois noirs de l'ébène avait quelque peu grisonnés par endroits, mais il n'avait jamais tenu à les couper. Son regard restait le même, bien qu'une toute autre lueur brillait au fond, celle de la fierté et non de la cruauté et la froideur qu'il réservait autrefois à quiconque le croisait. Des rides étaient apparues, comme à chaque être humain, mais très peu nombreuses sur son visage en comparaison avec Sirius qui avait passé plusieurs années à Azkaban et ne l'avait pas aidé à garder sa jeunesse d'autrefois. Mais Julia, elle, ressemblait pratiquement à la jeune femme qui avait un jour passé les portes de la grande salle pour devenir son élève, et bien plus que cela…

- Qu'as-tu ? Lui demanda-t-elle en venant se placer au milieu des bras qui l'avaient si souvent réconfortée.

- Rien… je pensais, c'est tout.

- A quoi ?

- A la vie, notre vie.

- Ah ! Monsieur le nostalgique revient ! Tu sais, Isolde se marie, mais je suis sûre qu'elle viendra très très souvent nous rendre visite. Je la connais.

- Je le sais…

- Tu ferais bien d'aller la voir, le père doit amener la mariée à l'autel…

            Julia approcha son visage de celui de son époux et l'embrassa avant de repartir vers l'intérieur. Séverus resta un instant encore à regarder autour de lui puis il finit par aller rejoindre sa fille. Il croisa au passage son fils aîné, Dorian, en proie à un dilemme très difficile à surmonter pour lui : quelle fille choisir pour l'accompagner au mariage de sa sœur ?

- Oh ! Mais arrêtez! Je ne vais pas vous emmener toutes les trois !

- Dorian !

            Séverus passa son chemin –au moins un sur quatre qui ne se marierait pas tout de suite, pensa-t-il- et arriva devant la porte qui cachait encore Isolde. Il frappa deux coups et attendit la réponse.

- Qui c'est ?

- C'est moi. Lui dit Séverus.

- Entre papa !

            Il pressa la poignée et referma doucement derrière lui. Lorsqu'il vit la jeune femme en face de lui, il crû voir Julia. Il n'avait jamais remarqué à quel point Isolde avait la beauté de sa mère et la même allure à présent. Mais il fallait dire qu'elle ne se maquillait que très rarement et restait assez masculine dans le choix de ses vêtements. Mais la voir habillée en tenue de cérémonie pour le jour de son mariage la rendait aussi belle que sa mère, si ce n'est plus.

- Tu es… On dirait ta mère. Lui dit-il distraitement.

- Merci. Mais c'est vraiment pas marrant à porter tous ces trucs tu sais ? Comment elles faisaient les femmes de l'ancienne époque avec leurs robes qui pesaient trois tonnes ? J'ai déjà chaud et je me demande si je vais pouvoir marcher jusqu'à Owen.

- Tu as plutôt intérêt, ça serait dommage que le père de la mariée la porte sur son épaule pour la conduire jusqu'au futur époux… La menaça-t-il.

- Ok ok ! Pas la peine de te moquer !  Tu peux m'aider à mettre ce fichu collier ? Thaïs s'amusait avec encore…

- Je sais.

            Séverus passa derrière sa fille et l'aida à mettre le bijou autour de sa nuque. Celui que sa mère avait porté le jour de son mariage.

- Voilà.

- Merci !

            Isolde se contempla une dernière fois dans le miroir, satisfaite.

- Je suis morte de trouille…

- Et bien tu n'as qu'à pas te marier et tout est réglé.

- Et puis quoi encore ? Owen me tue si je fais ça.

- Raison de plus, il ne te mérite pas dans ce cas.

- Papa ! Tu ne vas pas recommencer ! Owen est très gentil et il t'aime bien toi ! Pourquoi est-ce que tu continues à le voir comme s'il était pestifér ?

- Demande à son père…

- Pfffff ! L'éternel refrain auquel on a droit deux fois par semaine. C'est la faute à Sirius ! Je n'ai jamais vu deux entêtés comme vous. Vouloir continuellement se faire la guerre à chaque fois que vous vous voyez, c'est franchement grotesque ! Même deux enfants de cinq ans savent pardonner.

- Et nous ne sommes pas des enfants. Le sujet n'est pas là, il me semble. Ne me met pas en colère aujourd'hui, ou ça ira mal.

- En colère le jour de mon mariage ? Je crois que c'est maman qui ne serait pas contente.

- Elle ne me fait pas peur.

- Je ne dis pas ça mais bon, dès qu'elle te dit quelque chose, tu le fais !

- Bon, tu as fini ?

- Euh… je crois que oui. Lui répondit-elle dans un large sourire.

            La musique commença à se faire entendre plus fortement, signal pour les invités de gagner leurs places.

- Oulalalala ! C'est l'heure ! Gémit Isolde.

- On y va ?

- Tu crois ? S'amusa-t-elle.

- Tu veux peut-être que je t'y emmène en volant ?

- Non, j'irai à pieds. J'ai tendance à avoir le vertige en l'air ! Mais merci de me le proposer !

            Elle passa le voile devant son visage et s'approcha de la porte.

- Et pourquoi un mariage moldu ?

- C'est plus joli. Et on voit assez de magie tous les jours, je voulais changer un peu.

- Ridicule…

- Je sais ton amour pour les moldus, mais c'est mon mariage et je fais celui dont j'ai envie papa.

- Je le sais…

            La musique stoppa et Isolde prit une profonde inspiration.

- On y va…

            Séverus ouvrit la porte et tendit le bras à sa fille qui le prit en tremblant.

- On y va doucement, la musique n'a pas encore commencée. Lui dit-elle à l'oreille.

            Ils attendirent dans le petit couloir qui menait à l'intérieur et lorsque la marche nuptiale se mit à jouer, Séverus avança, Isolde hésitant un instant mais finissant par le suivre.

Ils arrivèrent au début de l'allée où tous les visages s'étaient tournés vers eux. Owen appréciait apparemment l'allure de sa future femme, car il restait bouche bée. Séverus avança, Isolde le suivit. Ils progressèrent dans l'allée centrale, les murmures entre les invités allant bon train, et s'arrêtèrent une fois arrivés à côté d'Owen. Le père se tourna vers sa fille et pour la dernière fois, pensa-t-il, lui donna un baiser sur la joue. Adieu à sa fille…

            Isolde lui sourit et se tourna rapidement vers Owen.

- Wouah ! Tu es superbe ! Lui lança-t-il.

            Séverus observa une dernière fois son futur gendre et celui qui se tenait quelques pas derrière. Sirius regardait les deux fiancés avec un large sourire, mais quand il croisa le regard de Séverus, il arrêta de sourire et continua de le fixer.

- Séverus ! Viens t'asseoir ! L'appela Julia.

            Il tourna la tête et la vit qui lui faisait signe de s'installer à côté d'elle. Il entendit une autre voix féminine chuchoter de l'autre côté des bancs.

- Siri ! Viens t'asseoir ! Allez !

            Séverus et Sirius s'observèrent un dernier instant avant d'aller tous les deux, en même temps, s'asseoir aux côtés de leur femme respective.

            La cérémonie se déroula sans incident, pas d'invité de dernière minute, pas de trouble fait voulant s'opposer à cette union… Seul Séverus restait perdu dans ses pensées, continuant de penser qu'il perdait sa petite fille pour toujours.

- Je te dis que si !

- Je te dis que non !

- Et moi je te dis que si !

- Oh, mais tu es vraiment têtue toi !

- Alan, je sais que…

- Thaïs ! Alan ! Taisez-vous donc un peu ! Chuchota Julia en se retournant vers les deux enfants en train de se chamailler.

- Mais 'man ! Il veut pas croire qu'Isolde et Owen ils ont déjà dormi ensemble !

            Toute l'assistance se tu en entendant la petite fille s'exprimer un peu trop fortement. Isolde la regardait avec des envies de la tuer et Owen se contentait de sourire bêtement.

- Thaïs ! Ce n'est pas le moment… S'énerva Julia.

- Mais 'man ! JE les ai déjà vu moi !

            Là, autant dire qu'Isolde virait au rouge ou menaçait d'exploser dans les secondes à venir.

- Thaïs !

- C'est vrai en plus…

- Tais-toi. Gronda Séverus de sa voix qui faisait trembler Thaïs.

            Elle se ratatina dans le fond de son siège et resta silencieuse tout le reste de la cérémonie. Alan, le fils de Harry et Hermione se mit à rire mais se calma devant le regard courroucé de sa mère.

- Je vous déclare unis par les liens sacrés du mariage. Vous pouvez embrasser la mariée… Déclara le prêtre à la fin de la cérémonie.

            Séverus regarda Owen embrasser sa femme –officiellement- et se tourna vers Julia qui s'était transformée en véritable fontaine. Tout comme la femme de Sirius un peu plus loin.

- Pourquoi elles pleurent toutes les femmes ici ? S'étonna Thaïs.

- C'est des filles, qu'est-ce que tu veux ! Lui lança Alan.

- Pfff ! Moi je suis une fille, et je pleure pas, alors arrête de dire n'importe quoi !

- Tu verras quand on se mariera, même ma mère pleurera !

- Eh ! Où tu as vu qu'on allait se marier ? S'indigna Thaïs.

            A ces mots, Séverus sursauta. Alan et Thaïs… Ce que lui avait montré Ilyas quand il était un petit garçon… Leur fils, le descendant des Potter… et des Rogue… Une sueur froide coula le long de son cou.

- Séverus… Lui demanda Julia en posant sa main sur son bras, inquiète de le voir pâle.

- Je… je vais sortir. Lui dit-il.

            Sans plus attendre, il se leva et se dirigea vers la sortie. Il s'éloigna rapidement de l'église et trouva un endroit isolé contre un tronc d'arbre.

- Maudit avenir ! Pourquoi ne me donnes-tu pas une vie normale ? Que mes enfants ne se marient pas avec les enfants de mes ennemis !

- En colère 'pa ?

            Séverus observa la silhouette qui s'était glissée à côté de lui. Ilyas.

- Qu'est-ce que tu fais l ?

- Je t'ai suivi. Qu'est-ce qui t'as fait peur comme ça ?

- Rien.

- Le fait que Alan soit avec Thaïs ?

- Non.

- Il me semble que tu ne peux rien contre…

- Non.

- C'est la vie papa… Tu ne peux rien changer. S'ils sont destinés l'un à l'autre, tu dois les laisser.

- Pourquoi me dis-tu ça ?

- Tu le sais parfaitement, je te l'ai déjà montré… il y a environ douze ans…

            Les portes de l'église s'ouvrirent en même temps que Séverus voulait tourner la tête vers son fils. Les invités faisaient la horde d'honneur aux mariés qui sortirent enfin du lieu de culte sous les confettis. Quelque chose attira le regard de Séverus, quelque chose qu'il ne comprenait pas. Il se tourna brusquement vers Ilyas, mais celui-ci avait disparu. Alors comment se faisait-il qu'une seconde avant il était en train de lui parler, et qu'à présent, Ilyas se trouvait devant les mariés en train de les photographier ? La dernière chose qu'il vit fut Thaïs en train de se faire poursuivre par Alan, riants tous deux à gorges déployées, avant de sentir sa tête peser et tout tourner autour de lui…

- Séverus… Séverus…

- Rien à faire professeur, cela fait tellement de temps que nous essayons de le ramener vers nous, mais rien n'y fait. Pas même vos potions.

- Attendez Pompom ! Je crois qu'il a boug !

- Mais non ! Pour la énième fois prof… Merlin ! Il a boug !

- Séverus, ouvrez les yeux !

            Séverus sentait sa tête peser une tonne selon lui. Que se passait-il ? Où se trouvait-il ? Lentement, il ouvrit les yeux, elles semblaient alourdies par une masse invisible.

- C'est bien, continuez ainsi ! L'encourageait-on.

            La lumière commença à l'éblouir  et il referma aussitôt les yeux.

- Baissez la lumière Pompom !

- Tout de suite professeur.

            Séverus se mit à battre des paupières et les ouvrit totalement au bout de cinq minutes. Cela lui avait semblé extrêmement long et compliqué à faire.

- Julia… Appela-t-il.

- Qui est-ce ? Demanda la voix de Pomfresh.

- Je l'ignore. Séverus ? Vous m'entendez ? C'est Albus. Vous souvenez-vous de ce qui s'est pass ?

- Albus…

- Oui, je suis là.

- Isolde et Black…

- Sirius ? Il n'est pas ici.

- Où… Ilyas…

- Que dit-il professeur ?

- Il délire, sûrement un reste de ce sortilège… Vous vous souvenez de l'attaque lancée par Voldemort et le sortilège qu'il vous a lanc ?

            Séverus ne distinguait que des formes au-dessus de lui et tout était trouble, sa tête lui faisait mal et il ne savait vraiment pas où il était, ni avec qui il était.

- Un sortilège de sommeil paradoxal. Cela fait cinq mois que vous étiez dans le coma. Par Merlin, vous voilà revenu ! Il s'est passé tellement de choses depuis votre attaque.

            La vue de Séverus s'améliora de plus en plus, jusqu'à ce qu'il distingue la forme au-dessus de lui.

- Albus ?

- Oui, c'est moi. Vous souvenez-vous de quelque chose ?

- Julia…

- Qui est cette personne Séverus ?

- Ma fem… je… je ne sais… pas.

            Un grand vide vint alors se placer dans sa mémoire, tout ce qu'il pensait il y a peu disparaissait lentement de ses pensées et des images, d'anciennes images refaisaient surface. Potter, ses amis, Voldemort, les Mangemorts, la bataille qu'il y avait eu lieu, une baguette pointée vers lui… puis le noir total.

- Voldemort a été vaincu par Harry. Mais il a réussi à vous toucher avant en vous plongeant dans un sommeil paradoxal. Vous étiez alors dans le coma. Il a été noble de ne pas vous tuer.

- Mais Albus, ce sommeil peut tuer la personne qui le reçoit s'il va dans un monde qui le détruira de l'intérieur !

- Apparemment, notre Maître des potions a trouvé le juste milieu puisqu'il en sort vainqueur.

- Je ne comprends rien… Où sommes-nous ?

- A Poudlard voyons !

- Où est… ma famille ?

- Votre… famille Séverus ?

- J'avais… enfin, je pense… Tout se mélange… Gémit Séverus en mettant sa tête entre ses mains.

            Au dessus de lui, Albus et Pomfresh se regardèrent.

- Il a eu le rêve de ce qu'il désire le plus au monde… Chuchota-t-il assez fort pour que Séverus l'entende.

- Ce que je désire ? Qu'est-ce que je désire ? Je désire être comme je suis, savoir qui je suis ! Où est ma vie ? Que s'est-il pass ?

- Je vous l'ai dit, un sort vous a plongé dans le coma et cela fait cinq mois que nous veillons sur vous. A ce stade, vous pourrez donner cours rapidement ! Harry se demandait si vous alliez bien.

- Harry ? Potter ! Encore lui ! Il  ne me laissera donc jamais tranquille ! Son fils et ma fille ! Son fils et…

            Une fois de plus, la mémoire lui joua des tours et il perdit le fil de ce qu'il voulait dire.

- Laissez-moi !

- Pompom, je pense qu'il est préférable de le laisser seul. Murmura le vieil homme à l'infirmière.

            Ils s'éloignèrent, laissant Séverus dans un désespoir sans nom. Que se passait-il ? Pourquoi voyait-il deux vies se mélanger en lui ? Il voyait tellement de personnes autour de lui, tellement d'amour… et aussi de souffrance, de noirceur, de froideur…

            Il tomba nez à nez avec un journal traînant sur la table à côté de lui. Il le prit et le lu.

« Le Seigneur des Ténèbres ne reviendra plus ! »

            Tout l'article parlait de la chute de Voldemort maintes et maintes fois racontée apparemment, et aussi de la vie après sa disparition. Le collège Poudlard accueillait les élèves en sorcellerie après cette terrible lutte qui avait durée près de six mois. Mais six mois avant le sort lancé sur Séverus, avant les cinq mois qu'il passa dans le coma. Onze mois c'étaient écoulés, mais il ne se souvenait que d'une infime partie de ces mois passés. Et d'autres évènements venaient se rajouter par fragment, pour disparaître enduite de sa mémoire. Il reposa le journal et se rallongea avant de fermer les yeux et de sombrer dans le sommeil à nouveau. Tout devint blanc à nouveau et des images vécues réapparurent. Potter qui se bat contre Voldemort, Voldemort qui lui lance le sortilère, puis des images vécues à l'école : Longdubat qui fait exploser son chaudron et fait ensuite sauter ceux des autres, Granger qui bat Malefoy en duel, la famille Weasley qui vient reprendre Ron et Ginny à cause d'une menace sur leurs enfants au sein de l'école… Tout refaisait surface à présent, et ce n'est que le lendemain matin qu'il retrouva totalement ses esprits.

            Il se leva et, titubant, se dirigea vers la glace la plus proche. Il vit alors ce qu'il était devenu pendant ces cinq mois : il avait un visage encore plus pâle, des cheveux longs mais apparemment soignés durant son sommeil, une barbe naissante mais qui devait être entretenue par moments. Il avait maigri, beaucoup trop même ses pommettes saillaient sur ses joues creusées.

- Oui Séverus, il va falloir vous remettre sur pieds, cela a été long pour vous, comme pour nous. Mais je pense que vous avez eu la meilleure expérience de votre vie durant cette période. Et qui sait, cela arrivera-t-il un jour… Lui confia Albus en arrivant à ses côtés.

- Encore faudrait-il que je me souvienne ce dont il s'agit Albus.

            Une semaine passa et le Maître des potions reprenait ses habitudes dans l'école de Poudlard. La rentrée aurait lieue dans quelques jours et il devait se mettre à jour. Il avait fini par oublier complètement ces fragments de rêve qui le hantaient jusqu'à il y a quelques jours, et il redevenait le même homme austère et froid qu'il avait été, et qu'il avait toujours été.

- Mesdames et messieurs, cette année nous allons recevoir une nouvelle élève pour un cas un peu particulier. Avait commencé Dumbledore lors de la réunion des professeurs avant la rentrée.

- Comment cela Albus ? Demanda Chourave.

- Elle a suivi des cours à domicile et souhaite juste obtenir son diplôme de dernière année. Elle est un peu plus âgée que les autres élèves, mais elle est très brillante. C'est elle-même qui est venu me trouver d'ailleurs.

- Une élève plus âgée ? C'est-à-dire ?

- La vingtaine il me semble.

            Quelque chose tilta dans l'esprit de Séverus après avoir entendu ces mots.

- Vingt ans ? Ce n'est pas un peu trop tard pou elle ? Demanda-t-il.

- Oh ! On ne sait jamais, elle peut très bien rattraper le temps perdu dans son enfance où elle ne côtoyait pas les autres enfants… Lui dit-il dans un regard espiègle.

            La réunion se poursuivit, mais Séverus resta fixé sur l'arrivée d'une élève plus âgée que les autres. Il ne savait pas pourquoi, mais il avait l'impression d'avoir déjà entendu parlé d'un cas similaire quelque part… Mais o ?

            Le soir de la rentrée, il n'aurait su l'expliquer, mais il avait le trac. Alors que cela faisait bon nombre d'années qu'il enseignait, c'était ce soir qu'il avait le trac. Certainement parce qu'il revenait d'un long moment sans sortir de ses « songes » et qu'il n'avait plus affronté le monde extérieur, hormis les professeurs de Poudlard. Installé à sa place, il attendit que McGonagall fasse l'appel des nouveaux venus. Il distinguait parfaitement Potter et ses amis assis à leurs places habituelles, riant ensemble. Il l'appréciait toujours autant, c'était fou.

- Nous allons maintenant accueillir une nouvelle élève au sein de notre école. Elle entre directement en dernière année et est un peu plus âgée que vous. Mais je vous demande de l'accueillir comme une élève à part entière. Termina Dumbledore.

            Quand les portes s'ouvrirent, les regards se tournèrent vers la jeune femme qui entra. Ce n'est plus un tilt qui frappa l'esprit de Séverus à cet instant précis, mais c'est son cœur qu'il sentit battre le plus fortement au fond de sa poitrine.

- Julia… Murmura-t-il pour lui-même sans s'en rendre compte.

- Miss Julia Andrews.

            La jeune femme s'installa sur le tabouret et posa le choixpeau magique sur sa tête. Quelques instants après, le choix fut fait.

- SERPENTARD !

            Quand elle alla s'asseoir à la table des Serpentards, non loin de Drago Malefoy, Séverus ne perdit pas une seconde pour suivre sa progression. Il savait qu'il la connaissait, il savait qu'il allait y avoir quelque chose mais quoi ? Elle tourna la tête dans sa direction et à ce moment, leurs regards se perdirent l'un dans l'autre. Son cœur arrêta de battre et il su à ce moment que plus jamais sa vie ne serait comme avant…