ARTFUL FACADE
Chapitre 2 : Les instants d'après

Disclaimer : Harry Potter, son histoire, ses personnages ne m'appartiennent pas (heureusement pour eux !) : ils sont la propriété de J. K. Rowling et de la Warner Bros (en ce qui concerne le film). Je ne fais que les emprunter à des fins non commerciales.Cette fanfiction n'a pas été écrite par moi, mais par SkySorceress.

Réponses aux reviews :

Zan972 : Merci, je suis contente qu'elle te plaise. Comme tu le vois, j'ai suivi ta demande ! J'espère que ce chapitre te plaira autant que le premier !

Hannange : Vos désirs sont des ordres demoiselle ! Et un chapitre, un ! -)

Chupz : Coucou puce ! Voilà le nouveau chapitre, rien que pour tes beaux yeux ! (Et je n'ai QUE des bonnes idées ! lol)

Miyuse : Bonjour ! Merci pour tes compliments. Je suis plus contente de voir que cette fic t'ait touchée autant que moi et bien sûr, s'il y a des gens comme toi qui l'ont apprécié, c'est avec un grand plaisir que je continuerai à la traduire !

Sly2Sy : Lol micci jsuis rassurée d'entendre que cette traduction n'est pas trop horrible ! mdr Tu m'as donné envie de continuer à la traduire, puisque je l'avais laissée un peu en plan dernièrement.

Ornella : Merci, je suis contente de voir que tu apprécies et merci pour ton soutient ! Voici la suite !

Kalari : Oh merci pour tes compliments, je suis contente que tu aies trouvé quelques petits défauts, je me disais aussi ! lol Et pour répondre à ta question, la suite arrive maintenant, même si j'ai mis des mois à traduire la suite ! Alors j'espère que tu seras là, même après tout ce temps !

Artémis : Merci pour tes compliments, ils me touchent beaucoup ! Bonne lecture de ce chapitre, j'espère qu'il te plaira autant que le premier !

MirahannaManson : Merci beaucoup pour ton compliment, c'est vrai que varier le vocabulaire a été l'une des choses les plus difficiles à faire, mais apparemment, je ne m'en suis pas trop mal sortie ! lol Bonne lecture !


"Swimming through the void
We hear the word
We lose ourselves
But we find it all"
-Aerials, System of a Down

Je ne pense pas pouvoir l'aimer.

C'est l'été.

Je suis au Manoir Malfoy. Je déteste être ici. Les pièces sont étouffantes et les servants vous mentent. Père est horrible avec eux. Il les fait sourire. Ils viennent dans ma chambre, tirent les rideaux et disent bonjour, mais je sais qu'ils n'en pensent rien, qu'ils ont en tête leur misérable bulletin de paie et le regard menaçant de Père. Non pas que je les blâme. Il les paie, après tout, et l'hypocrisie vaut beaucoup ces jours-ci. La sincérité vaut beaucoup plus mais personne ne semble avoir assez de cran pour la payer. Je sais que je n'en ai pas. Du moins pas particulièrement.

Parfois je pense que peut-être je devrais tenter, devrais avoir le cran de dire ce que je pense et penser ce que je dis. Je n'intimiderais pas les autres avec des mensonges. Je ne lancerais pas de regards noirs à ceux que je considère inférieurs à moi, n'utiliserais pas un sarcasme aussi coupant qu'un poignard pour m'adresser à ceux que j'aime et déteste. Je serais honnête. Je sourirais, de sincères et véritables sourires. Je serais heureux, le genre de joie qui est dû à ton propre comportement, plus qu'au comportement de ceux qui t'entourent. Pendant un moment le monde est rempli de nouveaux choix.

Je pourrais être toutes ces choses. Je pourrais être quelqu'un de différent. Faible. Effrayé. Mais heureux, étrangement content de pouvoir marcher dans les couloirs de Poudlard sans avoir les yeux des autres s'éloigner des miens pour m'éviter. Des personnes qui me regarderaient, qui me regarderaient réellement, sans peur. Des regards silencieux rencontreraient timidement le mien, offrant un regard pur de toute méfiance. Oui, pendant un moment tout ça a paru pouvoir réellement arriver, comme si j'aurais pu connaître le vrai regard de beaucoup. C'est un instant plein de possibilités, un de ceux que je n'ai jamais vus. Ces moments n'arrivent uniquement que quand je regarde dans les yeux d'un seul garçon.

Devinez qui c'est.

Gagné.

Et alors je détourne mon regard et tout redevient comme ça a toujours été et je suis de nouveau en sécurité. Les yeux des autres sont voilés. Le monde est normal et rien ne vacille et je suis de nouveau sur la terre ferme, terre sur laquelle j'ai grandi. C'est pourquoi j'essaie de détourner mon regard. Parfois, les gens agissent comme si les possibilités étaient de bonnes choses. Pas toujours. Les possibilités amènent aux choix, des choix que je ne pourrais jamais faire. Et donc, pour éviter une telle situation, j'essaie de détourner mon regard. Je rompt mon regard avec le sien pour mon propre bien-être.

Ne dites pas que je suis lâche. Vraiment, ça n'a rien à voir avec la lâcheté. Il s'agit d'attentes et de préconceptions. Je dois jouer mon rôle, pas me perdre dans un océan de choses embrouillées et de regards sans fin et de satanés choix sur ce qui est bon et mauvais, ce qui est bien et mal. Il s'agit de cette satanée façade qui me colle pour toujours, de cette pièce, cette performance. Et plus dramatique que cela peut paraître, les rideaux ne tomberont jamais, pas jusqu'au jour où je mourrait.

Je prie pour qu'il n'y ait jamais d'encore.

Il m'a dit une fois qu'il voulait qu'on change. Il a dit qu'il priait les étoiles chaque soir pour que tout entre nous disparaisse. Comme par magie. Poudlard est rempli de magie, peut-être que ça arrivera.

Il espérait toujours que les choses changent. Il me l'a dit ça aussi. Je n'espère jamais que les choses changent parce qu'à chaque fois que j'essaie, je me souviens à la place de quoi a l'air le monde à travers ses yeux. Son monde est simple et droit et les gens y sont bons. Même après tout le temps qu'il a passé avec moi, il croit toujours que les sourires des autres réels, que la sincérité est gratuite.

Il vit dans un monde que je ne peux pas m'imaginer. Croyez-moi, j'ai essayé. C'est un monde auquel je n'appartiendrai jamais, parce que même si je toque à la porte, ils ne me laisseront jamais entrer.

Alors à la place je regarde par la fenêtre. Il s'agit juste d'une horrible malchance si la fenêtre se trouve être dans les yeux d'un garçon nommé Harry Potter.

[...]

Les cris des étudiants et du personnel de Poudlard résonnaient. Draco ne pouvait pas entendre ces cris mais il pouvait les voir. Faisant écho dans les oreilles des autres Serpentards de l'équipe. Il y avait autre chose qui résonnait dans l'esprit de Draco. Du dégoût, pensa-t-il et de la haine. Une haine qui étouffait le bruit de toute autre chose autour d'eux.

Il se retourna, et regarda Harry Potter. Il était avec cette Weasley. Eh bien ce n'était pas surprenant. Ginny était en train de toucher doucement les bleus que Harry avait sur le visage, lui demandant ce qui s'était passé.

« Rien, Gin'. Malfoy, c'est tout. Etant lui-même. Il a encore essayé de me faire tomber de mon balais. »

Draco se détourna. Il commença à suivre lentement le reste de son équipe.

« Mais il ne l'a pas fait ! » lui parvint la voix de la Weasley, flottant vers lui comme pour l'exaspérer, saturée en douceur. « Tu l'as eu à la fin. Tu as gagné, Harry ! » Elle gloussa. « Tu as l'air stupéfait. Tu ne réalises pas ce qu'il s'est pass ? »

L'équipe de Serpentard retourna dans ses vestiaires et se changea en uniforme. Draco observa ses mains sans montrer aucune émotion, rejouant encore et encore le match de Quidditch dans sa tête et faisant des ralentis douloureux sur les moments les plus humiliants. L'équipe quitta progressivement les vestiaires. Draco resta. Finalement, silencieusement, Draco retira sa robe de Quidditch et éloigna son balais.

« L'année prochaine », lui dit-il, « Ne t'inquiète pas. L'année prochaine, les Serpentards gagneront le championnat. »

« Il vaudrait mieux » dit sombrement une voix.

Draco se retourna. « Papa ! » dit-il, choqué. « Que... »

« Je suis venu voir le match, fils, naturellement. » dit Lucius Malfoy. « Je suis venu...t'encourager. »

« Que c'est gentil de ta part » rétorqua Draco.

« C'est aussi mon avis. » Lucius sourit. « Mais je suis assez déçu. En fait », dit Lucius en soupirant « très déçu. Draco, je t'ai acheté le meilleur des balais. Je t'ai donné le meilleur instructeur de Quidditch. »

Draco attendit. Il croisa les doigts, espérant que Lucius éclaterait, s'emporterait contre lui.

« C'est intéressant », dit Lucius très doucement, « de voir comment tu as choisi de me rembourser. Très intéressant. »

Draco soupira. La colère calme étaient toujours la facette la plus dangereuse de la personnalité de son père, c'est pourquoi il choisit ses mots avec le plus grand soin.

« Espèce de bâtard ! Je n'ai pas DEMANDE à Potter d'attraper le Vif d'Or ! Je n'ai pas DEMANDE à perdre cette foutue partie ! Ne me fais pas culpabiliser d'avoir perdu ! J'ai fait de mon mieux, et... »

« Peut-être que tu aurais dû essayer mieux que ça ! »,dit Lucius. « Tu aurais dû agir quoiqu'il en coûte ! Il n'y avait que toi et Harry Potter. Tu t'es enfoncé, Potter a gagné. Et si cela s'était passé lors d'un... » Lucius se tut brusquement.

Draco hocha la tête avec lassitude. « Et si cela s'était passé lors d'une mission pour Voldemort, c'est cela que tu voulais dire ? Tu crains que si je...j'avais à faire des choses pour Voldemort, je ne les accomplissent pas ? »

« Je crains que si cela se passe entre Potter et toi, tu sois intimidé par notre petit héros et que tu te dédises. » Lucius fit un pas en avant. « J'ai besoin de savoir »,murmura-t-il. « que tu feras tout ton possible pour gagner, que ce soit sur ou en dehors du terrain de Quidditch. »

« Pour quelle véritable raison êtes-vous ici, père ? » dit Draco. « Et pas d'histoires à propos de vouloir regarder le match. Je vous connais mieux que vous ne le pensez.»

« Mais tu as toujours été un garçon intelligent, n'est ce pas ? », dit son père avec affection, soudain débarrassé de toute son intensité, et de nouveau plein d'amour paternel. Il ébouriffa les cheveux de Draco. « Oui, tu es vraiment intelligent, je ne vois vraiment pas pourquoi tu n'es pas premier dans toutes les classes. J'ai vu qu'une Sang de Bourbe est toujours au rang de première cette année à Poudlard. C'est complètement dingue. Tu ne dois pas le permettre, mon garçon. Si ces Moldus se mettent en tête qu'ils sont meilleurs que nous...eh bien, ça sera douloureusement plus difficile de leur montrer le contraire, pour les deux côtés. »

« Pourquoi êtes-vous ici ? »

« Je voulais jeter un coup d'oeil à ton école. J'ai entendu dire que l'entretien de cet établissement laissait à désirer. Mais il ne faut pas attendre grand chose de cet animal d'Hagrid pour prendre soin des choses ! J'allais me plaindre auprès de Dumbledore mais il semble que techniquement, il n'y a rien d'anormal ici. Donc, il semble que ma petite inspection n'ait pas porté ses fruits. »

« Père, je veux la vérité. »

« Et je te l'ai donné. A l'instant. Je n'allais même pas t'en parler, en fait j'avais prévu de partir comme si je n'étais jamais venu mais...eh bien, j'ai vu la fin de la partie et je devais te dire à quel point tu m'as déçu. »

« Ah. Oui. Humilie-moi encore un peu plus avant de partir, c'est tellement irrésistible. »

« Honnêtement, Draco, qu'est-ce qui t'arrive ? On te donne tout ce que tu veux, ta mère et moi. Nous ne demandons pas grand chose en retour. Gagner un match de Quidditch par-ci par-là. Avoir de bonnes notes. Apporter un peu d'honneur à la famille, pour l'amour de Dieu. »

Pas moyen d'échapper à celle-ci. « Oui, Père. » dit Draco d'une voix traînante.

« Je veux dire, est-ce trop te demander ? »

« Non Père. Si seulement Dumbledore n'était pas aussi amoureux de ces Sangs-de-Bourbe, je serais premier dans toutes les classes. »

« Et gagnerais tous les matchs de Quidditch », ajouta Lucius.

« Et gagnerais tous les matchs de Quidditch. »

« Bien. Bon, je devrais m'en aller. »

« Tu es sûr que tu n'as...rien d'autre à me dire, Père ? » demanda Draco avec respect.

« Rien dont tu ne devrais t'inquiéter, mon garçon » dit Lucius précipitamment. « Du moins, pas encore. »

Il partit sans ajouter un autre mot.

« Au revoir », dit sarcastiquement Draco après lui. Il se réfugia dans son dortoir et claqua la porte derrière lui. Cela lui fit du bien, mais seulement un peu.

[...]

« Aidez-moi ! Que quelqu'un m'aide, s'il vous plaît... » Harry entendit la plainte désespérée. Il leva brusquement la tête et courut jusqu'à la source du cri.

C'était Neville. Il donnait des coups de pied à sa malle.

« A l'aide ! » dit-il encore. « Cette chose...» Un coup. « ne se ferme pas » Un coup. Repérant Harry, il leva rapidement les yeux. « Oh, s'lut Harry. »

« Besoin d'aide ? »

« Oui », admit Neville avec reconnaissance. Harry baissa son regard vers la malle.

« Ca aiderait si tu pliais quelques vêtements... »

Neville le dévisagea sans rien dire.

« Ou pas. », dit Harry. Il tassa quelques objets dans la valise.

« Alors », dit Neville avec entrain, alors que Harry se battait avec la valise, « superbe match, l'autre jour ! J'savais que tu allais gagner, bien sûr » ajouta-t-il.

« Merci », dit Harry. « Où est Ron ? »

« Parti étudier, m'a-t-il dit. ». Neville plissa des sourcils. « Mais les examens, les BUSEs et tout ça, c'est fini ! »

« Ah », dit Harry. « Ca veut dire qu'il est avec Hermione. »

« Oh », dit Neville. « Je comprends. Et toi, comment ça se passe alors ? Toi et Ginny ? Elle est très gentille. »

« Ca va. » Harry parvint enfin à fermer la malle. « Voilà, Neville. » Il sourit. « Passe de bonnes vacances. »

« Toi aussi, Harry. Merci. »

Harry retourna vers son lit et commença à mettre des affaire dans sa propres valise mais son coeur n'y était qu'à moitié. Il ne voulait pas quitter Poudlard, pas du tout. La vie chez les Durlseys n'était pas une partie de plaisir, non plus. Mais une partie de lui était heureuse de partir. Il avait besoin de s'éloigner. Ce n'était pas qu'il n'aimait pas être à Poudlard, c'était juste que...il se sentait bizarre ici parfois. Son propre corps était étrange dernièrement, comme s'il ne lui appartenait pas. Peut-être que ça n'a jamais été le cas.

Ca venait de Malfoy. Ça devait l'être. Ce qu'il avait fait l'autre jour à Malfoy, ça ne pouvait pas être le fruit de sa propre volonté. N'est-ce pas ? Malfoy doit avoir fait quelque chose. Quelqu'un doit avoir fait quelque chose. Il n'y avait rien chez Harry, rien du tout, qui aurait considéré ne serait-ce que pendant une seule seconde, faire une telle chose. Rien.

Des yeux gris de glace. En les regardant, un frisson avait parcouru Harry. Oui, un véritable frisson, comme décris en cliché dans un poème et quand il fut parti, il se sentit consumé par les flammes. Il se l'imagea parfaitement dans sa mémoire, il vit les flammes s'amenuiser pendant une fraction de seconde, vit Draco le regarder et oui, Harry s'était avancé et l'avait fait. Il avait embrassé Draco Malfoy.

C'était la pire des choses. Ça n'avait pas été à cause d'un démon, d'un monstre ou d'un sort. Harry avait fait un choix. Il pouvait mentir à lui-même autant qu'il le voulait. Au plus profond de lui, il sentait la vérité dans toute sa mesure. Harry n'avait pas été envahit de désir. Il n'y avait pas eu de convoitise ensuite.

Il s'était perdu. Et alors quand le feu s'écarta, il vit Malfoy, là, et il alla donc à sa rencontre, s'avançant pour le toucher, comme si la glace de ses yeux pouvait contrer le feu. Pendant le flot d'émotions qui suivit, ses lèvres furent séparées de celles de Malfoy. A ce changement soudain, Harry avait de nouveau regardé dans les yeux de l'autre garçon et, dans un instant de pureté exquise, il s'était trouvé.

Ça avait été ce moment-là qui avait vraiment fait battre le coeur de Harry. Ça avait été le moment où Harry avait ressenti son besoin envers Malfoy atteindre son paroxysme.

Ce n'était pas le baiser en lui-même qui était resté gravé dans l'esprit de Harry. C'était ce qui s'était passé après.

Ils s'étaient battus. Ça avait été merveilleux. Harry ne s'était jamais senti aussi confiant, il n'avait jamais bougé avec autant de grâce, avec Draco le suivant en rythme. Et oui, il avait ressenti de la douleur quand le poing de Draco avait frappé son menton, mais elle lui semblait si loin. La douleur ne comptait pas, tout ce qui comptait était les mouvements dans lesquels ils étaient absorbés, et la voix dans la tête de Harry qui disait que oui, c'était ainsi que tout était supposé être.

Tout avait pris fin. La musique s'était arrêté et même les notes les plus douces moururent brusquement. Et la mélodie s'était arrêtée à la note aiguë d'un sifflet.

Et alors le monde avait repris ses droits. Harry avait regagné le sol et de nouveau il y avait des attaches et des lignes et des ombres qui ne pouvaient pas exister dans le ciel.

« Euh, Harry ? » C'était Neville. Il pencha sa tête vers Harry, qui observait sa malle sans bouger. Il paraissait très pâle.

« Harry ? » dit de nouveau Neville, plus fort. « J'ai...euh...oublié de ranger quelques affaires, t'vois et je me demandais si peut-être tu pouvais ouvrir la ma... »

« Désolé, j'dois y aller » dit soudain Harry. Il bouscula Neville et se dirigea vers la porte.

« Mais Harry, le cycle est bientôt terminé et tu n'as toujours pas fait tes bagages ! »

« A plus », lui répondit Harry s'éloignant au pas de course.

Neville le regarda partir, intrigué.

[...]

Draco avait pas mal de valises à boucler et, y pensant à l'avance, en avait fini avec la plus grande partie d'entre elles la veille. Avec une clairvoyance inhabituelle, il avait prévu qu'il aurait besoin d'un peu de temps seul, loin des obligations de la maison de Serpentard. Il était à présent seul sur le terrain de Quidditch. Ce n'était pas un jour sans nuage, comme il l'avait espéré. En fait, c'était un jour assez pluvieux et il y avait plein de nuages obstruant le ciel. On n'a pas toujours le temps qu'on espère.

Il entendit des bruits de pas derrière lui.

« Potter », dit-il sans se retourner. Il savait. Il entendit les pas de l'autre garçon s'arrêter derrière lui. Ils demeurèrent silencieux.

« Comment savais-tu que je serais l ? » demanda finalement Draco sur un ton froid.

« Je ne le savais pas,» dit Harry. « Je l'espérais, juste. »

« Pour quoi, exactement ? »

« J'espérais que... » la voix de Harry s'affaiblit. « Que tu sois là. Je suppose. »

Draco se retourna. « Tu as bien supposé. » dit-il calmement.

« Est-ce que tu espérais que je te trouverais ? »

« Oui. »

Ils demeurèrent silencieux.

« Je te hais, tu sais », dit soudainement Harry.

« Oui. »

« C'est tout ? Oui ? Allons, tu dois avoir autre chose à dire. »

Et ils s'embrassèrent de nouveau. Ce fut long et infini et plein de larmes qui ne pouvaient pas se manifester. C'était plein de haine. Quand ils se séparèrent ils étaient tous les deux hors d'haleine.

Soudain Draco rit. « Et bien, c'est tout, n'est-ce pas ? » dit-il. « C'est tout pour l'été. »

« Je l'espère. »

Draco rit de nouveau. « C'est une drôle de chose à dire. Si tu le ressens ainsi, pourquoi es-tu venu ? »

« Je le voulais. Je le voulais pour une dernière fois. Parce que tu sais quoi ? Ceci est la dernière fois. » Il remua la tête. « Je ne peux pas faire ça, Malfoy. Je ne veux pas faire ça. »

« Ca n'a rien à voir avec ce que nous voulons, Potter. » répliqua Draco. « Ce qui importe c'est ce dont nous avons besoin. »

« Je n'ai pas besoin de toi. Je n'aurai jamais besoin de toi. »

« Et tu penses que j'ai besoin de toi ? Eh bien, la maison Gryffondor ne doit pas manquer d'ego, n'est-ce pas ? »

« Je m'en fous que tu ais besoin de moi ou pas, » dit Harry. Mon Dieu, pourquoi était-il venu ici ? Pourquoi le souvenir d'un monde sans attaches ni constrictions l'avait soudain fait accourir ? Accourir vers Draco Malfoy, pour l'amour de Dieu. « C'est tout, ok ? » Et tout à coup sa voix était rude, fiévreuse. « Quoique tu pensais de moi, rien n'est vrai. Quoique tu ressentes pour moi, débarrasse-t-en ! Et j'en ferai de même pour toi. Je suis juste venu te dire que... »

« Dramatique au revoir », dit Draco doucement.

« Tu appelles ça un au revoir ? » dit Harry avec un sourire amusé. « Je ne savais même pas qu'on s'était dit bonjour. »

« Ecoute, Potter », grogna Draco. « Ce n'est pas comment c'est supposé marcher. Tu n'est pas venu ici pour... »

« Si. »

« Tu ne peux pas arrêter quelque chose qui n'a même pas commenc ! »

« Non, tu ne peux pas », affirma Harry. « Mais tu peux l'empêcher. C'est ce que je suis en train de faire. J'ai...trop à perdre, Malfoy. Le respect pour moi-même premièrement. »

Draco haussa des épaules. Harry continua avant que Malfoy ait une chance de faire un commentaire.

« Et il y a mes amis aussi. Ils te détestent presque autant que moi. »

« Vraiment ? Est-ce que tous tes amis expriment la haine comme tu le fais ? Parce que ça pourrait être assez marrant... »

Harry l'ignora. « Et il y a Ginny. »

Draco acquiesça comme s'il s'y attendait. « La Weasel. Le couple parfaitement accordé que vous êtes. Vous semblez être fait l'un pour l'autre. Mais les apparences peuvent être décevantes, n'est-ce pas, Potter ? »

Harry ne dit rien donc Draco continua.

« Après tout, vous semblez être tous les deux de braves et gentilles personnes. Bien sûr, il y a un ego de la taille de l'Angleterre, mais tout de même...vous êtes tous les deux décents. Tu prends soin d'elle et en retour tu as sa plus grande admiration. Vous êtes tous les deux amis avec le même  groupe de cinglés. Vraiment , on pourrait penser que toi et Ginny êtes très similaires ce qui te garantirait presque un chemin sans obstacle à travers le monde des amoureux. Mais les gens se trompent souvent, n'est-ce pas, Potter ? »

« Ecoute Malfoy, je ne suis pas venu ici pour que tu me fasses la leçon sur ma relation avec Ginny. »

« Ferme-la. Tu m'interromps parce que tu ne veux pas que j'en arrive à la partie vraie de l'histoire. Le fait est que vous êtes très différents, toi et Ginny, une différence énorme qui vous empêchera tous les deux d'être jamais vraiment unis. »

«Et c'est censé être quoi ? », dit Harry avec mépris mais curieux malgré lui.     

« Elle est vraie. Et toi, tu fais juste semblant. »

Harry sut qu'il devrait partir maintenant. Mais il demeura là, observant Draco avec intérêt. « Qu'est ce que tu dis, Malfoy ? »

« Je disais », fit Draco de son habituelle voix traînante, « que la Weasley n'a que de bonnes intentions. Elle veut », Draco agita sa main avec désinvolture, « oh ! je ne sais pas...des mamours pour Noël et des fleurs pour la St-Valentin . Elle veut un amour sûr, le genre d'amour qui vient dans des petite fioles qui sentent bon. Elle veut le genre d'amour qui a ses limites et des barrières pour empêcher quiconque de monter accidentellement aux cieux. En résumé, elle veut des dénouements heureux et elle veut voir ces dénouements prendre fin avec le moins d'horreurs possibles. Tandis que toi... »

Draco fit un pas en direction de Harry. Comme Harry ne bougeait pas, il saisit sa robe et l'approcha. Il regarda Harry calmement, ses yeux d'argent le dévisageaient. Harry se rendit soudain compte de leur proximité, de l'odeur déroutante de la peau de Draco, de la prise vigoureuse de son poing qui avait froissé le tissu des robes d'Harry. Il voulait en faire abstraction mais l'esprit de Harry semblait vraiment n'avoir que faire de ce qu'il voulait.

« Tu ne fais qu'un avec la douleur », dit Draco. S'il ressentait quoi que ce soit, il le dissimulait bien. « Tu ne fais qu'un avec la terreur. Nie-le si tu veux, Potter, tu ne m'auras pas. Vas-y, essaie de dissimuler la vérité, de prétendre que c'est dû à ton devoir en tant que chevalier de combattre le mal. Après tout, peut-être qu'au début c'était vraiment ça. Tu ne faisais que ça, combattre Voldemort, sauver le monde, parce qu'une part stupide de ton cerveau pensait que c'était la bonne chose à faire. Tu pensais que c'était ton travail. » Draco marqua une pause. « Mais il y a eut un changement, n'est-ce pas ? Un tournant. Soudain, tu t'es mis à aimer ça. »

Harry tenta de dire quelque chose mais il ne le pouvait pas. Sa gorge était serrée.

« Tu ne l'as pas d'abord réalis » poursuivit Draco. « Vous, les héros, êtes toujours un peu lent quand il s'agit de ces choses. Tu n'as fait que le sentir,  tu as senti que peut-être tu te serais attaché au danger, une fois qu'il n'était plus là. Et soudain, tu es de nouveau en sécurité. En paix. Et maintenant que tu l'es, être effrayé te manque. Courir et te cacher te manquent. Mais plus que tout, c'est le moment où tu es découvert qui te manque. La confrontation te manque, le seul moment où tu te sens le plus en vie. La peur, le danger et l'agonie se mêlant dans un même bref instant de vérité. »

« Et soudain tu ne joues plus de rôle pour personne. Tu sais, pendant ce seul instant, exactement qui tu es et tu sais que tu es quelque chose de grand. De puissant. Tu sais aussi que quand le moment passera, tu seras de nouveau normal. Insignifiant. Banal. Et c'est ce sentiment de vérité sur la personne que tu es réellement qui te manque le plus. » Draco sourit devant la grimace de Harry. « Ne t'inquiète pas Potter, je ressens la même chose. »

"Je ne ressens pas de genre de chose !" dit Harry, retrouvant sa voix. "Je ne l'ai jamais ressenti. Tout ce que j'ai toujours voulu dans la vie, c'était être normal ! En sécurité."

"Ah ouais ? Tu vivais avec des Moldus, n'est-ce pas ? Peux-tu dire honnêtement que tu ne voulais pas de pouvoir ? Peux-tu honnêtement dire que tu ne t'ennuyais pas ?"

"Je suis un sorcier, Malfoy. C'est ce que j'étais, ce que je suis, et ce que je serais toujours. Pour moi, c'est ça être normal. Les sorciers ne sont-ils pas puissants ? Etre normal ne veut pas dire que tu es sans pouvoir, que tu t'ennuies. Ca veut dire que tu peux continuer à vivre indéfiniment, sans ressentir le moindre danger flotter au-dessus de toi. Ta vie ne tourne plus autour de la peur, simplement parce que tu n'aimes pas être terrifié, tu n'aimes pas le danger."

"Ne me dis pas que tu ne l'aimes pas, Potter."

"Je ne l'aime pas.

"Alors pourquoi es-tu ici ?"

Harry était silencieux. Draco hocha de la tête.

"On appelle ça un dernier recours, Potter." dit Draco, et il pressa ses lèvres chaudes contre celles de Harry pendant un long moment. "Et j'en suis un."

Il repoussa Harry et s'en alla, laissant le Gryffondor l'observer alors qu'il s'éloignait.

[...]

Ca avait été, pensait Draco alors qu'il était étendu sur son lit cette nuit-là, un au revoir plus que satisfaisant.

Vraiment, il pensait que ça n'aurait pas pu mieux se passer. Les réactions de Harry, ses mots, tout s'était exactement déroulé comme Draco le souhaitait. Il avait de nouveau le contrôle et Potter le savait. C'était ainsi que Draco aimait les choses. Pendant le match de Quidditch, Potter pensait que c'était lui qui dirigeait les opérations. Bien. Peut-être que, pendant un bref instant, oui. C'était la pire chose qui aurait pu arriver, selon Draco. Il ne laisserait jamais cela se répéter.

Il frissonna inconsciemment à ce souvenir. Il n'avait jamais été aussi confiant au début de ce jeu. L'adrénaline lui parcourait les veines, il était motivé par son combat étrangement gracieux contre Potter. Et alors, pendant un instant, il gagnait. Des paroles de vérité s'échappaient facilement de ses lèvres. Il était confiant, serein.

Et Potter avait été terrifié. Il dévisageait Draco avec angoisse, peur. C'était la peur que Draco voulait que Harry ressente, la peur que l'on a quand on sait que son ennemi en sait plus sur votre personne que vous-même. Cela se passait superbement.

Et alors Draco avait tout brisé avec une simple phrase.

"Je suis le seul à pouvoir te donner ce sens du danger, n'est-ce pas ?"

Il avait dit cela comme une menace, un défi. Il pensait que ces mots bouleverseraient Potter, lui feraient peur. Il pensait que ces mots seraient le bouquet final. Effrayé, Potter aurait perdu contrôle. Boom. Draco aurait gagné la partie.

Au lieu de ça, Harry avait commencé à le dévisager avec autre chose. Draco avait pu voir quelque chose comme de la réalisation naître dans ces yeux verts. Harry était beau à en faire peur à cet instant. Le souffle de Draco s'était arrêté. C'était comme s'ils avaient échangé leur place sans prévenir. A présent c'était Potter qui se tenait là avec confiance, c'était Potter qui analysait lentement et silencieusement Draco des yeux.

Puis Harry Potter l'avait embrassé et avec ce baiser, la confiance de Draco s'était évaporée. S'était-il senti confiant avant ? Cela semblait être un souvenir lointain alors que le baiser semblait faire sortir son coeur de ses protections, le laissant totalement, totalement vulnérable devant toutes les volontés de Potter. Pendant une seconde, Draco était pétrifié de peur. C'est drôle comment la peur peut se transformer en désir. Comment les passions s'écartent et ne font jamais attention à la route qui leur est dédiée ou aux flèches leur montrant dans quelle direction aller.

Vraiment hilarant. Il s'abandonna, répondit au baiser avec ferveur.

Et puis, comme un petit garçon surmené par les émotions, Draco avait trébuché et perdu son équilibre.

Il le revoit encore et encore dans son esprit. L'instant entre lui et Harry était perturbant, si perturbant qu'il en avait vacillé. Il était presque tombé de son balai.

Cela n'était jamais arrivé avant.

C'était ça qui dérangeait le plus Draco. En perdant son équilibre, Draco avait perdu le pouvoir qu'il avait sur les autres. Sa supériorité avait vacillé alors qu'il vacillait.

Bien, il n'allait pas perdre le contrôle de tout ça. Si lui et Harry allaient s'écraser, il voulait que ce soit lui qui conduise.

C'était lugubre dans le Manoir Malfoy. Ca l'était toujours. Draco était heureux d'être à nouveau chez lui. Il appréciait la silencieuse perfection. Il aimait être avec sa famille, loin de ces pitoyables tas d'imbéciles parcourant les couloirs de Poudlard. Contrairement à ses pairs, son père et sa mère étaient toujours respectables. Ils tenaient la distance. Ils ne perdrait jamais l'équilibre, comme ça avait été le cas pour lui. Controle complet de leurs émotions, gardes d'acier de toutes leurs réactions.

Oui. Son monde était ici, avec ses semblables. Rien dans son monde ne devrait consister ou ne consisterait jamais à savoir ce qu'il y avait dans les satanés yeux de Potter. Après tout, qu'y avait-il vu ? Juste une seconde de luxure gratuite et tout le monde le ressentait un jour ou l'autre. Celle-ci semblait juste lui rester un peu trop à l'esprit, voilà tout. Il avait nargué Potter, l'avait juste un peu déconcerté. Et maintenant, c'était fait et il était chez lui. Tous les jeux auxquels il aurait joué avec l'esprit de Potter cesseraient jusqu'à ce que l'école recommence. Et, aussi plaisant qu'il était de jouer avec l'esprit de Potter, Draco appréciait cette pause.

Inconsciemment, il se demanda si c'était réellement Potter qui était en train de jouer avec elle.

Il effaça cette pensée avant qu'elle n'ai eut le temps de se former.

Rêvassant à sa fenêtre en observant la lune, Draco commença à se sentir plus détendu, moins nerveux. Juste alors qu'il s'endormait, il entendit un bruyant coup sur sa fenêtre.

Il soupira et sortit du lit. Un hibou pour ses parents qui s'était trompé de chemin sans doute. Se précipitant avec colère à sa fenêtre, il ouvrit les rideaux.

Il s'immobilisa, pris au dépourvu. Une superbe chouette l'observait avec curiosité. C'était vraiment une créature magnifique. Ses plumes blanches brillaient d'une lueur fantômatique à la lumière de la lune.

Il ouvrit la fenêtre.

"Ils sont en bas", dit Draco à la chouette, un peu rudement, revenant de son étonnement premier. Il recevait rarement de lettres et une telle chouette était destinée à son père.

La chouette défit impatiemment le noeud retenant la lettre nouée à sa patte, la prit dans son bec, et la laissa tomber aux pieds de Draco. Puis elle se fondit dans la nuit. Draco la regarda disparaître.

"Satané truc", murmura-t-il. Il baissa les yeux vers l'enveloppe blanche à terre. Ses yeux s'agrandirent. Il y avait son nom, écrit maladroitement au travers de la page.

Il ouvrit l'enveloppe.

Tu ne seras jamais un recours pour moi en aucune façon. Je n'ai pas besoin de toi. Je ne me tournerai jamais vers toi. Ne réponds pas à cette lettre ou n'essaie de me contacter en aucune façon. reste à distance de moi et des personnes que j'aime. Ne pense pas pendant une seule seconde que tu as deviné qui j'étais vraiment.

"Potter", murmura Draco, meme si la lettre n'était pas signée. Il la retourna, s'attendant à moitié de trouver des poupées vaudous ensanglantées derrière, au nom de "Malfoy", torturées d'innombrables manières. Pourtant elle était vierge.

"Il faut toujours avoir le dernier mot, hein Potter", murmura Draco pour lui-même.

Il plia soignesement la lettre et la rangea dans un des tiroirs de son bureau.

Il ne répondrait pas. Encore.

[...]

L'été chez les Dursleys étaient un enfer. L'été chez les Weasleys était un paradis. Ainsi pensa Harry, alors qu'il regardait la nuit prendre doucement de l'avance sur le soleil, l'engloutissant tout à fait à la fin.

Cela faisait des mois que l'école était terminée et il retournerait à Poudlard dans deux semaines. Ne t'inquiète pas de Poudlard. Vis l'instant présent. Tu es au Terrier et sur le porche de la maison des Weasleys et tout est paisible et bien.

Mais l'appréhension le saisit tout de même, alors que la pensée de Poudlard et tout ce qu'elle contenait, un garçon en particulier, lui parcourut de nouveau l'esprit.

L'appréhension disparut presque quand il sentit Ginny glisser ses bras autour de son cou par derrière.

"Devine qui c'est ?" lui chantonna-t-elle à l'oreille.

"Eh bien", dit Harry, "à moins qu'on ait méchamment donné un coup de pied à Ron dans ses parties et qu'il n'ai depuis qu'une jolie voix aigue sans aucune trace de testostérone...je dirais que c'est...Percy."

"Quel comédien."

"Un compliment ? Ca doit être Ginny alors, non ?"

"Très bien", dit-elle. Il se tourna.

"Quelle est ma récompense ?" demanda-t-il.

Ils s'embrassèrent.

Le mois avait été agréable, pensa Harry. Il avait été rempli de plaisirs simples. La famille, puisque les Weasleys en était vraiment une pour lui, et de la bonne nourriture, le Quidditch, et Ginny, bien sûr. Comme le coucher de soleil qu'il était en train de regarder, le mois avait été teinté d'une lueur dorée.

"Presque l'heure de dîner", nota Ginny quand ils se séparèrent.

"Ouais." Harry regarda intensément l'orange rose du ciel qui se fondait doucement en bleu royal puis en noir. L'obscurité du ciel nocturne engloutit sa vision, alors que la pâle lueur de la lumière d'avant lui permettant seulement de voir quelques ombres se détacher autour de lui.

"Euh, Harry ?" dit Ginny. "Je t'ai demandé si tu voulais rentrer...?"

"Une sec', Ginny." Harry regarda, alors la dernière tâche de lumière disparaissait, laissant place à la nuit, couvrant sa voie de points d'obscurité, comme une couche sombre de neige.

"Pouvons-nous rentrer maintenant ?" demanda Ginny.

Sa voix impatiente le ramena de l'intensité du ciel, jusqu'à la terre ferme.

"Ouais", dit Harry. "Désolé, je voulais juste voir..."

Le hululement d'un hibou l'interrompit. Il atterit gracieusement à côté de Harry et désigna du bac la lettre qui était attachée à sa patte. Elle était destinée à "Celui-Qui-A-Survécu"

Détachant la lettre de l'hibou, Harry ouvrit l'enveloppe. Une plume lui tomba sur les genoux, ainsi qu'une lettre.

Pensais-tu vraiment que tu pouvais m'intimider, Potter ? Parfois, pendant une seconde, je pense vraiment que tu as le sens de l'humour. Ou alors je l'espère, seulement ?

Si tu penses que tu peux me provoquer en silence, tu penses à tort. Et peut-être devrais-tu y penser encore car vous autres Gryffondors n'êtes pas renommés pour en avoir dans le cerveau.

A bientôt.


Malfoy. Naturellement. Harry avait été surpris qu'il n'ait pas répondu plus tôt. Harry avait écrit la lettre originelle sur un coup de tête, mais il ne s'attendait pas à ce qu'elle provoque Malfoy en silence. Il aurait plutôt pensé que cela aurait poussé Malfoy à parler.

"De qui vient la lettre ?" demanda Ginny, regardant les différentes émotions passer sur le visage de Harry.

"Euh. Personne."

Ginny haussa un sourcil.

"Je veux dire, je ne sais pas. Elle n'est pas signée."

"C'est bizarre", dit Ginny. Elle s'approcha pour mieux voir la lettre. "Je peux voir ?"

"Euh, non" dit soudain Harry. "Ca ne dit rien d'important."

"Eh bien laisse-moi juger par moi-même."

"Gin', je ne pense pas..."

"Pourquoi pas ? As-tu une amante secrète suédoise ?"

"Non !" s'écria Harry, sur la défensive.

"Je ne faisais que plaisanter, Harry...laisse-moi voir." Elle tendit la main vers la lettre. "Peut-être que je reconnaîtrai l'écritu..."

"NON." La voix de Harry était forte et commandante. Il éloigna la lettre. Cependant, cela était vraiment inutile, puisque Ginny s'était brusquement éloignée de lui. Harry tendit la main pour toucher son épaule mais elle se mit hors de sa portée.

Sa voix redevint douce en un flash.

"Oh mon Dieu, Gin', je suis désolé, je voulais pas crier..."

"Je rentre", dit Ginny.

"Ginny, s'il te plaît, je ne veux pas que tu sois en colère contre moi."

"Je ne le suis pas. Je rentre, juste." Elle le regarda. "Tu viens ?"

Harry ne bougea pas.

"Non", dit Ginny amèrement, "bien sûr que non". Elle ouvrit la porte. "Je te vois au dîner alors." Elle rentra dans le Terrier et ferma la porte derrière elle. Elle ne la claqua pas. Ginny n'était pas du genre à claquer les portes. Mais Harry pouvait quand même sentir sa colère.

Quand il fut certain qu'elle était partie, il ramassa la plume qui était tombée sur ses genoux. Malfoy lui avait fournie. Il savait probablement que Harry ne répondrait à sa lettre que dans la première vague de colère qu'il aurait ressentie après l'avoir lue. Quand la colère originelle se serait affaiblie, Harry l'aurait ignoré.

Malfoy avait raison de prendre avantage de ces brefs moments où Harry ne retenait pas sa colère. Prenant la plume, Harry griffonna une réponse au dos de la lettre de Malfoy. Il raya le précédent nom sur la lettre lui adressant, et le remplaça avec celui de Draco.

Le hibou qui lui avait livré attendait patiemment à côté de lui. Harry réattacha la lettre à sa patte, et il s'envola rapidement.

Harry le regarda disparaître. Puis il rentra dans le Terrier pour aller s'excuser devant Ginny.

"Je ne suis pas en colère", insista-t-elle après qu'il l'ai fait. "Seulement...dernièrement tu avais l'air si...Je ne sais pas, distrait. Tu es sur que tout va bien ?"

"Oui."

"Et secret aussi. De qui venait la lettre ?"

"Neville, qui posait des questions à propos des devoirs de vacances. C'est bien lui ça, oublier de signer la lettre."

Ginny détourna le regard mais ne dit rien. Elle ne le croyait pas. Un sentiment de culpabilité s'empara de Harry.

Il était inutile de lui dire la vérité, n'est-ce pas ? Cela lui ferait du mal de se mettre en colère contre Malfoy pour avoir essayé d'intimider son petit ami. Harry voulait préserver Ginny de tout mal, et non pas en être la cause. De plus, il était déjà assez énervé contre Malfoy pour deux.

[...]

Draco observa intensément à travers sa fenêtre cette nuit. Dix heures moins le quart. Il avait envoyé la chouette à cinq heures et demi. En voyant la silhouette fantomatique de sa chouette, Amers, Draco releva brutalement la tête.

L'oiseau s'engouffra par la fenêtre ouverte. Draco caressa son cou affectueusement en reconnaissance avant d'ouvrir la lettre avec hâte.

Si je pensais pouvoir t'intimider assez pour que tu te la fermes, Malfoy, je l'aurais fait il y a bien longtemps. Penses-tu m'avoir pris par surprise, en envoyant une lettre tout à coup ?

Non.

Je me souviens que tu m'avais dit de ne pas sous-estimer l'effet de surprise.

Ca ne sera pas le cas.

Je suis sûr que tu passes un formidable été, seul dans ton manoir.


Ce n'était pas signé, bien sûr. Draco sourit et prit la plume que Harry avait remise dans l'enveloppe. Il la trempa dans l'encre et allait écrire une réponse quand Amers, en entendant le bruit de la plume gratter sur le parchemin, lui jeta un regard noir.

"Ah, d'solé ma fille", dit Draco. "Tu dois être fatiguée...Va chasser. Demain matin tu pourras envoyer ça..."

Avec un hululement approuvateur, Amers se précipita par la fenêtre de Draco.

[...]

Ils continuèrent ainsi pendant le reste de l'été, s'envoyant mutuellement des lettres. Ce n'étaient que de brêves notes, jamais plus longues que trois ou quatre paragraphes, sinon moins. Le contenu en lui-même était principalement constitué de moqueries, défis, de commentaires amers. Cependant, entre les lignes de chaque lettre, se trouvait une telle intensité, qu'un hurlement parviendrait aux oreilles de chaque garçon à chaque fois qu'ils repéraient la silhouette de Amers, ou, quand Harry trouvait Amers trop fatiguée pour faire le voyage de retour, Hedwige. Ils parvinrent à reconnaître parfaitement la vue de la chouette de l'autre. Harry devint obsédé par l'observation du ciel pendant le jour, ou la soirée, alors que Draco s'endormait souvent à sa fenêtre, en attendant.

Pas une seule fois ils ne signèrent de leur nom.

Pas une seule fois ils parlèrent de ce qui s'était passé entre eux. Ils ne parlaient non plus à personne de ces puissantes notes, sinon entre eux. L'échange de mots entre eux devint rapide.

Et graduellement le contenu des lettres devint de plus en plus grave.

Je te manque ?

Bien sûr que non, Potter. Ennuyé là-bas ? Besoin de moi ?

Je n'ai jamais besoin de toi.

Toi, toujours.

Jamais.

Toujours.

Jamais. Tout ce que tu me procures, c'est une vague de haine.

Peut-être que cette vague de haine est la seule chose qui te fasse sentir vivant.

Peut-être que je me sentirai vivant seulement quand tu seras mort. Est-ce que je te procure cette vague ?

Jamais.

Menteur. Tu sais que oui.

Je hais cela. Je te hais, Potter.


Après cette proclamation soulignée, Draco s'attendait à avoir une réponse sur le champ. Il l'espérait, désespérément. Mais alors que le temps habituel s'écoulait, Draco paniqua de plus en plus. Bientôt, les jours passèrent. Des cercles apparurent sous ses yeux. Draco ne pouvait pas expliquer pourquoi il était autant atteint par une telle attente. On aurait vaguement dit qu'il avait proposé un défi et que Potter l'avait refusé. Seulement non, ça ne pouvait pas aller. Potter ne refuserait jamais un défi, pas venant de Draco.

Il avait tout offert. La vague qu'il ressentait, le besoin qu'il avait. Il avait offert à Potter sa haine. Le rire était quelque chose qu'il attendait, ou la colère, ou la revanche. Pas le...silence. Le silence, la pire réponse de tous. Comme si lui, Draco Malfoy, n'était pas assez bien ?!

C'était ce qui blessait vraiment. Ce n'était pas qu'il s'était passé quelque chose entre eux. Ce n'était pas comme si Draco se sentait comme un amoureux venant d'être trahi. Non. C'était simplement que pendant ces deux dernières semaines, il avait vécu pour ces lettres, vécu pour le frisson qu'elles lui donnaient. Une correspondance enflammée avec son pire ennemi. Quoi de mieux ?

A présent, Harry n'avait rien dit. C'était une flagrante injure à sa fierté, coupant Draco brusquement d'un coup à l'estomac.

Le silence, résonnant comme tous les rires moqueurs du monde. Draco couvrit ses oreilles des mains. Le courant d'air autour de lui cessa. Il savait qu'il devait aller se coucher, sa sixième année à Poudlard commençait demain...Mais il y avait toujours la faible lueur d'espoir pour qu'une lettre arrive encore.

Pathétique, lui dit une voix dans sa tête. Toi, attendant désespérément une lettre de Harry Potter. C'est ça la loque que tu es devenu ?

J'ai besoin d'avoir de ses nouvelles. Je m'ennuie, c'est tout. C'est amusant de faire enrager Potter.

Tu aimes la façon dont la colère se reflète dans ses yeux. On dirait des flammes d'émeraude.

Non. Ce n'est pas ça. Je m'ennuie. Ennui, et c'est une activité de choix pour passer le temps ces derniers jours.

Tu connais perfectement son écriture à présent. Tu sais comment il pointe les "i". Tu sais à quel angle ses "t" sont inclinés, à quel parfait angle vers le bas. Tu gardes ses lettres dans un tiroir, comme un jeune amouraché.

Je le hais. Je lui ai dit.

Et vois comment, maintenant, en appercevant sa chouette former une ombre sur la lumière de la lune, tu te lèves, précipitamment, vers la fenêtre ? Vois comment ton poul s'accélère, comment, soudain, le silence du monde ne compte plus ? Vois comment tu déchires maintenant sa lettre avec tellement de férocité que tu te coupes avec le bord ?

Vois comme tu saignes ?

Draco s'entoura vaguement le doigt d'un mouchoir, là où le papier l'avait coupé, alors qu'il lisait la lettre.

Ses yeux s'aggrandirent.

Je te hais aussi, Malfoy.

Rencontre-moi dans le compartiment pour bagages, demain, sur le Poudlard Express.


Ouaaaais !! Ca y est, enfin j'ai fini de traduire ce deuxième chapitre ! Désolée pour tout le temps que ça a mis, mais c'est vraiment très long et puis je n'avais pas beaucoup de temps continu devant moi. Bref, j'espère que vous aimerez, parce que je ne relis pas, je suis trop crevée pour le faire, donc il doit y avoir des centaines de fautes, sans compter les maladresses de traduction. J'espère que l'auteur originale continuera cette fic, car depuis, elle en est toujours au chapitre 7. Bref, croisons les doigts ! Allez, b'nuit tout le monde, et merci de votre soutien !