LeDjiNn : merci beaucoup..
Mary Cooper : il est fort ce Harry, c'est clair...
rami : incroyable, c'est le mot...
Philippe Gryffondor : et en avant pour la grève générale. remarque c'est d'actualité !

Bonne lecture à toutes et à tous maintenant pour la suite.


Comme la fin du trimestre approchait, Harry se retrouva à pratiquement vivre dans la bibliothèque pour rattraper son travail. Jamie et Draco étaient au point, alors ils ne venaient pas. Cela le rendait quelque peu mal à l'aise. Il aurait aimé savoir ce qu'ils faisaient. Ginny et ses amies étaient habituellement assises à une table à proximité pour l'aider à se remettre en train après une hospitalisation prolongée. Elles lui avaient amené les leçons pendant qu'elle était à l'infirmerie, mais elle n'avait cependant pas tout rattrapé. Il aimait pouvoir lever les yeux et la voir, envoyant un sourire secret dans sa direction, et en recevant un en retour tandis que ses amies bavardaient, oublieuses.


Il n'avait pas dit à Ginny ou à Stuart qu'il avait vu Roger Davies et le père de Katie Bell entrer dans l'aile de l'hôpital la nuit où Katie avait donné naissance à Adam. (Il ne savait pas comment il expliquerait avoir reconnu Sam, pour commencer) Lui et Jamie avaient accompagné Draco à la réunion des préfets le soir où Harry avait fait sa proposition à Ron et Charlie. Harry remarqua que Katie n'était pas une des préfètes qui y assistait. Il ne voulait pas demander à Ginny si elle savait où était Katie. Il avait peur que la raison pour laquelle il le demande soit trop évidente. Il se demanda quelle histoire Sirius avait dite aux Griffondors au sujet de l'absence de Katie, mais c'était encore quelque chose qu'il n'osait pas demander.


Quelques jours avant le solstice d'hiver, Harry monta à la tour ouest après le dîner, portant sa cape d'invisibilité. Une fois au sommet, il enleva sa cape et la mit dans une poche de sa robe. Il déblaya la neige de la terrasse d'un geste de sa baguette, et alla jusqu'au parapet. Harry regarda en contrebas, contemplant le lac gelé et les pelouses givrées, les gradins de Quidditch et les vestiaires, la vieille cabane de Hagrid abandonnée. Les hauts sapins de la Forêt Interdite bougeaient dans la bise gelée. Le paysage d'hiver était calme et serein, le ciel clair et rempli d'étoiles. Il espérait sincèrement qu'il n'allait pas déranger la nuit paisible en tombant du ciel et en se cassant encore les deux jambes.


Harry prit une grande inspiration d'air glacé, essayant de se calmer et de se préparer à ce qu'il voulait faire. Il avait maintenu sa forme de griffon pour des périodes de plus en plus longues, mais il n'avait pas été capable de trouver un moyen de suggérer négligemment à Charlie d'acquérir un griffon d'or pour l'école, afin que Harry puisse se lier à lui. Il essaya de se souvenir du lien de son autre vie. Il se sentait de plus en plus à l'aise en tant que griffon, et pensait qu'il était temps de tenter un vol. Il était nerveux, mais pas autant que la première fois qu'il avait volé avec Hermione, quand ils étaient inquiets d'être découverts avec Cho inconsciente, et encore plus inquiets de se retrouver dans le même état s'ils tentaient de repasser par la porte comme elle l'avait fait.


Cela ira bien, se dit-il à lui-même, prenant de plus grandes goulées d'air glacé, et expirant en un nuage pâle. Pas de souci à avoir…


Harry ferma ses yeux, et mit son esprit dans l'état adéquat pour effectuer la transformation. Il sentit le changement déchirer ses os, puis tomba en avant, le dessous de ses pattes de devant frappant la pierre froide avec un léger bruit sourd. Il secoua sa crinière, expirant un autre petit nuage blanc comme il s'ajustait à sa forme d'animagus. Harry pencha sa tête en arrière. Les étoiles lui semblaient plus brillantes quand il les voyait avec ses yeux de griffon, mais le ciel n'était plus bleu saphir. Il était d'un noir profond, et les arbres de la forêt apparaissaient en de nombreuses nuances de gris plutôt que vert sombre. Il ne pouvait pas dire la différence entre les pierres du château telles qu'il les voyait avec ses yeux humains ou avec ses yeux de griffon. Dans les deux cas, elles étaient d'une nuance de gris.


Harry cligna des yeux plusieurs fois, rassemblant son courage, puis il recula autant qu'il pouvait, et étendit ses ailes, les regardant des deux côtés, sentant le pouvoir monter au plus profond de lui comme il commençait à se souvenir de comment c'était. Il fit quelques pas légers, en courant, ses pattes effleurant à peine les pierres.


Harry bondit par-dessus le parapet.


Il se laissa d'abord tomber, content que la tour ouest soit si longue. Puis il tint ses ailes immobiles, les orientant pour prendre l'air. Après quelques secondes, il pouvait virer, puis il commença à vraiment bouger ses ailes, poussant contre l'air froid, se dirigeant vers la forêt. Il monta comme il approchait des arbres, et bientôt, il volait loin au-dessus d'eux, planant et virant alternativement, agitant énergiquement ses ailes pour ajuster son altitude ou sa direction.


Il retourna à la lisière de la forêt après avoir fait un aller retour, atterrissant derrière la vieille cabane de Hagrid, en un étroit virage en épingle à cheveu, puis se laissa tomber dans la neige profonde entre la petite maison et la forêt, où le vent sifflait comme si c'était une profonde crevasse. Il semblait y avoir une lueur ambiante émanant de la neige elle-même, mais autrement, il faisait assez sombre derrière la petite structure de bois avec ses fenêtres recouvertes de planches. Au moment où il avait repris sa forme humaine, il était trempé à cause de la neige, et ses os lui faisaient mal, comme s'il avait été malaxé pour faire un pain de géant, mais il ne pouvait cependant pas s'empêcher de sourire, grisé par le vol. Il avait oublié à quel point c'était fabuleux !


Harry oubliait qu'il était trempé, mais il était impossible d'oublier que la porte de derrière de la cabane était ouverte. Un rectangle irrégulier de lumière jaune se superposait à la neige immaculée. Il leva les yeux, pour voir Davy, le concierge, se tenant dans le cadre de la porte, tenant une baguette allumée, et derrière lui, un feu confortable brûlant dans la grande cheminée de pierre. Il leva les yeux vers le vieil homme et déglutit. L'avait-il vu reprendre sa forme humaine ? Harry ne savait pas. Il espérait qu'il aurait juste des problèmes pour être sorti des limites après les heures. Si quelqu'un savait qu'il pouvait se transformer en animagus…


Mais Davy n'avait encore rien dit. En fait, il souriait à Harry, qui semblait avoir oublié de respirer. Harry avait l'impression d'attendre que quelque chose se passe. Il prit finalement conscience de ses deux pieds trempés par la neige qui avait coulé dans ses chaussures, sans parler de sa robe humide, et en-dessous de cela, sa chemise et son pantalon mouillés.


« Bien » dit gentiment le vieil homme. « Je pense que vous feriez mieux de venir près du feu, Potter. »


Harry se leva, hésitant, suivant le concierge dans la cabane et fermant la porte. Elle avait l'air bien plus confortable et habitable que lorsque Harry la connaissait en tant que résidence de Hagrid. Il y avait un petit lit étroit au lieu de l'énorme lit qui servait à Hagrid, et il semblait que sur chaque surface horizontale, il y avait une lampe chaleureuse, envoyant des reflets de flammes dansantes sur le plafond proprement peint en blanc, les murs, et le sol couvert de tapis. Est-ce qu'il vit ici ? se demanda Harry. Il n'avait pas pensé que l'endroit était encore utilisé.


« Oh, je ne vis pas ici, » dit-il, comme si Harry avait parlé à voix haute. Harry le regarda nerveusement. S'il y a quelque chose de plus énervant que quelqu'un qui lit dans votre esprit, je ne veux pas le savoir, pensa-t-il.


Heureusement, Davy ne semblait pas être conscient de cette pensée. Il lui désigna un confortable fauteuil à bascule près du feu. Le fauteuil était recouvert de tant d'oreillers et de coussins qu'il pouvait seulement dire que c'était un fauteuil à bascule parce qu'il l'avait approché de derrière, d'où il pouvait encore voir l'armature. « Assieds-toi, assieds-toi » dit Davy, distraitement, puis après avoir éteint sa baguette, il l'agita dans l'air pour faire apparaître le service à thé, avec les biscuits et la crème qu'il avait promis à Harry la dernière fois. Il parlait comme il faisait ces choses. « Je descends habituellement ici en été. Quand personne d'autre n'est dans le château, c'est un endroit si froid et désert. La plus grande partie de l'été, je n'ai même pas besoin de fermer mes portes. Je les laisse ouvertes toutes les deux pour faire passer la brise. C'est très agréable. Je peux simplement rester assis près de la porte, lire et regarder le poulpe dans le lac, sans m'inquiéter des élèves pendant une paire de mois. Je ferme les portes et me boucle bien la nuit pour la pleine lune, bien sûr. » Harry acquiesça. Il savait que la lune n'était pas encore pleine aujourd'hui, c'est pourquoi il avait prévu d'essayer de voler ce soir-là. Les trois prochaines nuits, la lune serait pleine… y compris la nuit de son initiation.


Davy saisit le service à thé en l'air avec ses doigts ridés, et le plaça sur la table basse entre le fauteuil et un autre fauteuil près du feu. Il versa le thé, regardant Harry par moment. Harry essaya de prendre la tasse, mais ses mains tremblaient tellement de froid qu'il la renversa et l'envoya s'écraser en morceaux sur le foyer de pierre.


« Je suis… Je suis désolé… » bafouilla-t-il, ses dents claquant encore de froid. Davy le regarda avec compassion.


« Pourquoi n'allez-vous pas aux toilettes » il montra de la tête la structure ressemblant à un placard dans le coin opposé, « et n'enlevez-vous pas ces vêtements trempés. Il y a une robe de chambre pendue sur un crochet, là… enfilez-la. Ensuite, nous pourrons utiliser un sort de séchage adéquat sur vos habits sans danger que vous vous blessiez. »


« Moi ? Me blesser ? »


« Bien, nous pourrions utiliser le sort de Dessicatio directement sur vous, mais en plus d'absorber toute l'humidité de vos habits, il ferait de même avec vous. Maintenant, si vous voulez mourir de déshydratation, c'est bon… »


« Non, non, je vois ce que vous voulez dire… »


Harry pensa à cela comme il se déshabillait. Il y avait plus d'un sort pour tuer les gens. Avada Kedavra n'en était qu'un. Sam Bell avait accidentellement tué sa femme en essayant de la désarmer. Il se demanda si quelqu'un avait déjà été tué par le sort de Dessicatio.


Il émergea des toilettes en portant la robe de chambre sur lui et ses habits dans ses mains. Davy se tenait devant l'une des fenêtres de devant. Harry n'avait pas remarqué cela avant. Les fenêtres de devant n'étaient pas bloquées par des planches. Le vieux monsieur avait l'air assez étonné comme il regardait la nuit neigeuse et étoilée.


« L'avez-vous vu, Potter ? » demanda-t-il nonchalamment. Harry s'arrêta.


« V…Vu quoi ? »


Davy scrutait à nouveau le paysage visible depuis la fenêtre. « Une grande bête ailée. Je l'ai vu voler du château vers la forêt. C'est pour cela que je suis descendu ici, alors que je ne descends jamais en hiver. J'étais dans le couloir du deuxième étage, près de la bibliothèque. Je n'ai pas pu déterminer ce que c'était. Je devrais aller au Chemin de Traverse, me trouver des lunettes, mais il ne semble jamais y avoir le temps… » Harry déglutit. Il força son cœur à continuer à battre.


« Je… Je… »


« Bien, c'est pourquoi vous êtes ici, n'est-ce pas ? Un jeune garçon curieux comme vous ? »


Harry essaya d'organiser ses pensées. Pense pense pense….


« La chose est, » continua Davy, « que je ne peux pas voir comment tu es venu ici. Il n'y a pas de trace dans la neige, du moins, pas que je puisse voir, et tu n'as pas de balai avec toi. »


Pense pense pense…


« Hum » commença Harry, espérant que le reste lui arriverait très vite. « Oui. Je l'ai vu, mais je n'ai pas eu le temps d'aller chercher mon balai. J'ai effacé mes traces avec un sort afin que… afin que personne ne puisse les voir et ne sache qu'un élève avait quitté le château. » Il espérait que Davy ne lui demanderait pas quel sort il avait utilisé. Le sort que je viens d'inventer, c'est quel sort, pensa-t-il. Il espérait qu'il y avait vraiment un tel sort, afin que Davy ne sache pas qu'il mentait. Davy semblait dangereusement alerte, et Harry était très nerveux à l'idée de lui mentir. Le vieil homme quitta la fenêtre et Harry alla lui-même voir la neige, espérant que Davy croyait que le manteau de neige vierge descendant depuis le château avait pu être franchi et corrigé par Harry.


Mais ensuite, quelque chose le dérangea au sujet de la bande de blanc ininterrompue. Après une minute, il sut ce que c'était. « Mais, sir… comment êtes-vous descendu ici ? Sans laisser de traces, je veux dire. »


« Ne m'appelez pas sir. » dit Davy avec ton irrité dans sa voix rauque. Il montra la cheminée « J'ai ajouté celle-là au réseau de cheminette de l'école. Un système fermé, vous savez. On ne peut pas aller ailleurs que dans les cheminées de Poudlard. Question de sécurité. » Harry acquiesça. Cela avait du sens. Et en espérant que Davy le laisserait revenir de cette façon. C'était aussi bon à savoir pour des références futures.


Il se rassit dans le fauteuil et réchauffa ses mains près du feu, tandis que Davy séchait ses habits, posés sur la grande table de bois qui restait de la présence précédente de Hagrid. Lentement, Harry sentait la vie revenir dans son corps. Entre la douleur de la transformation en animagus, et la neige froide et humide, il aurait pu avaler un chaudron plein de potion anti-douleur de Madame Pomfresh.


Harry se servit à nouveau du thé une fois qu'il se sentit assez confiant de ne pas renverser ou briser une autre tasse. Cela acheva de le réchauffer à l'intérieur, et il se servit d'un biscuit, ainsi que de crème fouettée. Il ne savait pas quand il avait fait quelque chose de si bon, si réconfortant. Il doutait que le nectar et l'ambroisie soient meilleurs.


Quand il eut mangé assez, il se pencha en arrière dans le fauteuil. C'était tentant de juste fermer ses yeux et s'endormir, mais il savait qu'il devait à nouveau s'habiller. Tandis qu'il faisait cela dans les toilettes, il entendit Davy dire à voix haute et claire « Severus Rogue, bureau de forces du mal. »


Il appelle mon père ! pensa-t-il. Malédiction ! Il ouvrit légèrement la porte, et regarda par la fente. La tête de son beau-père venait d'apparaître dans la cheminée, entourée par des flammes maintenant bleues-vertes.


« Albus ! Que puis-je faire pour toi ? Pourquoi es-tu dans la cabane ? »


Albus ! pensa Harry. C'est… C'est…


« Chut ! » l'avertit le vieil homme. Harry recula et referma silencieusement la porte, au cas où il se tourne pour regarder vers les toilettes et découvre Harry écoutant. Il entendit encore une conversation étouffée après cela, et, espérant que cela signifiait que le concierge faisait face au feu, il rouvrit précautionneusement la porte de quelques pouces.


« Il va bien, Severus » Harry l'entendit dire. Il devait avoir dit à son papa qu'il était là. « Un peu mouillé par la neige. Je l'ai aidé à se sécher, et lui ai donné du thé et des gâteaux. Nous utiliserons la cheminette pour rentrer au château. Dois-je lui donner une retenue cette fois-ci ? »


« Oui, je pense que tu ferais mieux. Donne-moi le. J'ai l'impression que d'une manière ou d'une autre, je perds le contact avec lui. Il a été si distant dernièrement… »


« Je ne le blâme pas. Il peut être nerveux pour samedi. Es-tu sûr que tu ne me veux pas là-bas ? »


« Albus, ce ne serait pas le moment. Tu ne pourrais pas le prendre avec tous les Mangemorts là-bas, et il n'y aurait que six opérationnels, en me comptant, la moitié d'eux sont de simples enfants, selon moi. Six de nous ne peuvent pas faire face à plus de soixante sorciers et te laisser le champ libre. »


« Ce ne sont pas des enfants, Severus. Nous parlons de deux garçons de dix-huit ans et de un de vingt ans, qui ont tous fini leur septième année à Poudlard. Des élèves exemplaires, aussi. Et quand tu ajoutes Harry et Draco, cela fait huit d'entre nous. »


« Ce n'est pas encore assez pour nous pour surveiller ton dos afin que tu puisses lui faire face sans interférences. Nous sommes encore de loin dépassés par ses vrais supporters. Nous devons continuer à garder un profil bas. Je veux juste me concentrer sur garder Harry sauf samedi. Je ne pourrais jamais faire face à Lily si… »


« Bon, bon, Severus. Tu seras bien. Je me demandais si tu voulais que je sois là pour surveiller tes arrières. Est-ce que Harry sait à quoi s'attendre ? »


« Pas vraiment. Il m'a posé quelques questions. Il suspecte une partie de ce qui pourrait arriver. Bien sûr, la spéculation n'est pas un substitut pour l'expérience… »


« Non, non. » acquiesça le vieil homme.


C'est Dumbledore ! lui cria son esprit. Ainsi, il n'a jamais vraiment quitté l'école. Il est resté, prenant la place de Rusard, un des cracmols qui avaient mystérieusement disparu. Il se demanda comment le directeur précédent altérait son apparence. Il n'avait pas remarqué d'odeur de choux dans son bureau, et il ne portait pas de flasque, alors le polynectar ne semblait pas être une réponse. Harry mit sa main dans sa poche, et toucha les plis soyeux de sa cape d'invisibilité. Davy l'aurait trouvé en séchant mes habits, réalisa-t-il. N'importe quel concierge normal l'aurait vu pour ce que c'était : une occasion en or d'engager des méfaits. N'importe quel concierge normal l'aurait confisquée. Mais ce n'était pas un concierge normal, il la lui avait donnée… Harry souhaita avoir fait plus attention à la chouette qu'il avait utilisée pour envoyer sa lettre à Dumbledore. S'il avait été alerte, il aurait pu noter que la chouette n'avait pas eu besoin de s'éloigner du domaine de Poudlard du tout… Et il n'avait pas accordé deux secondes à la chouette qui avait livré la cape. Il aurait dû, réalisa-t-il maintenant. J'aurais probablement reconnu une autre chouette de l'école…


Il déglutit et referma doucement la porte, puis commença à se cogner dans le petit espace, comme s'il se débattait encore pour s'habiller. Il ouvrit la porte très ostensiblement et annonça « Là ! C'est fait. » Le visage rouge et blanc le regarda de l'endroit où il se tenait, près du feu.


« Harry ! » l'appela son beau-père de la cheminée. « Mr. White vient de m'informer qu'il t'a trouvé dehors sur les pelouses, trempé par la neige. J'ai bien peur que cela signifie une retenue. »


Harry lui fit un signe de la tête. « Oui sir. » Il scrutait l'homme qu'il savait maintenant être Albus Dumbledore, qui s'installait dans l'autre fauteuil et se versait un peu de thé.


« Je le ramènerai directement à votre bureau, quand nous rentrerons, Professeur. »


« Pas besoin. J'ai fini de noter les essais, et j'allais aller me coucher. Prenez-le à votre bureau, puis assurez-vous qu'il va directement à son dortoir et nulle part ailleurs. »


« Comme vous souhaitez. »


Le beau-père de Harry le regarda sévèrement. « Bonne nuit Harry. Nous parlerons de cela demain. »


« Oui, sir » dit-il encore, juste avant que la tête ne disparaisse du foyer.


Harry se rassit près du feu, se versa un peu plus de thé. Il regarda le vieil homme tandis qu'il buvait, puis, quand les yeux bleus brillants rencontrèrent les siens, Harry sut qu'il ne pouvait plus le garder plus longtemps pour lui.


Souriant, il dit. « Vous pouvez arrêter votre rôle, professeur. Je sais que c'est vous. C'est bon. Je ne le dirai à personne. »


Les yeux bleus ne brillaient plus. Il posa sa tasse et sortit un grand mouchoir de sa poche, se mouchant bruyamment. En rangeant le mouchoir, il dit « Parfois » comme s'il pensait simplement à voix haute « on ne veut pas dire certaines choses, mais on les dit quand même. Spécialement, si l'on est sous le sort de l'Imperius… »


Leurs regards se croisèrent encore. Harry avait la gorge serrée. « Je ne vous laisserai pas tomber, sir. Je veux être un aussi bon opérationnel que mon papa. Je ne veux pas le servir. »


Le vieil homme se massa doucement le haut du nez et il soupira. « Le seul problème à se promener avec un sort d'engorgement sur mon nez est que c'est très pénible pour mes sinus en hiver… »


« Un sort d'engorgement ? »


Il haussa les épaules, et dans son sourire, Harry vit un reflet du vieux sorcier excentrique dont il se souvenait. « Les gens ne font pas attention aux détails, vous savez. On n'a besoin d'altérer que quelques choses sur l'apparence de quelqu'un pour qu'il ressemble à une personne totalement différente. Une coupe de cheveux plus courte, une posture voûtée, une peau un peu plus vieillie, pas de barbe… Et ensuite, on dit 'C'est Davy White, notre nouveau concierge', et tout le monde acquiesce, n'accorde aucune attention et revient à ce qu'il faisait. Ton beau-père a fait cela la première semaine que j'étais à l'école déguisé. Nous avons bien ri quand je lui ai finalement dit. » Les yeux bleus scintillaient à nouveau.


« Alors… Alors vous n'êtes jamais parti ! Vous avez en réalité dirigé l'école tout du long. »


« Dirigé l'école ? Non. Le professeur MacGonagall est une administratrice plus que valable et je n'ai aucune envie d'interférer avec ses décisions concernant Poudlard. Elle est au courant de mon identité, au fait. Elle a seulement dû me demander une chose depuis qu'elle est directrice. Elle voulait savoir où je m'approvisionnais en nouveaux badges de préfet. Autrement, elle est bien, et elle sait que s'il y a quoique ce soit d'autre dont elle ait besoin de moi, je suis disponible. Je ne suis pas resté à Poudlard pour aider le professeur MacGonagall à gérer l'école. Je fais un travail bien plus dangereux. »


Il fixa les flammes, son visage profondément ridé commençant à ressembler à celui de Dumbledore pour Harry, aussi longtemps qu'il ignorait son nez. Sa voix se radoucit. « Comme tu l'as sans doute entendu depuis les toilettes, quand tu prétendais t'habiller… » Harry rougit. Pourquoi avait-il pensé pouvoir tromper le vieil homme ? « … j'ai de nombreux opérationnels. Quelques uns, comme ton beau-père… et bientôt toi et ton ami Draco… sont des Mangemorts sous couvert. D'autres… dont je ne dirais pas le nom maintenant… sont des opérationnels externes. Ils ont tous un vrai travail. Personne ne les paye pour cela. Ils le sont par loyauté envers moi et par désir de protéger les innocents. C'est un travail dangereux et je n'ai jamais eu personne devenant un opérationnel à un si jeune âge. Tu as encore un an et demi à faire à l'école Harry. Es-tu sûr que tu veux faire cela ? »


« Je n'ai pas beaucoup de choix, n'est-ce pas ? Quelqu'un d'autre a décidé que je serai initié samedi. Je ne veux pas être son serviteur. Je veux être le vôtre. »


Il fit un geste de la main, et maintenant, Harry pouvait vraiment au-delà des changements superficiels externes, voir l'homme dont il se souvenait dans les yeux qui le regardaient. « Je ne veux pas de serviteurs, Harry. Nous nous servons les uns les autres. Nous le faisons les uns pour les autres. Nous voulons mettre fin aux maîtres et aux serviteurs. »


Cela, aux oreilles de Harry, sonnait assez radical. Il se souvint de la réaction de Jamie quand il avait remercié un elfe de maison. Pourrait-il y avoir un monde sans maîtres et serviteurs ? Il en doutait…


« Je ne veux pas le dire littéralement, » se hâta-t-il d'ajouter. « Il y aura toujours des gens dont le travail impliquera de servir d'autres gens. Je parle status, rang, caste. Voldemort et ses serviteurs. Les serviteurs qui obéissent à un maître par peur abjecte, ou par terreur. Ce n'est pas la servitude, qui n'est pas un mot négatif en soi. C'est ce que les humains ont fait de la servitude. Ils l'ont rendue basse et de mauvaise réputation. Véritablement, il n'y a pas de plus grand privilège que de servir et de servir bien, de savoir que l'on est utile, et que l'on fait partie d'une belle chose qui fonctionne. J'étais le serviteur de Poudlard en tant que directeur. Remplir son rôle dans un grand schéma est une manière très satisfaisante de passer sa vie. Si chaque personne sent toujours qu'elle est exploitée, personne ne sera vraiment heureux. Même si quelqu'un était le vrai maître, il regarderait toujours par-dessus son épaule, craignant tous ceux qui sont autour de lui, toujours inquiet d'être supplanté par l'ambition de quelqu'un d'autre. »


« Alors » dit Harry d'une voix tremblante, « je veux remplir mon rôle en tant que l'un de vos opérationnels. Je veux être utile. »


Il sourit et reposa sa tasse de thé. « Tu le seras, Harry, tu le seras. En temps et heures. Je suis sûr que tu le devrais. Après tout, aucun de mes autres opérationnels n'a une cape d'invisibilité. »


Harry sourit. « Merci d'avoir trouvé cela pour moi… »


« Oui, bien… Nous ferions mieux de rentrer au château. »


Harry avait le cœur plus léger qu'il ne l'avait été depuis des lustres comme il aidait Dumbledore à éteindre les lampes avec sa baguette. Après que la poudre ait été jetée dans l'âtre, ils rentèrent dedans, et avec un minimum de rotations douloureuses, ils se retrouvèrent dans le bureau du concierge de Poudlard. Depuis là, ils allèrent jusqu'à l'entrée de la salle commune de Serpentard, et se souhaitèrent brièvement bonne nuit.


Comme Harry se préparait à entrer, le vieux sorcier lui dit. « Souvenez-vous. Vous avez une retenue avec votre beau-père à huit heures précise vendredi soir. Maintenant, je dois remplir mon rôle de personne qui rôde en disant aux élèves errants de retourner à leurs dortoirs… »


* * * * *