Mary Cooper : il est quand meme coupable de meuretre d'un point de vue technique
Wargate : tres triste oui...
Lilou : merci beaucoup. Il reste 7-8 chapitres encore.
Ryan : clair, ca part en sucette pour Harry
popov : mais oui...
Philippe Gryffondor : merci, nous voilà vendredi !
Lunenoire : lex dura sed lex...
thegirlofshade : je poste régulierement, mais pas la semaine prochaine (vacances !)

Et maintenant, bonne lecture à tous pour la suite de ce chapitre..

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« Potter ! » fit la voix bourrue pour la deuxième fois en seulement une demie-heure. C'était inhabituel. Le maigre repas avait été servi environ quinze minutes plus tôt, transféré magiquement à travers la solide porte en bois sans fenêtre de la cellule. Harry y avait à peine touché. C'était un fin gruau à la texture granuleuse, accompagné par un pain grossier et rassis que sa tante aurait jeté (Harry avait l'habitude de voler le vieux pain pour nourrir Hedwige quand on lui interdisait de voler dehors et de chasser sa propre nourriture). Il avait une petite tasse d'eau tiède pour breuvage, et il l'avait bu rapidement, se sentant déshydraté, avant d'enfoncer sa cueillère en bois dans le gruau et de se forcer à en avaler quelques bouchées. Le garde boita le long du couloir au milieu des cellules vides pour la plupart, un détraqueur à ses côtés. Comme la grande créature maigre approchait, Harry sentit le froid malsain maintenant familier ramper dans son esprit et son corps. Il trembla violemment, essayant de garder sa tête claire, mais c'était très difficile. Petit à petit, les détraqueurs aspiraient déjà toute la joie qu'il avait jamais ressenti (dans ses deux vies) de son esprit, ne laissant plus de lui qu'une coquille paranoïaque et convulsante. Il arrivait parfois à se distraire en faisant des exercices, faisant de bêtes répétitions de tractions ou d'abdominaux, ou courant sur place pour changer, mais parfois, il prenait simplement l'amulette du basilik sous sa chemise dans sa main pour se sentir mieux. C'était une des seules choses qui lui apportait un peu de paix à l'esprit, un peu de confort dans cet endroit qui en était dénué.

« Tu as un visiteur » gronda le garde. C'était un vieil homme d'âge indéterminé (quelque part entre soixante et cent-vingt ans), avec une longue barbe blanche, de profondes rides parcourant son visage, une robe qui n'avait pas l'air d'avoir été lavée pendant tout le vingtième siècle, et il boitait. Il avait l'air encore plus usé par le temps que le Maugrey Fol-Œil de son ancienne vie. Le garde ne semblait sentir aucune gêne du tout de la part des détraqueurs. Mais bon, Harry y avait pensé plus d'une fois, et peut-être qu'il n'avait jamais eu aucune joie à perdre…

Se cramponnant à son amulette comme si sa vie en dépendait, Harry se recula contre le mur du fond de sa cellule quand la porte s'ouvrit pour être aussi loin que possible du détraqueur. Il fut rassuré de voir que le visiteur était Dumbledore, son déguisement de Davy encore intact. Harry avait eu peur que ce soit un autre employé du ministère avec une plume automatique, démangé par l'envie d'obtenir sa confession et d'éviter un procès. Il avait déjà reçu la visite de trois telles personnes, la dernière étant une très jolie blonde pulpeuse qui avait seulement dix-neuf ans et portait une robe assez moulante. Harry la reconnut comme ayant récemment fini son éducation à Poudlard (il semblait se souvenir d'elle étant à Pouffsouffle ou Serdaigle). Harry n'avait pas eu à se demander pourquoi elle avait été envoyée.

Après que le garde les ait bouclés ensemble, Dumbledore fit un signe de la tête à Harry et s'assit sur une petite chaise au milieu de la pièce aux murs de pierre. Harry alla s'asseoir sur le bord de son lit étroit (dont il suspectait qu'il était truffé de puces), et leva ses yeux hagards vers le vieil homme, qui eut l'air secoué de voir Harry comme cela.

« Comment vas-tu Harry ? » demanda-t-il calmement. Ses yeux bleus avaient l'air ternes et ne brillaient pas du tout.

Harry soupira. « Fatigué d'attendre. Quand est le procès ? »

« C'est ce pourquoi je suis ici pour te voir. C'est pour jeudi prochain. Puis ils garderont le jury jusqu'au lendemain et nous aurons le verdict vendredi. »

« Quel jour sommes-nous aujourd'hui ? » Harry avait déjà perdu le cours du temps. Les murs n'avaient pas plus de fenêtre que la porte, et il ne pouvait rien entendre du monde extérieur non plus. Il pensait qu'il était loin dans le sous-sol de Londres, quelque part dans l'une des stations de métro abandonnées qui composaient le ministère de la magie. Il avait entendu un homme être tiré devant sa cellule le jour où il était arrivé, étant amené à son procès. Nous devons être près du portail de la cour de justice, pensa-t-il, se souvenant de la chambre souterraine qui résonnait, avec ses séries de rangs de chaises, éclairé seulement par des torches enflammées. La seule lumière venait d'une unique bougie vacillante, haute sur le mur, et qui n'était jamais éteinte. Il avait essayé de demander qu'elle le soit quand il voulait dormir, mais sans succès.

« Aujourd'hui, nous sommes vendredi 28 février. »

« Et le procès ne va pas avoir lieu avant jeudi prochain ? Cela fait presque une semaine ! Pourquoi tant de temps ? »

« Ils attendent le retour de l'inquisiteur. Il est en voyage. »

« Ne peuvent-ils pas prendre un autre inquisiteur pour le faire ? »

Dumbledore poussa un énorme soupir. « C'est un inquisiteur particulier. C'est le ministre de la magie en personne. Barty Croupton. Il a insisté. Si cela avait été Fudge ou Bean, tu aurais pu être jugé dès hier ou avant-hier. Mais Croupton… »

Harry secoua la tête. « Non ! Il veut juste se montrer en public ! Il veut étayer ses soutiens qui s'affaiblissent et garder le pouvoir ! »

Dumbledore acquiesça. « Je ne vais pas démentir ton analyse, Harry, mais nous n'avons pas le choix. Le ministre rencontre les ambassadeurs de nos ambassades à Bruxelles et à Luxembourg, et après cela, il a prévu d'aller à Vienne et en URSS. » Qui ne devrait plus exister, pensa Harry, se souvenant du journal qu'il avait pris à l'appartement de Maggie et Bernard. « Ton procès va commencer pratiquement à l'instant où il sera de retour sur le sol anglais, mais bien qu'il ait insisté pour être l'inquisiteur, il n'a pas pu être persuadé de raccourcir son voyage. »

Harry commença à faire les cent pas, passant sa main dans ses cheveux. Il avait maintenant ce qui ressemblait à une ombre permanente sur son visage parce qu'il utilisait son pouvoir d'Animagus tous les jours pour raccourcir sa barbe, mais il ne le faisait pas complètement, afin qu'il y ait toujours une petite hauteur de poil dépassant du follicule. Il avait pris l'habitude de se changer en griffon d'or pour dormir, et aussi passer de nombreuses heures de la journée, gardant une oreille tendue pour le cas où quelqu'un approcherait afin de pouvoir rapidement se changer. Il avait découvert, tout comme Sirius dans son ancienne vie, que c'était un peu plus facile de supporter les détraqueurs sous la forme d'un animal, dont l'esprit n'était pas aussi accessible aux détraqueurs. Peut-être que cela aidait encore plus qu'un griffon d'or soit en plus une créature magique, pensa-t-il. Quand il n'était pas en griffon ou ne faisait pas d'exercices, il essayait de tenir son amulette le plus possible.

« Barty Croupton » marmonna Harry en faisant les cent pas. Il se rappela la manière dont il lui avait tellement fait penser à un président de banque lorsqu'il avait été habillé avec des habits de moldus pour la coupe du monde de Quidditch, le hic étant qu'un président de banque ne se montre pas dans ses meilleurs habits au milieu de nulle part. Croupton semblait avoir négligé cela. Pourquoi était-il si insistant pour être l'inquisiteur pour le cas de Harry ? Le ministre ne faisait pas cela habituellement. Harry se souvint aussi avoir vu Croupton envoyer son propre fils à Azkaban. Que ferait-il à Harry ?

« Harry, s'il-te-plaît, assieds-toi. Nous devons discuter de nombreuses choses, mais je ne peux pas vraiment t'en parler. »

Harry se rassit sur le matelas usé. « De quoi ? », dit-il en fronçant les sourcils. Dumbledore rapprocha la chaise et sortit un bout de parchemin et une plume auto-encrante de la poche de sa robe. Il écrivit quelque chose sur le parchemin et le tendit à Harry avec la plume.

J'ai enchanté ce parchemin, écrivit-il, afin seul toi et moi puissions voir et écrire dessus. Je suspecte que quelqu'un nous écoute. Il y a des choses dont nous devons discuter sans être entendu.

Harry lut et acquiesça. Il avait une idée de quelle sorte de chose parlait Dumbledore.

Comment va Ginny ? écrivit-il. Et le bébé ?

Dumbledore lut cela et soupira, puis il reprit la plume pour écrire une réponse.

C'est une des choses dont je dois te parler. Ginny ne va pas avoir d'enfant. Cela n'a jamais été le cas. Du moment où elle est partie se cacher, elle a pratiquement arrêté de manger. Elle a essayé de manger, mais elle ne pouvait pas garder la nourriture dans son estomac. Elle était malade d'anxiété, et aussi tellement nerveuse de peut-être avoir un enfant, après que Madame Pomfresh lui ait dit que la potion qu'elle voulait était illégale. Quand les femmes ne mangent pas correctement, elles n'ont pas de cycle régulier. Et elle était fatiguée parce qu'elle ne mangeait pas, pas parce qu'elle portait un enfant. C'était une faute compréhensible. Elle n'était pas au mieux de sa forme, et parce qu'elle s'en est inquiétée, elle a confondu ses problèmes de santé avec une grossesse. Nous avons pu la refaire manger correctement. C'est certain qu'elle ne va pas avoir d'enfant, et qu'elle n'en a jamais attendu un.

Harry se souvint à quel point elle était douloureusement maigre quand il tenait ses hanches quand ils avaient fait l'amour, comment il avait pensé qu'il pourrait probablement compter ses côtes… Il suspecta qu'elle ne mangeait pas assez avant même qu'elle ne soit allée se cacher. Probablement à cause de l'anxiété. Étrangement, après tant d'inquiétudes pour sa santé et celle du bébé, il ne sentit pas de soulagement à la nouvelle qu'elle n'allait pas avoir de bébé, même s'il avait avant sentit une énorme culpabilité pour avoir été responsable de lui causer toute la douleur et les inconforts d'une grossesse, et finalement, d'une naissance. Au lieu de cela, il sentit maintenant un vide dans sa poitrine, un intolérable sentiment de perte, comme si une autre personne était morte. Et pourtant le bébé n'avait jamais été…

Puis il réalisa qu' il était pour rien dans la situation dans laquelle il se trouvait. Il n'y avait jamais eu de bébé. Ron l'avait accosté dans la salle de classe pour rien ! Et s'il n'avait pas fait cela, Binns ne l'aurait pas vu, et sa mère serait encore en vie…

Harry sentit une vague de colère le submerger, et il frappa son matelas avec frustration, encore et encore et encore. Dumbledore le regardait, le visage impassible, comme Harry jurait et tapait, ne se sentant aucune obligation d'aucune sorte de se retenir simplement parce que Dumbledore était là. Après tout, il n'était plus le directeur…

Tout cela était pour rien !

Harry s'arrêta finalement, essayant de calmer sa respiration, fixant ses mains tremblantes. Il avait découvert que la proximité des détraqueurs tendait à mettre à vif ses émotions, même s'ils n'étaient pas dans la même pièce. Parfois, ils le faisaient descendre en spirale dans la dépression, lui faisant revivre le meurtre de ses parents dans son autre vie, ou les funérailles de Dudley, ou celles de Simon, et il avait aussi revécu des douzaines de fois l'envoi du sort de désarmement sur sa mère, la voyant voler en arrière…

A d'autres moments, il sentait une colère irrationnelle s'emparer de lui, et il tapait et frappait tout ce qu'il pouvait avoir sous la main dans sa petite cellule, criant sa furie jusqu'à ce que sa gorge ne puisse plus produire aucun son, se sentant comme s'il n'y avait plus personne sur terre qui puisse l'entendre. Puis il s'effondrait sur le sol, épuisé, et finalement, se métamorphosait en griffon et se mettait en boule dans le coin pour dormir, se laissant bercer par le ronronnement de son moteur intérieur, se sentant bien plus à l'aise sur le sol de pierre sous sa forme d'animagus, que quand il avait essayé de dormir sous sa forme humaine sur le matelas miteux et infesté. Et dans sa forme d'animagus, il était moins sujet aux rêves, les mêmes rêves qu'il avait eu la nuit avant les funérailles de Dudley…

Son souffle encore un petit peu forcé, il reprit le parchemin et la plume à Dumbledore. Il tremblait en écrivant.

Comment vont Jamie, Simon et mon papa ?

Dumbledore répondit :

Jamie et Simon sont à Dunoon en ce moment, avec ton beau-père. Les funérailles de ta mère étaient ce matin. Bientôt, ils iront se cacher avec Ginny. On a dit à leurs professeurs et camarades de classe qu'ils allaient rendre visite à leur grand-oncle à Dunoon pour au moins un mois, à la lumière des morts de leur frère et de leur mère. Il ne resteront en fait là-bas que jusqu'à demain. Puis ils reviendront en cachette au château, afin de se cacher.

Harry déglutit.

Les funérailles ont déjà eu lieu ?

Dumbledore acquiesça tristement.

J'arrive juste de chez ton grand-oncle. Je suis sincèrement désolé, Harry.

Harry eut encore envie de crier et de taper, mais il avait tout donné lors de sa crise précédente. Il avait manqué les funérailles de sa mère. Bien, réalisa-t-il, personne la pleurant n'aurait voulu me voir, n'est-ce pas ? Il pensa à Jamie. Sa mère était morte pour ses quinze ans. Oh, mon Dieu, Jamie, je suis tellement désolé…

Harry prit encore une fois le parchemin de Dumbledore.

Et pour Ron ?

Dumbledore répondit :

Ron Weasley est de retour à la tour Griffondor, mais il va venir au ministère témoigner de tes actes jeudi prochain. Il a raconté une histoire comme quoi il a erré dans toute la forêt jusqu'à une ville humaine, et a été pris en charge par des gens durant la tempête. Il a dit qu'ils étaient si soucieux à son sujet que cela a été difficile pour lui de partir et de retourner à Poudlard, et il n'avait aucun moyen d'envoyer une chouette où un autre moyen de communication. Il a dit qu'il était dans un hôpital moldu. Je lui ai donné quelques détails et des noms de lieux de l'autre côté de la forêt pour donner du crédit à son histoire. Personne ne pose de question. Charlie est aussi en sécurité. Personne n'a contacté ton beau-père pour lui demander de tuer Charlie. Le monde de la sorcellerie est compréhensiblement distrait par le fait que tu vas être jugé pour le meurtre de ta mère.

Harry acquiesça en lisant cela. L'autre chose étrangement réconfortante à être retenu au ministère était que personne n'allait venir à lui pour lui demander de tuer quelqu'un. Il ne pouvait pas vraiment faire cela bouclé dans une cellule avec un garde et plusieurs détraqueurs bloquant son accès au monde extérieur, sans parler des couloirs, véritables labyrinthes, qu'il avait du traverser pour atteindre son 'domicile' actuel. Il avait essayé de se souvenir des tours et des détours pour venir ici, mais quand il avait regardé derrière lui en marchant, il avait découvert qu'un passage qu'il venait juste de franchir avait mystérieusement disparu. Les couloirs semblaient se transformer spontanément au fur et à mesure qu'ils étaient traversés. Il savait que c'était juste l'une des raisons pour lesquelles s'échapper d'ici aurait été impossible.

Harry rendit le parchemin à Dumbledore. Il n'avait rien à ajouter. Mais Dumbledore le lui prit et recommença à gratter avec sa plume, ayant l'air très sérieux. Il écrivit un long passage puis le tendit à Harry, l'air très grave.

Je suis venu ici pour te parler de ta décision d'être jugé pour le meurtre de ta mère. Je sais que tu souhaites que toute l'histoire soit connue, et que tu sois acquitté, mais je suis inquiet des ramifications de tout cela. Si tout était connu, tu devrais impliquer ton beau-père soit en tant que Mangemort, soit en tant qu'espion, et aucun des deux n'est désirable. Tu devras aussi révéler que tu n'es pas vraiment un Mangemort loyal. Le fait que tu aies vu quelques uns de mes opérationnels à la rencontre des Mangemorts pourrait ressortir… et souviens-toi : deux d'entre eux sont des Weasley. Les détails de ta relation avec Ginny pourraient devenir public aussi, ce qui serait embarrassant pour vous deux à l'extrême. Il n'y a rien de bon à tout cela. Trop de choses que nous avons construites et pour lesquelles nous avons travaillées risquent d'être mises en danger par ce procès. Je dois te demander de prendre cela en considération, et de me laisser t'aider à t'échapper.

Harry lut cela et se renfrogna, puis il reprit la plume et écrivit.

Je ne parlerai pas de papa ou des autres. Je les laisserai en dehors. Je peux contourner certains de ces éléments, mais si je m'enfuis, j'aurai l'air coupable. Et j'ai quelque chose de très important que je dois faire une fois que j'aurai été blanchi, et qui sera virtuellement impossible si je dois avoir le ministère aux fesses. Je ne révèlerai rien qui risque de mettre quiconque en danger, ne vous inquiétez pas. Tout ira bien.

Dumbledore lut cela et eut l'air plus irrité que Harry ne l'avait jamais vu. Il griffonna si rapidement avec la plume que Harry eut beaucoup de difficultés à le lire cette fois.

Ce n'est pas simplement à ton sujet ! Il y a bien plus en jeu. Même sans vouloir le faire, tu peux mettre en danger tous les opérationnels.

Harry répondit.

Est-ce que je les ai mis en danger ? Vous êtes celui qui a dit au Londubat qui vous étiez vraiment, et leur avoir parlé des opérationnels.

Dumbledore reprit la plume.

J'ai pris soin de cela avec un sort de mémoire hautement sélectif. Ils se souviendront de la plupart de ce qu'ils ont vu et entendu dans la grotte, afin qu'ils ne suspectent aucun souvenir manquant. Si tu racontes ton histoire devant la cour, ce que j'aurais fait l'aura été pour rien. Cela peut sembler impossible, mais je peux t'aider à t'échapper…

Harry secoua la tête en lisant cela. Il était fatigué d'avoir cette conversation en écrivant. « Qu'allez-vous faire si je ne suis pas d'accord ? Me kidnapper ? Vous ne comprenez pas, » dit-il « qu'il y a quelque chose que je dois faire… »

Il se remit à faire les cent pas. Il s'appuya contre le mur, fermant les yeux, voyant Ginny. Elle était assise près d'un feu, seule, lisant un livre, puis elle le reposa et regarda les flammes, ses yeux indiciblement tristes… Peut-être avait-elle aussi été un peu déçue d'apprendre la vérité au sujet de l'enfant, pensa Harry. Ou plutôt, le fait qu'il n'y avait pas d'enfant. Mais maintenant qu'il s'était résolu à faire tout ce qui était nécessaire pour rétablir le cours du temps, il était content que ce soit une chose de moins qui occupe son esprit…

Il se tourna vers Dumbledore, tenant encore le petit basilik argenté. « Avez-vous jamais utilisé un retourneur de temps ? »

Le vieil homme lui adressa un regard pénétrant. « Une fois, il y a très longtemps… mais si tu me le demandes devant quelqu'un je le nierai. Et si tu as utilisé un retourneur de temps, tu ferais mieux de le nier aussi, comme cela fait treize ans qu'ils sont interdits. »

Harry acquiesça, recommençant à marcher, sentant que les engrenages dans son esprit tournaient bien trop vite pour que les mots puissent sortir de sa bouche assez rapidement. « Je parierais que Voldemort a dit à Barty Croupton Jr de dire à son père de faire cela… Je le parierais… » marmonna-t-il en bougeant, tenant encore l'amulette dans son poing. De cette façon, une méthode possible pour Harry d'empêcher les choses serait coupée (si c'était effectivement possible de retourner si loin dans le passé en utilisant un retourneur de temps). Il se demanda si Voldemort avait parlé au fils Croupton du changement du cours du temps. Était-ce pourquoi le ministre de la magie en personne avait déclaré vouloir être l'inquisiteur pour le cas de Harry ? Est-ce que son Mangemort de fils le lui avait suggéré, poussé par Voldemort ?

Harry se tourna pour faire face à l'ancien directeur de Poudlard. « Quand vous avez utilisé le retourneur de temps, qu'avez-vous fait ? »

Dumbledore détourna son regard de lui. « Je préfèrerai ne pas en parler. Je suis seulement retourné de deux heures dans le temps, et cela n'a servi à rien… » Puis il regarda le jeune homme troublé devant lui comme s'il le voyait pour la première fois, et il rétrécit ses yeux. « Harry… Qu'as-tu fait ? » dit-il dans un souffle.

Harry déglutit et se rassit sur le lit. « Je… j'étais un orphelin… » Il parla à Dumbledore de la mort de son père, puis de sa mère suppliant Voldemort de la tuer à la place de Harry, et puis de Voldemort essayant de le tuer, et échouant à grâce à l'amour de sa mère, son sacrifice, qui le protégeait d'une manière ou d'une autre. Il décrivit comment le sort avait rebondit sur lui, ne le tuant pas, mais le réduisant à une ombre de ce qu'il était, sans corps réel. « Il pouvait posséder les corps des autres, mais seulement pendant un moment. Cela tendait à les tuer. Alors son pouvoir s'effondra et il disparut du monde des sorciers, et je suis devenu le célèbre Garçon qui a Survécu. Mais vous, » fit-il en pointant le vieil homme, « m'avez emmené vivre chez ma tante et mon oncle, la sœur de ma mère et son mari, et mon cousin, et j'ai grandi dans le monde moldu et je ne savais pas que j'étais célèbre, ni même un sorcier, jusqu'à ce que Hagrid vienne m'apporter ma lettre de Poudlard quand j'ai eu onze ans. »

Dumbledore ne dit pas un mot, mais il regardait Harry avec des yeux bleus qui avaient plus de vie en eux maintenant. Harry pouvait y voir l'étincelle d'intérêt qui y brillait, et il continua avec son histoire. « Puis, à la fin de ma quatrième année, Voldemort a réussi à retrouver son corps. Il a une fois de plus commencer à rassembler ses Mangemorts autour de lui, et il a essayé encore de faire ce qu'il avait fait quand j'étais bébé : il a essayé de me recruter. Il l'a fait à l'aide de Draco et Lucius Malfoy. Mais Draco s'est retourné contre son père, et a réussi à l'envoyer à Azkaban. Dans cette vie, Draco et moi avions l'habitude de nous haïr. En fait, nous ne nous entendions pas fameusement même après qu'il ait envoyé son père en prison, mais c'était mieux qu'avant… »

Harry fit une pause, respirant profondément. Il parlait rapidement qu'il risquait de s'étouffer à force de ne pas respirer correctement. Il prit son souffle et continua. « En Septembre dernier, alors que j'étais sensé prendre le Poudlard Express pour rejoindre l'école, Voldemort est venu me parler à la gare. Puis il m'a jeté un portauloin qui m'a emporté à Godric's Hollow. Il m'a dit que maman était enceinte quand elle a été tuée, et m'a parlé d'un sort que nous pourrions faire ensemble pour ramener ma mère et ma sœur. Bien, pas exactement les ramener… c'était un sort pour retourner dans le temps, quand ils étaient encore tous les deux vivants. Nous l'avons fait. Nous sommes retournés à la nuit où mes parents ont été tués, et j'ai entendu mon père mourir… Puis j'ai vu Voldemort sur le point de tuer ma mère, et je n'ai pas pu le supporter. Je l'ai mise sous Imperius, et lui ai dit de faire tout ce qui était nécessaire pour nous sauver tous les deux. Elle m'a promis à Voldemort, et il a mis un sort d'Obéissance sur moi. Puis je me suis évanoui pendant un moment. Quand je me suis réveillé, j'étais dans ma chambre à Bout du Lard, et j'ai bientôt réalisé que j'avais eu une vie différente ces quinze dernières années. Je me souviens encore de mon ancienne vie, même si c'est parfois un peu le fouillis. Parfois ce sont les choses de cette vie qui sont un peu en désordre. Je pense que l'esprit humain n'est pas sensé se souvenir de plus d'une vie à la fois… »

Harry s'arrêta, à bout de souffle. Il regarda Dumbledore qui fixait ses mains, hésitant. Lentement, il leva les yeux vers Harry. « Qu'est-ce que tu dis exactement, Harry ? »

« Je dis… Je dis que j'ai besoin de réparer cela. C'est tout mauvais. Je dois retourner à cette nuit à nouveau… »

Mais Dumbledore secouait sa tête. « Harry… »

« Vous ne me croyez pas, n'est-ce pas ? » cria Harry, hystérique.

Le vieil homme secoua la tête « Ce n'est pas cela, Harry. En fait, ce que tu as dit explique beaucoup de choses. Une partie de ton comportement depuis septembre ne peut être expliqué que par une telle histoire. Cependant, tu te trompes en croyant que tu devrais changer les choses pour qu'elles redeviennent ce qu'elle étaient. »

Harry fronça les sourcils. « Êtes-vous fous ? Aimez-vous ce monde ? Vous avez quitté la direction parce qu'ils ont arrêté de prendre les élèves nés de moldus à l'école. Vous savez à quel point le ministère est criblé de Mangemorts. Et ne commencez pas à me faire parler des différences du monde moldu… Je ne peux pas ne pas faire cela. C'est la bonne chose à faire. »

Mais Dumbledore secouait encore la tête. « Et qui es-tu pour décider cela, Harry ? Ferais-tu de même si ta mère n'était pas morte ? Elle était ce pour quoi tu as fait cela, exact ? Qu'est-ce qui rend ce monde moins valide que l'autre vie que tu connais ? Cela a été le monde pour le reste d'entre nous pendant plus de quinze ans. Nous en avons connu aucun autre. Pense à toutes ces vies que tu vas balayer, pour changer une telle chose… »

« Pensez à toutes les vies que cela va sauver ! » Lui cria Harry, devenant de plus en plus frustré.

« Harry, Harry » marmonna tristement Dumbledore. « J'ai voyagé dans le temps. Ce n'est pas quelque chose à traiter à la légère. Tu pourrais te retrouver dans une situation bien pire que ta garde à vue actuelle si tout ne se passe pas comme tu le souhaites… Peut-être que même si tu rétablis l'autre cours du temps, puisque Voldemort rassemble à nouveau des forces, comme tu dis, tu pourrais découvrir que des gens que tu aimes sont morts où se sont retournés contre toi… Tu pourrais même être mort… »

« Je m'en moque ! Ceci… » Il balaya de son bras l'espace autour de lui « … n'aurait jamais du être. Le fantôme de mon propre père m'a dit que je devais le réparer. Qui êtes-vous pour me dire que je ne devrais pas ? »

« Bien, Harry » dit-il doucement. « Je pense que tu m'as dit tout cela parce que tu voulais une sorte de tampon d'approbation. Mais je suis désolé de ne pas pouvoir te le donner. Je ne suis pas d'accord avec l'idée de changer le cours du temps… »

« Il a déjà été complètement bouleversé ! » beugla Harry, « Et vous n'êtes pas responsable pour avoir créé un monde qui est complètement et entièrement merdique ! »

Soudain la porte s'ouvrit brusquement. Le garde se tenait là, flanqué de détraqueurs. Harry tomba à genoux, sa tête dans ses mains, le froid s'écoulant dans son corps, les hurlements remplissant son cerveau, le désespoir prenant le dessus.

« Qu'est-ce que c'est que ce foutu bruit ? » demanda le garde. Harry lutta pour lever les yeux, mais il ne put pas dépasser les genoux du garde. Il vit les jambes de Dumbledore. Le vieil homme se leva, et Harry pensa l'entendre glisser le parchemin et la plume dans la poche de sa robe.

« J'ai bien peur d'avoir eu de mauvaises nouvelles pour Harry, et je l'ai bouleversé. Je devrais y aller maintenant. Et… Cela aidera probablement de garder ces choses à distance de lui. » Harry pensa qu'il parlait des détraqueurs. Il s'adressa au-dessus de la tête de Harry maintenant. « Je vais maintenant prendre congé, Harry. Je crois que ton beau-père a parlé de venir te rendre visite dimanche. S'il-te-plait, souviens-toi de notre conversation. Je ne te reverrai probablement pas avant le procès. Au revoir. »

Pourquoi est-ce que j'ai pensé que ce serait bien de lui en parler ? pensa Harry, plus en colère avec lui-même qu'envers Dumbledore. Je savais ce qu'il dirait. Je savais qu'il n'approuverait pas…

Harry regarda ses pieds s'éloigner vers la porte. Quand elle fut fermée et verrouillée, il ferma ses yeux et sentit le changement commencer à se répandre à travers son corps. Une fois qu'il se fut transformé en griffon d'or, le froid des détraqueurs commença à le quitter, et son esprit devint petit à petit plus paisible. Il lava son manteau fauve un petit peu avec sa lange râpeuse. Puis, son propre ronronnement calmant le tourment de son esprit, il se mit en boule dans un coin de la cellule pour dormir.

* * * * *