Mary Cooper : c'est pas un retard de mise à jour : c'est des vacances, alors c'est pas grave...
JoSy : Heu, c'est pas mon histoire. Je me contente de traduire. Mais merci pour ta review.
Lunenoire : tu as du nez...
popov : elle est très très longue, et il en reste à traduire.
Philippe Gryffondor : merci.
Ryan : la voilà.
Mystikal : l'avada kedavra n'a pas été lancé, donc ils n'arriveront pas à prouver quoique ce soit comme cela.

Et maintenant, bonne lecture à toutes et à tous pour la suite.

* * * * *

« Debout, toi » grogna le garde, frappant la jambe de Harry. On aurait dit qu'il portait des bottes à coquilles d'acier. Harry était allongé dans le coin de sa cellule, ayant seulement eu un instant pour reprendre sa forme humaine quand il avait entendu le garde à la porte. « Le lit n'est pas assez bon pour toi ? »

« Infesté » dit laconiquement Harry, se grattant derrière l'oreille. Il n'était pas complètement certain qu'une partie de la vermine n'avait pas migré jusqu'à lui, en tous cas, même s'il s'était tenu aussi loin que possible du matelas dans la petite pièce. « Est que je vais être autorisé à me laver avant mon procès ? » Il n'avait pas pu prendre une douche depuis qu'il était en garde à vue, et il pouvait lui-même dire qu'il sentait.

« Tu veux te laver maintenant, c'est ça ? » D'abord, tu es trop bon pour le lit, maintenant, tu veux te laver. D'accord, voilà : Fluvius ! »

Un jet d'eau sortit soudain avec violence du bout de la baguette qu'il pointait vers Harry, le trempant. C'était comme être lavé au jet, comme si c'était un animal dans un zoo. Harry s'étrangla, étouffé par un peu d'eau qui était rentrée dans sa bouche. Il tomba sur ses genoux, haletant.

« Finite Incantatem ! » L'eau s'arrêta. « Voilà. Une bonne douche. Je t'ai fais plaisir ? » Il rit. Harry remarqua que lorsque les détraqueurs n'étaient pas là, le garde souriait et riait finalement, même si c'était toujours à ses dépends. Harry le foudroya du regard.

« Je ne pense pas qu'ils me veulent trempé pour mon procès. Avez-vous une serviette ? »

« Voilà » dit-il rudement, jetant à Harry la couverture du lit, que Harry suspectait de contenir autant d'organismes vivants que le matelas. Harry la laissa tomber avec dégoût.

« Oh », dit le garde d'une voix à la sympathie alarmante « J'ai presque oublié : petit déjeuner spécial aujourd'hui. Tous ceux qui sont jugés ont un bon petit déjeuner avant. Tu sais quelque chose dont on se souvienne avant d'aller à Azkaban… »

Harry déglutit comme un plateau garni d'un généreux petit déjeuner vint en flottant dans la pièce, invoqué par le garde. Il avait sa propre théière, plus du jus de citrouille et du jus d'orange, une pile de toasts, des œufs pochés, des saucisses, du hareng fumé, et même un bol de porridge, avec une petite assiette de raisins secs sur le côté afin qu'il puisse en ajouter s'il le voulait. Pour ses toasts, il y avait du beurre, de la marmelade et de la confiture de mûres. Pour le thé, il y avait de la crème et de petits cubes parfaits de sucre blanc. Ou s'il le souhaitait, il y avait aussi du citron et du miel. Ou il pouvait choisir d'utiliser le miel sur les toasts, ou dans le porridge. Il était abruptement passé de la famine à la fête.

Ce n'était qu'un petit bout du choix qui apparaissait sur les tables de la grande salle tous les jours de sa vie depuis qu'il avait commencé à Poudlard, dans ses deux vies, et cependant, même s'il n'avait pas eu de repas décent depuis qu'il avait été jeté dans cette cellule une semaine et demie plus tôt, il n'avait absolument aucun appétit. Et en fait, la présence du plateau de nourriture menaçait de lui faire vomir le maigre contenu de son pauvre estomac rétréci.

Harry mit sa main devant sa bouche, sentant un haut-le-cœur. « S'il-vous-plaît, partez. » réussit-il à marmonner à travers sa main, sentant un picotement dans toute sa tête. Le garde laissa la nourriture et partit avec un haussement d'épaule. Harry se rassit dans son coin, encore dans sa forme humaine, ses genoux remontés contre sa poitrine, ses jambes entourées par ses bras. Ses cheveux gouttaient sur ses jambes. Oh bon Dieu, pensa-t-il. Je vais être présenté à la cour dépenaillé, sans peigne pour mes cheveux, pas bien rasé, trempé, et sentant encore de toutes façons. Ils veulent juste me rendre aussi peu crédible que possible…

Harry ravala les larmes qui menaçaient de l'envoyer devant la cour avec un nez rouge et des yeux injectés en prime. Et si j'étais déclaré coupable ? se demanda-t-il. Comment pourrais-je rétablir le cours du temps alors ? Est-ce que ce sera dix ans, comme Sam ?

Il resta assis dans le coin pendant ce qui sembla être un long moment, regardant la vapeur se dissiper graduellement de la théière, et le porridge, la viande et le poisson refroidir. Finalement, il repoussa ses cheveux mouillés de son front et tâta sa robe. Elle était plus sèche déjà. Il prit en hésitant un bout de hareng et commença à le manger. Son estomac s'était rétabli, il décida. Il mangea son petit déjeuner maintenant froid, laissant la confiture et la marmelade, étalant le beurre sur ses toasts, qu'il couronna avec ses œufs pochés froids.

Comme il mâchait, il revit son témoignage dans sa tête encore une fois. Son papa lui avait rendu visite dimanche, avec un autre parchemin enchanté, et ils avaient écrit sa stratégie pour le procès en détail, chaque aspect de ce que Harry pouvait dire et ce qu'il ne pouvait pas dire étant travaillé…. Aussi longtemps que Croupton ne le prendrait pas en train de mentir, ou ne le piègerait pas en lui faisant dire quelque chose qu'il ne voulait pas révéler. Harry espérait que la préparation servirait à quelque chose, que Croupton poserait les questions prévisibles que Harry s'attendait à ce qu'il pose. Il aurait presque souhaité que ce soit Fudge le ministre de la magie. Fudge était aussi original et intelligent qu'un gratin dauphinois sans pommes de terres.

Barty Croupton père, de l'autre côté, avait concocté un plan d'une intelligence diabolique pour faire sortir son propre fils de prison, lui substituant sa femme mourante, puis emprisonnant son fils dans sa maison pendant des années avant que Barty Croupton n'arrive à dominer l'Imperius que son père lui avait lancé dessus… Et Croupton jr n'avait pas des cases manquantes dans le cerveau non plus. Il avait passé la plus grande partie d'une année à incarner un auror très particulier et célèbre, et à truquer la coupe de feu afin que Harry soit le quatrième champion du Tournoi des Trois Sorciers. Il avait été à Serdaigle, se souvint Harry, et avait été préfet. Il se demanda si son père, le ministre de la magie en personne, avait aussi été préfet de Serdaigle. Il avait probablement aussi été préfet en chef, pensa Harry. Il pensa encore à Bill et Percy Weasley, tous les deux anciens préfets en chef. Il ne devait pas mentionner leur nom pendant le procès, ni comme Mangemort (ce qu'ils prétendaient être), ni comme espion de Dumbledore (ce qu'ils étaient vraiment). Il ne pouvait pas risquer leur vie et leur travail. Cela allait demander un sacré sens de l'équilibre, et il devait jouer contre un homme formidable et déterminé…

Harry enleva finalement sa robe et la plupart de ses vêtements, les déposant sur le sol. Il était damné s'il les laissait contrôler comment il allait apparaître devant la court. Il tendit ses mains vers eux, et chuchota doucement « Dessicatio ». L'eau se dissipa de ses habits, et puis Harry les ensorcela pour qu'ils sentent l'herbe fraîchement coupée, une odeur innocente que la plupart des gens ne trouvent pas agressante. Il remit ses vêtements. Il n'avait osé rien faire devant le garde, mais il avait découvert depuis qu'il avait été arrêté que le pouvoir supplémentaire que lui avait donné Voldemort grâce au sort d'Obéissance le rendait capable de faire beaucoup de magie sans avoir recours à une baguette. Il savait que tous les sorciers et sorcières pouvaient faire un peu de magie sans baguette en tapant dans leurs mains ou juste avec une concentration adéquate, mais il n'avait jamais réalisé qu'il était spécialement bon à cela parce qu'on lui avait donné plus de pouvoir qu'à la plupart des sorciers. Il repensa à son passé, quand il avait sept ans et qu'il avait désarmé Lucius Malfoy alors qu'il était caché dans le coin de son bureau… La plupart des sorciers auraient dû utiliser un sort de désarmement pour faire cela. Bien sûr, pensa-t-il, regarde où l'utilisation du sort de désarmement t'a mené…

Il se souvint aussi de la façon dont il avait fait s'ouvrir à toute volée et cassé la porte à Bout du Lard quand il avait découvert sa mère dans les bras de Sirius. Il avait pensé à ce moment que c'étaient juste ses émotions qui amplifiaient la magie, qu'il était agité et énervé, et que sa magie était hors de contrôle en conséquence. Il n'avait maintenant aucune idée de combien de ses capacités magiques lui appartenaient, et de combien lui avaient été données pour qu'il exécute les ordres d'un mage sombre…

Il savait qu'il avait la possibilité de faire la transformation en animagus dans son autre vie, et il l'utilisa maintenant pour se raser de près, risquant les poils incarnés qu'il haïssait, et faisant de son mieux pour apparaître propre et prêt pour le procès, en dépit de l'absence de miroir et d'un véritable accès à une salle de bain. Il peigna ses cheveux humides avec ses doigts, pour essayer de les remettre en ordre. Quand il eut fini, il s'assit sur la chaise avec ses mains croisées, mais il se sentait ridicule, alors il se remit à faire les cent pas dans la petite pièce, encore et encore, jusqu'à ce qu'il pense qu'il devenait fou.

Finalement, la porte s'ouvrit. Le garde se tenait là, le regardant avec malveillance, ayant l'air légèrement surpris que Harry ne soit pas complètement trempé. Il avait deux détraqueurs à ses côtés. Harry déglutit et prit son amulette. Aide-moi, Ginny, pensa-t-il, la voyant dans sa tête, allongée sur un lit étroit, dormant, une main sous sa joue pâle. Donne-moi la force de traverser cela.

Il frissonna et garda sa tête baissée comme les détraqueurs le prenaient par le bras avec leurs mains putrides et pourries, et le tiraient rapidement le long du couloir, ne le laissant pas marcher proprement. Les hurlements de la mort de ses parents résonnaient dans sa tête… La mort de Cédric, Ginny renversée par la voiture à Londres… Quand, après de nombreux tours et détours, ils atteignirent la porte de la salle d'audience, le garde s'avança et ouvrit la porte, et Harry entra dans la chambre, sa tête tournant à cause des souvenirs chaotiques ramenés par les détraqueurs.

Il leva les yeux pour voir, rangée après rangée, une mer de regards accusateurs. Finalement, il vit dans la troisième rangée son papa, avec Draco d'un côté et oncle Duncan de l'autre. Jamie et Simon n'étaient pas là. Il n'en était pas malheureux. Il déglutit quand il vit Dumbledore, déguisé en Davy, assis plusieurs rangées au-dessus d'eux, et ensuite il vit Ron et Sirius à côté de lui. Les Londubat n'étaient pas loin. Pourquoi est-ce que Ron n'est pas avec mon papa et Draco ? Se demanda-t-il.

Il n'eut pas la possibilité de poursuivre ses pensées, comme il était tiré vers la grande chaise au centre de la partie la plus basse de la pièce, et jeté dessus. Les liens d'or rampèrent depuis le fauteuil et lui lièrent bras et jambes. Les détraqueurs continuaient à rester au-dessus de lui, et Harry baissa encore les yeux, tremblant. Il se sentit plus froid en lui qu'il ne l'avait jamais été, incertain que quiconque les arrêterait si, devant une chambre remplie de gens, ils approchaient leur visage pour lui administrer un baiser avant même que le procès n'ait commencé…

Quelqu'un tapa bruyamment des mains, deux forts bruits, comme des coups de feu, un ordre non verbal clair, et les détraqueurs se retirèrent, revenant vers le couloir et fermant la porte. Harry leva la tête et vit Barty Croupton, le ministre de la magie, le foudroyant du regard. Il avait un air que Harry ne lui avait jamais vu dans son autre vie. Il n'était pas simplement un inquisiteur, mais aussi le chef du gouvernement magique de Grande-Bretagne, une homme sévère, impressionnant et sans pitié, qui n'avait pas l'intention de laisser partir Harry libre. Lui et son père avaient discuté de cela. Croupton ne voulait pas perdre. Harry se souvint à quel point il avait été énervé quand le jury avait laissé Ludo Verpey s'en aller libre. Mais Verpey avait été un joueur de Quidditch populaire, presque aussi charismatique que Gilderoy Lockhart, et moins irritant (bien qu'il soit encore plus sournois, selon Harry). Verpey avait eu des soutiens. Harry n'était pas le fameux Harry Potter dans ce monde. Il devait être l'infâme Harry Potter, maintenant qu'il était jugé pour le meurtre de sa mère, mais il n'avait pas de soutiens, pas de supporters autre que son beau-père, son meilleur ami et le frère de sa petite amie. Les gens assemblés dans cette chambre étaient avidement penchés en avant, faisant se demander à Harry s'ils s'attendaient à voir une pendaison ou quelque chose d'aussi horrible et spectaculaire.

Croupton portait une robe immaculée de velours cramoisi, bordée avec du fil d'or. Son chapeau était un cône parfait de velours assorti, avec une tresse commençant autour du bas, puis montant en spirale dans deux directions de telle sorte que l'or se croisait et qu'un grand espace en forme de diamant était créé au-dessus de son visage. Dans cet espace se trouvait le sceau du ministère de la magie : un serpent vert brillant mangeant le bout de sa propre queue était le bord, avec l'Union Jack en fond [NDT : le drapeau britannique], et superposé au-dessus de cela se trouvait une pyramide dorée dont la partie supérieure était partiellement séparée, flottant au-dessus de la base, et un œil brillant avec des rayons de lumière émanant de lui était dessus. Un lion rampant et une licorne flanquaient la pyramide, et une couronne flottait au-dessus d'eux et de l'œil inquiétant, qui, selon Harry, semblait bouger.

Harry baissa les yeux vers le visage du ministre. Croupton le dévisageait avec plus de haine que Harry n'en avait jamais vu. Cela le glaça jusqu'aux os plus efficacement que les détraqueurs. Harry tourna sa tête pour voir son jury, pour découvrir en quelles mains reposaient son destin. Il vit huit sorcières et quatre sorciers, qui semblaient tous avoir la cinquantaine environ. Personne ne semblait particulièrement jeune. Pourquoi étaient-ce principalement des femmes ? se demanda-t-il, mais pas très longtemps. Je parie que toutes ces sorcières sont des mères.

Il n'avait rien eu à dire pour le choix du jury. Il n'avait pas d'avocat, personne pour parler pour lui. Si son beau-père ne lui avait pas rendu visite pour travailler la stratégie de son procès, il aurait dû monter sa défense lui-même, un sorcier de seize ans inculpé de meurtre. D'après ce que Harry savait, aucune exception n'était faite pour l'âge. Le monde de la sorcellerie était encore bien loin derrière celui des moldus en terme de justice pour quelqu'un accusé d'un crime, et Harry avait trouvé que cela était une bonne chose quand quelqu'un qu'il savait coupable était dans cette chaise, quand c'était Lucius Malfoy. Mais maintenant…

« Harry Potter ! » tonna soudain Croupton dans le silence de la chambre peuplée. « Vous avez été amené devant le conseil de la loi magique pour répondre à l'accusation d'avoir assassiné votre propre mère, Lily Evans. Les aurors qui vous ont appréhendé disent que vous avez confessé au moment même, bien que vous ayez refusé de signer une déclaration à cet effet, et ils ont insisté sur le fait que vous faisiez perdre mon temps et le temps de tout le monde au ministère de la magie avec ce procès, au lieu de simplement… »

Croupton arrêta son discours sarcastique et regarda Harry de près. Il baissait les yeux, respirait superficiellement, ses narines enflant, comme s'il essayait de contenir sa colère.

« Y a-t-il quelque chose que vous voudriez dire, Mr Potter ? » dit-il avec mépris à Harry.

Harry leva la tête et regarda droit dans les yeux du ministre de la magie, qui sembla être dérangé par cela.

« Puis-je ? » demanda-t-il doucement.

« S'il vous-plaît, » répondit le ministre d'une voix retentissant. « Mais parlez fort, sinon personne ne vous entendra. »

Harry tourna sa tête et regarda directement chacun des jurés, un après l'autre. « Je n'ai pas été 'appréhendé' par les aurors. Personne n'a eu à me poursuivre. Je suis venu de mon propre fait, parce que je voulais raconter toute l'histoire de comment ma mère est morte, et laver mon nom. » Il parla clairement et simplement. Chaque mot était comme une goutte d'eau tombant dans un bassin calme. Personne dans la chambre ne fit un bruit, pas même un frottement de robe ou le craquement de quelqu'un balançant son poids sur les bancs en bois.

« Pour ce qui est de faire perdre votre temps, et celui du ministère, ce dont je m'excuse, monsieur le ministre, mais on m'a dit que vous avez insisté pour être personnellement l'inquisiteur sur mon cas. Si vous aviez autorisé l'un des autres inquisiteurs à faire ce travail, je n'aurais pas attendu dix jours pour mon procès, et vous ne perdriez pas votre temps aujourd'hui. »

Harry croisa encore le regard de Croupton, et il y vit une furie à peine contenue. Puis du coin de l'œil, il remarqua un visage familier quelques rangs au-dessus du jury : Rita Skeeter. Elle laissait sa plume automatique parcourir son carnet de note en parchemin quand elle croisa le regard de Harry. Il lui fit un petit sourire et la vit sourire furieusement… mais continuer à garder le contact visuel avec lui. Elle flirtait avec un prisonnier de seize ans en procès pour meurtre ! pensa-t-il, incrédule. D'accord, je peux charmer la presse. Cela ne peut pas faire de mal de les avoir de mon côté…

Mais quand il revint sur Croupton, il perdit le sourire qu'il avait dirigé à Rita. Croupton avait l'air plus déterminé et redoutable que le magyar à pointe auquel il avait dû faire face lors du Tournoi des Trois Sorciers.

« Oui, Mr Potter » acquiesça-t-il solennellement, son chapeau glissant. « J'ai insisté pour m'occuper du cas d'un enfant de seize ans qui a assassiné sa propre mère, une ancienne auror, de sang froid. »

Harry commença à se lever, mais s'aperçut qu'il était trop étroitement lié à la chaise et qu'il ne pouvait pas. « Je n'ai pas… » commença-t-il à dire en colère, puis il s'arrêta, frustré. Il regarda encore les jurés. « J'ai dit que j'étais ici de plein gré pour laver mon nom. Puis-je raconter à la cour exactement ce qui s'est passé ? » Croupton s'inclina légèrement et se retira sur le côté, s'asseyant sur un banc à côté d'un jeune sorcier maigre prenant des notes très vite. « Et puis je me lever pour présenter mon cas ? Afin de montrer le respect dû à la cour ? » Harry observa le visage de Croupton. Les yeux du ministre parcoururent la chambre, jaugeant la réaction de la foule à cela. Harry jeta aussi un rapide coup d'œil alentour. Il lui sembla qu'il avait la sympathie de la plupart de l'assemblée, et d'un geste du doigt de Croupton, les liens lâchèrent les membres de Harry, et il se leva, essayant d'ignorer la façon dont son estomac bondissait. Foutus harengs, pensa-t-il, souhaitant s'en être tenu au thé et aux toasts pour son petit déjeuner.

Mais il leva le menton, parcourant la chambre du regard, parlant à toutes les personnes présentes, essayant de garder sa voix calme comme il plaidait pour sa liberté, et tentait de justifier ce que les lois de la sorcellerie trouvaient injustifiable : lancer un sort qui causait la mort de quelqu'un, que ce soit ou non l'intention du sort.

« Tout a commencé » dit Harry à la chambre, « la nuit où mon père a été tué par Voldemort… » Harry fit une pause quand il entendit les exclamations de la foule à l'utilisation du Nom, mais le ministre prit avantage de cette pause.

Croupton se releva « Allons, Mr Potter ! Nous vous avons déjà dit que vous faisiez perdre le temps à cette cour ! Me dites-vous que vous devez remonter seize en arrière pour expliquer le meurtre de votre mère ? »

Harry le fixa avec un regard sévère. « Nous perdrons bien moins de temps si je ne suis pas interrompu. » Il garda ses yeux sur Croupton, et finalement, ce dernier se rassit. Il avait reculé.

« Comme je disais… mon père a été tué par Voldemort… » encore des exclamations « … quand j'étais bébé, et Voldemort nous aurait tué, ma mère et moi, aussi, mais ce qu'il voulait vraiment était que je me joigne à lui quand je serais assez âgé, et il a épargné ma vie et celle de ma mère quand elle m'a promis que je serais son serviteur un jour. »

Maintenant Croupton riait carrément. « Et pourquoi aurait-il voulu recruter un bébé ? » ricana-t-il. Harry le regarda calmement.

« Parce qu'une voyante lui a dit une prophétie concernant la chute de Voldemort, et il était convaincu que j'étais l'une des personnes de la prophétie qui pourrait être responsable de cela. »

Croupton éclata encore de rire, riant impoliment. « Vous ? Faire chuter Vous-Savez-Qui ? Je n'arrive pas à le croire. Si c'était le cas, pourquoi vous aurait-il laissé en vie ? »

« Ce que vous pensez n'a pas d'importance, » lui dit Harry avec condescendance. « Ce qui est important, c'est que lui le croie. Il croit aussi beaucoup à l'expression 'gardez vos amis, près, et vos ennemis encore plus près'. Il voulait pouvoir me contrôler et garder un œil sur moi. »

Harry leva les yeux vers son beau-père, qui avait l'air pâle et nerveux. Ne t'inquiète pas, papa, voulait-il lui dire. Je ne dirai rien de toi…

« Ce dernier solstice d'hiver, » continua-t-il, « j'ai finalement été initié. Un portauloin a été envoyé à Poudlard, et je l'ai utilisé pour me rendre à la réunion où je devais devenir un Mangemort. » Jusque là, techniquement, il n'avait jamais menti, ni dit que son papa, son meilleur ami, et le père de son meilleur ami étaient des Mangemorts. Le mensonge était à venir.

« Rien d'inhabituel ne s'est passé durant la réunion. Heureusement, Voldemort ne m'a pas demandé de faire quelque chose d'illégal pour prouver ma loyauté. Cela devait venir plus tard. Je me sentais piégé de devoir être initié, et je me sentais rebelle. Je voulais faire quelque chose dont j'étais sûr que Voldemort le haïrait. Je pensais que le bureau des gouverneurs avait fait une erreur terrible en bannissant les élèves nés de moldus de l'école, il y a des années. Alors j'ai concocté le plan de la grève générale, pour forcer le bureau à lever l'interdiction. La grève a marché, et ils ont accepté de recommencer à prendre les élèves nés de moldus. Mais étant donné que j'étais, de ce que Voldemort savait, un Mangemort loyal, je ne pouvais pas publiquement conduire la grève, et j'ai convaincu Ron Weasley de le faire à ma place, étant donné qu'il était préfet et qu'il n'était pas à Serpentard. Malheureusement, après que la grève fut finie, j'ai reçu mes premières instruction sur ce que je devais faire en tant que Mangemort : je devais tuer Ron Weasley parce qu'il avait organisé la grève générale. »

Harry leva les yeux vers Ron, qui ne croisa pas son regard, mais se tourna pour regarder Dumbledore, à côté de lui. « Je n'ai eu aucune intention de le tuer, bien sûr, et je me sentais d'autant plus mal qu'il soit devenu une cible que j'étais celui qui avait pensé à la grève et lui avait demandé d'en être le meneur public. Je n'avais aucune idée de comment contourner le problème cependant, et après une paire de semaines, quelqu'un, probablement quelqu'un de Poudlard, a kidnappé mon petit frère Stuart comme message pour moi. Je devais tuer Ron Weasley, ou quelque chose de terrible arriverait à mon frère. »

« Cela est arrivé le lendemain de ce jour où Poudlard a été frappé par ce terrible blizzard. Ginny Weasley et moi étions tous les deux dehors, marchant autour du lac quand il a frappé, et je l'ai perdue dans la tempête. J'ai réussi à trouver la route des vestiaires de Quidditch et je me suis abrité là-bas, mais elle ne les a jamais atteint, et elle n'a toujours pas été retrouvée. Je suis retourné au château et j'ai parlé à Ron. J'ai dit que les autres sortiraient pour la chercher, y compris moi, mais il devait saisir cette opportunité pour se cacher, et nous pourrions prétendre qu'il était parti dehors la chercher et qu'il s'était aussi perdu. J'ai grandi autour du château, étant donné que mes parents étaient professeurs, et je connais toute sorte de passages et de pièces secrètes. Je connaissais un endroit où il pouvait se cacher et où je pouvais lui amener de la nourriture. De cette façon, Voldemort penserait que Ron était mort, et arrêterait de me dire de le tuer. Mon frère nous fut rendu, mais il a hérité de la porphyrie, et il était déjà très malade. Il est resté dans un désert pendant une quinzaine de jours, ce qui était le pire environnement possible pour quelqu'un souffrant de photophobie, de sensibilité à la lumière, et il était pratiquement mort quand nous l'avons retrouvé. Quelques jours plus tard, il est mort. Peu de temps après les funérailles, Ron est sorti de sa cachette pour me parler, et quelque chose de terrible s'est produit : il a été vu par un Mangemort, qui savait maintenant qu'il n'était pas mort. »

« Vu par un Mangemort ? Où ? » demanda Croupton.

« Dans une salle de classe vide. »

« A Poudlard vous voulez dire ? Un Mangemort à Poudlard ? Je pensais que vous étiez le seul Mangemort de Poudlard. »

Les lèvres de Harry étaient tirées en une ligne. « Il y en a un autre. Un professeur. »

Une exclamation monta de la foule, et Croupton se pencha en avant, ses yeux rétrécis, comme s'il doutait que Harry ose le dire. « Qui ? »

« Le professeur Binns, qui enseigne l'Histoire de la Magie. »

« Comment savez-vous ? » aboya Croupton.

« Je l'ai vu à mon initiation. J'ai pu voir le visage de seulement deux personnes, en plus de Voldemort, » mentit-il, « car la plupart des gens avaient des capuches ou cachaient leur identité de quelque façon. Mais une des deux personnes que j'ai vu était définitivement le professeur Binns. »

Harry attendit qu'il lui demande qui était l'autre personne, mais Croupton grogna « Continuez. »

« Peu après, j'ai reçu cette lettre. » dit Harry en regardant Draco, qui se fraya un passage pour descendre entre quelques spectateurs, portant la lettre de l'habeus corpus. Harry la lui prit et la tendit à Croupton qui la lut à haute voix à la cour. Quand il eut fini, Croupton détourna ses yeux de la lettre.

« Et ? » demanda-t-il à Harry.

« Bien, ma mère était au courant du fait que l'on m'avait demandé de tuer Ron. Je lui avais dit ce qui était arrivé à l'initiation, et que l'on m'avait demandé de tuer Ron. Elle m'avait aidé à le cacher, et je lui ai alors directement porté cette lettre. Elle a suggéré que nous pourrions peut-être métamorphoser un animal mort pour qu'il ressemble à son corps, et que nous le ferions sortir du château pour un endroit sûr. Cela semblait une bonne idée, alors je l'ai approuvée. Elle avait une cape d'invisibilité qu'elle a mis sur Ron afin que personne ne nous voie quitter le château avec lui, et nous devions aller dans cette grotte dans les collines pour rencontrer un de ses amis qui pourrait amener Ron dans un lieu sûr. »

« Qui était cet ami. ? »

« Il n'y avait pas d'ami. Mais j'y reviendrai. Comme nous quittions le château, mon meilleur ami, Draco Malfoy, est venu en courant, voulant savoir ce que nous faisions. Il ne pouvait pas voir Ron, bien sûr. Je ne lui avais rien dit sur le fait que je devais tuer Ron Weasley ou même que j'étais initié comme Mangemort. Ma maman a dit à Draco que nous allions dans les collines à la recherche d'ingrédients pour les potions, et elle l'a invité à nous accompagner. J'étais surpris, étant donné que je ne voulais pas qu'il sache que j'étais sensé tuer Ron, et que Ron était encore en vie. Mais je ne pouvais pas vraiment en parler à ma maman avec Draco juste là, alors nous sommes allés tous les quatre dans les collines. Draco ne pouvant pas voir Ron. »

« Quand nous avons atteint la grotte et sommes rentrés dedans, Draco se demandait quels ingrédients de potions nous pourrions y trouver à part quelques champignons, et quand Ron a enlevé la cape d'invisibilité, il a été complètement choqué. Il a été encore plus choqué, et je l'ai été aussi, quand ma maman les a désarmé tous les deux. Il s'est avéré qu'elle pensait que le fait que Draco vienne était une très bonne chose, parce qu'elle pourrait l'utiliser comme moyen de pression. »

« Moyen de pression ? » demanda Croupton, le front froncé.

« Bien, il s'est avéré qu'elle n'avait contacté aucun de ses amis. Elle avait décidé qu'elle ne voulait pas que mon autre frère ou ma sœur soit tué juste parce que je n'avais pas tué Ron Weasley, et elle m'a dit qu'elle voulait que j'en finisse avec lui, et si je ne voulais pas, elle allait torturer mon meilleur ami, Draco Malfoy. Je… Je crois que maman était encore vraiment sous le choc de Stu. Je veux dire, elle ne pensait pas du tout clairement. Elle essayait juste de protéger ses enfants. Mais je ne suis pas un meurtrier. Je lui ai dit que je n'allais pas tuer Ron… Je lui ai dit que nous trouverions un autre moyen de nous en sortir, et je me suis interposé entre elle et Draco afin qu'il puisse s'enfuir de la grotte et aller chercher de l'aide. Alors ensuite elle a décidé que si elle ne pouvait pas me forcer à tuer Ron en menaçant mon meilleur ami, elle le tuerait elle-même, afin que je n'ai pas à le faire et que ses trois enfants restant soient en sécurité. Mais je ne pouvais pas la laisser faire cela non plus, et quand elle a été à la moitié du Sort Mortel, je l'ai désarmée. »

Il fit une pause, sa voix prise dans sa gorge. Il avait l'impression de parler depuis une éternité. La chambre était assez silencieuse pour entendre une mouche voler. « Je… je devais être terriblement énervé, parce qu'elle a volé en arrière vraiment très vite et frappé la paroi de la grotte très fort. Il y avait une arrête saillante que sa tête a frappé… Je pense que c'est ce qui l'a fait… » Il ne put pas continuer, s'effondrant maintenant. « Je n'ai jamais voulu la blesser, et encore moins la tuer. » dit-il en s'étouffant dans ses larmes. « Elle aurait tué Ron Weasley si je ne l'avais pas désarmée. C'était une mère profondément affectée par la tristesse et protégeant ses enfants. Elle ne pensait pas correctement. Elle n'était pas du tout une meurtrière non plus… ou du moins, je ne voulais pas qu'elle le soit… »

Croupton lui laissa un moment pour se recomposer. Il s'assit, essuyant ses yeux avec les manches de sa robe après avoir enlevé ses lunettes. Quand il eut remis ses lunettes sur lui, il se leva à nouveau, essayant de reprendre son souffle, et vit que le ministre de la magie lui souriait.

« Bien, Mr Potter. C'est certainement une histoire très intéressante et imaginative, mais cela ne coïncide pas beaucoup avec ce que nous savons être les faits de votre cas. »

« Imaginatif ! Mais… »

Croupton tapa dans ses mains et les liens dorés partirent de la chaise du prisonnier et tirèrent Harry vers elle à nouveau, liant une fois de plus ses bras et ses jambes. Harry lutta momentanément avec ses liens, puis remarqua quelques jurés le regardant d'un air désapprobateur, et il s'arrêta.

« Maintenant, nous allons entendre une version légèrement différente de ce qui est arrivé. Nous allons entendre… Ron Weasley ! »