Lunenoire : Jedusor ignore qui est vraiment Harry, et il sait motiver ses troupes (déjà)
RLA : merci beaucoup pour tes encouragements. Pour ce qui est de la gestion des chapitres, je pensais procéder de la sorte au début. Mais je tiens quand même à laisser les réponses aux personnes qui ont eu la gentillesse de me laisser une review.
Philippe Griffondor : déjà vendredi. Enfin le week-end !
Et bonne lecture à tous !
Harry leva les yeux vers l'entrée de la synagogue. Elle était de design mauresque, avec des mosaïques élaborées décorant la façade de devant. Harry entendit de la musique à l'intérieur, et il ouvrit les portes avec précaution. C'était le soir, et les lumières étaient allumées dans l'antichambre dans laquelle il se retrouva, brillant d'une lumière dorée. Un homme d'âge moyen avec des cheveux bruns roux et un yarmulke lui tendit un papier photocopié en dit quelque chose qui incluait le mot Shabbat, quoique cela signifie. Harry le lui marmonna en retour et prit le papier, mais l'homme l'arrêta. « Vous aurez besoin de cela aussi. » dit-il, et lui tendant un petit bout de tissu de soie couleur ivoire. C'était un yarmulke.
« Oh, exact, » dit rapidement Harry. « J'ai… laissé le mien à la maison. » Il sourit timidement à l'homme, qui le regardait suspicieusement à travers la fente de ses yeux maintenant. Harry percha maladroitement le yarmulke sur le dessus de sa tête et s'introduit dans le sanctuaire, s'asseyant dans la rangée du fond. Regardant le papier dans sa main, il vit qu'il avait une date dessus : vendredi 18 avril 1997. Vendredi soir. Oh, réalisa Harry. Ils ont un service le vendredi soir. Il regarda à nouveau le papier. Il y avait de nombreuses choses dessus, mais il remarqua que l'une d'elle était appelée Kaddish, et à côté de lui se trouvait le nom de la personne qu'il cherchait, Ruth Pelta. Le nom Ravel était aussi à côté.
Harry essaya de suivre en marmonnant les gens autour de lui, mais même quand il essayait de lire consciencieusement les mots transcrits sur la feuille qu'on lui avait donnée, il ne pouvait pas parler assez vite. En regardant autour de lui, il réalisa que la plupart des gens ne consultaient en fait pas le guide du service, mais semblaient connaître les mots des réponses variées par cœur. Finalement, un homme avec des cheveux poivre et sel et un visage aimable alla vers le pupitre où une femme s'était levée pour lire, et après avoir mis ses demi-lunes pour lire, qui faisaient penser Harry à Dumbledore, il commença à faire son sermon. Harry regarda à nouveau le papier dans sa main. Le nom du rabbin faisant le sermon était aussi Pelta, Jonathan Pelta. Probablement le père de Ruth, pensa-t-il.
« La semaine prochaine, nous célèbrerons notre Seder » entonna le rabbin. « Nous rajouterons une assiette à notre table. Nous laisserons notre porte ouverte. Mais attendons nous vraiment le visiteur inattendu ? L'accueillerions-nous vraiment s'il venait ? »
Harry n'avait cependant pas la tête à écouter ce que disait le rabbin. Il parcourait l'espace de ses yeux, à la recherche de Ruth. Finalement, il la trouva près du devant, l'air nerveuse.
Finalement, quand le sermon fut fini, Ruth alla se tenir près du devant du sanctuaire. Elle prit une grande inspiration, et puis elle commença à chanter.
Harry n'aurait jamais cru que quelqu'un puisse chanter ainsi. Il avait adoré entendre sa mère chanter, et sa sœur, mais cela…
Il s'assit hypnotisé, tandis que sa voix lançait un sort autour de lui, les notes se précipitant les une près les autres, le sens des mots inconnus n'était pas important. Quand elle eut fini, il rouvrit ses yeux. Le son de sa voix résonnait encore dans l'espace silencieux. Harry n'avait jamais vu des gens autant hypnotisés par un chant, mais il n'était pas vraiment surpris. Elle avait été étonnante.
Harry fit à peine attention au restant de la cérémonie (il se sentait plus qu'un peu désorienté), et après cela, il se sentit emporté par la foule dans une salle à l'autre bout du sanctuaire. Des miches brillantes de pain tressé fourré au raisin étaient disposées et coupées, et du vin était servi. Une bénédiction fut dite, et « Omayn » fut entonné à l'unisson quand elle fut finie. Ce qui avait d'abord ressemblé à une suite du service se transforma ensuite en un tourbillon de rencontres, comme les gens de la congrégation se saluaient les uns les autres avec des accolades, des exclamations et des sourires, en disant quelque chose qui ressemblait maintenant à « Shabbat shalom ! ». Il réalisa que c'était le salut que l'homme lui avait dit à la porte. Quelqu'un lui mit une petite assiette en plastique avec du pain dans une main, et un verre en carton de vin dans l'autre. Il goûta le pain. Il était merveilleusement élastique et frais, et les raisins dorés à l'intérieur étaient délicieusement sucrés. Il but un peu de vin, auquel il trouva un goût bizarre, mais il n'était pas mauvais. C'était tellement étrange de manger et de boire quelque chose qui ne venait pas du sac en papier ou de la thermos de thé. Il reposa son assiette et son verre sur la table, et rechercha Ruth, la trouvant se tenant seule dans un coin, regardant autour d'elle mélancoliquement. Il alla jusqu'à elle et lui sourit.
« Ton chant était extraordinaire. Qu'est-ce que c'était ? »
Au lieu d'être reconnaissante pour son compliment, elle le regarda comme si c'était la personne la plus stupide du monde. « Qu'est-ce que c'était ? Êtes-vous idiot ? C'était l'arrangement de Ravel pour le Kaddisk. » Elle montra le papier plié dans sa main. « Ne savez-vous pas lire ? »
« Oh, hum, désolé. Et, heu, … qu'est-ce que le Kaddish, exactement ? »
Maintenant, il se sentait vraiment comme un abruti. Son expression était encore pire. « Vous êtes sérieux ? Qu'est-ce que le Kaddish ? » Sa voix s'était élevée.
« Chut ! » dit Harry souhaitant ne pas attirer l'attention sur eux. « Je suis désolé. Je suis… je ne suis pas juif en fait. »
Maintenant, elle ricana, et prit une autre gorgée de vin. « Non ! Sans blague ! Je pensais que tu étais le président d'Israël. » Le sarcasme dans sa voix ne lui échappa pas.
« Je suppose, » dit-il, essayant de changer de sujet, « que tu te souviens avoir récemment entendu parler de quelqu'un appelé Harry Potter ? »
Ses yeux s'ouvrirent en grand. « Effectivement, c'est le cas ! Il y a quelques semaines, il s'est échappé de prison. Il a tué sa mère ! Je ne pouvais pas le croire. Je l'avais rencontré aussi. A un concert à Londres, il y a quelques mois… Une longue histoire. Mais c'est si étrange d'entendre quelque chose comme cela d'une personne que l'on a rencontrée… »
Harry se pencha vers elle et dit doucement « Il ne l'a pas fait. »
Ruth releva la tête. Il réalisa soudain qu'elle n'avait pas des yeux marrons, comme il le pensait, mais des yeux noisette qui semblaient changer aléatoirement de couleur d'un moment à l'autre, maintenant verts avec du marron sur l'extérieur et des éclats dorés, maintenant avec des éclats verts et un lustre doré derrière…
Et maintenant, c'était à elle de le regarder avec attention. « J'ai… J'ai le sentiment que nous nous sommes rencontrés… »
Il acquiesça. Puis, déglutissant, sachant qu'il prenait un risque, il lui chuchota « C'est moi. Harry. J'ai besoin de ton aide. »
Ses yeux s'agrandirent quand elle le regarda. Il se sentait un peu mal à l'aise de se faire fixer dans ses yeux avant tant d'intensité, mais il ne cilla pas ni ne détourna son regard. « Tu es… »
« … pourchassé par les mages noirs qui m'ont piégé. » dit-il d'un chuchotement furtif, ayant déjà décidé que c'était la meilleure explication à lui donner. « Ils ont infiltré le ministère de la magie, qui a des relations de choix avec votre premier ministre, alors quand je me suis échappé, ils ont aussi dit aux autorités moldues de me rechercher. Je suis ici incognito. »
Elle eut à nouveau un rictus. « Je ne dirais pas mieux. Tout ce dont tu as besoin est de mettre quelques petites boucles devant tes oreilles, de prendre un châle prière, et les gens ici penseront que tu t'es perdu en cherchant une synagogue orthodoxe… Tu as l'air un peu décalé dans une congrégation réformée. De plus… »
« Quoi ? »
« Bien, je hais le dire, mais… » elle plissa son nez « tu ne sens pas vraiment bon. » chuchota-t-elle.
« Oh, désolé ? J'ai voyagé. J'aurais dû penser à cela. Et les cheveux et la barbe… Je l'ai juste fait pour ne pas trop ressembler à moi-même. Écoute, je suis désolé de t'avoir créé un espoir pour Poudlard, et que maintenant cela n'arrive plus… »
Elle haussa les épaules. « C'est bon. C'est tout comme si je l'avais rêvé maintenant. Je continuerai comme j'ai fait jusqu'à présent. Étudier pour mon GCSE, et aller au lycée l'an prochain comme tout le monde, peut-être passer mon bac… »
« Je suis quand même désolé. Et je ne te demande pas de m'aider en fait. Je ne voyage pas seul. Mon ami est très malade. Il a de la fièvre depuis une semaine. J'ai été malade avant lui, mais pas aussi mal. Je suis vraiment inquiet… »
Elle fronça ses sourcils. « Où est-il ? »
« Dans une tente dans un parc. A Rusholme. »
« Où est-ce ? »
« Je ne suis pas sûr. Je pourrais retrouver ma route jusque là, mais… »
« C'est sur Dickenson ? » Il acquiesça. « Ce doit être le parc de Birchfields. Je suis surprise que vous ayez été autorisés à camper là pendant une semaine. »
Il haussa les épaules et dit doucement « Il y a des sorts repousse-moldus sur la tente. Même si elle est remarquée, les gens font demi-tour, convaincus qu'ils ont des choses plus importantes à faire, et ils partent et l'oublient… »
Elle haussa ses sourcils. « C'est très pratique, non ? »
Harry soupira. « Tu n'as pas idée. »
Soudain, Ruth commença à se frayer un chemin vers la porte de la salle. Elle regarda Harry par-dessus son épaule. « Bien, tu viens ! »
Harry commença à dire « Excusez-moi » aux gens qu'il poussait en sortant, se demandant ce que Ruth avait en tête. Il la suivit en dehors de la synagogue, sur le parking, et elle alla du côté conducteur de ce qui semblait être une Ford âgée de dix ans, déverrouillant la portière d'une manière très professionnelle, et elle grimpa. Harry la vit tendre le bras et déverrouiller la portière passager. Il l'ouvrit et grimpa, quelque peu hésitant.
« Hum » dit-il quand il eut fermé la porte. « Sais-tu ce que tu fais ? » Elle se tourna et lui envoya encore ce regard du style 'de quelle planète tu viens ?'.
« Je pense que je sais. C'est simplement ma voiture. »
« Oh » répondit-il humblement, réalisant que la plupart des moldus qui avaient autour de son âge commençaient à conduire dès que possible, contrairement aux sorciers, qui ne le faisaient pas à moins qu'ils vivent dans des endroits où il y avait très peu de sorciers, et qu'ils veuillent se fondre avec eux.
« Quel âge as-tu ? »
Elle le regarda avec un sourcil levé. « Seize ans. Et toi ? »
« Seize ans… quand est ton anniversaire ? »
« Le quatre mars. Et le tien ? »
« Le trente et un juillet. »
« Bien » dit-elle, comme si cela avait installé un désaccord. « C'est bien. Nous devrions y aller. »
Ruth démarra la voiture, et Harry admira la manière efficace dont elle se retira de l'endroit où elle était garée. « Je dirais à Bubbe que je vais rendre visite à un ami malade. » dit-elle, et Harry attendit dans la voiture pendant qu'elle allait chez elle, sa maison n'étant qu'à quelques pâtés de maison de la synagogue. Il s'appuya contre le dossier et ferma les yeux pendant qu'il attendait. Elle revint rapidement, revenant dans la voiture et recommençant à conduire sans faire de commentaire. Finalement, elle tourna à gauche sur la grande route qu'il avait prise depuis Rusholme. Après quelques détours de plus, il remarqua qu'ils étaient sur Dickenson, et puis il reconnut le parc où lui et Draco restaient. Ruth gara la voiture et suivit Harry dans les arbres où la tente était partiellement cachée. Elle fut étonnée de sa petite taille, puis s'exclama quand elle se releva dedans à côté de Harry, regardant l'intérieur avec l'expression la plus étonnée. Puis elle vit Draco et alla à la couchette, un air soucieux apparaissant sur le visage. Elle posa sa main sur son front, puis regarda dans ses yeux et écouta sa respiration.
« En fait, » dit-elle, appuyant ses hanches sur la table. « Il semble sortir du pire. Mais il a encore beaucoup de chemin à parcourir pour récupérer. Je sais ce qu'il lui faut maintenant. »
« Quoi ? » voulut savoir Harry.
« Du bouillon de poule. »
« Du bouillon de poule ? N'est-ce pas un peu un cliché ? »
« Au contraire. Cela a maintenant été scientifiquement prouvé que c'était aussi bénéfique que toutes les mères juives l'ont toujours su. » Elle lui sourit, et il le lui rendit. Il l'aimait bien et il avait le sentiment qu'ils pourraient être amis. Puis il réalisa qui elle lui rappelait : Hermione. Hermione lui manqua soudain beaucoup. La Hermione qui était son amie, à qui il pouvait tout dire. Il pensait presque qu'il pourrait lui parler de Ginny… Bien, peut-être pas de ce genre de choses…
Ruth repoussa ses cheveux noirs et brillants derrière son oreille, et baissa gentiment les yeux vers Draco. « Je crois que je l'ai rencontré. Au concert. Comment s'appelle-t-il déjà ? »
« Draco Malfoy. »
Elle soupira et passa légèrement sa main sur les cheveux ras. En deux semaines, ils n'étaient guère plus longs que d'un quart de pouce de plus que lorsque Dumbledore les avait coupés. « Qu'a-t-il fait à ses cheveux ? Il avait de beaux cheveux… » dit-elle pensivement. Harry se rebiffa un instant à l'idée de Draco recevant un compliment d'elle alors qu'il divaguait encore à cause de la fièvre, alors qu'elle s'était moquée de lui et lui avait presque dit qu'il ressemblait à un stéréotype du zélote.
« C'est un déguisement » dit-il sèchement. Au ton de sa voix, elle le regarda.
« Tu as de beaux cheveux aussi » dit-elle comme si elle pouvait lire ses pensées. « Tu en as juste beaucoup plus maintenant. » ajouta-t-elle, souriant. Puis il dut sourire aussi, et c'était étrange. A ce moment, il réalisa à qui elle lui faisait vraiment penser : Jamie. Cela lui fit mal au cœur pendant un moment de se souvenir de sa sœur, et puis de se rappeler comment Ginny était morte presque en même temps, de se rappeler quand il l'avait tenue dans ses bras pour la dernière fois…
Ruth le regardait maintenant d'un air soucieux. « Tu vas bien ? » Il releva la tête. Le problème était qu'elle n'était ni Jamie, ni Hermione. Elle n'était pas quelqu'un sur qui il oserait poser sa tête et pleurer toute la douleur et la peine qu'il avait gardé enfermées en lui, spécialement la douleur et la peine les plus enfouies en lui qu'il portait…
Maman… Maman…
« Pourrais-tu me trouver un peu de soupe de poulet pour lui donner ? » demanda-t-il à la place, essayant de reprendre les choses en main.
« Bien sûr. Nous en avons toujours dans le frigo à la maison. Bubbe fait le meilleur bouillon de … »
« Heu, Bubbe ? » il se souvint qu'elle avait dit cela avant. « Cela ressemble à un nom d'elfe de maison. »
« Qu'est-ce qu'un elfe de maison ? Bubbe est ma grand-mère. Bien, techniquement, mon arrière-grand-mère. C'est la mère de ma grand-mère. Je n'ai pas de grands-parents en fait. Les parents de maman sont morts à Dachau tandis que Bubbe réussissait à faire sortir ma mère de Pologne. Et ceux de mon père ont été tués par Mussolini. »
« Oh, heu, désolé ? » dit-il, incertain. Elle se leva brusquement, lissant sa jupe.
« Je ne cherchais pas de compassion. Ce sont juste des faits de la vie pour moi. Je vais aller à la maison et prendre un peu de cette soupe. Tu as de la chance que je ne sois pas orthodoxe, ou sinon je n'aurais même pas pris la voiture pour le shabbat. »
« J'ai de la chance en général. » lui dit-il en souriant.
Elle regarda autour d'elle. « C'est si sombre ici. » La tente était seulement faiblement éclairée par la lueur de la lune, filtrée par la toile. « Vous n'avez pas de torche ou quelque chose comme cela ? »
« Malheureusement, non. Nous pouvons nous servir de nos baguettes comme torche, mais cela attirerait sur nous l'attention du bureau local du ministère de la magie, alors nous n'osons pas. »
« Bien, je peux amener une lampe aussi. Ou des chandelles si tu préfères. Et… »
« Quoi ? »
« Bien, tu pourrais vouloir venir avec moi. Tu pourrais, hum… utiliser ma salle de bain à la maison. »
Harry s'éloigna d'elle, ayant peur que son odeur la dérange. « Oh, exact. »
« Et tant que nous y sommes… peut-être que nous pourrions laver quelques choses pour toi. Porte-t-il quelque chose sous ces couvertures ? »
« Juste son caleçon. »
« Alors prends ses autres affaire afin qu'il ait des choses propres à mettre quand il aura récupéré. Est-ce que vous ne vous êtes pas arrêtés à des laveries ? »
« Non. Nous nous sommes simplement concentré sur notre mouvement de l'avant. »
« Bien, rassemble les affaires que nous avons besoin de laver. On dirait qu'il dort paisiblement maintenant. Un peu plus d'attente ne fera pas de différence. Et demain, ou après demain, il pourra venir et utiliser la salle de bain, s'il se sent un peu mieux. »
Quand ils arrivèrent chez Ruth, elle posa ses doigts sur ses lèvres puis sur une petite amulette sur le cadre de la porte avant de rentrer. Ils réussirent à éviter son arrière grand-mère, qui était allée au lit. Ses parents étaient aussi au lit. Ils avaient laissé un mot à Ruth lui demandant comment allait son ami malade, et lui rappelant de mettre le chat dehors. Ruth sortit un gros chat gris, et montra à Harry où se trouvait la salle de bain du rez-de-chaussée. Elle attendit jusqu'à ce qu'il ait rempli la baignoire et lui ait tendu ses habits pendant qu'il tenait une serviette autour de la taille. Elle prit les habits, le regardant brièvement, et puis disparaissant, son visage très rose.
Harry avait oublié le luxe des bains, de s'enfoncer dans de l'eau chaude et propre. L'eau ne resta cependant pas propre très longtemps. Il était consterné, et plein de gratitude pour la chance de pouvoir se laver. Il avait aussi raccourci ses cheveux et sa barbe à leurs anciens niveaux. Il pouvait faire sans déguisement pendant qu'il attendait ses habits propres. Son esprit était léger et libéré.
Quand il émergea du bain, une autre serviette autour de la taille, Ruth était dans la cuisine, sortant les vêtements humides de la machine. Elle eut l'air surprise par son apparence moins hirsute, mais ne fit aucun commentaire. Puis soudain, Harry se demanda comment ils allaient sécher leurs habits, mais évidemment, Ruth y avait déjà pensé. Elle alluma la cuisinière et commença à les mettre dans le four.
« Que fais-tu ? » cria-t-il lâchant presque la serviette.
« Bien, nous n'avons pas le temps de les faire sécher sur un fil, n'est-ce pas ? Cela ne prendra pas trop de temps. Nous devons juste le surveiller, pour nous assurer qu'ils ne prennent pas feu. »
« Qu'ils ne prennent pas feu ? » dit-il avec un aigu dans la voix. Elle le regarda en riant.
« J'ai des cousins en Amérique qui pensent que nous sommes terriblement arriérés parce que nous n'avons pas de sèche-linge, mais je leur ai dit que je connaissais peu de personnes qui en avait, que presque personne en Angleterre ou dans le reste de l'Europe n'en avait. Ils pensent que nous sommes des sauvages. En fait, maman en veut un, mais nous avons du faire réparer le toit, alors papa a dit que nous devrions attendre. » Elle sourit. Puis ses yeux errèrent encore sur son torse nu, et il baissa les yeux, soudain extrêmement conscient qu'il n'avait qu'une serviette sur lui. Elle se détourna de lui et regarda par la fenêtre ronde de la porte du four.
« Pas encore », murmura-t-elle, son visage de nouveau très rose. Harry s'assit de l'autre côté de la table de la cuisine. Elle ne le regarda plus pendant qu'ils attendaient les habits.
A la longue, elle enleva ses habits et ceux de Draco du four, encore très légèrement humides, mais commençant à fumer un peu aussi. « Voici tes affaires. » dit-elle, croisant à nouveau le regard de Harry, puis baissant les yeux. Son regard se posa sur son bras gauche, et elle remarqua la Marque des Ténèbres. « Oh… Ils ont mentionné cela aux infos… »
Il prit ses habits et les serra contre lui pour qu'elle ne soit plus visible. Les habits étaient chauds, avec une légère odeur de roussi. « Je ferais mieux de retourner dans la salle de bain pour… »
« Oui. Exact. Bien sûr. » Elle déglutit, et il sentit ses yeux sur lui comme il sortait.
Quand il en émergea, il avait à nouveau les cheveux longs et la barbe. Ils allaient s'aventurer dehors pour revenir à la tente, et il ne pouvait pas prendre le risque que quelqu'un remarque qu'il ressemblait à Harry Potter, le meurtrier fugitif. Il porta les habits propres de Draco à la voiture, et elle avait un pot de verre du bouillon de poule de son arrière-grand-mère, ainsi qu'une torche, quelques bougies et des allumettes.
Quand ils furent de retour à la tente, Harry alluma une des chandelles et fit tomber quelques gouttes de cire dans une assiette pour la fixer, tandis qu'elle utilisait le petit réchaud de la tente pour chauffer la soupe. Harry et Draco ne l'avaient pas utilisé du tout grâce à l'approvisionnement du sac. « C'est la tente la plus étrange que j'ai jamais vue » commenta-t-elle avec un sourire. « Un réchaud, des casseroles et des poêles, des plats… »
Harry lui sourit. « Bienvenue dans le monde de la sorcellerie. »
Quand ce fut prêt, elle aida Draco à s'asseoir et lui fit prendre un peu de soupe. Il délirait encore un peu.
« Jamie », il sourit à Ruth, ses yeux dans le vague. « Je savais que je pouvais compter sur toi… »
Elle ne le corrigea pas mais lui adressa un gentil sourire en retour. « Chut. Ne parle pas. Soit un bon garçon et mange ta soupe. » dit-elle doucement, comme une mère s'occupant de son petit enfant. Harry la regardait dans la lueur vacillante de la bougie, fasciné. Il n'avait pas vraiment eu la chance de connaître Ruth très bien dans son autre vie, mais il pensait maintenant qu'il aimerait bien que cela change quand il aurait réussi à corriger les choses…
Il s'effondra soudain sur la table, soudain complètement épuisé, et il posa sa tête sur ses bras. Bientôt, il entendit une voix chanter quelque chose de doux et grave dans un langage qu'il ne reconnaissait pas. Il releva la tête et la regarda pendant qu'elle chantait. Draco semblait oublieux. Quand elle eut fini, il demanda « Qu'était-ce ? »
Elle eut l'air surprise, comme si elle avait oublié qu'il était là. « Oh, juste quelque chose que Bubbe me chantait. Je pense que c'est du yiddish… »
Il pensa à sa mère et à sa sœur chantant Suogan. « Dans notre famille, c'était une berceuse Galloise. Maman la chantait… »
Elle leva les yeux, intéressée. « Tu t'en souviens ? »
Il fronça les sourcils. « Peut-être… » il se souvint de sa mère, assise au chevet de Stuart, et soudain, il trouva les mots sur ses lèvres, comme s'ils court-circuitaient son cerveau et que sa gorge canalisait le souvenir de sa mère…
Huna blentyn yn fy mynwes
Clyd a chynnes ydyw
hon
Breichiau mam sy'n dyn
am danat,
Cariad mam sy dan fy
mron
Ni cha dim amharu'th
gyntun
Ni wna undyn â
thi gam
Huna'n dawel, anwyl
blentyn
Huna'n fwyn ar fron dy
fam.
Huna'n dawel, heno, huna,
Huna'n fwyn, y tlws ei
lun
Pam yr wyt yn awr yn
gwenu,
Gwenu'n dirion yn dy
hun?
Ai angylion fry sy'n
gwenu
Arnat ti yn gwenu'n
llon
Tithau'n gwenu'n ol
dan huno
Huno'n dawel ar fy
mron?
Il n'eut pas conscience que son visage était humide avant d'avoir fini de chanter. Elle s'accroupit à côté de sa chaise, l'inquiétude s'affichant sur son visage. « Comment quelqu'un pourrait penser que tu as tué ta mère ? » demanda-t-elle doucement. Il baissa les yeux vers elle, et il remarqua à la lueur de la chandelle qu'elle avait des tâches de rousseur en travers du nez, comme Jamie…
« C'est le problème, » dit-il d'une voix étranglée. « Je l'ai fait. »
Soudain, elle se leva et s'éloigna de lui, un regard horrifié sur le visage. « Mais tu as dit… »
« Je sais. Mais… c'était un accident. C'était quand même ma faute. » Il baissa les yeux vers ses mains. « Je ne pourrai jamais oublier cela… »
Elle retourna à l'endroit où elle s'était tenue, et le regarda. « Bien sûr que tu ne peux pas. » dit-elle doucement. Il la regarda à nouveau, et le temps sembla s'arrêter. Il ne sut pas combien de temps ils restèrent assis en silence, quand elle se leva soudain, à nouveau très sérieuse, et elle dit « Bien, vous avez un peu de soupe maintenant. J'en amènerai davantage demain. Je dirai à Bubbe que j'ai pris de sa soupe à un ami malade, et que cela lui a fait grand bien. Elle aime savoir ces choses. Cela lui confirme qu'il y a un ordre dans l'univers. »
« Était-elle au service ? »
« Non. Elle y va le samedi matin. Bubbe aime faire le vendredi soir à l'ancienne, à la maison. La mère est sensée allumer les bougies du Shabbat, tu le savais ? Pas le père. » Puis elle dit une prière. « Loué sois-tu, Adonaï, roi de l'univers, qui nous a sanctifié avec tes commandements, et nous a commandé d'allumer les lumières du Shabbat. Bon, c'est une traduction grossière… »
« Qu'est-ce que Adonaï ? »
« Oh. Désolée, je n'ai pas traduit cela. Adonaï signifie 'Seigneur'. »
« Oooh, » dit-il comprenant maintenant. « C'est ce que j'entendais encore et encore pendant tout le service… »
« Oui. Nous disons 'Adonaï' parce qu'on doit faire très attention à l'utilisation du nom de Dieu. Autrement, on risque de l'utiliser en vain. Quelques juifs orthodoxes écrivent même 'G-tiret-D' au lieu d'écrire 'G-O-D' parce qu'ils ne veulent pas prendre le risque d'écrire le nom pour rien. » Harry fronça les sourcils.
« Alors, vous ne dites pas 'Jehova' ou 'Yahve' ? »
« Oh non. On ne s'éparpille pas sur des mots comme ceux-là…Non. C'est habituellement 'Adonaï' tout le temps. Je n'y pense même plus. Je le dis simplement. »
Seigneur. Et éviter de dire le nom. Comme Voldemort. Est-ce que Voldemort avait lui-même encouragé cela ? Se faire appeler le Seigneur des Ténèbres, et donner aux gens l'idée qu'ils ne devaient pas prononcer son nom ? Il voulait vraiment être un Dieu, pensa Harry. Essayer d'être immortel, vouloir que les gens aient peur de dire son nom… Harry sentit la colère monter en lui, mais il essaya de la repousser. Ruth ne comprendrait pas pour Voldemort.
« Alors, le dit-elle en anglais ? » lui demanda-t-il, essayant de revenir à ce dont il parlait.
« Elle ne parle pas anglais. C'est en hébreux. Et c'est plus chanté que parlé… »
« Tu veux dire comme quand tu as chanté le Kaddish ? »
« Oui. »
« Tu ne m'as jamais dit ce que c'était. »
Elle fit une pause un instant. « C'est… c'est la prière pour les morts. » dit-elle doucement. « Nous la disons si souvent… c'est presque une seconde nature chez la plupart des juifs… »
Il acquiesça. « J'ai remarqué cela. Comme… comme… Je ne sais même pas quel est l'équivalent pour les non-juifs… »
« Le mot est 'gentil'. C'est comme le Notre Père chrétien, peut-être. Pour ce qui est de la familiarité. »
« Cela me semble correct. » Pour quelque raison, ils se regardaient simplement l'un l'autre, et cette fois, quand elle détourna son regard, elle semblait être un peu plus rose qu'avant. Il dit soudain « Apprends-moi. »
« Quoi ? » Elle se retourna vers lui.
« Apprends-moi le Kaddish. J'ai… J'ai beaucoup de monde… » Il fit une pause, les larmes obstruant encore sa gorge, même si ses yeux étaient secs. « beaucoup de monde à pleurer… »
Elle acquiesça. « Si tu veux. Bien. Il n'ira nulle part maintenant. » Elle montrait Draco de la tête. « Je reviendrai demain. Je pourrai commencer à t'apprendre alors. Et je pourrai te ramener du bouillon de poule. » Elle alla vers la sortie de la tente. « Bonne nuit » dit-elle doucement.
« Shabbat shalom » dit-il en souriant. Elle sourit aussi.
« Shabbat shalom, Harry Potter. »
