Lunenoire : hé oui, comme dans le tome 2. Qui a dit que c'était un éternel recommencement ?
Philippe Gryffondor : ... ou un retour de balancier. Prends ca dans les dents, vilain.
Dumati : la réponse arrive
Bartimeus : merci
idefix61 : la réponse est à venir...
ET maintenant bonne lecture à toutes et à tous. A noter que le prochain chapitre ne sortira que lundi prochain, à cause du pont.
Harry s'avança en silence sous les arbres jusqu'à ce qu'il voie l'un des côtés du cottage. Il vit deux silhouettes, lui-même et Voldemort. Son autre lui regardait par la haute fenêtre près de la cheminée, et Harry savait qu'il voyait son père dans un fauteuil, les pieds en l'air, faisant des mots-croisées dans la Gazette du Sorcier, et sa mère, allongée sur le canapé de l'autre côté de la cheminée, lisant un livre avec une main protectrice sur son ventre légèrement arrondi.
Jamie, pensa-t-il un instant. C'est Jamie en elle, à ce moment précis.
Il secoua la tête. Il ne pouvait pas penser à cela. S'il ne remettait pas le cours du temps en ordre, Jamie n'existerait quand même pas. Penser au fait qu'il devait laisser Voldemort tuer sa mère et sa sœur n'allait pas l'aider. Il devait s'assurer que les événements se dérouleraient ce soir comme lors de la première fois, quand tous les membres de sa famille avaient été tués… Sa mère, son père et sa sœur. Il avait connu Jamie pendant quinze ans et avait de merveilleux souvenirs d'elle. C'était plus qu'il n'en avait eu en septembre dernier, quand il était venu ici pour la première fois. Ce devrait suffire.
Il se regarda s'éloigner de la fenêtre, et se tourner vers le mage noir, disant quelque chose d'inaudible, là où il était dans les arbres. Il demandait s'il ne pouvait pas les sauver les deux, se souvint-il. Ou plutôt, je demande…
L'autre Harry regarda encore par la fenêtre, puis dit quelque chose d'autre à Voldemort. Voldemort regarda le ciel, puis il vit les lèvres de Voldemort bouger comme il répondait à son autre soi.
Les deux allèrent dans le jardin de devant. Voldemort prit position derrière un grand arbre noir qui le cachait parfaitement de la maison, et l'autre Harry s'accroupit à côté du buisson de roses près de l'arbre. Il devait faire très, très attention. Il pensa à ce que Jedusor avait dit sur le sort d'Obéissance. Quel sort pouvait-il lancer à Voldemort pour l'empêcher d'interférer, et qui ne serait pas repoussé par le sortilège ? L'assommer de marcherait pas. Il avait déjà essayé. Le sortilège n'aimait pas cela. Cela ne ferait pas grand effet s'il se retrouvait pendu en l'air, la tête en bas. Connaissant Voldemort, il pourrait probablement faire avec (Harry se souvint qu'Aberforth leur avait appris à faire cela quand il avait remplacé le professeur Flitwick). Et techniquement, ils ne pouvaient pas se battre en duel. Harry devait s'assurer que quoi qu'il fasse, cela le prenne au dépourvu. Si la magie de leurs deux baguettes venait à se rencontrer, ils vivraient encore l'expérience de cette étrange filet de lumière dorée, ce qui attirerait sans aucun doute l'attention sur eux et ferait sortir ses parents, détruisant tout espoir de reproduire le cours du temps originel.
Il souhaita connaître cet aspect du sort d'Obéissance ! Quoiqu'il choisisse de faire, ce devait être assez inoffensif pour contourner le sortilège, et cependant incapaciter Voldemort… Si seulement il osait utiliser le sort de Tempus Fugit, alors il bougerait bien plus vite que Voldemort et …
Soudain, la solution l'éclaira, et il sourit. C'était sans doute le mieux à faire. Plutôt que de se rendre bien plus rapide que Voldemort, il ferait en sorte que Voldemort aille bien moins vite. C'était suffisamment inoffensif pour que le sort d'Obéissance puisse le laisser passer.
Il avança discrètement entre les arbres et s'approcha silencieusement de la barrière autour du jardin. Le grand sorcier maigre et son autre soi étaient juste à l'intérieur de l'enclos. Harry pointa sa baguette et dit doucement « Impedimenta ! »
Son autre soi se retourna, ses yeux s'ouvrant en grand. Il sortit sa baguette et prononça une incantation qui était trop basse pour être entendue. Harry se souvint d'Hermione disant que des gens qui étaient devenus fous avec les retourneurs de temps, que des gens avaient tué leur futur soi, par confusion et par panique. Il bondit hors de la trajectoire du sort, puis pointa sa baguette vers son autre lui et dit rapidement « Stupefix ! » regardant avec étonnement quand l'autre Harry s'écroula.
Il approcha la barrière avec précaution, hésitant devant le Voldemort statufié dont le visage n'enregistrait aucune réaction. Il semblait encore attendre placidement que son autre soi apparaisse et essaye de tuer le père et la mère de Harry. Il vit que le Harry assommé du premier septembre avait encore sa baguette dans la main droite. Il pointa sa baguette vers lui et dit doucement « Mobilicorpus. » Son propre corps le suivit par-dessus la clôture, puis dans le bosquet, à bonne distance, afin qu'ils ne puissent pas voir le cottage. Harry savait ce qui allait se passer, et il l'avait déjà vu partiellement, une fois dans la pensine de Rogue, et une fois ce dernier premier septembre.
Quand il eut le sentiment qu'ils étaient allés assez loin dans les arbres, il laissa retomber le corps flottant sur le sol. Il avait été vu et avait essayé de s'attaquer. S'il ranimait son autre lui, serait-ce sûr ? Juste pour être certain, il enleva la baguette des doigts raides, retirant sa main aussitôt que possible. C'était quelque chose de vraiment trop bizarre que de toucher ses propres doigts, son propre bras, un soi qui avait voyagé ici depuis un autre temps, et créé la réalité dans laquelle il avait vécu…
Il s'assit dans les feuilles mortes, et fixa son propre visage au repos. Il y avait la cicatrice, la cicatrice qu'il allait recevoir dans un petit moment, une fois que Voldemort aurait tué ses parents et tenterait de le tuer. La cicatrice qu'il avait toujours haïe, qui lui avait donné des cauchemars et d'horribles douleurs. La cicatrice qu'il souhaitait maintenant avoir de toutes les fibres de son être. Il déglutit, et pointa avec précaution sa baguette vers la silhouette allongée, chuchotant le mot.
« Enervatus. »
L'autre Harry cligna des yeux, regardant la canopée noire des arbres. La faible lumière de la lune filtrait maintenant jusqu'à eux, et Harry pouvait voir que son autre lui était terrifié et ne savait pas quoi penser. Il était convaincu de cela parce qu'il savait que c'était comment il se sentirait et, bien, c'était lui après tout.
Le Harry effrayé s'assit lentement, regardant le Harry sans cicatrice, qui vit dans les yeux verts le regardant quelque chose que les autres avaient vu avant, et pas lui. Le regard de Harry Potter réfléchissant à comment gérer la situation dans laquelle il se trouvait, les rouages de son cerveau tournant rapidement, calculant, parcourant une liste d'options. C'était un regard assez terrifiant, selon lui, se demandant secrètement si c'était encore quelque chose d'autre qui l'avait aidé à devenir capitaine du club de duel. D'une manière ou d'une autre, pensa-t-il, on ne voulait pas savoir ce qui allait arriver après qu'une personne ait pensé avec cette intensité à comment elle allait vous blesser ou se montrer plus maligne que vous.
« Ne t'alarme pas, » dit-il rapidement « s'il-te-plaît, écoute simplement ce que j'ai à dire. » l'autre Harry le foudroya du regard. Il n'avait pas l'air de lui faire confiance. « Qui es-tu ? » dit-il simplement. La première réaction de Harry fut de penser que sa voix semblait empruntée et classieuse. Un peu snob. Puis il réalisa que c'était l'accent anglais, plutôt que l'écossais. C'est comme cela que je parle ? pensa-t-il. Andy MacRae avait été le premier à lui faire remarquer son accent écossais, mais depuis, il avait oublié qu'il avait toujours parlé ainsi.
Tenant une baguette dans chaque main, il déglutit. « Je suis toi. Si tu changes le cours du temps je suis toi. En fait, tu as changé le cours du temps. Tu l'as fait une fois, en tous cas, en septembre dernier. J'ai vécu dans un autre monde, une autre réalité depuis lors. Ou plutôt toi. Ou plutôt, j'ai vécu dedans pendant quinze ans et demi. Mais… c'est mal. Et cela a été très dur pour moi de réussir à revenir ici, mais maintenant, j'y suis, et c'est très important que tu laisses les choses se dérouler cette nuit de la même façon que la première fois, quand tes… nos deux parents ont été tués. » bégaya-t-il maladroitement. « Tout doit revenir comme avant. Toutes les choses qui se sont produites dans le nouveau cours du temps… C'est tout mal. Rien de cela n'aurait jamais dû arriver. Je sais que cela semblait… » sa voix fut prise « … cela donnait l'impression que tu sauvais une vie. Que tu sauvais la vie de ta mère et celle de ta sœur, en fait. Mais… Mais tu dois simplement accepter qu'elles sont parties. »
Son autre soi n'avait toujours pas l'air d'avoir confiance. Il montra sa baguette de la tête. « Tu as ma baguette. » dit-il rigidement, avec son accent du Surrey.
« Oui, bien,… tu as essayé de m'attaquer dans le cottage. Je ne pouvais pas prendre de risque. Est-ce que tu vas s'il-te-plaît m'écouter une minute ? Puis je te la rendrai, c'est promis. »
Il leva la main et toucha la cicatrice sur son front, puis regarda le front lisse de la personne face à lui. « Tu n'as pas de cicatrice, » dit-il doucement. « Et tu parles étrangement. »
Il toucha son front lisse. « Quand maman n'a pas été tuée par Voldemort, c'est parce qu'elle m'a promis à lui. Il a lancé un sort d'Obéissance sur moi. Il l'a mit sur Draco Malfoy aussi. Et nous vivions à Pré-au-Lard. J'ai grandi là-bas, alors j'ai l'accent écossais. »
Le Harry effrayé acquiesça, ayant moins l'air de manigancer quelque chose. « Je… Je voulais lui dire non. Je le voulais vraiment. Mais quand il a dit que maman attendait un bébé… »
« Je sais, je sais, » dit-il doucement à son autre soi. « Et Jamie était une sœur merveilleuse… »
« Jamie ? » dit l'autre Harry tristement.
« Maman l'a appelée ainsi à cause de papa. »
« Alors… Alors comment peux-tu simplement laisser maman et elle mourir là ? » demanda-t-il, haussant le ton.
« Chut ! Parce que… » devait-il lui dire ? Il prit une grande inspiration. « Parce qu'elles sont déjà mortes. Et il y a bien plus de mauvaises choses en plus de cela, des choses qui ne concernent pas simplement ma vie. Le monde est… Bien, je ne vais pas te le dire maintenant. Quand le jour viendra, quelque part en mai, que je reviendrai dans ton monde, tu te souviendras de tout alors. Je crois que c'est mieux que tu ne saches pas maintenant. Peut-être que tu vas avoir quelque chose comme une année normale à l'école cette fois… »
L'autre Harry ricana. « Normal. Qu'est ce que c'est ? »
Il sourit en agréant. En réalité, pour Harry Potter, qu'est-ce qu'était une année scolaire normale ? Une année où Voldemort ne vivait pas sous le turban d'un professeur, ou un basilik n'était pas relâché de la Chambre des Secrets ? Une année où il n'y avait pas de détraqueurs tout autour du château ou de tournoi de magie ? Une année où il n'y avait pas de nombreuses chouettes postales délivrant aux élèves des courriers les recrutant pour être des Mangemorts, ou une année où de nombreuses filles étaient placées sous Imperius avec ordre de le poursuivre ? Qu'est qui était 'normal' pour lui ?
Il se regarda remonter les lunettes et se frotter les yeux, luttant contre l'envie de faire la même chose. Se regarder lui-même faire cela était assez inquiétant. Il regarda l'autre Harry remettre les lunettes sur son nez, puis passer ses doigts sur sa cicatrice un instant. « Et maintenant ? » demanda-t-il.
« Maintenant, » dit-il au Harry à la cicatrice, « nous attendons. Sans interférer. Tout doit être comme cela était avant. Nous devons rester en dehors et attendre que tout ce qui est supposé arriver arrive. »
L'autre garçon baissa les yeux, puis les releva. « Je suis désolé. Est-ce que cela a été dur ? »
En réponse, il remonta sa manche gauche, révélant la Marque. Il entendit un sifflement comme l'autre Harry inspirait fortement.
« Quand ? »
« Solstice d'hiver. En même temps que Draco. »
« Tu l'appelles Draco ? »
« Nous sommes tous les deux à Serpentard. Nous sommes amis depuis que nous sommes gosses. »
« Gosses ? » l'autre garçon sourit. Harry grimaça. Le côté écossais remontait plus qu'il ne le voulait. « Meilleurs amis, hein ? bien, je suppose que Mrs Figg n'a pas eu besoin de nous lancer des sorts de mémoire dessus. »
« Non, mais je l'appelle Nounou Bella ici. »
L'autre Harry secoua la tête. « C'est tellement étrange. Et en quelques mois… »
« Plus de huit en réalité. »
« Dans environ huit mois, je vais soudain me souvenir de tout cela ? »
Il acquiesça. « Le premier septembre, je me suis soudain retrouvé dans ma chambre à Pré-au-Lard avec quinze ans de souvenirs. Ils étaient un peu difficiles à atteindre au début, mais finalement, c'est devenu plus facile. Tu devrais demander à Sirius de t'acheter une pensine, juste pour te préparer pour mai. Ce serait plus facile à long terme, de mettre des souvenirs de cette vie dans un endroit séparé. Mais un endroit où tu pourrais encore… les revivre. »
L'autre Harry acquiesça. « D'accord, je ferai cela. »
Ils restèrent tous les deux silencieux pendant un moment, écoutant le vent dans les arbres, et les petits animaux grouillant au-dessus et en-dessous des feuilles. Il vit son autre soi prendre le pendentif du basilik et toucher légèrement, et il se souvint qu'il en avait un aussi, et il fit de même. Le métal était à nouveau chaud ! Il le tint fermement et ferma ses yeux, voyant Mrs Weasley, toujours la même, mais un peu plus jeune, tenant un paquet à la tête rousse se tortillant sur ses cuisses, enveloppé dans une serviette. Le bébé était rose et propre, fraîchement sorti de son bain. Harry n'avait aucun doute qu'il s'agissait de Ginny. Quelle âge avait-elle aujourd'hui ? Il y pensa. Demain, elle aurait sept mois. Il sourit à l'image de la mère et du bébé. Il ouvrit ses yeux et vit que l'autre Harry souriait aussi en tenant le pendentif. Que voyait-il, se demanda-t-il ?
A la longue, l'autre Harry ouvrit ses yeux et dit « Serpentard ? »
Il fut surpris. « Quoi ? »
« Tu as dit que tu … je veux dire nous… je veux dire… » son autre soi soupira, essayant de choisir un pronom approprié à la situation. « Serpentard. Tu as dit Serpentard. Comment est-ce arrivé ? »
Il haussa les épaules. « Ils répartissent le M avant le P. Draco est allé à Serpentard, et il est mon meilleur ami, alors j'ai voulu aller là-bas aussi. Le Choixpeau m'a donné le choix. »
« Encore ? »
« Oui. Et je voulais aussi à Serpentard parce que mon pa… » Il s'arrêta soudain. A quel point serait-ce étrange de découvrir que Rogue était son beau-père ? Ou du moins de le découvrir comme cela ? « Heu » dit-il essayant de reprendre, « Il y avait aussi d'autres raisons. »
« Qu'est-ce que Ron a pensé de cela ? Et Hermione ? Ils sont encore tes… nos… amis, n'est-ce pas ? »
Il grimaça. « Ron ne m'aimait pas beaucoup dans cette vie. Je suis un Serpentard après tout. Il est préfet de Griffondor. Si nous n'allions pas détruire cette réalité, il aurait probablement été préfet en chef l'an prochain. « Et s'il n'allait pas se cacher en France », pensa-t-il. « Et Hermione… »
« Elle n'est pas mon amie non plus ? »
« Oh, on peut dire qu'elle est mon amie… » dit-il pour se défiler, fronçant ses sourcils.
« Est-elle à Serdaigle ? »
« Serdaigle ? Heu non. Écoute, je ne pense pas que je devrais t'en dire plus. Trop de choses se sont passées ces quinze dernières années pour que je puisse tout te dire. Ce sera plus facile quand tu pourras simplement toi-même accéder aux souvenirs. J'ai peur de tout te dire dans le désordre et que ce soit confus… »
Ils se turent encore, et chacun prit instinctivement son amulette du basilik. Soudain, l'autre Harry leva le nez et remarqua qu'il tenait quelque chose aussi, et il demanda. « Qu'as-tu là ? » Harry ouvrit sa main et le lui montra en silence. « Où l'as-tu eu ? »
Il rit. « Si je te le disais, tu ne le croirais pas. J'ai remarqué que tu souriais en la tenant. Tu voyais… quelque chose ? »
Son autre soi eu l'air surpris. « Oui. Habituellement, je me sens juste un peu calmé et réconforté, mais cette fois, j'ai vu quelque chose. Cela n'était jamais arrivé avant. C'était très faible… »
« C'était Mrs Weasley ? Avec un bébé ? »
Harry se regarda être bouche bée. « Oui ! »
Il acquiesça. « J'ai vu la même chose, mais la mienne n'était pas faible. Elle était très claire. » soudain, il eut une impulsion et enleva son amulette, la tendant à l'autre. « Prends-là. Tiens. »
Soi autre soi hésita, puis la prit, en faisant bien attention qu'ils ne se touchaient pas la main. Il regarda le visage du Harry sans cicatrice. « Pourquoi ? »
« Simplement… si tu réussis à la ramener, donne-la à quelqu'un d'autre. »
« Qui ? »
Il hésita. « Je ne peux pas te le dire. Tu dois décider. Mais tu le sauras le moment venu. »
Il prit l'amulette qui reposait sur son sternum et compara les deux. « Elles sont identiques. »
« Non. Ce sont en fait la même amulette. Il y en a seulement une dans chaque monde. C'est pourquoi je ne suis pas sûr que tu pourras ramener celle-là, mais cela vaut le coup d'essayer. »
Son autre soi était encore fasciné en regardant la deuxième amulette. Puis il la mit dans sa poche. « Tu dois encore me donner quelque chose. » dit-il.
« Oh, exact. » Il se tendit la baguette, et elle rejoint aussi la poche. Ils tournèrent leur visage vers le cottage à l'unisson, retenant toujours légèrement leur souffle, attendant, attendant…
Quand cela arriva finalement, ils sursautèrent tous les deux. Ils entendirent James Potter crier le nom de sa femme et celui de son fils aussi. Ils commencèrent à se faufiler discrètement à travers les arbres. « Ne fais rien. » dit-il à son autre soi, qui acquiesça. Ils atteignirent la lisière. Ils pouvaient voir le côté du cottage qui avait la cheminée, et ils pouvaient à peine voir la silhouette de Voldemort, encore sous le sort d'Impedimenta. Ils virent la porte de devant s'ouvrir brusquement, et Lily Potter courir dans le jardin en robe de nuit, portant le bébé qui pleurait sans discontinuer. Il entendit son père hurler comme il était torturé, et il se couvrit instinctivement les oreilles. Il leva les yeux et vit que son autre soi faisait de même.
Sa mère s'était arrêtée en entendant son mari se faire torturer. La lumière verte éclaira la fenêtre du cottage, ils entendirent le bruit de la mort se précipitant…
Harry savait ce qui allait suivre, mais il sursauta quand même lorsque l'explosion envoya le toit dans les airs. Voldemort s'avança à dessein en dehors de la porte d'entrée. Les flammes étaient clairement visibles à travers la fenêtre à côté de la cheminée, et quand Harry sentit quelque chose serrer son poignet, il fut surpris. C'était son autre lui, agrippant intensément son bras comme il fixait les flammes, les larmes coulant sur son visage. Il serra les dents, essayant de ne pas commencer à pleurer aussi, trouvant très dur de détourner le regard de la cicatrice sur cet autre front. Il ne s'était jamais vraiment vu lui-même comme les autres le voyaient. C'était étrange, très étrange.
Sa mère supplia le mage noir. « Pas Harry, pas Harry, s'il-vous-plaît, pas Harry. » Et il la traita d'idiote et lui dit de s'écarter. Elle tomba à genoux. Harry attendit ses mots suivants. Elle devait les dire, ou le cours du temps ne serait pas rétabli. Il regarda, son cœur dans la gorge, attendant, attendant…
« Pas Harry, s'il-vous-plaît, prenez-moi, tuez-moi à sa place… »
Puis Harry eut une pensée soudaine. Et si nous le faisions ? Et si nous le tuions ?
Mais ensuite, il se souvint qu'il ne pouvait pas le faire parce qu'il était sujet au sort d'Obéissance. Seul l'autre Harry pouvait le faire. Mais le pouvait-il vraiment ? D'autres avaient évidemment essayé, sans succès. Seul le pouvoir du propre sort de Voldemort, rebondissant sur lui, avait pu le défaire, et même avec cela, il n'avait pas complètement été tué.
Non, pensa Harry. On ne change plus rien. Tout va revenir comme c'était. Il regarda son autre soi et essaya de ne pas vaciller comme la prise sur son poignet se resserrait de plus en plus.
Il leva les yeux juste à temps pour le voir arriver. Le flash vert et le son de la mort remplirent ses yeux et ses oreilles. Il chancela et ferma ses yeux, seulement un instant, pensa-t-il, mais il les rouvrit, elle était morte, allongée aux pieds de l'homme fou, avec sa chemise de nuit blanche, comme si un mannequin était tombé dans une boutique. Il n'y avait pas plus de vie en elle que cela.
Le bébé s'assit à côté de sa mère, semblant assommé. Bébé Harry baissa les yeux vers la femme étendue, puis les leva vers la haute silhouette devant lui. Harry s'attendait à ce qu'il pleure, mais il ne le fit pas. Il regarda calmement le meurtrier de ses parents, comme s'il savait qu'il était en sécurité maintenant que sa mère avait sacrifié sa vie pour lui.
Il se força à garder les yeux ouverts, afin de pouvoir le voir, vraiment le voir. Les mots terribles furent prononcés, et le flash vert hurlant s'élança une fois de plus de la baguette noire, pointée droit sur la tête du bébé. Puis le bébé fut saisi par un soubresaut inhumain, et il émana de lui une lumière si brillante qu'elle en était presque aveuglante. Les deux Harry protégèrent leurs yeux de la lumière venant de leur soi bébé. Le corps du bébé semblait absorber le sort et l'assimiler, puis, utilisant le cœur de son pouvoir, il l'altéra et le renvoya le long d'un arc de lumière verte connectant la baguette du sorcier à l'enfant.
Ils purent voir le bras de Voldemort trembler de manière incontrôlée comme le sort remontait dans sa baguette puis son bras… Ce fut là qu'il éructa cet hurlement d'un autre monde que Harry et Hermione avaient entendus dans la pensine de Rogue, et quand les deux Harry l'entendirent, ils plaquèrent instinctivement leurs mains sur leurs oreilles, les couvrant en vain, comme le son continuait encore et encore, un cri de mort plus terrible que n'importe quel autre, parce qu'il venait de quelqu'un qui avait pensé qu'il pourrait ne jamais mourir. Son corps tout entier semblait vibrer si vite qu'il devait sûrement se désintégrer à un niveau atomique. Et puis… ce dut être proche de ce qui arriva. Son grand corps maigre semblait perdre sa masse corporelle, et sa baguette tomba au sol. Harry pouvait maintenant voir à travers lui, et tandis qu'il semblait d'abord être un fantôme gris de la même taille et de la forme du terrible sorcier qui venait de tuer ses parents, il diminua très vite à un nuage de fumée de la taille d'un chat qui s'envola dans les airs. Puis il passa au-dessus des arbres où ils étaient cachés, gémissant encore de cet horrible cri, pire que celui d'une banshee, mais diminuant finalement avec la distance jusqu'à ce qu'il ne soit plus dans leurs têtes, et qu'ils osent se découvrir les oreilles.
Tout était calme.
Le petit Harry avait maintenant la cicatrice. Il en coulait un filet de sang le long de son nez. Il se tenait là, hésitant, regardant sa mère et puis dans la direction de la porte d'entrée du cottage. Soudain, une silhouette apparut sur la route sans avertir, et il sursauta, surpris, puis il commença à pleurer piteusement du choc, comme il ne l'avait pas fait lorsque sa maman avait été tuée, et qu'il avait été attaqué par Voldemort.
Un petit homme jeune venait de transplaner sur la route à environ trente pieds de la porte du jardin, puis il commença à courir frénétiquement vers le cottage. Harry avait pensé, quand il était ici le premier septembre, qu'il avait entendu les pas de Rogue, courant, mais maintenant, il savait que c'était ceux de cet homme. Quand lui et Hermione avaient été dans la pensine, ils avaient atteint le cottage à peu près en même temps que Rogue, mais ils étaient tous apparemment arrivés après cet homme, qu'aucun d'eux n'avait vu. Il ne remarqua la grande silhouette immobile dans les ombres près de l'arbre à côté de la clôture. La silhouette se fondait avec l'arbre très efficacement tellement elle était grande, maigre et immobile.
L'homme était très maladroit, butant sur le chemin du jardin, et venant se tenir près de l'enfant. Malgré ses cheveux qui se raréfiaient, il ne devait pas avoir plus de vingt-et-un ou vingt-deux ans. Il regarda autour de lui avec surprise, le corps de Lily Potter, l'enfant pleurant avec la cicatrice ensanglantée. Puis il s'accroupit, ramassant quelque chose que Harry reconnut très bien.
La baguette.
Peter Pettigrew mit la baguette de son maître dans sa poche et disparu. Et cependant pas. Harry vit un rat de taille moyenne émerger entre les planches de la clôture. Il alla vers l'arrière du cottage, et puis traversa facilement le champ éclairé par la lune, derrière la maison des Potter, en direction d'un bosquet sur l'autre versant, disparaissant dans l'obscurité des arbres.
Puis Harry entendit un second bruit de course, et vit Severus Rogue descendant de la colline où il venait de subir le Cruciatus par la main de Barty Croupton Jr. Le grand homme maigre passa la porte du jardin et tomba à genoux à côté de sa Lily bien-aimée, la prenant dans ses bras. Harry avait du mal à ne pas pleurer. Il n'y avait pas d'alternative. Dans ses deux vies, Severus Rogue était condamné à tenir le corps sans vie de sa Lily, encore chaud, la pleurant et se lamentant qu'ils ne vieilliraient jamais ensemble…
Puis Harry leva les yeux, étonné. Le Voldemort qui était sous Impediment était parti. Allait-il faire quelque chose ? Est-ce que le sort le ralentissant avait cessé ? Harry savait qu'il n'était pas permanent. « Lui et Ron n'avaient pas vraiment eu besoin d'enlever le sort de sur Goyle et Crabbe, une fois dans le hall d'entrée). Puis il se tourna pour commenter cela avec le Harry qui se tenait à côté de lui, et il découvrit qu'il était aussi parti. Il regarda autour de lui avec frénésie, comme s'il n'avait pas assez regardé son autre soi. Que se passait-il ? se demanda-t-il. Il regarda encore vers le cottage. Rogue et le bébé étaient comme dans son souvenir. Puis soudain, il se sentit comme s'il s'était trouvé sur un tapis et qu'on l'avait tiré en dessous de lui assez violemment, et il se sentit tomber, tomber, tomber…
