Harry Potter et le temps des bonnes intentions

(ou : La dernière tentation de Harry Potter)

idefix1909 : le grand-père de Harry ? Je ne crois pas en avoir jamais vu une référence.
Marie-Jo : effectivement, il risquerait de faire une drôle de tête le pauvre.
ToF : bon révise bien ton oral alors. Mais c'est vrai que j'ai été conquis par ce Rogue au visage tellement plus humain que dans la plupart des fics.
onarluca : pas de précipitation, on se calme.
marine : rectificatif : il reste trois chapitres à Harry pour tout résoudre.
Lunenoire : il risquerait de ne pas comprendre.
Bartimeus : A toi aussi bonne chance pour ton oral
luffynette : C'est clair qu'au début de sa première année, il n'aurait jamais fait cela !
Et maintenant, bonne lecture à toutes et à tous pour ce chapitre 19, qui contient selon un moi un des meilleurs morceaux des quatre livres. (il va quand même falloir attendre le 19-6 pour le lire, mais je sais qu'il m'avait pris aux tripes la première fois.)

Chapitre dix-neuf

Le cri de guerre

Harry fixait le plafond de l'infirmerie. Son esprit filait comme une fusée, allant de ci et de là, sortant plus d'idées et de souvenirs qu'il ne pouvait en traiter. Il prit une grande inspiration et essaya de se concentrer sur un souvenir. Là, il l'avait. Il revenait au début du premier trimestre…

Ils étaient dans la serre N° 6, pour les élèves les plus âgés. Seuls les sixième et septième année allaient dans celle-là. Les plantes étaient plus dangereuses que celles des autres serres, et dans certains cas, plus probablement utilisées dans des potions dangereuses ou des préparations dont la connaissance était réduite aux seuls élèves les plus âgés, ou même parfois, aux seuls professeurs.

Les sixième année de Griffondor et de Pouffsouffle avaient pour mission d'élaguer une plante qui éclosait la nuit, appelée fleur d'estragon géante (Erechtheus dracunculoides giganthes), qui dormait gentiment, et avait toutes ses fleurs en forme de bouches piquantes et blanches fermées comme c'était en plein milieu de l'après midi. Harry était très mal à l'aise avec la possibilité que la plante de huit pieds de haut dont il s'occupait avec Ron soit consciente, et il espérait que l'élagage ne la tirerait pas de son sommeil. C'est juste comme se faire couper les cheveux, pensait-il lui dire, au cas où elle deviendrait consciente de ce qu'ils faisaient. (Est-ce que cette chose pourrait comprendre l'anglais ? se demanda-t-il.) Sauf que cela ressemblait plus à une amputation multiple.

Comme ils élaguaient les nouvelles pousses, ils devaient utiliser leurs baguettes pour rapidement cautériser les cicatrices à la fois sur la plante et sur la partie qu'ils enlevaient, comme le professeur Chourave mettait les morceaux élagués dans une caisse à destination de Madame Pomfresh après la classe. Le bout des morceaux élagués devait être cautérisé pour éviter que la sève ne coule au dehors, car elle était similaire au plus corrosif des acides gastriques, et extrêmement utile pour de nombreuses potions médicales. Elle était aussi utilisée pour graver des runes dans l'obsidienne (pour fabriquer des amulettes protectrices), et pour ingrédient dans la potions de Tue-loup, comme de nombreuses autres plantes nocturnes. Ron portait des gants en peau de dragon qui résistaient à l'acide, s'il venait à s'en mettre dessus.

Harry regardait les grandes fleurs fermées nerveusement comme il travaillait. Il était très content de ne pas avoir besoin d'être présent à minuit, qui était l'heure à laquelle elles s'ouvraient. Le professeur Chourave avait dit que l'on pouvait régler sa montre dessus. Quelques septième année devaient venir tard le soir pour nourrir les plantes, quand elles s'ouvraient. Elles crachaient leur acide aux créatures (du gibier fraîchement abattu par Hagrid) qu'on leur apportait pour manger, et leur 'repas' commençaient à se désagréger avant même d'arriver dans les mâchoires aux dents épineuses. Elles étaient sensées être particulièrement agressives pendant la pleine lune, où les septième année laissait la nourriture vers onze heures et s'enfuyaient rapidement au château avant que les fleurs ne s'ouvrent prématurément. Les Scrouts à pétard commençaient à manquer à Harry, et il se demandait s'il ne pouvait pas laisser tomber l'herbologie et prendre quelque chose de sympa et sûr, comme les anciennes runes. (Hélas, il savait qu'il ne pouvait pas le faire car ce n'était pas une matière au choix.)

A côté de lui, Ron tenait un couteau de la taille d'une machette parée tandis que Harry tenait sa baguette prête à lancer la cautérisation. Comme personne ne voulait utiliser sa main non-dominante pour tenir soit le couteau, soit la baguette, c'était un travail à deux. Les baguettes ne marchaient pas très bien dans la main gauche lorsque l'on était droitier, et Harry frissonna à la pensée d'une serre pleine de gens utilisant des lames de la taille d'une machette avec leur mauvaise main.

SLACK ! fit la lame de Ron. Harry pointait déjà sa baguette et il cria « Kauterion ! ». Il déplaça rapidement la baguette vers la base de la partie amputée de la plante, l'arc de lumière jaillissant, comme il s'assurait que la coupure était complètement fermée. En un instant, c'était comme si un fer rouge les avait touché. Harry mit fin au sort et la plante tressaillit. Son estomac se contracta nerveusement, prêt à se mettre hors de portée si elle venait à se réveiller…

Il remarqua que Ron le regardait avec un sourire en coin. « Effrayé ? ». Harry voulait lui lancer un maléfice.

« Pas toi ? »

Ron haussa les épaules. « C'est juste une fleur. Une fleur vraiment grosse, mais une fleur. »

« Je ne connais pas beaucoup de fleurs qui peuvent me manger au petit déjeuner. Essaye simplement de ne pas la réveiller, d'accord ? »

Ron rit, puis laissa tomber la branche cautérisée dans un panier, le couteau pendant négligemment sur son côté. « Tu as peur. »

« Oui, bien, c'est bien connu que les gens stupides n'ont pas le bon sens d'avoir peur des choses dangereuses… » rétorqua-t-il, commençant à être en colère, et essayant de se retenir. Mais Ron rit.

« Si c'est le genre de choses que tu disais souvent à Dudley, pas étonnant qu'il t'ait battu constamment quand vous étiez enfants… »

C'était la goutte d'eau. Harry se moquait que Ron tienne quelque chose qui pouvait couper un hippogriffe en deux. Il pointa sa baguette vers lui, tremblant. « Tu ne parles plus jamais de lui, jamais. Tu m'as compris ? »

Ron eut l'air surpris, puis grimaça. « Exact. Désolé. » dit-il doucement, ayant l'air authentiquement contrit. Harry recula, abaissant sa baguette. Il était surpris que Ron s'excuse si rapidement. Il avait fait une remarque sans tact sur Dudley… quelque chose qu'il avait fait de nombreuses fois avant juin dernier, en toute impunité… sans penser à quel point Harry se sentait coupable de sa mort. Cela remontait à moins de trois mois. Ils avaient tous deux porté le cercueil sur leur épaule jusqu'au cimetière. Ron était alors mon ami, pensa Harry. L'est-il encore ?

Ils continuèrent à travailler, une détente non formulée entre eux. A la longue, Harry remarqua que Ron regardait où Hermione travaillait avec Neville, maniant sa baguette expertement tandis que Neville, à sa propre façon d'expert, coupait proprement les pousses de leur plante. Ron ne la contemplait pas. A la place, il semblait vérifier qu'elle ne s'occupait pas d'eux. Il dit doucement à Harry. « J'ai une idée pour le cadeau d'anniversaire d'Hermione. Quelque chose que nous pourrions lui faire ensemble. »

Harry leva les yeux, surpris. Ensemble ? C'était jeudi et l'anniversaire d'Hermione était lundi. Il n'avait pensé à rien du tout, et s'il n'acceptait pas de s'en occuper avec Ron, il aurait probablement les mains vides le lundi. A contrecœur, il demanda à voix basse. « Qu'est-ce que c'est ? »

Ron lui dit ce qu'il voulait faire. Harry sut immédiatement que c'était parfait, mais en lui, il rageait de ne pas y avoir pensé lui-même. Il déglutit. « Pourquoi ne pourrais-tu pas le faire toi-même ? Pourquoi m'inclure ? Je veux dire… Je le ferai, mais je me demandais simplement… pourquoi ? »

Ron traîna un petit peu des pieds. « Coquecigrue est désespérant pour quoique ce soit de gros. Et tu sais comment sont les chouettes de l'école. Certaines sont presque aussi mauvaises. J'en connais une qui pourrait en porter une partie, un hibou grand-duc qui aime se tenir tout en haut de la volière. Mais nous aurons besoin d'utiliser Hedwige aussi. Entre eux deux, ils devraient être capables de l'apporter ici sans problème. Je ne veux pas demander à quelqu'un qui n'est pas habitué aux chouettes de s'occuper de plus de deux oiseaux. Il sera déjà assez difficile d'amarrer le paquet à Hedwige et à l'autre chouette.

Harry considéra cela. C'était vrai. Il regarda encore suspicieusement Ron.

« Qu'est-ce qui t'a fait penser à cela ? »

Il haussa les épaules. « Oh… simplement quelque chose que Hermione a dit chez moi… » il s'arrêta, rougissant, et Harry pensa qu'il devait se souvenir de leur dispute. Il savait que c'était cela. Ils se remirent à travailler.

Après le cours, Ron lui dit précipitamment « Bien. Je vais écrire les deux lettres et les envoyer, une avec Hedwige et l'autre avec l'autre chouette. Je vais leur dire de… de l'envoyer à Hagrid ! De cette façon, cela arrivera à sa cabane, et Hermione ne le verra pas. Cela aurait l'air sacrément suspect si cela arrivait pour l'un d'entre nous dans la grande salle durant le petit déjeuner. Elle comprendrait à coup sûr.. »

Harry ne répondit pas, comme Ron descendait à la cabane de Hagrid avec excitation. Il le regarda s'éloigner, souhaitant pouvoir enterrer sa fierté et retrouver leur amitié. Cela n'aidait pas que ce soit Ron qui ait trouvé le cadeau idéal pour la petite amie de Harry. Il déglutit puis se retourna vers le château, épaulant son sac. Les autres sixième année de Griffondor et Pouffsouffle sortaient maintenant de la serre, et Hermione le rattrapa.

« Te voilà ! » dit-elle en lui faisant un grand sourire et en lui faisant un rapide baiser sur la joue. Harry essaya de lui sourire, mais il eut le sentiment que cela n'avait pas très bien marché quand elle dit « Tu vas bien ? On dirait que tu vas être malade. »

Il secoua la tête. « Non, je vais bien. »

« Où va Ron ? »

« Hum… Il doit demander quelque chose à Hagrid. Il va vite nous rejoindre. »

Elle acquiesça, liant son bras à celui de Harry et posant sa tête sur son épaule comme ils marchaient. Elle semblait oublieuse du fossé entre lui et Ron. « Que veux-tu faire maintenant ? Nous avons une paire d'heures de libre avant de manger. » Elle lui adressa un sourire coquin qu'il ne lui rendit pas. Il était de mauvaise humeur et voulait s'y vautrer dedans. Il n'appréciait pas ses efforts pour le réconforter.

« J'ai besoin de lire pour la classe de Lupin. » dit-il laconiquement, accélérant, la forçant à marcher plus vite et à quitter son épaule.

« Oh » dit-elle simplement, l'air un peu déçue.

« Mais… mais je dois aller lui parler d'abord. Je te retrouve dans la grande salle. »

« D'accord. » dit-elle, clairement désappointée. Ils avaient atteint le hall d'entrée. Elle l'embrassa encore sur la joue et monta vers la tour Griffondor, tandis qu'il prenait l'escalier menant au bureau de Lupin. Mais au moment où il allait frapper, il sut qu'il ne voulait pas parler à son professeur. Il commençait à se lasser de sa mauvaise humeur. L'envie de s'y complaire avait passé. Maintenant, il voulait se sentir léger et libre, comme il ne l'avait pas été depuis des lustres.

Léger.

Libre.

C'était cela ! Il monta en courant les nombreux escaliers menant à la tour d'Astronomie, qui serait désertée à cette heure. Il souleva la trappe et s'avança au dehors, sur les dalles de pierre qui recouvraient la plate-forme d'observation, regardant vers l'ouest, où le soleil baissait dans le ciel teinté de rose, et vers l'est, vers là où il irait, vers un ciel qui était déjà d'un bleu profond qui virait au saphir. Il leva les yeux. L'Étoile du Berger, Venus, brillait déjà dans le ciel sans nuage.

Il sourit et soupira. C'était un temps parfait pour voler. Il ferma ses yeux et laissa le changement s'accomplir en lui, sentant le déchirement familier de ses os changeant de forme, la douleur qui était devenue tellement familière qu'elle était diffuse pour lui maintenant. Cela faisait juste partie du processus. Il regarda le paysage, se préparant à étendre ses ailes…

« Aaah ! » il se tourna, puis reprit immédiatement sa forme humaine, s'effondrant sur son estomac. Il leva les yeux, déglutissant.

« Ginny ! Qu'est-ce que tu fais là ? »

Elle se tenait près de la trappe relevée, sa bouche ouverte. « Je… J'ai… J'ai laissé mes notes ici la nuit dernière… » bégaya-t-elle, allant vers le parapet ouest pour prendre une chemise de cuir usée qui portait les initiales gravées V.A.W. et le sceau de Griffondor. Elle ouvrit le devant, retira un parchemin, puis fit un signe de la tête et le remit dans sa chemise. Il l'avait vu avec ses notes de nombreuses fois, mais il n'avait pas remarqué la chemise en cuir quand il était arrivé sur la plate-forme d'observation.

Ils se regardèrent timidement. « Bien, » dit finalement Harry. « je… J'allais faire un petit vol au-dessus de la forêt avant le dîner. J'ai besoin de prendre l'air. J'ai été coincé dans les serres tout l'après-midi. » Coincé avec ton crétin de frère, se retint-il de dire.

Elle acquiesça. « C'est juste que… Je ne t'avais jamais vu… vu faire cela avant. Je veux dire… J'en avais entendu parler. Tu nous l'as dit. Mais si Draco, Hermione et Ron t'ont vu… »

« Exact. » dit-il, acquiesçant. « Tu ne m'as pas vu. » Il traîna timidement ses pieds au sol. « Bien » dit-il, brisant le silence. « Allons-y. »

Elle acquiesça, et il effectua à nouveau la transformation. Il la regardait de légèrement plus haut que sa taille, ses yeux au niveau de ses côtes les plus basses, et elle avança vers lui en hésitant. Quand il sentit ses doigts peigner sa crinière, et entendit son soupir de satisfaction à sa douceur, il ne put empêcher le ronronnement sourd qui résonnait toujours en lui de devenir plus fort. Comme elle continuait à passer sa main, il pensa qu'il allait peut-être perdre sa forme d'animagus par pur bonheur. Elle frotta sa paume chaude le long de son dos musclé et tressaillant, ses doigts traînant sur ses flancs. Elle semblait avoir oublié que c'était lui, Harry Potter, et non un vrai griffon d'or qu'elle caressait.

Sa peau tressaillait à son contact, et il s'éloigna d'elle légèrement, essayant de maintenir son calme, avant d'étendre ses ailes. A leur vue, elle s'exclama. Elles absorbaient et transformaient les rayons du soleil, bas dans le ciel, produisant des couleurs irisées sur leurs surfaces translucides.

« Oh, Harry. » dit-elle dans un souffle, admirative. Il monta sur le parapet et bondit dans le ciel, bougeant lentement ses ailes comme il prenait de la hauteur, se retrouvant bientôt au-dessus de la forêt. Il se sentit exulter dans sa poitrine, il avait la sensation qu'il pouvait toucher le ciel, comme il se penchait et virait, comme il saisissait les courants ascendants. Il n'y avait rien comme cela au monde, pas même voler sur un balai, et comme il volait, il sentait ses soucis s'envoler, et maintenant rien ne comptait sinon la beauté du soleil couchant et les lumières qui commençaient à briller aux fenêtres du château, et la voix ravie de Ginny Weasley, le regardant revenir vers la tour où elle l'attendait encore, son visage rayonnant.

Il atterrit avec légèreté et replia ses ailes contre son flanc, levant les yeux vers elle. L'émerveillement dans ses yeux la rendait plus belle qu'il ne l'avait jamais vue, d'une manière ou d'une autre. Le soleil couchant enflammait ses cheveux, et ses yeux sombres semblaient brûler dans les siens. Elle s'avança vers lui, souriant timidement, caressant encore sa fourrure comme si elle récompensait un animal de compagnie pour un tour, mais il s'en moquait. Il ferma ses yeux, savourant son contact, sachant qu'au moment où il reprendrait sa forme humaine, elle s'éloignerait de lui. Aussi longtemps qu'il restait un griffon, il pouvait avoir cette proximité, et elle ne trouverait pas cela étrange ou malvenu…

Oh mon Dieu, pensa-t-il, comme elle continuait à le caresser comme s'il était un chat. Je ne peux pas en supporter davantage…

Il attendit que sa main revienne sur sa crinière, un endroit assez neutre, avant de reprendre forme humaine. Il avait eu sa tête dans ses cuisses comme elle était agenouillée sur la plate-forme, et maintenant, il était accroupi à côté d'elle, sa tête humaine dans ses cuisses, tandis qu'elle continuait à passer ses doigts dans ses cheveux. Il pouvait sentir la chaleur de ses cuisses sous sa joue, à travers ses habits, et à chaque fois que ses doigts passaient dans ses cheveux, son torse se gonflait par à coups. Est-ce qu'elle réalisait ce qu'elle faisait ? Il avait l'impression d'avoir la chair de poule partout sur sa tête, comme si du courant électrique émanait du bout de ses doigts. Il se retourna, levant les yeux vers elle, passant ses mains autour de ses poignets pour l'empêcher de remettre ses doigts dans ses cheveux une fois encore. C'était trop. Il avait l'impression qu'il allait devenir fou si elle continuait. Elle baissa les yeux vers lui sans aucune surprise, comme si elle imaginait qu'elle était encore face à un griffon. Quand il relâcha lentement ses poignets et s'assit, elle tendit sa main et lui enleva les lunettes du visage. Il retint son souffle, se demandant pourquoi elle avait fait cela.

Mais elle dit simplement « Tu es aussi terrible que Percy et papa. Que vous puissiez voir quoique ce soit quand ces choses sont aussi sales me dépasse. » Elle sortit sa baguette et les toucha brièvement, prononçant un sort de nettoyage simple, et elle lui rendit ses lunettes. Il était accroupi maintenant, ses genoux repliés sous lui. Il replaça ses lunettes sur son visage, la remerciant. L'étrange moment qui avait semblé suspendu dans le temps, quand elle passait ses doigts dans ses cheveux humains, était passé. Aucun d'eux ne le commenta. Au lieu de cela, il s'assirent l'un à côté de l'autre, ne se touchant pas, regardant le bleu profond se répandre depuis l'horizon est, au-dessus d'eux, et finalement vers le ciel ouest, comme une couverture que l'on tirerait doucement au-dessus du monde.

« Pourquoi Ron est toi êtes fâchés ? » demanda-t-elle soudain, regardant encore le ciel. Il se tourna pour voir son profil. Il ne s'était pas attendu à cela. Évidemment, contrairement à Hermione, elle n'oubliait pas la différence dans son amitié avec Ron. Ses yeux revinrent vers le ciel. D'une manière ou d'une autre, il n'avait pas envie d'énoncer quelque mensonge élaboré. Il allait lui dire exactement ce qu'il en était. Ce serait un soulagement de parler à quelqu'un qui serait objectif quant à cela.

« Il m'a dit que je devrais rompre avec Hermione. » dit-il simplement. Cela la surpris.

« Quoi ? Il a dit cela ? »

« Oui. Parce qu'il dit que nous ne sommes pas amoureux l'un de l'autre. »

« Il a dit cela ? » Elle semblait encore plus en colère que Harry ne l'était. Elle croisa ses bras, fronçant les sourcils « Oh, comme s'il savait. Je suis désolée, Harry. Je n'en avais aucune idée. »

« Non… il a fait encore mieux. » Il lui paraphrasa les raisons que Ron avaient invoquées pour expliquer pourquoi Hermione était allée avec Harry. Elle en resta bouche bée, incrédule.

« Il a dit cela ? » dit-elle encore. « Il a vraiment dit cela ? »

« Oui. »

Elle secoua la tête, regardant le ciel. « Bien, pas étonnant que tu sois en colère après lui. Je ne peux pas te blâmer. »

Il se pinça les lèvres. « Bien, oui, je pense que c'est assez justifié. Pour quelqu'un dont je suis certain qu'il est amoureux avec Hermione, il avait quelques choses peu flatteuses à dire à son sujet. »

Elle le regarda, alarmée. « Oh. Alors tu connais ses sentiments pour elle ? »

Il grimaça. « Bien, je n'ai pas exactement vécu dans une grotte ces trois dernières années, Ginny. » dit-il, se sentant légèrement insulté.

« Je suis désolée, Harry, bien sûr que non. Je voulais simplement dire… Bien… Est-ce que tu penses qu'il était comme cela quand toi et Hermione… Je veux dire… quand vous avez commencé à vous voir ? »

Harry soupira et détourna son regard. « Oui. Et Hermione a dit… » Il fit une pause. Qu'avait-elle dit ? Ron est un crétin immature. Ne me comprends pas mal. Je l'aime comme un frère… Je ne peux simplement pas croire la façon dont il s'est comporté pour le bal de Noël, même maintenant. La façon dont il m'a finalement demandé… Si on peut appeler cela demander. Hermione, tu es une fille… Comme c'était élégant de remarquer… Je ne pense pas qu'il aura de petite amie avant longtemps… C'est encore un tel gros bébé, et il ne vas pas exprimer ses sentiments…

« Hermione pensait qu'il ne serait probablement pas prêt d'avoir une petite amie avant longtemps, parce qu'il n'était pas capable d'exprimer ses sentiments… Je… Je lui ai dit qu'elle n'attendrait pas à jamais… »

Ginny haussa les épaules. « Bien, il semble avoir surmonté cela. Il a été avec Parvati. »

Exact, pensa Harry, Parvati. Choisie spécifiquement parce que ce n'était pas une bonne amie et que ce n'était donc pas une relation risquée. Trop bête qu'il n'ait pas pu s'empêcher de penser à Hermione au moment crucial… Il s'éclaircit la gorge. « Tu sais pourquoi Parvati a rompu avec lui ? »

Ginny rougit et acquiesça. « Tout le monde le sait. Je ne sais pas si c'est Ron qui ne l'oubliera jamais ou cette pauvre Parvati. Et je suis presque certaine que Hermione le sait… Assez de monde en a rit dans la salle commune… Mais elle semble vouloir prétendre ne pas savoir. Je ne sais pas quel bien cela fait. »

Il haussa les épaules. « Je suppose qu'elle se sent protégée en prétendant ne pas savoir. Cela signifie qu'elle n'a pas à en parler. »

Ginny acquiesça puis le regarda avec compassion. « Je pense que tu veux pardonner Ron. Mais cela signifierait ravaler ta fierté, parce que… parce qu'il a dit des choses terribles, et que tu ne veux pas nécessairement agir comme s'il ne t'avait pas bouleversé… »

« Ce n'est pas tout. Quand nous disions ces choses, Malfoy… je veux dire Draco… était juste en dehors de la pièce, écoutant. Il a tout entendu. Il était particulièrement satisfait de m'entendre dire à Ron qu'à partir de maintenant, ton petit ami allait devenir mon meilleur ami. On aurait dit que cela le faisait bien rire. J'étais juste furieux après Ron et… et je devais dire quelque chose. Mais cela m'est juste venu comme cela… Je ne veux pas que les gens sachent ce que Ron a dit… Pourrais-tu demander à Mal… heu Draco… de ne rien dire de ce qu'il a entendu ? A personne ? »

Elle sourit et acquiesça. « Bien sûr. » Elle le regarda avec une lueur amusée dans ses yeux. « Tu t'y habitues encore, n'est-ce pas ? »

« Quoi ? »

« A l'appeler 'Draco'. »

« Oh, cela. Je ne suis pas habitué à le faire ici, à Poudlard. Je me suis en quelque sorte habitué à le faire au boulot, cet été. Nous pensions que les autres gars trouveraient étrange que nous nous appelions juste par nos noms. Bien que je n'ai pas à dire son nom souvent, pas directement. Nous étions simplement 'les gars' durant l'été. Sam et Dick, heu, Aberforth… et les autres ne s'attendaient pas à ce que nous nous comportions d'une certaine façon à cause de la maison dans laquelle nous étions. C'était juste une question de travail. Et je dois admettre que pour un crétin qui est resté posé sur ses fesses toute sa vie, il était vraiment capable de travailler quand il s'y mettait. Je pensais que mettre KO un troll des montagnes de douze pieds était une assez bonne méthode pour cimenter une amitié, mais planter des arbres à Surrey n'est peut-être pas une mauvaise méthode non plus. »

Il lui sourit, se rappelant la satisfaction de faire un pas en arrière avec 'les gars', pour regarder l'allée d'arbres nouvellement plantée, similaire aux chênes qui conduisaient autrefois du château aux serres, dans un domaine près de New Stockington. Avec le temps, les branches des arbres se rencontreraient en haut, formant un tunnel au-dessus de l'allée menant de la route principale au manoir sur la colline, entouré par le parc parfaitement immaculé de la maison, et suivi d'un énorme labyrinthe de haies de style dix-huitième siècle. La seule mauvaise chose pour ce travail était que Malfoy avait jeté la chemise de Harry au milieu du labyrinthe (une plaisanterie), tandis que Harry faisait la sieste et prenait le soleil après le déjeuner. Et Harry avait dû aller dans le labyrinthe pour la retrouver. Il avait commencé à avoir des flash-back du Tournoi des Trois Sorciers, et avait eu des sueurs froides. Bien sûr, cela n'avait pas aidé qu'il ne dorme pas la nuit. Les vingt minutes de repos qu'il prenait après le déjeuner étaient tout le sommeil qu'il avait pendant presque deux mois…

Il se secoua et la regarda. « En tous cas, je m'habituerai peut-être à l'appeler 'Draco', mais je ne veux pas vraiment qu'il soit mon meilleur ami. Ron est mon meilleur ami. Et même si je ne veux pas vraiment que quiconque sache que Ron a dit d'Hermione, je pense que la plus grande raison pour laquelle je lui en veux encore est… » Il hésita, ne sachant pas comment l'exprimer.

« Quoi ? » dit-elle finalement, après avoir attendu une minute.

Il soupira et chercha Venus dans le ciel crépusculaire, se tenant brillante et sûre. « J'ai peur qu'il ait raison. »

« Quoi ? » dit-elle, d'une manière différent cette fois. « Harry, tu ne crois pas que Hermione a jamais vraiment… heu, je veux dire… »

« Non, je ne veux pas dire qu'il ait raison à ce sujet ? » dit-il, sentant une bouffée de chaleur remonter de son cou jusqu'à son visage. « Je veux dire… Bien, toi et Draco. Je vous ai vu… Je veux dire, entendu… vous dire…heu, vous dire… »

« Quoi ? » Cela commençait à sembler être le seul mot de son vocabulaire.

« Je vous ai entendu dire 'Je t'aime' l'un à l'autre. » dit-il précipitamment, avant de perdre son sang froid. « Mais… Hermione et moi n'avons jamais fait cela. Jamais. »

Elle sourit et rit, touchant son bras d'une manière qu'il pensa être un geste rassurant et amical de sa part. « Oh, Harry, c'est tout ? Tu penses vraiment que cela signifie que vous deux ne devriez pas être ensemble ? Tout le monde… Tout le monde ne dit pas cela tout le temps. Je pense que c'est assez clair que vous avez… que vous avez une affection très profonde l'un pour l'autre. Ne fais pas attention à Ron. Vous faites… vous faites un très beau couple. » dit-elle doucement, ne le regardant pas. « Ron est juste… Bien tu sais quels sont ses sentiments pour elle… »

Harry acquiesça. « Et ce n'est pas comme si je pouvais ignorer cela non plus. Tu as raison. Je savais ce qu'il pensait d'elle, et…et j'y suis quand même allé… »

Sa main était encore sur son bras, et elle le lui pressa amicalement pour le rassurer. « Harry. Arrête de te torturer pour cela. Toi et Hermione êtes bien. Bon Dieu ! Vous n'avez pas tant à vous inquiéter que moi et Draco. Au moins Hermione n'a pas six frères qui préféreraient t'éviscérer plutôt que de te regarder. »

Il grimaça. « Très imagé, Ginny. » Et pas une mauvaise manière d'essayer de me faire arrêter de penser à toi…

Elle eut un sourire chaleureux. « Merci, merci. »

Le dôme bleu au-dessus d'eux était maintenant définitivement un ciel nocturne, et plus un ciel de crépuscule. « Nous devrions descendre à la grande salle. Après mon vol, je pourrais manger un hippogriffe » dit-il, sentant son estomac remuer en lui d'une manière qui n'avait rien à voir avec sa proximité actuelle, et tout avec le fait de ne rien avoir avalé depuis cinq heures. Elle lui sourit, et son estomac remua encore de la manière qui ne concernait pas la nourriture. Maudis sois-tu Draco Malfoy ! pensa-t-il. Je suis aussi mauvais que Ron. J'ai eu ma chance, et je l'ai laissée passer. Maintenant, elle est passée à autre chose. Elle pense que Hermione et moi faisons un bon couple. Nous le sommes. Nous sommes un bon couple. Je ne vais pas laisser Ron m'ennuyer…

« Voler te donne bon appétit, n'est-ce pas ? »

Je ne vais pas laisser Ron m'ennuyer, Je ne vais pas laisser Ron m'ennuyer…

« Je pense que cela a quelque chose à voir avec la façon dont l'air frais rentre dans mes poumons. » dit-il, essayant de continuer la conversation avec elle, et de penser à son nouveau mantra en même temps. « Tu aurais pu venir avec moi, tu sais. Tu pourras le faire une autre fois, si tu veux. » Il sentit encore son estomac faire des bonds. Il ne pouvait pas croire qu'il venait d'oser dire cela. C'est le moment d'adopter un nouveau mantra.

Elle est la petite amie de Draco Malfoy. Hermione et moi faisons un beau couple. Elle est la petite amie de Draco Malfoy. Hermione et moi faisons un beau couple…

« Je n'aurais pas pu venir avec toi cette fois, Harry. Je n'ai pas mon balai avec moi. Mais je pourrais l'amener une autre fois, oui. »

« Je ne voulais pas dire voler avec moi sur un balai. » Il la regarda, attendant qu'elle réalise. Quand elle le fit, elle ouvrit de grands yeux, qui la faisaient ressembler à une enfant de cinq ans, selon Harry.

« Tu veux dire… »

« … comme passagère. »

« Oh. » Elle le fixa, puis tourna sa tête, mordant légèrement sa lèvre inférieure. Harry dut détourner son regard d'elle. Elle ne lui faisait plus penser à une enfant de cinq ans. Le vent faisait légèrement bouger ses cheveux sur ses épaules, et il se souvint encore de la sensation de ses doigts passant dans ses cheveux…

« Bien, penses-y. Tu peux ne pas vouloir. Hermione a haï. Bien sûr, elle n'aime pas voler en général… »

« Ce n'est pas le vol » dit-elle doucement, croisant son regard, puis s'en détournant.

Elle ouvrit la trappe et commença à descendre, mais elle se tourna quand il dit « Attends Ginny. » Il lui tendit sa chemise en cuir qui contenait ses notes. « Tu as presque oublié cela encore. »

« Oh, exact. » dit-elle, le prenant, ayant l'air plus qu'un peu énervée maintenant. Il la suivit dans le château, et ils descendirent escalier après escalier jusqu'à la grande salle sans parler, puis s'assirent à côté à la table de Griffondor. A la fois Ron et Hermione levèrent les yeux quand ils le firent. Ils avaient tous deux l'air de vouloir leur demander où ils avaient été. Finalement, ce fut Seamus qui le fit.

« Vous avez tous les deux l'air de venir d'une rencontre secrète sur la tour d'astronomie. » dit-il se moquant de leurs visages rouges. Voyant leurs yeux s'ouvrir en grand, il resta bouche bée. « J'ai raison ? Vous plaisantez ! »

« Non ! » dit immédiatement Harry, jetant un œil à Ron et Hermione. « Je veux dire… nous avons simplement parlé. Je suis monté là haut pour… faire quelque chose d'autre, et Ginny avait oublié ses notes, et… »

Seamus roula ses yeux. « Relax, Harry. Même moi je sais que tu ne serais pas assez débile pour poursuivre la petite amie de Draco Malfoy, sœur de ton meilleur ami et pour risquer que la sorcière la plus intelligente de l'école ne te lance un maléfice. » ajouta-t-il, jetant un regard furtif à Hermione. Harry sourit faiblement. Il essaya de ne pas regarder Ginny. Il avait plutôt l'impression qu'elle rougissait furieusement. Il pouvait sentir la chaleur émaner d'elle.

« La réputation de mon intelligence me précède, de toute évidence. » dit-il sardoniquement.

Ils rirent tous à cela, y compris Harry, (et même Ron, il remarqua). Je peux le faire, pensa Harry. Je peux être avec Ginny et simplement la considérer comme une amie. (Bien que cela aiderait si Seamus ne faisait pas des blagues sur des rencontres secrètes à la tour d'Astronomie). Il regarda Hermione. Ginny a raison. Hermione et moi fonctionnons bien ensemble. Il essaya de lui adresser un faible sourire à travers la table, mais Hermione ne le remarqua pas. Elle sembla regarder Ginny étrangement durant le reste du repas…