CHAPITRE 3 :
Celui qui courait - The One With the Running
Je vis depuis trois ans chez les Kent. Après avoir digéré le coup de l'eau sucrée et m'avoir fait promettre de ne plus recommencer, Martha a décidé de m'adopter officiellement. Jonathan n'a pas été facile à convaincre et pour cause : nous ne sommes jamais parvenus à ouvrir mon vaisseau, et les figurines Starwars restent prisonnières. Pas de chance. Pourtant nous avons tout essayé : on a essayé de dévisser la porte, on a tapé dessus, on a mis une pile neuve au vaisseau - malgré le fait que j'ai longuement expliqué à M. Kent qu'un vaisseau ne marche pas avec des piles R6 comme une télécommande - et j'en passe. M. Kent ne sait pas qu'il faut une clef pour ouvrir mon vaisseau, et que j'ai perdu cette clef. J'ai dû la laisser à l'intérieur en claquant la porte. Je n'ose pas le lui dire.
Ils m'ont appelé Clark. Ils auraient pu trouver mieux. Mais je ne leur en veux pas, j'aurais pu m'appeler Harry James. Je connais un type qui s'appelle comme ça. Il vit dans un placard avec une chouette. Flippant.
Je n'ai aucun pouvoir. Je balance ça comme ça pour que vous le sachiez, je n'ai aucun pouvoir. J'ai vérifié. J'ai essayé toute sorte de choses qui n'ont jamais marché. Je ne vole pas. Je me suis déjà fait de nombreuses fractures en essayant. A chaque fois que je me jette du toit de la ferme, je me casse quelque chose. Et ça fait mal, croyez moi. Ca craint. Je viens d'une planète qui se trouve à des milliers d'années lumières de celle-ci et je suis même pas foutu de voler. A quoi bon ?
Personne ne sait mon âge. Quand les Kent m'ont trouvés, ils ont présumé que j'avais huit ans. Comme trois ans se sont écoulés depuis, j'ai onze ans à présent. Et je suis très fort en calculs mentaux. Je vais au collège et je loupe parfois le bus scolaire censé m'y emmener. Ce sont des choses qui arrivent. Ce n'est pas si grave, puisque dans ces cas-là, je vais au collège en courant, et j'arrive toujours en avance. J'arrive même avant le bus. Je me souviens de la première fois où c'est arrivé. Je veux dire, la première fois où j'ai loupé le bus. Papa - M. Kent tient à ce que je l'appelle comme ça depuis l'adoption, et à vrai dire je n'y voir guère d'inconvénient - ne pouvait pas m'emmener parce que sa voiture était encore en panne. Maman m'a alors conseillé de courir après le bus, de cette façon je le rattraperai peut-être au feu. C'était une bonne idée. Je la revois encore derrière moi, criant :
"Cours Clark, couuuuuuuuuuuurs !!"
J'ai couru. J'ai rattrapé le bus au feu. Mais j'ai oublié de le prendre. J'étais sur ma lancée et j'ai continué à courir. Ce jour-là je me suis arrêté quand j'ai vu un panneau où il était écrit "Bienvenida a Mexico." Je ne parle pas mexicain alors j'ai pas bien compris. J'ai juste rebroussé chemin, cette fois-ci en suivant les panneaux. Je suis arrivé en cours d'espagnol avec cinq minutes de retard. J'ai expliqué au prof que je m'étais perdu et que je revenais d'une étrange ville appelée Bienvenida a Mexico, et que c'était pour ça que j'étais en retard, désolé. Tous les élèves se sont mis à rire. Là encore j'ai pas compris, surtout que le prof lui, n'avait pas l'air d'apprécier. Il m'a dit que ma blague était d'un goût douteux, et il m'a envoyé chez le directeur, qui lui non plus ne m'a pas trouvé drôle. Un peu normal soit dit en passant, puisque je ne cherchais pas à l'être. M'enfin cette histoire m'aura appris une chose : quand on se perd, mieux vaut ne pas en parler. En particulier quand c'est à Bienvenida a Mexico.
Celui qui courait - The One With the Running
Je vis depuis trois ans chez les Kent. Après avoir digéré le coup de l'eau sucrée et m'avoir fait promettre de ne plus recommencer, Martha a décidé de m'adopter officiellement. Jonathan n'a pas été facile à convaincre et pour cause : nous ne sommes jamais parvenus à ouvrir mon vaisseau, et les figurines Starwars restent prisonnières. Pas de chance. Pourtant nous avons tout essayé : on a essayé de dévisser la porte, on a tapé dessus, on a mis une pile neuve au vaisseau - malgré le fait que j'ai longuement expliqué à M. Kent qu'un vaisseau ne marche pas avec des piles R6 comme une télécommande - et j'en passe. M. Kent ne sait pas qu'il faut une clef pour ouvrir mon vaisseau, et que j'ai perdu cette clef. J'ai dû la laisser à l'intérieur en claquant la porte. Je n'ose pas le lui dire.
Ils m'ont appelé Clark. Ils auraient pu trouver mieux. Mais je ne leur en veux pas, j'aurais pu m'appeler Harry James. Je connais un type qui s'appelle comme ça. Il vit dans un placard avec une chouette. Flippant.
Je n'ai aucun pouvoir. Je balance ça comme ça pour que vous le sachiez, je n'ai aucun pouvoir. J'ai vérifié. J'ai essayé toute sorte de choses qui n'ont jamais marché. Je ne vole pas. Je me suis déjà fait de nombreuses fractures en essayant. A chaque fois que je me jette du toit de la ferme, je me casse quelque chose. Et ça fait mal, croyez moi. Ca craint. Je viens d'une planète qui se trouve à des milliers d'années lumières de celle-ci et je suis même pas foutu de voler. A quoi bon ?
Personne ne sait mon âge. Quand les Kent m'ont trouvés, ils ont présumé que j'avais huit ans. Comme trois ans se sont écoulés depuis, j'ai onze ans à présent. Et je suis très fort en calculs mentaux. Je vais au collège et je loupe parfois le bus scolaire censé m'y emmener. Ce sont des choses qui arrivent. Ce n'est pas si grave, puisque dans ces cas-là, je vais au collège en courant, et j'arrive toujours en avance. J'arrive même avant le bus. Je me souviens de la première fois où c'est arrivé. Je veux dire, la première fois où j'ai loupé le bus. Papa - M. Kent tient à ce que je l'appelle comme ça depuis l'adoption, et à vrai dire je n'y voir guère d'inconvénient - ne pouvait pas m'emmener parce que sa voiture était encore en panne. Maman m'a alors conseillé de courir après le bus, de cette façon je le rattraperai peut-être au feu. C'était une bonne idée. Je la revois encore derrière moi, criant :
"Cours Clark, couuuuuuuuuuuurs !!"
J'ai couru. J'ai rattrapé le bus au feu. Mais j'ai oublié de le prendre. J'étais sur ma lancée et j'ai continué à courir. Ce jour-là je me suis arrêté quand j'ai vu un panneau où il était écrit "Bienvenida a Mexico." Je ne parle pas mexicain alors j'ai pas bien compris. J'ai juste rebroussé chemin, cette fois-ci en suivant les panneaux. Je suis arrivé en cours d'espagnol avec cinq minutes de retard. J'ai expliqué au prof que je m'étais perdu et que je revenais d'une étrange ville appelée Bienvenida a Mexico, et que c'était pour ça que j'étais en retard, désolé. Tous les élèves se sont mis à rire. Là encore j'ai pas compris, surtout que le prof lui, n'avait pas l'air d'apprécier. Il m'a dit que ma blague était d'un goût douteux, et il m'a envoyé chez le directeur, qui lui non plus ne m'a pas trouvé drôle. Un peu normal soit dit en passant, puisque je ne cherchais pas à l'être. M'enfin cette histoire m'aura appris une chose : quand on se perd, mieux vaut ne pas en parler. En particulier quand c'est à Bienvenida a Mexico.
