CHAPITRE 4 :

Celui qui voyait l'oracle - The One With the Oracle


Malheureusement cette histoire de Bienvenida a Mexico ne fut pas mon seul problème au collège. J'ai eu également des ennuis en cours de dessin. La prof nous avait demandé de dessiner le jour de notre naissance. Tandis que les uns dessinaient des fleurs et des choux, et les autres leur mère tenant un enfant dans ses bras, je m'attelais à la tâche, et je dessinais à mon tour ma naissance telle que je la voyais. Un bus scolaire écrasé, un petit garçon à moitié chauve, des gens morts, des gens apeurés, des gens blessés qui fuyaient les comètes. Quand la prof a vu mon dessin, elle a immédiatement pensé que j'avais un trouble émotionnellement lié à des peurs ancestrales... Un truc du genre. Elle a montré mon dessin au directeur, et cette fois-ci je n'ai pas été convoqué. Il a préféré voir ça avec mes parents, m'a-t-il dit.

Quand les Kent sont revenus de la réunion, il étaient furieux. Par chance, pas contre moi mais contre le directeur. Celui-ci leur a conseillé de m'emmener chez un psy, et quand ils ont répondu que non merci, je n'avais aucunement besoin d'en voir un, le directeur leur a dit que je le devais. Il en allait de ma santé mentale, et bien évidemment il ne pouvait m'intégrer à son collège que s'il était sûr que tout allait bien pour moi. Mes parents ont dit qu'ils avaient fait le maximum, mais qu'à cause de ce crétin de directeur, je devais voir un psy. Maman m'a juré que je n'étais pas fou, mais que nous n'avions pas le choix. Elle a dit que je ne le verrai pas beaucoup de toute façon, juste assez de temps pour que cet idiot de directeur se calme. J'ai rassuré Maman, je lui ai dit que ce n'était pas grave et que je savais que je n'étais pas fou, merci. Je verrai ce psy. Mais avant tout, je lui posais une question qui me démangeait : qu'est-ce qu'un psy ? Quand elle eût terminé son explication, je hochai la tête et lui demandai quand je verrais ce type.

Le type en question s'appelle Mrs Loracle, et elle se trouve à présent devant moi. Elle attend. Je ne sais pas exactement quoi, mais elle attend. Je parcours la pièce de mes yeux, un peu gêné de ce silence, et surtout de son regard insistant. Quand elle prend la parole, c'est pour me dire.

"Vas-y. Pose moi la question.

- Quelle question ?

- La question que tu te poses depuis toujours."

Je réfléchis. La question que je me pose depuis toujours. Où ai-je mis la foutue clef de mon foutu vaisseau ? Les comètes sont-elles tombées à cause de moi ? Comment va réagir Papa Kent quand je lui aurai parlé de la clef ? Pourquoi n'ai-je aucun pouvoir ? Une foule de questions me fourmille dans la tête, mais l'une d'elles se détache progressivement des autres, jusqu'à m'occuper tout l'esprit. je me décide.

"Qu'est ce que la matrice ?"

Elle me regarde, interloquée, et m'avoue qu'elle n'en a aucune idée et que c'est certainement un mot que j'ai inventé. D'un autre côté elle n'a peut-être pas tort. Je ne sais pas du tout d'où vient ce mot, ni même s'il existe. Il m'est venu comme ça. Mrs Loracle est un peu vexée, et l'air supérieur qu'elle avait au début de notre entretien a disparu. Elle essaie de rattraper le coup, et me demande de lui parler de mes problèmes scolaires. Alors je me confie.

"Je suis persécuté par Draco Malefoy et ouinnnn Rogue est méchant avec moi, il arrête pas d'enlever des points aux Gryffondor et je crois qu'on va perdre la finale de Quiddich contre les Serpentard et Mc Gonagall sera furieuse et c'est ma faute parce que Voldemort veut me tuer parce que j'ai une cicatrice sur le front et que ma chouette s'appelle Edwige."

Tandis que je fond en larme, Mrs Loracle m'observe, incrédule et agacé. Elle se lève et vient me murmurer quelque chose à l'oreille.

"Clark, je crois bien que tu te trompes de film."

Elle réfléchit et ajoute qu'en plus, elle connaît très bien Harry Potter, et qu'en fait il est venu la consulter le jour-même. Je suis épaté et en profite pour lui demander s'il lui a confié le titre du volume 7. Parce que ça coûte rien de demander. Elle me dit que non, mais elle me donne toute sorte d'autres détails croustillants : Harry Potter est en fait secrètement amoureux de Draco Malefoy, il porte d'ailleurs des chaussettes en l'honneur de l'équipe des Serpentard etc... Je bois littéralement ses paroles.

Soudain, j'éprouve quelques remords en pensant que peut-être Harry Potter n'a pas envie que toute la ville soit au courant de ses malheurs. Je demande alors à Mrs Loracle si elle n'est pas tenue au secret professionnel. Elle me répond que oui, mais qu'elle n'a parlé des problèmes d'Harry qu'à deux personnes : moi et un certain Peter Parker.

"Pauvre garçon, me confie-t-elle au sujet de ce dernier, celui-là est sans doute un cas désespéré. Il se prend pour une araignée. Mais ce n'est pas une araignée, tu peux me croire. J'ai vérifié."

Quand arrive l'heure de se séparer, Mrs Loracle se rend soudainement compte que nous n'avons absolument pas parlé de mon cas. Elle tient à me revoir. Je crois qu'elle m'aime bien.