CHAPITRE III

Le premier juin, Tom se réveilla très tôt. C'était le dernier jour qui lui restait à passer dans la Chambre Aveugle. Il lui fallut un certain temps, cependant, pour découvrir ce qui l'avait réveillé. Il ne faisait pas encore complètement jour, l'aube pointait à peine à l'horizon et de fines traînées argentées constellaient encore le ciel pastel. Tom s'assit dans son lit et se rendit compte alors, que le bruit qui l'avait réveillé venait du vide ordure. Il se leva précipitamment et se dirigea vers la trappe. Il écouta attentivement, les bruits venaient bien de là. Un instant, il pensa aux voix sifflantes de la cuisine... Mais ce n'était pas ce bruit là. Tom ouvrit brusquement le vide ordures et ne put retenir un cri de surprise en voyant ce qui en tomba. Un grand oiseau au plumage mordoré légèrement froissé, se tenait sur le sol. C'était un hiboux.

Tom s'approcha de l'oiseau.

Tu es tombé dans le vide-ordures, c'est ça? demanda-t-il comme s'il espérait une réponse du volatil.

Le hiboux secoua ses plumes et voleta dans la pièce. C'est alors que Tom remarqua qu'il portait... une lettre. La situation lui parut tellement absurde qu'elle en devenait comique. Le hiboux se posa sur son épaule et Tom saisit la lettre, réprimant un éclat de rire.

Qu'est-ce que c'est que cette farce, pensa-t-il tout haut. Cependant, il n'eut plus envie de rire après avoir ouvert la lettre. c'était une large feuille de parchemin, légèrement racornie et une grande lettre "P" ornait l'enveloppe. Il examina cet initial de plus près et aperçut un lion, un serpent, un blaireau et un aigle entrelacés à l'intérieur. Puis, lentement, il se mit à lire:

COLLÈGE POUDLARD ÉCOLE DE SORCELLERIE

Directeur: Armando Dippet

Directeur de la section des arts et enchantements, ordre de Merlin de première classe.

Cher Mr Jedusor,

J'ai le plaisir de vous informer que vous avez été admit au Collège Poudlard. Vous trouverez ci-joint la liste des ouvrages et équipement à vous procurer pour cette année.

La rentrée étant fixée le 1 septembre, nous attendons votre réponse le 30 juillet au plus tard.

Veuillez croire à l'expression de mes sentiments les meilleurs,

directeur adjoint

Albus Dumbledore.

P.S. : Je vous serais reconnaissant de dire à Jenny Cast que j'ai toujours l'écharpe qu'elle m'a offerte à Noël.

Mes salutations respectueuses à elle et à vous.

S'en suivait une longue liste de titres de livres étranges et de matériel farfelu: des chaudrons, des capes, une baguette, un télescope etc... Incrédule, Tom fixa longuement le lettre, la retourna dans tous les sens, espérant trouver qui avait bien pu la lui envoyer. Il pensa une seconde à Gregory, mais l'idée était bien trop élaboré pour être de lui. le nom de Jenny était mentionné, peut-être pourrait-elle lui fournir une explication. Cette idée lui paraissait néanmoins stupide, si quelqu'un avait cherché à lui faire une farce, et ça ne pouvait être que ça, ce n'était sûrement pas elle. Il se recoucha, décidé à lui en parler le lendemain. Il ne se rendormit naturellement pas.

Concernant les mensonges, Tom avait 2 talents certains: les faire et les détecter. Lorsqu'on lui mentait, il lui semblait sentir l'odeur du mensonge autour de la personne, chacune de ses paroles sonnait faux à ses oreilles, il était pratiquement impossible à tromper. Cependant, cette lettre ne lui apparaissait pas contenir le moindre mensonge... Mais il était impossible que ce soit la vérité... n'est-ce pas?

Au matin, Jenny vint lui ouvrir la porte.

Enfin! s'écria-t-elle. Tu vas voir la lumière du jour de tes propres yeux, pas trop impressionné? Elle sourit largement au garçon qui fut incapable d'en faire autant. Il semblait que même sourire lui faisait mal au visage.

Il suivit Jenny au réfectoire, cherchant un moyen de lui poser la question qu'il voulait sans passer pour un fou. Il mangea en silence, puis se décida à aller voir Jenny aux cuisines. Il n'avait jamais eu de telle crampes d'estomac. Jenny était debout près de la cuisinière, elle faisait frire des ufs pour le déjeuné de Mr Denvers.

Euh... Jenny, je peux te parler une minute? demanda doucement Tom.

Bien sûr, dit-elle, toujours concentrée sur les ufs.

Tom tenta un faible sourire et commença sur le ton de la plaisanterie:

J'ai reçu une lettre hier soir... où un certain Dumbledore me priait de te dire qu'il avait toujours ton écharpe, et, tu sais la plus bizarre? C'était hiboux qui la portait, il est passé par le vide... Il s'arrêta devant l'expression de Jenny. En l'espace de 2 secondes, elle avait changé de couleurs plus de fois que Tom supposait un être humain capable de le faire. Elle était d'abord devenu très pâle, puis légèrement bleue et enfin, une couleur pourpre lui était monté au joues.

Tu... tu as reçu la lettre de Poudlard? dit-elle d'une voix blanche.

Ce fut au tour de Tom de pâlir.

Ou-oui... je crois que c'était le nom mentionné mais...

Avant qu'il ait pu finir sa phrase, Jenny s'était précipitée sur lui et le serrait si fort contre elle qu'il en eut le souffle coupé. Elle semblait rire et sangloter à la fois.

Jenny, murmura-t-il d'une voix tremblante, que se passe-t-il, qu'est-ce que tu as?

Jenny s'écarta alors et Tom put voir le sourire le plus resplendissant qui lui serait jamais donné de contempler sur aucun visage.

Tu l'as fait! s'écria-t-elle joyeusement, tu as réussi! Oh comme je suis heureuse!

Tom reprit avec difficultés sa respiration.

Qu'est-ce que j'ai réussi, qu'est-ce que tu racontes? demanda-t-il en pâlissant encore.

Mais Jenny dansait dans la cuisine en fredonnant un air joyeux.

J'ai eu peur que rien arrive, lui dit-elle quand elle eut cessé sa valse autour des fours et des cuisinières, c'est pour ça que je ne t'ai rien dis... Ton père...

Elle laissa sa phrase en suspens et prit soudain un air beaucoup plus grave. Il semblait que parler du père de Tom ait altéré son envie de danser.

Elle sourit tout de même et prit par la main un Tom dont le visage était presque transparent de blancheur, il n'aurait pas eut une autre expression si on l'avait repêché dans le fleuve après qu'il y soit resté toute la nuit.

Ils montèrent dans le dortoir et Jenny et lui s'assirent sur son lit.

Si Jenny était nerveuse, Tom était amorphe, sidéré à l'idée que sa meilleure, sa seule amie, ait pu perdre l'esprit, car, sûrement, il n'y avait pas d'autre explication.

Tu vois, Tom, commença-t-elle, tu n'es pas... tu n'es pas un garçon comme les autres.

Tom ne fit aucune remarque, ses yeux avaient un fixité terrifiante et sa mâchoire était terriblement crispée.

Aussi incroyable que cela puisse te paraître, continua-t-elle, cette lettre dit la vérité. Tu es... tu es un sorcier.

Si Tom avait su ce qu'il faisait, il aurait été horrifié: il eut exactement la même réaction que son père, près de 11 ans plus tôt. Il éclata de rire. Habituellement, il avait un beau rire, chaleureux, même si on l'entendait rarement, mais cette fois-ci, ce fut un rire nerveux, froid qui s'éleva de sa gorge; Lui même parut le remarquer car il se tut rapidement.

Sérieusement, Jenny, tu crois que je vais avaler ça?

Tu devrais, répliqua-t-elle, tu ne t'es jamais demandé pourquoi toutes ces choses bizarres se produisaient autour de toi?

Tom ouvrit la bouche, mais, ne trouvant apparemment rien d'intelligent à répondre, il se contenta de regarder Jenny d'un air profondément perplexe.

Regarde, murmura-t-elle. Elle ferma les yeux et marmonna quelque chose. Soudain, tous les objets qui se trouvaient sur la commode s'élevèrent et tournoyèrent au-dessus d'elle. Jenny se retourna vers Tom dont le visage avait tourné au gris. Elle sentit son cur faire un bond dans sa poitrine. Et s'il réagissait comme son père? Et s'il refusait de se rendre à Poudlard? S'il décrétait qu'il ne voulait plus jamais la voir?

Tom continuait à fixer la commode, ses yeux lui dévorant le visage. Puis, il se retourna doucement vers elle.

Tu es ... je veux dire c'est toi qui... il cherchait ses mots, mais ceux-ci le fuyaient, il avala avec difficulté.

Jenny hocha la tête, gardant le silence. Soudain, une étincelle s'alluma dans les yeux de Tom. Elle sentit son cur couler : "ça y est, pensa-t-elle, il va s'enfuir, me traiter de monstre, se mettre à hurler... j'ai été trop rapide, je n'aurais jamais dû... Oh Lyra, je suis désolée!"

Mais Tom ne fit rien de tout ça. Il la regarda un moment puis murmura :

Je pourrais faire ça, moi aussi?

Un sentiment de soulagement, de triomphe, envahit peu à peu Jenny, comment avait-elle pu croire que le fils de Lyra agirait de la sorte?

Oui, dit-elle le souffle coupé par l'émotion, bien sûr tu pourras, et tu pourras même faire beaucoup plus.

Par exemple? demanda Tom, dont chacun des traits étaient tendus par l'excitation.

Par exemple, tu pourras métamorphoser les rats qui grouillent ici en jolies pantoufles, faire toutes sortes de potions et même, un grand sourire se dessina sur le visage de Jenny, transformer Denvers en serpent à sonnette!

C'est un animal qui lui conviendrait fort bien, remarqua Tom, et ils partirent tous deux d'un grand éclat de rire nerveux.

Lorsqu'ils se furent calmés, Tom regarda longuement par la fenêtre.

Tom? Chuchota Jenny.

Il se retourna et Jenny eut peine à en croire ses yeux. Tom était renommé pour être un enfant triste et sombre et elle n'avait jamais vu un sourire illuminer de la sorte le visage de cet enfant. Sa pâleur avait disparue et ses yeux brillaient, comme emplis de soleil.

Tu sais ce que ça veut dire? Dit-il d'une voix qui avait du mal à contenir ses émotions. Je vais partir! Je vais m'en aller d'ici! Ah, je voudrais rester là-bas toute ma vie!

Jenny se mit à rire, submergée par une joie qu'elle n'avait pas connue depuis longtemps.

Toute ta vie? Cela me parais difficile, à moins que tu y enseigne...

Oui! s'écria Tom en sautant sur ses pieds, j'y enseignerai et je n'aurais plus jamais à revenir à St Clouds! Il semblait que c'était lui, à présent, qui était prêt à danser dans la pièce. Mais il s'arrêta en remarquant que, si Jenny souriait toujours, son sourire s'était fait mélancolique. Il vint s'asseoir près d'elle, un peu mal à l'aise d'avoir manifesté tant de joie à l'idée de ne jamais revenir à l'endroit où elle vivait.

Mais toi, je viendrai te voir, dit-il doucement.

bien sûr Tom, ne t'inquiètes pas pour ça.

Soudain quelque chose revint à la mémoire de Tom.

Jenny, tout à l'heure, dans la cuisine tu m'a dit que tu n'étais pas sûre que cela arriverait...

Jenny soupira.

Comme tu le sais, ton père a... Sa mâchoire se raidit. Ton père vous a abandonné, toi et ta mère...

Tom hocha la tête, sentant son estomac se contracter.

Ton père était, est, ce qu'on appelle chez les sorciers, un moldu, c'est à dire qu'il n'a aucun pouvoir magique. Il y a environ 11 ans, ta mère lui a avoué qu'elle était une sorcière et ... il l'a très mal pris. Il l'a jeté à la porte et elle est morte en couche car elle était atteinte d'une pneumonie, pour avoir vécu près de 8 mois dans la rue... Elle n'avait pas osé revenir dans notre monde, honteuse d'avouer à quel point elle s'était trompée sur son mari...Voilà, c'est la véritable histoire de tes parents, ta mère était une femme merveilleuse mais elle n'a jamais eu beaucoup de chance avec les hommes. Tout ça pour te dire que, je ne t'avais prévenu de rien car il arrive que les enfants nés d'un parent sorcier et d'un autre moldu ne développent aucun pouvoir et je ne voulais pas te faire de fausse joie.

Tom garda le silence un long moment. L'étrange haine qu'il avait ressentie pour son père l'assaillait à nouveau. Sa mère était morte par sa faute, c'était à cause de lui que Tom avait dû passer 11 ans à St Clouds, sans amis, sans famille.

Il y en a beaucoup? demanda soudain Tom, tentant de chasser l'image d'un homme jetant sa femme à la rue de son esprit. De sorciers?

Oh oui, répondit Jenny, il n'y a pas que Poudlard, nous sommes une grande communauté, des millions à travers le monde.

Tom ouvrit des yeux ronds.

Alors, il y a des centaines d'emplois, là-bas... Il n'avait aucune idée de ce que ce " là-bas" signifiait.

... Dans notre monde, acheva Jenny pour lui. Oui bien sûr, tu pourras faire énormément de choses, il n'y a pas que l'enseignement... mais tu as bien le temps de réfléchir à tout ça.

Combien de temps exactement ? demanda Tom.

Il y a 7 années de scolarité à Poudlard, mais tu auras encore assez de temps après ça. Il faut d'ailleurs que je t'explique pas mal de choses... Elle semblait très excitée, comme s'il essayait de lui dire le plus de choses possibles en l'espace de quelques minutes. Pour commencer, reprit-elle, il y a 4 maisons à Poudlard, les élèves y sont répartis lors de leur première année en fonction de leurs caractères et de leurs capacités. Les 4 maisons sont Serdaigle, Gryffondor, Serpentard et Poufsouffle. Il y a beaucoup de compétition entre les elles, mais ça ne t'empêche pas de t'y faire des amis. Par exemple, ta mère et moi étions dans des maisons différentes et nous sommes tout de suite devenues très proches.

Où étiez-vous ? demanda Tom.

Moi, j'étais à Gryffondor, ta mère à Serpentard. Ne te laisse pas influencer par les préjugés qu'ont souvent les gens sur Serpentard, beaucoup de mages noirs y ont passé leur scolarité et ils pensent qu'ils sont tous comme ça, mais ta mère était la preuve vivante du contraire.

Jenny lui expliqua ensuite les cours qu'il suivrait, lui parla de ses professeurs et de ses souvenirs, lui décrivit méticuleusement le château et le parc, elle lui raconta ses escapades en balais volants ( ce qui impressionnait beaucoup Tom qui avait le vertige) avec Lyra, elle parla des examens de fins d'année, de créatures fantastiques qui vivaient dans la forêt (qui se trouvait être interdite aux élèves) et puis un peu de la communauté des mages qui emplissaient le monde. Ils parlèrent toute l'après-midi et se fut sans conteste la meilleure journée que Tom passa jamais à St Clouds.

Demain, lui dit Jenny en quittant la chambre, nous irons t'acheter tout ce dont tu as besoin.

Cette nuit-là, Tom attendit patiemment que tous les orphelins se soient endormis, puis, silencieusement, il se glissa jusqu'à la fenêtre et ouvrit la pièce aux chaudes fragrances de l'été naissant. Il regarda le ciel éclaboussé d'étoiles, les lumières mourantes des feux dans les cheminées et, dans l'obscurité caressante de la nuit, il se mit à sourire. Il se sentait empli d'une chaleur nouvelle, d'un sentiment de gratitude envers le monde... C'était la première fois qu'il ressentait quelque chose de semblable.

Et ce fut la dernière.