CHAPITRE IX
Tom traversait le parc à grands pas. Un bruit derrière lui. Il se retourna, mais il n'y avait rien, juste le parc, froid et désert, juste le ciel aveugle au-dessus de sa tête. Le soleil brillait encore, mais, bientôt, la lumière se déchira et le jour s'effaça pour laisser place au cortège de la nuit. Tom était entouré d'arbres. Une forêt. La Forêt Interdite. Soudain, une voix retentit, une voix dont l'écho se répercuta dans toute la forêt.
Lève toi et brille!
Tom sentit naître en lui une terrible sensation de malaise. Il marchait plus vite, mais le bruit le rattrapait, inexorablement, Il se rapprochait. Tom fit volte face. Les arbres étaient vides, le ciel brisé éteint. Il était là, devant Tom.
Tu sais qui je suis, n'est-ce pas? demanda-t-Il.
Tom hocha la tête. La silhouette était plongée dans l'ombre. Tom ne connaissait pas son nom, il ne voyait pas son visage, mais le malaise croissait en lui.
Pas encore. murmura Tom.
Il se mit à rire et Tom fut figé sur place.
Tu le sauras bientôt...
Tom sentit une main glacée s'enrouler autour de sa gorge. Il se mit à suffoquer, sentant ses entrailles se contracter.
Alors, Il se pencha sur Tom et...
Tom se réveilla en sursaut.
Il faisait un froid mordant dans le dortoir et Tom mit plusieurs secondes à se souvenir où il se trouvait. Lorsqu'il aperçut les contours diffus des lits à baldaquins dans la pénombre, sa joie fut telle que les dernières images de l'horrible rêve qu'il venait de faire s'effacèrent aussitôt.
Il sauta de son lit et passa rapidement sa robe de sorcier. Les quatre autres garçons qui occupaient le dortoir dormaient encore à poings fermés. Tom jeta brièvement un regard à la pendule qui trônait à l'autre bout de la pièce. 6 heures. Il était sans doute trop tôt pour descendre dans la Grande Salle prendre son petit-déjeuner, mais il pouvait aller dans la salle commune. Il entendit Nathan remuer dans son lit et marmonner quelque chose. Tom sentit soudain une grande envie de lui jeter un sort, alors qu'il dormait encore, mais, jugeant qu'il serait déloyal de l'attaquer pendant son sommeil, il préféra sortir sans rien faire.
Tu auras d'autres occasions, ne t'en fais pas... très bientôt, tu verras...
Tom s'arrêta. Il fronça les sourcils et passa la main dans ses cheveux. Depuis qu'il était arrivé, il avait de drôles de pensées... Parfois, il lui semblait qu'elles n'étaient pas vraiment les siennes... Comme si quelqu'un parlait dans sa tête...
Il n'eut pas le temps de poursuivre ses spéculations car un grand bruit retentit derrière lui. Un garçon blond aux yeux noirs et au teint terriblement pâle se tenait près du feu qui brûlait dans la cheminée. Tom s'approcha et remarqua que le garçon était agenouillé près de l'âtre, ramassant les débris d'un objet brillant éparpillés sur le sol.
- Salut, fit nerveusement le garçon en apercevant Tom. J'ai cassé ma fiole.
Il désigna les éclats de verre qui jonchaient le tapis.
- Tu te lèves tôt, reprit le garçon en jetant les restes de sa fiole dans le feu. D'habitude je suis toujours le seul debout à cette heure... Je m'appelle Justin, Justin Starkyson, et toi?
- Tom Jedusor, répondit Tom en s'asseyant dans un des fauteuils rapiécés.
- Tu es en première année? demanda Justin.
- Oui, fit doucement Tom. Et toi?
- Deuxième, répondit-il en se relevant.
- Pourquoi tu te lèves aussi tôt? s'enquit Tom en regardant le garçon bailler longuement.
- J'ai des devoirs à finir, grogna-t-il. Dumbledore nous a donné une tonne de travail!
- Dumbledore... murmura Tom pensivement. C'est le prof de métamorphose, c'est ça?
- Oui, oui, c'est ça... Un type plutôt étonnant...
- Pourquoi? voulut savoir Tom.
- Tu verras bien... Il est gentil, mais un peu... Justin eut un drôle de sourire. Il est un peu particulier, acheva-t-il.
- Et qu'est-ce que vous faites, en métamorphose? demanda avidement Tom.
- Tu veux que je te montre? fit Justin d'une voix douce.
Tom hocha la tête.
Justin sortit alors sa baguette et marmonna quelque chose en la pointant vers son chapeau. Rien ne se produisit.
- Je le savais, soupira Justin. Je suis incapable de le faire!
- Quoi donc? Demanda Tom.
- Transformer ce chapeau en chandelle! c'était un de nos devoirs de vacances, mais je n'y arrive pas!
- Je crois que j'ai lu ça quelque part, lui dit Tom. Il faut visualiser la chandelle allumée...
Il saisit sa baguette et la pointa sur le chapeau de Justin. Aussitôt, une fumée grisâtre se forma autour du chapeau et il disparut avec un bruit sec. À sa place, brûlait une longue chandelle blanche.
- Çà... çà alors, balbutia Justin en saisissant la chandelle. Tu es vraiment doué!
Tom sentit son visage brûler.
- Je... j'ai eu de la chance c'est tout...
- Déjà debout? fit une voix derrière eux.
Ophélia descendait les escaliers menant au dortoir des filles. Ses longs cheveux étaient emmêlés et sa chemise de nuit bleue toute froissée. Elle était vraiment très jolie, se dit Tom. D'ailleurs, il n'était pas le seul à le remarquer, Justin avait le teint écarlate et les yeux brillants alors qu'il lui souhaitait le bonjour et se présentait.
Environ une heure plus tard, Tom et Ophélia étaient assis dans la Grande Salle et examinaient leur emploi du temps avec précaution.
- Oh, non, soupira Ophélia. On a Histoire de la magie, maintenant... Il paraît que c'est le cours le plus assommant qu'on aura à suivre.
- C'est vrai? s'étonna Tom. Ça avait pourtant l'air intéressant...
Il remarqua que les maisons avaient plusieurs cours communs. Ils avaient métamorphose avec les Poufsouffle, botanique avec les Serdaigle et vol sur balais et potions avec les Gryffondor.
- Il paraît que les autres nous détestent, dit Tom en fronçant les sourcils. Tu crois que c'est vrai?
Ophélia haussa les épaules.
- Ils doivent avoir des préjugés sur nous, comme tout le monde, mais quand ils nous connaîtront, ça sera différent...
Mais les autres élèves avaient bien plus que quelques préjugés sur Serpentard. Ils les haïssaient véritablement.
- Quoi!? s'exclama Mary Ossen, une élève de Gryffondor. Nous avons deux cours communs avec... eux?
La table des Gryffondor partit en exclamations indignées.
- Ce n'est pas possible, il doit y avoir une erreur! Ajouta un garçon aux cheveux bruns que Tom reconnut comme étant celui qui lui avait lâché son hibou sur la tête, dans le train.
- Pourquoi est-ce qu'on doit les supporter pendant deux cours?
- Ce n'est pas juste!
- Les Potions allaient être ma matière préférée, pourquoi...
- Ils vont tout gâcher!
- Silence! Silence! intervint le professeur Dippet qui s'était levé de sa table. Il sera nécessaire que vous appreniez à vous entendre, c'est une des règle fondamentales chez les sorciers. Vous êtes d'accord?
A en juger par leurs moues scandalisées, les Gryffondor n'étaient pas d'accord du tout, mais ils ne souhaitaient pas s'attirer des ennuis dés le premier jour.
Après le petit-déjeuner, Ophélia et Tom se dirigèrent vers leur salle d'histoire de la magie. Elle fut cependant plus ardue à trouver que prévu. En effet, à peine eurent-il quitté la Grande Salle qu'ils s'étaient perdus.
- Euh... Tu as une idée de quel couloir on doit prendre pour la tour Est? demanda Ophélia en regardant, perplexe, les 4 longs corridors qui se déployaient devant elle.
- Eh bien, pour être tout à fait honnête avec toi, Ophélia, je n'en ai absolument aucune idée, répondit Tom, en scrutant les murs à la recherche d'une indication quelconque.
Au bout d'un moment, ils optèrent pour prendre un chemin au hasard et suivirent le couloir de gauche. Ils avancèrent plusieurs minutes sans rencontrer personne.
- Tu sais, Tom, remarqua Ophélia, j'ai l'impression que ce n'est pas du tout par là...
Ils bifurquèrent donc à droite et se trouvèrent bientôt dans un long couloir clair, bien plus animé que le précédent.
- Je crois qu'on y est! fit Tom avec une pointe de fierté dans la voix.
Ils trouvèrent rapidement la salle et s'installèrent au premier rang afin de profiter le plus possible du cours.
Ce fut une grave erreur.
La réputation du cours d'Histoire n'était en rien exagérée. Jamais Tom n'avait assisté à un cours aussi ennuyeux. Le professeur Binns était un homme très âgé, si âgé, d'ailleurs que Tom se demandait comment il pouvait encore donner des cours. Il donnait l'impression de sortir lui-même d'un de ces vieux livres poussiéreux qui jonchaient son bureau et ses habits étaient dans un tel état de crasse qu'on pouvait se demander s'il s'était changé depuis qu'il avait hérité de ce poste.
À la fin de la classe, tous les élèves avaient les yeux bouffis et s'étiraient en se frottant le visage.
- Quessqu'on a maintenant? marmonna Tom en réprimant un bâillement.
- Métamorphose, répondit Ophélia qui se dirigeait déjà vers l'autre bout du couloir. J'espère que ce sera plus intéressant!
Ils traversèrent quelques pièces, montèrent quelques escaliers et trouvèrent leur salle de métamorphose. Les Poufsouffle étaient déjà là et ils n'avaient pas l'air enchantés de suivre leur cours avec les Serpentard.
Tom s'avança vers la porte, mais elle était encore fermée.
- Tu veux absolument être au premier rang, Jedusor? fit une voix froide derrière lui.
Electra Malefoy le scrutait de ses yeux glacials.
- Tu as peur de ne pas comprendre, c'est ça? continua-t-elle. Je ne te blâme pas, les gens comme toi ont souvent du mal avec la magie...
- Les gens comme moi? fit Tom en haussant les sourcils.
Electra sourit largement devant son expression perplexe.
- Les Sang-de-Bourbe, Jedusor. Tu n'est pas un vrai sorcier, tu ne le seras jamais. Mon sang est pur, vois-tu, mes parents ne sont pas de simples moldus.
- Ma mère était une sorcière, répliqua Tom d'un ton encore plus froid que celui d'Electra, malgré la couleur qui tintait ses pommettes. Je ne te permets pas de m'insulter.
- Vraiment? dit Electra d'une voix méprisante. Et comment comptes-tu m'en empêcher? Tu crois que tu pourrais me jeter un sort? Je suis sûre que tu ne sais même pas comment faire!
Tom décida de ne pas répondre. Elle ne valait pas la peine qu'il se mette en colère. Cependant, elle avait touché le point sensible. Il avait été élevé par des Moldus, peut-être était-il comme eux? Non! Cette idée lui était insupportable . Il était un sorcier, comme sa mère, il n'avait rien à voir avec ces gens cruels et stupides avec lesquels il avait gâché plus de dix ans de sa vie.
Il se retourna et s'éloigna d'un pas rapide. Pas assez rapide, cependant, pour éviter le pied de Nathan qui jaillit du rang silencieux des élèves. Tom trébucha et tomba en avant, bousculant quelqu'un au passage.
- P... Professeur, balbutia-t-il en reconnaissant la personne sur laquelle il venait de tomber. Je suis désolé... j'ai trébuché et...
Il entendit Electra et Nathan ricaner derrière lui et regretta amèrement de s'être soucié de loyauté et de ne pas avoir collé Nathan à son lit le matin même.
Tom se recroquevilla, comme pour éviter le coup qu'il s'attendait à recevoir. Mais le professeur Dumbledore ne semblait pas fâché. Au contraire, il lui tendit la main et l'aida à se relever
- Ce n'est rien, si vous aviez vu ce que j'ai fait, à mon premier jour à Poudlard... il sourit et ses yeux pétillèrent plus que jamais. Tom... fit-t-il, Tom Jedusor, c'est cela?
Tom hocha la tête, les yeux baissés.
- J'ai très bien connu votre mère, Tom, une sorcière excessivement douée. Et une femme remarquable... je vous souhaite de faire aussi bien qu'elle, ajouta-t-il en souriant.
- Merci, professeur, répondit Tom d'une voix à peine audible.
Quelques instants plus tard, les élèves s'installaient silencieusement dans la salle.
- Bonjour et bienvenue à Poudlard! leur dit Dumbledore d'une voix chaude. Comme je l'ai dit précédemment, je suis directeur de la maison de Gryffonor. Mais, rassurez-vous, s'empressa-t-il d'ajouter en remarquant les regards inquiets que les élèves s'échangeaient, cela ne signifie pas que j'enlèverai 20 points à Poufsouffle ou Serpentard à chacun de mes cours!
Un soulagement bien visible apparut sur les visages des enfants.
- Bien, reprit Dumbledore d'un ton jovial, je suis sûr que vous avez hâte de commencer! Nous allons tout d'abord changer cette allumette en aiguille à coudre... Et oui, soupira-t-il, c'est tous les ans la même chose et l'administration refuse que l'on commence par changer des billes en pois cassés... Sortilège peu utilisé, mais pouvant se révéler fort utile si vous avez une petite faim et un sac de billes sur vous...
Tom et Ophélia échangèrent un haussement de sourcils. Tom comprenait à présent ce que Justin entendait par "particulier".
Tom regarda intensément l'allumette qui traînait sur sa table, il se sentait légèrement déçu. Certes, c'était de loin plus intéressant que les coutures réglementaires des chapeaux en 1566, mais pour quelqu'un qui avait déjà transformé une cage à oiseaux en lampe à huile, ce n'était pas un exercice passionnant. Il réussit sa métamorphose en moins d'une minute. Il regarda autour de lui et s'aperçut aussitôt qu'il était le seul. Tous les élèves étaient penchés sur leurs aiguilles et marmonnaient leurs formules en vain.
Dumbledore sillonnait les rangées en donnant quelques conseils aux élèves ayant le plus de difficultés.
Il remarqua alors l'aiguille parfaite de Tom, qui aidait Ophélia dont l'allumette était sans cesse projetée à 5 centimètres du rayon de sa baguette.
- Impressionnant... fit Dumbledore en examinant l'aiguille de près. Voyons si vous pouvez faire un peu plus, Tom...
Il sortit un crayon de sa poche et le posa sur la table de Tom.
- Un pinceau, dit-il en hochant la tête. Essayez de me faire un pinceau.
Tom prit sa baguette, tentant de se rappeler la formule concernant les objets fins entre 10 et 15 cm. Il la pointa alors vers le crayon. Au bout de quelques secondes, des étincelles jaillirent de sa baguette et vinrent heurter l'objet. Un instant plus tard, un long pinceau de bois avait pris la place du crayon.
Toute la classe le regardait à présent et Tom sentit ses joues s'enflammer violemment. Les yeux de Dumbledore étincelèrent en rencontrant ceux de Tom qui les baissa aussitôt.
- Venez à mon bureau Tom. Les autres, continuez!
Tom suivit Dumbledore jusqu'à son bureau.
- Pouvez-vous changer ceci en dé à coudre?
Dumbledore lui tendit une coccinelle. Tom hocha la tête et commença la métamorphose. À nouveau, quelques secondes plus tard, la coccinelle avait disparu pour laisser place à un dé à coudre.
- Très bien, et pourriez-vous changer cette tasse en scarabée? demanda Dumbledore. Tom remarqua qu'il y avait une pointe d'excitation dans sa voix, mais aussi une pointe de... était-ce de l'inquiétude?
Tom exécuta une série de transformations de plus en plus compliquées, mais vint à bout de chacune d'entre elles. Il s'arrêta après avoir changé la corbeille à papier en bébé hippopotame. La cloche venait de retentir.
Tom ramassa ses affaires et s'apprêta à partir avec ses camarades quand...
- Tom, restez ici je vous prie!
Tom se retourna et lança un regard interrogateur à Dumbledore qui s'avançait vers lui, ses yeux plus pétillants que jamais.
- J'aimerais m'entretenir avec vous quelques minutes, dit-il d'une voix qui semblait grave.
Tom serra ses livres contre lui, se demandant s'il avait fait quelque chose de mal. Peut-être n'était-il pas censé être capable d'aller aussi loin? Peut-être n'avait-il pas le droit d'aller aussi loin... Alors Jenny aurait des problèmes et ce serait sa faute, comme toujours ce serait...
- Vous avez été exceptionnellement brillant tout à l'heure, reprit Dumbledore, ce qui coupa net aux fantasmes angoissés de Tom.
- Il n'est certainement pas utile que vous suiviez mes cours avec les premières années, Tom. Demain je vous ferai parvenir un nouvel emploi du temps. Vous commencerez vos cours avec les quatrièmes années.
Les yeux de Tom s'élargirent et sa bouche s'ouvrit, seulement, aucun son n'en sortit, et il baissa les yeux, le visage plus rouge que jamais.
- Je sais que mes chaussures sont particulièrement magnifiques, Tom, fit Dumbledore, son ton beaucoup moins grave à présent, un grand sourire s'étendant sur son visage. Mais après votre performance de ce matin, je crois que vous pouvez me regarder dans les yeux, n'est-ce pas?
Tom releva la tête, les joues toujours écarlates.
- Merci, professeur, murmura-t-il.
- Dépêchez-vous, vous allez manquer votre prochain cours.
Tom salua son professeur et quitta la salle. Il se hâta ensuite vers sa salle d'enchantements. Il se sentait le cur mille fois plus lourd et plus léger à la fois.
Mrs Millia, qui assurait les cours de sortilège et enchantements, ne parut pas spécialement ravie de voir arriver Tom en retard à son premier cours.
- Il n'est pas de bon goût de vous faire remarquer de la sorte dés le premier cours, jeune homme... fit-elle d'un ton fielleux. Asseyez vous là.
Elle désigna la chaise libre à côté d'Electra. Tom se mordit la lèvre, mais jugea qu'il ne valait mieux pas contrarier davantage son professeur. S'il n'appréciait pas de s'asseoir près d'elle, il remarqua que son infortune était égale à celle d'Electra qui prit un air horrifié lorsqu'il s'installa à leur table en s'empressant de s'éloigner et de tirer son sac vers elle, comme si elle craignait qu'il ne soit contaminé par ce qui la dégoûtait tant en Tom.
- Bien, commença Mrs Millia d'une voix froide. Je suis la directrice de Serpentard, mais sachez que je n'en attendrai pas moins de vous pour autant. Au contraire, j'espère que vous serez tous à la hauteur de la réputation de votre maison!
Tom haussa les sourcils. Quelle réputation? Celle d'être déloyaux et ambitieux? Celle de finir par devenir des mages noirs? Devaient-ils se montrer à cette hauteur?
Cependant, aucun des autres élèves ne semblait étonné par cette déclaration. Electra, au contraire, bomba le torse et afficha le sourire supérieur qu'elle connaissait si bien.
Le cours fut intéressant, lui aussi. Tom se retrouva, une fois encore, bien plus avancé que ses camarades, mais tâcha de ne pas se faire remarquer.
Mrs Millia circulait avec une grâce féline dans la classe, ses yeux d'oiseaux étincelant chaque fois qu'un élève ne faisait pas voler sa plume correctement. C'était une petite femme très maigre, au visage et aux mains osseuses, aux yeux d'aigle brun orangé et aux longs cheveux roux sombre. Elle n'était pas laide, ni vraiment jolie. Elle possédait cette beauté étrange et austère qu'ont les femmes mystérieuses et sévères.
Après leur cours, Tom et Ophélia regagnèrent la Grande Salle pour y prendre leur déjeuner. Ils examinèrent à nouveau leur emploi du temps.
- Nous avons juste vol cet après-midi, lui dit Ophélia en refermant son cahier. Avec les Gryffondor.
Tom sentit son cur se serrer.
- Tu... tu crois qu'elles nous en veulent? Demanda Tom en désignant Chloé et Danaë qui discutaient à leur table.
- Non, je ne pense pas, répondit Ophélia. Je connais Chloé depuis longtemps, tu sais... J'habite dans le monde des Moldus, moi aussi.
- Ah bon? s'étonna Tom. Pourquoi?
Ophélia haussa les épaules.
- Mes parents s'y intéressent beaucoup... Tu sais, leur technologie et tout ça... Le téléphone, par exemple.
- C'est vrai, admit Tom. Mais seuls les gens riches en ont. À Saint Clouds, ils ne veulent pas en acheter.
À deux heures, ils se dirigèrent vers le parc où ils devaient avoir leur cours. Les Gryffondor étaient déjà là. Si Tom avait vite remarqué que les Poufsouffle et les Serdaigle ne les aimaient pas beaucoup, il ne lui fallut pas plus de temps pour s'apercevoir qu'avec les Gryffondor, ce serait plus dur encore. À peine étaient-ils arrivés à leur niveau que des exclamations indignées fusaient tout autour d'eux.
- Ne t'approche pas de moi, siffla une fille aux cheveux blond clair près de Tom.
Il s'apprêtait à lui répondre, quand il entendit une voix derrière lui.
- Ne fais pas attention, Tom.
Danaë souriait comme toujours, mais Tom vit que ses joues étaient légèrement rosées. Elle avait honte. Honte pour ses camarades, pour lui, pour elle.
- J'espère que tu n'as pas trop peur, dit-elle en désignant les balais. Moi si.
- Moi aussi ne t'inquiète pas, répondit Tom. J'ai un vertige terrible.
- Allez les enfants! cria le professeur Bott, un homme petit et trapu. Mettez-vous chacun devant un balai et dites: debout!
Tous les élèves s'exécutèrent.
Tom répéta la phrase trois fois avant que le balai ne lui saute dans la main, mais comparé aux performances de ses camarades, c'était une belle réussite. Au bout de cinq minutes, six balais s'étaient levés: celui de Tom, celui de Nathan, ceux de deux filles de Gryffondor qu'il ne connaissait pas, celui d'un garçon aux cheveux clairs et au teint pâle et celui de Danaë. Elle avait été la première à avoir son balai entre les mains.
Tom vit que le garçon au teint pâle tremblait comme une feuille lorsque Bott leur demanda d'enfourcher leurs balais et de s'élever à quelques mètres du sol.
- Qui est-ce? Demanda Tom à Danaë. Il est à Gryffondor?
- Oui, confirma Danaë. Il s'appelle Julius, Julius Malefoy.
- Malefoy? Répéta Tom incrédule. Le frère d'Electra Malefoy?
- Je suppose.
- Un Malefoy à Gryffondor! s'exclama Tom en souriant. Pauvre Electra, elle doit avoir du mal à s'en remettre Ils doivent être jumeaux en plus
Effectivement, Electra toisait son frère avec un mépris hautain. Celui-ci trembla plus que jamais en croisant le regard noir de sa sur.
Lorsque le cours s'acheva, Ophélia et Chloé repartirent ensemble vers le château et Danaë proposa à Tom de rester pour améliorer leurs vols respectifs. Danaë était sans conteste la meilleure de leur classe sur un balai. Tom s'était bien débrouillé, mais son vertige l'empêchait de se sentir à l'aise à plus de 5 mètres d'altitude.
Ils volèrent jusqu'à la tombée de la nuit, Danaë tentant désespérément de faire monter Tom plus haut. Il fut rattrapé de justesse une ou deux fois, alors qu'il commençait à flancher.
Bientôt, la nuit fut trop dense pour qu'ils puissent voler en sécurité et ils décidèrent de retourner au château. Ils avaient les joues rougies et les yeux brillants lorsqu'ils passèrent la porte de la Grande Salle, tout en conversant joyeusement. Tom se sentait épuisé, mais il avait passé une merveilleuse après-midi. Jamais il n'aurait cru possible d'être aussi heureux. Le bonheur n'était pas fait pour les gens comme lui, pour les orphelins, les pauvres et il était certain que jamais personne n'aurait autant de chance que lui
Quelques heures plus tard, Tom regagnait son dortoir. Alors qu'il s'apprêtait à dire le mot de passe (flama removit), il entendit des pas pressés derrière lui. Danaë s'approcha rapidement. Elle avait l'air gêné, mais elle lui sourit cependant.
- Je voulais s'avoir commença-t-elle. Tutu voudrais qu'on recommence, demain?
- Oui, bien sûr! s'empressa de répondre Tom sentant malgré lui le sang lui monter au visage.
Danaë eut un sourire rayonnant.
- Alors, à demain, dit-elle.
Tout se passa ensuite très vite. Danaë se pencha vers Tom et l'embrassa sur la joue. Puis elle tourna les talons et disparut dans le couloir. C'était un geste simple, juste une démonstration d'affection, mais Tom, qui n'avait été embrassé qu'une seule fois de sa vie avant cela, sentit son cur se retourner dans sa poitrine. Il finit par rejoindre son dortoir, les jambes flageolantes. Il se glissa dans son lit et laissa courir son regard par la fenêtre béante. Il faisait chaud, pour un mois de septembre, se dit-il. Il se sentait bien, jamais il ne s'était senti mieux, il était chez lui. Après toutes ces années, ces larmes, ces coups, il était chez lui.
La Voix fusa alors dans sa tête: " Mais non, tu n'es pas chez toi. Tu n'as pas de foyer, nulle part."
Tom se retourna, les mains sur les oreilles pour étouffer le murmure et, bientôt, le sommeil, l'emporta à son tour.
