Ah, il est peut-être temps que je mette une note

Non, désolée, ce n'est pas vraiment une update. C'est plutôt une remise à jour. J'en avais sérieusement marre de voir mon chapitre neuf dans mon chapitre 1, dooonc, j'ai préféré tout reposter, avec quelques légères modifications dans les chapitres (rien de terrible, simple corrections).

Par contre, pour le chapitre 19, il se pourrait (mais, vraiment, je n'en suis pas sûre) qu'il arrive plus tôt que prévu. Je ne voudrais pas trop vous donner de faux espoirs, mais en tous cas j'ai bien avancé ces derniers jours alors regardez quand même en fin de semaine

CHAPITRE 18

Notre père qui es aux cieux

La ruelle est vide. Ses pas résonnent comme des coups dans l'obscurité. Seule la sinistre litanie vient troubler le silence de la nuit. L'écho de la prière lui parvient étrangement clair malgré la distance.

Que Ton nom soit sanctifié

Il ne sait pas d'où vient la voix. Mais il la connaît. C'est une voix d'enfant et il l'a déjà entendu. Souvent, même. Mais il ne peut pas se souvenir.

que Ton règne vienne, que Ta volonté soit faite

Il sent le souffle lui manquer. Il voudrait qu la voix se taise, que la prière cesse. Mais inlassablement elle continue à psalmodier, quelque part où il ne peut que l'entendre. Il porte ses mains à ses oreilles.

sur la Terre comme au ciel.

Il souffre, il brûle, il se débat. Mais il n'y a personne. Soudain, des pleurs étouffés lui parviennent. La voix subsiste, entrecoupée de sanglots.

Pardonne-nous nos offenses Comme comme

"Non !" Il a crié cette fois. Il refuse d'écouter, il se tord de plus belle.

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

" Il n'y a pas de pardon ! " hurle-t-il. Mais est-ce vraiment sa voix? " Il n'y a pas de Dieu !"

Il doit trouver la voix, la faire taire, oui, la faire taire

Tuer

à jamais. Quelqu'un près de lui.

"Tom !"

Ne nous soumets pas à la tentation

"Tom !"

Et délivre-nous

" Silence !" Il sens ses genoux céder, les voix deviennent plus fortes. Il a mal, Seigneur Il ne supporte plus la douleur, il faut qu'il fasse quelque chose

Et délivre nous du Mal. Amen.

- Tom !

Ses entrailles étaient nouées comme des serpents. Sa bouche avait un goût de sang.

Ophélia lui donna une petite tape sur la tête.

- Tu dors en cours, maintenant?

Tom cligna des yeux. La salle de classe se matérialisa peu à peu sous ses yeux bouffis de sommeil. La salle et le visage pour le moins contrarié de Mrs Millia qui le sondait de ses grands yeux d'oiseau de proie.

- Vous feriez mieux de dormir pendant la nuit, Jedusor, cingla-t-elle. Je ne suis pas sûre que mon cours soit l'endroit le plus approprié pour se reposer.

- Je suis vraiment désolé, madame, balbutia Tom, le visage livide.

Son professeur lui lança un regard mauvais mais s'éloigna sans autres commentaires.

- Qu'est-ce qui t'arrive? Chuchota Ophélia. Tu es tout pâle

- C'est rien, assura-t-il. Juste un Mauvais rêve.

Depuis que les préparatifs pour les fêtes de Noël avaient commencés, les élèves ne tenaient plus en place. Un nouveau bal allait être organisé pour le réveillon et tous arpentaient les couloirs en quête d'un partenaire. Améthyste avait opté pour un garçon de Poufsouffle, de deux ans son aîné, qui l'avait harcelée depuis le mois d'octobre pour qu'elle accepte de l'accompagner.

Tom et Danaë, quant à eux, faisaient l'objet d'un sérieux débat au sein de l'école. Un Serpentard et une Gryffondor ? Personne ne se souvenaient d'avoir déjà vu un tel couple à Poudlard. Si Tom avait eu la naïveté de penser que cela ne pourrait qu'améliorer les relations des deux maisons et leur montrer que l'entente était toute à fait possible, il fut vite détrompé. Serpentards et Gryffondors lui lançaient des regards mauvais et les réflexions désobligeantes fusaient dès qu'ils étaient aperçus ensemble.

Non qu'il s'en trouvât particulièrement affecté. Les moqueries de ses camarades, il les subissaient depuis sa plus tendre enfance. Cependant il était presque déçu de constater que les élèves des deux maisons étaient aussi intolérants et stupidement obstinés que ce que l'on disait.

- Ça ne va pas changer, répétait Danaë en haussant les épaules. Ça fait sûrement des siècles que c'est comme ça, alors

Mais Tom refusait de se voir si vite vaincu. Il refusait d'être jugé sur sa différence. Il parlaient de moins en moins aux autres et se refermait sur ses amies.

- Mais laisse les jacasser, lui disait Chloé chaque fois qu'il tentait de s'expliquer auprès de quelqu'un. N'essaie pas de te justifier, tu n'es coupable de rien.

Améthyste et Ophélia se contentaient de froncer le nez sans même relever les insultes.

Mais ce n'était pas ses camarades de classe qui étaient responsables de la nervosité permanente de Tom. Les cauchemars l'assaillaient à nouveau. Il s'était plongé dans divers manuels d'interprétation, espérant déchiffrer la signification de ces visions qui hantaient ses nuits. De plus, la cape d'invisibilité, toujours soigneusement pliée dans sa valise, occupait de plus en plus ses pensées. S'il pouvait, ne serait-ce qu'une fois, se glisser jusqu'à la Réserve pour chercher un livre qui pourrait l'aider Mais il y avait plusieurs semaines qu'il y songeait, sans jamais oser mettre ses plans à exécution.

Ce fut le 15 décembre qu'il se décida enfin. Cette nuit là, la femme aux cheveux roux était revenue. Il entendait des cris et des supplications, puis, chaque fois, la même lumière verte l'éblouissait et il se réveillait, des pleurs enfantins résonnant à ses oreilles, une douleur lancinante dans les bras et les jambes.

Il était 17 h 15 lorsque Tom pénétra dans la bibliothèque. Quelques élèves étudiaient silencieusement, le nez plongé dans d'énormes volumes poussiéreux. Il avait lui-même des recherches à faire sur les sortilèges impardonnables. Ils étaient au nombre de trois : l'imperium, qui permettait de contrôler l'esprit de quelqu'un, le doloris, qui infligeait une souffrance terrible à celui qui le recevait et l'Avada Kedavra, le plus terrible, le sort de la mort. Il fallait une grande puissance pour les réaliser et davantage encore pour les maîtriser. Tom devait travailler sur les émotions qui entraînaient le lancement des sorts et celles qui permettaient de les contrer. Il fallait cependant s'y prendre avant que le sort ne fut lancé, car il n'existait aucune parade contre les Impardonnables. Tom évaluait difficilement l'extrémité à laquelle se trouvaient ses professeurs pour enseigner cela à des élèves de deuxième année. Ils avaient peur. L'idée que Grindelwald attaquât Poudlard flottait dans tous les esprits.

Cependant, comme à chaque fois, Tom fut incapable de se concentrer sur son travail. Quelques secondes après son arrivée, il cherchait déjà des livres susceptibles de l'aider dans l'interprétation de ses songes.

Danaë et Ophélia s'étaient rendues au stade de Quidditch pour passer les épreuves de sélections, retardées en raison du mauvais temps. Améthyste et Chloé les avaient accompagnées pour les encourager.

Tom s'installa à une table à une distance raisonnable des autres enfants, comme à l'accoutumée. Assez loin pour ne pas attirer l'attention sur ce qu'il faisait et assez près pour que son isolation ne semble pas suspecte. Il préférait que personne ne sache qu'il était dérangé par des rêves terrifiants. Il repéra un ou deux livres qui pouvaient se révéler intéressants et les feuilleta avec application. Malheureusement, ses recherches n'aboutirent pas davantage que les fois précédentes. Il s'apprêtait à renoncer lorsqu'il entendit quelque chose grincer derrière lui. Il se retourna pour voir la porte de la Réserve s'ouvrir avec un léger cri de ses gonds rouillés.

Mais il n'y avait personne.

Personne n'avait poussé la grille qui béait à présent, l'invitant insidieusement à se glisser à l'intérieur. Il parcourut furtivement la salle du regard, hésitant. Personne n'avait remarqué le phénomène.

Qu'est-ce que tu attends ? C'est ta chance, entre, ne perds pas de temps !

Lentement, Tom se leva, le plus silencieusement possible et se dirigea vers la Réserve. Son cur battait de plus en plus fort dans sa poitrine. C'était la première fois qu'il cédait sans résistance aux ordres de la Voix.

De longues rangées de livres se dessinèrent sous ses yeux, des centaines d'étagères plongées dans l'obscurité. Il s'arrêta au seuil de la pièce. Ses yeux parcoururent les premiers volumes : L'Art de l'obscur, Potions et Poisons, Sortilèges bannis, l'Histoire de la Magie Noire, Malédictions et Visions, Les Secrets des Ténèbres

Tom se figea soudain. Ses yeux revinrent en arrière et se fixèrent sur un vieux livre relié de cuir, enfoncé entre deux gros volumes. Malédictions et Visions. Pourquoi n'y avait-il pas pensé plus tôt ? Était-il possible que ses cauchemars soient plus que de simple rêves ? Se pouvaient-ils qu'ils aient Une dimension prémonitoire ?

Il fit un pas en avant, tendant la main vers l'ouvrage. Ses doigts effleurèrent la tranche, la saisirent et

- Tom ? Qu'est-ce que tu fais ?

Il dut se retenir pour ne pas crier. Faisant aussitôt volte-face il se retrouva nez à nez avec le visage morose de Myrtille Maleray. Il contint l'impulsion meurtrière qui le submergea et avisa un sourire crispé.

- Myrtille ! Qu'est-ce que tu fais là ? Tu ne devais pas assister aux sélections ?

- Aux sélections ? Que veux-tu que j'aille faire aux sélections ? Regardez des imbéciles faire de choses que je n'arriverai jamais à reproduire ?

Elle émit un couinement strident et plusieurs personnes se retournèrent.

- De toute manière je déteste ces grands rassemblements, hoqueta-t-elle, ça ne leur donne qu'une occasion de plus de se moquer de moi !

- Mais, non, Mimi, répondit Tom avec lassitude.

Il avait du mal à éprouver de la compassion pour elle, mais il devait admettre qu'elle avait raison. Elle était constamment la cible de ses camarades.

- Mais si ! Dit-elle d'une voix aiguë. Ils me font des croche-pieds chaque fois que je passe dans les rangs !

- Hum, Tu viens étudier ? Enchaîna Tom pour changer de sujet.

Il savait qu'elle était sur le point de faire une crises de larmes. L'antipathie qu'elle lui avait témoignée lors de leur première rencontre s'était envolée. Tom était sans aucun doute la personne à laquelle Myrtille faisait le plus confiance, depuis qu'il avait pris sa défense, un matin, au réfectoire. Il avait passé trois mois à le regretter. À partir de ce jour, elle s'était fait un devoir de le suivre partout en lui relatant ses malheurs quotidiens. L'intérêt qu'elle manifestait pour Tom amusait beaucoup les autres élèves et indisposait grandement le jeune garçon.

- Oui, dit-elle en reniflant. Qu'est-ce que tu faisais ?

- Je J'allais partir ! Oui, j'ai rendez-vous avec Mrs Millia tout à l'heure

- Oh, fit-elle, visiblement déçue. Bon.

- Bonne après-midi ! Lança-t-il en s'éloignant.

Il n'en revenait pas. Cette idiote venait de gâcher sa plus belle chance de parvenir à ses fins. La colère lui monta au visage, étendant une large barre rouge sur ses pommettes. Il lui fallait ce livre. Il devait absolument le lire. Cela ne pourrait que l'aider dans sa quête de réponses.

Oui, il devait l'avoir et il l'aurait, quoiqu'il arrive. Tom s'étonna lui même de tant de détermination. Un frisson parcourut son échine . Depuis quand s'emportait-il de la sorte ? Des mots blessants et cruels tourbillonnaient dans sa tête, ces mots qui auraient franchi ses lèvres devant Myrtille s'il n'avait battu en retraite si rapidement. Ça ne lui ressemblait pas. Il répugnait à faire souffrir les autres.

Mais une autre pensée vint balayer ses considérations. La cape. Il n'avait plus le choix. Il fallait qu'il l'utilise. Il fallait qu'il comprenne. Peut-être, alors, les rêves cesseraient-ils de le harceler.

Il traversa son dortoir et se laissa tomber sur son lit. Sa main chercha la boule de poils blanche pelotonnée contre son oreiller.

- Cette nuit, murmura-t-il à Nephtys, pourrait être la dernière sans sommeil.

Comme il se trompait

À 23h 17, Tom se glissait hors de son dortoir, la cape d'invisibilité soigneusement drapée autour de lui.

S'extirper de sa chambre sans éveiller les autres occupants n'avait pas été chose facile. Nathan ne cessait de se tourner et de se retourner dans son sommeil, si bien que Tom ne pouvait dire s'il dormait réellement. Thomas ronflait de toute la force de ses maigres poumons, réveillant invariablement l'un ou l'autre de ses colocataires alors qu'il émettait un vrombissement particulièrement sonore.

Plusieurs fois, Tom s'était figé dans le noir, certain d'avoir été repéré. Mais aucun des autres garçons n'avait semblé le remarquer.

Nephtys pelotonnée contre son cou, il s'avança à l'aveuglette dans les couloirs sombres. Lancer un sortilège de lumière l'eût fait facilement repéré, aussi préféra-t-il progresser à tâtons. Il connaissait si bien le chemin de la bibliothèque qu'il aurait put s'y rendre les yeux fermés. Il se trouva rapidement devant la large porte cadenassée. Rien n'était plus facile que de l'ouvrir.

- Alohomora !

Dans un léger grincement, les lourds gonds de cuivre pivotèrent. Devant Tom, la bibliothèque apparut, gorgée d'ombres, immense et vide. Il entra avec précaution, refermant silencieusement la porte derrière lui.

Il n'avait jamais imaginé avoir cette pièce gigantesque à lui tout seul. Un sentiment d'intimité naquit en lui, comme s'il avait un lien profond avec chacun des livres qui reposaient sur les étagères poussiéreuses. Il lui sembla entendre des murmures comme il avançait entre les rayonnages, une rumeur secrète qu'il était le seul à percevoir. Toute angoisse le quitta subitement. Il se sentait parfaitement à l'aise dans l'obscurité et le silence, seul et apaisé. Il agita sa baguette :

- Lumos !

Un fin rayon de lumière jaillit de son extrémité et balaya les volumes entassés tout autour de lui. Il laissa tomber sa cape sur une chaise et se dirigea à pas de loup vers la Réserve. La grille était ouverte. Il ne se posa aucune question et entra avec assurance.

Il inspecta méthodiquement les différents livres qui s'étalaient devant lui. Un émerveillement enfantin l'envahissait peu à peu. Tous ces livres, toute cette connaissance à portée de main ! Comment était-il possible que tant de chose soient sues ?

Il retrouva rapidement Malédictions et Visions. Il tira délicatement le livre vers lui et le mit sous son bras. Il se dirigeait déjà vers la porte quand quelque chose attira son regard. Il leva sa baguette pour éclairer un petit livre usé et recouvert d'une épaisse couche de poussière blanche. De toute évidence, il y avait des années que l'on n'y avait plus touché. Tom se pencha pour déchiffrer l'inscription, gravée en lettres noires sur la quatrième de couverture : Les Cercles des Pouvoirs. Il contempla longuement ce titre. Pourquoi lui semblait-il l'avoir déjà vu quelque part ?

Cercles des pouvoirs

Il fut prit d'un besoin irrésistible d'ouvrir le petit volume. Les mots étaient étrangement familiers.

Cercles

Pourquoi son cur battait-il si fort ? Où avait-il entendu cela ?

C'est alors que tout lui revint. Une douleur mordante dans son dos, des flammes devant lui, sur lui, dans ses yeux, des mots, des mots qui brûlaient.

Le cercle est refermé.

Le cercle. C'était ce qu'il cherchait, ce qu'il attendait depuis près d'un an, depuis ce soir là dans la Grande Salle, lorsque la tempête avait éclatée. Le soir de son anniversaire. Et dans cet ouvrage, toutes les réponses à ses questions l'attendaient, il en était certain. Il serra le livre contre lui, prit d'un étourdissement soudain. Il tituba jusqu'à une chaise et s'y laissa tomber, Les Cercles des Pouvoirs déjà ouvert sur ses genoux. Il parcourut les pages introductives avec intérêt.

Les Cercles Des Pouvoirs apparurent après l'an mille. Ils devaient alors se composer, d'après les prédictions faites à l'époque, de vingt-six membres, treize dans chacun des cercles.

Il convient à présent de parler de ces cercles. Il fut prédit, en l'an huit cent quarante, la venue au monde de treize mages noirs, treize sorciers qui apparaîtraient à différentes époques et dont les pouvoirs n'auraient pas d'égal dans le monde magique. À Cette lignée, il fut donné le nom de Cercle de l'Obscur.

Toutefois, les Oracles annoncèrent la naissance de treize autres mages, qui, tour à tour, se dresseraient contre chacun des membres de l'Obscur. À ce second cercle, on donna le titre de Cercle de Lumière.

Tom s'arrêta un instant de lire. Il inspira profondément et tourna la page, les mainstremblantes. Le livre parlait des membres répertoriés de ces deux cercles. Les affrontements étaient généralement espacés d'un siècle, mais il arrivait, comme au XIVème siècle, que deux mages noirs se lèvent à quelques années d'écart. Chaque fois, l'élu de la lumière affrontait celui des ténèbres. Tom remarqua que les victoires étaient mitigées et que, sur les onze cas qui étaient présentés, seul cinq mages du Cercle De Lumière l'avait emporté sur leur ennemi. Six fois, donc, les Ténèbres avaient triomphé.

Après la mort des mages noirs, l'ordre revenait, mais les périodes de règne de ces derniers étaient de sanglantes transitions. Il était également dit que le Cercle de l'Obscur désignait ses membres par le sang. Tous les sorciers qui en faisaient partie avaient donc, quelque part, un ancêtre commun. Le Cercle de Lumière, par contre, choisissait ses adeptes au hasard.

Tom tourna à nouveau la page. Son souffle s'étouffa dans ses poumons. Le chapitre était intitulé " Le Talisman ". Et en dessous de ces lettres, une représentation presque parfaite de l'amulette de Tom y était tracée.

Le Talisman est le symbole du Pouvoir. Nul ne connaît exactement les secrets qu'il renferme, cependant, à chaque génération des Cercles des Pouvoirs, les deux mages se le disputeront. Celui qui pourra se l'attribuer et se servir de ses pouvoirs remportera la lutte et anéantira son adversaire.

Tom se figea. Il regarda à nouveau la gravure. Il n'y avait aucun doute possible. C'était son amulette, celle que sa mère avait cachée à son attention, parlant d'une prophétie qui Il avait peur de comprendre.

Il poursuivit sa lecture jusqu'aux caractéristiques attribuées aux mages des deux cercles. Il lut et relut celles concernant les élus de la lumière.

Tous les élus se trouvèrent orphelins à un jeune âge. Généralement élevé dans le monde moldu (exceptée Analya Ziccieva), ils menèrent une scolarité brillante. Leurs talents particuliers résidaient dans le duel et la métamorphose. Enfin, ils furent tous dérangés par des rêves prémonitoires ou des visions prophétiques.

Tom tremblait à présent de la tête aux pieds. Il passa la main dans ses cheveux à plusieurs reprises, le regard fuyant, légèrement nauséeux.

- Nephtys, murmura-t-il à la petite bête, sagement couchée en rond sur la table. Nephtys, rappelle-moi est-ce que la métamorphose et le duel sont mes matières de prédilection ?

La chatte le regarda sévèrement.

- Et J'ai bien été orphelin à un jeune âge, élevé dans le monde moldu et dérangé par des rêves inexplicables ?

Elle s'assit sur ses pattes de derrière, lui lançant un regard grave.

- Et je détiens le Talisman du Pouvoir, acheva-t-il dans un souffle.

Il posa une main sur le pelage de Nephtys.

- Seigneur, murmura-t-il d'une voix plaintive, est-ce que cela pourrait vouloir dire que c'est moi le le douzième élu de la lumière ?

Mais il n'eut pas l'occasion d'interroger son chat plus longtemps. Des pas sonores retentirent dans le couloir . Affolé, Tom jeta la cape sur sa tête et bondit de sa chaise, puis s'enfonça dans les ombres de la bibliothèque.

Mrs Loob ouvrit violemment la porte. La pièce était vide. Pourtant, elle aurait juré avoir entendu du bruit dans la Réserve, alors qu'elle effectuait sa dernière ronde nocturne.

- Il y a quelqu'un ? Lança-t-elle d'une voix aigre. Montrez-vous !

Mais personne ne fit écho à ses paroles. Elle fit quelques pas à l'intérieur et plissa ses petits yeux chassieux. Finalement, elle haussa les épaules et tourna les talons, décidée à finir son travail au plus vite avant d'aller se coucher. Après tout, elle n'avait jamais demandé les horaires de nuit.

Elle ne vit même pas la chaise tirée, pas plus que les deux livres, négligemment jetés sur le sol.

Tom se dirigeait vers la Grande Salle à pas lents. Il n'arrivait même pas à se rappeler pourquoi il était venu, en fin de compte. Ce soir, le grand Bal de Noël avait lieu. Il aurait pu passer un bon moment, bien sûr, si tout n'était pas allé de travers, comme d'habitude.

Danaë était tombée malade la veille. Une fièvre récurrente se répandait à travers le collège et une trentaine d'élèves en souffrait depuis plusieurs jours. Poppy Pomfresh, l'assistante de l'infirmière, était passée dans toutes les salles communes leur annoncer qu'il ne s'agissait que d'une maladie bénigne et que tous les infortunés seraient bientôt sur pieds.

Mais cela ne changeait rien au problème, ce soir. Danaë n'avait pas pu venir et avait refusé qu'il restât avec elle, assurant qu'il s'amuserait beaucoup plus au bal.

Sans aucun doute, il allait s'amuser, tout seul dans un coin. Ophélia et Justin venaient ensemble, ils n'auraient pas de temps à perdre avec lui. Améthyste était déjà au bras de son cavalier, un grand garçon au visage pâle et long qui était passablement terrorisé à l'idée de danser avec une fille. Chloé n'était pas venue non plus. Elle avait repoussé tous ses prétendants les uns après les autres. Tom ne pouvait dire s'il s'agissait simplement de timidité ou si la jeune fille détestait sincèrement les garçons.

Donc, en entrant dans la salle magnifiquement décorée, Tom était déjà préparé à passer une longue et ennuyeuse soirée.

Il se fraya un chemin à travers les couples qui dansaient déjà sur une musique entraînante. Il soupira. Il aurait dû passer sa soirée à la bibliothèque et poursuivre ses recherches.

Il était revenu à la Réserve, le lendemain de sa découverte, mais, mystérieusement, la grille était resté close. Et depuis, il n'avait jamais pu s'introduire dans la section secrète à nouveau. Il avait tenté de continuer ses investigations avec les livres mis à sa disposition, mais le résultat n'était pas très concluant.

Il trouva une chaise esseulée dans un coin et s'y laissa tomber avec gratitude. Au moins, il n'aurait pas à passer la soirée debout.

Tom avait beaucoup réfléchi. Ce qu'il avait découvert était trop gros pour être une coïncidence. Tous les signes convergeaient vers une seule hypothèse : Il faisait partie du Cercle de Lumière. D'une manière ou d'une autre, sa mère l'avait découvert. Voilà pourquoi elle avait cachée l'amulette pour que lui seul puisse la retrouver. Voilà pourquoi elle avait décidé de le mettre au monde, au péril de sa vie. Et il n'avait plus le choix. Tôt ou tard, il devrait affronter le douzième élu des Ténèbres. Il en avait même oublié de déchiffrer ses rêves.

Il frissonna alors que ces pensées traversaient une nouvelle fois son esprit. Mourir ou tuer. C'était le seul choix qu'on lui laissait. Que deviendrait-il, alors ? Comment lui, Tom Jedusor, le pauvre petit orphelin, comment pourrait-il jamais triompher d'un mage noir ? L'idée était ridicule. C'est alors que la Voix se fit à nouveau entendre au creux de sa tête.

Oh, bien sûr, Tom Jedusor ne le pourrait jamais.

En un éclair, Tom revit le froncement de nez d'Électra lorsqu'il lui avait dit son nom. La Voix n'avait pas tort, pensa-t-il.

Jedusor

Ce nom qu'il haïssait avec une passion grandissante, le nom de son père, un simple moldu qui avait assassiné sa mère

Il inspira un grand coup. Non, Tom Jedusor ne ferait jamais rien de sa vie. Ce nom était une insulte, il n'avait pas choisi de le porter et il ne le subirait pas. S'il devait jamais faire de grandes choses, il lui en faudrait un autre. Un nom qu'il se serait forgé lui-même, qui inspirerait le respect, ou même peut-être la peur

Tom arrêta net le flot de ses pensées. Il balaya la Grande Salle du regard. C'était la déception qui le faisait divaguer de la sorte. Ça ne pouvait être que ça.

Pourtant, l'idée s'était ancrée dans son esprit. Elle se déployait inexorablement, lui paraissait de plus en plus logique. Un nom. C'était tout ce qu'il lui fallait. Un nom et il pourrait être ce qu'il souhaitait. Il échapperait à sa condition dégradante, il n'aurait plus rien de cet homme qui avait gâché son enfance.

Il se leva lentement et s'approcha de la table du buffet. Il saisit une des serviettes blanches éparpillées çà et là. Puis il plongea sa main sous sa robe et en tira un stylo moldu qu'il avait volé à Saint Clouds l'été précédent. S'éloignant à nouveau de ses camarades, trop occupés pour le remarquer, il regagna sa place initiale. Il posa le morceau de papier sur ses genoux et se mit à réfléchir. Il fallait trouver un nom qui ait su sens, du moins pour lui. Sans y prendre garde il griffonna sur la serviette.

TOM ELVIS JEDUSOR

Il songea un instant à ne garder que le nom " Elvis ", celui de son grand père. Mais il se ravisa rapidement. Ça n'avait rien de très impressionnant. Ce nom devait être le sien. Ou plus précisément, il devait être ce nom. Il tapota la mine sur la serviette.

- Je suis Je suis

Il s'arrêta. " Je suis " était dans son nom. Tom avait toujours était doué pour les anagrammes qui l'amusaient beaucoup quand il était petit. Il réécrivit le nom, changeant la place des lettres qu'il avait utilisées:

JE SUIS TOM ELV DOR

Tomelvdor ? ça ne donnait pas grand chose. Il écrivit encore, inversant les lettres :

JE SUIS DORLEVMOT

Tom grimaça. C'était encore plus ridicule que le précédent. S'il voulait être respecté, il fallait que son nom est une certaine grandeur, tout de même.

Tu veux qu'il inspire la terreur.

Non. Ce n'était pas ce qu'il voulait.

Ah non ? Ce n'est pas ce que tu songeais, il y a quelques minutes ?

Pas du tout. Il voulait simplement oublier le nom de son père et s'en inventer un qui puisse Qui puisse

Faire trembler tes ennemis. Un nom qu'ils n'oseront même plus prononcer.

Tom secoua la tête.

- Tu as tort, dit-il tout haut.

Heureusement, personne ne put l'entendre et ses mots se perdirent dans l'océan de musique et de rires. Il baissa à nouveau les yeux sur ses essais.

Ton destin est de tuer ! Tu le sais, n'est-ce pas ? Mourir ou tuer. Que choisis-tu, Tom Jedusor ?

Il serra les dents. Cette voix ne se tairait-elle donc jamais ? Devenait-il vraiment fou ?

La Mort t'attend de toute manière, sur tous les chemins. À toi de décider si ce sera la tienne ou non

- La ferme ! Hurla-t-il soudain, plaquant ses mains sur ses tempes.

Cette fois-ci plusieurs personnes se retournèrent. Tom aperçut Christiane Dinar, une élève de Serpentard de troisième année, s'approcher de lui.

- Est-ce que ça va ? Demanda-t-elle d'une voix morne.

- Ou-oui, bégaya Tom en changeant de couleur. Juste un Vertige.

- Ah je vois, dit-elle en s'éloignant. Tu devrais peut-être te coucher.

Tremblant, Tom ramassa le petit carré de papier. Il ne voulait pas croire ce que la Voix lui disait. Personne ne pouvait décider pour lui. Il était aux commandes de sa vie. Il n'accepterait plus les " jeux du sorts " qui avaient régi son existence.

Pourtant, que pouvait-il faire ? Était-ce la vérité ? La mort était-elle irrémédiablement inscrit dans son destin ? Était-ce cela que Miss Lynn avait vu dans sa main ?

Ses yeux retombèrent alors sur les lettres inscrites.

JE SUIS TOMELVDOR

DORLEVMOT

Mort. Mort' était dans son nom. Reprenant fébrilement son stylo il traça de nouvelles lettres :

JE SUIS MORT

Il sentit son sang se glacer. La phrase se mit à battre dans sa tête. Il lui restait cinq lettres. D, L, E, V et O. Des dizaines de combinaisons possibles. Mais la main de Tom n'hésita plus. Comme s'il avait toujours su, comme si le mot était une simple évidence, il changea les lettres de place une dernière fois. Il lut. Sa main trembla. Vint se placer contre sa bouche.

Il lâcha le morceau de papier et tourna les talons, traversant la Grande Salle le plus vite possible, bousculant plusieurs personnes dans sa hâte. Puis il disparut derrière la lourde porte qui émit un claquement sinistre en se refermant sur lui.

Christiane Dinar regarda Tom Jedusor se précipiter hors de la salle, le teint verdâtre, comme s'il avait été sur le point de vomir. Elle remarqua le petit papier et le stylo qu'il avait apparemment oubliés sur la table. Elle s'approcha, curieuse, et saisit ce qui s'avéra être une serviette de table. Elle fronça les sourcils. Un instant, elle avait cru voir plusieurs mots, griffonnés à la hâte, mais lorsqu'elle examina la serviette, elle ne lut plus qu'une seule phrase, tracée au milieu du rectangle de papier en longues lettres noires et précises :

JE SUIS VOLDEMORT

- Tom ! Debout Tom ! Tu vas être en retard !

- Quoiquequoi ?! Quessiquispasse ?

Tom bondit hors de son lit avant même d'être réveillé.

À son chevet, Magnus Fritz, un de ses camarades de chambre, se tenait aussi droit qu'un piquet dans du sable. C'était la première fois que Tom l'entendait prononcer une phrase complète.

- Magnus ? Dit-il en réprimant un bâillement. Qu'est-ce qu'il y a ? C'est dimanche aujourd'hui.

Magnus émit un grognement caractéristique et reprit son attitude habituelle.

- Pré-au-lard, dit-il laconiquement.

La lumière se fit instantanément dans l'esprit engourdi de sommeil de Tom. Pré-au-lard, bien sûr ! Il avait complètement oublié ! Il sauta dans ses vêtements et fit sa toilette en deux temps trois mouvements avant de se précipiter au bas des escaliers. Les sorties à Pré-au-lard, un village entièrement peuplés de sorciers situé aux alentours du collège, étaient normalement exclusivement réservée aux troisième année et plus. Mais aujourd'hui 31 décembre 1940, Le directeur avait donné une autorisation spéciale aux élèves de première et deuxième année afin qu'ils puissent s'y rendre également. C'était sa façon de fêter la nouvelle décennie qui commençait.

Tom se tordit la cheville dans sa hâte et fit une entrée clopinante dans la Grande Salle. Il s'assit à côté d'Ophélia qui écrasa son bol de céréales à l'aide d'une grosse boîte rouge. Tom resta interdit une seconde, contemplant l'objet avec perplexité.

- Bon anniversaire, précisa la jeune fille. Ça t'arrive de ne pas oublier ?

Tom fut pris au dépourvu. Pourquoi ne se souvenait-il jamais de la date de sa naissance ? Était-ce par habitude de voir les gens fêter le nouvel an alors qu'il était mis à l'écart ? Ou bien avait-il continuellement trop de choses à l'esprit ?

- Je Non, dit-il en rougissant. M-merci.

- Ouvre le ! Dit-elle joyeusement. J'ai eu un mal fou à ne pas te le donner avant

Tom dénoua le ruban bleu qui maintenait la boîte fermée. Il souleva le couvercle et en sortit un objet long et pointu, emballé dans du tissu.

- C'est fragile, expliqua Ophélia, il faut y faire attention.

Tom retira le tissu et fit rouler la chose entre ses mains. Cela ressemblait à une défense d'éléphant creuse ou à un petit cor. Tom jeta un regard étonné à son amie.

- C'est une corne d'abondance, déclara-t-elle en souriant. Si tu lui demandes quelque chose elle te le donne. Regarde.

Elle prit la corne et dit d'une voix claire :

- Confiture de mûre !

La corne émit un bruit étrange, comme une petite détonation. Tom se pencha et regarda à l'intérieur. Elle était pleine d'une matière gélatineuse vaguement jaune.

- Marmelade d'orange, grogna Ophélia en goûtant la mixture. Évidemment, je l'ai achetée d'occasion, alors ça ne marche pas à tous les coups

- C'est génial, répondit Tom en remettant la corne dans sa boîte. De toute façon je préfère les oranges.

À cet instant, le professeur Dumbledore toussota au fond de la salle. Le silence fut immédiat. Il sourit à ses élèves et se leva.

- Comme vous le savez tous, aujourd'hui est un jour spécial. Avant le réveillon de ce soir, tous les élèves ont reçu l'autorisation de se rendre à Pré-au-lard.

Un murmure d'excitation traversa la Grande Salle.

- Cependant, poursuivit Dumbledore, j'aimerais vous demander la plus grande prudence tout au long de cette journée. Vous connaissez tous la menace qui plane sur la région. Restez en groupes une fois dans le village et, surtout, ne le quittez sous aucun prétexte.

Les élèves échangèrent des regards graves et le professeur Dumbledore frappa dans ses mains.

- Bien, en attendant bon appétit !

Il se rassit et les conversations reprirent, à peine altérées par les mots du directeur adjoint.

Quelques minutes plus tard, Tom remontait au dortoir pour y chercher ce dont il aurait besoin pour la journée. Ce dont il avait besoin, songea-t-il, c'était de se changer les idées. Il ne parvenait toujours pas à comprendre ce qui avait causé sa fuite le soir de Noël, ni pourquoi ce qu'il avait écrit l'avait mis si mal à l'aise. En regardant ces mots, une terrible impression de déjà vu l'avait pris à la gorge et les cris, les pleurs des rêves étaient remontés à la surface.

Il secoua la tête. Ce n'était pas le moment d'y penser à nouveau, maintenant qu'il avait réussi à se débarrasser de cette sensation. Il allait tenter de s'amuser un peu. De bien entamer sa treizième année d'existence.

Il regarda de plus près la corne d'abondance d'Ophélia. C'était un objet très pratique. À priori, il pouvait lui fournir tout ce qu'il désirait. Il réfléchit une seconde. Que désirait-il, au fond ? De quoi avait-il besoin ?

- Je voudrais des réponses, murmura Tom en reposant la corne.

Il se passa alors quelque chose de très inattendu. La corne se mit à trembler, à vibrer comme un instrument de musique. Tom la contempla avec des yeux ronds. Pouvait-elle vraiment lui donner ce qu'il attendait ? Il y eut un bruit mat et quelque chose fut éjecté du cylindre. Tom s'approcha pour découvrir ce dont il s'agissait. Ses yeux s'agrandirent. Aucun doute possible. Sa corne avait Pondu.

Il soupira et ramassa un petit uf rond et blanc. Ophélia l'avait bien prévenu qu'elle l'avait achetée d'occasion.

Soudain, l'uf se mit à bouger. Tom le posa sur son lit et l'observa. Il y eut un léger craquement et il vit un bec minuscule percer le sommet de la coquille.

- Oh, non, murmura-t-il.

Au bout de quelques minutes, un oiseau de la taille de son pouce avait éclos. C'était vraiment la dernière chose dont il avait besoin. Un oisillon tout juste né. Pour sa plus grande surprise, l'oiseau déploya presque aussitôt ses petites ailes et se mit à voleter autour de lui en piaillant. Pourtant, les oisillons restaient des semaines au nid avant de prendre leur première volée.

Tom examina le petite bête qui s'était perchée sur son épaule en gazouillant joyeusement. Apparemment, elle déclenchait les foudres de Nephtys qui feula des qu'elle l'aperçut.

- Non, désolé Neph, je ne te laisserai manger un bébé oiseau sous mes yeux. Je sais que tu n'aimes pas tout ce qui vole, mais là

L'oisillon n'était pas très esthétique. Son plumage était d'un brun sale et ses yeux noirs encore collés sous ses plumes humides. Mais il ne paraissait absolument pas disposé à quitter l'épaule de Tom qui, après l'avoir chassé deux ou trois fois abandonna la bataille. Il descendit donc avec son oiseau fermement posé sur l'avant bras et rejoignit la Grande Salle.

- Bon anniv Améthyste ravala sa phrase. C'est quoi ça ?

- Sais pas, répondit Tom. Un moineau ?

Le moineau émit un hululement et voleta autour de la tête de son maître pour se donner en spectacle.

- Il est mignon, commenta Danaë. D'où est-ce qu'il vient ?

- De la corne d'Ophélia, dit-il entre ses dents.

- Tu as demandé un oiseau ? s'étonna-t-elle.

- Pas exactement

- Vous savez que les moineaux sont porteurs de toutes sortes de maladies ? intervint Chloé.

Bientôt, la petite troupe suivait les professeurs qui menaient la longue file d'élèves vers le village mythique.

Tom s'émerveillait au fur et à mesure qu'ils pénétraient à Pré-au-Lard. Les toits et les murs avaient toutes sortes de formes et de couleurs incongrues, le clocher qui s'élevait à l'entrée de la ville était si tordu qu'il se demandait comment il ne s'était pas encore écrasé sur le reste de l'église. Tout semblait avoir été assemblé et collé à la hâte, les constructions ne s'encastraient pas les unes dans les autres, tout était merveilleusement bancal et étrange. Jamais il n'avait contemplé pareil spectacle.

Tom zigzagua entre les arbres et les maisons multicolores qui se penchaient vers la route anguleuse. Il suivait ses amies, un peu en retrait, espérant profiter au maximum de ses quelques heures d'insouciance.

- Je suis éreintée, soupira Améthyste aux alentours de midi.

Ils avaient arpenté le village de part en part depuis le matin. Tom les avait traînées dans chaque recoin, chaque boutique, chaque place avec un enthousiasme débordant. Les pieds des quatre filles demandaient à présent leur grâce.

- Oh ! tiens, justement, une taverne ! quelle coïncidence ! S'exclama innocemment Ophélia.

- D'accord, d'accord, soupira Tom, comme vous voulez

Ils pénétrèrent dans une petite pièce à la lumière tamisée. Ça et là, quelques sorciers sirotaient leurs boissons en bavardant. Chloé choisit une table vers le fond, un peu isolée des autres afin qu'ils puissent discuter un toute tranquillité. Mais à peine était-il assis que Tom remarqua quelque chose d'étrange. À quelques tables de la leur, un homme les observait avec attention. Il était vêtu d'une longue cape noire et sa capuche était rejetée sur ses épaules, si bien que Tom put examiner son visage à loisir. Il n'avait rien de très particulier et c'est là ce qui inquiéta le plus le jeune garçon. L'homme avait de petit yeux bruns fatigués, un menton long et pointu et des cheveux blonds sales. Cependant, il y avait dans son expression quelque chose qui mit Tom mal à l'aise. Peut-être était-ce son regard lourd qu'il sentait pesait sur sa nuque alors qu'il parlait avec ses amies.

Lorsqu'ils ressortirent, la pluie et le vent les accueillirent avec effusion. Chloé insista pour qu'ils se rendent à la boutique animalière où elle voulait acheter une lotion anti-parasitaire pour son chat. Ils la suivirent donc tous en sautant dans les flaques de boue et en s'enfonçant dans l'herbe humide.

Ce fut l'odeur qui frappa Tom quand il pénétra dans le magasin. Une odeur de fauve et de paille qui émanait des cages empilées un peu partout. Il jeta un il aux spécimens de la boutique. Des crapauds, des chats et des hiboux de toutes les couleurs s'agitaient de part et d'autres. D'autres animaux, plus rares, se trouvaient au fond de la pièce.

- Bonjour, les enfants, chevrota une voix.

Tom découvrit une grande femme maigre et sèche aux cheveux blancs et au visage parcheminé.

- Que puis-je pour vous ? Demanda-t-elle avec un sourire bienveillant.

Le moineau, toujours accroché à l'épaule de Tom gazouilla avec approbation. La vieille femme tourna ses yeux clairs vers lui.

- Oh ! Quel beau spécimen ! dit-elle en effleurant l'oiseau du bout des doigts. Il est bien rare d'en trouver par ici

Tom la regarda avec surprise.

- Ce n'est qu'un genre de moineau, déclara-t-il en haussant les sourcils.

- Un moineau ? S'indigna la vendeuse. Absolument pas ! C'est un oiseau sumérien ! Si je ne me trompe pas

Elle saisit la petite bête et l'examina de plus près.

- Oui, c'est bien ça, dit-elle finalement. C'est un aigle royal.

Tom sentit son cur manquer un battement. Le monde vira au gris sous ses yeux. Des bribes de phrases

Méfie-toi des aigles !

Envahissaient peu à peu

Des aigles dans la volière ?

Son esprit soudain engourdi.

Oiseaux tranchants

Je voudrais Des réponses.

- Tom ? s'inquiéta Danaë. Tom qu'est-ce qu'il y a ?

Mais il ne répondit pas. Les aigles Les aigles étaient sa réponse. Ceux qu'il avait vu dans la Forêt Interdite, l'hallucination qu'il avait eu, la tour en feu Tout cela aurait donc un lien avec ses problèmes actuels ?

Des aigles dans la volière ? Ça ne peut pas être une coïncidence.

Se méfier Il devait se méfier des aigles. C'était ce que sa mère lui avait dit, ce que Miss Lynn avait répété par la suite.

- Ils sont souvent considérés comme des oiseaux de mauvaise augure, liés à la magie noire, commenta la vieille femme. Mais ce sont de magnifiques animaux, vous ne trouvez pas ?

Tom se sentit pris de vertiges. Magie noire ? Ce pourrait-il que les aigles soient réellement liés à cela ? Peut-être Il déglutit. Le douzième envoyé des Ténèbres. Si ces oiseaux lui appartenait ? Si Il s'en servait pour trouver Tom ? La panique fusa dans ses membres à toute allure.

- Je Je ne me sens pas très bien, balbutia-t-il. Je vais prendre l'air.

Il sortit précipitamment, abandonnant ses amies dans la boutique. Il courut presque à travers la rue, son regard glissant de droite à gauche. Il repéra enfin un endroit qui semblait désert, une rangées d'arbres en retrait de la route. Il s'y réfugia aussitôt et se laissa glisser sur le sol. Une vague de nausée le submergeait, son cour battait comme un tambour. Il entendit alors le gazouillis du petit aigle près de lui. Une bouffée de rage lui monta à la gorge.

- Va-t-en ! hurla-t-il à l'adresse de l'oiseau. Va-t-en ! Vous n'allez donc jamais me laisser en paix ?!

Il tenta de chasser l'aigle du revers de la main, mais c'était peine perdue.

- Va-t-en, ou je te préviens

Il tremblait de fureur. Ces oiseaux Ils étaient dangereux, ils étaient responsables de ce qui se passait. Oui, il fallait se méfier des aigles, chasser les aigles,

Tuer

Les empêcher de s'approcher, il fallait

Les exterminer

Les faire payer pour tout ce qui lui arrivait.

- Va-t-en, murmura Tom au petit oiseau. Ou alors

Toute notion de bien et de mal, toute logique l'avait quitté. Même l'absurdité de ses pensées ne le frappa pas. Il ne voyait plus qu'une seule évidence : le danger. Il le sentait tout près de lui.

Comme un animal Un animal sauvage. Il faut te défendre !

Il leva sa baguette. Le petit aigle s'élança soudain sur lui. Il le vit, les serres tranchantes, le bec acéré qui arrivait à tout vitesse vers son visage. Son bras n'hésita pas. Les mots sortirent de sa bouche avec un tel naturel qu'il lui sembla incroyable que ce pût être la première fois qu'il les prononçait.

- Avada Kedavra !

Une lumière verte et forte, si semblable à celle de ses rêves, jaillit de sa baguette. Elle frappa l'oiseau en plein cur. Il resta un instant figé dans les airs, puis tomba sur le sol avec un bruit mat. Toute constance quitta Tom au même instant. Elle s'échappa comme un fluide de son corps. Il vacilla. Son regard se posa sur la petite souris noire que l'aigle prenait en chasse alors qu'il avait cru se voir attaquer, puis sur le cadavre inerte de l'oiseau. Il venait de tuer une créature vivante.

La panique le frappa alors. Il venait d'utiliser un sortilège impardonnable. Il venait de lancer l Avada Kedavra. Si quelqu'un l'avait vu

Un rire fusa derrière lui. Long et froid, il envoya des frissons dans tout son corps. Tom fit volte-face, le visage livide, sa baguette encore levée. En face de lui, l'homme de la taverne le regardait de ses yeux brillants, un sourire moqueur sur ses lèvres minces.

- Jamais je n'aurais cru qu'à ton âge tu sois déjà capable de maîtriser de tels sorts, dit-il d'une voix glacée.

- Je Je n'ai pas voulu Pas fait exprès Murmura Tom misérablement.

Les larmes lui montaient aux yeux. Qui était cet homme ? que voulait-il ?

- Tu es encore très jeune, soupira l'homme. C'est regrettable. Mais les choses sont ainsi faites et je vois que je n'arrive pas trop tôt.

Il avança sa main maigre vers le cadavre de l'oisillon. Quelque chose s'éveilla alors dans l'esprit de Tom. Une brume de souvenir, aussi brusque que douloureuse.

Il était couché sur le dos, sa tête était sur le point d'exploser. La fièvre tenait tout son corps, il ne pouvait pas échapper à la douleur, elle était partout. Puis des pas au-dessus de lui. Un souffle sur son visage. Danaë. Elle est là, elle le sauvera. Mais une ombre s'approche, plusieurs ombres. Ce sont les Autres. Ils se penchent sur lui, leurs mains sont sur sa gorge, il voit presque leurs visages

Le visage du souvenir s'effaça peu à peu pour laisser place à celui de l'homme blond. Tom recula et se recroquevilla sur lui-même.

- Qu'est-ce que vous voulez ? Gémit-il.

- Tu sais ce que je veux, répondit l'homme. C'est comme ça. Il te faut mourir.

Une fraction de seconde plus tard, sa baguette était dans sa main, pointée en direction de Tom.

Mais il ne prononça aucune parole. Ses yeux étaient braqués sur la poitrine du jeune garçon.

- Oh, Seigneur chuchota-t-il.

Les yeux de Tom se baissèrent malgré lui. Un jet de lumière rouge transperçait sa cape à travers ses robes. Il sentait l'amulette chauffer contre sa peau. La lumière atteignit la gorge de son assaillant comme une flèche. L'homme lâcha sa baguette et tomba à genoux les deux mains posée sur son cou. Il se mit à suffoquer. Ses ongles labourèrent le vide autour de lui, s'enfoncèrent dans la terre. Ses yeux se révulsèrent comme il tentait d'arracher son col sans y parvenir. Horrifié, Tom recula en trébuchant. Il s'affaissa sur le sol et rampa hors de porté derrière le tronc d'un arbre. Un flot de sang écumait entre les lèvres de l'homme. Et soudain, ses iris se tournèrent vers Tom, sa voix jaillit, en un croassement sourd, presque un ricanement.

- Tucrois que tu m'as vaincu ?

Il haleta comme un animal blessé, essayant de s'avancer vers le garçon.

- Ma mort ne te servira à rien ! D'autresd'autres viendront !

Il se redressa alors sur ses genoux, ses doigts repliés comme des serres , la gorge ruisselante de sang.

- Sois maudit, s'écria-t-il de toute la force qui restait dans ses poumons. Puisses-tu ne jamais trouver aucune paix ni aucun refuge sur Terre ! Puisses-tu vivre pour voir tomber tous ceux que tu aimes ! D'autres d'autres sont déjà en chemin

Tom hurla. Toute sa voix semblait lui être revenue d'un seul coup. Il plaqua ses mains sur ses yeux et cria encore et encore. Il ne s'arrêta que lorsqu'il entendit le choc sourd du corps de l'homme qui s'écrasait sur le sol. Il osa enfin ouvrir les yeux. Le spectacle était désolant. De tous côtés, des gens accouraient, affolés, pour découvrir le cadavre d'un homme, tout ensanglanté, grotesquement étendu sur les feuilles mortes et un enfant tremblant, pelotonné derrière un arbre.

Tom perçut des murmures autour de lui, des visages qui se pressaient au-dessus de sa tête. Il distingua la barbe rousse du professeur Dumbledore et l'éclat de ses lunettes dans le brouillard. Et il entendit les mots qui glissaient sur les lèvres de chacun.

" Un envoyé Trop dangereux iciC'est encore lui n'est-ce pas ? Il a bien faillit le tuer Pas de doute c'est ça "

Une femme tout près de lui murmura alors :

- C'est bien un émissaire de Grindelwald.