Chapitre 5 – Cadeau d'adieu
« Ils vont bien. Le petit garçon a le bras cassé mais à part ça, ils vont bien. Sans doute un peu sous le choc. Doublement même. »
Teyla était soulagé mais à la dernière phrase du Caporal elle fronça les sourcils.
« Doublement ? »
« Heu oui, enfin, je veux dire, être coincés la dedans avec McKay … je veux dire avec le Docteur McKay … ça doit pas être drôle. Enfin, vous voyez ce que je veux dire … »
Le militaire commençait à bafouiller.
« Oui, Caporal, je crois que je vois de quoi vous voulez parler. »
La réputation de McKay n'était pas celle d'un « rigolo » comme dirait le Lieutenant Ford. Mckay était avant tout un bourreau de travail, un homme arrogant et égoïste. Enfin, c'était l'image qu'il projetait. Mais Teyla savait regarder au-delà des apparences.
Elle savait que McKay était un homme fiable, loyal et il avait déjà prouvé qu'il n'hésitait pas, s'il le fallait, à faire face au danger (1).
Ceci dit était-il de taille à affronter quatre enfants de moins de 7 ans ?
ooOOoo
Desmond et Teyla s'étaient installés sur la plage pour attendre les secours.
Ils n'eurent pas à attendre longtemps. Un jumper fit son apparition moins d'une heure après le crash de Jumper 3. Le Major Sheppard se trouvait à son bord ainsi que le docteur Beckett.
Ils continuèrent à « discuter » avec McKay en morse. Beckett était un peu inquiet pour Hallorg lorsqu'il apprit que Rodney lui avait administré de la morphine.
Il fallu encore une bonne heure à l'équipe de sauvetage pour désosser la porte du Jumper. Et ce qu'ils découvrirent derrière les laissa un moment sans voix.
McKay se tenait là, debout, un bébé endormi sur son dos, le petit Hallorg dans les bras emmitouflé dans une couverture et Keri et Lendwi gentiment à ses côtés, tenant chacune fermement un pan de sa veste beige.
« McKay, qu'est-ce que … »
« Chut, vous allez la réveiller. »
Il lança un regard noir à Sheppard qui se tu immédiatement.
« Rodney, donnez moi le petit. »
Curieusement, Rodney semblait hésiter.
« Heu, et bien, on risque de le réveiller lui aussi, le mieux c'est que je le garde jusqu'à Atlantis comme ça … »
« Rodney, j'ai besoin de l'examiner et je ne peux pas le faire si vous le tenez dans vos bras. »
« Oh, oui, bien sûr. »
Il prit soin de relever la couverture sur le petit garçon puis transvasa délicatement sa charge dans les bras de Beckett. Celui-ci prit l'enfant et l'emmena dans le second Jumper.
« Et bien, je pense que c'est à moi de m'occuper de vous jeunes filles. Vous venez avec moi ? »
Sandra avait accompagné Beckett. C'était elle qui s'était occupée des enfants pendant leur séjour à l'infirmerie.
Les jumelles levèrent les yeux vers Rodney, comme pour avoir son avis sur la question.
« Allez vous pouvez y aller, j'arrive tout de suite. »
Les petites filles lui lâchèrent la main et suivirent Sandra.
« Je crois que c'est à moi qu'il revient de vous débarrasser de votre dernière charge, Docteur. »
« Hu, quoi, oh, Caldor, non ça va aller, je la sens à peine. Et puis, elle a fini par me lâcher les cheveux donc je ne crains plus rien. Sauf que maintenant je ne sens plus mon oreille gauche. »
La petite fille serrait en effet le lobe d'oreille de McKay, tout en suçant son pouce.
« Rodney McKay, astrophysicien et doudou vivant. »
Rodney leva les yeux au ciel à cette remarque très sheppardienne.
« Haha, très drôle Major. Je vous signale que c'est de votre faute si j'en suis là ! »
« Docteur McKay, je crois que je devrais prendre Cardol, vous semblez un peu fatigué vous-même et si vous voulez vous reposer sur le chemin du retour, elle va vous gêner. »
« Oh, oui, vous avez sans doute raison. »
Teyla l'aida à détacher la petite fille, puis prit celle-ci dans ses bras.
McKay avait l'air un peu pâle.
« Rodney, vous êtes sûr que ça va ? »
Il y avait un peu d'inquiétude dans la voix du Major.
Rodney le regarda un moment, il ouvrit la bouche pour lui répondre, mais ses yeux roulèrent dans leurs orbites et il perdit connaissance.
ooOOoo
Une côte fracturée. Voilà ce que lui avait coûté cette petite aventure.
Il avait du rester à l'infirmerie trois jours ! Trois jours sans ordinateur. Mais bon, il n'était pas tout seul. Hallorg était là lui aussi. Il lui avait appris à jouer aux Dames et le gamin se débrouillait plutôt bien. A noël, il lui apporterait un jeu d'échec. Ceci dit, Rodney n'était pas bien sûr que les athosiens fêtent noël.
Keri et Lendwi, ainsi que Cardol étaient rentrées chez elles le lendemain du crash. Beckett avait voulu les garder la nuit. Au cas où. Il s'en était mordu les doigts.
Les jumelles et McKay avaient mis l'infirmerie sans dessus dessous en inventant les jeux les plus invraisemblables. Et McKay avait osé jouer les innocents. Beckett avait entendu les gloussements aigus des petites filles une bonne partie de la nuit. Ainsi que le gloussement d'un certain scientifique dont il aurait grand plaisir à renouveler tous les vaccins dans un proche avenir. Les trois avaient passé la nuit à se raconter des histoires. Des histoires, essentiellement contées par le susnommé scientifique.
Et puis il y avait eu Sheppard. Ce dernier se sentait coupable pour ce qui était arrivé – grand bien lui fasse ! – si bien qu'il avait tout fait pour rendre le séjour de Rodney à l'infirmerie plus agréable, lui apportant notamment les dernières barres chocolatées de toute la base.
Globalement, Rodney devait bien reconnaître que ce n'était pas une si mauvaise expérience, à l'exception bien entendu de la partie relative à sa côte fracturée. Il avait aimé être avec les enfants. En tous les cas, avec ceux là.
Mais maintenant, il était seul. Hallorg était lui aussi reparti sur le Continent.
Il attendait Beckett. La nuit avait été un peu difficile. Il avait mal à la gorge et se sentait un peu fiévreux. Mais pour rien au monde il ne resterait une minute de plus ici. Sandra lui avait fait une prise de sang pour analyse et il attendait les résultats. Après, il pourrait enfin retourner à la normalité. Il faudrait qu'il commence par examiner les rapports d'entretien de Jumper 3. Que s'était-il donc passé ce jour là ? Il faudrait qu'il en parle avec Zurenda.
Il en était là de ces réflexions lorsque Beckett entra dans l'infirmerie suivi de près par le Major. Ils avaient tous les deux l'air ennuyé.
« Heu, qu'est-ce qui se passe. »
Beckett regarda Sheppard qui haussa les épaules. Le médecin écossais poussa un petit soupir.
« Rodney, je suis désolé mais il va falloir que vous restiez ici encore un moment. »
« Quoi ? Pourquoi ? »
Carson se tourna vers Sheppard qui prit le relais.
« Et bien, il semblerait que les athosiens vous ait laissé un petit cadeau d'adieu. »
Rodney fronça les sourcils.
« Un cadeau d'adieu ? De quoi est-ce que vous parlez ? Carson que se passe–t-il au juste ?»
« Rodney, apparemment Cardol était encore contagieuse et … »
Oh, non …
« … j'ignorais que vous n'aviez pas eu cette maladie étant enfant … »
… pas ça !
« … mais les résultats sont sans équivoques. »
Sheppard se tourna vers l'astrophysicien, un petit sourire taquin sur les lèvres.
« Vous avez la rougeole Rodney. »
Fini !
« L'art d'être grand-père »
(…) Et moi qui suis le soir, et moi qui suis la nuit,
Moi dont le destin pâle et froid se décolore,
J'ai l'attendrissement de dire : Ils sont l'aurore.
Victor Hugo, 1802-1885, écrivain, poète, homme politique français
