Disclaimer : Le monde d'Harry Potter, ses personnages et tout le reste appartient à J.K. Rowling.
Cracmol
Chapitre 3- Dure réalité
« Maman? »
« Oui, mon cœur? »
« Pou'quoi on est ici? »
Une semaine avait passé depuis l'anniversaire des triplettes. Ron et Hermione avaient eu beaucoup de mal à aborder le sujet, mais ils avaient finalement décidé d'aller consulter un spécialiste afin d'en avoir le cœur net. Alors qu'Hermione allait répondre à Andrews, la secrétaire vint l'interrompre.
« Mr. et Mrs. Weasley? »
« Oui? »
« Le docteur Fowl va vous recevoir. »
« Merci, » dirent d'une même voix Ron et Hermione.
« Viens, Andy, c'est à nous, » dit Hermione en prenant la main du gamin dans la sienne.
Le bureau était très joli. Magnifiquement décoré. Sur les murs, il y avait une tapisserie enfantine et les couleurs de la pièce étaient chaleureuses. Dans un coin, plein de jouets, de toutous et de coussins étaient à la disposition des enfants. Le docteur Fowl semblait être un homme particulièrement âgé, au crâne dégarni, mais il avait un sourire amical et des rides de rires embellissaient son regard bleu-vert.
« Bonjour, monsieur, madame euh… » Il regarda le dossier dans ses mains.
« Weasley, » répondit Ron à la question indirecte du docteur. « Mais vous pouvez m'appeler Ron. »
« Et moi, Hermione. »
« Enchanté, » répondit le docteur. « Je m'appelle Robert; utilisez mon prénom, vous aussi. »
Ron et Hermione sourirent légèrement et ils s'assirent dans les deux poufs rouges au-devant du bureau de Robert. Andrews s'approcha, restant tout de même collé à Hermione, caché derrière elle.
« Ah! » Sourit le docteur. « Voilà donc Andrews, c'est bien ça? »
« Oui, » répondit timidement l'enfant en enfonçant son visage dans le creux de l'épaule de sa mère. Celle-ci lui caressa les cheveux.
« Il ne faut pas être gêné, mon grand; viens me voir! » Avec les encouragements de sa mère, Andrews s'avança vers le vieil homme. « Alors, dis-moi Andy —tu permets que je t'appelle Andy?— quel âge as-tu? »
Ne répondant pas, Andrews se contenta de lever quatre doigts dans les airs.
« Quatre ans! Wow, mais tu es quasiment un homme! »
Andrews sourit, malgré lui.
Le docteur Fowl avait réellement l'habitude avec les enfants, même les plus gênés. Pour la partie des tests, il partit avec Andrews dans une autre pièce. Il avait d'abord expliqué à Ron et à Hermione en quoi consisteraient les examens, mais, afin que le petit ne subisse aucune influence, il se devait d'être seul avec lui. La pièce d'à côté, où se déroulaient les tests, était vitrée, afin de permettre aux parents de voir ce qu'il s'y passait.
Ils y restèrent longtemps. Robert Fowl semblait savoir et comprendre ce qu'il faisait, mais Ron et Hermione étaient totalement dépassés par les événements et, de leur côté de la vitrine, ils ne comprenaient pas grand-chose. Après 45 minutes, l'homme et l'enfant sortirent enfin. Il donna une sucette aux cerises à Andrews et lui permit d'aller jouer avec les jouets dans le coin. Le petit ne se fit pas prier et s'installa rapidement dans le coin aux jouets, insouciant.
En revanche, Robert prit un air grave, ouvrit le dossier de petit, mit ses lunettes et s'assit derrière son bureau, face à Ron et Hermione, qui, nerveux, attendaient le verdict.
« Donc? » Demanda Ron au bout d'un moment.
Le docteur se racla la gorge. « J'aurais d'abord quelques questions à vous poser. »
« Lesquelles? » Demanda Hermione.
« Eh bien, je suis désolé de vous demander ça, mais c'est nécessaire pour achever le rapport. Êtes-vous tous deux des sorciers? »
Hermione et Ron échangèrent un regard. « Oui, » répondit Ron et le docteur dirigea d'abord son attention sur lui.
« Bien. Et votre famille à vous, Ron, est-elle composée uniquement de sorciers ou est-ce que—? »
« Je suis issu d'une très vieille famille de sorciers, oui, » répondit-il avec un air supérieur qui ne lui était pas familier. Hermione fronça les sourcils; depuis quand est-ce que Ron se préoccupait de la descendance de sa famille?
Le docteur nota quelque chose dans son rapport. « Très bien. Aucun moldu, ni de Cracmol dans la lignée? »
« Euh… sûrement quelques moldus, mais ça remonte à loin. Et il n'y a eu aucune descendance Cracmol, à ce que je sache. »
« Très bien, » répéta le docteur. « Et vous, Hermione? »
« Oh! Euh… » Commença-t-elle, mal à l'aise. « Eh bien, en fait, je suis la seule sorcière chez moi. Je— je suis d'une descendance uniquement moldue. »
« Ah. » Fut le seul son que le docteur fit avant d'inscrire quelques notes dans le rapport d'Andrews.
« Mais, dites-moi, docteur, » questionna soudain Ron, douteux, « est-ce que ça a réellement une influence? »
L'homme sembla réfléchir quelques instants, puis il enleva ses lunettes, répondant en pesant ses mots. « Pas au premier niveau, non. Mais quand on recherche réellement, à l'aide des chromosomes et tout ça… enfin vous savez, c'est une science très complexe et encore inconnue. Personne ne peut expliquer pourquoi certains moldus naissent sorciers, ni pourquoi le contraire se produit… »
« Donc, » poursuivit Hermione, nerveuse, « vous croyez qu'Andrews est un… »
Le docteur soupira. « Oui… Écoutez, je ne tournerai pas autour du pot plus longtemps. Tous les résultats des tests ont été négatifs. Je suis désolé, mais votre fils ne possède aucun pouvoir magique. Vous m'en voyez navré. »
Hermione blêmit, alors que Ron déglutit difficilement.
« Mais… » Commença-t-il douloureusement, « est-ce qu'il y a des chances pour qu'il… enfin… »
Il ne put finir sa phrase. Pourtant, Robert répondit à la question.
« C'est déjà arriver, oui, que certains aient développé leur pouvoir plus tard. Vers les 8 ans. Ou vers les 15-20 ans. Il arrive des fois où c'est provoqué par une forte émotion. C'est possible. Mais… »
« Oui? »
« Ne vous y fiez pas. C'est tellement minime comme pourcentage. » Il sourit doucement, compatissant. « Si je peux vous donner un conseil d'ami, ne vous faites pas trop d'espoir. Accepter plutôt la dure réalité et aider votre fils à vivre avec. Vous savez, ce n'est pas un handicap qu'il a; voyez cela comme un petit caprice de la nature! »
Hermione n'avait pu empêcher ses larmes et Ron commençait réellement à avoir du mal à respirer. En fait, il commençait une légère crise d'hyper ventilation.
« Ron? » S'inquiéta Hermione.
Heureusement, le docteur Fowl, habitué de voir toute sorte de réactions différentes chez les parents qui apprenaient que leur enfant était Cracmol, réagit plutôt efficacement et aida Ron à retrouver son air. Quelques instants plus tard, la petite famille sortait du cabinet de docteur.
Le retour à la maison se fit silencieusement, à la grande incompréhension d'Andrews. Sa maman avait les yeux rouges et son papa ne semblait pas vouloir lui parler. Lorsqu'ils entrèrent enfin chez eux, les seuls mots qu'ils lui dirent furent : « Va jouer un peu, Andrews, on va bientôt manger. » Le gamin n'en demanda pas davantage et quitta rapidement la pièce à l'ambiance lugubre.
Hermione se dirigea vers la cuisine et commença le repas du soir. Ron la suivit, la regardant s'activer d'un air absent.
« Si je fais des brochettes de poulet, ça te va? » Lui demanda-t-elle soudain.
« Fais ce que tu veux… je n'ai pas faim. »
Hermione resta surprise. Ron, ne pas avoir faim? C'était possible? « Mon amour— » Commença-t-elle.
« Je vais voler un peu dans le jardin, » déclara-t-il en la coupant.
Il empoigna son balai et sortit par la porte arrière. Hermione soupira. Ron avait vraiment pris la nouvelle comme un dur coup. Allait-il l'accepter un jour? Sûrement! Mais pas aujourd'hui.
« Maman? »
Sursautant, Hermione regarda son fils qui venait d'entrer dans la cuisine. Il s'était assis sur un tabouret, de l'autre côté du comptoir, face à Hermione.
« Oui? »
« Est-ce que j'ai fait quelque chose de mal? » Demanda-t-il, penaud.
Les larmes revinrent dans les yeux d'Hermione, mais elle se contrôla. « Non! Bien sûr que non, mon poussin. Pourquoi crois-tu ça? »
« Papa est en colère cont'e moi, » pleurnicha-t-il doucement en baissant la tête.
Hermione soupira une fois de plus, puis fit le tour du comptoir afin d'étreindre son enfant. Elle releva doucement le menton de son fils pour qu'il la regarde. « Écoute-moi bien, Andy, » dit-elle d'une voix douce mais résolue. « Papa n'est pas fâché contre toi. Il est juste très préoccupé, tu comprends? »
« Non. Pas grave. »
Quelque peu rassuré par les paroles de sa mère, Andrews sauta au sol et repartit jouer dans le salon. Hermione laissa couler ses larmes, accotant sa tête sur le comptoir, respirant profondément. Elle fut surprise lorsque deux bras puissants lui entourèrent la taille et que Ron vint appuyer son torse sur son dos, plaçant sa tête dans le creux de son cou. Ils restèrent un moment comme cela, partageant leur peine.
Le soir venu, Hermione monta se coucher de bonne heure. Elle avait été donné le bain à Andrews et l'avait mis au lit, mais lorsqu'elle était redescendue dans le salon, elle y avait trouvé Ron qui était en train de siroter une bièreaubeurre alcoolisée. Elle lui avait alors souhaité bonne nuit et était partie se coucher sans demander son reste. Elle détestait tellement quand il buvait pour oublier ses problèmes. Pas que Ron était alcoolique, loin de là, mais comme tout le monde, la boisson l'aidait parfois à faire passer le morceau.
Il était 00h12 lorsqu'Hermione se réveilla. Pour se rendormir, il suffisait qu'elle se retourne, enlace Ron et ferme les yeux, et le tour était jouer! Mais voilà, lorsqu'elle se retourna, Ron se fit remarquer par son absence. Angoissée, elle sortit du lit et de la chambre. Ron s'était-il endormi sur le divan? Ou pire, était-il parti? Elle descendit l'escalier menant au salon, mais il n'y avait aucune trace de son mari. Inquiète, elle remonta néanmoins à l'étage. Mais lorsqu'elle passa devant la porte entrouverte de la chambre d'Andrews, elle crut entendre la voix de Ron. Il était dans la pièce, avec leur fils.
Hermione s'approcha doucement dans le noir et elle regarda à l'intérieur de la chambre. Ses yeux, déjà habitués au manque de lumière, virent immédiatement la scène qui se déroulait devant elle. Andrews ne posait pas de problème, il dormait, tout simplement. Il était sur le dos, à moitié abrié par les couvertures, la tête tournée vers la droite, son éternel pouce dans la bouche. Ron, lui, était couché à sa gauche, encore tout habillé, sur le côté. Sa tête reposait sur son bras replié sous lui et son autre main caressait affectueusement les cheveux roux de son fils. D'où elle était, Hermione ne pouvait pas voir ses larmes, mais elle entendait nettement bien ses sanglots refoulés.
« Ron? » Murmura-t-elle d'une voix douce.
Celui-ci sursauta quelque peu. Il leva le regard de sur son fils et regarda sa femme. Celle-ci s'approcha de lui, et s'assit sur le lit.
« C'est injuste, » réussit-il à dire dans un sanglot.
« Ce n'est pas si terrible, » essaya de se convaincre Hermione.
N'avait-elle pas elle-même cru jusqu'à ses 11 ans qu'il n'y existait pas d'autre monde que celui des moldus. Si elle n'avait pas eu sa lettre de Poudlard, elle aurait probablement continué ses études jusqu'à l'université. Le monde moldu n'était quand même pas dépourvu d'intérêt, et elle ne doutait pas que son fils pourrait malgré tout y vivre heureux. Ron, par contre, voyait la chose différemment.
« Pas si terrible? » S'exclama-t-il, outré.
« Chut! Ne le réveille pas. »
« Pas si terrible, » redemanda-t-il plus doucement, tournant sa tête en direction de sa femme. « Hermione enfin, comment peux-tu dire ça? Comment peux-tu ne serait-ce que le penser alors que tu sais pertinemment que jamais ton fils n'ira à Poudlard? Que jamais il ne pourra voir ce magnifique château, ses professeurs et tous les fantômes? Qu'il ne pourra jamais faire voler un balai et qu'il— »
Sa voix mourut soudainement et il sanglota, désespéré. Hermione comprenait son point de vu. Tous ses beaux souvenirs de Poudlard lui revinrent à l'esprit, et elle ne put s'empêcher de trouver cela injuste que son fils ne puisse vivre cela à son tour. Pourtant, elle ne devait pas se laisser abattre. Ils devaient rester forts. Pour Andrews.
« Oh, Merlin, » gémit Ron. « Comment allons-nous lui dire? »
Les yeux d'Hermione se remplirent de larmes. Elle se surprit à se demander lequel était le plus dur à supporter : savoir son fils unique Cracmol ou voir son mari ainsi, désespéré et anéanti. Tout doucement, elle se pencha sur le corps de Ron et l'embrassa sur le front, caressant sa joue.
« Ne pensons pas à ça pour l'instant, » chuchota-t-elle, presque suppliante. « J't'en prie Ron, vient te coucher. »
Celui-ci soupira difficilement, ayant encore trop de sanglots dans sa gorge, mais il se leva néanmoins, embrassa tendrement son fils, le borda et suivit sa femme.
À suivre…
