Bring me back to life
CHAPITRE 2 : Désillusions
Rien n'avait changé. Une pelouse immense et verdoyante s'étendait à côté d'une forêt à la fois inquiétante et attirante. Une créature étrange ondulait sur les eaux d'un gigantesque lac... Et tout au fond, majestueux et indestructible, le Château Poudlard...
Je sentis un flot des souvenirs remonter en moi et ressentis le besoin de m'agenouiller pour caresser l'herbe. 4 ans déjà... Et aujourd'hui, j'étais à nouveau chez moi.
Les gigantesques portes de bois s'ouvrirent, et ce fut comme si c'était la toute première fois. Une silhouette assez familière descendit les marches, et une minute plus tard, Minerva Mc Gonagall, le visage heureux, se tenait devant moi. A ma plus grande surprise, elle me serra dans ses bras.
« - Oh, Hermione… Si vous saviez depuis combien de temps j'attend ce moment…
Je suis heureuse moi aussi, Professeur… Heu… Directrice ! dis-je alors qu'elle me lâchait.
Venez avec moi. Il vous attend. »
Elle semblait avoir conservé son ton autoritaire, ce qui me fit sourire. Je la suivis sans un mot de plus, intriguée. Ron… ou alors Harry ? Mon cœur se mit à cogner fort dans ma poitrine en pensant à eux.
En pénétrant dans le Château, je vis avec émerveillement que rien n'avait changé : les murs de pierre, les personnages des tableaux qui vivaient leurs vies indépendamment de la notre, cette atmosphère rassurante… Comment avais-je pu oublier tout ça ? J'entendis au loin le caquètement habituel de Peeves, reconnut le Chevalier du Catogan qui essayait désespérément de monter sur son poney… Un petit rire s'échappa de mes lèvres, et Minerva m'adressa un petit sourire. Elle s'arrêta devant la salle des Professeurs.
Un professeur ? Je ne voyais aucun de mes deux amis dans une matière académique… Ils avaient trop besoin d'action ! La directrice m'encouragea du regard.
« - Ne l'embarrassez pas trop…
J'ouvris la porte et me trouvai face à face avec… Un grand homme dégingandé aux épaules larges et courts cheveux roux. La joie qui m'emplit le cœur m'étourdit un moment, puis d'un mouvement typiquement Hermionesque, je me jetai à son cou. Il faillit tomber à la renverse, surpris, alors que je le serrai contre mon cœur. Sans comprendre pourquoi, j'éprouvai un immense soulagement…
« - Oh, Ron ! m'exclamai-je, tu m'as tellement manqué… Chaque jour, j'ai pensé à toi, j'ai voulu t'écrire, entendre le son de ta voix, mais à chaque fois… Finalement, j'ai eu raison, te revoir après 4 ans… Tu es mon cadeau de bienvenue !
Je le lâchai et déposais un rapide baiser sur ses lèvres. Ses oreilles devinrent aussi rouges que ses cheveux, et il m'adressa un timide sourire.
Certaines choses ne changent jamais…
Hermignonne… Tu n'as pas changée… me dit-il, la voix enrouée.
Lui adressant un rayonnant sourire, je me tournai vers les autres occupants de la pièce. Après étreint Parvati Patil (Prof de Divination), Neville Londubat (Prof de Botanique… Etonnant, non ?) et traversé le Professeur Binns, je m'arrêtai devant… Malfoy. Lui non plus n'avait pas changé : son menton pointu et ses cheveux blonds plaqués en arrière lui allaient toujours, mais ses yeux avaient perdu leur lueur narquoise et insupportable. J'eus un hoquet de surprise, mais avant qu'il puisse parler, je reprenais contenance :
Alors, Malfoy, qu'est-ce que tu fais ici ? Encore à fouiner dans les affaires des autres ? Ou bien est-ce que tu as décidé de devenir lèche-bottes, comme ton père ? lui lançai-je d'un ton froid.
Non, je… répondit-il en pâlissant. Je travaille à Poudlard. En tant que professeur de Défense contre les Forces du Mal.
Je ne lui cachais pas ma surprise.
C'est impossible ! m'exclamai-je. Toi, devenu bon ? C'est le monde à l'envers ! Tu n'as jamais réussi à surpasser Harry dans cette matière ! Tu es sur qu'il n'est pas caché derrière le déguisement d'un Malfoy ? demandais-je à Ron.
Je m'attendais à des sourires, et même quelques rires, mais certainement pas à un frisson général et un silence gêné.
Alors, tu as fait un bon voyage ? me demanda Ron.
Ron, pourquoi… commençai-je avec un regard suspicieux.
Tu… Tu as des bagages ? Je vais te les monter porter. Tu as toujours gardé ta baguette, n'est-ce pas ?
Je n'ai jamais ou me résoudre à m'en séparer… lui dis-je en la sortant de ma poche, et en la tournant d'un air absent entre mes doigts. »
Ron me prit la main et m'entraîna hors de la salle. Il m'adressait de temps à autres des sourires et nous traversâmes de nombreux couloirs en silence. Une fois arrivés devant la Grosse Dame, il prononça « Sorbet Citron » et nous nous engouffrâmes à l'intérieur. Une bouffée de nostalgie s'empara de moi. Dumbledore ne quitterait donc jamais vraiment ce château…
Je jetai un coup d'œil autour de moi, et quelques élèves levèrent un regard intrigué vers nous. Je me laissai tomber dans un de nos fauteuils préférés, et regardai Ron avec inquiétude. Il avait une expression étrange. Comme s'il voulait se jeter dans mes bras, et en même temps rester ainsi, éternellement, à me regarder…
« - Ron ? dis-je timidement. Tu n'as pas l'air heureux de me voir ?
Hermione… Tu n'as pas idée… soupira-t-il. Pendant 4 ans, je me suis promis de te dire tout ce que j'avais sur le cœur, je m'étais même répété un discours interminable des centaines de fois dans ma tête, mais… Aujourd'hui, le temps est venu. Et je ne sais plus quoi te dire… Les temps ont changés.
Et toi ? Tu as changé ? Parce que moi non. En te revoyant, je me suis retrouvée à 17 ans.
Moi aussi… Etrangement, je me suis senti soulagé. Comme si le fait que tu sois enfin là allait tout arranger.
De quoi est-ce que tu parles ? dis-je en fronçant les sourcils. J'ai bien senti que vous me cachiez quelque chose…
Il ferma un instant ses yeux et s'accroupit en face de moi. Jamais je ne l'avais vu aussi sérieux.
Durant ces dernières années, une page de l'Histoire s'est tournée. Celle de l'époque sanglante du règne de Voldemort. Alors tout le monde a pensé que le temps du pardon, de la paix et de la reconstruction était venu. Mais quelqu'un n'allait pas bien. Pas bien du tout. Il s'est retrouvé éloigné de tout ce qui constituait sa joie de vivre. Et il a plongé. Il s'est passé un évènement… qui a blessé le monde des sorciers au plus profond de lui-même.
Je sentis mes entrailles se tordre. Rien ne pouvait être pire que ce que nous avions du affronter.
Ron ? lui demandai-je, l'intimant à continuer.
Mais il leva les yeux vers moi, et ce que j'y vis m'effraya au plus haut point. Des larmes remplissaient progressivement ces beaux yeux que j'avais souvent contemplés. Je n'avais jamais vu Ron pleurer. Il avait surmonté toutes ces horreurs en restant fort, au nom de son amitié pour Harry et moi. L'un de nous se devait de ne pas craquer. De dire ses paroles rassurantes de consoler… Cela avait toujours été le rôle de Ron. L'ami loyal. Mais ce soir, sa détresse évidente me touchait énormément. Je lui caressai la joue et déposai un doux baiser sur ses lèvres. Il mit ses mains dans mes cheveux et y répondit. A bout de souffle, nous nous séparâmes et une larme coula le long de sa joue.
Et ça ? Ce sont des larmes de tristesse ?
Je suis à la fois très heureux et très triste… répondit-il en m'adressant un léger sourire.
Ecoute, Ron… Tu n'es pas obligé de tout me raconter maintenant. Je crois que tu as besoin de dormir, et moi aussi. Nous sommes ensemble… Rien ne presse.
Comment fais-tu pour lire à travers les gens aussi facilement ?
C'est magique ! dis-je en lui adressant un sourire énigmatique.
Il éclata de rire, et je me sentis tout de suite rassurée. Puis je remarquai la badge accroché sur sa robe de sorcier : « Ronald Bilius Weasley. Auror. »
Oh, Ron, ne me dis pas que tu as réussi ! Je suis si fière de toi ! »
Sur son visage se dressa alors le premier vrai sourire qu'il ait fait depuis que j'étais revenue.
Et puis soudain, un brouhaha immense se fit entendre : Tous les élèves de Gryffondor rentraient de dîner dans la Grande Salle. Je cherchais une tête connue, mais aucun d'entre eux ne ressemblaient à mes amis.
Gryffondor, la maison des enfants du courage… Le visage de Harry me vint immédiatement à l'esprit :
Et Harry… Tu as des nouvelles de lui ? Je sais qu'il a un peu été isolé après le Combat, voir renfermé, mais…
Ron me regarda un instant, fixement, puis se leva.
Viens, il y a trop de monde, ici.
Sans comprendre, je le vis se tourner et sortir de la Salle Commune. Son visage s'était fermé à l'évocation du nom de Harry. Lui était-il arrivé quelque chose ? Avait-il un rapport avec cette affreuse chose qui s'était passée ? Une immense peur s'était emparée de moi… Pas Harry…
Tremblante, je me levai et passai la Grosse Dame. C'est alors que j'entrai en collision avec une homme rondouillet, au visage lunaire.
Oh ! Attention ! m'exclamai-je gentiment.
Il le va les yeux vers moi. Neville ! Je fus surprise de voir que ses yeux, autrefois fuyants, étaient devenus durs. Mais ce qui me frappa le plus, c'est qu'il me regarda dans les yeux.
Hermione ! Tu t'es déjà perdue ?
Je ne pourrais jamais atteindre ton record…
Désolé si notre entretien a été plutôt court, tout à l'heure, mais… Je pense que Ron t'expliquera pourquoi.
Il reprit une expression joyeuse.
En tout cas, tu n'as changée !
J'étais décidée à leur demander ce qu'il n'allait pas ici, et à les obliger à me répondre, mais en voyant le visage fermé de Ron, je me tus et répondis à Neville :
Toi non plus… Comment va ton Mimbulus Mimbletonia ?
Comme à chaque fois que l'on parlait de Botanique, ses yeux s'allumèrent.
Il est devenu très affectueux ! Il prend une des grandes serres à lui tout seul !
Le Saule Cogneur a un sérieux adversaire maintenant… dit Ron avec un léger sourire amusé.
Je baillai à m'en décrocher la mâchoire. Malgré mon désir évident d'en savoir plus, je dis d'une voix désolée :
Je suis épuisée… Je crois que je vais aller me coucher.
Je vais t'accompagner jusqu'à tes appartements. Juste à côté de ceux des Aurors.
Bonne nuit, Hermione.
Bonne nuit, Neville… »
Ron me prit par le bras et m'entraîna en direction de ma chambre. J'essayais néanmoins de l'interroger, mais il restait sourd à mes questions. Il m'embrassa rapidement sur la joue, et partit d'un pas rapide. Epuisée, je m'affalai sur le somptueux lit en bois verni.
Moi qui pensais que je serais heureuse de revenir à Poudlard… Je me sentais très mal, partagée entre l'incertitude et cette incompréhension exaspérante… Les mots de Ron et Neville me revenaient sans cesse en tête. Qu'avaient-ils de si affreux à m'annoncer ? Je n'arrivai pas à croire que 4 ans aient chamboulé tant de choses…
Et j'avais la très désagréable impression que je n'étais pas au bout de mes surprises…
Un hurlement dans la nuit. Une lumière d'une clarté aveuglante. Une voix lointaine. Derrière mes paupières closes, mon esprit était en éveil. Quelque chose d'anormal se passait…
J'ouvris brusquement les yeux, sans savoir où j'étais. Je me redressai brusquement, et fixai un visage, à quelques centimètres du mien. Ron se recula, ses yeux brillaient d'une lueur étrange.
« - Ron ! Qu'est-ce qui se passe ?
Les Mangemorts attaquent Poudlard.
Mon esprit embrouillé retrouva toute sa lucidité.
Les… Quoi ? Mais… Tu m'as dit que tout était fini ! Non ?
Nous devions tout t'expliquer, mais… soupira-t-il. Il… Il vaut mieux que tu découvres pat toi-même.
Sa voix était tremblante, et cela suffit à me terrifier. J'empoignai ma baguette magique et sautai du lit.
Quelle est la situation ?
Une cinquantaine de mangemorts ont encerclé l'école. Tous les élèves sont dans la Grande Salle, gardée par des Aurors. Nous devons les repousser hors des limites du Château.
Pourquoi ? L'enceinte du Château est protégée par des sortilèges Anti-Transplanage ! Ce serait plus simple si…
Ecoute, Hermione, on n'a pas le temps ! La situation est critique !
Ron… l'arrêtai-je. Que viennent-ils faire ici ?
S'amuser, dit-il d'une voix grave.
L'horreur et la panique s'infiltraient dans chaque partie de mon cerveau, alors que je suivais Ron jusqu'aux portes de la Grande Salle. Plusieurs hommes étaient allongés sur le sol, inconscients. J'étouffai un cri d'horreur alors que Ron se précipitai vers eux.
Ils sont morts, me dit-il en enfouissant son visage entre ses mains.
Tremblant de tous mes membres, je m'approchai d'eux et les regardai fixement. Ce n'était pas la prochaine fois que je voyais des cadavres… Mais des souvenirs terrifiants me revenaient en mémoire…
Je veux savoir, dis-je d'une voix atone. Je veux savoir ce qu'il s'est passé. Je veux savoir pourquoi vous avez changés, pourquoi je ne me sens plus à ma place ici.
Ron se leva et me prit dans ses bras. Bien différente de ses étreintes maladroites, celle-ci était forte, désespérée. Comme pour faire durer le suspense, il remit mes cheveux derrière mes oreilles et se pencha, comme pour m'embrasser dans le cou.
Harry est mort… me chuchota-t-il.
Je crois que s'il ne me serrait pas contre lui, je me serai effondrée pour ne plus jamais me relever. Je n'arrivais pas à pleurer, à bouger, mon corps et mon esprit étaient vides. Ces mots m'avaient hanté pendant près de 7 ans… Il me sembla que le sol de dérobait sous mes pieds alors que je chutais, chutais, chutais.. Non, ce n'était pas possible, pas le Survivant, pas mon Survivant ! Un hurlement de douleur se faisait entendre dans ma tête, mais je restai muette d'horreur.
Je me dégageai de l'étreinte de Ron, et lui dit d'une voix brisée :
Comment ?
Je ne pense pas que tu voudrais le savoir… murmura-t-il en baissant la tête.
Ma baguette tremblait dans ma main.
Dis-moi, Ron.
Ma voix était dure, presque sans sentiments. Soudain, un homme que je ne connaissais pas se précipita sur Ron.
Weasley ! Ils sont à l'intérieur.
Mais… Dans la Grande Salle ? Avec les élèves ? dis-je d'une voix étouffée.
Qui êtes-vous ?
Hermione Granger, lui dit précipitamment Ron. Je… Je pense qu'elle peut le faire revenir.
Personne n'a le pouvoir de le faire revenir, Weasley. Il faut que tu passes au dessus de ça. Maintenant, nous devons nous jeter dans la bataille.
Quel est ton plan ?
On rentre en grand fracas et on se bat.
Rien de plus précis ?
J'en sais rien. C'est Malfoy qui donne les ordres. Et il est à l'intérieur.
L'homme partit et Ron me prit par le bras et m'entraîna à l'arrière de la Grande Salle. Je me laissai faire, comme dans un état second.
Je ne veux pas que tu te battes. Mais si tu es attaquée… Les Sortilèges de Réduction et de Stupéfixion te seront les plus utiles.
Ron, dis-je en lui prenant la main. Pourquoi est-ce que tu te caches derrière ce masque ?
Quel masque ?
Celui du Ronald insensible, froid, distant. Tellement… mâture…
Car lorsque l'on a tout perdu et qu'il ne nous reste plus que nous-même, nous avons tendance à vouloir nous protéger.
Il me serra la main.
Je te l'apprendrai… murmura-t-il. »
Puis il poussa avec grand bruit les portes de la Grande Salle, et se prostra bien en vue, devant la marée d'hommes encagoulés. Quelques uns se tournèrent vers lui, et tels des chauves-souris, fondirent sur lui. Je reculai vivement, sentant la peur s'infiltrer dans mes veines… Les élèves étaient terrifiés, des silhouettes couchées par terre, et partout des éclats de lumière, rouges, bleus, ou verts fusaient. On entendait des cris, des rires, des gémissements.
Ce n'était plus une bataille. C'était une guerre.
Soudain, je fus projetée à terre. Quelqu'un m'avait heurtée. Je reconnus les cheveux blonds si bien peignés : Malfoy. Il se releva avec difficultés, aidé par moi-même.
« - Ca va ? lui demandai-je
Il me regarda avec une expression étrange, et me prit par le bras.
Viens, j'ai besoin de toi. »
Il me mena vers le gros de la bataille, où une silhouette solitaire, d'où semblait émaner une puissance incroyable, combattait 5 Aurors. Sans savoir pourquoi, la vue de cet homme fit faire un bond fabuleux à mon cœur. Un bon heureux…
C'est alors que je compris : Son corps mince, ses cheveux d'ébène et sa petite taille le rendaient reconnaissable à des kilomètres.
Et alors que Malfoy s'avançait vers lui, il se retourna, comme au ralenti, sa cape volant autour de lui. Je pus alors les voir : ses deux grands océans d'émeraudes…
J'eus l'impression qu'un Troll me marchait dessus tellement l'émotion qui me submergeait était puissante. Une telle félicité, un tel soulagement… Ron m'avait dit que… Mais tout allait bien. Il était là, à quelques mètres de moi.
Tout ce qui se passait autour de moi me parut dérisoire, et je me mis à courir vers lui, volant presque. D'un mouvement d'épaule, je bousculai Malfoy, qui le menaçait de sa baguette, et me jetai dans les bras de mon meilleur ami. Incapable de prononcer un mot, je me contentai de le serrer fort, comme pour lui transmettre mon bonheur. Je le sentis se raidir, et entendis crier mon prénom, mais je n'y prêtais aucune intention.
Tout ce qui comptait, c'était Harry et moi, retrouvés en une étreinte…
Puis ma joie s'envola lorsque je sentis ses mains agripper fermement mes épaules et me pousser brutalement sur le sol. Les cheveux devant les yeux, j'y restai un instant, choquée par cette réaction contre nature. Un silence troublant régnait dans la salle. J'entendis Ron se précipiter vers moi et m'aider à me relever. Harry était en face de moi, me toisant avec mépris.
« - Qu'est-ce que tu viens faire là ? siffla-t-il à mon intention, d'une voix glacée.
Je dus me raccrocher à Ron tant ses paroles me choquèrent. Je scrutai ses yeux, et n'y découvrit qu'une lueur impitoyable, cette même lueur que je n'avais vue que chez une seule personne : Lord Voldemort.
Tu n'es pas Harry, lui dis-je d'une voix tremblante.
Harry est mort.
Pas pour moi, chuchotai-je d'une voix brisée.
Je crus déceler de la tendresse dans les yeux du Survivant, mais je dus me tromper car l'instant d'après, il pointa sa baguette sur moi. Ron essaya de se mettre devant moi, mais je l'en empêchai.
Tu n'aurais pas du venir.
Il y a beaucoup de choses que je n'aurais pas du faire. Comme m'éloigner de toi. Regarde où ça t'a…
Je n'ai pas besoin de ta science, Mi… Granger.
J'eus un sursaut. Cela faisait tellement longtemps qu'il ne m'avait pas appelée comme ça… Je sentis els larmes me monter aux yeux.
Tu peux m'appeler Mione, tu sais, lui dis-je d'une voix douce.
J'ai l'habitude de ne pas donner de petit nom à mes… victimes, dit-il d'un ton féroce.
Si tu t'en prends à elle, je te tue ! lança Ron avec hargne.
Harry partit d'un rire à faire froid dans le dos.
Me tuer ? dit-il d'un ton incrédule. Tu n'es pas devant le Miroir du Rised, Weasley ! (ndla : miroir où se reflète notre plus grand désir) Tu n'as jamais su me dépasser, tu as toujours été dans mon ombre, toujours…
Ton chien ? le coupa Ron.
Harry fit quelques pas en avant et planta sa baguette entre ses deux yeux.
Je t'interdis de me parler de Sirius, c'est compris ? hurla-t-il.
Il était tellement près de moi, maintenant… Je lui posai une main apaisante sur son bras pour l'inciter à baisser sa baguette. Mais il recula vivement.
Ne me touche pas !
Une larme coula le long de ma joue. Ce n'était plus mon Harry… Il n'y avait plus aucune trace d'humilité, d'humanité en lui.
Pleurer ne sert à rien, Granger. Crois-moi.
Harry, écoute-moi… Ca t'es déjà arrivé, ta haine t'a déjà mené sur des chemins sans retour, mais tu es toujours revenu, et…
Cette fois, je ne reviens pas.
Pendant cette joute verbale, tout le monde nous avait écoutés, pétrifiés. Mais Malfoy s'était silencieusement glissé derrière Harry, et se rapprochait de lui.
Si tu fais un pas de plus, Malfoy, mes Mangemorts tuent un des élèves ! lança Harry.
Drago se figea, et le professeur McGonagall entra, suivie de Neville et Parvati. Nous étions à présent plus nombreux qu'eux. Harry recula encore de quelques pas, pour observer Neville.
Londubat, Londubat, Londubat… Comment vas-tu ? Et ta grand-mère ? Oh, c'est vrai… Je l'ai tuée…
Tu es un monstre, Potter, dit Malfoy d'une voix dégoûtée.
Harry se tourna vivement vers lui. On sentait de l'électricité dans l'air.
Je ne crois pas être le seul à avoir du sang sur les mains, ici. Tu ne pourras jamais vraiment renier ta famille !
Pourquoi est-ce que tu fais ça ?
C'est mon destin ; dit Harry en haussant les épaules. Tu as été le premier à me dire que j'étais un assassin, souviens-toi, Malfoy !
Tu as surmonté ta destinée, Harry ! lui dit Ron.
Mais tu as raison… Tu es né pour tuer, ajouta Neville.
J'avais de grands espoirs pour vous, Potter… dit McGonagall.
Harry rit à nouveau.
Si vous saviez comme je suis désolé de vous avoir déçus… ironisa-t-il.
Il nous regarda tour à tour, et je sentis mon cœur se serrer en voyant son regard rempli de colère, de douleur et de glace se poser sur moi. Puis il soupira.
Ca ne m'amuse plus du tout d'être ici… Faites attention à vous tous…
Son regard s'attarda à nouveau sur moi, et je sentis la main de Ron me serrer.
La prochaine fois… Il risque d'y avoir du grand spectacle ! »
Puis sous mes yeux ébahis, il enroula sa cape autour de lui et disparut, immédiatement suivi de ses Mangemorts. La Grande Salle sembla reprendre vie malgré le nombre de cadavres. On entendait à nouveau des pleurs, des cris… Quant à moi, je regardais Ron. Une fureur comme jamais je n'en avais connue s'empara de moi. Je le lâchai, et il baissa un regard infiniment triste vers moi :
« - Comment as-tu osé ? hurlai-je. Comment as-tu pu me faire ça ?
Herm'…
Non, il n'y a pas de Herm' qui soit ! Tu m'as menti, Ron !
Mais c'était…
Pour quoi ? pour me protéger ? Tu ne peux pas me protéger de ça ! Il s'agit de Harry… Notre meilleur ami !
Tu ne sais pas de quoi tu parles, me dit Ron d'une voix sourde.
Alors explique-moi ! Je ne te demande pas de me protéger, mais de me traiter comme ton égale !
Un lourd silence tomba entre nous. Je me sentais à nouveau vide. Le monde tournait à l'envers… Je regardais les Aurors, puis les élèves, et mon regard se posa sur Malfoy. Il semblait désespéré, comme découragé. Jamais je n'aurais pu penser qu'il puisse retourner sa veste comme ça…
Dites-moi que rien de tout ça n'est arrivé. Dites-moi que ce n'est qu'un cauchemar… murmurai-je. »
