Toute vérité
Les RaRs sont toutes dans un chapitre spécial. Continuez à m'envoyer ces petits rayons de soleil à la valeur inestimable…
Le baiser glacé de l'aurore hivernale mordit ses épaules nues, et elle frissonna, se recroquevillant un peu plus sur elle-même. Elle ne pouvait oublier cette douleur sourde qui pulsait dans son bas-ventre, insidieuse et toujours présente. Mais elle ne se plaignait pas, elle n'en avait plus vraiment la force. Elle restait là, étendue à même le sol, attendant quelque chose, ou quelqu'un, ou n'importe quoi.
Elle se souvenait de tout, et pourtant ce tout se confondait dans une brume d'un gris argenté comme ses yeux, ni vraiment joyeux, ni vraiment triste. C'était, tout simplement. C'était surtout trop tard pour revenir en arrière.
Lorsqu'elle avait eu ses premières règles, sa mère lui avait dit qu'elle était une femme. Elle avait sourit d'un air triste, regardant sa fille pendant quelques secondes qui lui avaient paru très longues, puis s'était désintéressée de la question pour un autre bal, ou une autre réception. Etait-ce cela qu'elle avait vu alors ? Cette petite silhouette douloureuse recroquevillée sur elle-même sur le sol glacé ? Savait-elle d'hors et déjà que c'était cela que signifiait « être une femme » ?
Il était parti depuis plusieurs heures, la laissant seule dans ce qui avait été une salle de bal enchantée, mais qui restait désormais une simple salle de cour d'Astronomie, absurdement familière. Il n'avait pas été méchant, il n'avait pas été gentil non plus. Il était parti et lui avait dit d'attendre encore un peu avant de descendre à son tour. Il avait été lui, et elle n'aurait pas du s'attendre à quelque chose d'autre, car elle savait qu'elle aurait été déçue. Mais même alors, elle ne pouvait s'en empêcher.
Engourdie, courbaturée, la fièvre lui battant les tempes, elle se releva avec de petits gestes précautionneux. Mais en dépit de toutes ces retenues, elle avait quand même mal. Les couloirs étaient déserts, s'éclairant peu à peu de tâches de soleil rouge, et rose, qui filtraient de derrière les vitraux, éclaboussant le sol dallé comme des tâches de sang. Mais Pansy ne les voyait pas. Elle marcha comme une somnambule, poussa la porte de son dortoir sans savoir même comment elle avait pu retrouver son chemin.
Milliscent grogna un peu et s'agita dans son lit, sans se réveiller, lorsqu'elle entra dans la pièce qui leur était réservée. Pansy s'immobilisa, peu soucieuse de devoir faire face à des questions auxquelles elle aurait été bien embarrassée de répondre. De nouveau, la respiration de sa colocataire s'était faite calme et régulière, et elle pu rejoindre sans mal son armoire.
Il était bien trop tard pour que cela vaille la peine de se coucher, bien que la fatigue lui ferma les yeux en dépit de ses efforts. Aussi la jeune fille se contenta t'elle de prendre un uniforme propre et quelques affaires de toilette avant de se diriger vers la salle de bain.
Elle laissa l'eau brûlante couler sur son corps meurtri dans une cascade bienfaisante. Cela ressemblait quelque peu dans son esprit embrouillé à un rituel, une sorte de purification après ce qu'elle avait fait. Ce n'était pas mal, bien sûr, mais elle n'était pas véritablement certaine que ce soit bien non plus. Tout ça, tout ce qui s'était passé cette nuit là lui semblait tout droit sorti d'un rêve.
Ce n'était pas un rêve. C'était la réalité, et elle allait devoir apprendre à vivre avec ça. Elle sorti de la douche et essuya du revers de sa main le miroir troublé par la vapeur. De la sorte, elle put s'aménager une petite fenêtre par laquelle son visage se reflétait.
Y avait il quelque chose de changer en elle, ce matin-là ? Quelque chose de différent de la veille ? Non, pas vraiment, pas à première vue en tout cas. Elle avait toujours ce visage rond, un peu lunaire et blafard dans la lueur du petit jour, ces bonnes joues de bébé trop bien nourri, et ces cheveux filasses qui pendaient tristement en recouvrant ses oreilles.
Mais dans ses yeux marrons bordés de cils disputant en brièveté avec les rares brins d'herbe d'hiver, il y avait une petite lueur triste et grave, teintée d'une lassitude qui ne devait rien à son manque de sommeil et qu'elle n'avait jamais vu jusqu'alors. Elle ne savait pas si elle devait s'en réjouir ou au contraire s'en attrister.
Elle resta longtemps à se scruter ainsi, étudiant chaque détail de son visage familier et de cette petite lueur étrangère, et le temps devint une notion abstraite et inutile. Lorsqu'elle reprit conscience, elle entendit les mouvements de ses compagnes qui s'agitaient en se réveillant, grommelentes, gloussantes, inconscientes. Pansy sortit alors de sa torpeur, et se traîna jusqu'à son dortoir.
Milliscent était déjà levée, se frottant les yeux encore embrumés de sommeil.
« Pansy ? », grogna t'elle comme si elle avait du mal à en croire ses yeux. Ceux-ci allaient et venaient de la jeune fille en peignoir au lit non défait. « Mais où étais tu passée ? »
L'interpellée haussa les épaules. Ce simple mouvement réveilla les courbatures qui s'étaient un peu calmées après la douche. Milliscent se redressa, et une lueur de compréhension s'alluma dans son regard.
« Tu étais avec lui, hein ? », ricana t'elle, « Tu as passé toute la nuit avec lui ! Tu es arrivée à tes fins ! Alors, c'était comment ? »
Bizarrement, cette dernière question fit monter les larmes aux yeux de Pansy. Elle ne voulait pas, elle se refuser à y repenser pour le moment. Sans répondre, elle s'habilla plus rapidement qu'elle ne l'avait jamais fait en plus de six années de scolarité à Poudlard, et s'éloigna d'une façon qui ressemblait plus à une fuite éperdue qu'à autre chose.
« Pansy ! », la rappela sa compagne, avide de détails. Mais elle avait déjà disparu.
La Grande Salle était presque déserte, Draco n'était pas visible. La Serpentard se laissa tomber sur son banc, épuisée et mal à l'aise. Elle avait l'impression que tous les élèves présents savaient ce qu'elle avait fait et lui lançaient des sortilèges impardonnables du regard. Les œufs brouillés avaient un goût de cendre dans sa bouche, et elle abandonna rapidement l'idée de manger quoi que ce soit ce matin-là.
Elle ressortit rapidement, trébuchant dans sa robe, pressée d'échapper au regards curieux de ses congénères qui ne comprenaient rien à son attitude. Mais son manque d'attention lui coûta ce qui lui apparaissait comme sa dernière chance de s'en sortir…
Elle réprima un gémissement de douleur lorsqu'elle heurta sans douceur Hermione Granger, qui, elle, s'apprêtait à entrer, accompagnée de ses deux éternels acolytes. Baissant la tête, elle tenta de passer son chemin mais une petite main décidée qui s'agrippa à la capuche doublée de vert de sa robe de sorcière l'arrêta dans son élan.
« Non, Pansy, attends ! ». La voix de sa rivale résonna à ses oreilles. « Il faut qu'on parle, n'est-ce pas ? »
Elle se mordit la lèvre inférieure, mais cette fois, ce mouvement n'était absolument pas calculé. « Tu crois ? Je suis pressée… », tenta t'elle.
« Non, tu ne l'es pas ! », répliqua fermement la Griffondor, « Je dois te parler. Maintenant. »
Devant tant de résolution, la vert et argent savait bien qu'elle ne faisait pas le poids. Elle se résolu à suivre la jeune fille aux boucles brunes et indisciplinées, les épaules courbées comme si elle y portait tous les malheurs du monde. Elle se traîna tant bien que mal jusqu'à une salle de cours inoccupée jusqu'au premier cours de la journée, où elles s'assirent face à face.
Hermione s'éclaircit la gorge, semblant chercher les justes mos pour commencer. Pansy se contentait de la regarder d'un air inerte.
« Bon », commença la Griffondor, « Bon, je… Je voulais te parler de… D'hier. Tu sais… Euh… Je voulais te dire… Oh ! C'est tellement difficile ! »
Elle leva les yeux d'un air exaspéré, comme si les mots qui la fuyaient se promenaient au dessus de sa tête ou dans le ciel plombé. Soudain, elle se redressa, et, tout en faisant les cent pas, elle se remit à parler, très vite, se parlant plus à elle même que s'adressant à son interlocutrice recroquevillée sur son banc.
« Je ne sais même pas pourquoi je m'explique devant toi ! Je n'ai pas à m'excuser de ce que j'ai fait ! Je suis grande, cela ne regarde que Draco et moi ! Draco, et moi, et personne d'autre ! Mais tu étais là, tu es toujours là, Pansy ! Tu me surveilles sans arrêt, comme tu le surveilles lui, je le sens à chaque instant… Je sens ton regard qui pèse sur moi où que j'aille et quoi que je fasse… Tu commences à me faire peur, à la fin. Pourtant, ça ne te ressemble pas. Tu es faites pour être gentille, Pansy. Je le sens, ça aussi. Je ne sais pas pourquoi, même si tout le monde me dit le contraire, je le sais. Alors pourquoi es-tu si mauvaise ? Pourquoi fais tu ça, pourquoi ? », finit elle par crier d'une voix où perçait une note d'hystérie.
« Il est à moi… », s'entendit-elle murmurer d'une voix désincarnée qui n'était pas vraiment la sienne. « Il est à moi et je ne veux pas que tu me le prennes. Mais tu ne me le prendras plus, maintenant. »
Hermione s'arrêta, interloquée. « Te le prendre ? Mais il n'appartient à personne ! Sinon à lui… »
« Non, il est à moi ! », répéta la Serpentard obstinément. « Il m'est destiné, il m'est promis depuis l'enfance, et je ne le laisserai pas partir loin de moi. Même si c'est toi. Tu es une Griffondor, tu es la meilleure amie de Harry Potter, tu es la meilleure élève que Poudlard ait connu depuis des lustres, tu es jolie même si tu ne t'en rends pas vraiment compte, tu es intelligente, tu es tout ce que je ne serai jamais. Mais je ne te le laisserai pas me le prendre ! Je n'ai que lui, je le connais mieux que personne, il est à moi ! Je ne peux pas l'empêcher de faire ce qu'il veut, mais je veux te prévenir. Ne me le prends pas, ni toi, ni personne ! »
Elle sentait le regard d'or de la jeune fille peser sur elle avec horreur. Mais peu lui importait, à présent. Elle s'était trop avancée, elle avait envie de le crier partout dans toute l'école. Ce qui s'était passé la nuit précédente ? Et bien, il lui avait imposé sa marque. C'était l'heure de dire la vérité, à tous, toute la vérité.
« Je me fous de ce que tu penses… » Elle entendait sa propre voix, agressive, insidieuse. « Je me suis donnée à lui. Alors, il est à moi, pour toujours, quoi qu'il se passe ! »
« Pansy… » Hermione avait prit une voix douce et basse, comme si elle s'adressait à un enfant malade. « Pansy… Il est de notoriété publique que la moitié des filles de l'école est passée dans son lit… »
« Mais c'est mon fiancé ! », cria t'elle en réponse.
« Il s'en fou ! », répondit la jeune fille sur le même ton sucré, « Ne t'attaches pas autant à lui, il ne te mérite pas. Tu vaux mieux que lui, je le sais. »
« NON ! », cria t'elle de nouveau, se souciant fort peu qu'on les entende. Des larmes brûlantes et salées coulaient sur ses joues. Elle en éprouva une sorte de satisfaction perverse. Elle souffrait, elle souffrait pour lui jusqu'au plus profond d'elle-même, mais son amour n'en sortirait que grandit. Hermione était une épreuve sur le chemin de leur amour qui triompherait en fin de compte.
« D'accord », dit Hermione lentement. « Je ne te le prendrais pas. »
Puis elle sortit de la pièce, sans rien ajouter de plus, mais non sans lui jeter un regard inquiet et un peu perdu. Et Pansy s'écroula dans une crise de sanglots qui la déchirait, la tordait comme une feuille de papier dans des flammes d'un feu de joie.
Voilà, voilà… 'espère qua ça vous à plu ! La suite aussi vite que possible…Reviews, please !
