Galadriel
L'ennui s'était réinstallé dans la maisonnée une nouvelle fois. Mes pensées étaient toujours tournées vers Celebrimbor et même que Celeborn me demandait souvent à quoi je pensais avec l'air songeur qui s'était installé sur mon visage depuis la nuit d'amour que j'avais passé avec mon bien-aimé Celebrimbor. Je ne pensais qu'à lui et au jour que nos destins se rencontreront une nouvelle fois. Un mois depuis le banquet mémorable en Eregion, j'étais assis sur mon habituel fauteuil blanc en train d'observer la tombée de la nuit, le lune était déjà haut dans le ciel. Celeborn était parti à Imladris pour quelques jours me laissant libre pendant un long moment. Le silence s'était installé dans ma demeure comme à l'habitude ne laissant entendre que le bruissement des feuilles, des chants lointains de mon peuple puis une mélodie enchanteresse des oiseaux des environs de la forêt. Soudain, j'entendis un bruit étrange venant du balcon. Intriguée je me dirigeai d'un pas lent vers l'extérieur. Tout semblait normal jusqu'à ce que je vois un jeune elfe encapuchonné d'une cape sombre bourgogne usé par les voyages surgir de nulle part sur le balcon. Étouffant un cri de surprise, je mis vivement la main sur ma bouche et le dévisagea essayant de savoir qui se cachait sous ce lourd manteau…C'est là que mon cœur arrêta de battre pendant un instant. Ses yeux perçants brillants comme des diamants, je les connaissais. Il était enfin revenu à moi…Celebrimbor…
Celebrimbor
J'avais tant attendu le jour où j'allais enfin atteindre la Lothlorien. Le voyage m'avait paru une éternité et quand j'arrivai clandestinement sur les terres de ma dame, mon cœur n'arrêtait pas de battre à la chamade. Lorsque je vis la magnifique demeure blanche de Galadriel à Caras Galadhon, j'aperçus, au beau milieu de la nuit, la fenêtre d'un des balcons ouverte laissant des rideaux de dentelle blanchâtre flotter au vent montrant la présence de quelqu'un dans la pièce. Prenant mon courage à deux mains, demandant la protection d'Elbereth pour que ce ne soit pas le mari de Galadriel, je grimpai sur le mur du balcon à l'aide de vignes longeant le mur et, enfin, j'atterris sur le balcon. C'est à ce moment-là que mon cœur eut l'air d'exploser de joie. La plus belle de toutes les dames elfes que je n'ai jamais vues de toute ma longue vie se tenait devant moi l'air tellement apeuré que je devais me retenir de ne pas aller la serrer fortement dans mes bras. Je m'empressai d'enlever mon capuchon pour qu'elle me reconnaisse et lorsque j'enlevai le voile sur mon identité, ma bien-aimée ne savait que dire. Ses magnifiques yeux d'un bleu d'azur s'illuminèrent en tentant de savoir si c'était réel ou tout simplement une hallucination. Je m'approchai tout doucement d'elle jusqu'à ce qu'elle me saute au cou, les larmes aux yeux. Je lui rendis son étreinte en fermant les yeux. Nous échangeâmes maints baisers avant qu'elle ne m'entraîne vers sa couche. Après l'amour, nous nous étions étendus enlacés. Je n'arrêtais pas d'observer chacun de ses gestes gracieux et son visage si lumineux et beau. Cette femme était et restait mon âme sœur à jamais. Nous parlâmes de ce qui nous était arrivé après notre dernière rencontre jusqu'à ce que nous nous rhabillâmes et je lui annonçai que j'avais quelque chose de très important à lui remettre. Je ne perdis pas une seconde pour le lui présenter. Au même moment, elle se leva, mit sa robe de nuit puis s'avança vers moi avec la même grâce telle que je l'ai toujours connue…
Galadriel
Au moment où Celebrimbor se libéra de mon étreinte et se leva ne me lançant aucun regard me disant uniquement qu'il avait quelque chose à m'annonce. Je sentis un petit instant mon cœur frissonner. Finalement, il se retourna enfin vers moi en posant des yeux emplis d'amour et d'affection. N'étant vêtu que d'une des couvertures du lit enroulé à sa taille, il alla prendre sa chemise étendue par terre. Tout en se dirigeant vers son habit, il me dit d'une voix très basse qu'il voulait me donner quelque chose de très précieux en gage de son amour pour moi. C'est là qu'il sortit de la chemise une petite bourse en soie pâle scintillante. Intriguée je me redressa sur le lit puis j'examinais chacun de ses mouvements ainsi que l'objet que tenait mon bien-aimé dans sa main. Ne détachant pas son regard du mien, Celebrimbor dévoila du petit sac l'objet qui s'y trouvait. Je n'eus plus de souffle lorsque je vis que mon cher amant portait dans sa main un magnifique anneau scintillant simplement orné d'un gros diamant blanc comme neige. Il brillait tellement que je crains que certains passants dans la nuit puissent voir cette lueur de la fenêtre de mes appartements. Je lui demandai quel était ce bijou si splendide mais Celebrimbor ne me répondit pas instantanément comme à son habitude. Il détourna les yeux de mon regard puis le posa fermement sur l'anneau, l'air songeur. Semblant tout à fait plongé dans ses pensées, je me levai, enfila ma robe de nuit puis je m'avançai vers lui. Lorsque je fus à portée de le toucher, nos yeux se rencontrèrent une nouvelle fois puis il me tendit l'anneau en diamant. Ne cessant de me dévisager, Celebrimbor me murmura qu'il m'offrait ce cadeau en gage de son amour pour moi ainsi que son éternel confiance envers moi. Pourtant, je n'acceptai pas le bijou tout de suite et je lui demandai de m'expliquer clairement quel était cet objet. Je retournai m'asseoir sur le lit attendant des explications. Mon amant ferma les yeux un moment puis prit une grande respiration. Il m'imita en allant s'asseoir à mes côtés. Je me souviens de ce qu'il m'avait dit comme si c'était hier :
-Mon amour, je vous offre cet anneau que j'ai forgé moi-même car je sais que vous serez capable de le garder en sûreté dans votre domaine. Il faut à tout prix que ceci ne se fasse jamais découvrir jusqu'à ce qu'il n'ait plus de pouvoir en ce monde. Mais promettez-moi, Dame de Lumière, que vous allez toujours protéger cet objet en gage de votre amour pour moi. Je vous en supplie, il ne faut jamais que cet anneau soit trouvé. Je l'ai nommé Nenya, l'Anneau de l'Air et les trois autres Anneaux de Pouvoirs sont en possession du Roi Gil-Galad si vous voulez tout savoir…
Je baissai la tête en signe de compréhension même si de multiples questions me trottaient encore dans la tête puis je mis l'anneau argenté à mon doigt. Tout à coup, celui-ci se mit à briller de milles feux et je n'aurais pas été étonnée si quelqu'un avait remarqué cette lueur à quelques lieux de mes appartements. Émerveillée, je ne pus que sourire à Celebrimbor pour m'avoir offert ce magnifique cadeau puis je l'enlaçai tendrement. Je passai trois jours de pur bonheur en compagnie de mon bien-aimé jusqu'à ce qu'on m'annonce que Celeborn était en route vers la Lothlorien. Quand Celebrimbor fut prêt à partir, je ne pus m'empêcher de pleurer à chaudes larmes ayant éprouvé le sentiment que je ne le reverrai pas avant longtemps…
Celebrimbor
Les trois jours que j'ai passés avec ma bien-aimée furent les plus beaux de toute ma vie. Le bonheur que j'ai ressenti ne pourrait se refaire une nouvelle fois. Oh, par Elbereth ! Pourquoi doit-elle partager ses appartements et sa vie avec un autre homme que moi qu'elle n'aime même pas ? Cette question je me la suis posé presque tous les jours et maintenant que je lui ai donné le plus précieux des Trois Anneaux, je me devais de revenir vers ma patrie même si je serais resté dans cette forêt enchanté le reste de ma longue vie abandonnant ainsi Valinor et le Crépuscule…Cette femme, cette âme, cette créature et cette pensée ne pouvaient s'estomper. Elles ne pouvaient. C'était impossible. Je pouvais disparaître et à jamais être oublié de tous mais elle, jamais. Sa sagesse, sa beauté, sa puissance et sa grâce sont gravées dans l'histoire de la Terre du Milieu jusqu'à la fin du monde. Et lorsque je l'ai quitté pour partir en Eregion, lorsque je l'ai vu pleurer pour moi, lorsque je l'ai vu me tenir la main et m'embrasser une dernière fois, une seule et unique pensée me passait par la tête : Galadriel, la Dame de la Lumière. Dès que je fus revenu à mon atelier, je me mis immédiatement à un des plus magnifiques projets que je n'ai jamais démarré de ma vie : immortaliser la beauté de l'Étoile du Matin dans le cristal. Pendant des mois, je m'enfermai dans mon atelier royal avec pour seul compagnie ma chère mère qui m'appuyait dans mon travail et ma passion pour ma dulcinée. Débordante de conseils et de réconfort, c'est elle qui savait exactement chaque détail qu'on devait attribuer et c'est aussi cette femme que j'ai aimée dès que j'ai vu le jour. Depuis toujours, je me disais que mon père avait très bien choisi la dame qui allait donner la vie à son héritier. C'est ainsi que pendant six longs mois je me consacrai à mon œuvre qui était la statue en cristal de Galadriel avec pour seul compagnie ma mère. Une fois ce si beau monument achevé, je n'attendais que le moment où ma douce moitié allait s'admirer elle-même de ses propres yeux. Dans les cheveux en cristal de Galadriel, je fis incruster des milliers de elanor jusqu'à ses pieds ce qui la fit encore plus briller de tout son éclat. La statue fut ensuite exposée dans mon propre palais dans les cours de mes jardins. Six mois devenaient impossibles sans ma chère Galadriel et je finis par me résoudre à lui écrire une lettre pour lui signaler que je n'étais pas encore mort. Dans ce manuscrit, je lui écrivis tout mon amour et ma passion que j'éprouvais pour elle et mon désir si ardent de la revoir dans toute sa beauté. Une statue d'elle ne suffisait pas pour la contempler pour toujours, aussi merveilleuse soit-elle. Dès que la lettre fut envoyée, j'attendis impatiemment sa réponse, espérant qu'elle ne m'ait pas oublié avec tous ces mois sans avoir de mes nouvelles…
Galadriel
Le monde est si gris et triste sans Celebrimbor…Mon domaine aussi enchanteur soit-il n'arrive même pas à la cheville du bonheur que j'éprouvais en compagnie de mon bien-aimé. Six mois sont déjà passés sans avoir aucunes nouvelles de lui et cela me brise le cœur. La peur qu'il m'ait oubliée et s'est trouvée une nouvelle dame à courtiser grandit en moi chaque jour. Si seulement je pouvais me trouver dans ses bras éternellement comme les trois jours si heureux que nous avons passés à Cerin Amroth. Je ne peux me résoudre à cesser de me torturer à penser à lui, à son visage, ses baisers, sa personnalité et son esprit qui s'est fusionné à moi depuis le début. Mais le bonheur et la peur qui me rongent le plus sont concernant ma grossesse qui a démarré depuis sept mois. Sachant que je me suis donné à mon mari il y a de cela des années, la seule hypothèse valable est que Celebrimbor soit le père. Pourtant, j'ai été capable de convaincre Celeborn qu'il était le père et celui-ci ne me posa pas plus de questions. Évidemment, tout ce qui l'importait c'était d'avoir un fils comme héritier et avoir l'esprit tranquille concernant le futur de son royaume. Cependant, savoir que je portais l'enfant du dernier fils de la Maison de Fëanor me rendait perplexe. Lors de mes discussions avec Melian, il y a bien longtemps, je me souvenais qu'elle m'avait dit que la Maison du premier fils de Finwë n'était pas faite pour perpétuer ainsi et cela allait amener de grands problèmes dans tant la société des Eldar que celle des Edain. Espérons que cette charmante Maïa se soit trompée. Mais donner la vie à l'enfant de Celebrimbor sera sûrement le plus beau moment de ma vie car ce bébé sera le fruit de notre amour éternel et le résultat de tous nos labeurs. Celeborn aurait du ne jamais revenir et j'aurais ainsi ne jamais me séparer de Celebrimbor. Un désir de fugue vers l'Eregion a pris possession de moi depuis quelques temps et j'y songe sérieusement même si je suis la Dame de ces lieux. Un jour monotone comme les autres, j'étais assise sur le même balcon où six mois auparavant mon amant était revenu vers moi et, étant en ce lieux, sa pensée ne pouvait me quitter. Soudain, je sentis une sorte d'agitation qui ne s'était pas passée depuis bien longtemps et cette manifestation fut tellement forte que je me levai inconsciemment brusquement. Des bruits de galops de chevaux se faisaient entendre dans toute la cité. Au même moment, un de mes serviteurs entra dans ma chambre et avait reçu l'ordre de venir me quérir. Je ne me le fis pas dire deux fois et je débouchai dans la salle principale de ma demeure. C'est là que se trouvait un Elfe à la silhouette svelte enveloppé d'une épaisse cape de velours brune. Je sus tout de suite que c'était un messager d'un noble de l'Ouest. Soit, le message venait d'Imladris ou…d'Eregion. Mon cœur battant à la chamade, j'ordonnai à l'Elfe de me donner la lettre qu'il tenait dans la main. Il s'exécuta et m'annonça que le message venait de Celebrimbor lui-même d'Eregion ! C'est à ce moment que mon cœur explosa de joie comme il ne l'avait jamais fait auparavant. Dès que le messager se fut retiré, je pris congé de mes serviteurs et me précipita dans mes appartements. Avec précaution, je déroulai le manuscrit et là se trouvait l'écriture en signes d'Eregion mince mais déterminée de Celebrimbor. Avant de commencer à lire, je pris une grande respiration, ferma les yeux puis je débutai ma lecture…
Ma très chère et tendre Galadriel,
Dame de Lumière qui éclaire chacun de mes jours depuis notre première rencontre, je vous pris sincèrement de m'excuser de mon insolence à ne pas vous avoir donné de mes nouvelles pendant ces six longs mois sans vous voir. Mais sachez que je suis toujours vivant même si la cause de ne pas vous admirer dans votre splendeur me meurtrit un peu plus chaque jour. La raison de ce geste de ma part est le fait que j'ai démarré un projet fantastique : je me suis consacré pendant six mois à la fabrication d'une statue de cristal à votre effigie faite de mes propres mains. Il est évident qu'elle ne peut être comparée à vous mais j'ai osé immortaliser votre image resplendissante et j'espère que vous ne m'en voudrez pas. J'espère que le présent que je vous ai donné est toujours en sécurité et, je sais que je vous le redis mais il faut que cet objet ne soit jamais trouvé par les serviteurs du Seigneur Ténébreux. Je suis également sûr que vous comprenez parfaitement pourquoi je ne veux absolument pas qu'il soit dévoilé. Chère noble dame des Noldor, j'espère que vous aurez l'amabilité de me répondre car je n'attends que de vos nouvelles de votre merveilleuse écriture aussi charmante qu'elle soit. Je prie aussi les Valar pour qu'ils nous permettent de nous revoir le plus tôt possible. Votre absence en Eregion est si regrettable que j'en pleure parfois. Une visite de votre part dès que vous le pourrez pour admirer la statue ne serait pas du tout de refus. J'espère que vous vous portez bien Galadriel, dame de tous mes rêves les plus fous. Répondez moi le plus vite possible.
Avec tout mon amour et mon affection,
Celebrimbor Seigneur d'Eregion
Dès que je finis de lire la lettre, je ne pus m'empêcher de pleurer toutes les larmes de mon corps. Je ne savais pour quelle raison car il y en avait tellement. La peur de la réaction de Celebrimbor quant au bébé, la joie d'avoir de ses nouvelles et la tristesse qu'il ne soit pas auprès d'elle pour la consoler. En plus de la grossesse qui allait être bientôt à terme, je devais absolument le dire dans ma prochaine lettre à Celebrimbor, ce serait un grand manque de respect envers mon amour sinon. Il fallait aussi que je parle à mon bien-aimé le pouvoir que l'Anneau de Pouvoir me donnait. Ce bijou m'aidait à maintenir un certain équilibre dans la forêt qui rendait la vie dans les bois bien plus agréable. Soudain, une de mes servantes déboucha dans la pièce et m'aperçut en larmes sur mon fauteuil, un manuscrit avec le sceau royal d'Eregion. Celle-ci se dirigea immédiatement vers moi et me demanda la permission de lire la lettre. Je la lui refusai et je continuai à sangloter. Elle me prit doucement dans ses bras et je me laissai faire. Je ne savais plus quoi penser… J'étais si perdue sans Celebrimbor. Il était tout pour moi et sans lui plus rien n'est beau. Six mois monotones à ne penser qu'à lui et à déprimer, je ne pouvais plus supporter et j'avais tout simplement craqué. Ma décision était prise, j'allais demander à Celebrimbor par écrit la permission de partir le rejoindre et même s'il refusait j'allais fuguer et même lui ne pourrait pas m'en empêcher. Après mes sanglots un peu calmés, je pris congé de ma servante et je m'installai sur le balcon de ma chambre. Je revêtis une cape violette en fils d'argent à cause du temps un peu frisquet et je commençai à rédiger la lettre adressée à Celebrimbor. Après de très longues heures entre prendre quelques pauses d'écritures du à ma grossesse qui aspirait souvent la totalité de mon énergie, je terminai avec amour le manuscrit. Je plaçai la lettre dans une enveloppe portant le sceau royal de la Lothlorien puis j'envoyai Haldir un ami de confiance vers la forteresse des Gwaith-I-Mirdain, domaine de Celebrimbor. Peu après je retournai sur le balcon où je restai un long moment jusqu'à ce que je sois gelée jusqu'aux os. Malgré le fait que Celeborn ne soit pas encore revenu, la nuit tombée, je décidai de ne pas l'attendre et d'aller me coucher. Cette nuit-là fut emplie doutes et ne fut pas très paisible du à mon inquiétude quant à Celebrimbor et l'agitation du bébé qui était supposé voir le jour dans deux mois. Celebrimbor me manquait terriblement et, ce manque, personne ne pouvait y remédier, pas même mes amis les plus proches…
