C'était le lendemain du fameux départ vers Fondcombe. Le soleil venait à peine de se lever à l'Est illumina tout d'abord le royaume des elfes sylvains. La dame Galadrielle sortit alors de chez elle, dans la forêt du Lothlorien, et alla inspecter son miroir tandis que ses frères elfes partaient accomplir les tâches les plus diverses qu'elle leur avait données. Un peu plus au nord, Thranduil chantait avec son peuple et son fils, Legolas, tout en traversant Mirkwood, du nord au sud, aussi appelée la forêt noire. Puis, le soleil grimpa le long de la haute chaîne de montagne qui séparait les elfes des hobbits et vint éclairer la Comté où les petites gens d'Hobbitebourg feraient sans doute encore la grasse matinée jusqu'au moment où les douze coups de midi résonneraient. Le seigneur des elfes, Elrond, vint se percher sur le balcon de sa maison de Fondcombe pour admirer son reflet dans la rivière. Dans la taverne du Poney Fringant, un peu plus loin, un rôdeur surnommé Grand Pas buvait un verre d'hydromel sans que personne ne semble le remarquer… C'était aussi dans ce royaume qu'après une nuit passée avec les ours, Beorn, le changeur de forme, retourna chez lui et reprit son apparence humaine. Vint en même temps que celui de la Lothlorien et de Mirkwood, le tour du Rohan de dire bonjour à une nouvelle journée. La cité d'Edoras se réveillait peu à peu et les chevaux sauvages couraient en liberté dans les plaines qui s'étendaient à perte de vue devant celle-ci. Finalement - j'en viens directement aux cités où se déroule notre histoire, en sautant au passage de nombreux royaumes - le soleil arriva sur les terres du Gondor. La cité de Minas Tirith aussi appelée la tour blanche, la capitale du Gondor, reflétait comme d'habitude le soleil avec force et le marbre blanc dont elle était presque entièrement faite semblait être neuf. Les trompettes se firent alors entendre au sommet des remparts et le bruit qu'elles produisirent se répercuta sur les maisons des habitants de la cité. Les boulangers allèrent se coucher ainsi que les gardes de nuit et bien d'autres gens. Mais les ruelles se remplirent alors de marchands qui installèrent rapidement leurs échoppes pour pouvoir ainsi prendre les meilleurs emplacements. C'était jour du marché et tout le monde s'activait dès l'aube. De tous les jours de la semaine, c'était celui où on avait l'occasion de gagner le plus de pièces d'or. C'était aussi le jour où il y avait le plus de vol à la tire et c'est pourquoi des gardes erraient dans les petites ruelles sombres de la forteresse en serrant leur lance contre leurs amures dorées sur lesquelles trônait le blason de Minas Tirith… l'arbre blanc ! Leurs corps étaient parcourus de frisons et ils étaient prêt à frapper toute personne qui les regarderait de travers. Leurs tempes étaient couvertes de gouttes de sueur qu'ils n'arrivaient pas à essuyer à cause de leurs heaumes. C'était eux qui devaient surveiller la forteresse et empêcher les bandits de nuire à la prospérité de ces lieux, en somme, c'était sur leurs larges épaules que le bien être des habitants de la tour blanche reposait en ce matin de printemps.

Au sommet de ces lieux, surélevé, était installé le château de l'intendant – chargé de remplacer le roi tant que personne ne viendra revendiquer ce titre en se déclarant descendant des rois de jadis. Devant celui-ci, une plateforme de pierres blanches de plus de trois mètres de largeur surplombait la cité. Dans une cour presque collée au château il y avait une petite source au milieu de laquelle l'arbre blanc se dressait de toute sa hauteur. Selon la légende, on raconte que c'était Isildur lui-même qui l'avait autrefois planté.

Un, puis deux, puis trois, puis une infinité de rayons de soleil filtrèrent à travers les rideaux de soie qui flottaient devant l'unique fenêtre de la chambre de Faramir, le fils de Denethor, l'intendant. Le jeune homme cligna des yeux. Il regarda pendant quelques secondes le plafond puis fit la grimace et se tourna sur le côté en emportant avec lui tout ce qui passait sous sa main et pouvait le couvrir… Il n'avait pas envi de se lever, il voulait profiter encore quelques minutes de la douceur de ses draps. Cela n'était que la première nuit – et demi – qu'il passait dans un vrai lit. Il passa doucement une main dans ses cheveux blonds mi-longs et ferma les yeux pour se reposer encore un petit peu…

Il repensait encore à son frère. Il en avait rêvé toute la nuit, l'imaginant soit lutter avec bravoure contre des bandits, soit décapité par des orcs haut comme deux hommes. Où pouvait-il déjà être ? Faramir se rappelait très bien des évènements de la veille.

Il était occupé de seller son cheval et murmurait des mots doux à l'oreille de ce dernier. Il s'apprêtait ainsi à partir comme prévu pour Fondcombe mais soudain il entendit une voix résonner derrière lui. Une voix qu'il connaissait bien.

« Retourne au château… J'y vais ! C'est moi qui irait voir le seigneur Elrond. »

Le cadet tourna des yeux ronds vers son aîné. Pourquoi voulait-il partir à Fondcombe ? Pourquoi changeait-il ainsi d'avis… Il n'avait rien dit lorsqu'ils trouvaient tous les deux devant l'intendant. Faisait-il juste cela pour l'embêter, il lui dirait ensuite qu'en fait il restait, que ce n'était qu'une blague ? Non, ce n'était pas le style de Boromir qui était d'une nature si calme et bienveillante. Faramir se faisait des idées.

Après un soupir, il se contenta de l'ignorer et attacha solidement la selle sur le dos de sa monture. Le jeune homme avait toujours adoré être dans les écuries, sentir l'odeur du foin et être proche des bêtes. Elles semblaient comprendre ce qu'il leur disait. Faramir glissa ensuite un pied dans le premier étrier puis passa l'autre par-dessus le dos de son cheval pour finalement le glisser dans le second. Il se retrouva alors avec la bride en main et il talonna la bête pour la faire avancer.

« J'ai dit que j'y allais… », Boromir parlait lentement et détachait chaque syllabe comme si son frère était idiot.

Alors qu'il s'apprêtait à quitter la bâtisse, Faramir s'arrêta net en entendant celui-ci.

« Il n'en est pas question, tu crois que c'est un jeu ? Que j'y vais par plaisir ! Non… Je préfèrerai rester ici auprès de Denethor, notre père. Alors va-t'en, et laisse moi. Tu devrais plutôt m'encourager ! »

« Tu sais très bien que s'il n'avait pas dit que 'tu' partais, j'y aurais été. »

« … »

Boromir soupira et s'approcha de son petit frère. Il posa avec douceur une main sur l'épaule de celui-ci puis dit d'une voix calme et apaisante.

« J'ai pris une décision… j'y vais. »

C'en était trop, son frère voulait donc vraiment le remplacer ! Faramir se tira de l'étreinte de son frère avec violence. En partant pour Fondcombe, il représenterait le royaume des hommes et tout le monde n'aurait d'yeux que pour lui. Non, cette fois ci ce serait lui, Faramir, le héros et peut-être que son père le regarderait différemment. Peut-être qu'il ne le considérerait plus comme le deuxième… Celui qui marche avec maladresse dans les pas de son aîné. Certes, la route pour la maison d'Elrond était dangereuse, mais cela valait le coup de la parcourir.

« Je t'ai dit 'non' ! Sache que tu n'est pas le seul à prendre des décisions… Je n'ai plus cinq ans ! »

« … »

« J'en ai marre de rester ainsi, toujours dans ton ombre ! Cette fois ci, c'est moi qui pars. Même si je dois risquer ma vie pour cela. »

« … je suis désolé, mais sache que si je fais ainsi si c'est pour te protéger. La route pour Fondcombe sera sans doute semé d'embûche, et s'il t'arrivait quelque chose… je ne me le pardonnerais jamais. Laisse moi partir… C'est un ordre ! »

Faramir continua de fixer le plafond de sa chambre. Devait-il sourire ou pleurer ? C'était, hier, la première fois que quelqu'un le protégeait ainsi – enfin son père l'aimait comme un fils mais ce n'était pas suffisant. Son frère était donc parti pour de bon et il ne savait pas s'ils se reverraient un jour.

En attendant, Faramir ne savait pas ce qui, lui, l'attendait. Denethor devait lui en vouloir terriblement que Boromir soit parti à sa place. Qu'est-ce que son père pourrait encore lui faire subir ? Denethor était un homme fou qui donnait de drôles de punition. Il aimait ses deux enfants autant l'un que l'autre mais avait toujours été plus indulgent avec Boromir.

Le jeune homme se dit ensuite qu'il avait assez dormi et qu'il serait bien de sortir un peu de sa chambre. Ainsi, il enfila sa chemise blanche, son pantalon puis ses bottes. Il fit son lit et poussa ensuite la porte en chêne menant au couloir du château. Il descendit les escaliers et se retrouva devant la source de l'arbre blanc. Des enfants étaient assis en rond autour d'un vieillard qui leur racontait des histoires. De temps en temps, il arrêtait de conter et commençait à chanter. Faramir sourit, il aurait bien aimé l'écouter mais quelque chose vint interrompre ses pensées. Encore une voix… comme la veille. Mais cette fois ci, ce n'était pas celle de son frère. Une voix beaucoup plus froide et autoritaire.

« Messire Faramir, chef de la garde de Minas Tirith ? »

Faramir répondit instinctivement sans se retourner.

« Oui ? »

« Votre père, l'Intendant, vous demande. »

Il soupira et alla rejoindre l'homme. Il devait avoir au moins la quarantaine et portait sur son vente l'écusson représentant 'l'arbre'. Ses cheveux étaient blancs et tiré en arrière. Faramir le reconnut toute de suite : Semir, messager personnel de Denethor. Celui-ci le conduisit sans hésiter et sans rien ajouter dans la salle du trône où Denethor était occupé de manger. Il saisissait des morceaux de poulet, les regardait avec des yeux brillants puis les avalait goulûment Faramir du attendre que son père finisse son repas. Finalement, quand le cuisiner s'en fut aller, il s'avança et posa un genou à terre.

« Vous m'avez demandé ? »

Le roi lécha goulûment ses doigts et esquissa un sourire.

« Oui, mais relève-toi… tu es mon fils. »

Faramir obéit en se disant qu'il aurait préféré ne pas être son fils. Qu'est-ce que son père avait en tête pour le faire venir ici ? N'avait-il pas digéré le départ de Boromir. Un frisson parcourut sa nuque lorsqu'il parla.

« Hum… puis-je savoir… pourquoi …? »,

« Eh bien, Faramir, tu sais que nous somme en guerre contre les orcs et tu sais même mieux que tout le monde qu'ils nous ont pris Osgiliath… »

Guerre… oui, Denethor comptait l'envoyer se battre au front. Mais où ? Il fallait garder le plus d'homme possible à Minas Tirith, maintenant qu'Osgiliath était tombé. Ainsi Faramir devrait partir !

« …et je me suis dit que tu pourrais prendre avec toi un groupe composé des meilleurs soldats de la forteresse puis partir aider nos hommes qui retiennent valeureusement les orcs ? C'est grâce à eux que les hommes du sud n'arrivent pas à venir rejoindre… Sauron. »

Faramir serra les poings si fort que ses ongles s'étaient maintenant profondément enfoncés dans les paumes de ses mains et un filet de sang coulait de chacune d'entre elle. Pourquoi le renvoyait-il si vite au combat ? Il venait à peine de revenir d'Osgiliath et était ainsi toujours épuisé… Faramir ignora la douleur … Il voulait dire non et rester ici, juste le temps de se reprendre… il le voulait, mais il ne le pouvait pas ! Si les soldats apprenaient qu'il avait refusé de leur venir en aide, qu'elle serait leur réaction ? Faramir ne préférait pas l'imaginer. Oui, il irait.

« Cela sera… », Faramir soupira, « …fait selon vos ordres. »

Denethor sourit et répondit d'un ton neutre et tranchant.

« Je n'en attendais pas moins de toi, fils. »

Sans un mot de plus, Faramir tourna les talons et quitta la pièce, laissant derrière lui Denethor. L'intendant le regarda un sourire aux lèvres. Faramir ressemblait beaucoup à Boromir. En moins courageux et en moins fort bien sûr. Il était bien son fils, un fils de Minas Tirith ! Un homme à l'esprit combatif.

Le pauvre Faramir était maintenant dans la caserne du Gondor, il discutait avec un de ses amis sans savoir ce qui l'attendait. Celui-ci soupira en entendant qu'il avait accepté de déjà repartir se battre et le traita de tous les noms pour le décourager. Mais, en fin de compte, il aida tout de même Faramir et lui composa une escouade avec les meilleurs soldats de la cité puis lui donna une armure complète et un arc mais Faramir garda sa bonne vieille épée.

(((Voila! J'éspère que vous avez aimé ces deux premiers chapitres. Alors, une petite "Review"? Si vous avez des questions, n'hésitez pas: J'y répondrai!)))