Précédemment...
Au beau milieu de l'été à Privet Drive, Harry se rebelle contre les corvées imposées par les Dursley, ce qui lui vaut d'être roué de coups de ceinture par l'oncle Vernon. Il s'échappe vers un étang où quelqu'un semble l'espionner avant de transplaner. Les Dursley partis en vacances, il se retrouve seul dans la maison le soir venu, et reçoit la visite importune de trois individus vêtus de capes animés de mauvaises intentions. Par chance, Snape vole à sa rescousse...
Bonne lecture !
Le Serment à la Nuit : Chapitre II
Le Chaudron Baveur
Une brutale secousse, comme un tremblement de terre, arracha Harry du sol et le compressa dans un infernal tourbillon exigu, lui donnant l'horrible impression de se retrouver tour à tour dans l'œil d'une tornade puis dans un boyau souterrain. Autour de lui les habitations de Privet Drive plongées dans les ténèbres tournoyèrent à toute vitesse puis la sensation d'étranglement cessa presque immédiatement, et ils réapparurent dans un endroit sensiblement différent. Nullement affecté par le voyage, le Professeur s'empressa de relâcher le Gryffondor et rajusta sa cape noire.
Mais Harry, qui n'avait pas d'expérience en transplanage d'escorte, fut envahi par une vague nauséeuse agitant son estomac de soubresauts. Sa vision se brouilla, le sol couvert de pavé tordus lui paraissait tanguer aussi dangereusement sous ses pieds que s'il était dans un navire en pleine tempête. Assailli d'un tournis, il s'effondra sans grâce contre le mur le plus proche et se pencha, les mains sur ses genoux pantelants. La pluie sur son visage était à peine réconfortante.
Ne pas vomir. Ne pas vomir. Surtout pas devant Snape.
Respirant profondément, il finit par relever la tête une fois qu'il eut repris le contrôle de son estomac, pour rencontrer le regard onyx du Maître Potion qui luisait à la lueur faiblarde d'un réverbère. Ses cheveux noirs corbeaux voletant sous l'averse, ses traits durs et pâles figés dans une colère à peine maîtrisée, ses yeux lançant des flèches, le dominant de sa haute taille, il dégageait une aura particulièrement effrayante. Il avait clairement l'allure des fous furieux que Harry ne souhaitait pas croiser au détour d'une rue sombre en pleine nuit.
Ce qui précisément était présentement le cas.
« M. Potter, quels termes exactement ne comprenez-vous pas lorsque je vous ordonne de ramper vers les voitures et de m'y attendre là-bas ? » demanda-t-il d'une voix basse et peu aimable.
Sa question fut ponctuée d'un éclair foudroyant et éblouissant qui déchira le ciel, auquel s'ensuivit un terrifiant coup de tonnerre. L'étroite ruelle déserte et pavée dans laquelle ils avaient transplané fut illuminée par une lumière spectrale, et le vacarme fit trembler les toits en ardoise des hautes maisons à colombages. La pluie redoubla de violence, tombant dru comme à Privet Drive plus tôt dans la soirée.
« Où est-ce qu'on est ? » demanda simplement Harry en retour. Erreur. Il vit distinctement les yeux noirs de son professeur se rétrécir en deux fentes.
« C'est à moi de poser les questions ! Contentez-vous d'y répondre ».
« Je voulais juste vous prêter main forte, Professeur. Vous combattiez seul face à trois sorciers, c'était inégal... Quand j'ai vu que vous étiez en train de reculer, j'ai pensé pouvoir faire diversion en... ».
« Regardez-moi dans les yeux M. Potter, et osez me dire que je suis vraiment le genre d'homme à avoir besoin de l'aide d'un garçon de quatorze ans dans un duel ? ».
« Mais je... Je voulais juste me rendre utile... Vous... ».
« Vous n'auriez pas été plus utile qu'en vous abritant derrière une voiture ! » tonna brusquement Snape, sans prêter attention à la pluie qui lui fouettait le visage. « Je maîtrisais parfaitement la situation, et au cas où cette évidence ne vous aurait pas traversé l'esprit, je battais en retraite dans votre direction afin de sortir progressivement du cercle anti-transplanage que nos assaillants avaient mis en place. Je vous aurais rejoint sans aucun mal et nous aurions alors transplané en sûreté. Mais évidemment, il a fallu que vous interveniez ! A croire que vous ne pouviez vous en empêcher ».
« Je voulais simplement... ».
« Faire diversion ? Vous n'avez absolument pas fait diversion ! Vous vous êtes jeté aveuglément et à bras ouverts dans la gueule du loup en parfait petit Gryffondor téméraire et irréfléchi. Vos agresseurs se sont détournés de moi pour focaliser leur attention sur vous, ce qui était tout sauf une diversion ».
Harry ouvrit la bouche mais l'homme leva une main impérieuse, lui interdisant toute tentative de protestation.
« Je parle. Vous écoutez. Votre intervention a fait de vous la cible principale de leurs attaques alors que vous n'aviez dressé absolument aucune défense autour de vous, pas même le plus petit des boucliers. Et croyez-moi, une majeure partie des sorts de vos poursuivants n'avait rien à voir avec de gentils charmes de Désarmement, Potter. Réalisez-vous ce qu'il se serait passé si je n'avais pas immédiatement réagi en interceptant ce sortilège de couleur violette ? Le savez-vous ? Avez-vous seulement une petite idée de ce que représentait ce maléfice ? ».
Harry s'efforça de soutenir le regard noir charbon sans ciller. Le ton froid du Professeur couvait une colère qui palpitait sous la surface. Snape déployait manifestement de sérieux efforts pour ne pas exploser sur-le-champ.
« Le sort du Diffindo? » proposa-t-il.
« Le charme de Découpe ayant pour formule le Diffindo! » rétorqua rudement Snape. « Rafraîchissez ma mémoire, quels sont les effets de ce sortilège ? ».
Inquiet des accents de plus en plus mortels qu'il ressentait dans la voix de Snape, Harry haussa les épaules, sur ses gardes.
« Ben, il découpe ? ». Là dessus, il était à peu près certain de ne pas complètement se tromper.
Il n'avait pas voulu paraître nonchalant. Mais Snape analysa sa réaction comme étant de la désinvolture et s'énerva davantage encore.
« Précisément, il découpe ! Et il découpe comme ceci, voyez plutôt ! ».
Sans prévenir, le Maître des Potions dégaina soudainement sa baguette de la manche. Pris de court, Harry sursauta et fit un bond en arrière, s'attendant à ce qu'il mette fin à sa vie, ici et maintenant. En guise d'assassinat en règle, Snape se contenta de le gratifier d'un œil meurtrier et pointa sa baguette vers d'épais câbles qui retenaient l'enseigne lumineuse d'un club de nuit aux fréquentations probablement douteuses non loin de là, tandis que Harry se remettait de son accès de panique.
« Diffindo ! ».
Un trait violet fusa à une vitesse vertigineuse et trancha les cordes de métal, les coupant comme s'il s'était agi de beurre. Le panneau s'écrasa lourdement sur le pavé dans un fort tintement métallique, et des étincelles explosèrent près de la devanture fermée du bar. C'était net et propre, sans bavure.
« Et à présent, dîtes-moi où ce maléfice se dirigeait-il ? » reprit Snape, impitoyable.
« Sur moi ? » répondit Harry. Pétrifié, il regardait les dernières ampoules de l'enseigne fumer et agoniser sous la pluie.
« Non ! Il ne se dirigeait pas sur vous, mais vers votre visage, la subtile différence est capitale ! Mon sortilège l'a heureusement dévié, sans quoi il vous aurait charcuté la figure aussi sûrement que ces câbles, ce qui vous aurait infligé une cicatrice digne de celles qu'arbore Maugrey Fol Œil , si ce n'est pire compte tenu de la puissance du maléfice ».
« Qui ? Maugrey qui ? ».
« Peu importe ! » balaya Snape avec véhémence. « J'imagine que toutes ces considérations vous passent largement au-dessus de la tête, après tout cela vous aurait permis de vous pavaner en affichant fièrement vos blessures de guerre, n'est-ce pas ? ».
« Non, pas du tout ! » se défendit Harry. « Je... ».
« Vous rendez-vous compte que nous avons frôlé la catastrophe tout à l'heure ? Vous n'auriez jamais dû avoir la folie d'intervenir sans mon accord, et je vous interdis formellement, si d'aventure une telle occasion se reproduisait, de renouveler une action aussi stupide et bornée ! Ne contredisez plus jamais mes ordres directs en cas de duel avec des assaillants aussi résolus à vous capturer. Est-ce bien clair ? Plus jamais ».
« Je ne pensais pas du tout à mal ! Je voulais juste vous venir en aide ! » s'écria enfin le garçon, déterminé à en placer une.
« Je répète, regardez-moi dans les yeux et dîtes-moi que je suis vraiment le genre d'homme à avoir besoin de l'aide d'un garçon de quatorze ans dans un duel ? Osez donc me le dire ».
Harry vit les flammes danser dans les prunelles d'onyx de Snape. Il se reconstitua dans son esprit la dextérité et la maîtrise avec lesquelles il s'était défendu face à trois redoutables adversaires prêts à en découdre.
« Non » marmonna-t-il en détournant la tête. « Non, vous n'êtes pas ce genre d'homme ».
« Exactement, Potter ! Je n'avais pas besoin d'aide, j'avais opté pour une stratégie défensive pour nous permettre de nous tirer de ce mauvais pas. Votre héroïsme mal placé vous a fait prendre des risques inconsidérés et cela aurait pu très mal se terminer pour votre personne et accessoirement la mienne. Mais visiblement, c'est trop demander au célèbre Survivant de faire profil bas ».
La dernière remarque fut la goutte d'eau qui fit déborder le vase.
« Je suis désolé ! » explosa soudain Harry. « D'accord ? Je suis désolé ! J'ai cru que vous aviez besoin d'aide et que je pouvais bien faire, mais je me suis trompé. Je ne voulais pas vous mettre dans l'embarras et déstabiliser votre combat. Je regrette ».
S'il fut pris au dépourvu par cet éclat de voix, Snape n'en montra rien. Il ne répondit pas immédiatement et plissa les yeux, semblant l'étudier avec attention.
« Ne soyez pas présomptueux, vous ne m'avez pas déstabilisé. C'est votre propre protection que vous avez déstabilisée. En agissant comme vous l'avez fait, vous avez mis à découvert une faille dans laquelle se sont précipités nos adversaires, et Merlin sait ce que cela aurait pu vous coûter ».
Transi de froid, Harry ne répondit pas.
« Que cela vous serve de leçon » l'acheva Snape.
Il y eut d'interminables secondes de flottement où ils se toisèrent en silence, s'affrontant du regard sous l'orage retentissant. Puis le Professeur sembla se calmer et inspecta Harry de la tête aux pieds.
« Vous avez fière allure, M. Potter ».
Harry voulait bien le croire. Son tee-shirt et son pantalon de pyjama étaient maculés de boue. Dans un même état, ses bras étaient recouverts d'estafilades et d'épines, et saignaient par endroits. Idem pour son visage, et lorsqu'il se passa la langue sur les lèvres, il sentit le goût du sang.
« Êtes-vous en un seul morceau ? Avez-vous des blessures quelque part ? ».
« Non ».
« La vérité, M. Potter. Êtes-vous blessé ? ».
« Ce n'est rien, juste quelques épines ».
« Nous nous en occuperons tout à l'heure. Pour l'instant nous devons lever le camp, je ne tiens pas à rester toute la nuit sous cette pluie ».
« Attendez, où est-ce qu'on a transplané ? ».
« Londres ».
« Vous habitez ici ? ».
« Non ».
Snape lui fit signe de se mettre en route. Harry lui emboîta le pas, aveuglé par la pluie sur ses lunettes. Son professeur marchait vite, à grandes foulées.
« Où est-ce qu'on va ? Toutes mes affaires d'école sont chez les Dursley, je n'ai rien amené sauf ma baguette. Mon Dieu, que vont dire mon oncle et ma tante en découvrant les dégâts ? Pourquoi êtes-vous venu me chercher ? Est-ce que le professeur Dumbledore a reçu mon message ? Que va-t-il se passer maintenant ? Qui étaient ces gens ? Comment avez-vous su que j'avais des ennuis ? Que… ».
« Cessez tout de suite de me bombarder de questions ».
Un seul regard réduisit Harry au silence.
Ils traversèrent un quartier londonien sans croiser âme qui vive, jusqu'à ce que Snape s'engouffre par une porte obscure, que Harry reconnut comme l'auberge du Chaudron Baveur où il avait séjourné l'été dernier.
Étant donné qu'ils étaient au beau milieu de la nuit, le légendaire pub sorcier était désert, à peine éclairé par une chandelle sur le comptoir et quelques tisons qui rougeoyaient dans la grande cheminée. Snape fit sonner une petite cloche suspendue à un pilier, faisant maugréer les occupants des tableaux peu ravis d'être réveillés de la sorte. Moins d'une minute plus tard, une porte dérobée s'ouvrait tandis que des chandelles s'allumaient à la volée au plafond.
Le propriétaire, un homme chauve et voûté, se présenta à eux, une lanterne à la main. Derrière lui sur une poutre était toujours placardé l'avis de recherche de Sirius, remarqua Harry avec un pincement au cœur.
« Tom » le salua Snape d'un hochement de tête.
« M. Snape » répondit le patron du Chaudron Baveur avec déférence « Et... Ah, M. Harry Potter ». Il offrit à Harry un sourire édenté.
« Bonjour, Tom ».
Malgré son apparence un peu effrayante, particulièrement dans la sinistre clarté d'une nuit d'orage, le gérant de l'auberge était un homme serviable, aux petits soins pour ses clients et tout à fait inoffensif. Il s'attarda sur sa tenue boueuse et le sang sur son visage, mais s'abstint de tout commentaire, ce dont Harry lui fit reconnaissant.
« Nous prenons deux chambres communicantes pour cette nuit » déclara le Professeur en déposant quelques Mornilles sur le comptoir, derrière lequel un chiffon ensorcelé essuyait les choppes de Bièraubeurre. « Restez discret sur notre présence ici, nous préférons ne pas faire connaître notre position pour le moment. Personne ne doit savoir ».
« Soyez sans crainte, personne n'en saura jamais rien » assura Tom en inclinant la tête.
« Nous prendrons nos petits-déjeuners respectifs dans les chambres au soleil levant ».
« Comme il vous plaira, M. Snape » répondit respectueusement l'aubergiste.
« Je n'ai pas d'argent sur moi, est-ce que je peux vous payer plus tard ? » fit Harry.
« Votre chambre est déjà payée » le toisa Snape comme s'il était stupide.
« Ah ? Merci... Je vous rembourserai ».
« Inutile. À mettre sur le compte du professeur Dumbledore » répliqua-t-il en empochant les clefs que lui tendait le propriétaire des lieux.
« Les chambres 23 et 24 sont disponibles, au troisième étage. Faîtes attention où vous mettez les pieds, l'avant-dernière marche est cassée, ce serait bête que vous passiez à travers ».
Snape haussa un sourcil, guère rebuté par le ricanement sinistre de l'aubergiste, et, dans un tourbillon de capes maîtrisé, il contourna le bar pour s'engager dans les escaliers branlants. Les marches craquaient et n'étaient éclairées que par sa baguette, et quand ils passèrent devant une fenêtre sur le palier du deuxième étage, ils virent à la lueur d'un éclair une girouette tournoyer à toute vitesse sur le toit. Harry évita soigneusement l'avant-dernière marche et arriva au troisième étage, où Snape le fit passer devant lui par la porte d'une chambre spacieuse, bien que rustique.
Harry alluma la lampe de chevet qui diffusa une rassurante lueur orangée, avant d'observer, intrigué, son professeur murmurer une série d'incantations latines sur la porte menant au couloir.
« Qu'est-ce que vous faîtes ? ».
« Je mets en place les protections pour cette nuit. Peut-être cela vous a-t-il échappé, mais vous avez sûrement eu les Mangemorts aux trousses ce soir, et je préfère m'assurer que vous ne couriez pas davantage de danger ».
« Les Mangemorts ? Qu'est-ce que... ».
« Les Mangemorts étaient les partisans du Seigneur des Ténèbres » coupa le Serpentard en se désintéressant de la porte, l'air satisfait de son œuvre.
« Je n'ai pas vu leur visage dans l'obscurité, ils avaient des capuches noires. Comment est-ce que vous avez deviné qui ils étaient ? ».
« Je n'ai pas deviné, je le sais, c'est tout. L'expérience » rétorqua évasivement Snape en fouillant une poche intérieure de sa cape d'où il sortit une fiole. « Cette chambre sera la vôtre, je serai juste à côté en cas de problème. Étalez ceci sur vos éraflures. Et estimez-vous chanceux M. Potter, au vu des circonstances c'est presque un miracle que vous n'ayez pas été plus sérieusement blessé ou tout bonnement enlevé. Maintenant, racontez-moi ce qu'il s'est passé avant que j'arrive ».
Il croisa les bras sur son torse et se posta près de l'armoire pendant que le garçon lui livrait son récit, plissant les yeux à maintes reprises. Il allait sans dire que Harry se garda bien de mentionner l'incident avec son oncle.
« Professeur, comment est-ce que vous avez su que des sorciers étaient chez moi ? » conclut-il.
« Ravivez votre mémoire de poisson rouge M. Potter, le professeur Dumbledore m'a demandé de venir jeter un coup d'œil, et à votre avis, qui lui a écrit une missive pour le prévenir ? ».
« Je pensais que le professeur Dumbledore aurait demandé à quelqu'un d'autre de venir... par exemple le professeur Lupin... » hésita Harry, conscient que Snape s'était déplacé à contrecœur jusqu'à Privet Drive pour sauver la mise de son détesté élève. Comme il avait dû lui en coûter de se lancer à son secours...
Une pure expression de dégoût passa sur le visage méprisant du Professeur.
« Lupin n'est plus professeur, et était par ailleurs... indisposé ce soir ».
Bientôt la pleine lune, traduisit Harry. La transformation approchait. Mais quand on y réfléchissait de plus près, l'intervention d'un loup-garou enragé n'aurait-elle pas été préférable à celle de la Terreur des cachots ?
« Le directeur a estimé que j'étais le mieux placé pour s'assurer que tout allait bien de votre côté ».
« Merci Professeur. Sans vous, j'aurais été fichu ».
« C'est aussi mon avis ».
Le regard impénétrable du Maître des Potions sur lui installa entre eux un silence inconfortable qui le fit se détourner vers la haute fenêtre fouettée par la pluie.
Qu'allait-il se passer à présent ? Il ne cessait de se repasser le fil de la soirée dans son esprit. Comment trois Mangemorts, des serviteurs de Voldemort s'il avait eu peur de comprendre les mots du Professeur, s'étaient retrouvés à Privet Drive ? Pourquoi n'avaient-ils pas attaqué dans l'après-midi, alors qu'il se prélassait au bord de l'étang, vulnérable ? Sans doute entendaient-ils le surprendre dans son sommeil sans qu'il n'oppose de résistance... Étaient-ils venus pour le kidnapper et le tuer ?
« Les Mangemorts étaient au service de Lord Voldemort, c'est bien ça ? » demanda-t-il finalement à Snape qui n'avait pas modifié sa posture. Cet homme était un roc indestructible...
« C'est exact » répliqua-t-il d'un ton sec. « Vous savez être attentif quand vous le voulez ».
« Mais tout le monde raconte que Voldemort a disparu, comment ça pourrait être possible ? ».
Contrairement à ce à quoi il s'était attendu, Snape fut plus bavard qu'il ne l'avait cru.
« D'aucuns considèrent qu'il n'a jamais réellement disparu au contraire, et qu'il attend tapi dans l'ombre de reprendre peu à peu ses forces avec l'aide de ses fidèles afin de récupérer un semblant de puissance. Je doute que vous soyez venu seul à bout de l'un des mages noirs les plus puissants de l'histoire du monde sorcier. Compte tenu de ses pouvoirs avant sa chute, ce n'est pas aussi évident. Il y a quelque chose qui le maintenait dans la condition qu'il avait alors, et je suis convaincu qu'il a usé de stratagèmes pour faire tout ce qu'il a fait. De ce que je pense, il se terre quelque part dans le monde dans un état physique considérablement réduit. Il suffit de s'intéresser de plus près à la presse pour s'apercevoir que les temps commencent doucement mais sûrement à se durcir depuis plusieurs semaines. Même les Moldus l'ont remarqué ».
Harry secoua machinalement la tête.
« Voldemort n'a pas totalement disparu » affirma-t-il. « En première année, il était derrière le crâne du professeur Quirrell ». Snape haussa un sourcil.
« Il n'était pas seulement derrière son crâne, il possédait son corps et ses pensées. Quand, après vous être précipité vers le danger en vous mêlant de ce qui ne vous regardait pas, vous avez tué Quirrell, le Seigneur des Ténèbres a perdu son hôte et s'est plus ou moins dématérialisé. Mais ce n'est qu'un sursis, les lignes de ses partisans bougent. Lentement, mais sûrement ».
Harry sentit un nœud lui tordre légèrement l'estomac. « C'était de la légitime défense » dit-il.
« Quoi donc ? ».
« Le professeur Quirrell était en train de m'étrangler, je ne voulais pas le tuer. Je ne savais pas que mes mains le brûleraient. Si j'avais su, je ne l'aurais pas touché ». Snape eut un sourire suffisant.
« Et le laisser vous tuer ? Ridicule. Croyez-moi, la mort de Quirrell n'est pas une grande perte ». Le garçon croisa son regard impassible. « Je soupçonne que ceux qui sont entrés chez vous ce soir sont des Mangemorts, et bien que je ne puisse l'affirmer avec certitude, il y a des indices. Quoi qu'il en soit, j'ignore pourquoi ils en ont après vous. Je pense qu'ils voulaient vous capturer, sinon ils ne seraient pas embarrassés de politesses et vous auraient tué. Avez-vous remarqué quoi que ce soit d'anormal ces derniers temps ? ».
À part les étranges rêves qu'il faisait... Mais ce n'était probablement que des rêves. Mieux valait que Snape n'en sache rien, nul doute qu'il se moquerait de lui, et il n'était pas question de lui offrir une occasion de le faire passer pour un idiot émotif.
« Non, je n'ai rien remarqué d'anormal » mentit Harry, ses prunelles émeraudes se heurtant aux obsidiennes.
Le Professeur le toisa avec une telle insistance qu'il eut l'impression atroce que l'homme lisait dans ses pensées. Ça dura longtemps.
« Il est temps d'aller dormir, M. Potter» décréta finalement Snape au moment où ça devenait franchement gênant.
« Attendez ! Je n'ai aucun vêtement propre pour dormir ».
« Oh ça, ce n'est pas mon problème » susurra-t-il.
Harry vit distinctement un sourire narquois se dessiner sur son visage et sentit ses joues se colorer, à la plus grande délectation du Professeur.
« Qu'est-ce que je mettrai demain ? ».
« Nous aviserons demain, M. Potter. Après tout, demain est un autre jour » fit l'homme, sarcastique, avant de disparaître dans la chambre d'à côté sans davantage de considération pour lui.
Démoralisé, Harry se dirigea vers l'armoire où il dénicha une longue chemise de nuit couleur blanc défraîchi à rayures venant tout droit d'une époque depuis longtemps révolue, à tel point que même les vêtements les plus usés de Dudley paraissaient fringants à côté. Au moins ça avait l'air propre, se consola-t-il.
Une douche chaude lui permit de se débarrasser de la terre, du sang séché et des épines, puis il en profita pour user le savon sur ses vêtements, avant de les mettre à sécher sur une chaise. Il appliqua sur ses égratignures et sur les marques des coups de ceinture l'épaisse pâte orange sans odeur dans la fiole que lui avait donné Snape, puis se glissa sous les draps frais, se demandant s'il allait finir par trouver le sommeil après cette nuit agitée. Ou, pour changer, s'il allait encore rêver de Queudver.
Dehors, l'orage s'apaisait.
ooOOoo
Dans la pièce voisine, Severus se débarrassa de ses capes noires trempées et, le front barré par un pli soucieux, lança un Silencio à la hâte pour être certain que Potter ne soit pas en train d'écouter aux portes. Il jeta une poignée de poudre dans la cheminée vétuste de la chambre où une volée de flammes vertes s'éleva aussitôt :
« Bureau d'Albus Dumbledore, Poudlard ! ».
Compte tenu des circonstances, il ne pouvait s'accorder le luxe de patienter jusqu'à l'aube. Il se pencha dans l'âtre sans ressentir la moindre brûlure et le bureau circulaire de son directeur apparut devant lui.
Installé dans un fauteuil près d'une fenêtre, le sorcier contemplait pensivement un globe terrestre en métal, coiffé de son chapeau de nuit pointu où flottaient des demi-lunes assorties à ses lunettes.
« Professeur Dumbledore » s'agaça Severus.
« Ah, Severus » se leva Dumbledore, sans sursauter. Ses yeux pétillaient, comme si sa présence était une heureuse surprise. Comme s'il ne l'avait pas entendu actionner son Réseau de poudre de Cheminette. « Tout s'est bien passé avec Harry ? ».
« Pas exactement » rétorqua froidement le Maître des Potions. Il se lança dans un rapport détaillé de son intervention, sans manquer au passage de fustiger la maladresse et l'effronterie toute Gryffondorienne de Potter.
Dumbledore l'écouta attentivement sans l'interrompre, une main appuyée sur le chambranle de la cheminée. Severus acheva sa tirade par un cinglant :
« Je ne comprends pas ce qu'il s'est passé, quand vous m'avez demandé d'aller y jeter un œil au cas où, je m'attendais à ce que Potter m'avoue qu'il s'était monté un scénario dans sa tête pour, une fois de plus, attirer l'attention sur lui. Mais je ne m'attendais certainement pas à une attaque de Mangemorts en bonne et due forme, professeur Dumbledore. Comment cela-t-il seulement pu arriver ? Je croyais que cet endroit, cette maison, était protégée ! Vous me l'aviez juré ! ».
« Et je maintiens que cela n'aurait jamais dû arriver, Severus. J'ignore ce qu'il s'est passé mais je vais le découvrir » assura Dumbledore, songeur. « Mais ne tirons pas de conclusion hâtive sur leur identité ».
« Ce sont des Mangemorts, croyez-en mon expérience » insista le Serpentard, amer. « Vous aviez promis. Vous aviez promis, cette nuit-là, que la maison de sa tante serait un lieu sûr. Le garçon m'a dit que ses Moldus venaient de partir en vacances, cela aurait-il un lien avec leur absence ? Nous avions un accord ».
« Severus » fit Dumbledore avec un ton plus ferme, et ils s'affrontèrent dans un combat de regards perçants. Le directeur feignit ne pas s'attarder sur le reproche à peine voilé et orienta adroitement la discussion vers des préoccupations moins fâcheuses. « Êtes-vous sûr qu'il s'agissait de Mangemorts ? Les avez-vous clairement identifiés ? ».
« Les sortilèges de magie noire qui nous étaient destinés ne jouent pas tellement en faveur d'une théorie contraire » cingla Severus. « Du reste, qui voudrait s'en prendre à Potter si ce ne sont les fidèles du Seigneur des Ténèbres ? ».
« J'espère que Harry n'a pas été blessé ? » éluda le vieux sorcier.
« Vous vous inquiétez bien tard de son état, mais il n'a rien si ce n'est quelques éraflures. Et pas grâce à lui ».
« L'intrépide fougue de la jeunesse » soupira Dumbledore avec une indulgence qui agaça le Maître des Potions. « A-t-il remarqué quoi que ce soit sortant de l'ordinaire ? ».
« Il me prétend le contraire, mais je ne suis pas dupe. Il me cache clairement quelque chose » gronda Severus, qui se jura d'y remédier. Pour qui le prenait le garçon ? Un Boursouflet tout juste sorti de la ménagerie ?
« Il est évident, à la lumière de ce qui s'est passé cette nuit, qu'il ne peut pas retourner tout de suite chez les Dursley, ce serait trop de risques à prendre de le renvoyer là-bas. Retournez à Privet Drive demain matin avant de le conduire chez les Weasley le temps que nous prenions une décision. J'avertis le Terrier dès à présent, je ne doute pas de leur enthousiasme à recevoir Harry plus tôt que prévu. De plus, le Ministère de la Magie a dû remarquer un usage anormalement élevé de la magie cette nuit au domicile des Dursley, je vais les informer sans plus tarder de ce qu'il vient de se passer, ils dépêcheront certainement des Aurors pour enquêter. Merci pour ce que vous avez fait ce soir, Severus. Sans votre intervention rapide, Merlin seul sait ce qui serait arrivé à Harry ».
Les flammes vertes s'évanouirent sur le regard indéchiffrable du Maître des Potions.
ooOOoo
En dépit d'une confortable literie, Harry dormit mal et, lorsqu'il s'éveilla d'un sommeil sans rêve, le vent soufflait toujours dans les tuiles et la gouttière continuait de claquer près de sa fenêtre. Les poutres du plafond craquèrent une fois de plus, et il s'efforça de ne pas penser que quelque chose s'amusait à courir dessus. Le Chaudron Baveur abritait-il une Goule ?
Il se hissa péniblement hors de ses draps, la douleur lancinante due aux coups de ceinture de son oncle se rappelant à son bon souvenir. Le plateau du petit-déjeuner qui apparut au même moment sur son bureau lui fit vite oublier ces désagréments, et il se régala. Rien de tel pour démarrer une journée qui allait sans nulle doute s'avérer longue, très longue, s'il avait la Terreur des cachots pour seule compagnie.
« Vous pouvez entrer, Professeur » lança-t-il quand on frappa sèchement à la porte communicante.
Le Serpentard entra dans sa chambre comme en territoire conquis, ses yeux noirs inspectant tout d'abord le lit qui avait soigneusement été réordonné, le plateau du petit-déjeuner, puis sur Harry qui enveloppant de petites brioches dans une serviettes.
L'homme entra immédiatement dans sa chambre d'un pas conquérant. Ses yeux noirs se posèrent tout d'abord sur le lit qui avait été soigneusement fait, sur le plateau de petit-déjeuner, puis sur Harry qui enveloppait les petits pains restant dans une serviette. Voyant le pyjama froissé et tristement lavé qu'il portait, il esquissa un sourire narquois.
« Vous avez décidément le sens de la mode vestimentaire ».
« Je dois retourner à Privet Drive, toutes mes affaires sont là-bas ».
« C'est pourquoi nous partons maintenant. Êtes-vous prêt ou dois-je encore attendre ? ».
« Pour tout vous dire, je vous attendais » mentit le garçon.
Snape le toisa d'un air méprisant avant de lui tendre le bras pour le transplanage et Harry posa sa main dessus.
« Vous devriez serrer plus fort, sauf à ce que vous souhaitiez courir le risque d'être désartibulé ».
« Je ne sais pas ce que signifie ce mot » répliqua Harry.
« Professeur ».
« Professeur ».
« Le fait que nous soyons hors de l'enceinte de Poudlard ne vous dispense pas de de respecter les règles élémentaires de politesse et de respect envers vos aînés, souvenez-vous en M. Potter. Quant à la désartibulation, croyez-moi bien que vous n'apprécieriez pas de l'expérimenter dans la mesure où il s'agit d'un transplanage raté dans lequel le malchanceux oublie quelques membres derrière lui et se retrouve ainsi coincé entre deux lieux ».
L'expression dégoûtée, Harry se dépêcha d'agripper l'avant-bras de Snape. La désartibulation... Refusant de penser à la souffrance que devaient ressentir ceux qui perdaient un morceau de corps en transplanant, il se prépara à la sensation d'écrasement tourbillonnant. La sensation fut aussi déplaisante que la veille mais il ne fut pas trop pris de nausées, et ils arrivèrent dans un Privet Drive désert.
Sous la terne clarté grisâtre du jour, l'ampleur des dégâts rappelait le passage d'un ouragan. La porte coulissante du garage avait explosé en une multitude de débris en bois, le jardin auparavant si bien entretenu était désormais dévasté, l'herbe piétinée et boueuse, les fleurs et autres buissons ravagés, les haies cassées. Défait, Harry n'osa songer à la réaction des Dursley qui feraient à coup sûr une attaque.
« C'est une catastrophe... Les Dursley vont me massacrer ».
« Vous avez cinq minutes pour vous changer et rassembler vos affaires, M. Potter » déclara Snape, que la situation ne semblait pas émouvoir.
« Où est-ce que vous m'emmenez ? » se méfia ouvertement Harry.
« Je vous conduis chez les Weasley le temps que les choses s'éclaircissent. « Faîtes vite, les Aurors du Ministère devraient arriver dans peu de temps afin de constater l'effraction de la propriété ».
Sa gorge nouée empêcha Harry de lui demander ce qu'étaient les Aurors. Le Professeur n'avait pas l'air de saisir l'ampleur du problème. Le visage distendu par l'angoisse, il s'étrangla :
« Je ne peux pas laisser le jardin et le garage dans cet état. Les Dursley vont me tuer ! ».
« Les Aurors s'occuperont de ça, ce n'est rien qui ne puisse être réparé ».
« Et les voisins ? Avec le vacarme que ça a fait... » Nul doute que ça allait jaser pendant des semaines. L'oncle Vernon allait le tabasser sous les coups de ceinture, et il ne retournerait jamais à Poudlard. Un bloc de glace tomba dans son ventre.
« L'orage sera une explication bien suffisante » répliqua Snape. « Dépêchez-vous, Potter ! ».
Quelques minutes plus tard, tous deux transplanaient derechef.
Ils échouèrent dans un fossé qui évoquait le cratère d'un obus, sur une colline à proximité du Terrier
« Par Merlin ! » s'exclama Snape. « Stupides créatures ! ».
Le fossé était en réalité un nid de gnomes... Corps de patate cuirassée couleur chair, pieds noueux et petits bras dodus, les gnomes venaient manifestement d'être dérangés en plein repas.
Ils abandonnèrent leurs racines et s'enfuirent en poussant des piaillements de fureur, tandis que l'un d'eux se mettait en tête d'attraper la cheville du Professeur pour y planter ses petits crocs pointus. Une expression meurtrières sur le visage, l'homme lança brusquement son pied en avant et le gnome fit un long vol plané, allant se perdre quelque part dans les hautes herbes du champ qui jouxtait la maison des Weasley. La créature retomba dans un bêlement plaintif et Harry ne put réprimer un éclat de rire.
Rire qui se fana sitôt qu'il eut croisé les prunelles assassines de son professeur. S'obligeant à se composer un visage grave, il hissa difficilement sa valise hors du nid sous la vingtaine paire d'yeux qui l'espionnait depuis la luxuriante végétation, lorsque la question du Professeur fusa soudain, le prenant de court :
« Que sont ces marques rouges sur vos jambes, M. Potter ? ».
« Ce n'est rien » répondit Harry sur un ton détaché. Trop rapidement, cependant, pour que ce ne soit pas suspect.
« Comment est-ce arrivé ? ».
« Je me suis fait ça en faisant du jardinage ».
« Du jardinage » reprit Snape. Le Gryffondor eut la très nette impression que l'homme ne le croyait pas.
« Oui, ma tante Pétunia m'avait demandé de tailler les bosquets de fleurs, dont des rosiers. Je n'avais pas les protections nécessaires, et je suis plutôt maladroit ».
Il espéra qu'en insistant sur sa maladresse, Snape avalerait l'excuse sans faire de difficultés.
« Décidément, même pour des tâches sans menace apparente, vous persistez à déployer des efforts pour vous blesser malencontreusement. Entretenir quelques fleurs s'avère plus dangereux que je ne me le figurais ».
Et encore, il n'avait rien vu des blessures qui s'étendaient sur son dos... Harry s'appliqua à fuir son regard, prétendant se prendre d'intérêt pour l'insolite demeure biscornue des Weasley qui s'élevait de l'autre côté de la rangée de chênes.
« Allons-y » ordonna finalement Snape, non sans avoir foudroyé du regard les gnomes qui essayaient furtivement de regagner ni vu ni connu leur nid.
Ils furent accueillis dans la cour du Terrier par une horde retentissante de poules caquetantes, dont la symphonie enjouée alerta Molly Weasley. Vive et chaleureuse, la matriarche de la tribu accourut vers eux, un torchon à carreaux sur l'épaule. Snape s'écarta prudemment de son passage, la laissant étouffer Harry dans les bras.
« Harry, quel plaisir de te revoir ! Tu vas bien ? As-tu mal quelque part ? Le professeur Dumbledore nous a avertis cette nuit de ce qu'il s'est passé, tu as de la chance de t'en être sorti indemne grâce à l'intervention du professeur Snape » débita-t-elle à toute allure sans lui laisser le temps de répondre. « Tu dois mourir de faim ! Nous venons de terminer le petit-déjeuner mais il reste encore de la brioche et des œufs au bacon. Je vais te préparer une tasse de chocolat, à moins que tu ne préfères un peu de café ? ».
« Inutile de vous donner tout ce mal, Mme Weasley, j'ai déjà pris un petit-déjeuner au Chaudron Baveur tout à l'heure ».
« Comme tu voudras Harry, n'oublie pas que tu es ici comme chez toi ! Professeur Snape » lança-t-elle poliment en tendant une main retenue que Snape accepta. « Merci pour tout ce que vous avez fait pour Harry cette nuit, vous l'avez sauvé de je ne sais quelle horreur. Sans votre aide, la situation aurait pu virer au drame. Venez donc, vous partagerez bien une tasse de thé avec nous ? ».
L'homme déclina, expliquant qu'il devait rejoindre Dumbledore.
Ravi de se séparer du Serpentard, Harry posa la main sur la poignée de sa malle mais Snape l'arrêta : « Pas si vite M. Potter, nous avons deux mots à nous dire ».
Sans lui laisser le temps de protester, l'homme le traîna par le bras jusque derrière un arbre de la cour à l'ombre duquel picorait un coq. Sans le lâcher, il planta ses yeux noirs dans les siens, et Harry sentit son cœur battre plus vite.
« Vous devriez vraiment abandonner cette manie insupportable de me mentir, M. Potter. Je ne suis ni idiot, ni aveugle. Ces marques de lacérations que vous avez sur les jambes ne sont pas l'œuvre de travaux de jardinage, et pas davantage celle de la maladresse ». Il désigna ses genoux meurtris. Harry se pétrifia. Snape ne devait pas savoir...
« Vous vous trompez ! Tante Pétunia m'a imposé des taches ménagères, où je devais aussi m'occuper du jardin. Vous avez vu comment c'est, le jardin est grand... Les égratignures arrivent souvent avec les outils et les épines ». À l'instant où les mots franchirent ses lèvres, il sut qu'il s'était trahi.
« Des égratignures ? » susurra l'homme sur un ton qui n'augurait rien de plaisant. « Et que cachez-vous donc sous cette chemise ? ».
Harry voulut se dégager de sa poigne mais l'éclair de triomphe qui éclaira les yeux d'obsidienne l'en dissuada.
« Je ne vois pas de quoi vous voulez parler ».
Le sourire amusé qu'esquissa le Professeur n'atteignit pas son regard.
« Vous savez précisément de quoi je parle ». Avant de comprendre ce qu'il fabriquait, Snape l'avait pivoté puis soulevé la chemise et vu les longues traînées rouges et douloureuses sur son dos. Il lui refit face, lui donnant une fois de plus l'impression d'être un vulgaire pantin.
« Non mais ça va pas ! » protesta-t-il, totalement pris au dépourvu.
« Qui vous a fait ça ? » lui demanda durement son professeur, les yeux incendiaires.
« Personne ! » répondit Harry du tac au tac.
« Menteur. Soit vous me le dîtes maintenant soit je vous traîne de force devant Molly Weasley ».
« Vous ne feriez pas ça » s'horrifia Harry.
« Ne doutez jamais de ce dont je suis capable » gronda Snape, intransigeant.
« C'est Dudley, mon cousin » lui concéda Harry en désespoir de cause. « Il nous arrive de nous battre ». Ce n'était même pas vraiment un mensonge... Ça portait même un nom : la course au Harry…
« Votre cousin vous donne des coups de ceinture ? » fit onctueusement Snape.
« Des coups de ceinture ? Comment ça ? » s'étonna Harry, s'employant à avoir l'air aussi ahuri que possible. Cela aurait dû convaincre Snape, mais manifestement, le Serpentard le croyait plus intelligent que ça.
« Je sais reconnaître des coups de ceinture, M. Potter. Et je ne crois pas une seconde que votre cousin s'amuse à vous fouetter les jambes et le dos dans une bagarre entre jeunes. C'est la dernière fois que je vous le demande, qui vous a fait ça ? ».
« Cela ne vous regarde pas » se ferma le Gryffondor, récoltant un sifflement agacé.
« Il se trouve que le professeur Dumbledore m'a chargé momentanément de veiller sur votre sécurité lorsque je suis allé vous chercher chez votre famille de Moldus. Cela supposait vous ramener en bonne santé, or le directeur n'apprécierait pas de savoir que vous portez des traces de coups de ceinture sur le corps. Alors oui, ça me regarde, que cela vous plaise ou non, et ça ne me plaît d'ailleurs pas davantage que vous. Répondez ».
« C'est mon oncle, vous êtes content ?! » cracha Harry avec plus d'agressivité qu'il ne l'aurait imaginé.
« Sur un autre ton, mon garçon » le rabroua Snape d'une voix dangereuse. Il le lâcha, et Harry s'écarta comme si le contact l'avait brûlé. « Ne défaites pas trop rapidement votre valise, il se pourrait que je revienne très vite sous les ordres du professeur Dumbledore. D'ici là, tâchez de rester en vie chez les Weasley. Pour le reste, vous n'avez qu'à utiliser cette pâte orange que je vous ai remise hier soir ».
Guère impressionné par les yeux verts étincelants et furieux du garçon, Snape quitta le couvert de l'arbre puis transplana dans un tourbillon de capes.
Furieux de ne pas avoir eu le temps d'en placer une, Harry donna un féroce coup de pied dans une souche qui vola en morceaux, s'attirant un roucoulement réprobateur du coq. De quel droit Snape se permettait-il de l'humilier de la sorte ? Depuis quand sa vie chez les Dursley devait l'intéresser, ou intéresser qui que ce soit d'autre d'ailleurs ? Il avait dû tellement jubiler de voir que le célèbre et arrogant Harry Potter, le Survivant, se prenait des coups de ceinture sans broncher.
Une vague de haine envers son oncle l'irradia, s'étendant jusqu'à l'affreuse chauve-souris de Poudlard.
Nul doute que Snape n'allait pas rater l'occasion d'en profiter pour l'humilier en classe.
Renfrogné, il enfonça ses poings serrés dans les poches, s'efforçant de ne rien laisser transparaître à Molly, qui l'attendait, indécise, près de sa malle.
