Précédemment...

Après avoir transplané Harry en sécurité au Chaudron Baveur, Severus le prévient que les auteurs de l'attaque de la maison étaient probablement des Mangemorts, et reste évasif lorsque le garçon lui demande comment il l'a deviné. Après avoir prévenu Dumbledore et fait part de son incompréhension sur la défaillance des protections de Privet Drive, Severus emmène le Gryffondor chez les Weasley au Terrier, l'occasion pour lui de constater les traces de coups de ceinture sur le corps du garçon...

Bonne lecture !


Le Serment à la Nuit : Chapitre III

La Coupe du monde de Quidditch


Harry rêvait de Viktor Krum se livrant à toutes sortes de figures spectaculaires et risquées sur son balai de course lorsqu'il réalisa que les hurlements de la foule en délire n'avaient rien de victorieux.

Brusquement tiré de son sommeil, ses yeux fatigués tombèrent sur une silhouette élancée qui s'affairait dans la pénombre de la tente. Il perçut au même moment des cris provenant de l'extérieur, des cris trop hystériques pour qu'il ne puisse les mettre sur le compte des festivités des supporters irlandais, vainqueurs de la Coupe du monde de Quidditch. Enfin, les lampes magiques de la tente s'allumèrent, l'éblouissant momentanément, et il découvrit Arthur et Bill Weasley, déjà tout habillés.

« Les garçons ! Réveillez-vous ! Allez, débout ! Nous devons partir d'ici immédiatement ! » lança le père de Ron, une veste à la main, s'avançant pour secouer Fred et George, pendant que Bill s'en allait prévenir les filles. « Allez ! Réveillez-vous ! Harry, descend vite et met une veste ! ».

« Qu'est-ce que c'est que ce bazar ? » fit Ron, tandis que Charlie et les jumeaux débarquaient dans la minuscule chambre que lui et HarrY partageaient.

« La situation est confuse, un groupe d'individus est apparemment en train de mettre à feu et à sang les alentours » récita M. Weasley à toute allure. « Prenez vos baguettes magiques, un blouson, et fuyez le plus loin possible d'ici, c'est compris ? Restez groupés à tout prix et ne traînez pas ! Rapprochez-vous des autorités du Ministère et nous rentrerons tous en sécurité au Terrier. Et par Merlin, soyez prudents ».

La tension était perceptible dans sa voix et son visage trahissait une franche inquiétude.

Dehors, des cris de terreur résonnaient à présent distinctement dans la nuit froide, ainsi que l'écho d'une foule paniquée. Des explosions retentissaient à intervalles réguliers, et les chansons jusqu'à présent entonnées à tue-tête avaient cédé la place à des clameurs terrifiées. Bill fut rapidement de retour, suivi par Ginny et Hermione, les mines bouffies de sommeil. M. Weasley, baguette à la main, entrebâilla la toile de la tente, jetant un coup d'œil alarmé à l'extérieur.

« Bill, Charlie et Percy, vous venez avec moi, nous allons prêter main forte au Ministère. Vous autres, restez ensemble et ne vous séparez sous aucun prétexte, est-ce bien clair ? ». Ils opinèrent tous du chef, anxieux. « Fred, George, je compte sur vous pour veiller sur Ron et votre sœur, ne les lâchez pas du regard ».

« Ça va aller, suivez simplement la direction que prend la foule » dit Charlie, se voulant rassurant. « Tenez-vous loin de ceux qui sèment le trouble, le Ministère ne devrait pas tarder à reprendre le contrôle. C'est sûrement rien du tout, probablement des supporters qui ont trop abusé de whisky Pur Feu ».

Le regard sombre qu'il échangea avec Bill et son père ne fut pas pour rassénérer Harry.

Lorsqu'ils quittèrent la tente sécurisée pour plonger directement dans le chaos, ils se trouvèrent incapables de bouger, complètement dépassés par la situation.

Le camping coloré et bon enfants qu'ils avaient arpenté toute la journée était à présent dévasté, et il compris en une seconde que ce n'était définitivement pas l'œuvre de supporters avinés. Partout autour d'eux, les gens couraient, hurlaient, se bousculaient, se retranchant vers les bois comme une masse bouillonnante et incontrôlable. La panique était totale.

Il aperçut dans un champ proche du camping un groupe de personnes vêtus de longues capes sombres qui avançait en formation. Leurs baguettes tendues crachaient d'immenses flammes et tout autant de sortilèges destructeurs. Sur les collines voisines, les autres campings semblaient aussi ravagés que le leur, et de la fumée s'élevait au-dessus d'un petit bois vers l'ouest. Une catastrophe, c'était une véritable catastrophe… Il sentit son cœur tomber dans sa poitrine.

« Des Mangemorts... » murmura Bill. Il y avait de la crainte dans sa voix.

« Impossible, ne dis pas de bêtises » répliqua Charlie, qui n'en semblait pas si sûr.

Arthur dut leur crier dessus et les secouer par les épaules pour les sortir de leur tétanie, et poussa les plus jeunes vers le chemin principal qui scindait leur camping, avant de disparaître avec ses aînés dans la foule survoltée, s'éloignant dans le sens inverse. Ravivée par toute cette agitation, la rosette épinglée sur la veste de Harry se remit à couiner les noms des joueurs irlandais, comme elle l'avait fait durant le match :

« Troy ! Mullet ! Morane ! ».

Leur petit groupe n'eut d'autre choix que de se mettre à courir afin de ne pas être emporté par le flot humain, mais il y avait tellement de monde qu'il était impossible d'enchaîner deux foulées sans trébucher et finir écrasé, d'autant que le sol était jonché de drapeaux déchirés, de lanternes brisées, de rosettes lumineuses et autres figurines abandonnées. Le tumulte finit par les séparer, et Harry se retrouva à hurler au milieu de la foule :

« Ron ! Hermione ! Où êtes-vous ? ! Oh, bon sang ! ».

Il crut entendre en retour des voix crier son prénom quelque part sur sa gauche, mais si elles existaient, elles s'évanouirent, couvertes par le tintamarre.

« Troy ! Mullet ! Morane ! Troy ! Mullet ! Morane » déclama la rosette sur son torse.

« Tais-toi donc un peu, veux-tu ? » s'agaça le garçon d'un tapotement de doigts. Docile, elle s'exécuta.

Harry se fraya difficilement un chemin jusqu'à une grande tente en lambeaux à l'écart du chemin pris d'assaut, constatant avec angoisse que les déflagrations ainsi que exclamations moqueuses des responsables de ce cauchemar se rapprochaient de plus en plus. Il fouilla dans sa veste pour en ressortir sa paire de Multiplettes, ces jumelles magiques en cuivre qui lui avaient été fort utiles pour suivre le match. Il les braqua en direction des fauteurs de troubles dont les rangs grossissaient

Ce qu'il vit lui procura une sensation de froid intérieur.

Les silhouettes noires qui avançaient là-bas ressemblaient à s'y méprendre aux hommes qui étaient venus le chercher à Privet Drive en pleine nuit. Les mêmes longues capes noires, les mêmes capuchons. La seule différence, c'est qu'elles dissimulaient davantage encore leur visage avec d'effroyables masques en argent dont les orbites rappelaient des puits sans fond.

Des Mangemorts.

Des Mangemorts à la Coupe du monde de Quidditch.

Bill ne s'était pas trompé… Refusant de s'attarder sur la raison pour laquelle les partisans de Voldemort semaient la terreur à un événement sportif d'envergure planétaire, Harry se replongea au sein de la foule, qui le fit voguer jusqu'aux bois. Il se défendit, repoussant et battant furieusement des coudes et finit tant bien que mal par quitter le flot ininterrompu de sorciers paniqués.

« Harry ! Harry, c'est toi ! » cria alors une voix perçante pendant qu'il reprenait son souffle, une main appuyée contre un tronc d'arbre. Hermione...

Ses cheveux châtains ébouriffés, son amie venait de s'extraire péniblement de la foule compacte et courait vers lui.

« Mon Dieu Harry, est-ce que tu vas bien ? ! Où est Ron ? Je l'ai perdu dans la foule... Comment est-ce qu'on va faire ? ».

« Comment ça, où est Ron ? Je pensais qu'il était avec toi, que vous étiez ensemble ! ». Hermione poussa un gémissement désespéré, une main sur le front.

« Non ! Je croyais que vous étiez tous les deux, j'ai été happée dans la frénésie générale et vous avez alors disparus de mon champ de vision. Oh non, où peut-il être ? ! ».

Tenaillés par l'angoisse, ils parcoururent le chaos dans les bois mais ne virent Ron nulle part, pas même des reflets roux qui auraient pu leur indiquer que Ginny ou les jumeaux étaient dans les parages. De toute façon, les lanternes colorées rouges et vertes étaient éteintes, et les seules lueurs qui subsistaient étaient les faisceaux erratiques blancs émis par les baguettes magiques. A la place, il ne croisèrent que Draco Malfoy qui conseilla sarcastiquement à Hermione d'aller se cacher, et il était vraiment heureux que Harry n'ait pas le temps pour le défier en duel parce qu'il était certain qu'il y aurait eu une victime de plus ce soir-là.

Un quart d'heure plus tard, ils n'étaient pas plus en sécurité. Plus grave encore, la situation avait empiré.

Les doigts tremblant de nervosité, Hermione se passa une main dans les cheveux.

« M. Weasley a dit qu'on devait absolument rester ensemble. Où sont les autres ? ».

« Restons calmes. Ils ont forcément suivi la foule pour s'éloigner des Mangemorts ».

« Quoi ? ». Son amie se tourna vers lui, le scrutant de ses yeux bruns. « Qu'est-ce que tu viens de dire, Harry ? Des Mangemorts ? Tu veux dire que les fidèles de Tu-Sais-Qui sont à l'origine de ce désordre ? Mais c'est impossible Harry, les Mangemorts ont disparu en même temps que la chute de Tu-Sais-Qui lorsqu'il a assassiné tes parents. Non, tu as sûrement confondu… ».

« Snape pense que ceux qui m'ont attaqué chez les Dursley étaient des Mangemorts, et j'ai entendu Bill en parler tout à l'heure ».

« Ce n'est pas bon, ce n'est pas bon du tout » fit Hermione d'une voix blanche. Harry lui pausa une main rassurante sur l'épaule.

« Écoute, je suis sûr que les autres vont bien, ils se sont juste perdus comme nous dans la foule. Mais c'est difficile d'y voir plus clair, je ne sais même pas où on est supposés se rendre, j'ai l'impression que même les services du Ministère ont du mal à contenir la situation ».

« On devrait avancer en dehors des sentiers battus » suggéra alors Hermione. « On ira sans doute plus vite et on ne risquera pas de se faire piétiner par un troupeau de gens en furie. Sans compter qu'il y a moins de monde et plus d'endroits pour se cacher au cas où ça dérape ».

Ils s'éloignèrent de la cohue pour s'aventurer plus profondément dans les bois. Là, ils y voyaient encore moins clair mais c'était bien plus calme. Leurs yeux essayant de s'habituer à l'obscurité, ils trébuchèrent un nombre incalculable de fois sur des racines traîtres.

« J'en ai marre ! Lumos ! » s'écria Harry quand il manqua se faire assommer par une grosse branche trop basse. Hermione l'imita aussitôt, et l'étroit faisceau lumineux lui apporta un mince réconfort dans les sous-bois obscurs.

« En tant que sorciers de premier cycle, nous ne sommes pas censés exercer la magie en dehors des enceintes de Poudlard ».

« Crois-tu que je ne le sais pas ? » répondit Harry, exaspéré. Il n'était pas d'humeur pour une leçon de morale. Hermione l'ignora tout bonnement.

« Mais avec le chaos qu'il y a actuellement, ça passera totalement inaperçu et ce sera certainement la dernière préoccupation du Ministère dans les prochains jours ».

« Même si c'était leur première préoccupation de nous sanctionner, c'est de la légitime défense ! ».

« Quoique le Lumos n'est à proprement dit pas vraiment un sort d'action et sert simplement à éclairer. Il est tellement mineur que je me demande s'il ne figure pas sur la courte liste de sorts d'exception que l'on peut lancer sans être inquiété. D'ailleurs à ce propos, j'ai lu un jour que... ».

Elle continua à parler toute seule d'un ton docte et Harry ne broncha pas, supposant que c'était pour elle une façon de gérer le stress dû à la situation.

Au-delà du bois, une détonation furieuse déchira la nuit fraîche, et un éclair traversa le ciel. Les cris lointains redoublèrent. Instinctivement, tous deux pressèrent le pas.

Quand les arbres se firent moins denses, ils reconnurent à travers les troncs les murailles dorées du colossal stade de Quidditch, suffisamment grand pour contenir plus de cent mille personnes. Il ne semblait plus y avoir personne ici désormais, et les alentours étaient déserts.

« Je croyais qu'on suivait le chemin ? » fit Harry, perplexe.

« On a dû s'en éloigner sans s'en rendre compte » répondit Hermione en balayant du regard les abords du stade.

« On devrait peut-être attendre ici que ça se calme, tu ne penses pas ? Il n'y a personne, ça m'a l'air tranquille ».

Ils regagnèrent la lisière des bois, s'asseyant chacun sur une souche d'arbre dans un silence tendu, et attendirent un long moment, pendant qu'une brume froide et à couper au couteau commençait à tomber. Rapidement, le stade pourtant à proximité ne fut qu'une masse floue et sombre se dessinant dans le brouillard.

Lorsqu'un son étrange se fit entendre à côté d'eux, ils bondirent sur leurs pieds, baguettes en mains, scrutant la brume avec attention. Mais un petit être surgit brusquement devant eux l'air hagard, et ils poussèrent un soupir de soulagement.

« Un farfadet » lâcha Hermione.

Aussi surpris qu'eux, le petit lutin barbu décoré aux couleurs vertes de l'Irlande poussa un petit cri de frayeur et en lâcha sa lanterne. La mascotte de l'équipe de Quidditch irlandaise avait perdu son air jovial. Il vint cependant voleter au-dessus de leur tête en secouant sa lanterne dorée lorsqu'il vit qu'une rosette verte était épinglée à la poitrine de Hermione.

« Les farfadets se sont surpassés ce soir » commenta Harry pour briser le silence anxieux qui régnait entre eux. « Les Vélanes en étaient folles de rage. Tu as vu à quoi elles ressemblaient à la fin du match quand elles se sont aperçues que la Bulgarie perdait ? On aurait dit d'horribles harpies ».

Soudain, le farfadet s'immobilisa dans les airs, le cou brusquement tourné vers le brouillard, ses traits figés. Il émit un couinement, éteignit sa lanterne et fila vers les arbres sans demander son reste. Harry et Hermione eurent à peine le temps d'hausser les sourcils qu'ils percevaient un échange de voix. Des voix qui venaient de la brume dans leur direction.

« Définitivement pas un farfadet » murmura Harry en levant à nouveau sa baguette devant lui.

Ils se retranchèrent furtivement entre les arbres, se jetant derrière un buisson pour se cacher. Des voix d'hommes se rapprochaient.

Harry crut un instant qu'ils étaient ivres, mais il s'avéra rapidement qu'ils se réjouissaient de la situation dramatique, ce qui le fit resserrer sa prise sur sa baguette. Quels cinglés pouvaient se réjouir du chaos qu'était devenu la Coupe du monde de Quidditch ?

Deux hommes vêtus de capes noires tout ce qu'il y a de plus ordinaire se détachèrent dans la brume, se répandant en gestes volubiles et moqueurs.

A plat ventre sur l'herbe, Harry les regarda passer tous les deux, soulagé à l'idée qu'ils ne les aient pas vu lorsque, horreur, une petite voix suraiguë claironna dans la nuit silencieuse, réduisant à néant les efforts qu'il faisait avec Hermione pour rester invisibles.

« Troy ! Mullet ! Morane ! ».

Vive comme l'éclair, Hermione arracha la rosette épinglée sur la veste de Harry et l'écrasa au creux sa paume pour l'étouffer définitivement et la mettre hors d'état de nuire.

« Troy ! Mullet ! Mo... »

Trop tard ! Le mal était fait ! S'il en avait eu le temps et s'il ne craignait pas une hémorragie cérébrale, Harry se serait cogné le crâne contre un tronc d'arbre bien solide. Les deux sorciers avaient désormais sorti leurs baguettes et fixaient les arbres dans leur direction.

« Qui va là ? » s'enquit le plus trapu avec méfiance. Son acolyte s'avança plus franchement vers eux.

« Qu'est-ce que c'était ? On aurait dit la voix d'un de ces gadgets insupportable pendant le match. Je suis certain que ça venait d'ici ». Du bras, il balaya l'espace devant lui. « Il y a quelqu'un ici, j'en suis sûr ».

« Il faudrait vraiment être imprudent pour s'aventurer par ici, vu les environs déserts » fit l'autre d'un air entendu qui leur était personnellement destiné.

Les deux comparses entreprirent de fouiller minutieusement chaque buisson, s'approchant dangereusement des Gryffondors consternés.

Après s'être concerté du regard avec Hermione, Harry tendit la main et compta silencieusement jusqu'à trois avec ses doigts.

Leur fuite ventre à terre ne passa pas inaperçu, les sortilèges fusèrent presque immédiatement pendant qu'ils zigzaguaient entre les arbres.

« Arrêtez-vous ! ».

« On dirait des gamins ! ».

Un sort de Désarmement frappa Hermione qui poussa un cri strident et roula sur le sol noueux sur quelques mètres.

Les quelques secondes que s'accorda Harry pour lui venir en aide lui furent fatales puisqu'il perdit lui aussi sa baguette, et il résista difficilement à l'onde magique qui faillit le faire tomber à son tour.

Quand il se redressa, un grand gaillard blond avec un cou de taureau le tenait en joue, son regard le mettant au défi de bouger. Quant à Hermione, sa situation n'était pas plus enviable...

« Ce n'est pas très poli d'écouter les conversations des gens. Qu'est-ce que vous fichez par ici, vous deux ? » demanda son acolyte, un homme mince aux cheveux retombant sur ses épaules, une balafre lui barrant la joue.

« On se promenait » répondit Harry avec une nonchalance que démentait son cœur battant.

« Une promenade dans les bois aussi loin des campings, vous vous foutez de nous ? Pourquoi est-ce que vous n'êtes pas avec les autres, vos familles, vos amis ? Vous n'avez rien à faire ici. Est-ce que vous étiez en train de nous espionner ? ».

« Vous pourriez nous relâcher, nous ferons comme si nous ne nous étions jamais rencontrés » manœuvra judicieusement Hermione.

Semblant réfléchir, l'homme aux cheveux bruns se rapprocha d'eux, avant de soudainement plisser les yeux.

« Qu'est-ce que tu as sur le front, toi ? ».

Du bout de sa baguette, il écarta une mèche de cheveux de Harry. Lequel vit nettement la lueur de surprise mêlée d'excitation dans son regard.

« Mais... tu ne serais pas Harry Potter, toi ? ». Harry sentit son estomac se nouer. Les choses n'auraient pu davantage se compliquer.

« Potter ? Harry Potter ? » répéta le blond costaux. « Par la divine barbe de Merlin ! j'en connais qui vont avoir une belle surprise tout à l'heure ! ».

À peine eut-il terminé sa phrase qu'un événement pour le moins surprenant se produisit.

Une lumière verte jaillit soudain de la forêt pour se perdre dans le ciel noir, formant un grand halo lumineux qui se détacha haut au-dessus des arbres. Ça avait l'apparence d'une dense fumée verte représentant une gigantesque tête de mort aux orbites sombre Elle flottait, comme si elle était vivante, et de sa bouche sortait un grand serpent, tel le Basilic émergeant de la statue de Salazar Serpentard dans la Chambre des Secrets. Harry sentit la chair de poule se hérisser sous son blouson. Il s'attendait presque à ce que le serpent géant aux yeux jaunes tombe du ciel et rampe jusqu'à eux entre les arbres pour les foudroyer du regard… Le cauchemar…

Comme si la tête de mort avait déclenché un ramdam plus incontrôlable encore, une lointaine clameur paniquée s'éleva dans le bois. Harry n'avait aucune idée de ce que ça signifiait, mais ça n'augurait rien de bon. Quant à Hermione, elle n'avait pas l'air davantage de savoir ce qu'il se passait.

« La Marque des Ténèbres » murmura le blond, échangeant un regard entendu avec son complice.

« On devrait y aller. Qu'est-ce qu'on fait de la fille ? On l'emmène ? ».

« Non, elle ne ferait que nous encombrer. Nous n'avons besoin que de celui-ci ».

L'homme tira d'un coup sec, écrasant le bras de Harry dans l'étau de sa main. Le garçon remua mais l'homme remonta sa baguette sur son cou :

« Encore une réaction de ce genre, et j'envoie ton amie à l'hôpital Sainte Mangouste, tu m'as bien compris ? » le menaça-t-il d'une voix si dangereuse que Harry s'immobilisa. « Voilà qui est bien mieux. Stupefix ».

Hermione s'évanouit sur les racines d'un arbre. Harry voulut bondir, mais l'homme le rattrapa et le ceintura et, impuissant, il se retrouva pris dans un tourbillon infernal. Transplanage. Les arbres autour de lui se mirent à tournoyer à toute vitesse tandis que dans le ciel noir la tête de mort géante s'étirait, se tordait et tournait sur elle-même telle une toupie dans un étrange halo vert.

Ils atterrirent brutalement dans un tout autre lieu.

De la même façon que s'était déroulé son premier transplanage d'escorte avec Snape, Harry tomba à genoux, submergé par vague de nausée. Seigneur… Parviendrait-il un jour à survivre au transplanage sans éprouver la répugnante sensation de vomir ?

« Débout ! » cria-t-on quelque part au dessus de lui.

La lune et les étoiles brillaient dans un ciel où aucune sinistre Marque des Ténèbres ne flottait. Une brise légère et fraîche faisait onduler la lande dans laquelle ils se tenaient. À une centaine de mètres d'eux se trouvait une vaste nappe d'eau aux reflets argentés, étendue lisse et tranquille. Et tout autour, s'élevaient d'immenses pentes, montagnes typiques des Highlands. Exactement les mêmes que lorsque le Poudlard Express s'approchait du château. Ils devaient être en Écosse ou il ne s'y connaissait pas.

Au bord du lac, sur un îlot séparé de la terre par un pont-levis impressionnant, se dressait une petite mais solide forteresse, l'un de ces châteaux fort semblables à ceux construits durant le Moyen-Âge, ceux qui le faisaient tant rêver les rares fois où, lorsqu'il était à l'école Moldue, il arrivait à chaparder des livres imagés contant les exploits des chevaliers. Bâti en pierre brute, il se découpait dans la nuit et son aile sud plongeait directement sur une falaise prenant pied dans l'eau. Avec ses fenêtres étroites et aveugles, sa muraille ça et là ébréchée, ses éboulements et ses ruines, il était la représentation conforme du château hanté.

L'un des ravisseurs dépassa Harry et étudia le château, clairement dubitatif.

« Tu es sûr qu'il est là ? J'ai l'impression qu'il n'y a personne, je ne vois aucune lumière ». Harry n'était pas sûr d'avoir envie de savoir qui était ce il.

« Peut-être que le Seigneur des Ténèbres est absent mais en tout cas Pettigrow est très certainement là pour veiller sur le château ».

Harry crut percevoir un frisson de dégoût dans la voix de l'homme. Ainsi donc, Pettigrow le traître était là, tout près de lui, songea-t-il en commençant à sentir le sang bouillonner dans ses veines. Et le voilà qui apparemment traînait aux basques de Voldemort. S'il avait su, il l'aurait laissé sans scrupule aux mains vengeresses de Sirius et Lupin en juin dernier plutôt que de s'obstiner à vouloir lui laisser la vie sauve.

Pettigrow cependant n'était pas le plus important… Ses rêves étaient-ils réels ? La chose informe qu'il y avait dans le fauteuil était-elle véritablement Lord Voldemort veillé par le rat ? Se pouvait-il qu'il ne s'agisse pas que d'un rêve ? Une angoisse sourde commença à lui paralyser le ventre.

« On y va. Lumos ».

Sous la menace de sa propre baguette et escorté des deux inconnus dont il ne savait toujours pas ce qu'ils lui voulaient, Harry se mit en marche sur la lande désertique jusqu'à atteindre le pont-levis relevé. Ils attendirent là en silence dans le souffle du vent, mais ni les fenêtres ni les meurtrières ne s'illuminèrent.

Pourvu qu'il ne soit pas là... Pourvu que Voldemort ne soit pas là...

Sa dernière rencontre avec le Seigneur des Ténèbres remontait à sa première année, si on exceptait le souvenir de Jedusor dans l'antre du Basilic, lorsqu'il avait pris possession de son hôte le professeur Quirrell. Et il ne souhaitait pas le rencontrer à nouveau. Et puis d'abord, à quoi ressemblait-il désormais ? Avait-il retrouvé un corps ? Pour avoir besoin d'un être aussi détestable que Peter Pettigrow à son chevet, ça ne devait pas être bien charmant à voir. Et pour rien au monde Harry n'avait envie de se retrouver face à une créature monstrueuse.

Les mots de Snape caressèrent sa conscience… Il se terre quelque part dans le monde dans un état physique considérablement réduit. Mais alors pourquoi cherchait-on à l'enlever ? Il n'était pas difficile de deviner qu'étant responsable de la chute du plus grand mage noir de tous les temps, Harry devait être considéré par lui comme un ennemi personnel...

Le grand brun balafré s'approcha d'une cloche qui pendait le long d'un vieux muret près d'eux, et tira la corde usagée. Un carillon éraillé résonna aussitôt dans la nuit, faisant fuir une colonie de chauve-souris cachées dans des encoches taillées dans la pierre sous le pont-levis.

« Pettigrow ! Viens nous ouvrir ! On a attrapé Harry Potter ! ».

Dans un long gémissement qui évoquaient des plaintes spectrales, le pont-levis s'abaissa lentement, agité de soubresauts. Harry plissa les yeux sans rien voir d'autre qu'une herse protégeant un cloître plongé les ténèbres. Dans un craquement sinistre, le pont se posa sur la berge, permettant ainsi l'accès au château.

« Il était temps, Pettigrow ! Qu'est-ce que tu fichais ? ».

Pour toute réponse, une baguette s'alluma sous le cloître de l'autre côté de la grille, et Harry reconnu le visage rond et blafard de Pettigrow. Le crâne dégarni, il avait toutefois un meilleur aspect que la dernière fois dans la Cabane Hurlante, sans avoir rien perdu de sa troublante ressemblance avec l'animal dont il prenait la forme. Immonde traître...

« Ça t'amuse de nous faire attendre dehors comme des malpropres ? ».

Pettigrow fronça son nez pointu et répondit en couinant :

« Je suis seul ici, le Maître n'est pas là, il se repose en lieu sûr. Qu'est-ce que vous faîtes là ? ».

« Tu n'as pas écouté ? Figure-toi qu'on vient de croiser Harry Potter en personne lors de la débâcle générale de la Coupe du monde de Quidditch cette nuit ». Le visage de Pettigrow se figea. Il cligna rapidement des yeux, ahuri.

« Quoi ? ».

« Harry Potter est avec nous ! » s'énerva l'homme.

Menaçant toujours le Gryffondor de sa baguette, il le poussa devant lui et ils traversèrent le pont-levis. Une expression incrédule s'afficha sur les traits de Pettigrow et il ouvrit la bouche, muet de stupeur, imitation parfaite d'une carpe. D'une vilaine carpe. Il contempla longuement Harry de son regard humide et fureteur, comme pour être bien certain qu'il s'agissait de lui, s'attardant par la même occasion sur sa cicatrice et ses yeux émeraudes qui brillaient à la lueur de la baguette.

« Belle surprise pour notre Lord, tu ne crois pas ? Il va falloir le prévenir au plus vite de revenir ici ».

« Co... comment avez-vous fait ? » lâcha enfin Pettigrow, recouvrant l'usage de la parole. « Les autres n'ont pas réussi à lui mettre la main dessus quand il était chez ses Moldus ».

« Tu sous-estimes nos capacités » se vanta l'autre.

Si Pettigrow avait clairement l'air sceptique, il ne pouvait cependant pas nier qu'il avait bien Harry Potter en chair et en os en face de lui, de l'autre côté de la grille en fer.

« On est tombés par hasard sur lui pendant qu'il se baladait dans les bois avec sa jolie copine, loin du tumulte. C'est une incroyable coïncidence, un vrai cadeau tombé du ciel ! ».

« Et la Coupe du monde de Quidditch ? Comment ça s'est passé ? ».

Harry était presque sûr que la question de Pettigrow n'avait rien à voir avec le match ayant opposé l'Irlande à la Bulgarie ou les exploits de Viktor Krum sur son bolide.

« C'était grandiose... Tu auras l'honneur de découvrir ça dans quelques heures dans la Gazette du Sorcier ».

Il partagea un aboiement de rire avec son complice, sous l'œil intéressé de Pettigrow. Harry lui, serra les poings :

« Pettigrow, j'aurais dû laisser Sirius s'occuper de toi, espèce de sale... ».

« Silence, Potter ! Fais-nous entrer, Pettigrow ».

Le rat s'éloigna de la grille et s'enfonça sous le cloître, sans doute pour relever la herse. Le duo échangea une accolade victorieuse, baissant la garde.

Profitant de ces quelques secondes d'inattention, Harry bondit et arracha sa propre baguette de la main de son ravisseur avant de détaler à toutes jambes.

Courant le plus vite possible en ligne droite, il dévala la lande en pente douce jusqu'au loch, priant pour ne pas glisser sur une pierre.

Par chance, la surprise de ses ravisseurs lui fit gagner un temps précieux.

Les yeux guidés par la lune claire, il poursuivit sa course effrénée, en quête d'une cachette.

Derrière lui, ça hurlait de fureur. Heureusement, des années de chasse au Harry avec Dudley et sa bande lui avaient appris à courir vite pour sauver sa peau, et il fut rapidement invisible dans la nuit.

Ce n'est qu'au bout de longues minutes qu'il roula derrière un bosquet pour reprendre son souffle et osa jeter un coup d'œil dans son dos.

Il poussa un soupir de soulagement : deux minuscules et lointaine lueurs de baguettes s'agitaient en vain près du château. Il était hors d'atteinte pour le moment. Il l'avait échappée belle… Si Snape avait été là, il n'aurait pas manqué de lui servir un sermon brutal… Comme si c'était de sa faute...

ooOOoo

Le crépitement caractéristique dans une cheminée qu'aucun feu n'alimentait en plein été l'avertit que son Réseau de poudre de Cheminette venait d'être activé.

De cet instinct primitif que lui conféraient ses années d'expérience, Severus repoussa brusquement ses couvertures et dégaina sa baguette magique qui ne restait jamais éloignée de son oreiller. Sens en alerte, contrôlant sa respiration, il jeta un œil vers la fenêtre de la chambre. Il était encore très tôt dehors, seule une ligne rosée marquait l'horizon, loin sur le ciel bleu sombre. Le manoir semblait silencieux. Qui donc avait l'audace d'oser le déranger à cette heure-ci ? Qui donc estimait s'accorder suffisamment d'impunité pour troubler la quiétude de son domaine ? Un dimanche matin, par-dessus le marché ? N'étant pas homme à se laisser intimider par une intrusion, il y avait intérêt à ce que les personnes malintentionnées s'il en était soient à la hauteur de l'accueil mouvementé qu'il entendait leur réserver.

Un pare-feu était constamment placé sur sa cheminée afin d'empêcher toute arrivée non désirée, et seules quelques personnes ciblées et dignes de confiance étaient en possession du mot de passe compliqué qu'il y avait apposé.

Le manoir était plongé dans les ténèbres.

En chemise de nuit, il progressa rapidement dans le couloir du premier étage en longeant le mur, baguette tendue devant lui. Il descendit les escaliers, traversa le hall et se rapprocha du salon. L'éclat émeraude des flammes se reflétait sur la bibliothèque. Il leva sa baguette contre son torse, prêt à se défendre comme à attaquer.

« Severus ! ».

Il reconnut une voix qu'il n'avait aucune envie d'entendre cette nuit étant donné que la dernière fois qu'il l'avait entendue il s'était retrouvé à avoir maille à partir avec trois agresseurs chez le gamin Potter. Sans ranger sa baguette, il pénétra dans le salon d'une démarche contrariée et impérieuse ; du moins aussi impérieuse que le lui permettait son accoutrement de nuit, qui restait cependant impressionnante.

« Albus Dumbledore ! ».

Son bon vieux et aimable directeur patientait dans les flammes vertes de la cheminée… Évidemment… L'antique horloge de son aïeul indiquait presque quatre heures trente du matin. Désactivant la protection du pare-feu, Severus émit un grognement exaspéré tandis que Dumbledore quittait les flammes dans un crépitement :

« J'espère que vous avez une excellente raison de me déranger un dimanche matin avant même que l'aube ne se lève ! Vous savez pourtant que je refuse d'être réveillé en pleine nuit pour des futilités ! Si vous venez me tirer de mon lit pour me faire part d'une découverte farfelue comme cet événement astronomique extrêmement rare et absolument magnifique que vous teniez absolument à me montrer le mois dernier, je vous préviens que je ne suis pas disposé à me montrer fin observateur. Alors je... ».

Severus s'interrompit et s'arrêta au milieu du salon, près d'un candélabre en bronze.

Dumbledore n'était pas en robe de nuit malgré l'heure plus que matinale et derrière ses lunettes en demi-lune, ses yeux clairs habituellement insupportablement pétillants de malice ne brillaient pas, comme ombragés. Et Severus était assez avisé pour deviner que quelque chose n'allait pas, et que ça n'avait rien à voir avec un quelconque alignement favorable des étoiles ou un rare papillon de nuit capturé par l'excentrique directeur.

« Que se passe-t-il ? » lui demanda-t-il dans un murmure. Dumbledore s'approcha.

« Quelque chose de grave est survenu, Severus ».

D'un geste de la main, le Maître des Potions alluma les chandeliers posés sur la longue table d'acajou lorsqu'il vit les journaux que tenait le sorcier dans ses mains, reconnaissant les formats de presse tirés pour les situations d'urgence. Des journaux en pleine nuit ? C'était pour le moins inhabituel. La dernière fois…

Fronçant les sourcils, il s'empara d'autorité des exemplaires que lui tendait Dumbledore. Au-dessus de photographies rappelant des scènes de guerre, des gros titres en gras ou en lettres capitales barraient chaque une, agrémentés de phrases destinées à marquer les esprits :

« Attaques coordonnées à la Coupe du monde, de nombreux blessés : les Mangemorts responsables ? ».

« SCÈNES D'HORREUR A LA COUPE DU MONDE DE QUIDDITCH».

« Interview exclusive d'un haut-gradé du Ministère de la Magie »

« Doit-on craindre le retour de Celui-Dont-On-Ne-Doit-Pas-Prononcer-Le-Nom ? ».

« Que signifie l'effroyable MARQUE DES TÉNÈBRES ?».

Sous les titres, les photos.

Une foule paniquée piétinant les tentes et fuyant des ombres vêtues de longues capes et de masques en argent. De hautes flammes dansantes et indomptables derrière lesquelles se distinguait le stade géant de la Coupe du monde de Quidditch. Des corps blessés sur la pelouse d'un camping, enchevêtrés dans les bannières ensanglantées des équipes respectives. Des agents du Ministère et d'autres courageux anonymes qui tentaient de reprendre la maîtrise de la situation tant bien que mal.

Et sur la dernière édition, la Gazette du Sorcier… La Marque des Ténèbres… Sa monstrueuse tête de mort verdâtre crachant un serpent et qui étendait son aura funeste dans un ciel d'un noir d'encre. Severus s'efforça de ne pas s'appesantir sur ce que l'apparition de cette sinistre marque, qu'il n'avait pas vue depuis des années, pouvait signifier. Un rapide survol des gros titres lui apprit qu'une attaque des partisans présumés du Seigneur des Ténèbres s'était produite en fin de soirée, après la victoire de l'Irlande sur la Bulgarie. Tous s'étaient volatilisés à l'apparition de la Marque des Ténèbres et le Ministère ainsi que les secours avaient pu intervenir dans le chaos ambiant, pendant que les délégations étrangères s'organisaient en urgence pour retrouver, soigner voire rapatrier leurs ressortissants dans la pagaille générale.

Mangemorts présumés… Il n'y avait guère plus de présomption à avoir… Les masques en argent étaient sans équivoque. Severus jeta les journaux sur un fauteuil.

« Accio malle de secours ».

Une malle noire fusa de son laboratoire privé jusqu'à lui. Elle comportait tout ce qui était nécessaire aux soins de premiers secours. Il se rendit ensuite dans sa chambre sous l'œil intrigué de son directeur, se changea en vitesse pour revêtir ses robes sombres de Terreur des cachots, et revint dans le salon, fin prêt.

« Que faîtes-vous ? » demanda enfin Dumbledore, clairement surpris.

« Rien de tel qu'une petite promenade nocturne afin d'étudier le comportement des lucioles, et gambader à la belle étoile ». Une lueur de compréhension s'alluma dans les yeux clairs du vieil homme.

« Oh, vous allez aider ? Votre abnégation pour nos semblables est admirable, je le concède ».

« Que pensiez-vous que j'allais faire ? Retourner dans mon lit et me rendormir comme si de rien n'était ? ». Snape se tourna vers lui, le regard sombre. « Mes compétences peuvent aider, professeur Dumbledore. Pourquoi m'avez-vous prévenu, sinon ? ».

« Je suis également venu vous dire que Harry Potter assistait à la Coupe du monde avec les Weasley. Il est porté disparu ».

« Comment ça, porté disparu ? ».

« Il est introuvable ».

« Introuvable ? ».

« C'est exactement ce que je vous dit, Severus ».

« Professeur Dumbledore, Potter n'est sûrement pas la seule personne là-bas qui soit introuvable après ce qu'il s'est passé. Il n'y a pas de raison de tirer de plans sur la comète, je pense qu'il est prématuré de faire un lien entre l'assaut chez les Dursley et l'attaque de la Coupe du monde, il est peu probable que le gamin soit à lui seul la cible d'une horde de sorciers masqués et vêtus de capes noires. Avec toute la confusion que ce genre d'événement occasionne, il doit vagabonder dans quelque lieu obscur avec la colonie de Weasley en attendant de retourner au Terrier. Les agents du Ministère doivent être submergés de demandes de recherches de personnes égarées, et la façon la plus simple d'y remédier est encore de se servir de la signature magique laissée par les sorciers mineurs. Je me rends sur place afin de venir en aide aux soigneurs qui doivent être débordés avec l'afflux de blessés ».

Les rides aux coins des yeux du directeur se plissèrent avec inquiétude.

« Il n'y a guère plus personne à part les enquêteurs du Ministère, la presse et les organisateurs. La plupart des gens ont quitté les lieux dès l'arrivée des Mangemorts, et les blessés ont été pris en charge à l'Hôpital Sainte-Mangouste. Il semble que les assaillants se soient retirés lorsque quelqu'un a fait apparaître la Marque des Ténèbres. Les Weasley sont rentrés au Terrier mais Harry n'était pas avec eux. Miss Granger a été retrouvée légèrement blessée près du stade de Quidditch, et aurait affirmé aux enquêteurs avoir été en compagnie de Harry lorsque deux hommes les ont pris à partie dans un bois ».

« Aurait affirmé ? N'avez-vous rien de plus vérifié ? » demanda Severus en cessant de s'activer. Si deux hommes les avaient pris à partie et que la Miss Je-sais-tout avait été retrouvée blessée, ce n'était peut-être pas un simple égarement… Qu'avait encore fabriqué cet impossible Potter ? Le directeur croisa ses longs doigts sur sa barbe.

« Je me suis moi-même entretenu avec un enquêteur et Miss Granger. Ce sont des sources fiables, il n'y a pas de raison que ce soit un mensonge. Harry est introuvable, tous les alentours ont été fouillés, et nulle trace de lui. On a retrouvé de nombreuses personnes qui s'étaient perdues ou éloignées du tumulte, mais personne ne l'a vu depuis que lui et Miss Granger ont croisé le chemin de ces deux individus. J'ai de sérieuses raisons de penser qu'il s'est fait enlever et en vérité, je comptais sur vous pour m'aider à le localiser. Le service des Aurors est débordés et retrouver Harry n'est la priorité de personne. Le ferez-vous ? M'aiderez-vous à le retrouverer ? ».

Il y eut un silence où ils se dévisagèrent tous les deux à la lueur des bougies, puis Dumbledore tendit son bras en vue d'un transplanage.

« Je me débrouillerai sans vous ».

« Merci Severus, votre aide m'est infiniment précieuse ».

Severus plissa les yeux et fixa le vieux sorcier jusqu'à ce qu'il disparaisse dans l'âtre vert de la cheminée. Puis les flammes s'évanouirent, et il se retrouva dans le silence du manoir.

Un silence qui, chose rare, était des plus opressant.