Précédemment...

Des gens vêtus de capes noires et de masques en argent ont attaqué les campings de la Coupe du monde de Quidditch. Reconnu dans les bois par deux parfaits inconnus que la situation dramatique semble beaucoup amuser, Harry est kidnappé par hasard et se retrouve dans les Highlands, près d'un château où il retrouve Peter Pettigrow...

Bonne lecture !


Le Serment à la Nuit : Chapitre IV

Une main secourable


Pour la centième fois depuis qu'il leur avait faussé compagnie, Harry se retourna pour s'assurer que Queudver et ses lieutenants n'étaient pas à ses trousses. Et pour la centième fois, il fut soulagé de voir qu'il était bien seul dans ce paysage sauvage. L'aurore rose pâle se levait, dissipant les étoiles, tandis que les derniers éclats argentés miroitaient à la surface du lac. Plus loin, là où rétrécissait le loch, il distinguait la masse sombre d'un bois qui prenait naissance dans la vallée avant de grimper sur les flancs de l'un de ces immenses monts typiques des Highlands.

Il devait être quelque part en Écosse, et il s'inquiétait de ne voir aucun signe de civilisation.

Comment allait-il retrouver Hermione et les Weasley ? Comment allait-il faire pour leur donner des nouvelles, sans Hedwige, sans moyen de transport ou de communication ? Sa baguette ne lui était d'aucune utilité pour se repérer sur une carte... En attendant, il valait mieux se fondre dans le bois tant qu'il n'était pas certain que Pettigrow ne soit pas à sa recherche. Ce rat...

Il finirait bien par tomber sur une ville, un hameau, une maison ; et alors il rentrerait en bus ou en taxi. En bus… Le Magicobus s'imposa soudain dans son esprit. Revigoré par une pointe d'espérance, il agita sa baguette au hasard dans les airs, produisant des étincelles. Le Magicobus sillonnait le pays à une vitesse aussi dangereuse que vertigineuse, et même s'il n'était pas des plus confortables avec ses lits en cuivre qui bringuebalaient les uns contre les autres en raison de la conduite sportive de l'étrange chauffeur, Harry aurait volontiers payé une bourse de Gallions pour y monter.

Mais le Magicobus ne déboula pas de derrière les collines. Peut-être devait-il l'appeler ?

« Magicobus ! » lança-t-il tout en maintenant les étincelles. « Magicobus ! ».

Sans pouvoir s'empêcher de se juger ridicule, il scruta longtemps la lande, guettant un mouvement suspect, des lueurs de phares, écoutant un éventuel vrombissement de moteur, un bruit de carlingue déglinguée. Mais le bus à double impériale ne vint jamais. Il ne devait circuler que sur les routes et les chemins praticables, et visiblement la magie avait ses limites et ne lui permettait pas encore de s'aventurer en pleine bruyère écossaise.

Se remettant en marche, Harry s'éloigna des berges escarpées du lac et finit par atteindre la lisière de la forêt au moment où la lune s'effaçait à la faveur du soleil orangé qui se dessinait derrière les montagnes. A l'orée du bois, les tons chauds et dorés des arbres étaient réconfortants, et Harry se surprit à penser que tant qu'il restait ici il ne lui arriverait rien de mal. Les chants d'oiseaux et les bruissements d'animaux l'accompagnèrent tandis qu'il grimpait un sol rocheux.

Difficile d'imaginer que la nuit dernière la Coupe du monde de Quidditch avait été le théâtre d'une attaque de Mangemorts. A présent, où étaient Ron, Ginny et les jumeaux ? M. Weasley, Bill, Charlie et Percy étaient-ils sains et saufs ? Et Hermione…

Non, ils allaient sûrement bien, se répéta Harry en boucle comme un mantra. Tout le monde allait bien. Ça n'avait aucune importance que lui soit paumé au beau milieu de nulle part, pourvu que les autres soient indemnes.

Les rayons du soleil traversant la canopée baignaient de leur lumière rassurante les grands arbres, les hêtres, les chênes, les pins et autres sapins qui dodelinaient doucement. Sous ses pieds, le sol tapissé de brindilles était si moelleux qu'il lui donnait l'impression d'arpenter une mousse rebondissante. En bas de la pente s'étendait une rivière d'énormes rochers ronds et massifs qui semblaient avoir dégringolé de la colline, et sous lequel chantait un ruisseau souterrain.

La forêt entière paraissait frémir avec sérénité, et Harry sentait un étrange caresse dans son esprit, comme s'il y avait de la magie.

La journée s'étira lentement tandis qu'il traversait la forêt à son rythme, s'accordant régulièrement des pauses pour cueillir quelques baies sauvages et lancer des sorts d'orientation. Marcher lui permettait de ne pas réfléchir à ce qu'il s'était passé.

Lorsque le sol redescendit en pente douce, il comprit avec soulagement qu'il était passé au versant de la colline. Avec un peu de chance, il trouverait un village de ce côté-ci et une âme charitable pour lui venir en aide. Vers midi il découvrit un petit cours d'eau au détour d'un gros chêne.

« Merlin merci ! » s'exclama-t-il en s'y précipitant.

Il goûta prudemment l'eau claire et fraîche, avant de la juger tout à fait potable. Il s'efforça de ne pas penser à ce qu'il ferait quand la faim se ferait plus durement sentir. Il avait faim, en réalité, mais il pouvait affirmer qu'il avait connu pire avec les Dursley, après tout.

Harry marcha de longues heures, longeant le ruisseau jusqu'à arriver à une jolie cascade. Il s'affala sans élégance sur un rocher, observant le ciel qui se dégageait au-dessus de la clairière. A son poignet, la vieille montre déglinguée de Dudley affichait vingt heures passées. Les rayons du soleil bas et obliques projetaient une lueur orangée sur les nénuphars et les plantes qui se fermaient.

« Je crois bien que je me suis perdu » soupira Harry à voix haute, et pour toute réponse un crapaud coassa dans un fourré.

Les baies sauvages et sucrées qu'il avait cueillies en espérant que leur couleur framboise ne le fasse pas tomber raide mort empoisonné ne constituaient pas un repas digne de ce nom.

Il ne sentait plus ses jambes, et aurait voulu rester allongé au bord de l'eau pour l'éternité.

Avait-il bien fait de traverser et se cacher dans la forêt ? Comment allait-on faire pour le retrouver ici, perdu au milieu de nulle part, sans le moindre indice sur sa disparition ? D'ailleurs, quelqu'un était-il seulement à sa recherche ? Il avait passé la journée à cogiter, à se repasser le fil de la nuit dans son esprit. Où étaient les deux hommes qui l'avaient enlevé en ce moment ? Et Lord Voldemort ? L'idée que le Mage noir ait lancé ses fidèles partisans à ses trousses dans la forêt fut suffisamment glaçante pour que Harry se relève de son rocher et se remette en marche.

Au fur et à mesure que le soleil baissait et que la nuit faisait son retour, la température se faisait plus froide et Harry dut renfiler son blouson.

Les ombres des arbres grandirent, les animaux se hâtèrent de se faufiler furtivement dans les terriers.

Au crépuscule, l'endroit n'avait définitivement plus rien d'accueillant.

Le vert tendre de la végétation s'était obscurci, les petits craquements auparavant amicaux qui escortaient Harry sonnaient d'une manière beaucoup plus hostile dans l'obscurité, et chaque frémissement de branche ou de feuillage lui faisait s'imaginer des choses. Des cris plaintifs éloignés retentissaient, auxquels faisaient écho les hululement aigus des chouettes. Que des chouettes. Un Gryffondor n'a pas peur d'une chouette.

« Pointe au Sud ».

Harry se fraya un passage vers le sud, et à la lisière de sa conscience il revit son escapade avec Ron dans la Forêt Interdite lors de leur deuxième année. Il s'interdit de penser à ce qu'il ferait si jamais une araignée géante surprise bondissait d'un buisson en faisant cliqueter ses horribles pinces.

« Ce n'est pas le moment s'amuser à se faire peur, mon pauvre Harry » marmonna-t-il pour se donner du courage. « Ce n'est pas la Forêt Interdite, il n'y a pas d'araignée géante et encore moins de loups-garous. Lumos ! ».

S'exprimer à voix haute lui permettait de ne pas se laisser distraire par l'influence de la forêt. Il aurait donné cher pour se blottir dans sa cape d'invisibilité et échapper à l'atmosphère angoissante qui flottait autour de lui.

C'est alors qu'il franchissait un tronc d'arbre renversé qu'il entendit craquer une grosse branche.

Derrière lui, plus précisément.

Baguette levée, il fit aussitôt volte-face pendant que son cœur exécutait un saut périlleux dans sa poitrine.

Seule la petite taille de la créature qui lui arrivait à la cuisse calma son accès de peur. Elle était des plus étranges, se tenant sur un seul pied et brandissant au bout de ses bras malingres une lanterne au halo jaune. La chose visqueuse sans couleur déterminée l'observait en clignant ses yeux globuleux. Sûrement une espèce de Pitiponk, qu'il avait étudié l'an dernier avec le professeur Lupin en cours de Défense Contre les Forces du Mal.

« Eu... salut » fit Harry, ouvert à la conversation.

La créature ne paraissait pas animée de mauvaises intentions, et de toute façon Harry était sûr d'avoir l'avantage physique en cas de bagarre. Elle émit un glapissement aigu évoquant le cri d'une mouette, et bondit à son tour par-dessus le tronc d'arbre. Sautillant sur le sol avec une agilité surprenante, elle fila dans la nuit.

Harry lui emboîta le pas, attiré par la lanterne. Peut-être que la bestiole pourrait le guider hors de la forêt ?

De temps à autre, l'étonnante créature s'arrêtait, se retournait et agitait sa lanterne pour vérifier qu'il était toujours derrière elle, puis repartait de plus belle. Bientôt, il en déduisit qu'il avait atteint le bas de la colline car ça ne descendait plus.

« Pas si vite ! Attends-moi ! ».

Le Pitiponk le distançait et il dut courir pour ne pas le perdre de vue. Or plus il courait, plus il avait le sentiment qu'elle lui échappait. La lanterne s'éloignait encore et encore, tantôt masquée par un arbre ou un buisson, tantôt tremblotante entre deux plantes.

« Reviens ! » lui ordonna-t-il.

Seul un lointain cri semblable à un bêlement de chèvre lui parvint. En voulant la rattraper, Harry se faisait griffer les bras par les branches basses et les orties, quand il ne trébuchait pas sur des racines cachées dans le noir. Rapidement, la lanterne de son guide ne fut plus qu'une vague lumière éphémère, tel un feu follet. Et l'inévitable survint quand la lueur jaune finit par s'éteindre pour de bon.

Harry brandit sa baguette.

« Lumos maxima ! » s'exclama-t-il pour augmenter la puissance du faisceau lumineux. « Où est-ce que tu te caches ? ».

L'initiative ne lui fit pas plus utile. Autour de lui, nulle trace de la créature à la lanterne. Il entendait les sifflements aigus et les bourdonnements des insectes volants, les arbres étaient moins nombreux, et l'air humide et chaud, collant à la peau. Il se trouvait dans un marécage… Les herbes hautes et les fougères s'agrippèrent à ses jambes et il dut se débattre avec un feuillage dense pour arriver devant une vaste étendue d'eau stagnante entrecoupée d'étroites berges.

Harry baissa les bras, découragé. Il n'y avait plus de terre ensuite, seulement ce marais où flottaient des plantes endormies et des morceaux de bois. Où était-il ? Il l'ignorait, mais en tout cas il savait qu'il avait perdu son cap, et il regretta d'avoir suivi la créature unijambiste.

Dépité et fatigué par une journée lessivante de marche, il décida de repartir dans l'autre sens en longeant les rives du marais. Il finirait forcément par tomber quelque part, pensa-t-il en combattant le désespoir qui guettait. Il entendit soudain un glapissement derrière lui, et tomba nez à nez avec ce maudit Pitiponk.

« Te voici ! Où diable étais-tu passée ? ». En guise de réponse, la curieuse bestiole émit un ricanement et ouvrit sa bouche, laissant découvrir une rangée de dents pointues. « Qu'est-ce que... »

Il aurait dû se souvenir qu'une créature de petite taille ne faisait pas d'elle un être charmant et inoffensif...

Le prenant par surprise et avec une facilité presque insultante, il sentit deux mains le pousser en arrière avec une force improbable pour une si ridicule chose, et tomba à la renverse dans le marécage peu profond. Avant que l'eau ne l'engloutisse, il eut le temps de capturer un rire moqueur. L'eau fraîche électrisa son visage et il recracha un morceau d'algue douce, furieux. Les pieds dans la vase, l'eau jusqu'à la taille, il s'extirpa difficilement des plantes aquatiques et grimpa sur la berge détrempée.

« Attends un peu que je t'attrape ! » cria-t-il avec colère à la créature qui se moquait de lui en le pointant de son doigt noueux.

L'infâme traître trépignait de rire dans la boue marécageuse, faisant claquer ses petites dents comme si elle se préparait à déguster un bon repas. Harry se rua sur elle mais elle lui échappa avec agilité et lui-même dérapa avant de s'étaler dans une flaque. Il poussa un grognement rageur tandis que l'animal lui mordait la main. Harry l'envoya paître d'une bourrade.

« Petrificus totalus ! ».

Le sortilège violet frappa la créature qui s'immobilisa. Harry frotta sa main douloureuse, mordue jusqu'au sang. A la lueur de sa baguette, les yeux du Pitiponk bougeaient dans tous les sens.

« Ne me regarde pas comme ça ! Ça t'apprendra à venir me piéger dans les marais. Pointe au Sud » grommela-t-il.

Sa baguette lui indiqua une direction radicalement opposée. Tempêtant contre lui-même, il s'éloigna à grands pas déterminés.

Il fut rapidement hors de la zone des marais, regagnant le sol plus doux de la forêt, constatant avec un maigre espoir qu'elle paraissait plus clairsemée que précédemment. S'il y avait moins d'arbres, sans doute se trouvait-il à proximité de la sortie. Il se frictionna les bras. Avec son petit séjour dans l'eau, l'air de la nuit lui semblait plus froid, or ce n'était absolument pas le moment de tomber malade. Il continua d'avancer, écoutant les hululements plus ou moins lointains des chouettes et hiboux qui se répondaient avec harmonie.

Il atteignit ensuite un talus qui lui permettrait d'avoir une vue dégagée sur la forêt : plus loin au-delà des arbres s'étendait une grande lande, le vent s'était levé et faisait onduler la bruyère.

C'est alors qu'il se laissait aller à la contemplation de ce paysage serein qu'il remarqua qu'il n'y avait plus de bruit.

En quelques minutes, un silence soudain s'était abattu sur la végétation alentours, et quelques oiseaux s'envolèrent d'un sapin. Sur son talus, Harry serra sa baguette, aux aguets. Ce brusque silence n'était pas normal. Il tendit attentivement l'oreille, s'efforçant de percevoir un bruit de pas, un craquement inapproprié, tout en scrutant des yeux les feuillages sombres. Il examina le tronc épais d'un vieux chêne, avant de balayer de son faisceau lumineux les buissons épineux. Puis son regard revint vers le chêne.

Il crut que son cœur allait exploser dans sa cage thoracique lorsqu'il vit la haute silhouette qui s'y tenait.

Silhouette qui n'y était pas il y a deux secondes exactement.

Il sursauta si violemment que le sort fusa avant même qu'il ne se rende compte qu'il l'avait formulé :

« EXPELLIARMUS ! » hurla-t-il à s'en briser les cordes vocales.

L'ombre contra aussitôt le sortilège rouge qui s'écrasa dans un fourré, et agita sa baguette pour s'éclairer.

« Brillante intervention, M. Potter ».

« Snape ! » aboya Harry, tétanisé. « Qu'est-ce que vous foutez là ! J'ai cru… ».

« Langage, M. Potter. Nous ne sommes pas familiers, que je sache » fit la voix grave. Osant à peine y croire, il vit son Maître des Potions quitter le couvert du chêne et s'avancer sur le promontoire. « Décidément, je vais finir par croire que vous ne pouvez pas passer des vacances d'été sans que je ne vole à votre secours. Vous n'avez pas votre pareil pour vous mettre dans des situations dangereuses... Que vous est-il arrivé, cette fois ? ».

Harry baissa sa baguette, incrédule. D'abord le jardin des Dursley, maintenant une forêt perdue en Écosse ?

« Et fermez la bouche, vous allez finir par avaler un de ces insectes volants ».

« Comment est-ce que vous m'avez retrouvé ? ».

« C'est mon affaire. Confirmez-vous que deux individus ont tenté de vous kidnapper lors de la Coupe du monde de Quidditch ? ».

« Oui, je... ».

« Êtes-vous blessé ? ».

« Non, je... ».

« Vous êtes trempé et recouvert de bouts de plantes humides, vous avez une trace de morsure sur la main. Que vous est-il arrivé ? ». Harry serra les lèvres et affronta le regard sombre et inquisiteur de son professeur.

« Rien ».

« Rien n'est pas une réponse convenable. Et je m'attends à ce que vous vous adressiez à moi avec respect, M. Potter, en m'appelant ''Monsieur'' ou ''Professeur'', par exemple ».

« Un banal incident dans les marais que j'ai traversés plus loin, Professeur ». Snape plissa les yeux avec suspicion.

« Comment vous êtes-vous débrouillé pour tomber dans les marais ? ».

« J'ai glissé ».

« Glissé. Vous avez juste... glissé ».

« Oui, j'ai dérapé sur la berge boueuse».

« Et je suppose que vous vous êtes mordu tout seul, aussi ? ». Harry faillit lever les yeux au ciel mais se retint de justesse.

« C'est un Pitiponk avec une lanterne qui m'a poussé dans le marais ». Un sourire sarcastique étira lentement les lèvres du Professeur.

« Ne me dîtes pas que vous avez été tourné en bourrique puis pris en chasse par un Pitiponk ? Ne vous a-t-on jamais appris que les Pitiponks s'amusent à égarer les voyageurs imprudents vers les sols marécageux pour mieux les dévorer quand ils tombent à l'eau et qu'ils sont épuisés ? Que faisiez-vous pendant vos cours de Défense Contre les Forces du Mal ? Vous dormiez ? ».

« J'avais oublié » se défendit Harry. « Et il ne ressemblait pas vraiment à celui du professeur Lupin, j'ai pensé qu'il était inoffensif »

« Tous les Pitiponks ne se ressemblent pas nécessairement M. Potter ».

« Il n'allait pas me dévorer » rajouta-t-il pour la contenance, et l'homme ricana.

« Je suis certain que vous n'auriez pas tenu le même discours s'il avait eu l'occasion de vous montrer l'étendue des dégâts qu'il peut faire avec ses dents voraces. Il ne faut jamais se fier à la taille d'une créature magique, les Pitiponks font partie des espèces malines et sournoises malgré leur apparence de guide ».

« Je saurai m'en souvenir » fit Harry en essayant de ne pas prêter garde aux accents moqueurs de son professeur.

« Vous feriez bien. Suivez-moi maintenant, nous partons ». Dans un mouvement de capes, il fit demi-tour en direction des arbres. Harry resta immobile.

« Où allons-nous, Monsieur ? » s'enquit-il en rangeant sa baguette dans son pantalon. L'homme s'arrêta, exaspéré.

« Gardez votre baguette dans votre main, n'avez vous aucun instinct de survie par Merlin ? Nous allons dans un endroit à découvert pour transplaner, il faut quitter cette forêt ».

« On ne peut pas transplaner à partir d'ici ? ».

« Bien sûr que si puisque je suis arrivé non loin d'ici après avoir localisé la zone où vous vous trouviez, mais pour votre gouverne sachez que lors d'un transplanage d'escorte, la densité du lieu de départ peut constituer un danger pour l'escorté ».

« Un danger comme... la désartibulation ? » frissonna Harry.

« Heureux de constater que tout ce que je dis n'est pas un vain effort ».

« Attendez ! Est-ce que Hermione va bien ? Comment vont les Weasley ? Que s'est-il passé exactement ? Pourquoi est-ce que les Mangemorts se sont attaqués aux campings ? Ceux qui m'ont amené ici avaient l'air inquiets, ils parlaient de Marque des Ténèbres... ».

« Cela fait beaucoup de questions, M. Potter, et nous n'avons pas la nuit pour nous y atteler. J'ai passé une journée longue et éprouvante, j'ai d'autres priorités que de converser avec vous au beau milieu des Highlands. Nous ne devons pas rester ici ».

Snape jeta un regard aux alentours, le visage impénétrable.

« S'il vous plaît Professeur ! Je veux juste savoir comment vont les Weasley et... ».

« Ils vont bien ». Le garçon laissa échapper un soupir de soulagement et sentit d'un coup plus léger. « Mais je crains que tout le monde n'ait malheureusement pas eu la même chance que la famille Weasley ».

Harry fronça les sourcils. Avait-il la berlue ou bien il percevait un trait de compassion dans la voix du directeur de Serpentard ? Snape et compassion ? Snape compatissant ? Depuis quand Snape éprouvait-il de la compassion pour les autres ? Pour que la Terreur des cachots insensible et implacable fasse preuve de compassion, il avait dû neiger en Enfer. Ou bien il avait dû se passer quelque chose de grave. A quel point l'attaque à la Coupe du monde de Quidditch avait-elle été grave ?

Un chant mélodieux et grave, son à la fois doux et mélancolique, vint troubler ses pensées.

Perplexes, ils levèrent la tête. Un étrange oiseau tournoyait au-dessus d'eux, ses fines et longues ailes déployées. La première pensée de Harry fut qu'il ressemblait à Fumseck, le phénix de Dumbledore, en plus maigre et avec un plumage vert foncé. Il était à la fois lugubre et majestueux, et volait avec grâce tout en chantant une complaintes aux accents chargés de désespoir.

Interdit, Snape observait l'oiseau avec une sorte de fascination et d'inquiétude. « Le cri de l'Augurey... » murmura-t-il.

« Le cri de quoi ? C'est un phénix ? » lui demanda Harry.

« Le cri de l'Augurey, M. Potter. Il s'agit d'un phénix irlandais ».

« Un phénix irlandais ? Vous voulez dire que... nous sommes en Irlande ? ! ».

« Nous sommes dans les Highlands écossais, ce qui ne signifie pas qu'un phénix irlandais n'a pas le droit de venir voler jusqu'ici » répliqua Snape. « Le cri de l'Augurey annonce l'arrivée proche de la pluie, mais il est également traditionnellement considéré comme de mauvaise augure ».

« Comment ça, de mauvaise augure ? » s'alarma Harry.

« Un présage de mort » répondit Snape avec solennité.

Professeur Trelawney, sortez de ce corps ! Harry manqua s'esclaffer. Le professeur de Divination était notoirement connue pour ses prévisions de catastrophes et morts futures, surtout le concernant. Pourtant, la mine sérieuse du Professeur lui coupa toute envie de rire.

« Or, étant donné que la lune et les étoiles brillent dans un ciel dégagé et sans nuages, je ne crois pas que phénix annonce la pluie. Il ne reste donc plus que le présage de mort ».

Et, chose étonnante, Harry eut la nette impression que le Maître des Potions paraissait plutôt perturbé par le chant de l'Augurey. Il savait certains sorciers superstitieux, mais il n'aurait jamais imaginé que le directeur de Serpentard fut de cette étoffe.

« Vous n'y croyez tout de même pas ? Ce n'est qu'un folklore irlandais, n'est-ce pas ? ».

« Il est des folklores qui méritent que l'on y porte davantage d'attention que de vieilles histoires de superstition que l'on se raconte le soir au coin du feu. Nous devons partir d'ici immédiatement ».

« Pourquoi, qu'est-ce que ça signifie ? » fit Harry en parcourant des yeux la masse sombre de la forêt qui les entourait, les étouffait de toutes parts.

« Au cas où vous ne l'auriez pas remarqué lors de votre petite escapade, la nuit cette forêt est peuplée d'êtres qu'il est préférable de ne pas croiser au détour d'un chemin. Je me réjouissais que vous ne vous y soyez pas aventuré au cœur, nous évitant ainsi des rencontres inopportunes, mais l'apparition de cet oiseau de malheur est un très mauvais signe. Potter, nous partons maintenant. J'ai assez risqué ma peau pour vous ces derniers jours, et j'ai autre chose à faire que de vérifier si oui ou non la prédiction d'un phénix irlandais se réalise ».

Et, comme s'il l'avait entendu, l'Augurey poussa une dernière mélodie mélancolique. Il prit de la hauteur pour s'éloigner d'eux, et s'en alla planer aux voûtes éternelles, gracile comme une larme.

Insondable, Severus le regarda disparaître dans la nuit. Cela ne lui plaisait pas. Pas du tout.

Quand il avait transplané dans la forêt, son expérience magique lui avait appris par chance qu'il avait atterri non loin du gamin. Il avait alors remarqué en se rapprochant du talus sur lequel se trouvait le garçon qu'un silence soudain s'était abattu sur cette partie de la forêt, et aperçu des hiboux s'envoler. Il était bien placé pour interpréter un tel silence, synonyme de danger.

Ce n'était pas lui-même qui était à l'origine du silence, il était furtif comme une ombre.

Il ne s'était pas intéressé davantage à ce phénomène, le mettant sur le compte d'un quelconque animal parti en chasse, magique ou non-magique, mais relativement inoffensif pour l'homme. Et il fallait bien l'avouer, la réaction de Potter à son apparition avait été inestimable, au moins avait-il quelques réflexes de défense.

Toutefois lorsqu'il avait entendu le chant de l'Augurey, ce silence avait pris une toute autre dimension. Certains présages dans le monde sorcier étaient à prendre très au sérieux, et celui du phénix irlandais en faisait partie. Severus n'avait pas voulu effrayer davantage Potter, ce n'était pas le moment de gérer une crise de panique, mais les Augureys, oiseaux sensibles et intelligents de race noble, ne se trompaient jamais quand ils avertissaient de la survenue imminente d'un danger.

« Éteignez votre baguette, et suivez-moi » ordonna-t-il. « Surtout ne faites aucun bruit. La sortie de la forêt n'est plus très loin ».

Dans la forêt plus oppressante que jamais, Harry ne quitta pas Snape d'une semelle. Les branches déployées telles des griffes semblaient vouloir l'emprisonner, les ombres se resserraient sur lui et il avait l'impression que chaque fourré cachait une créature mesquine. Le silence inhabituel qui l'écrasait lui donnait la chair de poule. Les rayons de la lune filtraient à travers les arbres, ce qui leur permettait de ne pas naviguer à l'aveuglette, mais de nombreuses fois il se prit les pieds dans des racines. Il avait froid avec ses vêtements trempés sur le dos, et il ne cessait de frissonner.

Lorsque le murmure du vent leur porta un lointain cri plaintif, il serra sa baguette, retenant sa respiration. Qu'était-ce ? Il ne devait surtout pas se retourner et céder à la peur. S'il se retournait, son esprit allait donner aux ombres des silhouettes animales menaçantes.

Il s'inquiétait pour rien. Ce n'était sûrement rien du tout. Probablement un quelconque animal sorti pour chasser une petite proie. Il pressa le pas pour rester à la hauteur de Snape, qui avançait vite mais sans bruit.

Un hululement perçant manqua tout à coup de réduire à néant son self-contrôle et il bondit en arrière lorsqu'il vit une chose claire percer à travers les branches d'un haut sapin devant lui. Comble de l'humiliation, Snape était resté impassible.

« Une chouette ! Une simple chouette ! ».

Harry était si soulagé qu'il éclata d'un rire nerveux. Il faisait un piètre Gryffondor... Son cœur reprenait déjà des battements plus réguliers. Il s'agissait en effet d'une petite chouette effraie au plumage crème qui passa au-dessus d'eux avant de disparaître dans l'obscurité. Snape agrippa le col de son blouson, murmurant furieusement :

« Taisez-vous jeune inconscient, nous ne sommes pas seuls ».

« Désolé Professeur, je... ».

« Prononcez encore une parole sans mon accord et je n'hésiterai pas une seconde à vous lancer un sortilège de mutisme perpétuel ».

Le ton impérieux du Maître des Potions était assez convaincant pour que Harry obéisse.

Ils reprirent donc leur progression.

Et ne firent pas dix foulées avant qu'un long cri s'élève quelque part dans la forêt.

Le sang de Harry se glaça dans ses veine et son corps entier se crispa. Il ne put s'empêcher de céder à la tentation en jetant un coup d'œil derrière son épaule mais ne vit rien que le bois envahi par les ténèbres. Quelle créature malfaisante et solitaire se cachait là ? A sa plus grande horreur, un deuxième hurlement lui répondit comme dans un écho, mais un écho beaucoup trop proche. Un frisson mauvais courut le long de sa colonne vertébrale et il fut pris d'un terrible pressentiment. Son rythme cardiaque s'accéléra. Le fait que son professeur s'immobilise devant lui n'arrangea pas les choses. Un autre hurlement retentit, plus guttural celui-ci. S'ensuivit un grognement de bête sauvage leur donnant l'impression qu'un prédateur tapi dans les fourrés était sur le point de leur bondir à la figure.

Le Serpentard attrapa Harry par le blouson et tira dans le feuillage d'un buisson. Agenouillé, Harry sentit son cœur battre à tout rompre dans sa poitrine, tandis qu'une frayeur glacée s'insinuait dans ses veines.

L'Augurey ne s'était pas trompé… Quelque chose rôdait dans la forêt.

Plus loin dans la pénombre, à la lisière de son champ de vision, une silhouette noire et massive bougea parmi les troncs d'arbres, et Harry sursauta. Seule la poigne de fer de Snape sur sa nuque et son bras l'empêcha de bouger avant qu'il ne les trahisse. Et s'il ne s'était pas déjà enfui à toutes jambes en hurlant de peur, c'est parce qu'il espérait au plus profond de lui que le Professeur allait les tirer de ce mauvais pas.

Tout alla très vite.

Quelque chose surgit soudain à quelques mètres d'eux, une bête avec la forme d'un loup qui huma brièvement les buissons alentours puis posa brusquement son regard de prédateur sur eux avant de leur foncer droit dessus, toutes griffes sorties. Trop frappé d'effroi pour réagir, Harry n'enregistra pas vraiment son apparence. Tout ce qu'il retenait, c'est qu'elle ne ressemblait que très vaguement à ce qu'était devenu le professeur Lupin lors de sa transformation en juin dernier, avec en prime une toison argentée sur l'échine dorsale.

A la vitesse de l'éclair, Snape l'arracha des fougères, s'interposa devant lui comme il l'avait fait devant Lupin et lança un sortilège qui ricocha sur le corps cuirassé du loup. Atterrissant lourdement dans le buisson, l'animal grogna.

« Va-t-en ! » ordonna le Professeur en poussant Harry en arrière. « Cours ! ».

Et il envoya un impressionnant tourbillon de flammes qui explosa devant la diabolique créature.

Celle-ci se cabra et recula en piaffant. Elle redressa la tête et lâcha un long hurlement perçant. Sans cogiter sur l'emploi du tutoiement, Harry détala, traîné par son professeur. Un autre hurlement s'éleva dans la forêt. La cavale dura à peine une minute, mais pour lui ce fut une éternité.

Il courait pour sauver sa peau, il courait comme il avait couru pour échapper à Pettigrow et ses amis. Pas le temps de penser à paniquer… Snape était juste derrière lui, frôlant son dos, s'efforçant de ralentir leurs traqueurs poilus en lançant des sorts d'explosion tout en s'assurant qu'il ne freine pas la cadence.

Le Professeur finit par aboyer une formule latine et Harry se sentit brutalement hissé par les jambes : la terre se déroba sous lui et il se retrouva la tête en bas à quelques mètres du sol. Un instant, il songea bêtement qu'il avait été attrapé par un de ces pièges posés par les chasseurs, avant de réaliser qu'il était comme retenu par des cordes invisibles. A ses côtés, Snape lui aussi flottait dans les airs, ses capes rappelant plus que jamais une chauve-souris géante et endormie. Ils tournoyèrent lentement entre les branches des arbres tandis qu'au-dessous d'eux, les créatures sauvages poursuivaient leur traque. Si elles parurent un temps désarçonnées par cette disparition soudaine, elles s'éparpillèrent plus loin et lorsqu'elles se furent suffisamment éloignées, Snape les fit redescendre en douceur pour leur faire retrouver la terre ferme.

« Pointe à l'Ouest » fit aussitôt le Maître des Potions à voix basse. « Dépêchez-vous avant que ces bêtes ne reviennent Potter, nous y sommes presque ».

Harry ravala une réplique cinglante. Que croyait-il qu'il venait de faire ?!

Il se remit à fuir derrière son professeur. Ils avaient eu un peu de répit, cela leur serait peut-être suffisant. Il ne leur fallut en effet pas plus de trois minutes pour atteindre l'orée de la forêt, sans que les créatures déchaînées ne rappliquent à leurs trousses. Avec soulagement, Harry se dégagea des dernières hautes fougères et gagna la végétation plus aride de la lande qu'il avait aperçue plus tôt depuis le talus.

Il était enfin sorti de cette damnée forêt !

Et une fois de plus, il devait son salut au sang-froid légendaire de son professeur. A ce rythme-là, il lui serait éternellement redevable jusqu'à la fin de sa vie, songea-t-il avec ironie. Il se laissa tomber à genoux pour reprendre sa respiration : il était exténué, ses jambes tremblaient sous l'effet de l'adrénaline et de la peur.

« Que faîtes-vous M. Potter, vous me remerciez à genoux ? Je ne m'attendais pas à tant de reconnaissance de votre part ».

Severus eut le plaisir de voir les yeux verts le fusiller du regard. Harry se releva, pantelant.

« Une fois de plus, il était moins une » reprit le Professeur. « Lumos ». Il s'avança devant Harry et le considéra avec attention. Blanc comme un linge, il frissonnait, tremblant de tous ses membres. « Vous êtes en état de choc. Respirez lentement et profondément ».

La voix grave et basse de Snape lui répéta plusieurs fois ce judicieux conseil et Harry, poings serrés pour masquer ses tremblements, finit par retrouver son calme. Il détourna le regard vers la masse sombre de la forêt.

« Qu'est-ce que c'était ? ».

« Une race de loups-garous particulièrement coriaces ».

« Combien ils étaient ? On aurait dit une meute ».

« Ils n'étaient que deux. Et c'est déjà bien assez ». Snape observait Harry avec une intensité qui le mettait mal à l'aise. Que signifiait cette lueur énigmatique dans ses prunelles noires ? Bientôt, il n'y tint plus.

« Qu'est-ce qu'il y a ? Pourquoi vous me regardez comme ça ? ».

« Depuis combien de temps êtes-vous dans cette forêt ? » lui demanda lentement l'homme.

« J'y suis entré ce matin après le lever du soleil et j'y ai passé la journée ».

« Lors de votre exploration, vous êtes-vous rendu compte de quelque chose d'anormal ? Un phénomène douteux, un son ou des bruits étranges, un détail inhabituel ? ».

« Je ne sais pas, je... je m'y suis réfugié pour échapper aux deux inconnus qui m'ont enlevé à la Coupe du monde, je n'ai rien vu de bizarre à part une forêt paisible et tranquille. Ce n'est que le soir qu'elle a changé, elle est devenue plus sombre, plus effrayante. Qu'est-ce que vous voulez dire par inhabituel, Professeur ? ».

« N'avez-vous pas remarqué si l'on vous suivait ? ».

« Si on me suivait ? Je ne crois pas, ou alors je n'ai pas fait attention ».

« N'avez-vous rien remarqué sur les loups ? » poursuivit le Professeur de son timbre velouté, le dévisageant toujours avec cet air indéchiffrable.

« A vrai dire, j'étais trop occupé à courir pour avoir le temps d'admirer leur pelage » répondit Harry en s'épongeant le front. Les lèvres du Serpentard se serrèrent.

« Ils portaient des lanières autour du cou, des colliers en cuir. Cela signifie qu'en dépit de leur état sauvage ils sont contrôlés et appartiennent à quelqu'un. Vous étiez traqué par ces bêtes depuis le début, M. Potter ».

Et à la lueur de sa baguette, il vit le visage blême du garçon se décomposer.