Et voici un nouveau chapitre, dans le suivant nous aurons la fameuse première tâche...
Bonne lecture et merci pour votre fidélité et vos reviews :)
Le Serment à la Nuit : Chapitre VI
Tensions
« Hey Potter ! ».
Pour la troisième fois de la journée, la voix traînante de Draco Malfoy l'apostropha alors que Harry se rendait à la Bibliothèque. Il ne daigna même pas répondre, s'efforçant d'ignorer la bouffée de chaleur qui l'envahissait à chaque fois, s'efforçant de ne pas écouter la petite voix qui le suppliait de mettre un poing dans le visage narquois de Malfoy. Le Serpentard et ses sbires passèrent devant eux en faisant scintiller leurs badges de soutien à Cédric Diggory, où les lettres criardes A BAS POTTER apparaissaient clairement en grosses lettres. Quand ce n'étaient pas les variantes avec les insultes … Visiblement, ils avaient eu de quoi s'occuper pendant le week-end écoulé.
« Tu aimes, le balafré ? Ils se distribuent comme des petits pains ! ».
« La Bibliothèque » fit Harry en tirant Hermione par la manche. « Maintenant. Je ne suis pas certain de garder mon calme une seconde de plus, et il serait dommage d'envoyer Malfoy à l'infirmerie ».
« Ne fais pas attention à ces ahuris, ils finiront biens par se lasser » répondit Ron en lui emboîtant le pas.
« Tu rêves, ça ne fait que commencer » rétorqua Harry, ne desserrant la mâchoire que lorsqu'ils atteignirent le quatrième étage.
La bibliothécaire Mme Pince les foudroya du regard, comme elle en avait l'habitude à chaque fois que quelqu'un pénétrait dans la Bibliothèque en discutant, même à voix basse. Ils longèrent les rayons jusqu'à trouver une table libre où Hermione sortit une grande feuille de parchemin et une plume. Une fois installés, ils s'observèrent tous les trois en silence. Harry eut l'impression d'assister à un conseil solennel de la plus haute importance, et la gravité de ses amis l'effraya soudain. Notamment Ron, qui avait pourtant l'habitude de dédramatiser, n'avait pas encore lâché de plaisanterie sur le Tournoi, depuis que la Coupe de Feu avait craché son nom quelques jours plus tôt.
« Vous me croyez vraiment quand je dis que je n'ai pas mis mon nom dans la Coupe ? » demanda finalement Harry, désireux d'échapper à ce silence pesant. Hermione fronça les sourcils.
« Bien sûr que oui, Harry... Je te le redis, je ne vois pas bien comment tu aurais pu défier la Limite d'Âge mise en place par Dumbledore. Tu es peut-être le sorcier qui a survécu à Tu-Sais-Qui, mais, sans vouloir t'offenser, je ne penses pas que tu aies les capacités magiques pour battre le directeur ».
« Reste à déterminer qui aurait pu faire une chose pareille » fit Harry, maussade. Une question qui ne cessait de tourner dans son esprit.
« Peut-être quelqu'un qui tient absolument à ce que tu deviennes le champion de Poudlard » suggéra Hermione sans grande conviction, et Harry ricana, désabusé. « Ou bien quelqu'un qui aimerait que tu sois blessé au cours de l'une des épreuves du Tournoi. Même en admettant que quelqu'un aurait voulu te rendre service en te propulsant à la place de champion, je suis presque sûre que la ligne délimitant l'âge n'aurait pas pu permettre à ta candidature d'être acceptée par la Coupe. Cela demande un minimum de compétences et de puissance magique ».
« Tu crois que quelqu'un aurait pu s'introduire dans le château cette nuit pour le faire, voire en bénéficiant d'une aide à l'intérieure ? » s'enquit Ron en se balançant sur sa chaise.
« Peut-être même que celui qui a fait ça est une personne déjà au sein de l'école. L'une ou l'autre possibilité me paraissent terrifiantes ».
« Une personne qui me détesterait à ce point... » murmura Harry, et Hermione sembla capter ses pensées.
« Si tu penses à Malfoy ça n'a aucun sens, comme nous il est trop jeune pour brouiller une coupe ancestrale dotée d'un tel mécanisme. Et puis il était l'un des premiers supporters pour le choix d'un champion issu de Serpentard. J'espère que tu ne penses pas non plus au professeur Snape ».
Harry ne répondit pas, échangeant un regard entendu avec Ron. Ils avaient déjà soupçonné Snape des pires méfaits les années précédentes, et le fait qu'il lui ait sauvé la peau deux fois en l'espace d'un été ne suffisait pas totalement à dissiper les doutes. Même si... même s'il avait pris sa défense devant Karkaroff et Mme Maxime. Snape pouvait très bien jouer un double-jeu d'un côté en agissant sur ordre de Dumbledore - bien qu'il prétende le contraire, et de l'autre côté en se débrouillant pour se débarrasser de lui. Mais il ne croyait pas que Snape ait mis son nom dans la Coupe, il en avait l'intuition.
Hermione s'éclaircit la voix, s'efforçant d'avoir l'air un peu plus enjouée que les garçons :
« Bien, je vous propose qu'on établisse un plan d'attaque pour aborder cette première tâche avec sérénité ».
Harry partit dans un rire sans joie.
« Hermione, comment est-ce que je suis censé me préparer à une épreuve dont j'ignore tous les enjeux, et surtout quand je n'ai même pas l'âge requis pour concourir ? Je ferais tout aussi bien d'aller provoquer un hippogriffe en duel ».
« Pas de défaitisme ! Il faut se renseigner sur les éventuels animaux sauvages que tu pourrais affronter, sans oublier les sortilèges de première nécessité. Nous n'avons aucune information sur la première tâche, alors il faut voir le plus large possible et espérer que ça passe le jour venu ».
« Je ne suis pas d'accord » tempéra Ron. « C'est comme si tu jouais au Quidditch sans lunettes et dans un brouillard épais. Tu sais que pour gagner tu dois marquer ou attraper le Vif d'Or, mais tu auras beau voler à l'aveuglette, si tu ne sais pas où tu te situes sur le terrain, où sont les buts adverses, où sont les gradins, où sont les autres joueurs et à quelle hauteur tu es ; alors ça rend impossible tout entraînement car tes efforts seront perdus d'avance. Il faut un minimum d'informations pour pouvoir te positionner et ne pas te préparer dans le vide ».
Hermione plongea sa plume dans l'encrier et commença à écrire :
« Je n'y trouve rien à redire sauf que... où veux-tu trouver les informations ? Les professeurs et le personnel n'ont pas le droit de donner d'indices aux champions ni à personne, encore que je ne suis même pas sûre qu'ils soient eux-même véritablement au courant de ce qu'il y aura à la première tâche. Je pense que seuls les organisateurs, les agents du Ministère ainsi que ceux qui vont encadrer l'épreuve savent réellement ce qu'il en est ».
« Ça fait déjà pas mal de gens. Ce ne sont pas quelques secrets de polichinelles qui vous nous faire peur ».
« Ron, il s'agit du Tournoi des Trois Sorciers, pas d'une partie de belette explosive entre amis ! On ne peut pas tricher comme ça ».
« Bataille explosive. Toi qui t'es si bien renseignée sur l'histoire de ce Tournoi, tu n'as rien lu à propos de la triche des champions ? ».
Ron avait visé juste car Hermione parut plutôt embarrassée.
« Justement, il y a souvent eu des soupçons de triche lors des compétitions, mais rares sont ceux qui ont été pris sur le fait. Mais s'ils trichent, ils risquent l'exclusion du Tournoi, sans parler du fait que ça me paraît un peu malhonnête par rapport aux autres champions ». Ron eut un rire moqueur.
« Parce que tu crois que les autres vont se priver ? Tu as vu comment se comporte le directeur de Durmstrang ? Je suis prêt à parier qu'il fait tout pour avoir la plus petite information sur la première tâche pour aider Krum. Diggory et la championne de Beauxbâtons le feront aussi, c'est quasi sûr ! »
« Harry, ce n'est pas parce que tu n'as aucun indice qu'il ne faut rien faire. Même si ça semble perdu d'avance, on ne sait jamais, peut-être que ce que tu auras lu ou appris d'ici là te sera d'une quelconque aide. Sur un malentendu, ça peut marcher ».
« Oui, sur un malentendu... » fit Harry avec un sourire ironique.
Ils se séparèrent sur ce constat peu encourageant, chacun arpentant les rayons, et se retrouvèrent plus tard, les bras chargés de livres qu'ils déversèrent en vrac sur la longue table, attirant les regards intrigués de leurs voisins.
« J'ai découvert toute une rangée d'étagère intitulée "Comment réagir en cas d'attaque de bêtes sauvages" » soupira Hermione. « J'ai donc tout pris ».
« Evidemment... Hermione, tu te rends compte du temps qu'il va me falloir pour assimiler tout ça ? » Harry s'affala sur une chaise grinçante avec désespoir. « Surtout que je ne sais même pas si l'animal que j'aurai en face de moi est traité dans ces ouvrages, ni si ce sera un animal d'ailleurs ».
« On fera le tri, bien sûr. Et on sait que les animaux reviennent invariablement lors des tournois, alors autant essayer d'en savoir un peu plus ».
Malgré leur entêtement et toute leur bonne volonté, ils durent bien se rendre à l'évidence quand l'après-midi se fut écoulée : le nombre de livres à parcourir était nettement dissuasif, et ils ne retenaient pas ce qu'ils lisaient, même Hermione réalisait au fur et à mesure que ça ne servait rien d'apprendre sans se fixer d'objectif précis de compréhension, que parcourir un chapitre lui expliquant comment gérer l'attaque d'un inoffensif tatou puis le chapitre suivant traitant de la conduite à tenir en cas de face à face avec un Cerbère, ne lui était en rien fructueux. Et elle en mettait ses deux mains au feu que jamais les organisateurs n'iraient jusqu'à faire venir Cerbère face aux champions. Sauf à ce qu'ils aient retrouvé Touffu mais...
« C'est inutile » lâcha finalement Harry, mettant un terme à ses pensées délirantes. « Ça ne sert à rien, le champ des possibilités est trop vaste, on perd notre temps ».
« On peut toujours continuer, qui sait... » fit Hermione, soucieuse. Les cheveux ébouriffés, elle mordillait nerveusement une plume à l'encre depuis trop longtemps desséchée. Ron eut un long soupir d'ennui. Harry se repoussa sur sa chaise, s'étirant.
« Je suppose que c'est là tout l'intérêt de la première tâche. Nous laisser dans l'incertitude jusqu'au tout dernier moment afin de tester notre réactivité face à l'adversité. A moins de subtiliser la mallette de M. Croupton ou d'entrer par effraction dans le bureau de Dumbledore pour avoir un début d'indice, je ne vois pas comment on pourrait obtenir des informations... Comment s'appelle cet animal monstrueux dont tu nous as parlé, qui s'est échappé pour tuer plusieurs personnes et qui a suspendu les organisations du Tournoi des Trois Sorciers déjà ? Un Cocatris ? Tu crois qu'ils vont nous demander de combattre des bêtes de ce genre ? ».
« Ça ne m'étonnerait même pas » grogna Ron.
Immédiatement, Harry se mit à recenser en son for intérieur les animaux fantastiques dangereux qu'il connaissait et qu'il était susceptible d'affronter. Cela lui glaça les entrailles.
« Je suppose que puisque j'ai déjà tué un Basilic avec une épée, je peux gérer n'importe quelle bête féroce » plaisanta-t-il avec un soupçon de désespoir. « La différence, c'est que Fumseck et le Choixpeau magique étaient là pour m'aider, tandis que le 31 octobre je serai seul dans l'arène ».
« Ne lançons pas trop hâtivement les pronostics » fit Hermione dans un sourire forcé. « Si ça se trouve, il n'y aura même pas d'animal. D'ailleurs à propos d'animal sauvage, j'ai pu en savoir plus sur les loups qui ont attaqué Harry après la Coupe du Monde de Quiddich ».
Aussitôt intéressé par le changement de sujet, Harry se redressa sur la table tandis qu'elle feuilletait un ouvrage à la couverture bleu marine.
« Le professeur Lupin n'a pas su m'éclairer quand je lui ai demandé des informations, alors j'ai fait quelques recherches la semaine dernière avec Mme Pince. J'ai oublié de vous en parler avec cette histoire de de Coupe de Feu mais j'ai fini par trouver une réponse qui pourrait nous intéresser ».
« Dis-nous tout » fit Ron, trop heureux de mettre un terme à des heures d'études.
« Je me suis basée sur la vague description donnée par Harry, que j'ai comparée à la forme de loup-garou prise par le professeur Lupin lors de sa transformation, ainsi que par l'échine dorsale. J'ai pu réduire une liste d'espèces de loups avant de procéder par élimination. Ceux qui vous ont pistés sont une race de loups-garous sans en être au sens traditionnel du terme comme Lupin puisque leur morsure ne te transforme pas en l'un d'entre eux. Je pense qu'il peut s'agir de Lycaons argentés, typiquement reconnaissables par la toison argentée et cuirassée qu'ils arborent. Regardez, il y a même une illustration ».
Sur la page concernée, le dessin esquissé faisait froid dans le dos. La bête avait des membres fins et déliés d'aspect vigoureux, avec des pattes puissantes et dotées de griffes acérées. Représentée au clair de lune dans un sous-bois, elle faisait montre d'un réalisme qui donna la chair de poule à Harry.
« S'il n'y avait pas son dos argenté, je ne l'aurait pas reconnu, on n'y voyait presque rien dans la forêt en pleine nuit. Mais... je crois qu'ils avaient à peu près la même allure que celui-ci ».
« Je n'ose même pas imaginer ce qu'il se serait passé si le professeur Snape ne t'avais pas retrouvé à temps... Le résumé dit que les Lycaons argentés ont la particularité de pouvoir être contrôlés par certains sorciers, à défaut d'être domptés ».
« Dompter un loup fou furieux, on se demande comment ils font » marmonna Ron d'un air sombre.
« Justement Ron, ce n'est pas n'importe quel sorcier ordinaire qui peut gérer et dominer le comportement des Lycaons argentés. La relation qui lie ce type de loup à son maître est fondée sur de la Magie noire... Leur présence dans cette forêt ne devait rien au hasard ».
Les épaules soudain tendues, Harry ne répondit pas et dirigea ses yeux émeraudes vers la nuit qui tombait derrière les fenêtre de la Bibliothèque, bien conscient des regards inquiets de ses amis sur son visage.
ooOOoo
Les jours passèrent, la tension et l'angoisse tissant leur toile autour de Harry.
Lentement mais sûrement, comme une araignée ferrant sa proie. Et chaque jour, les slogans moqueurs les plus tenaces ajoutaient une couche supplémentaire à la colère blanche qui couvait à la surface…
Poudlard se divisait en trois camps.
Il y avait chez Gryffondor une faction d'étudiants enchantés que l'un des leurs ait été désigné champion, important peu qu'il soit trop jeune et qu'il n'aurait jamais dû participer, ni que sa vie soit davantage mise en danger du fait de son âge. La plupart enviait son prétendu coup de maître pour avoir réussi à tromper le génie de Dumbledore. Il y avait ensuite, toutes maisons confondues, des élèves qui, sans que l'on ne sache réellement s'ils approuvaient ou non la candidature de Harry, se montraient neutres. Quant à la catégorie la plus pénible, elle regroupait sans conteste les étudiants des quatre maisons ayant vu leur candidature évincée, les fans déçus, et ceux qui l'accusaient d'avoir triché, d'être déloyal, d'avoir volé la vedette au ténébreux et séduisant Cédric qui n'en finissait pas, lui, de susciter les émerveillements.
Sans compter ceux qui n'avaient besoin que de ce prétexte pour former la ligue anti-Harry...
Une partie des Serpentards se prêtaient sûrement à l'exercice plus par principe que réelle jalousie, tentait de se convaincre Harry. Eux qui auraient largement préféré qu'un vert et argent soit champion se consolaient du choix d'un Poufsouffle et en profitaient pour lui rendre la vie infernale en cours communs.
Notamment en Potions dans le dos de Snape, qui se gardait bien d'intervenir... Salaud.
Harry se faisait violence pour rester impassible et ne pas montrer que ça l'affectait, se faisait violence pour ne pas céder à une pulsion destructrice et ignorer le sang qui bouillait de rage dans ses veines.
Alors qu'il sortait un matin du cours d'Histoire de la Magie, où le vieux Binns leur avait conté de sa voix monocorde un combat dantesque entre trolls et gobelins aussi exaltant qu'une course d'escargots, Harry fut alpagué près des cachots par un Poufsouffle plus âgé que lui qui lui lança une sempiternelle pique insultante devant un parterre de spectateurs amusés. Une bouffée de colère emplit son cerveau, et il vit rouge.
« Ils veulent rire ? On va rire » gronda-t-il en s'approchant du groupe.
« Harry, il faut qu'on aille en Potions... » hésita Ron.
« Ron, tu ne vas pas me faire croire que tu es pressé d'aller en Potions » fit Harry. « Vous n'avez rien de mieux à faire les idiots ? Vous acheter des neurones, par exemple ? ».
Ces crétins payeraient pour tous les autres s'ils ne s'excusaient pas sur-le-champ.
Les rires cessèrent aussitôt, les sourires narquois s'effacèrent.
« Est-ce que tu viens de nous traiter d'idiots ? » fit le Poufsouffle à l'origine de la blague.
« C'est exactement ce que je viens de dire. Qu'est-ce que tu comptes faire ? ». Les cinq garçons devant lui commencèrent à se faire menaçants, n'ayant plus du tout envie de rire.
« Laisse tomber, Harry ».
Ron posa une main impérieuse sur son épaule, observant les étudiants d'un air mauvais. Il aurait été plus sage de l'écouter compte tenu de l'insuffisance numérique dans laquelle ils se trouvaient.
« Je n'ai pas mis mon nom dans la Coupe de Feu, rentre-toi bien ça dans ton crâne épais ».
« Je pense plutôt que tu es un tricheur en plus d'être un menteur » rétorqua l'autre étudiant, qui semblait être le chef de la petite bande. Il s'approcha et vint toiser Harry, un air hostile sur le visage. « Le seul et le vrai champion légitime digne de représenter Poudlard, c'est Diggory. Toi, tu ne peux pas t'empêcher de venir lui faire de l'ombre en t'appropriant sa gloire. Tu t'attendais à quoi ? A ce qu'on te fasse des révérences à chacun de tes pas ? Tu n'es qu'un usurpateur, Potter, rien d'autre ! Un foutu usurpateur ! ».
Et, l'étudiant qui faisait une tête de plus que lui fit bouger le badge brillant accroché à sa poitrine. L'inscription POTTER LE TRICHEUR y apparut.
Harry regarda le garçon droit dans les yeux, serrant les poings, sentant le sang bouillir dans ses veines. Quelqu'un allait payer pour les moqueries qu'il avait subies !
« Retire immédiatement ce badge » ordonna-t-il sur un ton agressif.
« Sinon quoi ? » persifla l'autre avec défiance.
« Ou je te le fait avaler de force ».
Le Poufsouffle ricana et le repoussa en arrière, le faisant reculer d'un pas.
« Vraiment, tu m'impressionnes, Potter ».
Oh, ce n'était pas grand chose. Une petite bousculade, tout au plus. Une provocation de cour de récréation, ni plus ni moins. Mais certainement la provocation de trop. Furieux, Harry attrapa le garçon par le col de sa veste avant de le pousser violemment à son tour contre ses amis, le faisant trébucher.
« Harry » le prévint Ron plus loin, tandis que les autres élèves les regardaient avec un vif intérêt. « Harry, les profs arrivent ».
Mais il n'y prêta pas la moindre attention. Dépité, le Poufsouffle dégaina sa baguette magique de sa cape qu'il pointa droit sur lui, prêt à en découdre. Autour d'eux, les élèves commencèrent à s'exciter.
« Qu'est-ce qu'il y a ? Tu veux te battre ? » lança Harry avec bravade en se délestant de son sac de cours. « Viens, espèce de minable ! ».
« Mauvaise idée, Harry ! » s'exclama Ron.
Le Poufsouffle agita sa baguette dans sa direction sans formuler de sortilège et Harry ressentit soudain une vive douleur de brûlure au cou. Sans attendre que le sixième année lui inflige un second maléfice cuisant, il ignora les invectives de ses camarades et se jeta sur son adversaire.
Sous les exclamations enthousiastes des spectateurs, ils chutèrent et roulèrent au sol. Harry jeta la baguette du garçon qui roula plus loin et essaya de prendre le dessus en le coinçant. Il reçut plusieurs coups au ventre et au visage qu'il ne put éviter pendant qu'il s'échinait à maîtriser son adversaire. Il entendit vaguement des voix de professeurs retentir au loin, mais n'y accorda guère d'intérêt.
Tout ce qu'il voulait c'était... frapper.
Les amis du sixième année se mirent alors en tête de lui venir en aide et donnèrent de violent coups de pieds à Harry, déséquilibrant ainsi nettement la bagarre. En Gryffondor loyal et déterminé, Ron tenta vainement de s'interposer mais les autres le rejetèrent hors du groupe sans ménagement.
Un coup vint lui provoquer une douleur déchirante au niveau des côtes. Harry se releva et, sans même réfléchir à ce qu'il faisait, envoya un crochet à l'un de ceux qui le frappait alors qu'il était à terre.
« Belle droite, Potter » entendit-t-il un Serpentard appréciateur dans le petit cercle qui s'était formé autour d'eux.
Le garçon, plus costaud que lui, laissa échapper un gémissement de douleur en se tenant le ventre, ainsi qu'un chapelet d'injures.
« POTTER ! CRAWLEY ! » rugit soudain une voix de stentor qui résonna dans le tout le hall.
Snape paraissait véritablement furieux. A ses côtés, les professeurs Chourave et Flitwick ne l'étaient pas moins.
Leur arrivée refroidit aussitôt les ardeurs des élèves. Pas celles des bagarreurs.
Le dénommé Crawley exécuta une roulade pour récupérer sa baguette et visa Harry.
« Expulso ! »
Soulevé dans les airs, Harry alla s'écraser sans douceur sur le sol où il roula plusieurs fois sur lui-même. Le goût métallique du sang envahit sa bouche lorsqu'il se mordit les lèvres à l'intérieur. Sans se relever, il saisit sa propre baguette dans son manteau et la braqua à la vitesse de l'éclair sur le Poufsouffle, sans prêter garde à Snape qui s'avançait vers lui d'un pas impérieux.
« Non, Potter ! ».
« Expelliarm... ! ».
Sa formule fut brisée net par Snape, et sa baguette s'envola pour se retrouver dans la main du Professeur.
« Assez ! » tonna le Serpentard, et les spectateurs s'écartèrent prudemment sur son passage. « Debout, vous deux ! Vous êtes dans une école ici, pas dans un cirque ! Êtes-vous incapables d'agir en êtres civilisés ? ».
Furieux, il attrapa sans douceur Harry par le bras, le remit sur pieds et ancra son regard noir dans les prunelles vertes et étincelantes de colère.
« Par Morgane, mais où donc vous croyez-vous, Potter ? » siffla-t-il, ses yeux lançant des éclairs. « Dans une arène de gladiateurs ? ».
« Demandez-lui ! » répliqua le garçon en désignant le sixième année qui se redressait sous l'œil courroucé de sa directrice de maison.
« M. Crawley, votre comportement est tout bonnement ! » fustigea le professeur Chourave.
Malgré son ton scandalisé, Harry nota distinctement le regard suspicieux qu'elle lui adressa, comme si lui seul était responsable de ce désordre. Évidemment ! Évidemment qu'elle allait défendre un étudiant de sa propre maison, de surcroît quand son adversaire était celui qui avait volé la place de son champion. Harry mit une main sur son flanc, tentant d'ignorer la douleur aiguë. Il n'avait pas reparlé en tête à tête à Snape depuis la rentrée quand il l'avait remercié de lui avoir sauvé la mise, et il s'en serait bien passé.
« Dans mon bureau, M. Potter » ordonna froidement le Professeur en lui rendant sa baguette. « Tout de suite ».
« Lâchez-moi ». Harry se dégagea de son étreinte et recula, le visage sombre.
« Je vous demande pardon, M. Potter ? ».
Le Serpentard venait d'utiliser la voix mortelle aux accents dangereux qui signifiait qu'il allait avoir des ennuis. De graves ennuis.
« Laissez-moi ! Vous tous, laissez-moi tranquille ! ».
Il allait sûrement passer un sale quart d'heure pour cet accès d'intrépidité... Quelle importance, au fond ? Il récupéra son sac, prenant toutefois soin de se tenir à une distance respectable de Snape.
« Potter ! Revenez immédiatement ! ».
Ignorant résolument les ordres du Professeur, il continua de marcher à grands pas, le sang battant à ses tempes. Il n'avait qu'une envie, c'était d'aller s'enfermer dans son dortoir, et s'y isoler pour avoir la paix et ne plus être confronté à la bêtise carabinée et contagieuse des gens qui persistaient à le croire coupable de tricherie. Ou mieux, récupérer son Éclair de Feu, rejoindre le terrain de Quidditch et s'envoler libre dans le ciel pour frapper des cognards à coups de battes jusqu'à mourir d'épuisement.
Malheureusement pour lui, Snape eut tôt fait de le rattraper, puisque son bras fut brusquement saisi et il se trouva face aux yeux noirs du Professeur.
« Quand je vous demande de vous arrêter, ce n'est pas une suggestion, vous obtempérez, M. Potter! » gronda-t-il. « Retenue ce soir dans mon bureau, je vous ferai passer l'envie de vous battre comme un vulgaire chiffonnier ».
Vulgaire chiffonnier ? Harry refusait d'en croire ses oreilles. Il fit des moulinets avec sa baguette, protestant avec véhémence.
« Et eux, alors ? Et lui ? Vous ne leur dites rien ?! ».
« Baissez votre baguette avant de procéder à la mise à mort malheureuse et accidentelle de l'un de vos camarades ». Les yeux lançant des éclairs, Harry obéit et fourra sa baguette dans le sac. « Et adressez-vous à moi sur un autre ton avant que je ne décide de vous infliger des retenues supplémentaires. Quant à vous, jeunes gens » lança-t-il aux étudiants qui s'étaient agglutinés non loin d'eux, assistant à la scène avec une curiosité avide, « N'avez-vous rien de mieux à faire, comme travailler vos cours par exemple ? Nombre d'entre vous en auraient bien besoin ! A moins que vous ne souhaitiez les rejoindre en retenue et laver à main nue les cachots les plus reculés du château ! ».
Les concernés sursautèrent au ténor autoritariste de leur Maître des Potions et s'empressèrent de fuir les lieux avant qu'il n'ait la regrettable idée de mettre ses menaces à exécution. Le Professeur riva son regard sur Harry :
« Je ne doute pas que le professeur Chourave saura sanctionner comme il se doit l'écart de conduite de M. Crawley et sa petite bande, et je m'assurerai personnellement qu'ils le soient. Vous concernant, je devrais vous emmener chez le professeur McGonagall afin qu'elle décide de votre sort, or il s'avère que la directrice adjointe est absente aujourd'hui, en conséquence de quoi il appartient à n'importe quel professeur de prendre les mesures qu'il se doit en cas d'attitude inqualifiable de la part des étudiants. Étant le premier à être arrivé sur les lieux, vous relevez de ma compétence, M. Potter. Que diable vous est-il passé par la tête ? Vous croyez-vous dans un zoo pour vous offrir en spectacle de la sorte à vos camarades ? ».
« J'en avais assez de leurs provocations, ça a été la goutte de trop ! J'ai craqué ».
« Je me demande pourquoi je vous pose la question, après tout c'est une réaction typique de celle qu'on attend d'un Gryffondor. Apprenez à vous contrôler, par Merlin ! ».
« J'en ai marre de subir leurs remarques sans jamais avoir l'opportunité de me défendre. Tant pis pour eux, ça leur servira d'exemple ! ».
Alors que Snape s'apprêtait à lui envoyer une remarque de son cru, il fut devancé par une voix mielleuse qui s'éleva dans son dos.
« Hé bien, Severus ? L'illustre champion et usurpateur en titre fait des siennes, à ce que je vois. Belle image de l'Académie de Poudlard ».
« Igor » fit le Professeur avec dédain sans même prendre la peine de tourner la tête.
Il relâcha Harry et pivota lentement pour faire face à Karkaroff. Le Slave était seul, mais plus loin derrière lui un groupe d'étudiants de Durmstrang discutait avec animation. Son regard était glacial.
« Si ton champion ne parvient même pas à dominer ses pulsions face aux affronts des autres, je n'ose imaginer ce qu'il en sera lorsque sera venue l'heure de la première tâche. Fais attention, il pourrait bien s'évanouir au premier coup de canon avant même d'entrer en scène ».
« Mon champion ? Potter n'est pas mon champion » rétorqua Snape sur un ton tout aussi polaire.
L'idée qu'il le soit était tout simplement à glousser de rire, songea Harry. Cintré dans son uniforme sombre aux armoiries de Durmstrang, Karkaroff se rapprocha et posa son regard méfiant sur lui, ses lèvres s'étirant en un sourire inquiétant.
« Tu aurais dû les laisser continuer à se battre, chez nous à Durmstrang nous organisons régulièrement des duels en conditions réelles en intérieur comme en extérieur, avec pour seule limite de ne pas tuer ou de ne pas blesser trop gravement. Cela renforce les compétences physiques et les capacités magiques de nos étudiants. Qui sait ce qu'ils pourraient affronter à l'avenir… ». Il laissa sa phrase en suspens, une lueur déplaisante brillant dans ses yeux.
« Contrairement à certaines pratiques, Poudlard ne permet pas les duels sauvages et non-encadrés. Nous avons un… ».
« Pourquoi ? Organiseriez-vous des duels encadrés ? » le coupa Karkaroff sur un ton tranquille.
« Cela est déjà arrivé » répliqua Snape, mécontent d'être interrompu de la sorte. « En des temps alors troublés ». Nul doute qu'il faisait référence aux temps où s'étaient manifestées les premières exactions du Basilic dans les couloirs de l'école.
« Nous vivons des temps troublés » accentua l'autre homme en croisant les doigts devant lui, et Snape ne semblait pas vouloir le contredire. « Le retour d'une préparation à des duels pourrait peut-être arriver bien plus rapidement que prévu. Mais au fait, n'avez-vous pas des cours de Défense ? ».
« Malheureusement pour moi et pour les étudiants de ce château, chaque professeur décide lui-même du contenu de son cours de Défense Contre les Forces du Mal. Tu l'auras remarqué, je ne suis pas en charge de ce cours, auquel cas j'aurais tôt fait d'instaurer les séances de duels. Mais ne te méprends pas Igor, Albus Dumbledore n'autoriserait pas que des blessures sérieuses soient infligées à ses élèves ».
« Question de culture, je présume » en conclut Karkaroff sur un ton velouté.
« Ou d'intelligence » suggéra Snape, puis une expression perfide éclaira son visage. « A propos de cours de Défense, j'ai ouïe dire que Fol Œil était redoutablement efficace dans sa manière d'enseigner, en dépit de ses méthodes particulières. Oh, mais pardonne-moi… tu devais déjà le savoir, non ? ».
Il obtint la satisfaction de voir le sourire de Karkaroff se faner. Décontenancé, ne comprenant pas l'allusion, Harry l'écouta répondre dans une grimace effrayante :
« C'est fourbe, même venant de toi ».
« Si tu ne veux rien entendre de désobligeant, songe donc à réfléchir avant de parler ».
« Cela aurait pu t'arriver à toi ».
Un sourire énigmatique se dessina soudain chez Snape, et en une fraction de seconde il relevait le menton avec arrogance.
« Je ne crois pas, non » répondit-il, condescendant. « C'est justement ce qui me distingue fondamentalement de toi, Igor ».
Vu la tête qu'arborait le directeur Durmstrang, l'on eut dit qu'il venait d'avaler un tonneau entier de Véracrasses défraîchies. Les yeux obsidiennes de Snape luisaient de triomphe. Sans dire un mot, Karkaroff les salua avec raideur et fit volte-face pour rejoindre ses étudiants, la mâchoire violemment contractée.
Le Maître des Potions quant à lui se tourna vers Harry, visiblement ravi de son petit effet : « Je vous attends dans mon bureau, ce soir après vos cours. Ne vous avisez pas d'être en retard ».
ooOOoo
Enfermé avec cet imbécile de Poufsouffle dans les cachots sous la surveillance de Snape, Harry lavait, triait et écaillait des œufs de Boullu.
La tâche était particulièrement fastidieuse. Les œufs, fragiles, gluants et froids, semblaient déterminés à ne pas finir dans les petits tonneaux où ils étaient pourtant irrémédiablement destinés. C'était assez répugnant et ça dégageait une odeur de merlu en décomposition avancée, ce dont le Maître des Potions était tout à fait conscient puisqu'il avait pris grand soin de se tenir le plus éloigné possible des deux fauteurs de troubles, relégués au fond de la salle de classe comme des manants.
Aussi démesurée soit la distance qui le séparait de son acariâtre professeur, il pouvait ressentir son regard inquisiteur sur sa nuque. De toute évidence, l'homme n'avait guère apprécié la soudaine bagarre qui avait éclaté en plein couloir, et particulièrement sous les yeux de quelques membres de la délégation de Durmstrang. Mais Harry avait plutôt le sentiment qu'il avait un compte personnel à régler avec Karkaroff. Clairement, ces deux-là se connaissaient et ne s'appréciaient pas.
Y avait-il quelqu'un que Snape appréciait, de toute façon ?
Lorsque la retenue fut terminée, sans avoir adressé une seule fois la parole à Crawley de la soirée, le Gryffondor quitta les cachots, les mains poisseuses et les manches enduites d'une espèce de bave d'œuf peu agréable.
Il se mit en route seul vers la Bibliothèque, fatigué d'avance. En tant que champion, il avait une autorisation spéciale pour étudier à la Bibliothèque jusqu'à 23 h. En temps normal, et pour les étudiants les plus tardifs, elle fermait à 21 h, puis le professeur qui faisait sa ronde dans les alentours était ensuite chargé de procéder à la fermeture. Il n'avait jusqu'alors guère usé de cette autorisation spéciale, mais il avait prévenu la bibliothécaire qu'il serait là ce soir. La première tâche approchait à grands pas, il ne restait que très peu de temps et il devrait bien commencer par étudier, au moins survoler quelques livres sur les animaux magiques... Même s'il ne savait pas ce qu'il allait affronter, peut-être qu'étudier au hasard se révélerait utile...
« Il est 21h15 » l'accueillit Mme Pince, de mauvaise humeur. « Vous êtes en retard ».
« Désolé » répondit Harry. « Je reviens de retenue ».
« Miss Granger a laissé ceci pour vous », elle désigna une boite enveloppée d'une serviette. « Vous serez seul ce soir, normalement il y aurait dû y avoir Miss Delacour mais elle a annulé au dernier moment. Ne mettez aucun désordre, et si vous voyez quelqu'un de suspect s'introduire ici illégalement, avertissez-en immédiatement un professeur. Suis-je bien claire ? ». Elle plissa ses yeux de vautours, soupçonneuse.
« Ne vous inquiétez pas, je me contenterai simplement de lire ».
« C'est ça ».
Elle était manifestement réticente à l'idée de le laisser seul à la Bibliothèque. Harry se retint de lever les yeux aux ciel. Il ne comptait pas en profiter pour saccager les rayons ni sauter de table en table. Il s'installa à une table en bois vernis dans la noble et ancienne bibliothèque, et commença à étudier en silence.
La pile de livres qu'il attaqua traitait des créatures des bois. Mais il feuilletait plus qu'il ne lisait. Apprendre à se défendre contre un Korrigan ne lui serait d'aucune utilité, il en était sûr. Il bailla plusieurs fois et finit par poser la tête dans son coude et tourner les pages avec lenteur. Son regard glissait sur les mots mais ne s'y accrochait pas.
Il abandonna l'ouvrage pour s'atteler à un autre.
Pour se donner du courage, et surtout pour rester éveillé, il trempa sa plume dans un pot d'encre et entreprit de prendre quelques notes sur les sortilèges.
Des sortilèges dont il était certain qu'il les aurait oubliés le lendemain...
Quand s'endormit-il ? Il ne s'en souvint pas.
La somnolence qui le guettait eut finalement raison de lui et ses paupières se fermèrent sans lutter.
Ce fut un léger bruit de verre qui le réveilla quelques temps après. Étourdi, il réalisa avec agacement qu'il avait renversé une partie de son pot d'encre. Sa montre l'avertit qu'il approchait la fin de l'autorisation spéciale de la Bibliothèque. Il avait dormi tout ce temps ! Las, il soupira et s'adossa contre sa chaise, le regard perdu.
La Bibliothèque était plongée dans les ténèbres, seule sa propre lampe orangée faisant figure de lueur d'espoir. Ses yeux se promenèrent sur les rayonnages, parcourant la pénombre silencieuse. Puis il soupira derechef et se tourna pour ranger ses affaires.
C'est alors qu'il le vit.
Déséquilibré par la surprise, il en tomba de sa chaise. Le bruit troubla le profond silence dans lequel baignait la Bibliothèque. Tomber réveilla les hématomes récoltés dans sa bagarre avec les Poufsouffles.
« Encore vous ! » lâcha-t-il en retenant un grognement de douleur.
Bien dissimulé dans l'obscurité près de son étagère, tout de noir vêtu, se tenait le Maître des Potions. L'avait-il suivi depuis sa retenue ? L'idée était dérangeante.
« Toujours moi » rétorqua paisiblement l'homme.
Un sourire moqueur se dessinait sur son visage, à croire que ça l'amusait de faire une peur bleue aux gens. Ce devait être drôle, Harry n'en doutait pas une seconde. Luttant contre le ridicule qui lui montait aux joues, il s'efforça de retrouver une contenance en réordonnant ses affaires.
« Vous devriez être plus attentif à votre environnement M. Potter, n'importe qui pourrait vous surprendre dans la pénombre et vous attaquer. Heureusement pour vous, je n'ai aucune intention… malveillante ». Son sourire narquois s'étira davantage, et Harry eut bien du mal à le croire.
« Malheureusement pour vous, vous voulez dire » répondit-il avec désinvolture.
« Surveillez votre ton insolent, ou je pourrais malencontreusement décider de vous mettre encore une retenue pour cela. Ceci dit, ce ne serait pas réellement une perte de temps si on considère que l'énergie que vous déployez en allant à la Bibliothèque se résume à dormir sur la table ».
« J'étais fatigué, Professeur » rétorqua sèchement le garçon, moins aimable tout d'un coup.
Il n'était pas d'humeur à subir des sarcasmes ce soir. Snape dépassa la rangée de livres endormis, effleurant doucement les reliures du bout de ses doigts avant de se tourner vers Harry.
« Vous vous éparpillez dans vos recherches. On n'exige pas d'un candidat à la première tâche du Tournoi qu'il s'obstine à brasser en long et en large la Bibliothèque en espérant réussir sur une épreuve dont il ne sait rien ».
« On ne sait jamais. Sur un malentendu, ça peut toujours marcher » fit Harry avec la même froideur, reprenant la remarque de Hermione.
« Vous êtes bien optimiste ».
« J'optimise mes chances inexistantes, oui ». Severus haussa un sourcil.
Le garçon rangeait ses affaires et ordonnait la pile d'ouvrages dans des gestes tendus. Il en glissa quelques uns dans son sac et remit les autres sur l'étagère avec une certaine brusquerie, arrachant de vagues plaintes aux livres voisins, réveillés dans leur sommeil. Ils poussèrent de légers bêlements plaintifs avant de se rendormir paisiblement. Potter les fusilla du regard.
Aussi étrange que cela puisse paraître certains livres étaient vivants. Ils n'avaient pas une conscience extrêmement développée, ils étaient moins perspicaces que la plus niaise des plantes, mais ils étaient étrangement vivants. Pas de quoi en faire un livre de compagnie au même titre qu'un crapaud ou qu'un hibou toutefois, regrettait d'ailleurs Severus. Mais tout de même. Il lui arrivait, lorsqu'il parcourait les allées de la Bibliothèque durant ses rondes de nuit, de les réveiller en marchant sur un plancher trop craquelé. L'on pouvait alors entendre leurs murmures protestataires, sortes de complaintes oubliées. C'était tout à fait déstabilisant pour quiconque n'y avait jamais été confronté.
La voix de Potter le tira de ses pensées :
« Bonne nuit, Professeur ».
« Pas si vite M. Potter. Nous n'en avons pas terminé ». Il soutint le regard vert émeraude et méfiant du Gryffondor à la lueur ambrée de la lampe. « Face à l'inconnu, il convient de se montrer pertinent dans son choix de stratégie. Vous devez restreindre votre cercle de recherches ».
« Que savez-vous de mes recherches ? » demanda Harry avec suspicion.
« Je le sais, c'est tout » répondit le Maître des Potions. Inutile d'avouer à Potter qu'il l'espionnait plus que de raison...
« La plupart du temps, la première épreuve du Tournoi des Trois Sorciers met en scène des animaux fantastiques. Voici mon cercle de recherches. Je ne peux pas faire plus précis pour l'instant ».
« Si, vous pouvez le faire. Vous pouvez déjà éliminer tous les animaux sans réel danger ou insuffisamment impressionnants. Les organisateurs ont prévu du spectaculaire pour ébahir le public et pour rendre l'événement grandiose. Il n'y a aucune chance pour que vous vous retrouviez à combattre un vulgaire Pitiponk des marais ».
Amusant, songea Harry en se retenant de lever les yeux au ciel. Combien de fois allait-il lui rappeler cette si désopilante mésaventure ?
« Je ne suis pas stupide. J'ai naturellement éliminé les créatures inoffensives ».
« Je n'ai pas dit qu'un Pitiponk était inoffensif, je dis simplement que ce n'est pas assez original pour une compétition d'une telle ampleur. Vous seriez surpris de la méchanceté dont sont capables ces êtres mauvais. Ce ne sont pas de gentilles et braves bêtes comme des Veaudelunes, ce sont des lutins cruels et assoiffés de sang. Votre rencontre dans cette forêt la dernière fois aurait pu tourner au désastre si vous n'aviez pas vite réagi ».
« Un Veaudelune » répéta Harry, persuadé que Snape se moquait de lui.
Mais l'homme paraissait très sérieux. Il supposa qu'il devait s'agir là d'un de ces animaux aussi improbable que fantastique. Au moins savait-il que c'était fréquentable et qu'il n'aurait pas à s'inquiéter de sa propre sécurité lors d'une rencontre avec un Veaudelune. Encore fallait-il qu'il sache quelle allure ça avait.
« Vous devez apprendre M. Potter, que la défense et l'attaque contre des créatures magiques spécifiques varient énormément d'un être à l'autre, et que lire toutes les caractéristiques qui se rattachent à chacune d'entre elles est peine perdue. Vous pouvez d'ores et déjà abandonner les livres à ce sujet. Vous pouvez en revanche choisir de vous orienter vers des mécanismes d'attaque élémentaires, tellement généraux qu'ils vous permettront de vous assurer une sécurité minimale, à défaut de ne rien connaître ».
Snape s'avança lentement vers lui.
« Vous n'avez cependant plus le luxe d'étendre vos recherches, la première tâche est dans moins d'une semaine. Je vous conseille de vous concentrer sur deux sortilèges généraux qui vous permettrons à la fois de vous défendre et d'attaquer : le sortilège de Découpe que vous avez déjà vu en action et le sortilège d'Explosion, ayant pour formules respectives Diffindo et Bombarda. Passez les derniers temps libres qu'il vous reste à vous entraîner avec Miss Granger et M. Weasley, demandez au professeur Flitwick de vous prêter une salle vide pour vous exercer sur des objets. Les deux sortilèges sont à la portée d'un quatrième année, vous devriez pouvoir les maîtriser sans trop de difficulté ».
Harry fronça les sourcils. Est-ce qu'il rêvait ou bien Snape en personne venait de lui donner des conseils pour la première tâche ? Est-ce qu'il rêvait ou bien Snape n'avait pas remis en cause sa capacité à apprendre deux sortilèges ? Tout à fait inhabituel.
« Vous savez ce que je devrai affronter ? ».
« Non » répondit le directeur de Serpentard. Était-ce du regret que Harry crut deviner dans sa voix ? Les yeux sombres de son professeur étaient impénétrables.
Ce n'était pas faute d'avoir essayé de deviner ce que le garçon devrait affronter, songea Severus avec colère.
Croisant le regard vert et méfiant posé sur lui pendant qu'il s'approchait pour lui dispenser des conseils, il se jura de retrouver celui qui avait mis le nom de Potter dans cette damnée Coupe de Feu.
Cette fois-ci, y avait-il seulement une chance que le fils de Lily s'en sorte vivant ?
