Précédemment...
Furieux que le garçon se soit rendu à Pré-au-Lard sans autorisation, courant ainsi un risque compte tenu de la situation, Severus passe un savon à Harry qui sort sa baguette pour le tenir en joue, de peur d'être frappé...
Bonne lecture !
Le Serment à la Nuit : Chapitre XI
Sursis
Le sang battant à ses oreilles, Harry arpenta le couloir d'un pas rapide. Parcouru de tremblements, il dut se faire violence pour ne pas tourner la tête par-dessus son épaule. Après l'éclat de colère de Snape lorsqu'il lui avait mis la main dessus, il était assez stupéfait que l'homme ne l'ait pas frappé, et il avait encore du mal à croire qu'il l'ait laissé partir indemne. Pour être tout à fait honnête, il ne serait même pas surpris que l'homme l'attaque par derrière. Résistant tout d'abord à l'envie frénétique de saisir sa baguette, il céda finalement à son impulsion et fit volte-face, certain que Snape était lancé à ses trousses.
Il devait s'en assurer. Il devait savoir.
Évidemment, il n'y avait personne dans le couloir derrière lui. Il l'aurait entendu arriver. Non. Bien sûr que non. Snape savait faire preuve d'une discrétion redoutable lorsqu'il s'agissait de surprendre les gens au moment où ils s'y attendaient le moins. Était-il resté dans la salle de classe ? Était-il parti de l'autre côté ? Quelle importance, au fond ?
Il devait se calmer.
Fébrile, il regarda ses mains. Elles frémissaient. Et il aurait juré que s'il retroussait les manches de sa cape et de son pull, il verrait qu'il avait la chair de poule. Il plia et déplia ses doigts pour chasser les légers tremblements. Bon sang, mais quelle mouche l'avait piqué ? Il était tellement pris à ses réflexions qu'il lui fallut bien deux longues minutes pour réaliser qu'il fixait sans vraiment le voir le portrait de la Grosse Dame qui attendait avec un ennui prononcé qu'il se décide à lui délivrer le mot de passe. Les lèvres pincées, elle regardait sa théière posée sur un guéridon recouvert d'un napperon à fleurs. En bas du portrait gisaient les restes fumants de la tasse de thé. Elle était manifestement très contrariée de ne pas pouvoir déguster son thé à la menthe du soir, et le tenait pour personnellement responsable.
« Le mot de passe ? » lui demanda-t-elle avec aigreur pour la troisième fois.
« Dies irae » répondit-il.
« A qui le dîtes-vous ! ».
Détournant le menton d'un air vexé, elle fit pivoter son cadre et Harry s'engouffra dans la Tour.
Outre l'agitation typique d'un samedi soir, une atmosphère inhabituellement excitée régnait dans la salle commune de Gryffondor. A mettre sur le compte du meurtre perpétré à Pré-au-Lard : la sordide nouvelle n'avait de toute évidence pas tardé à se propager. Restant dans l'encadrement du couloir légèrement en retrait, Harry fouilla la salle du regard, à la recherche de Ron et Hermione. Ne les voyant pas, il soupira. Il était bon pour tenter une percée dans la foule.
Il remarqua alors que quelques étudiants un plus âgés l'observaient avec défiance. L'une des filles se tourna vers ses amis et leur chuchota quelque chose, le désignant du doigt. Une méfiance ostensible s'inscrivit sur leurs figures tandis qu'ils fronçaient les sourcils, inquisiteurs. Sans chercher à comprendre, il haussa les épaules et les délaissa pour s'enfoncer dans la foule, mais une voix le héla :
« Où est-ce que tu étais, Potter ? ».
Il se retourna vers le garçon qui venait de l'interpeller.
« Pourquoi ? ». Le petit groupe le dévisagea avec suspicion.
« Quasiment tout le monde est ici, et toi tu débarques d'on ne sait où ... D'où tu viens, exactement ? ».
« J'étais à la Bibliothèque » mentit spontanément Harry. « Il y a un problème avec ça ? ».
« A cette heure-ci ? » intervint sa voisine, une grande fille aux cheveux roux.
« Il n'est pas si tard. On est même plus libre d'aller tranquillement à la Bibliothèque, maintenant ? ».
« Tu n'étais pas à Pré-au-Lard ? » l'interrogea brusquement sa voisine, une grande fille aux cheveux roux.
Au vu de son air ouvertement soupçonneux, Harry acquis la certitude qu'elle cherchait à lui soutirer un aveu, pour une raison qu'il ignorait.
« J'étais à Pré-au-Lard cet après-midi, et j'ai fait un saut à la Bibliothèque en rentrant. Pourquoi ? ».
« Pour rien » répliqua le garçon qui l'avait apostrophé. « Viens » ajouta-t-il à l'intention de son amie en la tirant par la manche.
Celle-ci lui lança un dernier regard clairement méfiant et se détourna de lui. Le petit groupe s'éloigna, échangeant des murmures. Levant les yeux au ciel, Harry laissa faire et fendit la foule bruyante de la salle commune. Ce n'était pas la première fois qu'il devait subir ce genre d'attitude. Certains - euphémisme - se comportaient bizarrement en sa présence depuis la première tâche.
Lorsque son nom avait surgit de la Coupe de Feu, les remarques désobligeantes et les accusations avaient commencé. Elles s'étaient atténuées d'elles-même, mais il subsistait encore trop d'étudiants qui persistaient dans leur idiotie et lui rappelaient souvent qu'il n'était qu'un usurpateur, un tricheur, et que le vrai champion de Poudlard était Cédric Diggory. Harry était parfaitement d'accord sur le fait qu'il n'avait en rien l'étoffe d'un champion. Le champion de Poudlard était Diggory. L'égal de Fleur Delacour, l'égal de Viktor Krum. Lui Harry, n'en était pas un. Et c'est bien parce qu'un enchantement ancien et coercitif le liait au Tournoi des Trois Sorciers qu'il était contraint de concourir.
Aux brimades suspicieuses s'étaient plus ou moins intercalées les réflexions pernicieuses concernant sa performance, et tout particulièrement sa tentative de communication avec la Vouivre. Dans le brouhaha de l'arène, peu de personnes l'avaient entendu parler en Fourchelang, mais parmi ces personnes il y avait Ludo Verpey, et Verpey n'avait pas manqué d'en informer le public entier.
Le Fourchelang...
Ça avait fait très mauvais effet. Outre les ridicules théories sur l'héritier de Serpentard, il avait remarqué les regards qu'on lui jetait en biais, les gens qui chuchotaient à son passage, les conversations qui s'éteignaient lorsqu'il approchait, les rires étouffés. Ce n'était pas la majorité mais ils étaient là, et il fallait composer avec. Ce n'était pas aussi virulent que ce dont il avait été la cible en deuxième année. Et en même temps, aucun Basilic monstrueux ne se baladait dans les couloirs du château, contrôlé par le brumeux souvenir de Voldemort et prêt à pétrifier quiconque se dresserait sur son chemin. Et de préférence, quiconque ayant du sang Moldu dans les veines.
De toute façon, il s'était habitué aux remarques.
Il s'habituait toujours.
Aucune importance.
Il finit par apercevoir ses amis installés dans une alcôve de la salle commune. Difficilement, il continua à se frayer un chemin entre les groupes d'étudiants, dont nombre d'entre eux discutaient avec ferveur de leur sortie à Pré-au-Lard. Il pressentit que les jours prochains seraient longs… Dumbledore prendrait-il des mesures de protection comme l'année dernière lorsque chacun était persuadé que Sirius était entré par effraction dans la Tour Gryffondor et avait tenté d'assassiner Ron ?
Après tout, Poudlard restait un lieu très sécurisé. Et Sirius avait pénétré dans l'enceinte du château uniquement par un chemin de traverse : en déjouant les protections magiques grâce à sa qualité d'Animagus, et en empruntant le passage secret menant de la Cabane hurlante au Saule Cogneur. Personne n'avait jusque là réussi à entrer à Poudlard autrement que par des passages secrets, et depuis que Harry y était, les seules menaces entre les murs du château étaient venues de l'intérieur. Il faisait confiance à la sécurité mise en place par Dumbledore et ne craignait rien : il ne voyait pas comment un assassin embusqué au village pourrait arriver ici.
Il s'extirpa enfin de la foule et rejoignit le petit groupe où se trouvaient Ron et Hermione.
« Salut » marmonna-t-il.
Il interrompit à peine leur conversation. Seule Hermione, adossée contre un pouf, lui fit signe de venir s'asseoir à côté d'elle, tapotant le plaid à carreaux écossais qui recouvrait ses genoux.
« Harry, est-ce que ça va ? Je suis tellement désolée que le professeur Snape ne m'ait pas crue. Je ne pensais pas qu'il aurait déjà vérifié si tu étais à la Bibliothèque ».
« Ne t'inquiète pas » la rassura-t-il en retirant sa cape. « Snape a toujours un coup d'avance, de toute façon ».
« On aurait dû directement filer dans la salle commune au lieu de bavarder devant la Grosse Dame » fit Hermione avec une pointe de remord. « Il n'a pas été trop sévère? ».
« Deux semaines de retenues le soir. Ron, qu'est-ce que tu as ? ».
Ron était anormalement silencieux, affalé sur un fauteuil défoncé. Il arborait un étrange teint verdâtre qui s'accordait avec ses cheveux couleur carotte.
« Ça va, Ron ? ».
« Malade » geignit-il.
« Tu ne devrais pas aller à l'infirmerie ? » suggéra Harry, mais quelqu'un l'écarta gentiment d'un coup d'épaule.
« Pourquoi aller s'embêter à l'infirmerie quand on peut se soigner autrement ? ».
George, à moins que ce ne fut Fred, vint se jucher sur l'accoudoir gauche du fauteuil, une petite boîte en fer dans la main. Un sourire entendu étirait ses lèvres. L'accoudoir droit fut quant à lui investi par Fred, qui lui répondit avec connivence :
« Il existe des solutions simples pour les gens qui se bâfrent trop de bonbons, n'est-ce pas Ron ? Alors, on a mangé trop de patacitrouilles ? De réglisse ? De souris en sucre ? De crapauds à la menthe ? De … ».
« Tais-toi » grommela Ron. « Ne me parle plus jamais de patacitrouille ».
« Volontiers » répondit Fred en faisant un clin d'œil à son jumeau, et avec un regard complice, tous deux se penchèrent vers leur cadet mal en point.
« Ce ne serait pas très prudent en cette soirée troublée de se balader dans les couloirs, mieux vaut rester en sécurité dans la salle commune » fit George avec un sérieux qu'on ne lui connaissait pas. Hermione leva les yeux au ciel.
« Le couvre-feu n'est même pas tombé, il peut très bien aller à l'infirmerie, ce n'est pas interdit. Il ne risque rien dans l'enceinte des murs du château ». George ignora magistralement la jeune fille.
« Tu n'es pas obligé de te traîner jusqu'à l'infirmerie, je te rappelle que plus un corps nauséeux est en mouvement, plus le risque de vomir est grand. Toi comme moi voulons éviter une regrettable catastrophe. Pas que ça nous déplairait que Rusard ait du travail, cela dit… ».
« Heureusement pour toi, nous avons le remède à ton état » intervint Fred d'un ton docte.
Croisant les jambes en tailleur sur le rare carré de tapis moelleux qu'il avait pu avoir, Harry essaya d'accrocher en cours de route la conversation animée de ses camarades, tout en se repassant en boucle son explication tendue avec Snape.
Snape... La peur pétrifiante qu'il avait ressenti lorsqu'il avait fondu sur lui. Une peur insidieuse, glacée. De celles qui vous éveillait le sixième sens. Il connaissait les réactions d'oncle Vernon, il connaissait sa... force de frappe. Il pouvait anticiper les tannées. Mais Snape ? Que savait-il finalement de lui ? Sa réputation de Terreur des cachots ne s'était pas bâtie sur du vent, sur du vide. Ce n'était pas un hasard s'il effrayait la plupart des étudiants, et ça n'avait rien à voir avec une quelconque autorité professorale. Hermione abandonna la lecture de son roman, dont le titre illustrait une sorte de calamar géant, l'observant avec inquiétude.
« Qu'est-ce qu'il t'as fait ? ».
« Pardon ? ».
« Le professeur Snape ».
« Je viens de te le dire, il m'a donné deux semaines de retenues. Ce n'est pas ta faute. Je suis le seul à blâmer ».
« Tu as l'air bizarre ».
« Je ne vois pas de quoi tu parles ».
Elle lui lança ce regard qu'il lui connaissait si bien, le regard qui signifiait qu'elle n'était pas stupide.
« Tu as l'air… tourmenté ». Harry eut un rire léger. Il sonnait très faux. Hermione le savait, et le pressa de questions.
« Qu'est-ce qu'il te voulait ? Pourquoi est-ce qu'il te cherchait dans tout le château un samedi après-midi ? Il avait l'air furieux, qu'est-ce qu'il t'a dit ? J'aurais été terrifiée à ta place ».
« Il cherchait sûrement un prétexte pour me punir » répondit le garçon sans conviction. « Il s'est énervé. Un peu ».
« Un peu ? ».
Comprenant qu'elle ne le lâcherait pas tant qu'il ne lui ferait pas un compte-rendu, Harry soupira et lui résuma dans les grandes lignes le sermon que Snape lui avait tenu.
Cependant il n'évoqua pas le passage où il avait menacé son professeur. Il s'était assez ridiculisé comme ça, et il n'avait aucune envie que Hermione prenne un air outré et lui fasse la leçon de morale. Et il y avait trop de monde autour d'eux pour en parler librement. Ce genre de confession n'augurait jamais rien de bon. Elle lui aurait demandé s'il avait des raisons de se méfier de la colère de Snape, si ce réflexe n'était pas ancré en lui de façon plus ancienne, et connaissant son intelligence redoutable, elle aurait fini par détricoter le fil et lui aurait posé des questions sur sa vie avec les Dursley. C'était son jardin secret, sauvage et condamné. Ça ne regardait personne. Il ne voulait pas en parler, ne pas attiser la pitié.
Ça relevait déjà du miracle que Snape n'ait parlé à personne du fâcheux épisode survenu cet été, quand il l'avait traîné dans la cour du Terrier et qu'il lui avait demandé d'où venaient les traces de coups et de ceinturon sur ses jambes. Avait-il pu parfaire l'illusion en minimisant les faits ? Sûrement pas. Que Snape soit au courant, ça faisait déjà trop de monde au courant. Il n'avait pas besoin d'inquiéter les autres avec ces faits sans intérêt.
« Le professeur Snape a raison » déclara-t-elle d'un ton songeur quand il eut terminé de lui conter l'essentiel de leur confrontation.
« Merci de ton soutien, vraiment ».
« Harry, tu ne peux pas te voiler la face sur tout : il faut bien admettre qu'il n'a pas complètement tort. On ne sait même pas qui a mis ton nom dans la Coupe de Feu, et un passant se fait tuer au beau milieu d'un village bondé de monde. Sans parler de ce qui s'est passé cet été chez ton oncle et ta tante, il y a toutes les raisons de penser que tu cours un sérieux danger, et que... ».
« C'est bon, Hermione ! ». Il n'avait pas besoin qu'elle lui répète ce que lui avait seriné Snape. « Ce n'est tout de même pas ma faute si il y a eu un mort aujourd'hui, je n'ai rien à voir dedans. Je voulais juste profiter d'une sortie et m'amuser, d'accord ? Mon but n'était pas de me mettre en danger contrairement à ce qu'il veut bien affirmer ! ».
« Il... ? » fit Hermione, faisant mine de pas comprendre.
« Snape ! » aboya Harry. « Qui d'autre ? ».
Les Gryffondors autour d'eux arrêtèrent de parler quelques secondes, tournant leurs têtes vers lui.
« Désolé » grommela-t-il en baissant d'un ton. « Ne faîtes pas attention à nous ».
« Ça, ce n'est pas à moi qu'il faut le dire » répondit Hermione, plus sèchement.
« Parce que tu crois qu'il comprendrait ? » fit Harry, amer. « A ses yeux, je suis l'éternel imbécile téméraire qui cherche à braver tous les dangers de la Terre, tout ça pour la gloire, et pour ressembler à mon père. Je suis même abasourdi qu'il fasse partie de ceux qui me croient quand je dis que je n'ai pas mis mon nom dans la Coupe de Feu ».
Ça n'avait aucun rapport avec la discussion, il en était conscient.
« Sachant l'incertitude qui t'entoure, il aimerait sans doute que tu te conduises de façon un peu plus prudente. Et à bien y réfléchir, ce n'était peut-être pas très avisé d'aller à Pré-au-Lard cet après-midi ».
« En attendant, ça ne t'as pas empêchée d'être de la partie. Facile de critiquer quand on a été dans le coup ».
« Arrête de le prendre de la sorte » s'énerva Hermione. « Je sais très bien que tu ne pensais pas à mal. Je veux simplement dire que je suis d'accord avec le professeur Snape quand il dit qu'il y a un terrain à risques autour de toi, et qu'il faut que tu fasses attention ».
« Qu'est-ce que tu proposes ? Que je demande à Trelawney de m'apprendre à prédire le futur ? ». Hermione lui opposa une moue dédaigneuse.
« Ce serait la pire alliée possible ».
La lunaire Trelawney était surtout la seule professeur qu'elle ne pouvait pas supporter, corrigea Harry en son for intérieur. Il fallait être extrêmement acharné pour pousser Hermione Granger, l'une des plus brillantes étudiantes de Poudlard, à abandonner une matière en plein milieu d'un cours. Fut-ce la Divination. Il regrettait de ne pas l'avoir imitée.
« Alors, qu'est-ce que tu proposes ? Tu crois réellement que j'ai un pouvoir sur ces événements ? Que j'aurais dû deviner que quelqu'un de malintentionné irait déposer mon nom dans la coupe ? Mais qu'est-ce que tu te figures ? ».
Hermione n'appréciait manifestement pas la façon dont il s'adressait à elle. Il s'en fichait. L'altercation avec Snape l'avait mis de mauvaise humeur. C'était injuste de reporter son dépit sur Hermione, il le savait.
« Va jusqu'au bout de ta pensée » fit Harry, le regard sombre.
« Par exemple, tu pourrais ne pas te rendre à Pré-au-Lard le temps que les enquêteurs retrouvent le coupable ».
« C'est aussi une proposition qui s'applique à toi ainsi qu'à tous les autres étudiants. Ce n'est pas moi qui était visé que je sache » balaya Harry, faisant un geste négligent de la main. « Si j'étais resté travailler à la Bibliothèque, ça n'aurait rien changé à ce qui s'est passé ».
« C'est juste une mesure de précaution ». Elle glissa une main dans ses cheveux bruns emmêlés, soupirant avec nervosité. « Harry, ne fais pas semblant de ne pas comprendre, tu vois très bien ce que je veux dire. Ne nie pas que tu es en danger, ces derniers temps. C'est une chose de violer le règlement à l'intérieur du château, pour l'avoir fait à plusieurs occasions avec toi et Ron, j'en suis parfaitement consciente. C'en est une autre hors de l'enceinte de Poudlard. Le village est clairement moins protégé ».
Harry ne répondit pas, détournant le regard. Il posa ses yeux sur Ron qui semblait de plus en plus mal en point. Les jumeaux avaient réussi à lui fourrer une dragée rose bonbon dans la main, et il les observait avec doute, peu convaincu de leurs explications.
« … pas encore tout à fait au point, mais nous l'avons testée sur nous et il n'y a aucun risque. Ça te fera simplement vomir, sans aucun effet secondaire. A terme, nous comptons développer la version finale de cette petite dragée de façon à ce que tu puisses vomir comme bon te semble pour ne pas aller en cours par exemple, et que tu puisses immédiatement y mettre fin en mangeant la dragée antidote. Mais l'antidote est encore en cours d'élaboration ».
« C'est donc ce que vous fabriquiez tout l'été à faire des expériences reclus dans votre chambre ? Des bonbons pour vomir ? » fit Ron d'une voix pâteuse. « Je préfère encore aller à l'infirmerie ».
« Il faut que ça sorte » renchérit Fred d'un ton docte. « Tu me remercieras et tu te sentiras beaucoup mieux, crois-moi. Que tu ailles ou non voir cette chère Mme Pomfresh ne changera rien à l'issue fatale : il y a peu de chance que tu digères toutes les sucreries ingurgitées. Désolé, frérot ».
« Il n'y a aucun risque, le vomissement ne sera pas continu avec ce prototype » conclut George.
« C'est immonde » intervint Parvati avec un frisson de dégoût, échangeant un regard écœuré avec Lavande.
« On verra qui aura le dernier mot ! Cette création Mesdames, c'est l'avenir de l'école buissonnière ! ».
Harry esquissa un sourire en voyant Ron consentir à croquer prudemment un petit bout de la dragée. Compatissant, il lui conseilla de s'éloigner de la salle commune pour se rétablir en paix.
« Harry a raison » admit Fred. « Tu ne veux pas salir le tapis persan devant tout le monde ».
Il lui donna une tape fraternelle sur l'épaule et le mit sur ses jambes. Ron tangua dangereusement.
« Je te préviens, si ce truc me fait vomir toute la nuit, vous êtes des hommes morts ».
« Menace reçue » répondit joyeusement George.
Les yeux vitreux, Ron avala le reste de l'incongru médicament et s'éloigna d'eux avec résignation, solidement soutenu par Fred qui repoussait leurs camarades. Harry resta assis. Les jumeaux étaient aussi ingénieux que facétieux, mais il ne les croyait pas capables de laisser leur frère malade toute la nuit. Cela lui rappela brusquement qu'il n'avait pas dîné, et il réalisa soudainement qu'il avait une faim de loup. Son affront avec Snape l'avait stressé et lui avait creusé l'appétit.
« J'ai faim » déclara-t-il en amorçant un geste pour se lever. « J'espère que la Grande Salle est encore ouverte ».
« Vu l'heure, ça m'étonnerait » fit George qui les écoutait, sa boîte en fer dans la main.
Snape lui avait ordonné de rentrer directement dans la salle commune, ce qui sous-entendait qu'il ne l'autorisait pas à retourner dans les couloirs. Oui, mais ce n'était pas encore l'heure du couvre-feu, et à sa connaissance aucune mesure de sécurité particulière n'avait encore été prise. Il était donc légitime à se rendre à la Grande Salle pour voir si des plats étaient encore servis. Il n'était pas si tard, pour un samedi soir. Sauf que s'il tombait à nouveau sur le Maître des Potions...il n'était pas sûr de s'en sortir physiquement indemne cette fois-ci.
Incorrigible, le fustigea une petite voix. George vola à son secours :
« C'est peut-être trop tard pour la Grande Salle, mais il y a bien une solution ».
« Je t'arrête tout de suite : je ne mangerai pas une seule de ces dragées, même sous la contrainte ».
George prit un air faussement indigné.
« Pour qui me prends-tu, Harry ? Non, il s'agit de tout autre chose. As-tu déjà entendu parler des cuisines de Poudlard ? On peut y accéder, pour peu que l'on soit au courant de la technique d'entrée. Tu veux que je t'y accompagne ce soir pour te montrer où elles sont ? ».
« Non, je ne préfère pas » répondit le garçon à contrecœur.
« Le couvre-feu n'est pas encore tombé, on a un peu de temps devant nous pour y faire un saut et te ramener de quoi te concocter un bon dîner au coin du feu ».
« Écoute, George... » Harry baissa la voix « Tu sais que je n'ai pas le droit de me rendre à Pré-au-Lard car les Dursley n'ont pas signé mon autorisation de sortie. Sauf que j'y suis allé quand même, et Snape m'a surpris au retour avant de bassiner un sermon. Je ne tiens pas à le recroiser ce soir ».
George pris un air compréhensif, et sortit de sa poche un crayon.
« Tu permets ? » demanda-t-il à Dean, avachi sur un gros coussin moelleux.
Sans attendre sa réponse, il lui emprunta le cahier qu'il avait abandonné devant lui et en déchira une page vierge, y traçant une esquisse de plan dans un chuchotis confident :
« Les cuisines sont faciles d'accès, tu peux y aller à n'importe quelle heure du jour ou de la nuit, mais je te conseille de ne pas révéler l'astuce à toute l'école, les elfes qui y travaillent ne seraient pas très ravis de voir débarquer des hordes d'étudiants affamés. Regarde, ici c'est la Grande Salle. Les cuisines se trouvent de ce côté-là ».
Harry fourra le parchemin dans sa poche.
« Dans ce couloir, cherche un grand tableau qui représente une énorme coupe en argent remplie de fruits. Des fruits qui débordent comme dans une corne d'abondance. Il te suffira de trouver une poire verte et de la chatouiller jusqu'à ce qu'elle cède et qu'elle se transforme en une poignée de porte. Elle doit littéralement se fendre la poire, tu comprends ? Et voilà, tu pourras entrer dans les cuisines du château ».
Harry sourit. Comment les jumeaux avaient-il eu vent de cette tactique ? Toujours fourrés dans les bonnes affaires ces deux-là.
« Et ce n'est pas interdit, au moins ? ». George se fendit d'un sourire mystérieux.
« Pas si tu respectes les horaires du couvre-feu, cela va sans dire ».
« Bien entendu ».
« J'aimerais bien y faire un tour un jour » confia Hermione. « Depuis que j'ai appris que Poudlard emploie des elfes de maison en guise de cuisiniers. Enfin, emploie... le terme d'esclavagiste me paraît nettement plus approprié ».
Son ton désapprobateur trahissait ce qu'elle pensait de ces méthodes.
« J'ai du mal à croire que le plus grand sorcier contemporain Albus Dumbledore laisse faire une telle chose. A moins qu'il ne soit pas au courant ? L'inverse serait absolument scandaleux ! ».
George soupira, levant les yeux au ciel.
« Hermione, il va vraiment falloir que tu te mettes dans le crâne qu'il est dans la nature des elfes de maison d'être au service des sorciers. Ils aiment servir, ils adorent faire le ménage, ils excellent en cuisine, ils rêvent de faire plaisir à leurs maîtres. Le pire affront et le pire désaveu qui puisse arriver pour un elfe de maison serait de se voir remercier et de recevoir un vêtement, je ne vous ai pas donné le secret pour aller aux cuisines si c'est dans l'espoir de fomenter une révolte des elfes contre Poudlard. Je n'ai aucune envie de boire du jus de citrouille pas frais, ni de retrouver des arêtes dans ma soupe de poisson, et encore moins de manger de la viande avariée parce qu'une Gryffondor entêtée leur aura fait croire que leur condition est inacceptable ».
« Ces êtres magiques se font exploiter, et toi tu ne penses qu'à ton ventre ? » siffla Hermione, outrée.
Oh pitié... Harry se passa une main lasse sur le visage. Et c'était reparti pour un débat animé entre son amie, fervente défenseur des droits des elfes de maison, contre le reste du monde sorcier. Elle n'avait pas fondamentalement tort. Pour être affecté à moult tâches domestiques chez les Dursley, il imaginait très bien ce que pouvaient ressentir les elfes de maison. Et il ne regrettait pas une seconde d'avoir piégé Lucius Malfoy en rendant la liberté à Dobby. Mais il fallait se rendre à l'évidence : Dobby préférait se blesser gravement voire se tuer plutôt que de renoncer à servir ses maîtres. Il considérait d'ailleurs Harry comme son sauveur et son maître, bien qu'il lui ait formellement interdit de le servir.
Refusant d'être le témoin d'une énième dispute où Hermione finirait inévitablement par refermer son livre d'un geste furieux avant de quitter la salle commune, Harry se leva.
« Je vais me coucher, essayez de ne pas vous écharper ».
Il n'était pas d'humeur non plus à écouter les théories de ses camarades sur ce qu'il s'était passé cet après-midi à Pré-au-Lard. Hermione lui lança un regard entendu qui signifiait qu'elle se souviendrait de son lâche abandon dans sa lutte pour convaincre les gens que les elfes méritaient d'être tous affranchis. George quant à lui profita de la faille pour se dérober de la pénible conversation qui se profilait et disparut dans la foule d'étudiants.
Gagnant le dortoir, Harry se glissa dans ses draps frais aux senteurs de lavande et ferma les yeux. Il essaya de se vider l'esprit. Ça avait l'air simple, sur le papier. Il suffisait de ne penser plus à rien.
Il suffisait...
Snape n'était pas vraiment entré dans les détails, se bornant à lui énoncer qu'il fallait occulter toute pensée. Positive, neutre ou négative. Ne pas ressentir les émotions. Devenir insensible. Ne plus penser à rien qu'à l'instant présent.
Il n'y parvint pas.
Tout se superposait. Sa confrontation houleuse avec Snape, la peur panique ressentie face à l'homme en colère. Le meurtre au village, la foule, les enquêteurs du Ministère. La Vouivre et ses prunelles de reptile. La méfiance d'une partie de ses camarades, dont il faisait l'objet. Comment était-il supposé mettre toute ça de côté et faire le vide de son esprit ?
Alors il abandonna.
Il mit longtemps à trouver le sommeil, mais lorsqu'il le trouva, il fut de plomb.
o
o o o
Harry dormit mal cette nuit-là, rêvant de la Vouivre.
Elle était d'abord la vouivre mécanique qu'il avait vue à Pré-au-Lard, celle qui lui avait donné ses Gnomes au Poivre. Et alors qu'il s'approchait, il la voyait se déployer dans les rues pavées du village et se transformer en ce monstre écailleux et légendaire qui le toisait de ses pupilles verticales. Et quand son regard se posait sur ses serres aiguisées, attiré par un éclat rouge, il découvrait qu'elle emprisonnait dans ses dangereuses griffes des corps éviscérés.
Ce fut Ron qui le réveilla de ce cauchemar le dimanche matin.
« Debout, la marmotte ! » lui lança son ami en lui secouant l'épaule.
Harry se passa une main sur le front, perdu, dévisageant son ami. Ron paraissait en bien meilleur point, ragaillardi et le teint frais. Il n'avait pas été malade durant la nuit, il fallait croire que le médicament en forme de dragée élaboré par ses frères jumeaux s'était finalement révélé efficace. Dehors, le soleil était haut, signe que la matinée devait être bien avancée.
« Ça va ? » demanda-t-il en chaussant ses lunettes.
« Le bonbon de Fred et George a fonctionné, j'ai juste vomi ce qu'il fallait ».
« Ravi de l'apprendre. Comme ça, tu n'auras pas besoin de les tuer ».
La clarté presque aveuglante des rayons du soleil lui blessa les yeux et il se dépêcha de se réfugier dans la salle de bain, où la lumière était plus tamisée.
« Quelle heure il est ? » lança-t-il en se rafraîchissant le visage à coups de lampées.
« Bientôt midi » répondit Ron, et Harry se figea.
« Quoi ? Midi ? Tu m'as laissé dormir tout ce temps ? ».
Non pas qu'il détestait les grasses matinées... Mais avec son entraînement de Quidditch la veille, sa sortie à Pré-au-Lard et sa soirée à réfléchir à sa conversation avec Snape, son esprit avait totalement éclipsé la corvée des devoirs. Et il comptait justement sur cette journée pour se rattraper. Ce serait visiblement peine perdue, songea-t-il en aplatissant ses cheveux rendus désordonnés par sa nuit agitée. Il finit par se coiffer convenablement et retourna à son lit. Vautré sur le sien, appuyé sur ses coudes, Ron l'observa se préparer, songeur.
« Tu aurais vraiment dû me réveiller en même temps que toi » fit Harry en fouillant dans sa malle à la recherche d'un jean. « J'avais des devoirs à boucler ».
« T'inquiètes, on aura le temps de faire ça ce soir. Il faut toujours remettre à demain ce que l'on peut faire aujourd'hui ».
« Tu changeras vite d'avis quand il faudra affronter McGonagall demain ».
« Hélas, je le déplore. Je t'avais ramené des crêpes du petit-déjeuner mais je pense qu'elles sont froides, désormais ».
Son ami lui désigna de la main un paquet enveloppé d'une serviette beige posé sur sa table de chevet. Cela éveilla aussitôt l'estomac de Harry qui se mit à gronder.
« Excellente initiative ».
Salivant, il attrapa le paquet et enfourna la première crêpe à la confiture. Elle était froide. Mais peu importe, c'était déjà bien meilleur que ce qu'il pouvait obtenir chez les Dursley, alors il n'allait pas pinailler pour si peu. Ron le regarda patiemment engloutir ses crêpes sans broncher, et lorsqu'il termina sa dernière bouchée, lança :
« Tu ne m'as pas raconté comment ça s'est passé avec Snape hier, quand il nous a surpris devant la Grosse Dame. Il n'a pas été trop minable ? ».
Harry replia soigneusement la serviette et se pencha pour attraper ses chaussures.
« Tu connais Snape. Il m'a baratiné son sermon habituel ».
Il lui offrit le même résumé qu'à Hermione la veille, mais sa réaction fut différente de leur amie :
« Qu'est-ce qu'il croit ? » lâcha Ron avec dégoût. « Que tu cherches volontairement à te mettre en danger ? ».
Il écouta distraitement Ron tempêter contre le Maître des Potions. Que son ami se range entièrement de son côté et insulte le directeur de Serpentard ne lui fut curieusement d'aucun réconfort...
Lorsqu'ils descendirent tous deux dans la Grande Salle pour le déjeuner, Harry s'aperçut très vite qu'il n'était désormais plus question que du sanglant assassinat survenu à Pré-au-Lard. La découverte d'un corps mutilé au village avait de suscité un mouvement de panique dans les rangs des étudiants. Plusieurs informations se répandirent sur l'état supposé dans lequel on avait retrouvé le corps, et les théories sur l'auteur se multiplièrent.
Se servant en délicieuses pommes de terre rissolées, Harry risqua un regard vers la table des professeurs, toute proche. Le Maître des Potions semblait subir le monologue assommant de l'un des assistants de Mme Pomfresh qui s'était aventuré à lui tenir conversation.
Est-ce qu'il ressentit le regard du garçon posé sur lui malgré la distance ? Toujours est-il qu'au bout de quelques secondes, sans raison vraiment apparente, l'homme leva brusquement les yeux qu'il dirigea vers lui sans une once d'hésitation. Harry détourna aussitôt le regard dans une attitude résolument suspecte. Comment diable le Serpentard pouvait-il savoir qu'on l'observait en douce ? Il osa un nouveau furtif regard vers le Professeur, constatant qu'il le fixait, une main enserrant son verre.
Alors il fit semblant de s'intéresser aux propos que tenait l'une de ses camarades qui prétendait que le crime de Pré-au-Lard était l'œuvre d'un gobelin. Il se sentit obligé d'intervenir, de dire quelque chose, n'importe quoi, une banalité.
« Un gobelin ? Qu'est-ce que les gobelins de Gringotts ont à voir là-dedans ? ».
Plusieurs têtes se tournèrent vers lui et Demelza Robins, une étudiante en sixième année qui avait formulé l'hypothèse à haute voix, le dévisagea d'une manière qui lui fit vite comprendre qu'il était particulièrement stupide. Une fois de plus, songea-t-il en réalisant qu'il avait provoqué un léger malaise, il venait d'exposer sa méconnaissance abyssale du monde sorcier.
« Alors ? » persista-t-il d'un ton qui se voulait dégagé.
Il ne rata pas le regard moqueur qu'échangèrent deux Gryffondors assis à côté d'elle. Se demandant visiblement s'il se fichait d'elle ou s'il était réellement sérieux, Demelza haussa les sourcils mais consentit néanmoins à répondre :
« Tu es quand même au courant que les gobelins de la banque de Gringotts ne sont pas la seule espèce de gobelins dans le monde, n'est-ce pas ? ».
Il n'aima pas la condescendance dans sa voix.
« Évidemment » répliqua-t-il. « C'est pour ça que je te demande quel est le rapport avec eux ».
Elle plissa les yeux.
« Il n'y a justement aucun rapport avec eux. Je parle des gobelins en général, pas de ceux de la banque ».
« Vas-y, éclaire-nous de ton divin savoir » lança sèchement Ron.
« Il existe d'autres catégories d'elfes qui sont très agressifs et qui attaquent les gens lorsqu'ils sont contrariés, ou qu'ils ont faim. On raconte que dans une crise de furie, ils peuvent tuer quelqu'un. Mon père m'en a montré une illustration un jour, ça ressemble à un grand lutin, avec de longues griffes... ».
Elle poursuivit son explication. Sans véritablement l'écouter, Harry posa à nouveau son regard sur le Maître des Potions.
Snape l'attendait en embuscade.
Il le regardait toujours.
Ils s'observèrent sans ciller. Quelques secondes filèrent, et soudain il le vit ricaner et se retourner vers son voisin de table le professeur Flitwick. Curieux, Harry le vit souffler quelque chose au petit sorcier qui suspendit la fourchette de saucisse qu'il tendait vers sa bouche, intrigué. Sans vraiment qu'il ne se l'explique, le garçon eut la désagréable impression que l'homme avait lu dans ses pensées. Il chassa cette idée dérangeante de sa tête. Se pouvait-il réellement que Snape puisse pratiquer l'Occlumancie à cette distance ? Comment cela pouvait-il être seulement possible ?
Se levant brusquement de son banc, il lança :
« Je vais à la salle commune. Je dois faire mes devoirs et il faut vraiment que je rattrape mon retard, sinon je risque de me faire tuer en cours. Qui veut venir ? ».
Ron, qui mâchonnait un gâteau aux fraises, esquissa une grimace. Cette proposition ne semblait pas l'emballer. Quant à Hermione, elle lui offrit un sourire d'excuse :
« J'ai déjà tout terminé. J'avais pris de l'avance la semaine dernière, tous mes devoirs sont à jour et j'ai eu le temps de finir le devoir que nous a donné le professeur Binns sur la quatrième fronde des Trolls des forêts pour la semaine prochaine en Histoire de la magie. Bien sûr, je pourrais relire mes cours, mais j'ai des recherches personnelles à faire à la Bibliothèque ».
« Quel genre de recherches personnelles ? ».
« Tu ne nous cacherais pas quelque chose ? ».
Elle leva les yeux au ciel.
« Ce sont des recherches sur les elfes de maison, pour connaître précisément leur histoire, leurs conditions de travail et leur statut juridique. Oui ! » rajouta-t-elle en voyant Ron se taper le front de désespoir et Harry pousser un soupir. « Ce n'est pas parce que vous vous contrefichez de leur existence et des efforts qu'il fournissent pour satisfaire les exigences des sorciers que leur souffrance n'existe pas ! Vous aimeriez être asservi toute la journée à vous plier au moindre désir d'un maître ? ».
« Non » fit Harry, le regard fuyant.
Il n'y avait pas que les sorciers pour employer les elfes à leur service. Les Dursley étaient un parfait exemple dans le monde Moldu. Que dirait Hermione si elle apprenait qu'il avait vécu une décennie comme un elfe de maison, et que cela continuait durant l'été ? Elle s'étranglerait, sans aucun doute. Avant de courir en informer le corps professoral dans son entier. Il n'avait pas besoin de ça, merci bien.
Harry quitta la Grande Salle et se rendit dans son dortoir, où il serait à l'abri des distractions de la salle commune. Déballant ses affaires de cours auxquelles il n'avait pas touché, il se jeta sur son lit et ouvrit ses manuels de Potions. Avec la scène de la veille, il ne pouvait plus se permettre de donner à Snape l'occasion d'aggraver son cas. Il devait faire profil bas, au moins pour quelques temps. Et ça commençait par s'améliorer en Potions. Il prépara très sérieusement son prochain cours, plus sérieusement qu'il ne l'avait jamais fait. Avec un peu de chance, il ne s'en sortirait pas trop mal et éviterait de tendre une perche à Snape. Il leva à peine la tête de son chapitre quand Neville pénétra dans le dortoir, un livre sous le bras.
Il feuilleta son manuel de Potions une bonne partie de l'après-midi durant, reprenant les cours dispensés depuis le début de l'année. Nombre d'entre eux étaient incomplets, voire manquants. Il ne fallait pas s'étonner de son niveau déplorable… ça allait prendre une éternité de tout trier, réécrire, classer. Il ne comprenait même pas la moitié de ce qu'il lisait. Il fouilla donc son armoire et repêcha des cours des années précédentes dans l'espoir de combler ses méconnaissances. Sans grand succès toutefois. Ses lacunes étaient trop importantes.
La tâche serait ardue. On ne rattrapait pas des années de difficultés en un claquement de doigts. Cette perspective le découragea, et il roula sur le dos.
Vider son esprit.
Sélectionner toutes les pensées qui traversaient son esprit, et les balayer d'un revers de la main.
Comme la veille, il ne parvint pas à faire beaucoup de vide. Ses cours de Potions revenaient flotter devant ses yeux dans un rythme entêtant, ainsi que toutes ses cogitations au sujet de sa confrontation avec Snape, le drame de Pré-au-Lard, Lord Voldemort. Le Mage noir n'avait pas retrouvé de forme physique précise, jusqu'à présent. Il ne pouvait pas vraiment lui faire directement du mal mais ses partisans agissaient dans l'ombre. Il ne parvenait pas à dire s'il en avait vraiment peur. Après tout, Poudlard était l'un des endroits les plus protégés au monde. Et sous la protection d'un sorcier comme Dumbledore, que risquait-il fondamentalement ? Ce n'était pas un danger immédiat. Tant qu'il restait au château, tant qu'il restait avec les autres étudiants, que risquait-il ?
Cette voix de son subconscient lui rappela furieusement les mots de Snape et il secoua la tête, comme pour les éloigner.
Snape.
Cette peur insidieuse, n'était-ce pas plutôt celle qu'il éprouvait envers le Maître des Potions ?
Snape...
Il n'aimait pas beaucoup Snape. Oh vraiment ?
Mais jusqu'ici, il ne l'avait jamais véritablement, sérieusement craint. Comme le reste des élèves de l'école, il avait toujours éprouvé une certaine inquiétude justifiée par la réputation et l'attitude de l'homme envers lui. Mais il n'avait pas une peur prononcée. Pas comme Neville, pas au point que son Épouvantard se métamorphose en lui. Il avait naïvement cru que son statut d'étudiant l'en protégeait. D'ailleurs, il n'avait jamais tout à fait réfléchi à la question. Pour lui, Snape était juste un professeur énervant, acariâtre et particulièrement sévère.
L'angoisse lancinante avait brutalement surgit quand l'homme s'était précipité sur lui.
Il ne l'avait pas frappé, certes. Uniquement attrapé les épaules. Mais on n'oubliait pas des réflexes de survie ancrés en soi quand on côtoyait l'oncle Vernon, Dudley Dursley et sa bande de copains cruels. Il lui avait été sûr le Serpentard allait le frapper, comme son oncle le faisait. Comme son cousin le faisait, toujours avec ses amis. A plusieurs, c'était plus amusant.
Sauf que Snape n'avait pas levé la main sur lui. S'il n'avait pas brandit sa baguette, l'aurait-il fait ? Impossible à dire. N'avait-il jamais eu l'intention de lever la main sur lui ? Impossible à dire. Harry n'avait aucune certitude. Snape avait démenti. Il lui avait dit, à demi-mot, que c'était faux. Ce n'était que des mots. Des demi-mots, plus précisément.
Oui, il devait faire profil bas.
Juste au cas où.
Fermant les yeux, il s'arracha à la contemplation de son baldaquin rouge sombre et s'efforça de ne plus penser à rien.
Ne rien penser n'avait rien de naturel. Harry avait l'impression que mille réflexions fourmillaient dans son cerveau. Il essaya la technique de les attraper une par une, les enfermer à clef dans une boîte, et jeter la clef. Mais ça ne changea rien, il pensait toujours à cette boîte, et à ces réflexions qui trépignaient à l'intérieur.
Ne penser à rien. Rien de positif, rien de négatif, rien de neutre. Il avait beau chasser ses pensées, le seul fait de se répéter ces directives prescrites par Snape faisait échec à toute tentative de vider son esprit. C'était un cercle vicieux, une spirale infernale. Frustré, il abandonna au bout de plusieurs minutes. Était-il à ce point incapable de ne serait-ce que se concentrer ? ! Exaspéré par lui-même, par sa faiblesse, il donna un coup de poing dans l'un de ses coussins. Il en était quitte pour demander à Snape de lui donner des techniques plus détaillées, songea-t-il, la mâchoire serrée.
Pour se changer les idées, il se mit en tête de chercher l'un de ses manuels de Divination qu'il avait égaré. Ce n'est pas parce qu'il détestait cette matière inutile qu'il fallait l'occulter. Sous l'œil intrigué de Neville qui avait toujours le nez dans un grand livre imagé de Botanique, il défit tout ce qu'il restait dans sa malle, jetant pêle-mêle ses affaires sur son lit.
C'est par un pur hasard qu'il tomba sur le sablier que lui avait remis Croupton à la fin de la première tâche. Harassé de fatigue, il n'avait alors même pas daigné s'y intéresser et avait jeté l'objet dans le bazar de ses effets personnels. Le sablier avait une armature en métal, fin et plus grand que sa main. A l'intérieur, se trouvait un peu de sable doré ainsi qu'un rouleau de parchemin. Il y avait une petite ouverture sur le dessus du sablier, un clapet qu'il s'efforça d'ouvrir.
Il s'acharna longuement dessus, et ce ne fut que quand il manqua de s'arracher un bout d'ongle qu'il lança l'objet avec rage contre le mur. Le verre ne se cassa même pas. Poussant un soupir irrité, il le ramassa et l'examina de tous les côtés à la recherche d'une ouverture cachée, une ouverture secrète qui lui permettrait de lire ce que ce maudit parchemin avait à lui raconter. Devait-il sauter dessus à pieds joints ?
« Essaye avec mon couteau » proposa soudain Neville en sortant un canif plié de sa malle et Harry se tourna vers lui, surpris.
« Tu as un canif ? Qu'est-ce que tu fais avec un canif sur toi ? Je ne savais même pas qu'on pouvait en avoir dans les dortoirs ».
« Ma grand-mère m'en a acheté un car je suis passionné de Botanique et c'est très utile pour couper ou séparer des choses. Ce serait bien que tu n'en parle pas à tout le monde, je ne voudrais pas me le faire confisquer... ».
« Motus et bouche cousue » promit Harry. Il n'eut toutefois guère plus de succès avec le couteau, car le loquet ne coulissa pas d'un iota.
« Ne va pas te couper un doigt » lâcha finalement Neville.
Inquiet, il l'observait faire. Harry le soupçonna d'être davantage concerné pour son couteau que pour ses doigts. Il utilisa le manche pour frapper frénétiquement le verre, mais celui-ci demeura incassable. Pas même une pauvre fissure. Il finit par rendre les armes lorsque le sablier lui échappa des mains, roulant sous le lit.
« J'en ai marre ! » s'exclama-t-il en plongeant à terre.
Il mit la main sur l'objet récalcitrant, et retrouva par la même occasion son manuel de Divination qui prenait la poussière. Que fichait-il ici ?
« J'ai retrouvé mon livre de Divination ».
« C'est un mal pour un bien » fit sagement Neville en récupérant son couteau.
« Hmm… je n'en suis pas si certain ».
Jetant le sablier dans un tiroir de son chevet, il prit quelques minutes pour ranger convenablement toute ses affaires dans la malle puis il retourna à ses cours de Potions tandis que Neville quittait le dortoir en bâillant.
Une après-midi de Potions n'avait pas amélioré sa concentration…
Il se laissa glisser doucement dans la somnolence…
Jusqu'à ce que, un peu plus tard, il entende de furtifs tapotements.
Se redressant contre son oreiller, il regarda autour de lui. Il était toujours seul dans le dortoir.
Les claquements continuèrent, et il réalisa qu'ils venaient de l'une des fenêtres de la pièce près du lit de Dean, où il distinguait l'ombre d'un volatile. Songeant avec un élan d'espoir que ce devait être Hedwige, et qu'elle avait peut-être de bonnes nouvelles pour lui - par exemple des nouvelles de Sirius - il se précipita vers le fond du dortoir en s'éclairant de la lumière tamisée de la lampe de chevet de son camarade.
Il fut terriblement déçu de découvrir qu'il ne s'agissait pas de sa chère chouette blanche.
Là, sur le rebord de la fenêtre, un noir corbeau tenait en son bec une missive. Poussant un profond soupir, Harry ouvrit prudemment la fenêtre, attendant de voir comment réagirait l'animal. C'est la première fois qu'il le voyait, et comme il ne le connaissait pas, il se méfiait de sa réaction. Les corbeaux étaient sûrement moins amicaux que les chouettes...
Celui-ci toutefois ne semblait pas agressif. De grande envergure, son plumage était d'un brillant noir obsidienne, soigné et à l'apparence soyeuse. Ses yeux vivaces étaient aussi sombres que ses plumes. Il consentit à ouvrir la fenêtre, faisant rentrer un courant d'air froid désagréable, l'oiseau trottina tranquillement jusqu'à lui et Harry ramassa la lettre qui lui était destinée. Le sursaut d'espoir qui le traversa quand il imagina que ça pouvait très bien être Sirius qui lui envoyait ce courrier fut anéanti quand il décacheta l'enveloppe et reconnut l'écriture fine et élégante de Snape :
M. Potter,
Vos retenues suite à votre inacceptable comportement débuteront demain soir à partir de 19h30 jusqu'à vendredi inclus, ainsi que la semaine prochaine. Soyez à l'heure si vous ne voulez pas subir mon grand mécontentement.
Professeur S. Snape
Un air de reproche sur le visage, Harry lança au corbeau :
« Je ne te remercie pas de gâcher ma soirée... ». En guise de réponse, il croassa. « Je suis désolé, mais je n'ai rien à te donner en récompense. Je ne voudrais pas t'empoisonner, je n'ai aucune idée de ce que peuvent manger les corbeaux ».
Le curieux animal émit un doux roucoulement, comme si ça n'avait pas d'importance. Une étrange lueur d'intelligence allumait ses prunelles d'ébène. Une lueur d'intelligence qui le mit mal à l'aise. Hedwige était une chouette intelligente. Pour un animal. Mais l'intelligence qu'il lisait dans le regard de ce corbeau était différente. Teintée de gravité.
Il ne sembla pas lui tenir rigueur de ne pas avoir de quoi le nourrir, et quitta la fenêtre dans un vol gracieux, sa silhouette s'évanouissant rapidement au loin. Sous un ciel triste, le corbeau plana au gré d'une brise, longeant la Tour Gryffondor. Puis il plongea, tournoyant entre les innombrables tourelles où scintillaient quelques lueurs, passa au-dessus d'une coursive bardée de torches enflammées, et se laissa porter jusqu'à une cour rectangulaire, où se trouvait une fontaine.
Il voleta jusqu'à une haute fenêtre entrebâillée, s'y glissa.
L'oiseau noir traversa une grande salle lambrissée au milieu de laquelle figurait une longue et large table.
Appuyé contre une commode versaillaise, le directeur de la maison Serpentard décroisa ses bras et le laissa s'agripper à sa main. De l'autre, il lui proposa des morceaux de noix en guise de récompense.
Confortablement installée dans un fauteuil devant les flammes de la cheminée, McGonagall ne leva même pas les yeux du manuel où elle inscrivait des annotations. Tous deux étaient seuls dans la salle des professeurs et observaient un silence quasiment religieux.
Lorsque le corbeau eut terminé de picorer, il mordilla affectueusement le pouce de son maître et s'échappa de la pièce par la fenêtre où il était arrivé, bravant le froid. Severus revint s'asseoir, fixant avec ennui la pile de copies qu'il lui fallait examiner. Il n'avait aucune envie de s'y mettre. Aucune envie de découvrir quelles inepties ses cornichons de cinquième année avaient pu écrire - celles des premières années lui avaient amplement suffit. Au moins, il était sûr que nombre d'entre eux ne choisiraient pas sa matière l'année prochaine car elle ne serait plus obligatoire.
Se tournant vers sa collègue, il adopta le ton qu'il se plaisait à employer lorsqu'il voulait faire avouer à un étudiant un fait dont il était au courant :
« Il a été porté à ma connaissance que des enquêteurs d'un genre particulier se sont déplacés à Pré-au-Lard hier soir, après le meurtre »
La directrice de Gryffondor leva brièvement la tête.
« Oui, le Ministère de la Magie a naturellement envoyé ses inspecteurs ».
« Vous savez que ce n'est pas eux dont je parle, Minerva ».
« Eux ? ».
« Les Aurors » persifla Severus avec impatience. « Je ne parle pas des Aurors ».
« Ah ».
L'absence de réaction de sa collègue attisa en lui un certain agacement.
« C'est tout ce que ça vous inspire ? Ah ? Uniformes, capes et chapeaux bleu marine, armoiries représentant un lynx. Cela ne vous rappelle vraiment rien ? Vous savez pertinemment que ce ne sont pas des Aurors normaux. Je m'étonne que Dumbledore n'en ai pas encore fait mention, sauf à considérer qu'il ne soit lui-même pas au courant ».
Comme prévu, elle capitula vite, et enleva ses lunettes, dirigeant vers lui un regard exaspéré.
« D'où tenez-vous cette information, Severus ? J'ai croisé hier soir Igor Karkaroff qui ramenait ses étudiants, il m'a informé de leur présence au village, mais je crois me souvenir qu'il a directement regagné son vaisseau, à moins qu'il ne vous ai averti. Que je sache, seuls M. Rusard et moi-même étions au courant. Votre capacité plus que quiconque à obtenir des renseignements me surprendra toujours ».
« Il se trouve que j'ai mes propres sources » répondit Severus avec satisfaction.
Potter n'avait donc pas affabulé. Difficile d'affabuler en inventant des choses que l'on ignorait, cela dit : le garçon n'avait eu aucune stricte idée de qui étaient ces gens.
« Argus ? » demanda McGonagall. « Je n'en ai parlé à personne, je pensais que Dumbledore nous convoquerait à une réunion pour nous donner davantage d'informations ».
« Ni lui, ni Karkaroff » éluda l'homme. « Vous savez comment s'appellent ces Aurors spéciaux, je présume ? ».
McGonagall soutint son regard sans ciller pendant plusieurs secondes, avant de soupirer :
« Les Prætors, bien sûr ».
Les lèvres de Severus s'étirèrent en un fin sourire. Membre d'une brigade d'élite, un Prætor appartenait à un cercle aussi fermé qu'énigmatique au sein des Aurors. Ils formaient une sorte de services secrets supposés défendre les intérêts magiques de la Grande-Bretagne. Ces sorciers mystérieux et réputés pour leur discrétion absolue et leur indépendance, travaillaient en étroite collaboration avec le Gouvernement, les Langues de Plomb, les autres Aurors évidemment ainsi que différents services et organisations.
« A votre avis, qu'est-ce qui explique la présence de ces Aurors sur cette scène de crime ? » lui demanda sa collègue.
« N'est-ce pas vous-même qui m'avez confié hier en début de soirée que la victime avait été semble-t-il... étripée ? Compte tenu de l'affluence à Pré-au-Lard et de la gravité du crime, ils seront certainement venus vérifier que cette attaque ne cachait pas quelque chose de plus grave ».
« Qu'est-ce qui pourrait être plus grave que de se faire éventrer ? » s'offusqua-t-elle.
« Ne vous méprenez pas sur mon propos... Disons que cela pourrait être l'œuvre d'un Chaporouge, comme celle d'une créature plus... dangereuse ».
Et de son avis, un Chaporouge était assez bien classé dans la catégorie des créatures que l'on ne souhaitait pas croiser au clair de lune. Comme il l'avait escompté, McGonagall leva les yeux au ciel avant de le regarder comme s'il avait perdu la tête.
« Un Chaporouge ? Un Chaporouge est certes pourvu de griffes, mais sûrement pas de celles capables d'éventrer un adulte, un sorcier par-dessus le marché ! Un sorcier adulte est censé savoir se défendre, c'est du niveau troisième année. Ce n'est pas un hasard si la plupart de leurs proies, lorsqu'elles sont tuées, sont de simples Moldus sans défense et imprudents ».
Comprendre, des Moldus de préférence avinés, n'ayant rien de plus judicieux à faire que d'errer la nuit venue dans un quelconque sous-bois sombre, et incapable de se défendre d'un lutin sournois armé d'un os. N'importe qui pouvait se relever d'un coup de fémur sur la tête et espérer prendre l'avantage sur un Chaporouge, c'était un peu douloureux mais l'instinct de survie passait outre. Quoique pour un Moldu alcoolisé et guère habitué aux créatures du folklore en revanche, c'était un tantinet plus compliqué, Severus pouvait le concevoir.
Il suggéra innocemment :
« En lieu et place d'un Chaporouge, ce pourrait très bien être l'œuvre d'un gobelin. ». McGonagall esquissa un sourire narquois.
« Ne vous avisez pas d'exprimer cette théorie dans la presse, vous pourriez vous attirer les foudres de la communauté gobeline, ceux de Gringotts pourraient se vexer et vous en tenir rigueur, n'oubliez pas qu'ils gardent votre coffre ».
« Un peu d'or pour se faire pardonner, et c'est vite oublié » ricana Severus.
« Je vous rappelle que Filius a des ascendances gobelines » fit Minerva sur un ton léger.
« J'ai eu vent de cette rumeur circulant chez les étudiants. Nous en avons discuté pas plus tard ce midi avec Flitwick, et il ne trouve pas l'idée si saugrenue. Il est de notoriété publique que certaines races de gobelins ont une appétence prononcée pour le sang. Ce ne serait pas la première fois que l'un d'entre eux règle ses comptes, c'est le cas de le dire, avec un sorcier ».
En l'absence de communication de la part du directeur de l'école et des autorités, McGonagall et lui ne pouvaient pas vraiment s'avancer. Il était encore trop tôt pour connaître les circonstances exactes du meurtre, et aucun journal ne paraissait le dimanche. Il faudrait attendre le lundi pour avoir des détails.
Poussant un soupir, il ratura d'un geste ample la copie proprement désastreuse d'une cinquième année.
