Précédemment...

En rentrant d'une retenue un soir, Harry se fait attaquer par derrière dans les couloirs et casser ses lunettes, avant d'être retrouvé par Severus qui fait sa ronde. Une bien malheureuse coïncidence étant donné que le match Gryffondor contre Serdaigle a lieu le lendemain : les rouge et or doivent affronter une équipe de Serdaigles brutale qui l'emporte largement bien que Harry soit parvenu à attraper le Vif d'Or.

Bonne lecture !


Le Serment à la Nuit : Chapitre XIV

La promesse du Serpent


La reprise des cours le lundi fut détestable, et pas seulement parce qu'on était lundi.

Pour ce qui était probablement la dixième fois de la journée, Hermione leva les yeux au ciel, sifflant à voix basse :

« Franchement Harry, arrête de regarder tout le monde d'un air soupçonneux parce que ça va finir par se faire remarquer ! Et je te le répète pour la dernière fois, je ne pense pas que tes agresseurs iraient se vanter devant tout le monde, ce serait le moyen le plus sûr de se faire punir par les professeurs ».

Harry lui lança un regard courroucé pour qu'elle baisse d'un ton, et la jeune fille répliqua par un soupir agacé.

« Si tu crois que certains se priveraient de sauter sur l'occasion… » persifla-t-il en suivant des yeux un groupe de Serpentard chahuteurs.

Tant qu'il ignorait toujours qui l'avait lâchement pétrifié par-derrière lorsqu'il était revenu de sa dernière retenue avec Snape, il gardait sa baguette magique à portée de main, prêt à la dégainer en cas de suspicion de menace ou de comportement inhabituel dans son environnement proche. Hermione pouvait bien le traiter de paranoïaque, ça ne changeait rien au fait que ce n'était pas elle qui avait été ridiculisée de la sorte… et il n'était pas dit qu'il laisserait quelqu'un y faire publiquement allusion sans se défendre. Qu'ils soient deux ou dix, ils paieraient, et les attendrait de pied ferme.

Il avait invoqué tous les dieux que le monde ait porté pour que le Maître des Potions ferme sa grande bouche de serpent et n'aille pas répandre l'amusante farce dans les rangs du personnel de Poudlard. Il n'avait pas besoin que ça se sache, merci bien. Il s'engouffra dans les escaliers qui menaient aux cachots où se tenait malheureusement le dernier cours de la journée, en même temps que ses mains devenaient moites.

« Faîtes comme si de rien n'était mais par pitié, ne dites rien qui puisse donner à Snape l'occasion de vous retirer des points ou de me tourner ridicule, d'accord ? » glissa-t-il à voix basse à Ron et Hermione, qui échangèrent un regard las. « D'accord ? » insista-t-il.

« Harry, pour qui me prends-tu ? » s'indigna le roux en lui tapant amicalement l'épaule.

« Ron, maintenant que j'y pense… les jumeaux… tu te souviens de cette espèce de dragée que t'ont donné tes frères le week-end dernier ? Celle qui fait vomir ? ».

« N'y pense même pas ! » l'en dissuada Ron après une pointe d'hésitation malgré tout. « Ce n'est pas encore au point et tu n'as pas à servir de cobaye ! Que la dragée ait fonctionné sur moi peut très bien être du pur hasard, crois-moi je suis bien placé pour savoir que toutes les expérimentations de Fred et George sont loin d'être sans danger à ce stade ! ».

« C'est le seul moyen crédible d'éviter d'assister au cours sans avoir l'air suspect ».

« Je te rappelle qu'on parle de Snape ! Il est professeur de Potions, il pourrait bien te faire ingurgiter de force une potion anti-vomitive sans même t'envoyer à l'infirmerie ! »

« Oh Seigneur » gémit Harry.

Condamné à faire face à son destin, il entra dans la salle de classe et se retrancha le plus loin possible du bureau de Snape.

Il profita du court laps de temps consacré au déballage des affaires pour se faire le vide dans sa tête. Dans l'allée d'à côté, le regard absent de Draco Malfoy se promena sur les étudiants du cours sans s'arrêter sur Harry. Toutefois, il dut détecter une anomalie dans son inspection visuelle car il reposa ses yeux gris sur lui, et son visage pointu s'anima d'une expression mesquine.

« Hé Potter ! Tu as perdu tes lunettes ? C'est donc pour ça que Gryffondor a perdu le match samedi contre Serdaigle !».

« Si tu avais suivi le match, tu aurais remarqué que j'ai justement attrapé le Vif d'Or, Malfoy » répliqua aussitôt le Gryffondor.

« Combien est-ce que j'ai de doigts, là ? ».

Malfoy bougea ses doigts fins et il n'en resta qu'un, le majeur. Très fier de sa blague, il s'esclaffa avec ses acolytes Crabbe et Goyle.

« Alors, Potter ? Devine ! Tu n'es pas bien doué mais j'imagine qu'on t'a appris à compter, au moins ? Allez sois gentil et devine ».

« Assez, M. Malfoy » intervint le ton onctueux du Maître des Potions qui par un heureux hasard venait de faire irruption dans la salle de sa démarche pressée, les capes flottant derrière lui et son pas claquant sur les pavés.

Malfoy baissa immédiatement son doigt d'honneur et corrigea sa posture, ricanant en douce. Harry échangea un regard consterné avec Ron. Nul doute que si lui s'était permis ça, il aurait été bon pour perdre une ribambelle de points. La grossièreté étonnamment sembla déplaire à Snape qui ajouta :

« Je ne tolère pas ce genre de geste dans mes cours, M. Malfoy. Conduisez-vous convenablement ».

« Oui, Professeur » répondit servilement le Serpentard.

Malfoy se tint tranquille, ce qui convainquit Harry qu'il n'était pas derrière son agression. Car si tel avait été le cas, il n'aurait jamais raté une occasion de s'en vanter dès le départ… il était trop arrogant pour cela.

A son plus grand soulagement, Snape se comporta comme d'habitude, comme s'il ne s'était rien passé. Le cours étant simplement théorique, ils ne devaient se contenter que de prendre des notes, ce qui réduisait considérablement les occasions de se faire houspiller et d'encaisser des remarques perfides. Hélas ce fragile répit n'était que partie remise… jusqu'à ce soir. Il passa le cours entier à s'appliquer consciencieusement à éviter de croiser accidentellement les yeux insistants de Snape. L'homme recherchait le contact visuel, et il n'allait certainement pas s'abaisser à lui donner ce plaisir.

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En guise de retenue ce soir-là, il eut la charge d'écosser une variété de plantes entrant dans la composition de potions. Ce n'était pas très passionnant, mais c'était somme toute largement plus agréable que d'étriper des crapauds morts ou écorner des limaces grouillantes. La conversation se limita au très strict minimum, le Gryffondor s'employant à regarder partout sauf le visage du Professeur.

Le sang commença à bourdonner dans ses oreilles quand ce dernier sonna la fin de la retenue et le conduisit jusque dans les profondeurs des cachots, dans la pièce circulaire aux senteurs d'algues où ils avaient eu leur dernière séance d'Occlumancie. Après lui avoir dispensé les premières leçons dans son bureau personnel, le Serpentard avait décrété qu'il leur fallait un endroit nu et neutre, où il n'y aurait pas de risques de détruire par inadvertance les précieux objets qui paradaient sur ses murs. Harry ne saisissait pas l'intérêt de s'entraîner dans une oubliette perdue dans les sous-sols, n'importe quel autre endroit du château aurait fait l'affaire. Et si ce n'était qu'un prétexte du Professeur pour l'avoir tranquillement sous la main et disposer de lui comme bon lui semblait ? L'idée dérangeante lui provoqua un frisson mauvais.

La pièce où ils se trouvaient baignait toujours dans une étrange atmosphère verdâtre, et il y avait deux fauteuils cette fois, l'un contre le mur dans une petite alcôve, et l'autre bien en évidence au milieu. Au centre des regards.

« Je ne reste pas debout ? » demanda Harry, intrigué.

L'homme plissa les yeux.

« Professeur ? » ajouta docilement le garçon. Ce n'était pas le moment de commettre un impair. Vraiment pas.

« Non, cela vous évitera moult chutes comme la dernière fois ».

« Ah. Merci. C'est… attentionné » fit Harry, gêné.

Depuis quand Snape se souciait-il de savoir s'il chutait ?

Depuis qu'il te sauve les miches, susurra une voix moqueuse dans son esprit. Snape en faisait même davantage que n'importe quel professeur ne l'avait jamais fait. Il chassa ces pensées de sa tête et s'installa sur son fauteuil attitré, non sans nervosité. Même avec sa cape, Harry frissonnait et son état ne s'était pas amélioré dans le courant du week-end. Il regarda l'homme avec inquiétude.

Ces derniers jours, il s'était tenu à carreau. Mais désormais, il fallait lui faire face. Pour de vrai. Et Snape lui ferait payer son acte de rébellion lorsqu'il avait pointé sa baguette sur lui. Et encore mieux, s'il pouvait l'humilier, nul doute qu'il ne s'en priverait pas, avec ce qu'il s'était passé ensuite. Seigneur... rien que d'y repenser lui donnait envie de se terrer dans un interstice humide du cachot et ne plus jamais en ressortir, ou rester calfeutré sous sa précieuse cape d'invisibilité. S'il en était maintenant réduit à utiliser sa cape pour arpenter sereinement les couloirs du château sans risquer de se faire attaquer par-derrière au sortir d'une retenue…

« Prêt, M. Potter ? » fit la voix grave de Snape, dissipant ses idiotes réflexions.

« Non » fit aussitôt Harry. « Pas encore… ».

« Et quand le serez-vous ? ».

Quand il parviendrait à faire complètement le vide dans son esprit, et ce ne serait pas demain la veille. Son découragement dut se lire sur ses traits car Snape esquissa une moue dédaigneuse.

« Vous êtes-vous au moins préparé depuis la dernière séance comme je vous l'ai demandé ? ».

« J'ai essayé ».

« Vous avez… essayé ».

« J'ai vraiment essayé Professeur, comme vous avez dit : éliminer toute pensée, qu'elle soit positive, négative, ou neutre. Je les ai mises dans une boîte fermée à clef dans mon esprit, mais pourtant elles étaient là, elles ne voulaient pas partir. Penser à vos consignes me faisait penser à vous, et penser à vous me faisait penser à… à… ».

« Heureux de voir que je monopolise toute votre attention M. Potter » ironisa Snape. « A quoi donc vous faisait penser ma personne ? ».

« Vous le savez » fit Harry avec embarras.

« Non je ne sais pas, alors éclairez ma lanterne, je vous prie ».

« A quand je vous ai menacé » marmonna-t-il dans un souffle, l'aveu étant pénible.

A quand il l'avait découvert dans le couloir après son embuscade, accessoirement. Il se sentit devenir écarlate.

« Non, votre formulation est imprécise M. Potter. Dîtes plutôt que cela vous a fait penser à quand votre imagination galopante a cru que j'allais vous frapper, comme chez vos Moldus ».

Vu sous cet angle…

« Je ne veux pas en parler. S'il vous plaît. Et ce ne sont pas mes Moldus ».

Il évita soigneusement le regard de son professeur, gardant obstinément les yeux rivés sur l'une des pierres du cachot, recouverte de mousse. Pourtant, il n'eut aucun mal à sentir celui de Snape sur son visage. L'homme le toisa un moment, comme s'il hésitait entre se mettre en colère pour lui soutirer des informations, ou céder. Il sembla opter momentanément pour la deuxième solution.

« Vous ne perdez rien pour attendre » menaça-t-il. « Revenons à l'Occlumancie ».

Ravalant une remarque acerbe en voyant Potter se détendre, Severus croisa les bras dans son dos :

« Vous me prétendez que vous n'êtes pas prêt, or vous ne serez jamais prêt tant que vous ne vous concentrerez pas efficacement. Vous ne serez jamais prêt tant que vous refuserez de vider votre esprit et de faire vos exercices. Vous ne serez jamais prêt tant que vous ne plongerez pas réellement dans l'expérience de l'Occlumancie, aussi désagréable cela soit-il. Les gens ne sont jamais vraiment prêts jusqu'à ce qu'ils se lancent M. Potter, et nombre d'entre eux s'arrêtent à cette réflexion, ce qui les rend incapables d'agir. Mais croyez-vous seulement que vous avez le choix ? Croyez-vous seulement que vous avez une alternative pour vous protéger des éventuelles intrusions psychiques du Seigneur des Ténèbres ? ».

« Non, je sais que je n'ai pas le choix » admit Harry avec lassitude.

Dumbledore le lui avait imposé. Et il se souvenait très bien de la tirade de Snape sur pourquoi il devait maîtriser les rudiments de l'Occlumancie. Pour ne pas donner l'occasion à Voldemort de pénétrer son esprit. Il ne partageait pas tout à fait ce point de vue mais de toute façon, il n'avait pas son mot à dire.

« Exactement Potter, vous n'avez pas le choix. Vous pourriez choisir de ne pas vous préserver des visions de Vous-Savez-Qui, mais ce serait une très grave erreur ».

« Je sais » dit simplement Harry. Son enthousiasme peu débordant ne convainquit pas Snape, qui haussa un sourcil.

« L'esprit est comme un mille-feuilles. Pour résister, vous devez astucieusement positionner ce mille-feuilles de sorte à ce que l'on ne puisse pas accéder aux souvenirs ou émotions que vous souhaitez préserver du regard d'autrui. Vous devez faire le vide dans votre esprit, m'opposer des images de résistance mentale, parer mes attaques ».

« Quel genre d'image ? ».

« Je ne peux pas faire ça à votre place, c'est à vous de vous constituer votre propre socle de défense ».

Severus dirigea sa baguette sur lui. Puisque le garçon se refusait à tout contact visuel pour l'Occlumancie, alors il n'avait pas d'autre option que d'en faire usage.

« Prêt, M. Potter ? Legilimens ».

Les premières intrusions mentales se déroulèrent comme d'habitude, Severus faisant mine de se balader dans l'esprit de Harry avec des scènes banales, sans vraiment aller en profondeur. Au bout de quelques essais cependant, il en eut assez que le garçon ne se défende pas et décida de le faire réagir et plongea directement dans un souvenir qu'il ne cessait de voir affleurer : celui de l'embuscade.

Le Professeur manipula la scène de sorte que le Gryffondor y assiste avec ses yeux. Comme prévu, le garçon paniqua et le repoussa. Il construisit des murs entiers de briques autour de ce souvenir, murs que Severus n'eut aucun mal à détruire comme s'il s'était agi de porcelaine. Il cessa le sortilège, et vit Potter, une main sur le front.

« Ne me regardez pas ! » lança Harry en bondissant de son fauteuil pour faire les cents pas dans la pièce ronde, à bonne distance de Snape.

« Je vous regarde, que ça vous plaise ou non M. Potter ».

« Évidemment ! » l'agressa Harry. « Évidemment ! ».

« Quoi, évidemment ? Expliquez-vous plus intelligiblement, avec des verbes, des sujets, des... ».

Exaspéré par cette remarque totalement idiote qui résumait bien la suffisance de son professeur, il céda à la provocation et pour la première fois osa affronter sans détour son regard sombre.

« Vous croyez que je ne vous vois pas ? Que vous ne… Que je… ». Il tempêta, incapable de mettre des mots sur sa pensée.

« Ce que vous ânonnez n'a aucun sens, M. Potter ».

C'était la provocation de trop pour Harry qui poussa une exclamation de dépit. Il le sentait. Il sentait pertinemment que Snape voulait le pousser à bout, le pousser à bout pour mieux le faire craquer. Et enfin avoir le complet plaisir de l'humilier. Image mentale... Quelle image mentale ? Une idée diabolique naquit soudain dans sa tête.

« On recommence ! » exigea-t-il avec hargne. « Allez ! ». Vengeance !

Snape haussa un sourcil, visiblement peu impressionné, mais ne fit pas de commentaire. Il pointa sa baguette sur lui mais cette fois, Harry était prêt.

« Legilimens ».

Autour de Harry, la pièce devint floue et aussitôt après ses souvenirs tourbillonnèrent.

Snape entra dans son esprit avec une facilité presque insultante.

Comme à son habitude, Severus laissa volontairement les pensées de Potter aller et venir autour de lui dans un maelstrom confus. Avant de l'attaquer frontalement comme il le ferait dans les prochaines séances, il devait d'abord s'assurer que le garçon réussisse à se protéger d'une simple intrusion. Potter mit en place une barrière mentale, et il s'y intéressa aussitôt.

Il se trouvait dans un tunnel assez haut pour qu'un homme de sa taille puisse se tenir debout sans risquer de s'y fracasser le crâne. Les parois sombres et humides suintaient d'une étrange lumière verdâtre, bien plus verdâtre encore que la pièce où avait lieu la séance d'Occlumancie, et qui lui rappelait les cachots les plus profonds. Excepté qu'il n'était jamais venu ici. Était-il à Poudlard ? Quelque part sous le lac ? Ou les deux en même temps ? Cet endroit ne semblait pas avoir été façonné par l'imagination de Potter, ce type de représentation imaginaire n'étant pas à la portée d'un débutant inexpérimenté.

Severus fit demi-tour, réalisant que d'autres boyaux partaient sur tous les côtés. Il fit quelques pas, le tunnel bifurqua et il se trouva face à Potter. Le Gryffondor était là, debout, et le regardait. Il l'attendait. Intéressant. Il s'avança jusqu'à lui. Pour la première fois, il décida de parler dans la tête du garçon.

L'idée du labyrinthe n'est pas insensée, mais si vous vous figurez que cela suffira à me faire perdre dans les méandres tortueux de votre esprit…

Alors qu'il s'apprêtait à briser cette barrière mentale de pacotille, il se produisit un fait pour le moins surprenant. Potter eut un sourire. Pas n'importe quel sourire cependant. Un sourire aux accents manipulateur, un sourire qu'il ne connaissait pas sur le visage du garçon.

Potter parla ensuite, ou plutôt… siffla. Snape eut un rictus méprisant.

Si vous croyez que vous allez me faire sortir de votre tête avec quelques tunnels humides et un peu de Fourchelang, vous vous trompez.

Son propre esprit l'avertit d'une menace dans son dos. Allons donc… qu'avait inventé le gamin pour croire qu'il pouvait le faire reculer ? Une tripotée d'algues douces meurtrières ? Il pivota.

Et pour la première fois depuis leurs séances d'Occlumancie, pour la première fois depuis ces heures passées à se balader dans l'esprit malléable du Gryffondor, pour la première fois, Severus se heurta à une résistance digne de ce nom qui eut le mérite l'intriguer quelques secondes.

Car lui faisait face un monstre horrible, un serpent énorme qui glissait dans sa direction, juste devant lui.

Un Basilic légendaire le humait, découvrant ses crocs luisants de venin.

Deux secondes filèrent avant que le roi des serpents n'ouvre brutalement ses yeux. Severus s'était attendu à confronter les deux yeux jaunes si caractéristiques de ces fascinantes et terrifiantes créatures. Il ne s'était, en revanche, pas attendu à des prunelles d'un vert vif et des pupilles étroites comme des fentes. Le mélange d'attrait et de stupeur que lui inspira la déclinaison vipérienne des yeux de Lily ne lui fit cependant pas manquer le nouveau sifflement de Potter.

Un sifflement court, qui sonnait comme un ordre. Un sifflement qui lui rappela instantanément des souvenirs enfouis qui n'avaient rien d'un réconfort. Potter interpréta à tort sa légère hésitation car il en profita pour lancer le serpent sur lui. Mais Potter n'avait pas compris que ce n'était pas tant le Basilic lui-même qui avait un temps ébranlé le Professeur, mais davantage la couleur provocatrice de ses yeux.

Snape brisa la barrière mentale d'un cillement de paupière, faisant se volatiliser le Basilic, et s'enfonça comme dans du beurre dans l'esprit du gamin, décidant d'arrêter en entendant son gémissement.

« Ravi de voir de quelle façon atroce vous souhaitez me voir mourir, mon garçon ». Potter était effondré contre le mur et se tenait le crâne, une expression de douleur sur le visage. « Qu'est-ce que c'était que ça ? » s'enquit Snape, doucereux.

« Un Basilic » marmonna le garçon, restant agenouillé, un poing sur le front.

« Petit insolent ».

Le Professeur se rapprocha de lui avec une lenteur dangereuse. Harry frémit. Il était mort. Snape allait le tuer. Il venait juste de lancer un Basilic sur lui. Dans son esprit, peut-être, mais avec Snape, ça revenait au même. Merlin lui vienne en aide…

Lentement, l'homme l'attrapa par les épaules et le col de sa cape, et le remit sur pied. Harry avait un mal de tête infernal. Il laissa balader ses yeux sur le sol du cachot, trop inquiet de ce que pourrait lui faire le Professeur. La voix de Snape… C'était la première fois depuis leurs séances qu'il parlait dans sa tête. Pourtant, elle lui était familière. Il l'avait déjà entendue dans son esprit… mais où ? Il était dans un état lamentable, bien parti pour un début de grippe : courbatures, maux de tête qui n'avaient très certainement rien à voir avec la séance d'Occlumancie, fatigue, yeux explosés et frissons incontrôlés.

« Regardez-moi » siffla Snape sans le lâcher.

La respiration hachée, il se hasarda à braver le regard sombre de son professeur, tout près de lui. Beaucoup trop près. Il fut surpris de n'y trouver ni haine ni mépris, mais une étrange lueur troublée. Retenant sa respiration, il se prépara mentalement à la sentence. Qu'est-ce qu'il lui avait pris ?

« Je ne lui demandais pas de vous tuer… je lui disais juste de vous faire partir ».

« Comme c'est... attentionné » persifla Snape, moqueur. « Cependant c'est inutile de vous embarrasser de précautions avec moi, le but de ces séances est de neutraliser quiconque pénètre votre esprit pour vous nuire. Et si cela doit passer par ma mise à mort par un Basilic, alors qu'il en soit ainsi. Savez-pourquoi vous n'avez pas réussi à m'éjecter de votre esprit ? Pourquoi j'ai pu continuer à creuser dans vos pensées ? Ce n'est pas parce que je suis un legilimens accompli, n'importe qui d'autre aurait pu le faire. Non, c'est parce que vous vous êtes laissé dominer par vos émotions, par votre colère. Ça a été tellement facile de vous mettre en colère et de vous faire craquer M. Potter, que c'en est presque décevant ».

« Vous l'avez fait exprès » accusa Harry dans un murmure.

« Évidemment ! Croyez-vous que le Seigneur des Ténèbres vous demandera poliment d'entrer dans votre esprit ? Qu'il toquera aimablement à la porte de vos pensées ? Qu'il ne tentera pas de vous mettre hors de vous ? De vous blesser dans votre ego ? ».

« Il ne peut pas me blesser s'il n'est pas en face de moi. Pour l'instant il n'a même pas de corps ». Snape le relâcha et s'éloigna de lui avec un rire dédaigneux.

« Pour l'instant » souligna-t-il. « Espérons qu'il ne récupère pas son corps. Mais ça ne nous empêche pas de supposer. Même à distance, il pourrait tout à fait découvrir une faille, découvrir une scène humiliante pour s'y engouffrer et contaminer toute votre tête ».

« Ça n'arriverait que s'il était conscient que je peux le voir ».

« Et vous ne voulez pas que cela arrive. D'où la nécessité de savoir maîtriser les rudiments de l'Occlumancie en quelques mois ».

« En quelques mois ? » répéta Harry d'une voix faible. Quelques mois avec Snape, à subir ses assauts à répétition…

« L'Occlumancie n'est pas une partie de plaisir mais demeure le seul moyen de vous protéger mentalement. Et oui, pour quelqu'un d'aussi jeune que vous, il faut plusieurs mois pour maîtriser les bases de cette branche de la magie ».

A moitié désespéré par cette déprimante perspective, Harry ne répondit pas. Le Professeur lui désigna le siège au centre du cachot.

« Recommençons ».

Ils ne s'entraînèrent pas plus de deux pauvres minutes avant que Severus ne décide de clore la séance. Il voyait bien que le garçon était essoufflé et n'essayait même pas de se défendre, sujet à une migraine dévorante à en juger sa mâchoire serrée et son visage pâle. Il éternuait de plus en plus, la voix rauque et asséchée.

« Vous allez bien, mon garçon ? ».

Harry sentit ses poumons le chatouiller et en guise de réponse, fut pris d'une méchante quinte de toux aiguë qui le laissa à bout de souffle. Et comme à chaque fois que Snape disait mon garçon, il sentit quelque chose d'étrange se nouer dans son ventre. Car la façon dont le Professeur le disait, n'avait rien à voir avec la façon dont Vernon le disait. Et c'était une sensation très étrange.

« J'imagine que c'est le mauvais tour de l'autre soir qui vous a rendu malade, n'est-ce pas ? Vous avez pu jouer au Quidditch, finalement. Et perdre. Cela valait-il la peine de se rendre davantage malade ? On voit que vous avez le sens des priorités… Gryffondor… ».

« C'était juste un coup de froid, à ce moment-là… ».

« Et vous n'avez pas jugé utile de vous rendre à l'infirmerie ? ».

Désapprobateur, Snape fondit brusquement sur lui, faisant voleter ses capes noires. Ne s'y attendant pas, Harry sursauta instinctivement contre le mur, retrouvant soudain toute sa vivacité et son qui-vive. L'expression colérique de l'homme lui fit peur.

« Je suis désolé. C'était juste un réflexe » dit précipitamment Harry. Le mot de trop pour Snape, qui se départit de son calme.

« Un réflexe ! » siffla-t-il, dangereusement proche de lui. « Qu'est-ce qui a pu bien se produire pour que le grand Harry Potter fasse usage de ses réflexes autres que pour le Quidditch devant son professeur de Potions ? Est-ce que vous prenez pour un cognard ? Qu'est-ce qui vous a amené à développer des réflexes face à moi ? ».

Harry ne répondit pas, ne sachant trop comment se justifier.

« Répondez, M. Potter, répondez, ne testez pas les limites de ma patience une fois de plus ».

« C'est un réflexe, Professeur. C'était incontrôlable... Je suis désolé ».

« Cessez de prononcer cette phrase, par Morgane ! Je suis désolé... Être désolé ne suffit pas ! Le propre d'un réflexe est justement d'être incontrôlable, quelqu'un qui a un réflexe ne contrôle ni sa pensée ni son geste car c'est si profondément ancré en lui qu'il réagit par automatisme. Un bon réflexe est de vous saisir du Vif d'Or dans votre cas, ou savoir rattraper une potion technique sur le point d'exploser dans le mien, ou encore dévier un sortilège in extremis. Ces exemples de réflexes sont positifs, et basés sur des nécessités de préservation ou tout simplement par jeu. Un réflexe qui consiste à se jeter en arrière ou à esquiver quelqu'un alors que ce dernier n'est pas un ennemi, est un bon réflexe qui révèle des instincts de défense intéressants, mais un réflexe fondé sur des bases paranoïaques ».

Harry se fit violence pour ne pas prendre les jambes à son cou face au ton furieux de Snape. De toute façon la porte était sûrement magiquement verrouillée. Allait-il s'énerver comme la dernière fois ? Il lui sembla que non. Il le détailla rapidement, se basant sur la fine analyse comportementale qu'il avait développée avec les nombreuses observations d'un oncle Vernon colérique. Aucune veine ne palpitait sur son cou, ses poings n'étaient pas serrés, sa mâchoire non plus. Snape était mécontent, ça oui. Mais pas sur le point de lui en mettre une.

« Alors éclaircissons ce point une bonne fois pour toutes ! J'exige de savoir pourquoi vous ressentez le besoin impérieux d'avoir des réflexes de défense en ma présence, alors que je vous ai clairement établi que je ne frappais ni les élèves ni les enfants ».

Severus concéda en son for intérieur qu'il était un peu de mauvaise foi. Il ne l'avait pas clairement établi. Il l'avait juste nié. Mais Potter ne semblait pas comprendre des mots simples. Ces Gryffondors, maugréa-t-il, il fallait toujours tout leur expliquer.

« Est-ce à dire que vous me considérez comme votre ennemi ? Vous me prenez pour votre ennemi, Potter ? ».

« Non, je… je ne voulais pas vous manquer de respect ».

« Depuis votre balade interdite à Pré-au-Lard, vous agissez en cours et en retenue comme si j'allais vous frapper. Vous surveillez mes gestes, vous m'espionnez du coin de l'œil, vous m'observez à la dérobée. Non, ne faîtes pas comme si vous n'aviez pas compris, vous êtes aussi discret qu'un hippogriffe. Je sais que vous me guettez. Tant que je serai un legilimens, j'entendrai des regards que vous croirez muets. Rentrez-vous une bonne fois pour toute dans votre tête bornée que je ne bats pas mes étudiants. Et si vous vous imaginez que le professeur Dumbledore laisserait une chose pareille se dérouler dans l'enceinte de l'établissement, vous vous fourvoyez gravement. Il y a des méthodes bien plus efficaces que la violence brute pour faire réaliser à un élève sa bêtise et sa pure inconscience. Vous finirez par vous en apercevoir par vous-même, Potter, je l'escompte bien ».

Harry ouvrit la bouche mais l'homme leva deux doigts, lui interdisant de parler.

« Si j'étais votre ennemi, il y a longtemps que vous le sauriez, et encore plus longtemps que vous surveilleriez aussi bien vos arrières que les verres dans lesquels vous buvez, M. Potter. Personne ne veut m'avoir comme ennemi, n'en doutez jamais ».

Harry voulait bien le croire. D'ailleurs, Snape avait jusqu'à présent toujours été direct avec lui. Oh, pas qu'il ait la présomption de se croire apte à déceler une vérité ou un mensonge chez un maître Occlumens expérimenté, mais il avait senti qu'il avait mis le doigt sur un sujet sensible, et il se rappelait parfaitement sa réaction accusatrice qui avait suscité la fureur chez son professeur après avoir pointé sa baguette sur lui. Quoi qu'il en soit, Snape ne lui laissait pas exactement d'autre choix que de le croire.

« Alors je n'irai pas par quatre chemins » continua Snape d'emblée, et Harry sut qu'il n'aimerait pas la suite. « Croyez-vous que j'ai oublié ce que j'ai vu sur votre dos et vos jambes cet été dans le jardin des Weasley ? Des traces de ceinture… Jusqu'à quel point votre oncle se permet-il de vous frapper pour que vous en soyez à réagir de façon instinctive de la sorte ? ».

Mal à l'aise, Harry se passa une main sur le front comme si cela pouvait lui permettre d'éviter le regard du Professeur.

« Je vous avais demandé des explications approfondies à ce moment-là, et j'ai eu l'élégance de ne pas fouiller davantage dans votre vie privée pour ne pas vous embarrasser plus que nécessaire. Je pensais alors que vous iriez en parler à quelqu'un de responsable, quelqu'un d'adulte. Vous ne souhaitiez visiblement pas que Molly Weasley soit au courant, ce qui ne m'étonne pas outre mesure compte tenu de sa propension très excessive à surprotéger ses enfants ».

Et surprotéger était un faible mot. La matriarche Weasley était une vraie mère poule.

« Quelle ne fut pas ma surprise M. Potter » il étira volontairement ces derniers mots, « de découvrir que vous n'en aviez parlé à personne à Poudlard. J'ai mené ma petite enquête et personne, je dis bien personne, ne semble être informé du fait que votre oncle vous donne des coups de ceinturon. Alors rassurez-moi, et dîtes-moi que vous avez au moins évoqué le sujet avec vos petits camarades M. Weasley et Miss Granger ? ». Serrant les dents, Harry secoua la tête par la négative. « Miss Granger n'est pas au courant ? ».

« Surtout pas Hermione, elle s'empresserait d'en avertir tous les professeurs ».

C'était bien la dernière chose dont il avait besoin… Il suffisait de la voir à l'œuvre pour la défense des elfes de maison pour s'en convaincre.

« Et où serait le problème, exactement ? ».

« Le problème est que ça ne regarde personne, ni les professeurs, ni les autres ».

« Malheureusement pour vous, il se trouve que ça me regarde. Comme je vous l'ai déjà dit, c'est une affaire entre le professeur Dumbledore et moi-même ».

« Alors pourquoi le professeur Dumbledore ne s'en charge-t-il pas lui-même puisqu'il y tient tant que ça ? ». Le visage de Snape se tordit dans une expression méprisante.

« Je ne suis pas assez bien pour le grand Harry Potter, n'est-ce pas ? C'est incroyable comme vous me faîtes penser à votre père, lui aussi était… ».

« Ne parlez pas de mon père » fit calmement Harry. « Et non, je ne pense pas du tout que vous n'êtes pas assez bien pour moi ».

« Je pourrais vous en parler pendant des heures, mais je ne suis pas certain que vous soyez prêt à entendre tout ce que j'ai à vous dire sur lui » répliqua Snape comme s'il n'avait pas écouté la suite partie de sa phrase.

« Je n'ai pas envie que vous me parliez de lui ».

« La vérité est parfois blessante, mais c'est mieux que le mensonge ».

« Pourquoi le professeur Dumbledore vous oblige-t-il à me protéger ? Ça n'a aucun sens ! Il sait très bien que vous me détestez ! ».

« Je ne vous déteste pas. J'agis sur ordre du professeur Dumbledore ».

« Et pourtant vous êtes le seul à être venu à Privet Drive lors de l'attaque des Mangemorts, le seul à être venu me récupérer dans cette forêt après la Coupe du monde de Quidditch ».

La conversation commençait à l'exaspérer, Harry le devinait à la façon dont le coin de ses lèvres s'agitait. Mais sa réponse ne le satisfaisait pas. Le Professeur s'était assez dérobé comme ça, trop facile de rejeter la responsabilité sur Dumbledore pour la énième fois.

« Il n'est pas vraiment intervenu quand mon nom a été tiré de la Coupe de Feu ».

Fait suffisamment notoire pour être souligné, Snape était l'un des seuls à s'être indigné et à avoir pris sa défense. Maintenant qu'il y repensait, qui donc s'était réellement inquiété de connaître l'identité de celui qui avait glissé son nom dans la Coupe ? D'aucuns pensaient qu'il avait triché, d'autres estimaient qu'un complice plus âgé l'avait fait à sa place. Avait-on mené une enquête ?

« Et personne n'est venu m'aider pour préparer la première tâche à part Ron et Hermione. Personne, sauf vous » continua Harry. « M. Croupton a dit que les professeurs n'avaient pas le droit d'aider les étudiants, et pourtant vous l'avez fait. Ça aussi, c'est un ordre du professeur Dumbledore ? ».

Visiblement contrarié par ce renversement de vapeur, Severus recula. La conversation prenait un tour qui ne lui plaisait pas. Ils dérivaient du sujet initial, et il refusait de donner suite à la réflexion de Potter qui déviait astucieusement la discussion avec ses maudites questions. Il ne pouvait pas l'éviter éternellement ceci dit, et il reviendrait à l'assaut, c'était certain. Qu'était-il supposé lui répondre, au juste ?

Qu'en effet, personne n'en avait rien à faire qu'un gamin de quatorze ans participe à un Tournoi de cette ampleur ? Que les organisateurs n'aient pas été plus inquiets qu'il n'aurait fallu l'être, préférant s'intéresser à l'aspect récréatif plutôt que sécuritaire ? Que Verpey s'était littéralement étranglé de joie en voyant le garçon totalement terrifié devant la Vouivre ? Que le monde sorcier se contrefichait comme de sa première Bavboule de savoir si on avait mis son nom dans la coupe pour le blesser, ou pire, l'éliminer ?

« C'était vous ! » lança soudain Potter avec un triomphe jubilatoire qui l'interloqua.

« Quoi donc ? » contra-t-il, revêche.

« La voix quand j'étais dans l'arène face à la Vouivre… c'était vous ! Comment avez-vous fait ça ? ».

Harry avait été tellement sidéré par l'apparition démoniaque de la Vouivre qu'il en avait oublié de réagir. Plus que les cris dans l'arène, il avait fallu l'intervention d'une voix à la fois inconnue et familière dans son esprit pour qu'il se ressaisisse et coure se mettre à l'abri. Snape… c'était évident ! Il vit passer la contrariété sur le visage du professeur. Sûrement parce que son soupçon était fondé.

« Pourquoi est-ce que vous m'aidez ? Sans parler de la première tâche… Cet été quand vous êtes venu me chercher à Privet Drive, puis quand nous avons été pourchassés par les Lycaons argentés. Et la Coupe de Feu…vous avez été le seul à vous être interposé, avec le professeur Maugrey. Alors pourquoi est-ce que vous m'aidez ? Répondez-moi. S'il vous plaît Monsieur » ajouta-t-il, trouvant son ton un poil impérieux.

Pendant une fraction de seconde, Severus fut tenté de lui rétorquer qu'il n'avait pas d'ordre à lui donner. Juste pour se sortir de ce faux-pas. Pendant une fraction de seconde seulement, car il ne pourrait pas esquiver systématiquement le sujet. Et peut-être que s'il lui donnait des éléments de réponse, peut-être que s'il cédait sur ce terrain, Potter céderait sur le terrain de ses Moldus sans qu'il n'ait besoin de lui extorquer des aveux au travers de l'Occlumancie - chose qu'il avait prévu de faire dès la séance suivante, il en avait plus qu'assez de faire semblant. Ça aurait l'air d'un compromis.

Même s'il n'avait pas besoin de compromis pour obtenir des mots d'un adolescent obstiné comme une huître, qu'on se le dise.

Il se rapprocha de Harry qui s'était inconsciemment tassé contre le mur. Lentement, avec fermeté mais sans méchanceté, il lui saisit le col de sa cape et le regarda droit dans les yeux. Harry se laissa faire tel une marionnette, se laissa emprisonner par les serres obsidiennes de son professeur. Après quelques secondes de silence, celui-ci répondit avec une suffisance qui cachait mal sa préoccupation :

« Les champions n'ont pas le droit d'être aidés ? En effet, ils n'ont pas le droit d'être aidés ! Et puis ? Mais que vous figurez-vous donc ? Que Diggory, Krum et Delacour s'entraînent seuls dans leur coin ? Que leurs amis, leurs parents, leurs directeurs, leurs professeurs, que des adultes avertis ne les aident pas ? Pourquoi vous ai-je aidé ? Parce que M. Potter, vous étiez tellement bien préparé que vous vous endormiez à la Bibliothèque ! Je n'allais pas rester inactif pendant que vous étiez en train de baisser les bras. Et la première tâche…Par Merlin, vous auriez dû vous voir dans l'arène, debout face à votre vouivre... J'ai cru un instant que vous alliez vous laisser dévorer sans autre forme de procès ! Il fallait que je vous donne le déclic pour que vous sauviez votre peau. Alors oui c'était moi, et oui je me suis accordé le droit de pénétrer votre esprit pour le faire. ».

Ses yeux noirs comme des abîmes évoquaient les ténèbres.

« Que vous a promis le professeur Dumbledore pour que vous vous inquiétez tant de ma sécurité ? De l'argent ? Il vous a promis de l'argent ? Ou bien est-ce qu'il vous a… menacé ? ».

Harry ne voyait pas quelle autre motivation Snape pouvait avoir.

« Je n'ai pas besoin d'argent Potter, je ne suis pas un mercenaire. Quant à la menace… je ne suis pas homme à être menacé, comme je vous l'ai déjà dit ».

« Alors quoi ? ».

Par Salazar ! s'irrita Severus. Quelle importance au fond ? Potter ne lui ficherait pas la paix tant qu'il ne saurait pas pourquoi il devait le protéger. Le gamin avait entièrement raison : personne à Poudlard ne jurerait sur le directeur de Serpentard pour être la première personne à veiller sur lui.

« J'ai fais une promesse. La promesse de vous protéger ». Les yeux du garçon s'écarquillèrent de surprise. « Cette promesse, je l'ai faite à une personne. Et cette personne n'est pas Albus Dumbledore, c'est tout ce que vous avez besoin de savoir »

Et c'était déjà beaucoup trop. Severus se détacha du regard émeraude, et relâcha doucement le garçon. Sans s'éloigner toutefois.

Sidéré, Harry était incapable de réaliser ce que Snape venait de lui dire.

Une promesse ? Une promesse ! Mais que diable s'était-il passé dans l'ordre établi de l'univers pour que Snape ait promis à quelqu'un de le protéger ? Pour qu'il risque sa vie pour lui ? Il avait dû neiger en Enfer… Bien que mal en point, il fit tourner à plein régime les rouages dans son cerveau. Qui pouvait être assez préoccupé par sa sécurité pour que Snape lui-même se charge de veiller sur lui ? Et le tout, sans contrepartie financière ou hiérarchique ? Il ne lui fallut pas longtemps pour en conclure qu'il ne voyait personne dans son entourage.

« J'ai vraiment du mal à croire que vous me sauviez pour une banale promesse »

« Cette promesse n'est absolument pas banale » gronda le Serpentard.

« Vous avez fait un Serment Inviolable ? ».

« Cela ne vous regarde pas. Du reste, considérez que ma parole suffit ».

Et le ton sévère du Professeur le mettait clairement au défi de le lui dénier.

« Qui, alors ? Qui peut tenir assez à moi pour passer un accord avec vous ? ».

« Cela vous semble donc si saugrenu que je vous sauve la mise ? ».

Sous le timbre narquois du Professeur couvait l'ombre d'une amertume que Harry faillit prendre pour de la tristesse. De la tristesse ? Non, il devait confondre avec autre chose.

« Oui, complètement » avoua-t-il franchement, et Snape le fixa longuement avant de répondre.

« Cette promesse est une affaire qui me concerne moi seul, M. Potter. Je ne souhaite pas m'étaler davantage que je ne le fais sur ce sujet avec vous ». Il sortit de ses robes noires une fiole. « Buvez ceci ».

Dépité, Harry obéit. Il ne parviendrait plus à obtenir quoi que ce soit de Snape aujourd'hui.

« Qu'est-ce que c'est ? ».

Il en huma prudemment le contenu.

« Pimentine » reconnut-il avant que Snape ne lui réponde.

« Vous pensiez qu'il s'agissait de poison ? Ne vous inquiétez pas M. Potter, vous et vos camarades aurez amplement le loisir d'expérimenter des breuvages aux effets regrettables. Espérons que vos antidotes seront correctement réalisés… A l'avenir, allez directement voir Mme Pomfresh plutôt que de vous draper dans votre fierté Gryffondorienne imbécile ».

« Je ne voulais pas qu'on me pose de questions ».

« Vous n'êtes pas obligé d'y répondre. Vous savez très bien mentir quand vous le voulez, et je ne crois pas que Mme Pomfresh et ses collègues soient des legilimens capables de déceler un mensonge ».

Harry n'était pas sûr qu'il s'agisse d'un compliment. Mortifié, il but la potion et sentit le rouge lui monter au joue.

« Vous ne le direz à personne, n'est-ce pas ? ».

« Ne pas dire quoi ? ».

« Que vous m'avez trouvé dans les couloirs, pétrifié ».

« Non je ne le dirai à personne, si c'est ce qui vous inquiète. Mais tout cela ne répond pas à ma question de tout à l'heure M. Potter : jusqu'à quel point votre oncle vous maltraite-t-il ? ».

Severus eut la satisfaction de voir le gamin se figer, et retint un rictus victorieux.

« Mon oncle ne me maltraite pas. Pas vraiment ».

« Pas vraiment ? Ce n'est pas ce que je vois quand je traverse vos pensées et vos souvenirs. Il vous donne souvent des coups de ceinture ? ».

« Parfois » admit Potter, s'avouant vaincu. « La plupart du temps, c'est mérité ».

Severus n'était pas certain que quoi qu'ait fait Potter méritait des coups de ceinture. Le garçon était certes insupportable mais de là à sortir le ceinturon… Il n'arrivait pas à savoir si sa nonchalance était réelle, ou s'il faisait semblant de faire le dur devant lui. Et il trouvait ça inquiétant.

« Qu'aviez-vous fait cet été, quand je vous ai ramené au Terrier ? ». Le garçon prit un air embarrassé mais répondit.

« Mon oncle m'avait demandé de tailler la haie avant leur départ pour les Îles Canaries, alors que j'avais passé la matinée en plein soleil à m'occuper des rosiers. J'ai refusé, il s'est énervé ».

« Il s'est énervé parce que vous avez juste refusé ? Vous ne vous êtes jamais montré insolent, je présume ».

Une étincelle de défi passa dans les yeux de Potter.

« L'oncle Vernon monte vite en pression quand il s'agit de moi ».

« Oui, vous avez ce don stupéfiant de susciter l'énervement chez les gens » fit Severus, sarcastique. « Rien de nouveau à l'horizon ».

« Je n'ai pas été insolent » se défendit le garçon. « Mon cousin Dudley est insolent, fainéant, irrespectueux et … ».

« Une corvée supplémentaire était de trop pour le célèbre Survivant ? » le provoqua Severus.

Il n'y avait que la provocation pour pousser ce fier Gryffondor à se livrer et à se couler lui-même. Comme escompté, le gamin le prit pour une insulte personnelle et se redressa, piqué au vif.

« Vous n'avez aucune idée des corvées que j'effectue chez les Dursley ».

« C'est trop demander au grand Harry Potter de couper quelques feuilles de haie ? ».

Un flash hargneux traversa les yeux du garçon, et Severus sut qu'il avait gagné.

« Arrêtez de faire croire que je vis comme un prince chez les Dursley. Ce n'est pas le cas et ça ne l'a jamais été ! Avant que vous veniez me chercher pour me déposer au Terrier, j'ai passé l'été à faire les tâches domestiques. Tailler les fleurs en plein soleil, tondre la pelouse, retaper l'abri à outils, laver la maison, boire de l'eau en cachette. Le reste du temps, je le passe loin de mon cousin et sa bande de nazes et vous savez très bien pourquoi ».

« Pourquoi ? ».

« Comme si vous n'aviez pas vu… au cas où ça vous aurait échappé, mon cousin a depuis son enfance une activité favorite qui consiste à me rendre la vie dure, et si ses amis peuvent être de la partie, c'est encore mieux. Ça doit vous faire jubiler n'est-ce pas? Le grand Potter comme vous dites, infoutu de se défendre contre son cousin ».

« Langage » gronda le Professeur. « Détrompez-vous, cela ne me fait pas jubiler ».

« C'est ça… comme si je pouvais faire quoi que ce soit à un contre plusieurs… L'usage de la magie est interdit pour les sorciers de premier cycle l'été et… ».

« Ce qui ne vous a pas empêché de gonfler votre tante comme une montgolfière ».

« Que… Comment le savez-vous ? ».

« Tout finit par se savoir ».

« C'était de la magie accidentelle ! Je ne connais même pas le sort et elle avait insulté mes parents. Sorcier ou pas, c'est quasiment impossible de faire le poids face à Dudley et ses copains. Mais bon je ne reste pas sans rien faire quand même, je sais rendre les coups ».

« Et votre oncle ? Vous lui rendez ses coups? ». Harry frissonna.

« Bien sûr que non. Il me tuerait ».

Le Survivant tué par un grossier Moldu, songea Severus. Pitoyable.

Il n'oublierait pas d'aller rendre une petite visite de courtoisie à Pétunia et son époux. Il y a longtemps qu'il n'avait pas revu cette bonne vieille connaissance, songea-t-il, la mâchoire crispée. Le haussement d'épaules négligent du Gryffondor lui fit serrer les poings. Il en avait assez vu et entendu pour aujourd'hui.

« Je vous raccompagne, M. Potter. Il serait fâcheux que vous vous retrouviez à nouveau aspergé de jus de citrouille dans les couloirs de l'école ».

« Je n'ai pas besoin d'un garde du corps ».

Snape s'arrêta dans l'embrasure de la porte. Derrière lui, il faisait noir comme dans un gouffre sans fond.

« J'imagine que vous avez intégré le chemin du retour et que je ne risque pas de vous retrouver dans une semaine en train de errer dans un cachot abandonné ? » susurra-t-il.

Harry n'était pas assez sûr de lui pour lui rétorquer le contraire.

« C'est bien ce qui me semblait » l'acheva Snape.

Il n'était pas certain de retrouver la direction de la Tour Gryffondor. Ou de la Grande Salle, puisqu'il mourrait de faim. Ils quittèrent le cachot en silence, et Harry eut la confirmation que seul, il n'aurait jamais retrouvé son chemin dans ce dédale infernal. Snape était-il sérieux quand il évoquait la possibilité de rester perdu des jours dans ces cachots ?

La remontée vers la civilisation lui parut longue, bien qu'elle ne dura guère plus d'une poignée de minutes. Autant de minutes pour que la réflexion du Maître des Potions sur la possibilité de rester perdu des jours entiers dans ces cachots éloignés ne fasse son chemin pernicieux. Force était de constater que s'il s'était élancé seul dans jusqu'à son dortoir, il n'aurait jamais retrouvé le chemin du retour… Il y faisait si sombre… Seules quelques torches éclairaient faiblement les parois des cachots, et il n'était pas sûr que tous en soient pourvus.

Ils ne croisèrent pas âme qui vive lorsqu'ils arpentèrent les profondeurs du château, ce n'était pas un hasard si personne ne s'aventurait plus que de raison dans les entrailles de Poudlard.

Dans cette partie basse de la forteresse, qui n'était même pas la plus reculée, les cachots s'étalaient sur des dizaines et des dizaines de niveaux, réseau tentaculaire sans fin de galeries, salles, caves, passages souterrains, tunnels, ramifications et autres chemins secrets. Harry était persuadé que ce qu'il devinait là n'était que la surface d'un dédale obscur bien plus vaste encore. Il repensa à cette fois où il avait dévalé durant un long moment les tuyaux de l'école afin d'accéder à la Chambre des Secrets. Poudlard était vraiment immense.

Il ne lâchait pas Snape d'une semelle, le talonnant de près. Il ne croyait pas que le Professeur soit sournois au point de l'égarer dans ces sinistres méandres, mais on était jamais sûr de rien avec lui.

Par exemple, il n'aurait jamais cru possible qu'il fasse la promesse de le protéger.

Aux murs aveugles se succédaient les ouvertures de couloirs noires comme les gueules de créatures gigantesques, d'où les courants d'air glacials venait faire tressaillir leurs robes de sorciers. Il remonta le col de sa cape en sentant la morsure du froid sur sa peau. Autant que possible, il se rapprochait de Snape quand ils dépassaient l'une de ces ouvertures morbides. Qui sait ce qui pouvait s'y tapir... Plus loin, il aperçut des salles aux lueurs verdâtres ou rougeâtres pour certaines, et crut même entendre des grondements sourds, comme si d'énormes mécanismes antiques se mettaient en mouvement quelque part dans les soubassements.

Il n'osait penser à ce qui pouvait se terrer dans les fondations millénaires. Si des mois durant, un Basilic avait pu y vivre dans la quasi indifférence générale, alors tout était possible… Il pouvait presque se représenter le roi des serpents surgir en sifflant de l'une de ces inquiétantes galeries, et ramper sur le sol derrière eux tel le prédateur froid et lisse qu'il était. Il ferma brièvement les yeux, et revit les crocs luisant d'un mortel venin.

Même aujourd'hui encore, la vision du Basilic le terrifiait, revenant parfois le hanter dans ses cauchemars. Il espérait de toutes ses forces de n'avoir jamais à en rencontrer un autre. Il se souvenait encore de la peur paralysante et originelle qui s'était emparée de son corps lorsqu'il était sorti de la statue de Salazar Serpentard. Désormais, le serpent était supposément mort de l'épée de Godric Gryffondor, mais à bien y reconsidérer de plus près, il avait resurgi simplement grâce au pouvoir du souvenir de Tom Elvis Jedusor, alias Lord Voldemort.

Une idée horrible naquit dans son esprit. Et si le Basilic s'en était sorti ? Après tout, le cadavre était resté en bas, et il ne pensait pas que quiconque y soit retourné juste pour le plaisir de se balader.

Non, impossible. Pourquoi diable pensait-il à ça, soudain ? Il perdait la tête... La lame de l'épée avait traversé le palais de l'animal, qui s'était effondré dans la Chambre des Secrets. Et puis Fumseck le phénix s'était assuré que ses yeux ne pétrifient ni ne tuent plus jamais. Il ne voyait pas comment le Basilic aurait pu s'en sortir. C'était tout bonnement absurde de songer à cette éventualité. Par Merlin, il avait le cerveau détraqué par l'Occlumancie !

Une autre idée encore plus horrible se superposa alors à la première.

Le Basilic de Poudlard était un être contrôlé par le souvenir de Voldemort... C'est dire si le souvenir de Voldemort avait été puissant pour réaliser un tel exploit, aussi diabolique soit-il. Alors si Voldemort retrouvait sa puissance d'antan, il serait certainement dans ses cordes de dompter un Basilic qui obéirait à ses moindres faits et gestes… Si un souvenir avait pu faire régner la terreur à Poudlard et pétrifier des étudiants et un fantôme, manipuler la petite sœur de Ron et lancer un reptile géant à ses trousses, alors un mage noir en chair et en os pouvait faire tellement mieux...

Et s'il devait à nouveau un jour faire face à un Basilic ? Il n'y avait jamais repensé depuis sa deuxième année, tant il était certain que le sort de cet animal horrifique était définitivement réglé. Mais en vérité, il n'y était pas du tout. Voldemort vivant, rien ne l'empêcherait de démontrer l'étendue de ses pouvoirs en s'acoquinant d'un Basilic. Et pour l'un des plus puissants mages noirs contemporains, ce devrait être un plaisir enfantin pour lui. L'atrocité glaçante de cette pensée le rendit nauséeux. Un instant, sa vision se brouilla et il percuta de plein fouet Snape qui avait ralenti son allure en arrivant au pied d'un étroit escalier.

« Regardez où vous marchez ! ».

« Désolé, je... j'étais perdu dans mes pensées » répondit Harry d'une voix atone.

Le Professeur s'arrêta de marcher et le dévisagea, inquisiteur. A la lueur d'une torche, il trouva le garçon plus pâle qu'avant, le souffle court.

« Comment vous sentez-vous M. Potter ? Vous avez vraiment mauvaise mine, on dirait que vous avez vu un spectre. Le Baron Sanglant, peut-être ? ».

« Ça va. Je suis juste un peu fatigué ».

Severus n'avait même pas besoin de recourir à la Légilimancie pour savoir qu'il lui mentait. Il y avait autre chose que de la fatigue, il lisait la peur sur le visage tendu du garçon.

« Un problème ? ».

Harry faillit s'abstenir. Mais l'horreur de sa pensée lui emplissait la tête et il ressentait le besoin impérieux qu'une personne saine d'esprit balaye du revers de la main ses inquiétudes ridicules. Snape pouvait bien le tourner en dérision, ça n'avait plus d'importance. Il l'avait trouvé statufié à moitié dévêtu dans un couloir du château de toute façon, alors les bornes du ridicule avaient déjà été dépassées. Qu'il considère Snape comme sain d'esprit aurait davantage dû l'alerter, aussi.

« Je viens d'avoir une idée terrifiante ».

« Allons bon, ce ne serait pas la première de la soirée ».

« Je repensais justement au Basilic » confessa-t-il avec une nervosité palpable. « Je ne sais pas si vous savez, mais c'est le souvenir de Tom Jedusor qui contrôlait le Basilic de Poudlard durant ma deuxième année. Tom Jedusor, c'est-à-dire Lord Voldemort ».

« Je sais parfaitement qui est Tom Jedusor. Et évitez de prononcer son nom ».

Harry voulut lui répondre qu'il n'avait pas peur de prononcer le nom du Seigneur des Ténèbres, mais il se souvint du sermon brutal que lui avait servi le professeur il n'y a pas si longtemps. Pour l'homme, prononcer le nom de Voldemort n'était pas anodin, et ne reflétait pas tant de la crainte qu'une nécessité de prudence. Personnellement il ne voyait pas le problème mais il n'avait pas le courage pour se lancer dans un autre affrontement musclé avec le Serpentard. Pas ce soir.

« Le souvenir de Vous-Savez-Qui quand il étudiait à Poudlard pouvait contrôler l'apparition du Basilic. Même s'il est mort de l'épée de Godric Gryffondor et de l'intervention de Fumseck, rien ne dit que c'est définitif. Si Vous-Savez-Qui réussit à revenir à la vie avec l'aide de ses partisans, est-ce que vous ne pensez pas qu'il pourra à nouveau contrôler un Basilic ? Cette fois, il sera bien vivant, il ne sera plus forcé de le contrôler par le biais d'un simple souvenir. Vous imaginez ? Ce serait... ». Il chercha ses mots. « Ce serait... abominable » acheva le garçon après quelques secondes de balbutiements. « Épouvantable ».

Tandis qu'il parlait, Severus s'était figé. Le cheminement du garçon allait trop loin, pourquoi en venait-il à cette conclusion ?

Oui, une telle idée était tout simplement terrifiante. Les Basilics étaient des créatures extrêmement dangereuses, très connotées Magie noire. Leur venin était létal, leurs yeux jaunes tout aussi assassins. En plus d'être le symbole suprême du fondateur Salazar Serpentard, auquel le Seigneur des Ténèbres vouait une adoration funeste, le Basilic était un instrument de mort certain entre les mains d'un mage noir capable de le contrôler. Bien sûr, on ne contrôle jamais totalement une telle bête… Mais Lord Voldemort n'était pas n'importe quel mage noir, et il avait l'avantage de maîtriser le Fourchelang... un atout non négligeable pour se faire obéir...

« Vous avez une imagination débordante M. Potter ».

« Vous croyez que ça pourrait être possible ? Que Vous-Savez-Qui utilise à nouveau un Basilic ? ».

Harry sentit ses cheveux se hérisser sur sa nuque lorsqu'il soutint le regard que lui jeta Snape en guise de réponse.

« Souhaitons que le Seigneur des Ténèbres ne parvienne jamais à revenir d'entre les morts, et que nous ne découvrions pas la faisabilité de cette idée ».

Il n'y avait aucune trace d'espoir dans la voix de Snape. Comme si... comme si le retour de Voldemort était déjà acté. Harry avait les doigts gelés. Il ne sut dire si c'était à cause des courants d'air froids venus de quelque ouverture aussi sombre qu'un four, ou de la réponse laconique du Professeur.

« Vous pensez... vous pensez qu'il va revenir ? Qu'il va réellement revenir ? ».

Il ne savait pas s'il voulait vraiment entendre la vérité. Il aurait aimé que Snape le traite de Gryffondor émotif et imbécile, qu'il le rabroue en lui reprochant de dramatiser les événements, qu'il l'accuse d'avoir l'arrogance de croire que le Ministère de la Magie ne faisait pas son possible pour empêcher le retour de Voldemort. Il aurait même aimé que Snape lui dise de ne pas s'en faire, que de l'eau coulerait sous les ponts bien avant qu'il ne doive s'inquiéter d'un Basilic, ou de la résurrection du mage noir. Il aurait aimé qu'il lui dise qu'il délirait complètement.

« Je n'aurais pas besoin de vous enseigner les bases de l'Occlumancie, si j'avais l'absolue certitude qu'il ne reviendra pas ».

« Il est déjà revenu, n'est-ce pas ? ». Snape pivota légèrement la tête sur la droite et plissa les yeux.

« Non il n'est pas du tout revenu. On ne sait pas s'il reviendra. Peut-être, peut-être pas. ».

« Vous pensez qu'il parviendra à récupérer son corps ? ».

« Le Seigneur des Ténèbres reviendra physiquement s'il a trouvé un moyen de le faire, et que ses plans se réalisent ».

« Et... vous pensez qu'ils se réaliseront ? ».

« Je ne sais pas. Mais s'ils se réalisent, nous le saurons hélas bien trop tard ».

Harry se retourna pour ne pas montrer son choc au Maître des Potions.

Brutalement, l'enchevêtrement angoissant des tréfonds de Poudlard lui parut fondamentalement plus amical que tout à l'heure. Il éprouva une envie irrépressible de s'élancer dans l'une des ouvertures sombres, dans l'un de ces couloirs étroits et obscurs pour se perdre dans les dédales du château. Envie de se perdre sciemment dans les innombrables cachettes qu'offrait ce labyrinthe lugubre. Autant d'endroits où Voldemort ne pourrait jamais le retrouver.

Son cœur palpita douloureusement et il fut pris d'une quinte de toux qui le laissa la respiration sifflante. L'instant d'après, une main se posa sur son épaule et il se raidit. Snape le força à se retourner, un air compréhensif sur le visage.

« Allons-y » déclara-t-il simplement. « Je ne tiens pas à passer la nuit ici ».

Il le poussa dans l'escalier étroit et s'engagea à sa suite.

Quelques instants plus tard, ils arrivaient à proximité de la salle commune où traînait un groupe Serpentards guère pressés de rejoindre leurs quartiers, ce qu'ils se hâtèrent pourtant de faire quand ils aperçurent les capes noires de leur directeur de maison au bout du couloir. Lorsqu'ils quittèrent enfin les travées labyrinthiques des cachots et atteignirent les abords plus chaleureux du Hall de Poudlard, Harry se frotta les yeux. Il se sentait moins nauséeux, et le mal de tête s'était atténué le temps de la remontée, laissant au loin les pensées sordides du Basilic. Il jeta un œil fatigué à une horloge en fonte accrochée au mur. Vu l'heure, impossible de se rendre dans la Grande Salle, or son estomac grondait.

Snape passa devant les doubles portes closes sans y accorder d'attention.

« Je n'ai pas dîné tout à l'heure» commenta Harry, s'attendant à se faire rabrouer. Le Maître des Potions s'arrêta.

« Le dîner n'est plus servi. Pourquoi n'avez-vous pas mangé avant votre retenue ? ».

« Je n'avais pas faim ».

« Vous n'aviez pas faim ».

Harry ne jugea pas pertinent de préciser qu'il avait été trop angoissé par la séance d'Occlumancie à venir, pour pouvoir avaler quoi que ce soit. Mais maintenant que la confrontation était passée, et que Snape ne l'avait pas enfoncé dans son humiliation comme il l'avait redouté, il avait une faim de loup. De loup-garou, même.

« Vous auriez dû anticiper et rapporter de la nourriture avec vous » lui reprocha l'homme avec agacement.

Harry faillit lui répondre qu'il pouvait se débrouiller tout seul et se rendre aux cuisines, avant de se souvenir qu'il n'était pas supposé connaître l'emplacement des cuisines, et que d'après les jumeaux Weasley, les élèves n'étaient pas censés s'y rendre. Rien ne l'empêchait de revenir dans la soirée avec sa cape d'invisibilité et se servir. Il n'y était encore jamais allé, et il était plutôt curieux de découvrir l'envers du décor. L'homme sembla réfléchir quelques instants, et haussa un sourcil en constatant l'air moribond du Gryffondor.

« Je devrais vous emmener à l'infirmerie, où vous pourriez trouver de quoi vous restaurer, mais je doute que Mme Pomfresh ou ses assistants soient pleinement disposés à être arrachés à leurs occupations privées à cause d'un adolescent infichu d'empêcher un mauvais rhume de s'installer. Ce n'est pas une urgence, alors nous n'allons pas les déranger pour si peu ».

D'un geste du menton, il lui indiqua de le suivre et ils traversèrent le Hall, où des voix parvinrent jusqu'à eux.

Plus loin se trouvait le directeur de Durmstrang accompagné de son fidèle acolyte et conseiller, aussi haut que large. Cintrés dans de longs manteaux cendrés, ils marchaient en direction de la sortie, sans doute pour regagner le parc. D'humeur manifestement enjouée, ils discutaient avec entrain dans une langue aux intonations slaves. Lorsqu'ils croisèrent Harry et Snape, ils s'arrêtèrent, les saluant avec une déférence feinte.

Igor Karkaroff semblait surpris de voir le jeune Gryffondor, de la même façon que le Maître des Potions paraissait étonné de l'y trouver là, à en juger son sourcil qui se haussa.

« Severus ».

« Igor ».

Contrairement à ce que pouvait suggérer l'emploi des prénoms, il n'y avait aucune chaleur dans leurs regards. Comme la dernière fois qu'il avait vu Snape et Karkaroff se parler, Harry eut le sentiment que les deux hommes avaient un compte personnel à régler. Le Slave posa son regard sombre sur Harry. Il était presque aussi noir que celui de Snape.

« Étrange compagnie que voici, Severus... Je croyais pourtant que tu m'avais assuré que Potter n'était pas ton champion ? ».

« Je maintiens mes propos. Il n'est pas mon champion ».

« Ne t'inquiète pas, il n'y a aucun mal à vouloir entraîner son champion » susurra Karkaroff, un air fielleux sur le visage. « Fut-ce un usurpateur ».

« Je ne suis pas inquiet » répondit froidement le Professeur. « Et M. Potter n'est pas un usurpateur ».

Si Harry n'avait pas découvert ce qu'il avait découvert lors de leur séance d'Occlumancie, il l'aurait cru sur parole. Il fut cependant réconforté que Snape le défende et croie en son innocence.

Karkaroff esquissa un mince sourire mais ne répondit pas, son regard s'arrêtant ostensiblement sur le visage pâle du garçon. Plus précisément sur sa cicatrice qu'il étudia avec un intérêt non dissimulé qu'il n'aima pas du tout. Et au moment où ça devenait aussi gênant qu'impoli, Harry fronça les sourcils. Les prunelles sombres se plantèrent alors dans les émeraudes rougies par la fatigue et la fièvre, et Harry les affronta sans faillir. Pourquoi l'homme le fixait-il de cette façon ? Il le dévisageait avec un mélange de curiosité et de méfiance. Malgré son état, il refusa de briser le contact, levant le menton avec défi.

« Alors M. Potter » fit-il brusquement. « Où en êtes-vous dans la préparation de la deuxième tâche ? Qu'en pensez-vous ? ».

« Ce que j'en pense ? ».

« Vous avez commencé à examiner l'indice qui vous a été remis à l'issue de la première tâche, je présume ? ». Karkaroff arborait une moue dédaigneuse, comme s'il attendait que le garçon nie.

« Bien sûr » répliqua Harry avec évidence.

Le Slave ne se laissa pas berner par sa désinvolture de façade, et un sourire fourbe s'afficha sur son visage.

« Ah ! Très bien. Où en êtes-vous dans la résolution de l'énigme ? ».

Il faudrait déjà qu'il réussisse à ouvrir ce satané sablier sans y laisser un doigt…

« Ça avance comme je le veux. Et vous, où vous en êtes ? ».

Retourner la question était un moyen efficace de ne pas trop s'épancher sur son incapacité à déverrouiller un sablier basique, et peu importe que la manœuvre soit malhabile et fasse plisser les yeux de Snape.

« Mon champion Viktor l'a découverte et résolue, naturellement. C'est un garçon opiniâtre et intelligent. J'espère que vous y parviendrez aussi M. Potter, il serait fâcheux que vous arriviez déconfit à la deuxième tâche, si ce dont nous nous doutons s'avère exact, alors il vaudrait mieux y être sérieusement préparé ».

Harry s'efforça d'adopter un air détendu. En tant que champion de Poudlard à son insu, il n'était cependant pas question qu'il perde la face devant les représentants d'une délégation étrangère. Pas dupe, Karkaroff esquissa un autre rictus narquois puis se tourna vers Snape pour le saluer.

« Bonne chance avec ton champion Severus, il ne semble pas très appliqué ».

Et il tourna les talons, imité par son conseiller qui toisa Harry avec un air intimidant. Snape attendit que les deux comparses de Durmstrang s'éloignent suffisamment dans le Hall, puis se tourna vers lui :

« Par pitié mon garçon, dîtes-moi que vous avez réellement commencé à vous pencher sur l'indice de la deuxième tâche ? ». Harry eut un petit rire.

« Le sablier ? Je n'ai même pas réussi à l'ouvrir ». Snape soupira.

« Alors je vous conseille de vous y mettre si vous ne voulez pas découvrir la teneur de l'épreuve le matin-même lorsque vous vous y rendrez ! ».

« Je ne savais rien de ce que j'allais devoir affronter lors de la première tâche » répondit Harry en haussant les épaules. « Qu'est-ce que ça change ? Ce sera certainement quelque chose de vicieux et d'ardu ».

« Ce que cela change ? Ce que cela change ? Mais Potter, la première tâche avait pour vocation de tester votre réaction et votre adaptation face à l'inconnu ! Il est évident que l'indice que l'on vous a remis n'a d'autre but que de vous tester sur votre capacité à réfléchir et vous préparer à la deuxième tâche ! Il s'agira d'une épreuve tout à fait différente dans un environnement sûrement différent, et si vous y arrivez la fleur aux lèvres, alors je ne donne pas cher de votre peau ».

« Hmm ».

« Votre insouciance est proprement affligeante ».

« J'essayerai de l'ouvrir, je le promets ».

« Votre promesse n'a aucune valeur sans engagement derrière ! » s'agaça le Professeur.

Il le regarda, consterné. Secouant la tête, il lança :

« Suivez-moi ».

« Où allons-nous ? ».

« Vous donner de quoi vous soigner, puisque vous êtes incapable de le faire par vous-même ».

« Je croyais que vous ne vouliez pas aller à l'infirmerie ? ».

« Nous n'allons pas à l'infirmerie ».

Il mena le Gryffondor à travers le château, faisant voler les pans de sa cape noire, et finirent par bifurquer dans un couloir dont les rangées de torches enflammées illuminaient les arcades du plafond. Ils s'arrêtèrent devant un tableau aux couleurs sombres qui représentait un homme à l'aspect taciturne, pourvu d'une longue barbe et d'une robe de sorcier vert sapin, les mains croisées devant lui. Snape murmura une parole latine et le portrait coulissa, révélant une porte en fer qui s'ouvrit après un léger déclic. Harry s'en approcha avec prudence. A l'intérieur, il y faisait noir comme dans un abîme que rien n'éclairait, pas même les torches du couloir. Cela lui rappela les galeries sans fond des cachots.

« Suivez-moi » ordonna Snape en s'engouffrant dans l'ouverture.

Son hésitation agaça son professeur qui revint vers lui et lui attrapa l'épaule pour le faire rentrer. Harry sentit son cœur se nouer. Lorsque la porte se referma, une obscurité tiède l'emprisonna brusquement de ses serres et il paniqua une fraction de seconde. Que faisait Snape ? Pourquoi l'amenait-il ici ? Qu'est-ce que...

Les ténèbres disparurent presque aussitôt, coupant court à ses divagations. Dans la douce lumière tamisée, il découvrit les lieux. Il se trouvait dans le vestibule d'un appartement. Des tapis à dominante vert sombre étaient disposés au sol, quelques tableaux ainsi qu'un grand miroir étaient accrochés sur des murs en pierre claire et un lustre tombait au milieu du hall. Il n'y avait aucun danger apparent, ici. Rassuré, il s'autorisa à reprendre sa respiration. Avant qu'il ait le temps de formuler sa question, Snape lui lança :

« Nous sommes dans mes appartements privés M. Potter. Restez dans l'entrée et ne touchez à rien, je reviens tout de suite ».

Il lui lança un regard d'avertissement et disparut dans une pièce attenante.

Pris d'une nouvelle toux douloureuse, Harry tenta d'ignorer la brûlure qui lui grippait la gorge, et s'adossa au mur. Il se frotta les yeux, essayant de faire le vide dans son esprit chamboulé. Il faisait chaud dans les appartements de Snape, ce qui l'étonna. Combien de fois lui, Ron et Hermione avaient-ils imaginé la vie privée de leur professeur de potions ? Tous avaient supposé qu'il vivait en compagnie d'une colonie de chauve-souris dans un cachot sans fenêtres, aux murs humides bardés d'étagères sur lesquelles trôneraient des bocaux emplis de choses visqueuses et immondes. Ses lèvres s'étirèrent en un léger sourire. Il n'y avait rien de sinistre ici. Le lustre au plafond diffusait une douce lumière orangée, et un pan de mur de l'entrée était recouvert de livres. A côté, se trouvait un fauteuil en velours d'aspect confortable.

Snape fut de retour, et jeta un regard alentours comme pour s'assurer qu'il n'avait ni dévalisé la bibliothèque ni décroché le lustre. Il n'était pas comme cet infernal Peeves, merci bien.

« Tenez ». Il lui tendit un long paquet irrégulièrement enveloppé ainsi qu'une grande fiole.

« Qu'est-ce que c'est ? » fit Harry, intrigué.

« De quoi dîner sur le pouce. Divers sandwiches et du jus de citrouille frais ».

« Vous avez spécialement préparé un sandwich pour moi ? ».

Ébahi, Harry n'osait y croire. Snape le regarda comme s'il avait affaire à un imbécile fini.

« Non, je l'ai commandé aux cuisines de l'école. J'ai le droit en tant que professeur de commander ce qui me plaît en nourriture et en boisson à toute heure de la journée. Bien que je cuisine personnellement M. Potter, il est tard et je n'ai pas vraiment le temps de me mettre aux fourneaux pour vous concocter de bons petits plats. J'ose donc espérer que ce sandwich préparé par un elfe de Poudlard sera à votre convenance ».

« C'est parfait » fit Harry, un sourire éclairant son visage. « Merci infiniment, Professeur ».

L'homme lui glissa ensuite un flacon de Pimentine et une petite boîte en fer ronde.

« De ma pharmacie personnelle. Trois gorgées de Pimentine trois fois par jour, pas plus de cinq si vous ne voulez pas risquer l'indigestion, et des pastilles contre la toux. Vous irez demain matin à l'infirmerie vous soumettre au diagnostic de Mme Pomfresh. Et n'essayez même pas de vous y dérober, je m'en assurerai ».

« Merci ».

« Bien entendu, vous ne parlerez à personne de l'emplacement de mes appartements ».

« Comme vous voudrez ».

« Non seulement je le veux, mais je vous interdis formellement d'en parler à quiconque. Seuls les membres du personnel et le corps des préfets savent où vivent les professeurs. Le reste des étudiants n'est pas supposé le savoir ».

Il le tira hors de ses quartiers et ils se retrouvèrent dans le couloir, où la température était plus fraîche.

« Je vous reconduis dans la Tour Gryffondor ».

Le garçon ne songea même pas à protester. Il obéit sans rechigner, suivant son professeur en silence jusqu'au portrait de la Grosse Dame, qui commençait déjà à somnoler.

L'homme se tourna vers lui et croisa les mains dans son dos, l'examinant du regard.

« Concernant le Basilic... Vous ne devriez pas vous inquiéter outre mesure. A considérer que le Seigneur des Ténèbres recouvre ses forces et redevienne un être de chair et d'os, il lui faudrait encore trouver un Basilic voire en créer un, apprendre à le dompter. Et si vous vous figurez que l'on appellera le Survivant à la rescousse pour combattre un roi serpent, alors permettez-moi de vous dire que vous êtes bien arrogant ».

Harry devina une certaine légèreté dans ces mots.

« J'imagine qu'il vous serait plus pénible d'honorer votre promesse ». Son amusement n'échappa guère à Snape, dont les yeux se plissèrent.

« Ça n'a rien de drôle ».

« Ce n'est pas une blague, je ne veux pas encore me retrouver un jour devant un Basilic. Jamais ».

« Par chance, une telle créature ne court pas les rues. Et vous vous en êtes bien sorti dans la Chambre des Secrets compte tenu votre légendaire témérité. Bien entendu, si vous ne vous étiez pas rué tête baissée vers le danger lors de votre deuxième année... ».

Severus laissa la phrase en suspens. S'il avait eu le garçon sous la main lorsqu'il avait appris de la bouche de Dumbledore que ce petit effronté s'était précipité dans l'antre d'un Basilic, nul doute qu'il lui aurait assené la correction de sa vie.

« Vous n'aurez pas à affronter un Basilic dans un futur proche M. Potter. Sauf à ce que vous vous rendiez de votre plein gré dans le repaire de l'un d'eux. Et si une telle chose arrive encore, vous allez espérer de tout votre cœur d'être pétrifié et de ne jamais vous réveiller, car je vous ferai très péniblement regretter une telle attitude ».

Harry fronça les sourcils, croyant que le professeur plaisantait. Pourtant quand il leva les yeux vers lui, il ne vit aucun amusement sur les traits sévères. La menace était parfaitement claire.

« Je saurai m'en souvenir » lâcha-t-il dans un souffle.

« Je l'espère mon garçon. Pour votre propre bien ».