Hellooooo !

Enjoy & Rewiew ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira :) Merci à tous ceux qui me lisent et me laissent des com's, n'hésitez pas à donner votre avis, les points d'amélioration, ce que vous aimeriez lire ou pas, etc...

Bonne lecture...


Le Serment à la Nuit : Chapitre XX

Windows to the past


S'habituerait-il un jour à la sensation déplaisante d'une conscience étrangère dans la sienne ? Probablement jamais... Et à présent que Snape venait d'entrer dans son cerveau, Harry regrettait de ne pas s'être entraîné à vider son esprit ces derniers jours. Avec la dispute avec le Professeur et les révélations sur sa relation avec Lily, il avait trop de pensées en tête pour y faire le vide. Du moins était-ce l'excuse qu'il s'efforcerait de rendre crédible quand le Maître des Potions découvrirait qu'il n'avait pas pratiqué ses exercices d'Occlumancie par pure paresse.

Effectivement, il ne fallut guère de temps pour que l'esprit ennemi accède à une première succession de souvenirs.

Il n'avait pas encore onze ans et l'oncle Vernon condamnait la boîte aux lettres pour ne plus recevoir les courriers de Poudlard... Dudley piquait une crise de colère en découvrant qu'il ne restait plus de ses céréales préférées au petit-déjeuner... Il rafraîchissait le banc du jardin sous les provocations de son cousin... Il ouvrait le placard sous l'escalier, une bande dessinée sous le bras... Le placard... Oh non... effroi... pas le placard... Snape ne devait pas voir le placard... L'effort qu'il déploya pour chasser le placard de son esprit se paya d'un douloureux élancement à l'arrière du crâne. Le Professeur s'éloigna, mais pour mieux se fondre dans un autre souvenir, un que Harry aurait préféré reléguer aux oubliettes.

Il avait douze ans et dans la clarté crépusculaire de sa chambre, tante Pétunia glissait dans la trappe aménagée de sa porte un bol de soupe froide. Il sautait de son lit pour l'avaler avec empressement, avant de verser le reste à sa chouette malgré la faim lui tenaillant le ventre. Puis il regardait vers la fenêtre, où les derniers rayons de cuivre illuminaient un ciel bleu tendre marbré de nuages ambrés.

Un ciel quadrillé par les barreaux que son oncle avait fait sceller trois jours plus tôt.

Harry tenta de repousser Snape hors de sa chambre, mais l'homme quitta de lui-même son esprit.

Revenant à la réalité, Harry se redressa sur son fauteuil, entre les murs sinistres des cachots. Il affronta le regard obsidienne du Serpentard debout devant lui puis se tourna vers le feu qui brûlait dans la cheminée. Le Professeur y avait jeté quelques minutes plus tôt un Incendio laconique pour contrer la température glaciale de son bureau, mais il sentit un courant d'air frais lui caresser la joue. Quel idiot il était de ne pas avoir emporté sa cape d'hiver en laine... Celle qu'il portait sur le dos avait suffit pour le dîner dans une Grande Salle chaleureuse, mais n'était clairement pas adaptée pour les cachots sombres et glacés.

Comme il l'avait redouté, la séance d'Occlumancie prenait une tournure qui ne lui plaisait pas. Aujourd'hui les choses étaient différentes. La dernière fois, qui lui semblait remonter à des siècles, Snape lui avait certifié qu'il ne prendrait pas de gants et s'aiguillerait directement sur les souvenirs liés aux Dursley. Et ça n'avait pas manqué...Il parvenait à peine à ralentir son avancée dans son esprit.

« Pourquoi y avait-il des barreaux à la fenêtre dans le dernier souvenir ? » demanda le Maître des Potions, en ajoutant « Inutile de songer à mentir » lorsqu'il vit l'hésitation sur le visage du garçon.

« C'est mon oncle qui a fait venir une entreprise de bricolage pour installer des barreaux à ma fenêtre, l'été d'avant ma deuxième année » soupira Harry. « J'étais confiné dans ma chambre en guise de punition, avec interdiction d'en sortir sauf pour aller dans la salle de bain, et tante Pétunia me donnait à manger par la trappe ».

« Des barreaux et une trappe dans une chambre ? Mais qu'aviez-vous fait pour être ainsi puni ? ».

« Je n'y étais pour rien ! » s'indigna Harry. « Je n'ai pas pu empêcher le gâteau pâtissier de tante Pétunia de s'écraser sur Mme Mason. Ils ne m'ont pas cru quand je leur ai dit que c'est Dobby qui l'avait ensorcelé, c'est pour ça qu'ils... ».

« Dobby ? Qu'est-ce qu'un Dobby ? Reprenez depuis le début » ordonna Snape. « Cette explication n'a ni queue ni tête ».

« Dobby est l'elfe de maison des Malfoy. Enfin, l'ancien elfe des Malfoy que j'ai ensuite libéré en piégeant Lucius Malfoy... peu importe. Oncle Vernon avait invité un important promoteur immobilier et son épouse à dîner, et tante Pétunia avait préparé un énorme gâteau en son honneur. Tout le monde avait répété son rôle pour que la soirée se déroule parfaitement. Moi, je devais prétendre ne pas exister et rester sagement dans ma chambre ».

« Et vous n'avez manifestement pas pu vous empêcher de faire une entorse à cette règle ? Quelle surprise ».

« Je suis forcément coupable, n'est-ce pas ? ».

Severus regretta sa remarque sitôt qu'elle eut franchi ses lèvres, lorsqu'il vit l'éclair blessé traverser les yeux verts. Quoi qu'ait pu faire le garçon à l'époque, rien n'excusait de transformer une chambre en prison. Il sentit fourmiller en lui les prémices d'une colère froide, et sut qu'il n'aimerait pas les révélations à venir. Pourtant, il devait se contrôler s'il voulait espérer éclaircir les secrets cachés du garçon. Garder son calme était crucial.

« Le soir venu, une créature que je n'avais jamais vu de ma vie a transplané dans ma chambre pour me faire promettre de ne jamais retourner à Poudlard à cause d'un grand danger qui me menaçait » lâcha Harry. « J'ai évidemment refusé parce qu'il n'y aucun autre endroit au monde où je me sens mieux qu'à Poudlard, alors Dobby a voulu faire en sorte que je reste soi-disant en sécurité chez les Dursley. Il a lévité le gâteau jusqu'au salon et il l'a fait exploser sur la tête de Mme Mason, pile au moment où j'allais l'attraper. Dobby a ensuite disparu en me faisant porter le chapeau du désastre, et les Dursley ont pensé que je leur avais joué un tour de magie en sabotant volontairement le dîner pour que la commande de mon oncle ne puisse pas avoir lieu ».

Severus aurait trouvé ce récit très drôle s'il n'avait de toute évidence pas eu pour conséquence d'emmurer un gamin de douze ans. Au nom de Merlin, combien d'anecdotes de ce genre ignorait-il sur la vie du fils de Lily ?

« Alors ils m'ont emprisonné dans ma propre chambre jusqu'à ce que Ron et les jumeaux viennent me libérer avec la Ford Anglia volante trafiquée par leur père au bout de trois jours d'enfermement ».

« Pardon ? » coupa Snape. « La Ford Anglia ? La Ford Anglia volante et trafiquée que vous aviez utilisé avec Weasley pour venir vous écraser sur le Saule Cogneur le jour de la rentrée ? ».

« C'est plutôt le Saule Cogneur qui nous a écrasés » rectifia Harry. « Vous ne nous aviez pas cru à l'époque quand on vous avait expliqué que la voie 9 ¾ était bloquée. En fait, c'est Dobby qui l'avait bloquée pour m'empêcher de me rendre à Poudlard. D'ailleurs, c'est encore Dobby qui a ensorcelé le cognard fou qui m'a cassé le bras lors du match de Quidditch, en espérant que je sois renvoyé loin du château pour être soigné ».

« Vais-je devoir m'occuper de cet elfe de maison qui semble avoir une dent contre vous ? » demanda Snape avec sarcasme, mais le garçon année haussa les épaules d'un air négligent.

« Inutile, Dobby est mon ami. Je lui ai pardonné ».

« Vous lui avez juste pardonné ».

« Dobby savait qu'il se tramait des choses dangereuses au château sans pouvoir me le révéler puisqu'il devait garder le secret de son maître Lucius Malfoy, il a voulu me protéger en agissant ainsi. Je lui ai fait jurer de ne jamais recommencer ».

« Et vous le croyez ? » siffla Snape, médusé.

« Je lui ai rendu sa liberté, il n'est plus au service de la famille Malfoy. Sa parole me suffit ».

Severus se rembrunit. La parole d'un elfe de maison suffisait au garçon, quand lui devait batailler ferme pour lui faire admettre la sienne. Sa crédibilité ne valait donc guère plus que celle d'un elfe de maison. De mieux en mieux.

Le quatrième année se frotta les yeux, visiblement fatigué, puis lança avec un air de reproches :

« Le professeur Dumbledore ne vous avait pas expliqué, pour les manigances de Dobby ? ».

« Dans les grandes lignes » en convint Severus. « Mais rien sur l'elfe de maison ».

Oui, le directeur lui avait raconté comment le garçon avait sauvé la benjamine des Weasley, comment le Basilic avait manqué de le tuer. Il se souvenait encore de l'horrible sueur glacée qui l'avait traversé en apprenant que le fils de Lily serait mort s'il n'y avait pas eu l'arrivée bienfaitrice du Phénix... Un jour, ils auraient une conversation à ce sujet.

« Pourquoi vous ne nous avez pas cru pour le Saule Cogneur ? Vous n'aviez pas senti qu'on disait la vérité ? ».

« Ce n'est pas votre version que je remettais en cause, ni celle de Weasley au demeurant, mais tout ce stratagème invraisemblable pour voler jusqu'au château dans une voiture trafiquée et non-déclarée auprès du Ministère de surcroît, ce qui a d'ailleurs valu des ennuis à Arthur Weasley ».

A cette évocation, Harry sentit une pointe de culpabilité lui pincer le ventre. Il s'en voulait toujours pour cet incident, d'autant que le père de Ron avait alors écopé d'une amende de cinquante Gallions, rien de très agréable quand on savait que la famille ne roulait pas sur l'or.

« J'ai voulu rembourser l'amende de M. Weasley mais il a toujours refusé que je paye. Il n'a même pas voulu que je rembourse la perte de la Ford Anglia ».

« Quelle noblesse d'esprit... Ce n'est pas seulement l'histoire d'une voiture améliorée, mais le fait que vous vous soyez mis en danger tous les deux ainsi qu'un certain nombres d'autres personnes. Sans compter tout ce qui aurait pu survenir : un problème technique, un égarement, une violation du Code international du secret magique vis-à-vis des Moldus, un accident qui s'est d'ailleurs produit... Une pure inconscience ».

« Pour quelqu'un qui se préoccupe de ma sécurité, ça ne vous a pas empêché de demander notre renvoi de Poudlard » accusa Harry.

« Nous dérivons du sujet initial » répondit brutalement Snape. « Revenons à l'Occlumancie ».

Il lui sembla voir une lueur de défi briller au fond des yeux du garçon, mais ce dernier ne protesta finalement pas et garda judicieusement les lèvres fermées. Quand il finit par parler, Harry se demanda s'il allait le congédier ou lui retirer des points, mais l'homme se contenta d'un :

« Ces Dursley n'avaient en aucun cas le droit de faire de votre chambre une prison. Même si vous aviez vous-même lévité le gâteau sur cette femme, cela n'aurait pas justifié un tel emprisonnement ».

« Ça n'a duré que trois jours ».

« Trois jours de trop ! Que se serait-il passé si les frères Weasley n'étaient pas venus vous chercher ? La méthode là encore n'était pas la plus sage, ils auraient mieux fait de prévenir leurs parents et des sorciers seraient venus vous libérer ».

« C'est ce que j'ai dit à Ron, mais... ».

« Tout l'été, vous seriez resté tout le reste de l'été enfermé ? Je ne comprends pas comment vous n'avez pu en parler ».

Finalement, peut-être que la colère qui couvait dans la voix de Snape n'était pas uniquement dirigé contre lui, songea Harry. Un silence passa, où l'homme sembla s'exhorter à ne pas s'énerver.

« Nous en reparlerons » déclara-t-il avec froideur. « Pour le moment, recommençons. Vous devez freiner mon avancée dans votre esprit. Même si vous n'avez pas eu l'impression de me ralentir, mes incursions musclent votre esprit et l'habituent à ma présence. Êtes-vous prêt M. Potter ? ».

« Oui Professeur » acquiesça Harry, comme si sa réponse avait une quelconque importance...

Snape leva sa baguette :

« Legilimens ».

Autour de lui tout se brouilla et Snape fut dans sa tête. Harry dressa un mur en briques sombres. Sa défense sembla l'entraver, mais l'homme chargea et fissura le roc. Harry se crispa. Snape recommença la manœuvre plusieurs fois, et chaque coup de bélier provoquait un bref mal de tête. Il ne fallut pas longtemps pour que le Professeur explose le mur et s'insinue dans la brèche, l'emportant dans un maelström confus de souvenirs. La douleur explosa, semblant se répercuter dans son corps.

Severus orienta ses recherches selon les réactions inconscientes du garçon à l'approche d'une émotion, d'un souvenir douloureux, sondant les fragiles remparts mentaux qu'il mettait en place. Il en repéra soudain un, et fondit dessus avec l'agilité d'un aigle sur sa proie.

Harry sentit la panique le gagner. Snape avait flairé une information alléchante, mais laquelle ? Il réalisa alors que les vignettes quasi floues qui défilaient à toute vitesse devant ses yeux rappelaient étrangement le rembobinage d'une cassette. Le rembobinage d'une journée qu'il n'avait pas oubliée. Alors il comprit.

Il remontait le temps.

Snape remontait le temps.

Les précieuses secondes qu'il perdit à regarder le Professeur s'emparer de sa vie lui firent réaliser trop tard ce qui allait survenir. La crispation qui lui noua le ventre fut aussi celle qui le trahit. Et soudain, les toits de Privet Drive se dessinèrent sous un soleil accablant. Paniqué, il dressa en catastrophe un vestige de rempart, mais il était évidemment trop tard et il se désagrégea. Snape avait une longueur d'avance, et avait déjà trouvé ce qui l'intéressait. Témoin impuissant d'une existence qui ne lui appartenait plus, Harry assista à toute la scène, emprisonné dans son propre esprit.

Son oncle, bouffi de fureur et ceinture à la main, qui le rattrapait dans le couloir... Les coups de ceinturons qui pleuvaient sur son dos, ses flancs, ses jambes... Jusqu'à ce qu'il parvienne à s'échapper dans la rue... La douleur pendant qu'il courait...

Privet Drive disparut et il fut à nouveau plongé dans le tourbillon incontrôlable de sa vie. Plus précisément, un tourbillon incontrôlable pour lui, mais de toute évidence pas pour Snape. Recherchait-il d'autres scènes similaires ? Probablement.

Le Professeur avait tout vu.

Harry était furieux.

Furieux qu'il ait pu voir ça.

Et à sa fureur s'y calquait une autre, une qui lui était étrangère et le prenait aux tripes, une fureur noire consumée par une fébrilité qui l'effraya et faillit le faire suffoquer. Son mal de tête forcit et il songea à utiliser les derniers instants de la vie de sa mère, avant d'abandonner l'idée. Il n'avait pas envie de revivre ça, même si ça lui permettait de faire ployer Snape. D'ailleurs, Snape avait sûrement paré à cette éventualité. Mobilisant ses dernières énergies mentales, il érigea un mur de flammes dorées et y mit toute sa puissance. Un mur de flammes, comme celui qui était apparu plus tôt dans la cheminée.

Le Professeur inspecta la défense mentale. Les flammes ne devaient pas céder, elles devaient tenir et à tout prix empêcher l'ennemi d'aller fouiner dans ce qui ne le regardait pas. Sa tête le chauffait à blanc, elle allait exploser. C'était intense, plus intense et plus fulgurant que ce qu'il avait jusque là connu dans sa maigre pratique de l'Occlumancie, et il ne tiendrait guère plus longtemps.

Mettant un terme à son supplice, Snape quitta enfin son esprit.

Quand il revint à la réalité, Harry n'était plus sur le fauteuil mais allongé sur une surface dure.

Le sol.

La douleur lui lancinait le crâne, comme lorsque sa cicatrice le brûlait. Il réalisa vaguement qu'il tenait sa baguette le long du corps, sans qu'il ne se souvienne l'avoir dégainée.

Il sentit une poigne puissante le relever sans effort. Le tournis qui le prit aussitôt le fit s'affaler quelque part contre l'épaule de Snape. Il n'était pas en état de philosopher sur le geste impérieux que le Professeur venait de faire pour l'éloigner du mur frais. Plongeant le visage dans son propre coude, il tenta de reprendre une respiration normale. Il avait l'impression que des gouttes bouillantes ruisselaient sur son front. Il pouvait presque sentir les brûlures du ceinturon sur sa peau. La brûlure de l'humiliation.

« Ton oncle tient davantage du lamantin à moustache que de l'homme » commenta Snape avec mépris.

Le tutoiement était de nouveau de rigueur, et Harry ne savait pas si c'était une bonne chose.

« Pourquoi ? » accusa-t-il rageusement. « Vous étiez vraiment obligé de faire ça ? C'est ce que vous cherchez depuis le début pour me faire avouer, n'est-ce pas ? Vous n'avez pas le droit ! ».

Un éclat de férocité traversa le regard sombre du Professeur, qui pivota le garçon et le força à sortir son visage de son coude. Il était pâle, l'air hagard. Severus s'obligea à refouler une colère blanche qui ne devait surtout pas éclater maintenant. Mais les suppliques désolées d'un gamin de quatorze ans à qui un morse humain assenait des coups de ceinture, n'aidaient pas vraiment à calmer. Il se visualisa derechef le souvenir et sentit une nouvelle vague de rage affluer en lui. Erreur.

Il amena sa main sur la nuque tremblante du Gryffondor :

« J'ai tous les droits ! » assena-t-il avec colère, et Harry ne sut déterminer si elle était due à sa piètre performance ou à ce qu'il venait de voir. « Je suis ton professeur, je représente l'autorité et je t'enseigne l'Occlumancie pour t'apprendre à te défendre et ne pas laisser n'importe qui accéder à tes souvenirs, accéder à tes émotions ! Tu es tellement préoccupé par l'envie de me cacher la façon dont te traitent les Dursley que tu ne peux t'empêcher d'y penser même quand je suis dans ton esprit ! Ce que je viens de faire, tout legilimens accompli peut le reproduire si tu ne verrouilles pas suffisamment tes pensées ».

« Vous allez entrer dans mon esprit à chaque fois que vous voudrez savoir ce que je pense ou obtenir un renseignement sur moi, comme la dernière fois ? ».

« Bien sûr que non » rétorqua Snape sur un ton polaire, et Harry s'inquiéta soudain que la main sur son cou n'en profite pour l'étrangler. « Nous pratiquons l'Occlumancie et je dois sonder tes défenses mentales. Cependant il est clair que je n'avais pas d'autre moyen de m'assurer que ton oncle te frappe, et c'est bien regrettable que tu ne me fasses pas confiance car je pense que ce que j'ai vu n'est que la partie visible d'un iceberg que tu veux garder secret ».

Ils se dévisagèrent quelques instants, mais Harry était trop occupé à récupérer de cet effort éprouvant pour pouvoir répondre au Professeur. Il n'avait pas envie de se disputer. Surtout pas au sujet des Dursley.

« Assieds-toi et reprends le contrôle » ordonna Snape en le ramenant de force au fauteuil avant de lui glisser un minuscule flacon dans les mains. « Respire lentement et profondément».

« Qu'est-ce que c'est ? ».

« Ce n'est pas un poison... Si j'avais voulu t'empoisonner et me débarrasser de toi, je l'aurais fait habilement sans que tu ne t'aperçoives de rien jusqu'à ce que tu convulses un beau matin sans comprendre ce qui t'arrive ... ».

Le timbre quoique léger du Professeur sonnait suffisamment vrai pour que Harry le croie sur parole. Et étant donné que sa dernière lubie était de tester leurs propres échantillons d'antipoisons sur ses étudiants, il avait des raisons légitimes se méfier.

« Il s'agit d'une potion à inhaler à base d'un concentré de menthe poivrée. Prends-en des respirations profondes et ferme les yeux, cela te calmera et apaisera le mal de tête ».

« Pourquoi vous ne m'en avez jamais donné avant ? ».

« Parce que jusqu'à présent tu n'avais pas été aussi loin dans tes mécanismes de défense. Quoi qu'il en soit c'est une bonne nouvelle, tu progresses ».

« Vraiment ? » marmonna le Gryffondor.

Le sang pulsait péniblement sur ses tempes, comme pour rendre vie à son visage. Au bout de quelques inhalations de menthe poivrée, il se sentait déjà un peu mieux. Le puissant parfum n'avait rien de désagréable et il trouvait déjà que son mal de tête lancinant commençait à s'atténuer. Et garder les paupières closes lui permettait de ne plus affronter le regard du Professeur. Un regard inquisiteur qui avait vu l'envers du décor chez les Dursley, vu la facilité avec laquelle son oncle l'avait frappé.

« Tu as opposé une résistance mentale plus importante qu'à l'accoutumée, une résistance plus forte qui explique ce mal de tête. C'est une conséquence tout à fait normale de l'entraînement à l'Occlumancie, cela prouve que tu muscles ton esprit. L'idée d'une défense physique par l'usage de la baguette est également intéressante et nous aurons l'occasion d'explorer cette piste ».

« Je n'ai même pas réussi à vous empêcher de visualiser le souvenir ».

« Tu ne l'aurais pas pu car je devais voir cette scène, mais il y a une avancée indéniable. Bien sûr, ce n'est qu'un début et il faudra encore bien des exercices ».

Le compliment rasséréna Harry. Si Snape le lui disait, c'est que cela devait être vrai. La voix du Professeur était redevenue neutre, ce que démentait son visage fermé lorsqu'il rouvrit les yeux et le trouva devant lui, l'observant inhaler sa menthe poivrée.

« Tu as sorti ta baguette pendant mon incursion dans ton esprit, que comptais-tu faire avec exactement ? ».

« Je ne sais pas, c'était sûrement pour me défendre instinctivement. C'était intenable, j'ai cru que ma tête allait exploser, ça ne m'était encore jamais arrivé pendant l'Occlumancie ».

« Quel sort de défense m'aurais-tu lancé pour protéger ton esprit de mon intrusion ? ».

« Je n'en connais pas vraiment ».

Il avait le cerveau vide, débranché. Aucun ne lui venait en mémoire. L'intrusion mentale l'avait comme vidé de toute énergie.

« Le Charme du Bouclier, je suppose ? ».

« On ne l'a jamais appris en cours ».

« Le Charme du Bouclier, même élaboré de façon très basique, permet de se défendre contre certains types de sorts. Mais il peut également être utile lors d'une attaque mentale pour déstabiliser l'adversaire et tenter une ouverture. Nous aurons l'occasion d'en reparler ultérieurement, mais c'est un sort supposé être étudié en théorie et en pratique à partir de la deuxième année en cours de Défense Contre les Forces du Mal ».

« Ce n'était pas au programme du professeur Lockhart ».

« Je doute que cet escroc notoire de Gilderoy Lockhart ait jamais su matérialiser un bouclier digne de ce nom. Nous parlons tout de même d'un individu incapable de se débarrasser d'un serpent, confondant le sortilège Incendio destiné à créer des flammes, avec le sortilège Ascendio employé pour propulser une personne ou tout autre bien en hauteur... Proprement consternant. Plus soucieux de s'occuper de son apparence et de soigner sa couverture plutôt que le contenu de ses cours ».

« Le professeur Lockhart nous faisait rejouer ses aventures comme dans une pièce de théâtre, en s'accordant toujours le rôle du héros » fit Harry en esquissant un faible sourire. « Une fois il m'a forcé à jouer le rôle d'un loup-garou qui terrorisait des villageois dans un comté des Carpates... Il nous a dit qu'il l'avait terrassé tout seul en lui redonnant définitivement une forme humaine ».

« Pitoyable » cracha Snape avec un tel mépris que le Gryffondor frissonna. « Il est impossible de retransformer un loup-garou en homme. Seule la potion Tue-loup prise avant chaque pleine lune permet d'atténuer les effets de la Malédiction, et sa préparation requiert un niveau technique avancé en Potion, niveau que n'a certainement pas Lockhart. Je n'ai jamais compris quel éclair de folie avait bien pu pousser le professeur Dumbledore à engager cet imposteur alors que n'importe quel autre candidat aurait fait l'affaire ».

Oh, Harry était à peu près persuadé qu'aux yeux de Snape, personne d'autre que lui ne ferait affaire au poste de Défense...

« Continue à respirer le flacon et profites-en pour m'éclairer sur ce que je viens de voir. Ce jour-là tu avais refusé de tailler la haie du jardin, c'est bien cela ? ».

« Je vous l'ai dit la dernière fois Professeur... c'est une haie qui fait toute la longueur du jardin et mon oncle voulait que je m'en occupe en pleine canicule alors que... ».

« Alors que tu étais déjà harassé de tâches domestiques en tout genre, tu me l'as déjà dit. Ça se passe ainsi à chaque fois que tu rechignes à faire une corvée ? ».

« En règle générale je n'ai pas le choix et je fais ce qu'on me dit. Mais là... j'étais exténué ».

« Alors ton oncle a sorti la ceinture pour te corriger ».

« Il n'a pas supporté que je lui réponde ».

« Ce n'est pas très étonnant, tes insolences ont parfois la capacité à considérablement énerver les gens » dit Snape sur un ton velouté. « Ce qui ne justifie pas les violences ».

« Oncle Vernon avait insulté mes parents, je ne pouvais pas le laisser avoir le dernier mot » répliqua sèchement Harry.

Severus acquiesça lentement. Il ne voulait même pas savoir ce qu'avait dit cette brute sur Lily, car il savait que ça ne manquerait pas d'alimenter sa colère contenue.

« Il a dit qu'ils étaient morts comme des faibles dans leur lit » ajouta cependant le garçon, et Severus serra le poing. « Vous pouvez croire que cette punition était méritée à cause de mon insolence comme vous dîtes, mais si ça suppose de défendre la mémoire de mes parents alors je ne regrette rien ! Je ne regrette rien et je le referai encore et encore, quoi que cela doive me coûter ».

« Très noble » commenta Snape. « Digne de la maison Gryffondor. Ces coups de ceinture, ça arrive souvent ? ».

« Rarement. Oncle Vernon préfère les gifles... et parfois, les coups de canne ».

« Des coups de canne... Est-ce qu'il te frappe souvent ? ».

« Parfois ».

Severus était prêt à parier que parfois n'avait pas la même valeur quantifiable pour tous les deux. Parfois était à son goût déjà beaucoup trop.

« C'est-à-dire ? »

« Écoutez... est-ce que c'est vraiment important ? » répondit Harry, que cette conversation commençait à rendre mal à l'aise.

« C'est-à-dire, M. Potter ? » exigea plus durement Snape.

« Quand je mets trop de temps à exécuter un ordre, quand il est énervé et que j'ai le malheur de me trouver sur son passage, ou quand il n'aime pas ce que je lui dit... Mais les coups de cannes, ce n'est pas si grave que ça. C'est même déjà arrivé à Dudley, et mon autre tante, la tante Marge, m'en mets dans les tibias quand je ne sers pas les plats assez vite à son goût ».

« Rien de trop grave, vraiment ? Et avoir une chambre transformée en prison, ce n'est pas grave non plus, je suppose ? ».

Harry n'osait imaginer la réaction du Serpentard s'il apprenait qu'il avait grandi dix ans dans un placard. Et à la façon dont l'homme serrait sa baguette, nul doute que s'il avait eu l'oncle Vernon sous la main, il lui aurait accordé sans plus tarder une nouvelle vie sous la forme d'un ectoplasme voguant dans les bocaux à ingrédients.

Severus vit le garçon se passer une main nerveuse sur le visage, signe d'embarras. Il acquis soudain la certitude déplaisante que si le gamin ne répondait pas, alors c'est que les barreaux aux fenêtres n'étaient pas le plus grave. Il s'approcha du fauteuil et l'inspecta attentivement :

« Qu'y a-t-il que tu ne me dis pas, Harry ? » s'enquit-il d'une voix lente. « Une fois de plus, inutile de me mentir, cela ne te serait d'aucune aide ».

« Je préfère ne pas en parler ce soir, Professeur ».

« Ce soir ou un autre, quelle différence ? ».

« Si je vous le dis, vous devez promettre de ne pas vous énerver et de ne le dire à personne ».

« Tu n'es pas vraiment en position de négocier ».

« Promettez de ne pas vous énerver ».

« Ni de me donner des ordres ».

« Mon oncle deviendra fou de rage s'il apprend que je vous l'ai dit, il va me tuer ... ».

La peur qui s'empara soudain du corps du Gryffondor n'échappa guère à Severus. Ce qui n'augurait rien de bon. Et il ne pouvait pas promettre de ne pas s'énerver, alors qu'il se contrôlait déjà pour ne pas laisser son esprit se faire assaillir par des plans échafaudés visant à faire payer Pétunia et son mari. Mais le garçon était sur le point de lui faire une confidence, alors il ne fallait pas le brusquer.

« Personne ne te tuera, Harry. Et certainement pas ton oncle ».

« Il me le fera payer si quelqu'un s'en mêle ».

« Crois-tu que je permettrai à ce Moldu imbécile de te faire à nouveau du mal ? » demanda Snape d'un timbre doux comme le velours.

Harry se figea. La question du Professeur ouvrait des perspectives nouvelles... Cela signifiait-il qu'il ne retournerait pas chez les Dursley ? Il sentit soudain une boule d'espoir se former au creux de son ventre, l'espoir de vivre ailleurs n'importe où que chez les Dursley, chez Sirius ou chez les Weasley... Bon sang, il irait même chez Snape si ça pouvait lui éviter les Dursley !

« Harry, mon garçon, fais-moi confiance. Je ne laisserai plus ton oncle et ta tante s'en prendre à toi ».

Il avait dans cette formule familière 'mon garçon' ce petit quelque chose d'étonnamment apaisant dans la voix caressante de Snape. Quand l'oncle Vernon l'appelait 'mon garçon' c'était comme une insulte dans sa bouche, et il n'avait jamais aimé qu'il l'appelle ainsi. Là... le ton réconfortant du Professeur lui donna envie d'y croire, et son cœur s'emballa.

Oui mais... Harry n'était pas sûr que Snape encaisse sans broncher le fait qu'il ait dormi dix ans dans le placard sous l'escalier. Non pas qu'il ait l'air de bien prendre ce qu'il venait de découvrir au sujet des Dursley, mais sa colère froide semblait maîtrisée. Maîtrisée mais pas invisible : son visage pâle était plus impénétrable que jamais, sa mâchoire serrée et ses yeux noirs luisaient avec dureté. S'il lui avouait le secret du placard sous l'escalier, le Professeur risquait bien de perdre son sang-froid et de déchaîner sa colère. Or, Harry était seul avec lui, et violent ou pas, il ne tenait pas à affronter la fureur du Maître des Potions. Ça attendrait. Il lui dirait un autre jour, le temps que les choses se tassent. Alors il leva le regard vers lui :

« C'est juste que... vous ne devez le dire à personne. Vous ne devez pas dire que ma famille est affreuse et que mon oncle est violent. A personne, et surtout pas aux Dursley. C'est mon jardin secret ».

« Dans ce cas, je me demande quelle place occupent les ronces dans ton jardin secret » répondit simplement Snape.

Il n'y avait aucune malice dans la voix du Professeur, simplement une mélancolie dont Harry était certain qu'elle ne s'appliquait plus uniquement à lui. La remarque remua en lui quelque chose d'indécis et il détourna la tête vers le feu de cheminée, se concentrant sur le flacon. Seul un lointain mal de tête persistait, les inhalations étaient très efficaces et il était bien dommage que Snape n'ait jamais songé à lui souffler l'astuce avant.

« Revenons à l'Occlumancie, Professeur » demanda-t-il, obtenant en guise de réponse un haussement de sourcil ironique.

« Je dois dire que je ne m'attendais pas à entendre un jour cette requête de ta part. J'imagine que cela n'a rien à voir avec notre conversation ? Ou bien dois-je m'inquiéter des effets secondaires de cette potion à base de menthe poivrée qui plongerait celui qui la respire dans une hébétude suspecte ? ».

« Professeur... ».

« Écoute-moi attentivement. Tu dois impérativement comprendre que ces Dursley n'ont aucun droit de te traiter de la sorte. Ton oncle n'a le droit ni de te donner des coups de cannes à toi ou même à ton cousin, ni de te frapper, ni de sortir le ceinturon, il n'a pas le droit de te blesser que ce soit parce que tu as été insolent ou parce que tu t'es mal comporté. Lui et ta tante n'avaient pas davantage le droit de transformer ta chambre en prison, de te nourrir et te traiter comme moins qu'un vulgaire prisonnier. Ce qui se trame chez ta famille est inadmissible et lâche ; et je déplore que tu n'aies jamais informé un adulte compétent à Poudlard sur ce qu'il se passe là-bas ».

« Vous ne comprenez pas » répondit Harry d'une voix hésitante.

« Je le comprends bien plus que tu ne pourrais l'imaginer » rétorqua Snape. « Je me demande pourquoi et surtout comment tu as pu accepter ça sans sourciller, et bien que je pense en connaître les raisons je ne te juge pas. Et si tu ne souhaites pas l'exprimer maintenant, c'est très regrettable car je dois savoir ce qu'il en est afin de pouvoir t'aider. Toutefois je le déplore car il est de mon devoir tout d'abord en qualité de professeur d'assurer ta protection, et surtout au regard de la promesse sur laquelle je me suis engagée. Or je ne peux pas te protéger convenablement si tu ne me dit pas tout. Réfléchis-y car je n'oublierai pas et je ne te lâcherai pas. Tu es aussi opiniâtre que ta mère, mais hélas pour toi, ça nous faisait un point commun ».

Son timbre de voix grave et calme ne dissipait en rien la conviction dans les mots de Snape, et Harry grimaça en comprenant qu'il l'aurait sans cesse sur son dos. Au moins, il avait obtenu un sursis.

La séance d'Occlumancie se poursuivit encore sur une longue demie-heure au cours de laquelle le Professeur lui expliqua en détail les points à améliorer, insistant sévèrement sur l'importance de pratiquer quotidiennement les exercices consistant à faire le vide dans son esprit, avant de lui conseiller de se bâtir des défenses mentales plus solides. Il y eut plusieurs intrusions dans son cerveau, d'où il ressortit systématiquement avec un mal de crâne qui lui faisait automatiquement inhaler le flacon à base de menthe poivrée. La solution de facilité finit par agacer Snape qui la lui arracha finalement des mains.

« Professeur ! » protesta Harry en suivant du regard la fiole qui disparut dans un repli de la cape noire du Serpentard.

« Assez. Tu n'es pas ici pour te shooter, ce mélange est à utiliser avec parcimonie, pas à chaque incursion mentale ».

« Je ne suis pas un drogué ».

« Non, et je n'ai donc pas envie de te voir en adopter les réflexes » répliqua Snape.

« Je ne suis pas un drogué » répéta Harry. « Je ne suis pas obligé de souffrir inutilement en faisant de l'Occlumancie, je ne vois pas en quoi ça pourrait me faire du mal d'apaiser mes maux de tête ! Ce n'est que de la menthe et du poivre, pas du poison ».

« Inutile de discuter M. Potter. Il ne s'agit pas que de menthe poivrée, d'autres ingrédients aux propriétés diverses interviennent dans cette potion, dont les effets peuvent conduire la personne qui la respire à développer une certaine accoutumance lorsqu'elle est prise à outrance. Votre corps risquerait de réclamer encore et encore des inhalations bienfaitrices pour atténuer la douleur due à l'Occlumancie, ce qui entraîne une multitude de conséquences nuisibles à votre apprentissage. Nous en avons terminé pour ce soir ».

Le ton nettement plus détaché du Professeur réduisit Harry au silence et il se tint tranquille, vaguement inquiet du retour du vouvoiement. C'était décidément très étrange. Pas les sautes d'humeur de Snape qui semblaient faire part intégrante de sa personnalité, mais ces brusques revirements entre tutoiement puis vouvoiement, puis à nouveau tutoiement puis... Sans compter l'emploi de son prénom qui instaurait inévitablement une proximité qu'il ne savait comment apprivoiser. Il se frotta les yeux pour reprendre ses esprits. Ce n'était pas le moment de s'appesantir sur ce détail.

« Nous reprendrons les séquences après les vacances de Noël. Profitez-en pour vous exercer. A moins que vous ne repartiez quelques jours chez les Dursley, mais vous figurez sur la liste des étudiants souhaitant rester au château durant les deux prochaines semaines ».

Harry se demanda pourquoi diable le Professeur était allé vérifier qu'il était bien inscrit sur la liste.

« Je reste en effet à Poudlard. Vous savez, le bal de fin d'année... je suis obligé d'y participer en tant que champion ».

Enfer et damnation. Peut-être devait-il reconsidérer de plus près l'hypothèse de passer Noël à Privet Drive, loin des paillettes et de la piste de danse ... Il crut distinguer une lueur moqueuse dans le regard de Snape, et lorsqu'il le vit ouvrir la bouche, certainement pour distiller une remarque sarcastique qu'il refusait d'entendre, il se dépêcha d'ajouter :

« Je reste toujours à Poudlard pendant les vacances, je ne retourne chez les Dursley que pour l'été ».

« Je sais » dit simplement Snape. « Je l'avais remarqué ».

Le regard impénétrable du Professeur renvoyait à Harry tous les non-dits qui planaient dans sa réponse, et il sentit un malaise énigmatique l'effleurer. Bien sûr qu'il savait. A chaque Noël, il était l'un des rares étudiants à rester au château, alors que la plupart des autres élèves normaux retrouvaient l'intimité et le confort auprès de leur famille. Alors que le silence s'éternisait, l'homme finit par reculer et lui ordonna sur un ton sec :

« Debout. Mettez-vous en position de duel. Le Charme du Bouclier, rien de tel qu'une petite démonstration ».

Harry obtempéra avec inquiétude, triturant fébrilement sa baguette, tandis que le professeur se mettait en place à l'autre bout du bureau. Un duel, vraiment ? Il allait se faire laminer...

« Bien que le Charme du Bouclier soit enseigné en théorie en deuxième année, je pense que Maugrey se chargera de vous l'inculquer cette année. Je ne vais donc pas vous faire un cours sur le sujet, mais vous donner une idée de ce à quoi ressemble le sort. Vous pourrez retenir la formule dans votre esprit et peut-être un jour l'utiliser contre quelqu'un qui voudrait à mauvais escient tenter de violer vos pensées. Le sortilège de protection peut même être lancé inconsciemment, ce qui explique pourquoi vous aviez sorti votre baguette lors de ma petite... balade. Si ce mécanisme de défense peut fonctionner en provoquant la surprise chez votre ennemi, il faut toutefois savoir en mesurer l'intensité si vous ne voulez pas vous retrouver dans son esprit à lui et vous mesurer à de... regrettables conséquences ».

Harry ne savait si l'once de menace dans la voix de Snape lui était personnellement destinée, et il s'efforça d'enregistrer l'information. Ne pas défier Snape pendant l'Occlumancie. Ce qui supposait d'aller à contre-courant de ses instincts, et il n'était pas sûr de pouvoir s'y tenir.

« Ceci n'est pas une position de duel M. Potter. Ne restez pas les bras ballants, vous faîtes une cible de choix ».

Le Gryffondor leva sa baguette.

« Ce n'est pas davantage une position convenable de duel » fit remarquer Snape. « Lancez-moi un sort ».

« Quel sort ? ».

« Allons, ce n'est pas comme si c'était la première fois que vous me lanciez un sort » persifla Snape. « Cabane Hurlante, l'été dernier. Ce qui me fait penser que vous n'avez jamais été puni pour cette agression envers un professeur… Ni Miss Granger ni M. Weasley. Heureusement, il n'est jamais trop tard pour laver l'affront ».

« C'était un malentendu » bredouilla Harry, et Snape esquissa un rictus.

« Lancez le sort, n'ayez pas peur de me blesser ».

Ça, Harry était persuadé que Serpentard ne le laisserait pas le blesser. L'idée même qu'il puisse le blesser était à se rouler de rire par terre.

« Je vais lancer le sortilège de Désarmement »

« Quelle prévenance… Avec un comportement aussi chevaleresque, votre adversaire n'a plus qu'à bien se tenir » ricana Snape.

Harry haussa les épaules.

« Expelliarmus ! ».

Parfaitement exécuté, un rayon rouge fusa de sa baguette sur Snape qui lança : « Protego ! ».

Le bouclier bleu translucide qui se forma devant le Maître des Potions dévia le sortilège qui, plutôt que de se perdre dans les profondeurs du cachot comme il s'y était attendu, revint droit sur Harry à une vitesse identique. Il n'eut même pas le temps de prononcer la formule faisant apparaître un bouclier – ce qui aurait été vain puisqu'il n'avait jamais utilisé ce Charme, et son propre Expelliarmus lui fit sauter la baguette des mains. Snape l'attrapa à la volée, semblant amusé par l'air déconfit qu'affichait le garçon.

« Vous savez que vos réflexes d'Attrapeur ne sont pas utiles uniquement au Quidditch, n'est-ce pas M. Potter ? La prochaine fois qu'un sort vous est directement renvoyé, esquivez-le plutôt que d'attendre de le recevoir parce que vous n'avez pas appris le Charme du Bouclier ».

« Je ne m'y attendais pas » grinça Harry, très conscient que Snape avait entièrement raison.

« Que dit Fol Œil, déjà ? Ah oui... Vigilance constante » fit l'homme en lui remettant sa baguette.

D'un geste de la main il fit ouvrir la porte et l'invita à sortir.

Le feu intense qui brûlait dans la cheminée avait réussi l'exploit de rendre la température de la pièce sinon chaleureuse, du moins tolérable. Mais lorsque Harry mit le pied hors du bureau, le froid des cachots l'agressa et lui rappela qu'il ne portait qu'une cape d'intérieur. Snape lui jeta un regard mauvais qui en disait long sur ce qu'il pensait de sa capacité de prévoyance, mais ne fit aucun commentaire.

« Vous n'êtes pas obligé de m'accompagner, Professeur ».

« Je ne vous accompagne pas, je vais à la Bibliothèque. N'allez surtout pas croire que je suis devenu votre garde-du-corps attitré » rétorqua Snape, et Harry leva les yeux au ciel.

Lorsqu'ils quittèrent les sous-sols et s'engagèrent dans les couloirs, des rires et exclamations lointaines leur parvinrent depuis le Hall de Poudlard.

Severus soupira. Certains avaient décidé de célébrer comme il se devait le début de la trêve de Noël. Ça lui était égal au fond, après cette longue journée de cours infernale où ses classes écervelées avait cru pertinent de relâcher leur concentration en enchaînant les erreurs, tout ce qui lui importait était de se perdre à la Bibliothèque et dénicher de quoi approfondir ses recherches sur les propriétés du sang de lynx loup-cervier. Mais il était passée maître dans l'art pour gérer les situations de crises disciplinaires avec les étudiants les plus récalcitrants, alors il n'allait pas laisser quelque pitre que ce soit gâcher sa soirée.

De sa démarche impériale qu'il savait si intimidante, il accéléra vers le Hall, mais le garçon à ses côtés ne se laissa pas distancer. Les salves d'exclamations se faisaient plus fortes. Visiblement, on s'amusait bien. Alors qu'il allait demander à Potter de ne pas rester dans ses jambes, ce qu'il découvrit ne le déçut pas.

Dans le vaste hall, une foule d'étudiants enthousiastes s'était rassemblée au bas d'un escalier menant vers les salles de classe.

« Regardez, l'escalier ! » s'exclama inutilement Potter en pointant du doigt.

« Merci, je ne suis pas aveugle » répliqua Severus. « Et pointer quelque chose du doigt en public est une attitude tout à fait impolie ».

Harry se tourna vers lui, bien plus ragaillardi qu'il ne l'avait été dans son bureau.

« C'est génial ! ».

Severus ne trouvait pas ça particulièrement génial, contrairement à la totalité des autres personnes présentes dans le Hall. Parce que l'escalier n'avait plus rien d'un escalier. Les marches en pierre étaient désormais bien plus lisses et transformées en un toboggan glissant à souhait, en témoignaient les glissades de ceux qui s'élançaient depuis le haut des escaliers.

Les élèves étaient ravis. Ravis de s'élancer comme des sauvages dans l'escalier, ravis de se donner en spectacle devant les étudiants des délégations étrangères. Il regarda un garçon charpenté de Durmstrang effectuer une adroite pirouette sous les applaudissements admiratifs de jeunes filles, et soupira derechef. Tournant la tête, il accrocha le regard des professeurs McGonagall et Flitwick qui lui adressèrent des signes amicaux. Manifestement, ils ne comptaient pas intervenir immédiatement.

« Suis-je vraiment le seul professeur ici à réprouver l'idée d'enchanter un escalier en un dangereux instrument de blessures voire de mort ? » gronda-t-il avec une pointe de mauvaise foi.

« Il n'y a aucun danger, l'escalier n'est pas si long » argua Potter, qui se laissait gagner par la bonne ambiance qui régnait dans le hall. « Je me demande qui a bien pu faire ça... Vous croyez que celui qui est derrière ça pourrait enchanter le plus grand escalier du château ? ».

« Hors de question M. Potter » balaya Snape au moment où les jumeaux Weasley exécutaient un périlleux salto avant sous les hourras de la foule. « Ce château est un lieu d'étude, pas un parc d'attraction ».

Il hésitait toutefois à intervenir. Maintenant que ses collègues surveillaient cette récréation improvisée, il pouvait bien s'éclipser en paix dans les travées paisibles de la Bibliothèque. Ce n'était pas un enchantement burlesque qui allait donner du fil à retordre à Flitwick l'expert en sortilèges. Et puis tant qu'ils étaient tous là à se ridiculiser en poussant des cris délurés, ils n'étaient pas à lui faire de l'ombre dans les rayonnages. Et puis... la joie naissante sur le visage du gamin... les joyaux émeraudes brillants captivés par la rampe magique... Un étrange sentiment lui noua le ventre. Un sentiment auquel se superposa la colère blanche qui avait menacé pendant leur tête-à-tête, la colère contrôlée à l'idée que ces satanés Dursley aient pu faire de sa chambre une prison.

« Bonnes vacances, mon garçon » déclara-t-il avant de tourner les talons.

La voix du Gryffondor s'éleva dans son dos.

« Poudlard, professeur. C'est Poudlard ».

Severus se retourna, intrigué. Avait-il raté un morceau de conversation ?

« Comment ça, c'est Poudlard ? ».

« Vous m'avez demandé tout à l'heure pourquoi je n'ai rien dit sur les Dursley. Poudlard est la meilleure chose qui me soit arrivée dans ma vie ».

Et il s'enfuit parmi les étudiants, avant que Severus n'ait pu songer à le rattraper. Car les paroles du garçon faisaient écho à des pensées qui jadis avaient été les siennes.