Précédemment...

De retour d'un repas chez Hagrid, Harry croise Maugrey qui le met mystérieusement en garde contre le Maître des Potions...

Bonne lecture !


Le Serment à la Nuit : Chapitre XXII

Sniffle


D'aussi loin que porte son regard, tout n'était que calme et volupté.

Les sommets des montagnes enneigées se perdaient dans un ciel pâle et tourmenté. Les eaux gris perle du lac épousaient des berges immaculées, et la Forêt Interdite, parée de son blanc manteau, évoquait une forêt de Laponie, inoffensive et enchantée. Dans le parc, les serres et verrières du professeur Chourave qu'ils avaient dépassées quelques minutes auparavant rappelaient des chef-d'œuvres pâtissiers en sucre glace comme il devait s'en préparer en ce moment même dans les cuisines de Poudlard, tandis que, tel une citadelle de cristal où le temps semblait s'être suspendu, le château leur apparaissait plus magnifique que jamais. Et Pré-au-Lard, nichée dans cet écrin étincelant avec ses toits pointus enneigés, ses cheminées fumantes, ses rues médiévales et ses cottages si superbement décorés, sortait tout droit d'un conte mystique.

Harry prit une inspiration à pleins poumons, savourant la douce sensation de liberté qui lui ensorcelait peu à peu les sens. Il avait presque oublié à quel point Poudlard était splendide sous la neige, et chaque année était un émerveillement, une pure redécouverte. Et cette année plus particulièrement. Parce que cette année... Un sourire léger sur les lèvres, il se tourna vers Ron et Hermione, emmitouflés dans leurs capes en laine.

« Si vous saviez comme je suis content que Sirius ait signé mon autorisation de sortie !Je crois que je ne pouvais pas rêver meilleur cadeau de Noël ».

« Nous aussi, Harry! » fit gaiement Ron, ses cheveux roux et flamboyants dissimulés sous un bonnet péruvien. « Et cette fois-ci, tu pourras en profiter sans avoir à surveiller tes arrières, ou à te cacher sous une table des Trois-Balais avec ta Biéraubeurre à chaque fois qu'un professeur entre comme au dernier Noël ! ».

« Et sans risquer de terminer ma journée en retenue ».

« Ne te réjouis pas trop vite ceci dit, une retenue aurait pu t'éviter d'ouvrir le Bal de Noël... ».

Hermione émit un gloussement amusé et les attrapa chacun par un bras pour les entraîner d'un pas décidé rejoindre le flot d'étudiants joyeux qui arpentait le chemin verglacé menant aux premières maisons de Pré-au-Lard. Se laissant porter par la foule, Harry resserra son écharpe rouge et or sur le cou, s'efforçant de reléguer aux oubliettes la perspective du Bal de Noël qui aurait lieu ce soir, 24 décembre.

Oh, il avait fini par trouver sa cavalière qu'il avait invitée dans un sursaut de valeureux Gryffondor à l'apogée du tournoi de Bataille Explosive dans la salle commune. Et l'engouement suscité par la missive surprise de Sirius lui avait fait prendre son courage à deux mains pour demander à une Parvati gloussante de bien vouloir lui faire l'honneur de l'accompagner. Lui qui avait établi mille et une stratégies pour inviter une fille ou se dérober à cette corvée, ce n'était finalement rien du tout... Pas grand chose, en comparaison, à la panique nichée dans son ventre à l'idée d'ouvrir le festin en dansant.

Sirius lui avait renvoyé dans la foulée son autorisation de sortie signée pour Pré-au-Lard. Autorisation qu'il s'était empressé de remettre au professeur McGonagall qui, à sa grande surprise, n'avait même pas cillé en découvrant sur le morceau de parchemin le nom d'un criminel activement recherché par le Ministère de la Magie. C'était en tout cas une excellente nouvelle, qui signifiait sûrement qu'il pourrait rencontrer Sirius à l'occasion d'une sortie à Pré-au-Lard ou ses environs. Car si Hedwige avait été aussi rapide, c'est que Sirius était dans les parages, et une rencontre était imminente, il en était certain... avec un peu de chance, ils pourraient même se voir avant la reprise des cours.

Évidemment, il leur faudrait être prudents... Mais il avait sa cape d'invisibilité, et il comptait bien s'en servir si cela devait protéger Sirius.

Happé dans la folie des préparatifs de Noël, le village de Pré-au-Lard fourmillait de tous les côtés, et jamais Harry n'aurait pu parier qu'il puisse y avoir encore plus de monde que la dernière fois lors de son escapade interdite. Les badauds se pressaient devant les vitrines éclatantes, se précipitaient à l'intérieur des bars et boutiques, et à l'angle des rues éclataient des batailles de boules de neige spontanées, initiées par des étudiants la plupart du temps ; des couronnes de houx étaient accrochées au-dessus des portes et des guirlandes de chandelles magiques pendaient aux branches des arbres.

« On va à Zonko ? » lança Ron. « Je dois reconstituer mon stock de farces et attrapes ».

Impossible de rater la boutique multicolore de Zonko devant laquelle trônait une immense fontaine chantante distribuant gracieusement des friandises pour le plus grand bonheur de jeunes enfants. Sitôt que Harry eut poussé les portes, une atmosphère chaleureuse l'assaillit. Une chose virevoltante lui fondit dessus en guise d'accueil, et seul son instinct d'Attrapeur lui permit d'esquiver habilement ce qu'il identifia comme étant une Bombabouse volante. Grisé par l'enthousiasme débordant des lieux, il fit le tour de la boutique en s'extasiant devant chaque article de farces et attrapes qu'il découvrait.

« Regarde Harry, il y a une promotion éclair sur les Pétards mouillés du Dr. Flibuste ! » s'exclama Ron en l'attrapant par la manche. « C'est une occasion inespérée, une aubaine ! ».

« Je te rappelle que les pétards sont interdits à Poudlard » fit Hermione en examinant une tasse qu'elle venait d'attraper sur une étagère. « C'est indiqué dans la liste des objets prohibés par Rusard et affichée dans son bureau ».

« Je m'en fiche comme d'une guigne ! Dix Gallions la pochette au lieu de trente Gallions, une promotion spécialement pour Noël, il m'en faut absolument ! Ou alors, vous n'avez qu'à me les acheter comme cadeaux... Oh, des yo-yo hurleurs ! Génial ! Si je pouvais m'en servir en cours de Divination pour faire craquer les nerfs de cette vieille Trelawney ».

Avant que Harry ait pu lui répondre qu'il trouvait l'idée excellente, la tasse s'échappa soudain des mains de Hermione et lui bondit dessus. Il vit distinctement une rangée de petites dents pointues sur le côté de la fragile porcelaine.

« Attention, elles mordent ! » lança une vendeuse de Zonko, rayonnante dans son costume illuminé.

Il attrapa la tasse par l'anse, lui arrachant une moue triste et boudeuse. Tous trois éclatèrent de rire.

« Mais rassurez-vous, elles ne sont pas venimeuses ! C'est une Tasse à Thé mordeuse, vous devrez apprendre à les apprivoiser pour qu'elles arrêtent de vous mordre, ensuite elles deviennent tellement fidèles pour vous protéger qu'il est impossible de s'en séparer. Cinq Gallions le lot de Tasses à Thé mordeuses ! ».

« Fred et George ont déjà fait cette blague à ma mère devant une ribambelle d'invités lors d'un goûter organisé » sourit Ron en agitant un doigt provocateur devant la rangée de dents. « Ils ont caché le vrai service à thé, et l'ont remplacé par des Tasses à Thé mordeuses. Imaginez un peu la tête des invités quand ils ont commencé à boire... Ma mère était tellement furieuse qu'elle les a pourchassés à coups de balais. Heureusement pour eux, ils courent plus vite qu'elle ... Oh, venez donc voir par là ! ».

A côté d'un immense tonneau débordant de bonbons à hoquets très prisés, une fillette manifestement impressionnée testait l'un des produits de la boutique, des pétards explosant en beaux feux d'artifices colorés représentant des créatures qui prenaient vie au centre du magasin. Tout le monde s'écarta quand un dragon rouge sang d'une taille respectable jaillit du pétard allumé et rugit avec force sur les clients.

« Les Pétards magiques du Docteur Flibuste ! » annonça un vendeur. « Certes plus chers que les Pétards mouillés, mais plus élaborés puisque ce sont toutes vos créatures préférées qui prennent vie sous vos yeux ébahis... Le dragon vous a fait rêver ? Et encore, vous n'avez rien vu, ce n'était que la plus petite gamme de nos produits... Par ici pour en mettre plein la vue à vos amis ! ».

« Fabuleux ! » s'écria Ron, les yeux étincelants.

Fabuleux était un mot bien faible pour qualifier l'après-midi qu'ils passèrent à Pré-au-Lard...

Harry eu l'impression de s'être amusé des heures avec les ustensiles loufoques de chez Zonko lorsqu'il en ressortit, heureux et ragaillardi, son sac plein de gadgets farceurs et malins qu'il se promit d'utiliser rapidement.

Dans une boutique voisine, des curieux s'étaient agglutinés contre une vitrine, observant un grand aquarium où nageaient et d'étranges bestioles dans une eau bleutée.

« Qu'est-ce que c'est, à votre avis ? » demanda Harry en désignant de sa main gantée un curieux petit mollusque. « Je n'ai jamais rien vu de tel, on dirait un rat de mer ».

L'étrange créature d'un gris anthracite évoquait une souris aux yeux vifs dotée d'une anémone jaune canari sur le dos, et nageait à l'aide de ses petites pattes palmées.

« Peut-être que ça se mange comme un fruit de mer » fit Ron.

« C'est un Murlap » répondit Hermione en désignant une pancarte planté près de l'aquarium. « Il vit près des côtes britanniques et est totalement inoffensif, se nourrissant exclusivement de crustacés. C'est écrit que les propriétés de l'essence de Murlap une fois préparée puis laissée reposée sont très efficaces pour guérir les lésions et plaies cutanées ; la corne qu'il porte sur le dos tombe naturellement lorsqu'elle arrive au terme de sa croissance. J'avais déjà entendu parler de l'essence de Murlap en cours de Potions mais j'ignorais que c'était un animal marin, j'étais persuadée qu'il s'agissait d'une simple plante aux propriétés médicinales... ».

Longeant la vitrine, Harry approcha son visage et jeta un œil à l'intérieur. La boutique présentait des étals soignés et abondamment fournis, proposant divers chaudrons, tonneaux d'ingrédients et nécessaires à la préparation de potions. Un pan de mur entier était quant à lui occupé par une bibliothèque, tandis que sur de grandes tables cirées reposait un vaste panel coloré d'épices. Au fond du magasin, il semblait même y avoir une serre si l'on en jugeait les plantes qui poussaient dans les pots.

« Tout à fait épatant » commenta Ron sans conviction avant de se détourner et de lancer avec plus d'enthousiasme « Ah... Honeydukes ! ».

Honeydukes... L'irrésistible.

La célèbre confiserie, paradis sur Terre pour tous les gourmands, où les étagères étaient remplies d'innombrables bonbons, délices et nourritures aussi appétissants les uns que les autres... D'énormes cubes de divers parfums de chocolats figuraient sur les présentoirs, à côtés de nougats géants. D'agiles mains avaient bâti une pyramide de petites citrouilles sucrées, tandis que d'autres avaient réalisé d'ensorcelantes et jolies sculptures en caramel. Au fond du magasin, les clients pouvaient se servir directement en dragées surprises de Bertie Crochue dans de gros chaudrons en cuivre.

Alors que le ciel commençait à s'assombrir, signe que la nuit n'allait pas tarder à tomber, ils délaissèrent l'alléchant magasin, les sacs chargés de friandises en tous genres, et prirent la direction des Trois-Balais afin de se réchauffer autour d'un feu.

La grande bâtisse décorée était prise d'assaut, et les fenêtres illuminées de l'auberge leur donnait un avant-goût de ce qui les y attendait : une Biéraubeurre chaude et ambrée.

Il y avait tellement de monde qu'il était difficile de s'entendre parler dans l'incontournable pub des Trois-Balais, entre le brouhaha, les éclats de rire et les chants déclamés par des lutins miniatures qui se baladaient sur les poutres en bois du plafond. Les trois Gryffondors réussirent tant bien que mal à investir un tonneau faisant office de comptoir, mais au moins ils avaient une place.

« Le pub est plein, je peux vous dire qu'on a eu de la chance de pouvoir entrer » commença Ron après avoir passé commande, « C'est aux Trois-Balais que se fabriquent les meilleures Biéraubeurres de tout le Royaume-Uni, alors profitons-en ! ».

Harry esquissa un sourire amusé. Il n'était pas certain que la seule motivation de Ron à venir aux Trois-Balais soit la qualité des Bièraubeurres, à en juger la façon dont il épiait du coin de l'œil les courbes généreuses de Mme Rosmerta... La température à l'intérieur des Trois-Balais rappelait celle d'un sauna avec toutes les cheminées crépitant de feux flamboyants, et il n'y avait rien de plus confortable et délicieux que de partager un instant convivial avec ses amis autour d'une boisson chaude.

« Trois Biéraubeurres ! Brassées ce matin dans nos caves ! ».

Trois énormes choppes de Biéraubeurre mousseuses s'entrechoquèrent lorsque le serveur, un homme aux cheveux violets dressés en crête sur le crâne, les déposa sur leur tonneau. Il avait réussi à se frayer un passage entre les tables serrées les unes contre les autres et les clients sans renverser la commande, tout en tenant sur l'autre main un plateau rempli d'une dizaines de choppes alcoolisées avec la virtuosité que seul un équilibriste peut maîtriser.

« Ça fera trois Gallions » acheva-t-il.

« C'est pour moi » répondit Harry en allongeant la monnaie. « Fêtons comme il se doit ma nouvelle liberté à Pré-au-Lard ! ».

Le serveur empocha les pièces d'or avant de s'évanouir dans le tumulte du bar, si vite qu'il le soupçonna d'avoir transplané.

« Merci, Harry » sourit Ron, radieux, en répartissant les verres de Biéraubeurre d'où se dégageait un parfum sucré. « J'en salive d'avance ! ».

Levant leurs choppes, ils trinquèrent bruyamment, portés par l'ambiance festive qui régnait aux Trois-Balais.

Il n'avait goûté qu'une seule fois de la Biéraubeurre au Noël précédent et en avait gardé un goût inoubliable, pourtant Harry eut l'impression que c'était encore meilleur que dans ses souvenirs. Le mélange artisanal succulent lui réchauffa la gorge, éveillant exquisement ses papilles. C'était si bon qu'il ferma les yeux et avala lentement chaque gorgée pour mieux en profiter.

« La meilleure Biéraubeurre de tout le Royaume-Uni, vous dis-je » fit Ron qui avait bu la moitié de son verre et résistait visiblement à l'envie de terminer l'autre moitié aussi sec. « Si jamais je rate mes examens de septième année, je deviendrai brasseur de Biéraubeurre, ici à Pré-au-Lard, foi de Weasley ! ».

Et la Biéraubeurre était si excellente qu'ils succombèrent à une deuxième Biéraubeurre.

Pendant ce temps, les battants de l'auberge ne cessaient de s'ouvrir sur des badauds qui apportaient avec eux la brise froide d'au-dehors et s'attiraient immanquablement les regards désapprobateurs des clients attablés à proximité. Alors qu'ils abandonnaient leur tonneau aussitôt récupéré par deux sorcières excentriques, ils croisèrent Mme Rosmerta qui refoulait un groupe d'étudiants, faute de place.

« Je suis absolument désolée de vous refuser mais il n'y a plus aucune place, cet endroit est envahi de tous les côtés et nous sommes débordés. Il vous faudra attendre dehors ou revenir plus tard mais pour le moment, nous ne pouvons recevoir plus personne ! ».

« Désolés, nous sommes désolés » ricanèrent les ignobles têtes réduites d'elfes suspendues au-dessus de la porte d'entrée. « Allez donc voir ailleurs si nous y sommes ».

« Silence, vous autres ! » rétorqua Mme Rosmerta. « Je ne sais pas ce que vous avez aujourd'hui, mais vous êtes tout bonnement insupportables, espèces d'affreux petits bonhommes ! ».

Les vilaines bouilles lui tirèrent la langue dans le dos tandis que, échevelée, le visage rouge et les mèches blondes collées sur le front, elle repartait à la rescousse de ses serveurs.

« Elle devrait vraiment se débarrasser de ces horribles têtes cauchemardesques qui lui manquent de respect » grommela Ron alors qu'ils quittaient le bar et affrontaient de nouveau la froideur de l'hiver naissant.

Dehors, la nuit était désormais tombée, et déjà les commerces commençaient à se vider.

Alors qu'ils jouaient des coudes pour passer devant un marchand ambulant vendeur de pommes d'amour rouge vif très clairement victime de son succès, Hermione se frappa soudain le front :

« Attendez-moi là, il faut impérativement que j'aille chez Scribenpenne ! » s'exclama-t-elle avant de traverser la rue sans attendre leur réponse.

« On t'attend devant Gaichiffon ! » lui répondit Harry dans son dos, mais ses paroles s'envolèrent par-dessus le brouhaha de la foule.

Ron et lui patientèrent de longues minutes, surveillant la devanture animée de la boutique de Scribenpenne. Ils eurent tout le loisir d'admirer avec une envie teintée de regret les très chics robes de soirées élégamment disposées dans les vitrines de la boutique bondée de Gaichiffon, le magasin de vêtements destinés aux sorciers.

« C'est hors de prix » bougonna Ron. « De toute façon, on a les déjà les nôtres ».

La robe de soirée de Ron étant un sujet sensible ces derniers jours, Harry s'abstint de tout commentaire, et fourra l'un des cadeaux acheté pour son ami au fond de son sac, écrasant au passage quelques bonbons qui émirent des couinements de protestation. Il dégota un paquet de Patacitrouilles dans la poche intérieure de sa cape, douces comme de la pâte d'amande, et d'un orange vif éclatant, ne demandant qu'à être dévorées.

« Sers-toi, Ron. J'espère que Hermione n'en a plus pour longtemps, je commence à avoir froid... ».

Ron soupira, se désintéressant de la devanture soignée de Gaichiffon.

« A ton avis, qu'est-ce qu'elle peut bien trouver de fascinant à une collection de plumes ? ».

« Le brillant cerveau d'Hermione n'a pas encore livré tous ses secrets » répondit Harry, voyant soudain passer une grimace sur le visage de son ami.

Une fraction de seconde plus tard, une voix aux accents aussi glacés que la neige compacte sous leurs pieds s'élevait dans son dos :

« M. Potter, puis-je savoir ce que vous faîtes dans un village où vous n'avez pas l'autorisation de vous rendre ? ».

Harry se raidit, comprenant que Snape avait fondu dans son dos à la façon d'une chauve-souris géante sur sa proie sans défense. Il se retourna lentement, se retrouvant face au Maître des Potions.

Vêtu d'une longue cape en laine noire qui le rendait plus intimidant encore que d'ordinaire, l'homme toisa longuement Harry avec sévérité, semblant attendre sa réponse. Il le fusilla de son regard orageux lorsqu'il comprit que le garçon ne lui fournirait aucune réponse convenable.

« Notre explication à couteaux tirés lors de votre dernière sortie ne vous a-t-elle pas suffit ? » siffla le Professeur d'un ton onctueux qui aurait presque donné des sueurs froides à Harry s'il n'avait pas été dans son droit.

« En fait, j'ai obtenu l'autorisation de me rendre à Pré-au-Lard » répondit-il en s'interdisant de montrer tout signe jubilatoire. « Je l'ai remise en main propre au Professeur McGonagall dès que je l'ai reçue ».

Il y eu un moment de flottement, où il réalisa que Snape recherchait sur son visage une trace même infime de mensonge. Au moins ne tentait-il pas de pénétrer son esprit sans son accord... A ses côtés, Ron ne bronchait pas, retenant son souffle.

« Qui vous a donné l'autorisation ? Votre famille ? » demanda vertement le Professeur.

« Mon parrain ».

Un éclair d'hilarité sardonique passa sur le visage pâle du Professeur, comme s'il trouvait la réponse extrêmement drôle. Une expression méprisante agita ses lèvres minces.

« Votre parrain... Sirius Black ».

« Lui-même » répondit calmement Harry en s'efforçant de ne pas ciller. « Il me l'a envoyée par hibou ».

Quelques secondes filèrent, silencieuses, tandis que l'homme le jaugeait comme pour déterminer s'il plaisantait ou non. Harry pouvait presque deviner les pensées du professeur... Il y avait un côté amusant à ce qu'un évadé d'Azkaban considéré comme un assassin très dangereux autorise son filleul à se rendre dans un village où avait eu lieu un meurtre quelques semaines plus tôt – fut-ce un règlement de comptes. Très certainement.

« Suivez-moi, j'ai deux mots à vous dire » ordonna finalement le professeur en se dirigeant à l'angle du bar animé qui jouxtait Gaichiffon.

Harry le rejoignit près d'une pyramide de fûts de Whisky Pur Feu disposés contre le mur, à l'abri des oreilles indiscrètes. Il fouilla dans une poche intérieure de sa cape et en ressortit un parchemin plié qu'il tendit à Snape.

« C'est la copie tamponnée de mon autorisation signée délivrée par le professeur McGonagall, prouvant que j'ai parfaitement le droit de me rendre à Pré-au-Lard. Vous pouvez même demander à Rusard, mon nom est inscrit sur la liste des étudiants autorisés à quitter le château ».

Snape jeta un rapide coup d'œil sur l'autorisation de sortie, sa mâchoire se contractant subtilement. Son expression se renfrogna et il se pencha vers lui, contenant un agacement grandissant. Tel l'agacement d'avoir raté une occasion de punir un étudiant, par exemple, supposa Harry.

« A quoi jouez-vous exactement, mon garçon ? ».

Son ton possessif amena Harry à répondre avant qu'il ne se lance dans une diatribe qu'il ne doutait pas incendiaire :

« Mon parrain m'a donné l'autorisation d'aller à Pré-au-Lard, et le professeur McGonagall a accepté sa signature, ce qui signifie que c'est légal même s'il est injustement recherché par le Ministère pour des meurtres qu'il n'a pas commis. Vous ne pouvez pas m'empêcher de sortir même si cela ne vous plaît pas, professeur ».

« Étant donné ce qu'il s'est passé la dernière fois que vous vous êtes rendu à Pré-au-Lard sans autorisation, je m'attendais à un peu plus de prudence de votre part, mais c'était visiblement trop vous demander » répliqua Snape d'un ton acerbe.

« La Gazette a écrit que l'homme tué avait été victime d'un règlement de comptes, et que ça pouvait être à cause d'un Gobelin buveur de sang » se défendit Harry.

« Croyez-vous donc que les envoyés spéciaux du Ministère de la Magie se soient retrouvés par hasard à Pré-au-Lard le soir de l'agression ? Ces Aurors n'interviennent pas pour un règlement de comptes, qu'il s'agisse d'un Gobelin buveur de sang ou d'une bagarre entre sorciers ayant mal tourné. Ils interviennent lorsqu'il y a des faits suffisamment sérieux de nature à leur laisser suggérer que c'est plus qu'une simple rixe ».

« Et si c'était une fausse alerte ? On en sait rien du tout » rétorqua Harry d'une voix assurée.

Snape ne répondit pas immédiatement, semblant retenir un soupir agacé.

« La Gazette du Sorcier a tout intérêt à écrire des informations rassurantes pour ne pas effrayer les gens à l'approche des fêtes de fin d'année. L'effet sur les commerçants et sur l'ambiance de Noël serait désastreux s'il avait fallu annoncer qu'un meurtre sanglant et obscur s'était produit au beau milieu de l'un des villages sorciers le plus célèbre de Grande-Bretagne. Mais surtout, la Gazette n'a pas accès aux mêmes informations que les Aurors, et ne publie que celles que l'on daigne bien lui donner. Au mieux, les enquêteurs ne veulent pas ébruiter l'identité de l'assassin, et je doute fortement que le Ministère ait pu résister à l'envie de récolter les honneurs et de faire savoir au monde entier qu'ils ont résolu un crime. Au pire, ils n'ont pour l'instant aucune idée de ce qui a bien pu se passer, et préfèrent conclure officiellement à la vengeance improbable d'un Gobelin dans une ruelle de Pré-au-Lard, à deux pas de la rue principale ».

Et au ton du Professeur, il n'était pas difficile de deviner quelle hypothèse était la plus plausible.

« Vous n'allez tout de même pas me ramener au château ? Vous n'avez pas le droit ».

Snape le dévisagea comme s'il luttait contre l'envie impérieuse de le secouer tel un prunier.

« Hélas non. Ce n'est pas dans mes prérogatives d'aller à l'encontre d'une autorisation de sortie, fut-elle signée de la main d'un dangereux assassin ». Harry n'eut pas le temps de se demander si Snape ne faisait pas exprès de mentionner son parrain de la sorte pour le provoquer, l'inciter à se montrer insolent, et ainsi en profiter pour raccourcir sa sortie à Pré-au-Lard, car l'homme enchaîna « Je suppose que nous nous reverrons au Bal de Noël M. Potter. D'ici là, amusez-vous bien avec vos camarades en petit inconscient que vous êtes, et prenez garde à vous ».

La mise en garde hargneuse de Snape fit écho dans l'esprit de Harry avec celle de Maugrey Fol Œil, il sentit un certain malaise s'installer. L'Auror ne l'avait-il pas mis en garde contre le Maître des Potions ? S'il cherche à te nuire de quelque manière qui soit... Sache simplement que... Que quoi ? Qu'avait-il voulu dire ? Il eut un mouvement de recul qui fit hausser les sourcils de Snape. Tous deux s'affrontèrent du regard quelques instants, puis le Professeur fit volte-face dans un tourbillon de capes noires soulevant une neige duveteuse, et s'éloigna à grandes enjambées contrariées, fusillant du regard au passage Ron et Hermione, laquelle était revenue de Scribenpenne avec un nouveau paquet cadeau dans la main.

Harry resta immobile, observant la silhouette noire du professeur se fondre dans la foule, avant de rejoindre ses amis.

« Il avait l'air de mauvaise humeur » ricana Ron quand il leur raconta l'échange. « Et il y a de quoi, on dirait bien que tu viens de le priver de son cadeau de Noël qui était de te coller une retenue. Il n'a qu'à s'offrir une chauve-souris en guise de réconfort ».

« On devrait rentrer au château, il se faire tard et je dois aller me préparer pour le Bal de Noël ».

« Arrête un peu, Hermione ! Il ne te faut tout de même pas des heures pour enfiler une robe » soupira Ron en levant les yeux au ciel. « C'est un bal, pas une invitation à dîner avec le Ministre de la Magie en personne ».

« C'est beaucoup plus qu'un simple bal » se récria Hermione. « C'est une tradition qui signe l'entente entre les écoles compétitrices, supposée nouer des liens d'amitié entre elles. Et sache qu'il ne suffit pas simplement de mettre une robe... ».

Laissant Ron et Hermione amorcer une discussion animée sur le temps qu'il convenait de passer dans le dortoir pour se préparer à ce fichu Bal de Noël, Harry prit la tête du trio et les guida à dans les rues animées de Pré-au-Lard.

C'est alors qu'il balayait machinalement la rue du regard qu'il le vit.

Tout de noir vêtu, immobile et silencieux, posté à l'angle d'une haute maison à colombages, près d'un bonhomme de neige chaussé d'un chapeau pointu, il les épiait. A une vingtaine de pas tout au plus. Harry sentit son cœur faire un bond dans sa poitrine. Depuis combien de temps était-il ici, à les observer ? Comment n'avait-il pas pu s'apercevoir qu'ils étaient suivis à travers Pré-au-Lard ?

« Sirius... » murmura-t-il.

« Quoi ? Qu'est-ce que tu as dit ? » fit Hermione, s'interrompant brusquement au milieu d'une tirade cinglante destinée à Ron. « Sirius ! ».

A la vue du gros chien au pelage noir comme l'ébène qui guettait au bout de la rue enneigée, elle ne put retenir un cri de surprise qu'elle étouffa aussitôt, horrifiée par sa propre imprudence. Par chance, il y avait encore beaucoup de monde et l'exclamation passa inaperçue.

Revigoré, Harry s'élança sans plus réfléchir vers son parrain. Le chien noir au poil hirsute ne semblait plus aussi effrayant que lorsqu'il l'avait vu à Poudlard en juin, combattant un Remus Lupin transformé en loup-garou déchaîné.

Sirius n'attendit pas qu'il vienne à lui et gambada joyeusement vers eux, frétillant sa queue touffue et faisant s'écarter les badauds. Porté par un sentiment d'allégresse largement partagé par Ron et Hermione, Harry flatta l'encolure du chien, qui lui fit la fête comme un fidèle compagnon heureux de retrouver son maître après une longue séparation.

« Sniffle, si tu savais comme si je suis content de te voir ! » s'écria-t-il, des étoiles dans les yeux.

Le chien lui lécha affectueusement la main, trépignant autour de lui. Il lâcha un aboiement qui fit sursauter quelques passants, puis s'éloigna dans la rue. Comprenant que Sirius entendait s'aventurer loin du tumulte, les Gryffondors s'empressèrent de le suivre dans les dédales de Pré-au-Lard, sans s'inquiéter de croiser de moins en moins de gens dans les rues. Ils étaient avec Sirius, songea Harry. Que pouvait-il bien leur arriver ?

Au bout de quelques minutes, ils bifurquèrent dans une rue déserte, passant devant une vieille enseigne en bois qui indiquait La Tête de Sanglier. Elle représentait la tête monstrueuse d'un sanglier imbibant de sang une nappe blanche. Deux individus à l'allure méfiante s'engouffrèrent dans la bâtisse d'aspect déplaisant, et un tourbillon de neige s'envola sous leurs pas.

Dans un aboiement, Sirius les guida à proximité de l'auberge dans une ruelle étroite, avant de s'arrêter sous des arcades en bois. Un vieux lampadaire, accroché à des volets condamnés, projetait sa lueur jaune sous le cloître, laissant assez de lumière pour se reconnaître, mais pas suffisamment pour qu'un éventuel passant trop curieux les distingue depuis la rue. L'endroit avait des airs de traquenard, et à en juger l'expression inquiète de Hermione, il était sûr qu'elle se s'y serait pas risquée si Sirius n'avait pas été là.

Le chien s'ébroua, et Harry comprit qu'il allait se métamorphoser. Il l'arrêta d'une main en jetant un regard aux alentours :

« Attend ! Personne ne nous a suivis ? Tu ne dois pas être vu ici, si jamais... ».

« Aie donc confiance en mon instinct, Harry » lui rétorqua la voix rauque de Sirius Black, là où se tenait un chien noir une fraction de seconde plus tôt. « Personne ne nous verra par ici, ils sont tous trop occupés à courir les boutiques et les bars branchés de Pré-au-Lard pour s'intéresser à nous. Approche un peu, que je t'observe ».

L'homme vêtu qui se tenait désormais là debout devant lui n'avait plus grand chose à voir avec l'effrayant portrait de l'évadé d'Azkaban que le Ministère de la Magie avait fait placarder sur tous les murs du Royaume-Uni l'année précédente. Son visage, qui demeurait pâle et creusé, n'était cependant plus cadavérique, et il s'était quelque peu remplumé, reléguant aux oubliettes le prisonnier décharné et squelettique qu'ils avaient rencontré dans la Cabane Hurlante. Ses cheveux bruns et emmêlés étaient plus longs et son regard hanté lui donnait toujours cet air un peu fou, mais sa robe convenable le faisait davantage passer pour un sorcier fatigué plutôt que pour un criminel échappé d'une prison magique de haute sécurité.

« Sirius ! » s'exclama Harry, oubliant toute prudence.

Il s'élança vers son parrain qui lui rendit une étreinte chaleureuse. Partant dans un rire qui ressemblait à un aboiement de joie, Sirius lui ébouriffa affectueusement les cheveux quand il le relâcha, avant de saluer Ron et Hermione, qui se tenaient timidement en retrait.

Puis Sirius posa une main sur son épaule et eu un froncement de sourcils.

« Qu'est-ce que tu as fait de tes lunettes ? ».

« C'est une longue histoire » grogna Harry qui n'avait aucune envie d'évoquer maintenant cet épisode fâcheux. « Je t'en reparlerai ».

Sirius ne répondit pas immédiatement, plissant les yeux.

« Dis-moi, que te voulait Servilus ? ».

« Euh... qui ça ? ».

« Snape » précisa Sirius avec une franche hostilité. « Ça fait un petit moment que je vous suis tous les trois, et je n'ai pas du tout aimé la façon dont il a posé ses sales pattes sur toi ».

« Mais Sirius, tu es fou ! Tu aurais pu te faire repérer ici, en plein Pré-au-Lard ! Tu ne peux pas prendre tous ces risques rien que pour me voir ! Si jamais tu te fais à nouveau arrêter par ma faute et renvoyer à Azkaban avec les Détraqueurs... Si jamais... ».

« Il ne m'arrivera plus rien du tout désormais, Harry » le coupa son parrain en abattant une main réconfortante sur son épaule. « Je suis à présent un sorcier libre et innocent, et... ».

« Ce n'est pas ce que pense le Ministère de la Magie. Où étais-tu pendant tous ces mois ? J'ai à peine eu de nouvelles depuis cet été, je me suis fait un sang d'encre, c'est comme si tu avais tout bonnement disparu de la surface de la Terre. J'ai cru qu'il t'était arrivé quelque chose de grave ! ».

Harry s'en voulut de laisser percer un accent de reproche dans sa voix. Retrouver Sirius, qui n'avait pas l'air en trop mauvaise santé, était un véritable cadeau en cette veille de Noël, il n'allait quand même pas tout gâcher pour quelques lettres restées sans réponses. Il ouvrit la bouche pour se rattraper mais l'homme ne lui en laissa pas le temps :

« Je suis vraiment désolé de n'avoir pas pu te répondre plus régulièrement. Hedwige a eu du mal à me trouver car je me suis très bien caché, et je dois t'avouer que j'étais très occupé à traquer cet immonde traître de Pettigrow. Tu n'as cependant pas à t'inquiéter de me voir renvoyer à Azkaban : je préfère être un homme mort plutôt que d'y retourner ne serait-ce qu'une seule seconde, et étant donné que je n'ai pas l'intention de mourir tout de suite... Souviens-toi que ma forme d'Animagus me donne une longueur d'avance, et que personne ne soupçonne que Sirius Black se cache sous le déguisement d'un adorable chien errant ».

Harry acquiesça lentement. Il se sentit plus rasséréné maintenant que Sirius lui prouvait en personne qu'il s'était fait du mouron pour rien. Hermione avait eu raison depuis le début : il s'était inquiété pour rien du tout.

« Maintenant Harry, peux-tu s'il te plaît me dire ce que te voulait Snape tout à l'heure ? ».

« Tu connais Snape… Il croyait que j'étais venu à Pré-au-Lard sans autorisation de sortie. Tu aurais vu sa tête quand je lui ai dit que tu avais signé... ».

« Servilus... » lâcha Sirius en secouant la tête, et Harry réalisa soudain qu'il avait déjà entendu ce surnom dans bouche moqueuse de Peeves lors de son explication musclée avec Snape après sa dernière balade interdite à Pré-au-Lard. « J'ai failli le mordre quand je l'ai vu t'entraîner derrière ce bar, et je te jure que je l'aurais fait s'il ne t'avait pas très vite lâché la grappe ».

« Sûrement pas ! » réfuta aussitôt Harry, sans pouvoir ignorer la sensation de chaleur qui venait de s'emparer de lui suite aux mots de son parrain. « Imagine qu'il te reconnaisse et qu'il essaye de t'arrêter comme la dernière fois ! Je te rappelle quand même qu'il était prêt à te livrer aux Détraqueurs sans écouter ton récit, je suis sûr qu'il te croit toujours coupable de ces crimes ».

« Certes, mais il ignore que j'ai la faculté de me transformer en chien, puisque je ne suis pas officiellement déclaré sur la liste des Animagi. Voilà une chose qui aura échappé à ce fouineur invétéré. Il faut dire que notre petite blague en sixième année avait sérieusement calmé ses ardeurs, à l'époque... ».

Un étrange sourire en coin étira les lèvres pâles de l'homme.

« Une petite blague ? Quelle petite blague ? » s'enquit Ron avec un vif intérêt.

Le sourire mystérieux de Sirius s'agrandit, et une lueur taquine alluma le fond de ses yeux sombres.

« J'aurai l'occasion de vous conter ce fait d'armes autour d'une cheminée et d'une bonne Bièraubeurre chaude » déclara-t-il non sans un plaisir certain.

Harry oublia sa curiosité, saisissant au vol l'allusion à peine voilée.

« Tu veux dire que tu as bientôt terminé ta cavale ? » demanda-t-il, plein d'espoir.

Il n'avait pas oublié leur courte discussion en juin, lorsqu'il lui avait dit que s'il était innocenté des meurtres de Pettigrow, ils pourraient peut-être vivre ensemble. Le sourire de Sirius s'effaça, se renfrognant.

« Hélas non, je n'ai pas encore retrouvé la trace de Pettigrow et je mets tout en œuvre pour prouver mon innocence. Mais ce jour viendra Harry, où je n'aurai plus besoin de me méfier de mon ombre ni de prétendre être un gentil chien inoffensif, où l'on ne craindra ni le nom de Sirius Black ni son visage à cause de crimes horribles qu'il n'a jamais commis. Ce n'est qu'une question de temps avant que cette vermine ne paye pour son acte de trahison ».

La dureté du ton de Sirius sonnait comme une promesse de châtiments, et Harry ne put vraiment se résoudre à en douter. S'il n'avait pas donné de nouvelles pendant tous ces mois écoulés, c'est qu'il avait dû suivre un plan pour être innocenté. Et lorsqu'il aurait réuni suffisamment de preuves, le Ministère serait bien forcé de réhabiliter son nom et le proclamer homme libre, non ? Avec un peu de chance et de patience, Sirius parviendrait même à débusquer l'infâme Pettigrow, qui irait croupir à son tour à Azkaban. Et si son parrain ne trouvait pas le traître en premier, alors ce serait lui, Harry, qui le traquerait où qu'il se terre. Ils avaient été si près d'innocenter Sirius en juin, songea-t-il avec une pointe d'amertume... Sirius raffermit sa prise sur son épaule.

« Ne t'en fais pas pour tout ça Harry, je ne suis pas venu jusqu'ici pour te parler du sort que je lui réserve personnellement mais pour te voir et te donner ton cadeau de Noël ».

« Sirius... » protesta le garçon, mais l'homme l'interrompit.

« Joyeux Noël, Harry ».

Il sortit d'une poche intérieure de son manteau un étui en cuir qu'il lui remit. Il s'agissait d'un couteau dont la lame, longue comme sa main, était contre-tranchante, et en partie dentelée. A la lueur du réverbère, sa lame scintilla.

Bouchée bée, Ron semblait impressionné. Et si Hermione parut un brin inquiète, elle ne fit aucune remarque.

« C'est un couteau magique qui appartenait à ton père, il te revient donc de droit. Le manche est en cuirasse de dragon renforcée, et la lame en acier s'adapte à de multiples usages, ce qui te permettra de forcer la plupart des serrures, et dénouer des nœuds trop récalcitrants ».

« Il est magnifique... » murmura Harry avec émotion. « Où l'as-tu... ? ».

« Il faisait partie des affaires que j'ai pu récupérer dans les ruines de ta maison, le soir où James et Lily ont été assassinés » expliqua Sirius, les yeux brillants. « Je crois qu'il s'agit d'une relique de famille qui se transmet de génération en génération, et que James aurait dû t'offrir à son tour. Il ne m'a jamais dit de qui il le tenait exactement, mais ça avait l'air important pour lui, et il ne se privait pas pour l'essayer sur les serrures qui lui résistaient ».

Sur le manche du couteau magique étaient gravées des armoiries en argent, que Harry présumait naturellement être celles des Potter, puisqu'elles entrelaçaient la lettre P finement calligraphiée.

« Merci » dit simplement le Gryffondor, heureux d'hériter d'un objet qui avait appartenu à James, et qui venait d'office de revêtir une valeur sentimentale inestimable. « J'en prendrai soin comme la prunelle de mes yeux. Comme ma cape d'invisibilité... ».

« Ah, sa chère cape d'invisibilité... un autre artefact mystérieux qui nous été fort précieux durant nos années de gloire » aboya joyeusement Sirius.

Son accès d'hilarité entraîna les trois Gryffondors dans un rire communicatif.

« Nous aussi » confirma Ron en échangeant un clin d'œil avec Harry, tandis que Hermione esquissait un sourire coupable.

« Bien sûr, vous êtes les dignes héritiers des Maraudeurs » fit son parrain avec fierté.

Quelques minutes trop peu nombreuses filèrent, où ils discutèrent à couvert de leurs achats sous le cloître, puis Sirius mit un terme à la conversation.

« Je dois vous laisser, vous devez regagner le château. Je vais vous raccompagner jusqu'à la cohue et je m'assurerai que vous rentriez bien ».

« Déjà ? » répondit Harry sans pouvoir masquer sa déception.

Ils venaient à peine de se retrouver qu'ils devaient déjà se séparer...

« Nous nous reverrons bientôt » promit Sirius en lui étreignant l'épaule comme le ferait un parent. « Il ne m'arrivera rien du tout, je vais me promener encore un peu jusqu'à ce que Pré-au-Lard se déserte, puis j'irai me retrancher dans ma cachette secrète pour passer tranquillement la nuit de Noël avant de repartir ».

« C'est avec toi que je veux passer Noël, pas à ce bal idiot ».

« Je t'assure Harry, mieux vaut que tu sois à ce bal plutôt qu'avec moi dans cette caverne. C'est un endroit humide, froid et peu accueillant ».

« Je m'en fiche, ça n'a aucune importance ! ».

« Harry, tu ne vas certainement pas délaisser ta partenaire de bal pour passer Noël en-dehors de l'enceinte de Poudlard » fit Sirius sur un ton plus ferme. « Je veux que tu rentres en sécurité au château et que tu profites de ta soirée comme tout adolescent normal. Tu es l'un des champions du Tournoi des Trois Sorciers, tu te dois d'y être même si ce protocole pompeux t'ennuie. Ne te préoccupe donc pas de moi, j'ai déjà vécu tant de Noëls bien plus difficiles que ça... Nous aurons l'occasion de nous revoir lors d'une prochaine sortie de Pré-au-Lard, tu me donneras la date suffisamment en avance pour que je puisse te venir ».

« Il y a un passage secret » fit Harry. « Derrière la statue de la sorcière borgne et bossue du deuxième étage, et qui mène jusqu'à la cave de Honeydukes. Je l'ai découvert grâce à la Carte des Maraudeurs, et je l'ai utilisé la dernière fois pour venir à Pré-au-Lard. Je peux l'emprunter pour venir te voir à n'importe quel moment de la journée ou même de la nuit, Sirius. Tu ne peux pas partir maintenant, on vient à peine de se retrouver ! ».

« Je ne suis pas certain que les propriétaires de Honeydukes apprécient franchement l'idée de tomber sur un élève de Poudlard en pleine nuit » rétorqua Sirius avec l'ombre d'un sourire. « Et imagine un peu, avec une cape d'invisibilité... Tu aimerais être réveillé par un fantôme invisible dans ta cave obscure, toi ? ».

« Il y a aussi le passage secret du Saule Cogneur jusqu'à la Cabane Hurlante » poursuivit Harry sans se laisser démonter.

« Tu oublies que le professeur Snape le connaît aussi » fit observer Hermione à juste titre. « S'il se doute de quelque chose et qu'il découvre Sirius... ».

« Snape ne me fait pas peur, je n'en ferai qu'une bouchée » répliqua Sirius d'un air mauvais. « Écoute Harry, je ne peux pas te promettre que nous pourrons nous revoir les prochains jours mais je te tiendrai étroitement informé. Tu es libre de venir au village dans le cadre des sorties décrétées par Poudlard, mais je n'aime pas beaucoup la perspective de te savoir vagabondant en-dehors du périmètre sécurisé du parc uniquement pour me voir. Si nous devons prévoir une rencontre clandestine, alors nous organiserons ça ensemble, d'accord ? ».

Vaguement déçu, Harry acquiesça en silence, glissant précieusement le couteau magique de James dans sa cape. Un sourire chaleureux éclaira le visage maigre de Sirius qui lui ébouriffa les cheveux avant de se métamorphoser en un gros chien noir. Batifolant comme un fou dans la neige, il finit par arracher un rire à son filleul, avant de s'éloigner en trottinant.

Lui emboîtant le pas, le Trio fut escorté de près jusqu'à la rue principale de Pré-au-Lard, qui n'avait pas désempli, et où les retardataires terminaient leurs emplettes sous la mélodie entraînante des chants de Noël. De délicieuses effluves mélangées de vin, chocolat chaud et pains d'épices leur chatouillèrent le nez, et de grands feux de joie étaient à présent allumés, illuminant les visages et les boutiques. Ils regagnèrent rapidement la sortie du village puis, laissant Patmol prendre un peu de distance pour ne pas dévoiler la filature au grand jour, ils empruntèrent le chemin vers Poudlard comme la plupart de leurs camarades. Hermione n'était visiblement pas la seule à vouloir prendre de l'avance pour se préparer pour le bal, songea Harry en entendant les éclats de rire hystériques d'un groupe de filles devant eux, et échangea un regard consterné avec Ron.

Alors qu'ils franchissaient le portail sculpté en fer forgé du parc de Poudlard sous l'œil méfiant de Rusard, la douce brise hivernale leur porta le lointain carillon de l'église de Pré-au-Lard. Les cloches enjouées sonnaient six heures, comme pour déclarer la soirée de Noël officiellement ouverte, ce qui fit allonger le pas d'une Hermione soucieuse de ne pas se mettre en retard pour sa préparation. Autour d'eux, les étudiants pressèrent l'allure, seuls les plus insouciants s'élançant gaiement dans le parc pour mener une ultime bataille de boules de neige.

Levant les yeux vers la voûte céleste au-dessus d'eux, Harry esquissa un fin sourire.

Au bleu profond avaient succédé de lourds nuages bombés. Ni lune ni étoiles ne brilleraient ce soir dans le ciel troublé car il en tomberait de la neige, de gros flocons abondants qui amèneraient avec eux la promesse de batailles d'anthologie suivies d'un exquis repas dans une Grande Salle douillette et chaleureuse. Réalisant qu'il avait cessé de marcher, il rajusta son bonnet de laine et rattrapa Ron et Hermione.

Oui, les Noëls à Poudlard étaient décidément les meilleurs de sa vie.

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« C'est une catastrophe ! Une pure catastrophe ! Je vais devenir la risée de tout Poudlard, Durmstrang et Beauxbâtons réunis ! Mais à quoi donc pensait ma mère en s'imaginant une seule seconde que j'allais aimer cette abomination ? ».

Cela faisait à peu près une demi-heure que le dortoir des quatrièmes années de Gryffondor écoutait sans trop oser le contredire, Ron se lamenter en boucle de sa tenue pour le Bal de Noël. Quelle que soit sa pose devant le miroir, rien de ce qu'il y découvrait ne semblait lui plaire. Son seul regard oscillant entre horreur et consternation laissait clairement indiquer ce qu'il pensait de la robe de soirée surannée que lui avait expédié Mme Weasley par hibou, et que Hermione avait tenté d'arranger à coups de sortilèges de Découpe pour éliminer tout ce qui ressemblait à de la fanfreluche. Ayant terminé de lacer ses bottes noires, Harry se redressa et tenta de le réconforter :

« La chemise, le gilet et le pantalon sont parfaits. Il n'y a que la robe qui est un peu... qui fait un peu.. euh... ».

« Vieille mémé acariâtre ? » termina sèchement Ron.

Devant leurs miroirs respectifs, Dean et Seamus éclatèrent franchement de rire. La robe de soirée n'était plus du tout à la mode, même après les retouches réalisées par Hermione, et il comprenait que Ron soit furieux contre le mauvais goût de sa mère. La couleur elle-même, un brun délavé qui évoquait le teint d'une citrouille défraîchie, jurait affreusement avec ses cheveux roux, sans compter la dentelle violette qu'ils n'avaient pu retirer et qui habillait l'encolure de la robe.

« Écoute, je peux te prêter une de mes cape noire » suggéra alors Harry. « Il vaut mieux ça que cette... chose. Ça fera classique et un peu trop sobre pour un Bal de Noël mais au moins, tu ne vas pas passer toute la soirée à te demander si les gens te pointent du doigt dans ton dos ».

« Oui, et Lavande n'aura pas honte de danser avec moi » répondit Ron, renfrogné. « Et je ne ressemblerait pas à ma grande-tante Murielle ».

Il se débarrassa du vêtement, le roula en boule et le jeta dans la cheminée, où mouraient les dernières braises d'un feu qui avait brûlé toute la journée pour réchauffer le dortoir. Constatant que la triste robe de soirée étouffait les pauvres flammèches bleutés, Harry sortit sa baguette :

« Incendio ! ».

Un feu ronflant naquit aussitôt et des flammes jaune-orangées explosèrent dans l'âtre, venant lécher son visage. Surpris par la force du sortilège, Neville sursauta et recula, comme s'il craignait qu'elles ne viennent mettre le feu à sa robe de soirée, une chaussure dans la main, un pot de cirage dans l'autre.

« Un peu stressé on dirait, Harry » commenta Dean avec une pointe de compassion.

Sa robe de soirée en velours pourpre lui allait bien au teint, et il terminait de serrer sa cravate. L'estomac noué, Harry ne répondit pas. Il n'avait quasiment pas décroché un mot depuis qu'ils étaient revenus de Pré-au-Lard, maintenant que l'imminence du bal ne faisait plus aucun doute. Il aurait tout donné pour rester caché dans une colline environnante du village, pour passer Noël avec Sirius à l'abri dans une grotte, autour d'une brochette flambée de friandises...

« Tu ne seras pas tout seul » le réconforta Ron à son tour, de bien meilleure humeur à présent que la vile robe de soirée n'était plus qu'un lointain souvenir se consumant sur les bûches. « Tout le monde vous regardera pendant trois minutes, et les gens vous oublieront aussitôt qu'ils devront danser à leur tour. Tu te fais du mouron pour rien ».

« Moi, je me fais du mouron pour rien ? Je trouve ça un peu osé de la part de quelqu'un qui n'a pas arrêté de se plaindre de sa tenue ».

« Je ne vois pas de quoi tu parles » répondit Ron en haussant les épaules.

Harry comptait encore sur un coup de théâtre salvateur pour lui éviter de s'y rendre. Une avalanche, une attaque surprise de bonhommes de neige sur le château, une tempête de neige cataclysmique... n'importe quoi qui puisse venir contrarier les plans machiavéliques des organisateurs du Tournoi des Trois Sorciers qui avaient tant tenu à ce que les champions ouvrent le bal.

Il secoua la tête comme pour chasser les mauvaises pensées. Un Noël aussi enchanteresque que les années précédentes se profilait, et il n'allait pas laisser un stupide bal gâcher ses vacances. Ron n'avait pas tort, il ne serait pas le seul à danser, il y aurait Fleur, Diggory et Krum qui étaient plus âgés et avaient bien plus de prestance que lui. Ils attireraient tous les regards, surtout le joueur de classe internationale. Avec un peu de chance, lui passerait inaperçu. Ensuite, il suffisait de danser sans trébucher sur Parvati. Bien sûr... Il suffisait juste.

« Tu es sûr que le vert était une bonne idée ? » demanda Ron en l'inspectant de la tête aux pieds. « Je trouve que ça te donne un côté Serpentard ».

« Va dire ça à Hermione, c'est elle qui m'a acheté cette robe à Pré-au-Lard alors que je lui avais dit de prendre du noir » grommela Harry en se plaçant devant le miroir.

La glace lui renvoya son reflet, accentuant les propos cruellement vrais de Ron.

Il avait l'air du parfait petit Serpentard.

Pour ce qui était la quinzième fois de la soirée qui ne faisait que commencer, il maudit Hermione en son for intérieur.

« Les filles... » soupira Seamus d'un ton désapprobateur.

« Je ne suis pas d'accord avec Ron, c'est assorti à tes yeux verts ».

« Arrête Neville, tu vas me faire rougir ».

« C'est une meilleure excuse que de passer pour un traître à ta maison » se moqua Seamus.

« Ferme-là Finiggan, ou je te fais manger ton nœud papillon » grogna Harry.

Il s'observa dans le miroir. Il avait opté pour une sympathique chemise blanche un peu plus habillée que les chemises qu'il enfilait habituellement pour les cours, avec un pantalon et des bottes noires puisqu'il avait refusé de mettre des souliers qu'il jugeait trop sérieux. Et sur ses épaules reposait une longue robe-cape qui aurait été fort élégante si elle n'avait pas eu pour léger défaut d'être d'un émeraude sombre et profond. Ce qui, factuellement, et assorti à son nœud papillon de la même couleur sapin, n'aurait pas le moins du monde dépareillé dans la salle commune caverneuse de Salazar Serpentard. Il était prêt à parier qu'il y passerait incognito s'il y prenait ses quartiers.

Mais à quoi donc avait pensé Hermione chez Gaichiffon lorsqu'il l'avait mandatée ? Qu'elle ne lui ait pas ramené une robe noire, passe encore, mais une robe verte... Il était un Gryffondor, par Merlin ! D'un geste dépité qui n'échappa guère à Ron, il dénoua le nœud papillon, clairement de trop. Il n'avait pas envie de ressembler à Draco Malfoy, merci bien.

« Qu'est-ce que tu fais ? Tu te défiles ? ».

« J'ai l'air d'un guignol avec ce truc ».

Dean et Seamus partirent dans un nouveau fou rire, et il dut se maîtriser pour résister à la tentation alléchante de les étrangler avec leurs propres cravates.

« Sans mentir Harry, c'est une cape de bonne facture, et la coupe te va bien. Bon, c'est un peu vert pour tout digne Gryffondor qui se respecte, mais... Je suis sûr que ça ferait plaisir à Hermione que tu portes la tenue qu'elle t'a achetée ».

Un sourire désabusé sur les lèvres, Harry se tourna vers Ron tout en boutonnant son col de chemise :

« Ne me fait pas rire, tu n'en penses pas le moindre mot. Je te connais par cœur ! ».

Avec une moue faussement hypocrite, Ron haussa les épaules et ouvrit un flacon de parfum qu'il huma prudemment.

« Le parfum de ma grande-tante Murielle » précisa-t-il avec tellement de sérieux que Harry esquissa un sourire. « Hop, au feu ! ».

« Non ! » s'exclama Harry.

Il n'eut pas le temps de rattraper la fiole qui alla se briser dans la cheminée, laquelle produisit aussitôt des étincelles et des craquements inquiétants. Il leva sans réfléchir sa baguette qu'il n'avait pas rangée et lança :

« Aguamenti ! Bon sang, Ron ! ».

Un filet d'eau moins respectable qu'il ne l'aurait voulu, en tout cas moins respectable proportionnellement à son Incendio, sortit de sa baguette et se projeta contre une flamme qui venait de jaillir dangereusement de la cheminée. Cela fut cependant suffisant pour neutraliser tout velléité, et il réitéra l'opération pour éteindre définitivement le feu de cheminée, qui s'évanouit dans un crépitement protestataire.

« Beau réflexe, Harry ! » applaudit Dean, qui avait lui-même dégainé sa baguette, très conscient du geste insensé de Ron. « Weasley, tes parents ne t'ont donc jamais appris à ne pas lancer des produits inflammables dans un feu de cheminée ? Je sais que tu n'as pas très envie d'aller au Bal de Noël, mais est-ce une raison valable pour incendier le dortoir, et nous avec ? ».

L'incident détendit l'atmosphère et Harry se sentit un peu moins angoissé qu'avant lorsqu'il se repositionna devant le miroir pour s'attaquer à ses cheveux. Courts et désordonnés, il n'était toujours pas parvenu à les discipliner, et il était bien décidé à les dompter avec le gel à l'odeur subtilement boisée que Hermione, encore elle, lui avait prêté. Il s'appliqua de longues minutes à les aplatir et les coiffer avant de juger le résultat convenable, même si cela lui donnait l'air d'un écolier un peu trop austère avec son teint pâle et ses cheveux noirs corbeaux. Il grimaça.

Lorsqu'il fut enfin temps de descendre, ils retrouvèrent dans la salle commune bondée Ginny, Lavande et Parvati, splendides dans leurs robes ajustées. Parvati, qui portait un ensemble rose très élégant, ne parut pas déçue de sa tenue sous panache Serpentard et lui adressa un grand sourire :

« Superbe tenue Harry ! Ce vert émeraude met merveilleusement tes yeux en valeur ! ».

Harry ne put s'empêcher de rougir et de bredouiller un merci du bout des lèvres, tandis que Ginny devenait écarlate, comme muette de stupeur. Elle le dévisagea avec des yeux ronds comme des billes, si bien qu'il se demanda si une poussière ne s'était pas déposée entre-temps sur sa figure quand il avait descendu les escaliers.

« Et j'adore la façon dont sont coiffés tes cheveux, ça fait tellement plus soigneux » acheva Parvati en lui tendant le bras. « On y va ? On a un peu d'avance, mais on pourrait discuter avec les autres champions en attendant de faire notre entrée dans la Grande Salle, qu'est-ce que tu en penses ? ».

Elle ne lui laissa pas le temps de formuler une réponse et l'entraîna vers le portrait de la Grosse Dame constamment sollicité, pendant que le teint de Ginny virait dans un cramoisi plus soutenu encore.

Curieusement, la traversée du château jusqu'au hall de la Grande Salle ne fut pas aussi pénible que Harry ne l'avait redouté, la plupart des élèves étant trop occupés à s'admirer et à discuter entre eux avec une excitation fébrile pour s'intéresser à lui. Seule Parvati, manifestement très à l'aise dans son élément, distribuait de grands sourires et des signes de mains à tous ceux qu'elle appréciait, ce qui devait réunir à peu près la moitié de l'école. Elle avait l'assurance de celle qui sait parfaitement ce qu'il faut faire, celle qui a les codes du Bal de Noël dans la communauté sorcière, ce qui lui facilitait grandement la tâche.

« M. Potter, Miss Patil, par ici ! » les appela la voix du professeur McGonagall quand ils s'approchèrent avec hésitation du hall envahi de monde et d'où montait un brouhaha impatient.

Leur professeur de Métamorphose arborait fièrement une robe de soirée noire ornée de motifs écossais à carreaux et d'un lion de carmin dont l'inspiration ne faisait aucun doute, ainsi qu'un chapeau décoré d'un chardon en fleur. Elle se tenait auprès de Cédric et Cho Chang, rayonnants et élégants, et de Roger Davies qui n'avait d'yeux que pour Fleur. Celle-ci était d'une beauté éblouissante, quasiment divine, et ses cheveux blonds et ceints d'une fine couronne retombaient magnifiquement en cascade sur une robe argentée.

« Jolie robe, Miss ».

L'œil perçant, McGonagall avisa ensuite la robe de soirée de Harry, avant de s'attarder sur son visage. Il serra les lèvres, attendant que la foudre Gryffondorienne ne le frappe, mais elle étira ses lèvres en l'un de ses rares sourires chaleureux :

« Intéressant choix de couleur, M. Potter, qui à n'en point douter divisera les rangs de Poudlard. L'émeraude fait bien ressortir vos yeux ».

D'abord Neville, Parvati ensuite, et maintenant le professeur McGonagall, est-ce qu'ils allaient tous s'y mettre ce soir ? songea Harry avec une once de gêne. Peu habitué aux compliments, et surtout pas aux compliments de sa directrice de maison, il tenta une pointe d'humour :

« Merci professeur, j'ai cru que vous alliez me retirer des points pour offense grave à la maison Gryffondor ».

« Ne soyez pas ridicule M. Potter, c'est la trêve de Noël » répondit-elle, pince sans rire. « Vous pouvez bien jouer au Serpentard pour ce soir. Ah, voici M. Krum et sa partenaire, nous allons pouvoir passer aux instructions. M. Krum, Miss Granger, par ici ! ».

Passé le choc et la stupéfaction amplement partagée de découvrir une Hermione transformée et lumineuse dans sa robe pastel aux bras de l'un des joueurs de Quidditch les plus adulés du monde, Harry s'efforça d'enregistrer les directives du professeur McGonagall, directives qu'elle leur avait répété avant les vacances et qu'il oubliait au fur et à mesure qu'elles les énonçaient. Il avait la gorge tellement nouée qu'il ne pouvait même pas échanger un mot avec Hermione, se contentant de regards inquiets.

Hermione cependant ne paraissait pas du tout inquiète et discutait avec animation avec Fleur comme si toutes deux étaient de grandes amies. En un sens, Harry le comprenait. Vu la façon dont Krum la dévorait des yeux, il n'y avait aucune raison qu'elle s'inquiète à son bras. Avec sa veste rouge sang, sa cape en peaux de bête, sa ceintures et ses bottes en cuir, et l'emblème de Durmstrang sur le torse, il était aussi intimidant que ses compatriotes. Se tenir si près d'un joueur de niveau international faillit lui donner le tournis et il sentit les battements de son cœur s'accélérer légèrement, ce qui lui fit oublier le stress du Bal. Krum se comporterait en champion, il n'y avait aucune raison que lui se ridiculise. Il lui suffisait de faire pareil, et tout irait bien.

Après tout, Sirius ne lui avait-il pas dit qu'il était un champion ?