Bonjour à tous, On se retrouve aujourd'hui pour un nouveau chapitre.

Je vous remercie encore une fois tous, plus particulièrement ceux qui prennent un peu de leur temps pour me faire des retours.

J'espère que le chapitre vous plaira !


Lexa était en train de faire les cent pas dans son salon depuis quelques minutes, presque depuis le début sous le regard préoccupé de Clarke.

— Tu es sûre de toi ? Tu es certaine de vouloir le faire ? lui demanda cette dernière.

— Oui, je pense que c'est le bon moment, répondit la brune en venant se mettre face à elle, la regardant avec un air assuré. Je le sens. C'est maintenant.

— Alors je serai à tes côtés, lui dit la Griffin en lui prenant les mains avec un sourire doux. Mais tu es certaine de ne pas vouloir l'annoncer à Althéa, Luciana, et aux autres d'abord ?

— Certaine. Ça m'étonne même qu'ils ne soient pas déjà venus me poser des questions. Je veux mettre les choses à plat le plus rapidement possible, le bruit court depuis un petit moment.

— C'est ce que Charlie m'a dit, ajouta Madi qui venait de faire son apparition en allant prendre brièvement Lexa et Clarke dans ses bras.

La plus âgée des deux brunes activa le talkie-walkie qu'elle avait mis sur la table auparavant, cherchant à joindre l'un de ses amis.

— Ici Alicia, vous me recevez ? demanda la brune d'une voix posée.

— Salut, Alicia ! Oui, c'est John.

— Tu peux demander à tout le monde de se regrouper dans la grande salle de l'usine ? demanda la jeune femme. J'ai une annonce à faire.

Comme le lui avait demandé la brune, John avait rapidement regroupé toute la Coalition dans la salle et elle était à ce moment précis sur l'estrade, Clarke et Madi derrière elle. Elle balaya de son regard vert, perçant l'assemblée, avant de souffler doucement puis prit la parole.

— Bonjour à tous, commença Alicia d'une voix forte pour que tous puissent l'entendre. Nous sommes rassemblés ici aujourd'hui, car j'ai plusieurs choses à vous dire et vous annoncer.

Elle se tut, attendant de voir si elle avait toute l'attention, avant de reprendre quand tous les regards furent sur elle.

— Dans un premier temps, je tiens à tous vous remercier. À vous remercier pour tout ce qui a été mis en œuvre, récemment, ou pas. Chacun d'entre vous qui êtes ici a participé à la création et au développement de cet endroit. Et j'ai pu voir que beaucoup de vous se sont portés volontaires pour avoir une formation et améliorer cet endroit. De ce que j'ai pu voir, vous avez fait de beaux progrès et je vous en félicite. Bravo à vous tous, vous pouvez être fiers !

Elle les regarda avec un sourire en leur faisant un signe, puis des applaudissements retentirent à son encontre, la remerciant à son tour de ce qu'elle-même avait fait pour eux. Elle tourna la tête dans la direction où elle savait que se tenait sa compagne, croisant le regard bleu azur qu'elle aimait tant et regagnant ainsi toute son assurance en y voyant la confiance.

— Pour certains de vous, vous me connaissez comme étant Alicia Clark depuis un moment maintenant, pour la plupart. Mais je dois vous dire que ce n'est pas réellement mon nom. Ou il serait plus juste que je vous dise que ce n'est pas le seul nom que je porte.

Des chuchotements s'élevèrent dans l'assistance et elle préféra reprendre la parole rapidement pour les endiguer dès que possible.

— Mais je tiens à appuyer sur le fait que je ne vous ai pas menti. En tout cas, ce n'était absolument pas voulu, puisque je ne le savais pas moi-même, en ayant pris conscience il y a peu de temps. Je sais que des rumeurs courent depuis quelque temps et c'est pour cela que je voulais pouvoir vous parler ce soir. Certains d'entre vous m'ont connu il y a plus longtemps, sous cet autre nom que je ne connaissais pas. Avant tout ceux qui habitent ici. Dans un autre monde, dans une autre vie même, pour moi. Vous m'avez connu sous le nom de Leksa Kom Trikru, sous le titre d'Heda. Et je suis aussi cette personne.

Les murmures se firent plus fort, mais surtout des cris de joie s'élevèrent de ses anciens guerriers qui étaient présents, qui semblaient même fous de joie.

— Je sais que pour certains d'entre vous il va être compliqué de le comprendre et de l'accepter, mais je vous promets que je serais là pour vous expliquer. Je veux vraiment que vous gardiez en tête, que je reste au fond la personne que vous avez toujours connue. Même s'il va y avoir certains changements dont vous allez pouvoir vous rendre compte.

Elle se tut, accrochant chacun des regards posés sur elle de la foule qu'elle pouvait, croisant plus longtemps le regard de ses amis qui semblaient choqués.

Ai laik Heda. Je suis la Commandante. Ai gonplei ste nou odon nowe. Mon combat n'est pas encore terminé, déclara Lexa dans ses deux langues pour que tous puissent la comprendre. Je vais simplement vous demander de pouvoir me laisser un peu de temps avant de me poser toutes les questions que je suis certaine que vous avez. Je répondrais à toutes. C'était aussi compliqué pour moi d'admettre tout ça devant vous. Merci à vous tous, finit-elle avant de se reculer pour rejoindre Clarke.

— Ça va ? lui demanda la blonde quand elle lui fit face.

— Oui, lui répondit la Commandante qui se sentait enfin totalement libre d'avoir admis tout ça devant les différents habitants de l'usine. Même si je pense que je ne vais pas avoir un seul moment de répit et de tranquillité tout de suite et pendant un petit moment.

— Ils te laisseront un peu de temps, lui répondit sa compagne avec un sourire. Tu leur as demandé un peu de temps et ils t'écouteront.

— Je n'en suis pas si sûre… Lui répondit la brune en soupirant tandis qu'elle tourna la tête en entendant du bruit derrière elle.

La vérité, c'est que Lexa ne s'était absolument pas trompée. À peine eut-elle fini sa phrase, que ses amis vinrent la rejoindre pour lui demander des précisions. Précisions qu'elle leur donna tout de suite, ne voulant pas qu'ils puissent penser qu'elle ne restait pas qui elle était.

Puis le temps passa, Lexa devant expliquer encore plusieurs fois ce qu'elle avait dit lors de sa déclaration.

Ce qui changea le plus pour elle, c'est que la brune put complètement reprendre ses entraînements sans avoir à se soucier de rester discrète et de cacher ses aptitudes. Elle prit également le temps d'échanger avec tous les arrivants de l'ancienne Terre, qui se remirent à la considérer comme leur Heda à part entière. Du côté des habitants de l'usine, ils avaient l'air dans l'ensemble de prendre les choses assez bien, compte tenu de la folie dont pouvait avoir l'air tout ça. Du moins, c'était ce qu'elle croyait.

— Lexa, vint la chercher John avec un air un peu paniqué, tu dois venir à l'infirmerie tout de suite ! Il y a eu une attaque.

— Quoi ? Comment ça ? lui demanda la jeune femme en rangeant son épée dans son fourreau, s'époussetant légèrement.

— L'une des guerrières donnant des entraînements a été blessée avec un couteau par l'un de ses élèves.

— Si c'est un accident, pourquoi est-ce que tu as l'air aussi tendu, John ? lui demanda la Commandante en fronçant les sourcils.

— Parce que ce n'en est pas un, lui répondit-il de but en blanc. Des témoins ont confirmé que c'était voulu. Elle a été poignardée dans le dos.

— On y va tout de suite, déclara la jeune femme d'un ton dur avant de prendre le chemin de l'infirmerie, John et Madi sur ses talons. La Commandante était en train de s'entraîner avec elle au moment où l'ancien policier était arrivé.

Quand ils arrivèrent dans l'infirmerie, Lexa ne perdit pas de temps avant de se diriger vers Abby et June qui étaient autour d'un lit, rangeant ce qui traînait, dont plusieurs gazes pleines de sang. Clarke était là avec Octavia et Niylah, du sang sur les vêtements de ces dernières également.

— Qu'est-ce qui s'est passé exactement ? demanda Lexa à qui voulut lui répondre, d'une voix autoritaire, tout en se rapprochant de la femme allongée qu'elle reconnut rapidement comme étant une Trikru qui avait fait partie de sa garde.

- Moba, Heda… «Je suis désolée, Heda», commença la femme brune blessée en baissant les yeux face à la brune. Je n'ai pas été assez…

- Yu nou don kom, Denae, 'Tu n'as pas à l'être, Denae.' La coupa sa Commandante en venant mettre l'une de ses mains sur l'épaule de la blessée. Ce n'est absolument pas ta faute, nou fink bilaik "ne pense pas comme ça", je te l'interdis. Le seul coupable dans ce qui est arrivé est la personne qui t'a fait ça. Où est-il d'ailleurs ?

— Bellamy et Écho sont allés l'enfermer quelque part, lui dit Clarke. En attendant de savoir exactement ce que tu voulais faire.

— Très bien, lui répondit sa compagne en gardant toujours son sérieux. Que s'est-il passé exactement ?

— Je venais de finir de montrer un enchaînement de mouvement, commença la Trikru qui était alitée. J'allai ranger les armes, quand d'un coup il s'est jeté sur moi, dans mon dos, et m'a poignardé.

— Denae a tout juste eu le temps d'éviter un nouveau coup de couteau, de justesse, avant que Niylah et moi qui n'étions pas très loin venions le mettre à terre, ajouta Octavia. Bellamy, Écho et Clarke sont arrivés à ce moment-là.

— Du coup, Bellamy et Écho l'ont empêché de bouger, ce petit abruti, tandis que je suis tout de suite allé aux côtés de Denae pour essayer de couper la perte de sang. Puis Niylah et O' m'ont aidé pour transporter Denae ici et ensuite ma mère et June ont pris le relai pour nettoyer et refermer la plaie plus correctement. Puis tu es arrivée à ce moment-là.

— Vous avez bien réagi, leur dit Lexa toujours aussi sérieuse. Est-ce que l'on sait qui était l'assaillant ?

— William Dorton, lui répondit John avec un soupir en tripotant son chapeau.

— Mais pourquoi est-ce qu'il est allé faire ça ? demanda Lexa en fronçant les sourcils, ayant toujours vu le jeune homme un peu plus jeune qu'elle comme étant assez calme et investi dans la Coalition.

— Il n'a pas voulu nous le dire, répondit le cowboy. Pas jusqu'à tout à l'heure quand je suis parti pour venir te chercher, en tout cas.

— On y va tout de suite. Il va me dire ce qui s'est passé, qu'il le veuille ou non, déclara Lexa d'un ton ferme tout en se dirigeant vers la porte, Denae, tu te reposes pour le moment. C'est un ordre.

John lui emboita le pas rapidement, accompagné de Clarke qui avait dit à Madi de ne pas venir et de rester aider Abby si elle avait besoin. La blonde n'était pas vraiment certaine de savoir comment sa compagne allait réagir, elle préférait donc l'accompagner et empêcher Madi de le faire.

L'homme plus vieux les avait conduits dans la pièce où était gardé le jeune homme par Bellamy et Écho. Quand ils entrèrent, les deux derniers étaient debout, Écho, la main sur le pommeau de son poignard, encadrant un jeune homme aux cheveux châtains qu'ils avaient attaché à une chaise.

— Merci à tous les deux, leur dit Lexa avec un signe de tête avant de s'avancer pour observer le jeune homme.

Celui qui était leur prisonnier ne semblait pas avoir été blessé, mit à part un bleu qui commençait à se former sur sa pommette rougie et légèrement entaillée. Il devait certainement avoir résisté quand le couple avait essayé de l'amener ici ou de l'empêcher de faire autre chose. Il avait eu de la chance que ce soit Bellamy et Écho qui se soient chargés de lui à cet instant, sinon il y a fort à parier qu'il serait dans un état bien pire. Il avait le regard complètement dans le vide.

— Qu'est-ce qu'il a bien pu te prendre pour faire ça, William ? demanda Lexa d'une voix calme.

Elle laissa un instant passer, sans pour autant que le jeune Dorton ne daigne lui répondre ou même la regarder.

— Tu sais que ce que tu as fait est grave, j'espère ? reprit la brune. Et que je ne laisserai pas passer ça sans que rien ne soit fait.

— Je l'ai juste blessé, répondit-il enfin d'un ton las sans relever la tête.

— Et si l'on ne t'en avait pas empêché, tu l'aurais tué, déclara Lexa d'une voix plus froide. Alors je veux que tu m'expliques pourquoi. Tout de suite.

Le prisonnier marmonna quelque chose que personne ne fut en mesure d'entendre avant de se mettre à trembler.

— William, commença Lexa sur un ton plus calme. Tu as toujours été investi ici, tu as même décidé d'apprendre à te battre de ton propre chef. Alors, explique-moi ce qui a bien pu te passer par la tête pour faire quelque chose comme ça ?

— Ils viennent à peine d'arriver… déclara le jeune homme, sans en dire plus.

— Et ? lui demanda la Commandante en haussant un sourcil, ne considérant aucunement sa déclaration comme une réponse suffisante.

— Et ils nous donnent des ordres et c'est eux qui ont pris le pouvoir, répondit-il en osant enfin croiser le regard vert.

— C'est moi qui ai le pouvoir, rétorqua sèchement Lexa. Depuis bien avant que tu n'arrives William, ne l'oublie jamais. Et bien sûr qu'ils donnent les ordres pendant les entraînements. Ils sont les plus à même de vous former. Et tu n'es pas ici depuis extrêmement longtemps non plus, si je me souviens bien.

— De toute façon, tu nous as menti à tous ! s'écria-t-il en se débattant. Tu n'es même pas qui tu disais être !

— Ce n'est pas vrai, répondit Lexa en essayant de le calmer. Je reste Alicia, je me souviens de tout ce qui s'est passé. Et je n'ai jamais menti sur qui j'étais, sur qui je suis. Mais maintenant, je suis aussi Lexa. Alors, enlève-toi ça de la tête tout de suite.

— De toute façon, je ne suis pas le seul à penser ça, répliqua-t-il avec hargne en lui jetant un regard noir. Nous serions mieux avec quelqu'un qui nous défend nous et pas eux, à la tête de la Coalition !

Lexa se rapprocha un peu plus, jusqu'à avoir son visage presque contre celui du jeune homme, le dardant d'un profond regard, dur et autoritaire.

— Tu n'es peut-être pas le seul à le penser et à le vouloir, déclara la jeune femme, mais ce que je peux t'assurer, c'est que tu as de la chance. Heureusement pour toi, l'entièreté de mes souvenirs en tant qu'Alicia est restée intacte. Parce que, si je n'avais été que Lexa, tu ne respirerais peut-être déjà plus en ce moment même.

Elle se recula, l'homme face à elle ayant déjà baissé la tête, tremblant légèrement face à ce qu'elle venait de lui dire.

— Bellamy, Écho, vous pouvez rester encore un peu avec lui pour le moment ? leur demanda la jeune Commandante. Le temps qu'il soit décidé ce que l'on fait de lui et que l'on puisse prendre les mesures nécessaires.

— Si ça vous va, je pourrais rester avec Bellamy ? proposa John. Écho sera plus certainement plus utile sur les terrains d'entraînement qu'ici. Sans vouloir dire que tu n'es pas utile, Blake !

Les deux hommes avaient rapidement développé de bonnes relations, malgré le peu de temps depuis lequel ils se connaissaient. Ils avaient un peu les mêmes façons altruistes et sentimentales de voir les choses et de décider.

— Ah, c'est sympa ça, Dorie… répondit le jeune homme en soupirant tout en levant les yeux au ciel, avant de sourire de toutes ses dents. Je pense que c'est une bonne idée en effet. C'est à toi d'en décider, Lexa.

— Je pense également que c'est une bonne idée, répondit-elle après avoir réfléchi quelques instants à la question. C'est en effet mieux d'utiliser les talents d'Écho là où ils sont nécessaires. Et ça passera certainement mieux auprès de la population de l'usine si tu restes ici, John. Parce que vu ce qu'il vient de dire…

— Tu as peur que l'on t'accuse de mettre en avant les personnes que tu connaissais avant d'être Alicia, compléta John. Je comprends. Il va falloir bien faire comprendre ça à Althéa et Victor surtout. Parce que la derrière fois…

— Je suis d'accord, ajouta Clarke qui n'avait rien dit depuis un moment.

— Je sens que ça va être un bordel pas possible… soupira longuement la Commandante en sortant, refermant la porte derrière elle après que ceux qui devaient sortir l'aient fait.

Plusieurs jours passèrent, où quelques accrochages sans trop de dommages eurent lieu entre les anciens habitants de la Coalition et les nouveaux, ceux qui venaient d'une autre Terre. De son côté, Lexa avait aussi pris le temps de mettre les choses bien au clair, le plus clair possible, avec ses amis. Comme elle le pensait, elle n'eut aucun problème avec le couple, Luciana, Sarah et son frère, ainsi que Morgan. Les choses étaient plus tendues avec Victor, qui avait comme William Dorton l'impression d'être lésé dans cette histoire. Il avait l'impression que la jeune brune mettait très clairement en avant son ancien peuple, alors qu'elle lui avait bien dit vouloir que les deux n'en fassent plus qu'un. Mais la jeune Commandante était un peu plus perplexe face à Althéa. Cette dernière semblait assez bien avoir pris les choses, trop bien à vrai dire. Il lui semblait que sa réaction était complètement fausse et qu'elle pourrait se ranger du côté de Victor et des attaquants à n'importe quel instant. Et c'est peut-être ce qui lui fit le plus de mal.

— Arrête de faire l'enfant, Victor, le rabroua Lexa. Je te rappelle que tu es censé être le plus vieux de nous deux.

— Cela ne veut pas dire que je dois écouter la merde que tu me dis ! lui répondit-il sur un ton cinglant.

— Tu as toujours écouté mon avis et ce que je disais, c'est même toi qui m'as forcé à diriger la Coalition ! lui dit Lexa en perdant quelque peu son calme. Alors que je ne le voulais absolument pas !

— C'est bien ça le problème ! hurla Victor, avant de se calmer un peu. Tu n'es plus la personne que j'ai poussée au sommet !

— Alors c'est ça ? C'est ça ton problème ? Tu crois que je ne suis plus du tout la même ? demanda-t-elle, déçue de la réaction de son ami.

Ils se regardèrent tous les deux, les yeux dans les yeux, la brune se rendant compte que ça semblait bien être le cas.

— Je ne suis peut-être plus seulement Alicia, mais j'ai toujours une partie d'elle en moi, reprit la jeune femme. J'ai toujours mes souvenirs de la vie que j'ai vécue en étant simplement Alicia, j'ai toujours certaines manières de faire les choses que je n'avais pas en tant que simplement Lexa. Je me souviens de tout, Strand. De chaque moment. Je me souviens de ma vie à Los Angeles avec mes parents et Nick, de la mort de mon père, du moment où les choses ont complètement basculé, du moment où je t'ai rencontré, du temps passé sur ton yacht, qui n'était pas le tien. Je me souviens de Travis, de ma vie au ranch, de notre vie au stade, de la mort de ma mère, de notre rencontre avec Al' et les autres, de la mort de Nick, puis de notre installation ici. Et tu n'imagines même pas le mal que ça me fait de penser que vous pouvez croire, ne serait-ce qu'un instant, que tous ces moments n'ont pas été importants pour moi, voire pires, qu'ils n'ont pas existé.

Lexa fit une pause dans sa tirade, s'arrêtant pour reprendre son souffle face à tout ce qu'elle venait de dire, les yeux légèrement humides, essayant de ravaler ses larmes du mieux possible.

— Mais vous devez aussi vraiment comprendre que tous mes souvenirs en tant que Lexa sont réels, que c'est aussi quelque chose que j'ai vécu. Que presque chaque personne ici ou dans l'Eligius est une personne que j'ai connue. Et cela bien avant de vous connaître vous. Et avec qui j'ai vécu dans mon ancienne vie des choses complètement différentes. Mais que je ne les mets pas pour autant avant vous dans ma manière de réfléchir et de voir les choses.

— Je ne suis pas certain que tu ne les places pas en priorité, si Clarke venait à te le demander, grogna en quelque sorte l'homme à la peau de couleur.

— Tu as raison, lui répondit calmement la brune. Mais ça n'arrivera pas. Et tu sais pourquoi ? Parce qu'il y a eu une situation assez similaire, d'une certaine façon, où j'ai dû choisir entre mon peuple et son peuple, mon peuple et elle. Et je peux te dire qu'à ce moment précis, je crois que je connaissais déjà l'étendue de mes sentiments pour elle. Mais j'ai tout de même choisi mon peuple, quitte à la perdre à jamais. Et même si ça a toujours été l'un des plus grands regrets de ma vie, si je m'étais retrouvé une nouvelle fois à ce moment-là, dans cette même situation, j'aurais certainement refait les choses exactement de la même manière. Parce que je devais sauver mon peuple avant tout. Et Clarke le sait. Mais ce qui est différent aujourd'hui, c'est que les deux peuples, ces deux peuples, sont mes deux peuples. Et comme mes deux vies, je veux que ces peuples n'en fassent plus qu'un. Que ce soit la Coalition.

Ils se jaugèrent tous les deux du regard pendant un moment, avant que la jeune femme ne reprenne la parole.

— Une dernière chose, Strand. Qu'aucun d'entre vous ne s'amuse à mettre Clarke au milieu de tout ça, déclara-t-elle sur un ton sans appel. Je ne laisserai plus jamais quelqu'un de proche risquer de la mettre en danger. Qui que ce soit. Je préfère être très claire.

Elle se retourna et laissa son ami planté tout seul dans la pièce où ils avaient tenu cette réunion surprise. Lexa avait pensé chacun des mots qui étaient sortis de sa bouche. Encore plus sa dernière phrase. Elle avait été trop laxiste avec Titus, lui permettant de mettre Clarke en danger, d'essayer de la tuer même, résultant en sa propre mort à elle-même. Ici, elle ne laissera personne penser une seule seconde que l'on pouvait même à peine penser à faire du mal à la blonde impunément. Personne. Peu importe ce qu'elle doive faire.

Sur ces pensées, elle se dépêcha de prendre le chemin de ses appartements pour rejoindre sa compagne, chose qu'elle aurait déjà dû faire depuis un moment si elle n'avait pas croisé Victor en route. Quand elle entra finalement chez elles, la brune ne put s'empêcher de faire claquer la porte.

— Lexa ! s'exclama la Griffin en venant la rejoindre et la regardant de bas en haut en en voyant qu'elle semblait sur les nerfs.

— Ne t'inquiète pas, lui répondit-elle se calmant un peu dès qu'elle croisa les yeux bleus. J'ai simplement eu, un… une petite discussion avec Victor sur la route.

— Encore ? soupira la blonde. J'ai l'impression qu'il ne va jamais comprendre…

— Victor Strand est beaucoup de choses, mais il n'est pas fou. Il finira par se calmer tôt ou tard, j'en suis certaine. Mais arrêtons de parler de lui pour le moment, dit la Commandante en passant sa main dans les cheveux de la couleur des blés, avant de tirer sa compagne vers le canapé. Qu'est-ce que tu as fait de beau cet après-midi ?

— Si tu savais ! commença Clarke en éclatant de rire. Octavia a décrété que nous devions passer un peu de temps toutes les trois, sauf que Raven ne voulait pas parce qu'elle était occupée sur un de ses moteurs bien-aimés. Du coup, O' a décidé de l'aider pour que ça prenne, selon elle, moins de temps. Mais sans que Raven le sache.

— Oh, oh. Mauvaise idée, dit Lexa avec un sourire moqueur, ayant hâte de connaître la suite, et laissa donc l'autre jeune femme reprendre.

— Donc, quand elle est partie chercher l'un de ses outils dont elle avait besoin, Octavia n'a rien trouvé de plus intelligent que de mettre sa tête sous le capot avec une clé à la main pour faire je ne sais quoi. Sauf que vu le bruit, elle a dû faire exploser quelque chose et elle s'est retrouvée pleine de cambouis sur le visage. Tu imagines bien que Reyes est revenu à ce moment exact. Sinon ce n'est pas drôle.

— Oh mon dieu ! Le pire moment possible ! éclata de rire la dirigeante des lieux.

— À peu près, voilà, rigola également la Griffin à son tour. Et tu imagines bien qu'elle a donc insulté Octavia de toutes les manières possibles. Même en espagnol, je pense que Luciana lui a appris beaucoup de choses de ce côté-là. Bref, Raven a mis tout l'après-midi à réparer la bêtise d'O'. En passant, ne me demande pas ce qu'elle a fait péter, je n'ai rien compris aux beuglements de Reyes.

— Et toutes les deux, vous avez fait quoi du coup pendant qu'elle reparaît ? Parce que je ne t'ai pas vu du tout après ça, lui demanda Lexa étonnée.

— Euh… commença la jeune femme blonde sans savoir trop quoi dire.

— Clarke… Est-ce que ça a par hasard un rapport avec le fait que tu te sois complètement changé ? haussa-t-elle un sourcil.

— Bon… Il est possible, je dis bien, possible, que nous ayons profité qu'un groupe sorte faire de la récupération dehors pour en faire de même avec la moto, avoua-t-elle mal à l'aise en fuyant le regard vert perçant.

— Clarke… souffla Lexa en se pinçant le nez.

— Mais ! Je ne voulais pas te le dire, parce que je savais que tu réagirais comme ça ! se justifia sa compagne.

— Clarke, tu sais très bien pourquoi… souffla une nouvelle fois la brune de lassitude.

— Ne me « Clarke » pas ! se plaignit-elle bruyamment.

— D'accord, je ne le fais plus, répondit la Commandante en soufflant une nouvelle fois. Vous n'avez pas eu de problème au moins, j'espère ? Parce que déjà avec la situation actuelle ici…

— Aucun problème, quelques rôdeurs, mais rien de plus. Je me suis changée parce que j'étais pleine de leur sang. Et les gardes nous ont ouvert tout de suite quand ils ont vu arriver la moto.

— Bien, répondit Lexa en étant plus sereine. Je sais qu'avec Octavia à tes côtés de toute façon tu étais à peu près en sécurité. Mais la prochaine fois que tu veux sortir, c'est moi qui viens avec toi. Est-ce que c'est bien compris, Klark?

— Plus que bien, Heda, répondit la blonde avec un sourire en coin. Et si l'on profitait là maintenant, tout de suite, d'être seulement toutes les deux et au calme ?

— Je suis d'accord, ça me va, répondit-elle avec un sourire et un regard dans lequel la blonde apprécia de voir le vert s'assombrir sous l'émotion ressentie. La brune fit basculer sa compagne sur le dos, déclenchant ainsi le rire magnifique de cette dernière.

Clarke ne la laissa pas pour autant faire et s'enfuit dans leur chambre, que rejoignit rapidement Lexa quelques secondes plus tard après avoir secoué la tête avec un petit ricanement. La blonde n'en revenait toujours pas de la chance qu'elle avait de l'avoir de nouveau dans sa vie, bien vivante et à ses côtés.