Et voilà ! Il ne vous aura pas fallut attendre trop longtemps ;)

Finalement, l'histoire se fera en trois chapitres !


Hermione était toujours agenouillée face à la tombe de sa fille, le cœur battant la chamade.

- Tu sais, Lili, j'avais prévu depuis des jours de venir au coucher du soleil, reprit Hermione d'une voix brisée par les larmes. Je sais à quel point tu aimes ce moment de la journée et je me suis dit que…

Elle s'arrêta dans sa phrase et renifla avec un petit rire sarcastique. Elle se trouvait idiote.

- Je me suis dit que pendant ces quelques instants, où le soleil disparaîtrait, quelque chose nous relierait une nouvelle fois, continua-t-elle en secouant la tête. C'est idiot, je sais. Et je t'imagine bien lever les yeux au ciel en entendant ça. Je pense que ton papa en ferait de même. Vous n'avez jamais été friands de mes petites rêveries, fit-elle avec un petit rire.

Elle renifla une nouvelle fois et essuya ses larmes avec le bout de sa manche.

Elle se trouvait pitoyable, pourtant, elle n'avait qu'une envie : lui raconter d'autres de ses rêveries.

- Le jour de tes trois ans, j'ai dit à ton père que notre petite fille était une fille des étoiles, reprit-elle en levant la tête vers la nuit déjà tombée. Le matin-même, tu t'étais allongée dans l'herbe du jardin et avais demandé pourquoi tes amies n'étaient pas là. Nous n'avons pas tout de suite compris et t'avons bêtement demandé si tu parlais d'Elizabeth Zabini ou de Victoire Weasley, mais tu as répondu que non. Nous étions vraiment perdus, mais lorsque tu as expliqué quelques minutes plus tard que tu parlais aux étoiles dans tes rêves, nous avons compris.

Elle eut un sourire mélancolique et tripota les coutures de sa cape en poursuivant.

- C'est à ce moment-là que j'ai pensé que tu étais une fille des étoiles. Tu en parlais constamment et je ne doute pas un seul instant que ta matière favorite à Poudlard aurait été l'Astronomie. Tu disais souvent qu'elles t'aidaient à t'endormir le soir et qu'elles t'accompagnaient toujours. Sauf en journée et c'est ce jour-là que tu as compris qu'elles n'étaient là que la nuit.

Hermione se souvint même d'avoir déposé tout un tas d'étoiles phosphorescentes moldues sur le plafond de sa chambre. Sa fille les avait vues lors d'une balade dans Londres avec ses grands-parents maternels. Ceux-ci n'avaient pas pu lui refuser quoi que ce soit et lui en avaient acheté des dizaines.

Hermione n'avait pas été ravie que Lyra soit tant gâtée, surtout connaissant son caractère qui se rapprochait bien plus de son père. Pourtant, elle n'avait pas résisté à son regard suppliant - et qui la faisait fondre chaque fois - et avait cédé à sa demande. Une demi-heure plus tard, les petites étoiles étaient accrochées partout sur son plafond.

- Je n'ai jamais vraiment su si tout cela était magique où si ta relation avec les étoiles était imaginaire, après tout, la magie fait de grandes et belles choses. Pourtant, ce dont je suis certaine, mon ange, c'est que tu es désormais bien entourée. Peut-être mieux que jamais tu ne l'as été. J'aurai aimé ne pas en être la cause.

Ses larmes coulaient de nouveau librement. Sa voix était brisée par ses pleurs.

- Peut-être que tu es l'une d'entre elles, désormais, souffla-t-elle en baissant la tête sur ses genoux.

Elle prit quelques secondes pour calmer ses sanglots, en fermant les yeux et serrant les poings.

Elle avait la boule au ventre et sentait son sang battre dans ses oreilles. Elle paniquait. Il fallait qu'elle se calme.

Elle prit de grandes inspirations, comptant jusqu'à sept en retenant sa respiration, avant d'expulser tout son air en quatre secondes. Sa psychomage lui avait donné cette technique pour éviter d'hyperventiler. Cela fonctionnait parfois. Le reste du temps, Hermione prenait de la potion calmante. Elle avait peur d'en devenir dépendante, mais c'était la seule chose qui fonctionnait.

Du moins… Depuis qu'elle était seule.

Par miracle, sa respiration devint plus légère et le nœud qui enserrait son estomac se détendit légèrement. Elle déglutit.

Sortant sa baguette, elle exerça un léger mouvement de poignet, seul sort qu'elle exécuterait ce soir-là.

Un second bouquet de fleurs vint s'ajouter à celui de Drago, décorant la pierre tombale avec des freesias blanches. Elle savait que sa fille les adorait, pour leur odeur principalement.

- Joyeux anniversaire, mon petit ange, chuchota Hermione en passant ses doigts sur le marbre de la tombe. Continue d'éclairer nos nuits.

Quelques larmes perlèrent le long de ses joues, mais elle ne les essuya pas.

Elle fixa les bouquets de fleurs blanches, avant de ranger sa baguette dans sa cape et de se relever doucement.

Elle leva les yeux vers le ciel, au moment où le soleil disparut entièrement derrière les montagnes alentour. Les étoiles brillaient entre quelques nuages.

Un coup de vent fit s'envoler une ou deux feuilles et donna des frissons à Hermione. Elle resserra sa cape autour de ses épaules et se tourna lentement, tête baissée.

Ses yeux s'écarquillèrent soudainement. Ils venaient de tomber sur une paire de chaussures qu'elle aurait reconnue entre mille.

Elle redressa brusquement la tête et croisa le regard gris de Drago.

Il se tenait là, les larmes aux yeux, les mains dans les poches et la mine défaite. Il n'y avait plus aucune trace d'indifférence.

D'autres larmes s'écoulèrent sur les joues de la sorcière. Elle ne savait pas quoi dire. Il avait visiblement tout entendu, tout comme elle avait écouté les paroles qu'il avait adressées à leur fille.

Elle déglutit et baissa les yeux, ne supportant plus d'affronter son regard. Elle ne voulait pas subir sa colère une nouvelle fois, car elle savait qu'il l'était forcément. Comme chaque fois qu'elle osait dire que tout était sa faute.

Mais il ne dit rien.

Il resta plus silencieux que jamais. Elle sentait son regard sur elle. Brûlant sur sa peau.

Elle ne s'attendait pas à ce qu'il prenne la parole en premier. Elle aurait pensé qu'il s'en irait sans un mot de plus, ou qu'elle finirait pas craquer et lui parler.

- Est-ce que…

Elle le sentit hésiter et releva timidement les yeux vers lui.

- Est-ce que tu veux venir boire un chocolat chaud à la maison ? Tu as l'air gelée.

Et elle l'était. Elle s'en rendit compte, maintenant qu'il le pointait du doigt. Le bout de ses pieds commençait à se faire douloureux.

Elle eut l'envie immédiate de décliner sa proposition. Elle était terrifiée à l'idée de se retrouver avec lui, pour être honnête. Chaque fois que c'était arrivé, ils avaient fini par se cracher des atrocités et c'était la dernière chose que la jeune femme souhaitait.

Avec les mots qu'elle avait murmurés pour sa fille, elle était certaine qu'il trouverait quelque chose à en redire. Concernant le fautif ou bien autre chose. Ils trouvaient toujours quelque chose.

Pourtant, elle ne refusa pas.

Elle resta silencieuse.

Elle en avait terriblement envie. Il lui manquait plus que tout, chaque jour passé loin de lui la tuait à petit feu. Toute sa vie était fade depuis le décès de leur fille. Elle n'allait pas bien.

Ils s'étaient soutenus les premières semaines, ils avaient été une ancre dans le monde réel, l'un pour l'autre. Puis les disputes s'étaient faites plus fréquentes. Dans leur douleur, utiliser l'autre pour se défouler était devenu leur quotidien.

Ils s'étaient déchirés, petit à petit.

Hermione avait fui de nombreuses fois le manoir, pour éviter les cris et les remarques qu'ils s'envoyaient mutuellement. Drago l'avait terriblement mal pris, persuadé qu'elle se désolidarisait de lui pour quelqu'un d'autre. Tout s'était dégradé si vite.

Jusqu'au jour où Hermione avait crié en avoir assez.

Elle avait signé leur séparation, au sens propre comme figuré.

L'enfer s'était décuplé, si cela était possible.

Elle se sentait tellement seule. Personne n'avait su lui donner ne serait-ce qu'un dixième du réconfort et des mots dont elle avait eu besoin. Il était le seul à en avoir la capacité et ce constat l'avait détruite plus d'une fois.

Elle s'en voulait tellement.

Ainsi, croiser son regard presque suppliant et à la fois gêné, fit flancher Hermione. Elle ne se posa pas plus de questions, ni concernant la fameuse Astoria, ni ses parents qui l'attendaient pour dîner, ou encore à propos du fait de suivre son ex-mari après des semaines sans s'adresser un mot.

Elle hocha la tête, les larmes aux yeux, et ne put manquer l'étincelle de joie et de soulagement au fond des iris de Drago.

Il lui tendit une main et elle n'hésita pas une seconde de plus.

Elle l'attrapa et il les fit aussitôt transplaner dans un craquement.

Elle ne se concentra que sur sa main dans la sienne pendant les quelques secondes de transplanage. Elle était chaude, douce et si grande par rapport à la sienne. Ce simple contact lui avait tant manqué.

Depuis quand ne s'étaient-ils pas touchés ?

Pour son plus grand soulagement, il ne la lâcha pas en atterrissant dans le hall du manoir. Sa main resta bien serrée dans la sienne et Hermione sentit son cœur battre plus rapidement. Ils étaient côte à côte, face aux grands escaliers qui menaient aux étages.

Elle ne reconnut pas immédiatement la pièce dans laquelle ils étaient arrivés. Quelques petites choses avaient changé. Le tapis au sol n'était plus le même, les rideaux avaient changé de couleur et l'endroit était plus sombre.

Elle aimait la nouvelle décoration. Elle trouvait cela plus chaleureux. Bizarrement.

- J'avais besoin de changement, chuchota la voix de Drago, la sortant de ses pensées.

Elle le comprenait. Elle-même en avait eu besoin les premières semaines, pensant que cela améliorerait les choses. Sans étonnement, cela n'avait rien changé.

Elle hocha lentement la tête, battant des paupières pour chasser ses larmes.

Il la tira ensuite par la main, timidement. Elle le suivit sans résistance, se confortant simplement dans le contact de sa peau sur la sienne.

La cuisine, elle, n'avait pas bougé d'un poil. Elle reconnut tous les changements qu'elle avait faits en emménageant au manoir. Les emplacements des ustensiles et des aliments étaient les mêmes, rien n'avait changé.

Son cœur se serra en sentant qu'il lâchait sa main. Il était silencieux, mais pas froid. Et mine de rien, cela rassura Hermione. Il ne semblait pas faire tout ça par obligation, il n'était pas distant, au contraire. Il était là, avec elle.

Elle ne le quitta pas des yeux lorsqu'il commença à préparer sa boisson chaude. Il était dos à elle et elle ne put s'empêcher de détailler son corps, alors qu'il se mouvait pour la servir. Elle se sentait étrangement apaisée. Comme si par sa simple présence, il avait calmé les émotions destructrices qui perturbaient son âme.

Bien sûr était-elle encore et toujours triste, cependant, elle n'était plus seule.

Elle resta immobile pendant les quelques minutes qui suivirent, ne le lâchant pas des yeux une seule seconde. Ses mouvements étaient très légèrement tremblants, mais assez pour qu'elle le remarque. Il était stressé, ce qui était plus rare que tout. Mais cela la rassura. Il l'était tout autant qu'elle.

Finalement, il se tourna de nouveau vers elle, une tasse fumante dans la main, qu'il vint déposer sur l'îlot central de la cuisine, l'invitant tacitement à s'y installer.

Elle s'exécuta timidement, prenant place sur une chaise haute. Poser ses mains sur la tasse chaude lui tira un soupir discret de satisfaction. La chaleur du manoir n'était pas négligeable.

Drago s'appuya contre le plan de travail pour lui faire face et la fixa. Elle n'osa pas le regarder en retour et baissa les yeux sur sa tasse. Cela sentait merveilleusement bon. Il avait toujours eu le don de lui préparer les meilleurs chocolats chauds.

Le silence s'imposa. Un silence lourd.

Hermione ne savait pas quoi dire. Alors même qu'elle voulait lui dire tant de choses.

Elle voulait s'excuser, lui répéter à quel point elle s'en voulait d'avoir mis fin à leur histoire, de lui avoir dit toutes ces choses, d'avoir répété que tout était sa faute…

Elle voulait lui dire à quel point elle l'aimait, à quel point il lui manquait et qu'il était le seul à pouvoir la consoler. Elle voulait lui répéter qu'il avait été un père merveilleux car elle savait qu'il en doutait encore, elle voulait lui dire que sa nouvelle coupe de cheveux lui allait à merveille, lui dire qu'elle ferait tout pour se faire pardonner.

Mais elle avait peur. Terriblement peur.

S'ils avaient pu en arriver là, qu'est-ce qui les empêcherait de recommencer ?

Le simple souvenir de leur dernière dispute lui donna les larmes aux yeux. Ils avaient été si virulents dans leurs propos.

Quelle ne fut sa surprise qu'il prenne à nouveau la parole le premier.

- Est-ce que tu veux manger quelque chose ? demanda-t-il simplement, d'un ton assez rauque.

Sa voix était teintée de tristesse.

Elle releva les yeux et croisa les siens. Il semblait encore plus stressé qu'auparavant. Elle pouvait le lire sur ses traits.

- Non, merci, murmura-t-elle avec une moue désolée. Je n'ai pas vraiment faim.

- Oui, je… J'aurais dû y penser, pardonne-moi, soupira-t-il en se passant une main sur le visage.

- Il n'y a pas de mal, Drago, répondit-elle doucement en secouant la tête. Je ne vais de toute manière pas trop tarder à-

- Tu peux rester si tu veux ! la coupa-t-il aussitôt.

Elle écarquilla les yeux.

- Enfin, je… Je veux dire que tu ne me déranges pas, bafouilla-t-il en se grattant anxieusement la barbe.

Elle rougit légèrement et déglutit en baissant à nouveau les yeux. Elle souleva sa tasse et but une gorgée, se cachant en partie derrière elle.

Il avait détourné les yeux lui aussi, visiblement mal à l'aise. Elle l'avait rarement vu ainsi.

La dernière fois, il l'avait demandée en mariage.

Le silence reprit place, plus lourd encore qu'avant, si c'était possible.

- Tu es revenu au cimetière, chuchota-t-elle sans le regarder.

Cette phrase était sur le bout de ses lèvres depuis qu'elle avait attrapé sa main. Il était revenu. Pourquoi ?

Elle le vit se tendre, du coin de l'œil. Il ne s'était visiblement pas attendu à ce qu'elle reprenne si vite la parole. Elle l'entendit déglutir.

- Tu m'as entendu parler, n'est-ce pas ? Tu es arrivée avant ?

La question la fit légèrement rougir. Ils avaient tous les deux entendu les paroles de l'autre. Les paroles qu'ils avaient tous deux adressées à leur fille.

Elle hocha la tête.

- Je suis revenu parce que… Parce que je m'en voulais d'avoir été si froid. Ce n'était ni l'endroit ni le jour pour ça et c'était affreux de ma part. Je suis désolé, Hermione.

Depuis quand ne s'était-il pas excusé ? Depuis quand elle-même ne l'avait-elle pas fait ?

Hermione n'en avait même plus le souvenir.

Elle sentit quelques larmes s'échouer sur ses joues et hocha la tête.

- Est-ce que tu lui as vraiment raconté l'histoire de Serpentard tous les soirs ? demanda-t-elle soudainement, d'une petite voix.

Elle releva la tête vers lui, les yeux humides. Il tourna les siens vers elle, surpris. Un léger sourire apparut au coin de ses lèvres, un sourire qu'Hermione n'avait pas vu depuis longtemps.

- Elle le demandait, ce n'est pas ma faute, se défendit-il en levant les mains.

- Tu as forcément initié les choses à un moment, Drago, répliqua-t-elle en levant les yeux au ciel, sans pouvoir s'en empêcher.

Son cœur se faisait plus léger.

- Peut-être une ou deux fois, oui, avoua-t-il avec un léger rire, en secouant la tête.

Son ventre sembla s'envoler en l'entendant. Son rire. Elle avait cru ne plus jamais l'entendre. Il était léger, clair et si beau. Sincère.

- Je suppose que c'est de bonne guerre, répondit-elle à voix basse.

Il haussa un sourcil et elle détourna les yeux.

- Ah oui ? Aurais-tu quelque chose à confier, Granger ?

Merlin. Des frissons lui traversèrent tout le corps. Ce nom… Plus personne ne l'appelait ainsi. Ce n'était que professeur ou bien Madame. Tout le monde savait qu'Hermione exécrait son nom de jeune fille tant il avait été difficile de se séparer de son nom de femme mariée.

Mais dans sa bouche… Les choses étaient bien différentes.

- Il se pourrait que j'ai moi-même essayé de lui parler de Gryffondor…

L'aveu fit rire Drago à nouveau. Un rire léger. Tendre.

- Tu es devenue une vraie Serpentard, chérie.

Aussitôt, l'atmosphère se fit plus froide. Ils perdirent leurs sourires et le regard de Drago se fit terrifié. Visiblement, le surnom lui avait échappé.

- Je suis dés-

- Ce n'est rien, s'empressa-t-elle de dire en secouant la tête.

Elle se sentait soudainement oppressée. Elle n'était pas à l'aise. Cette maison semblait renfermer trop de souvenirs tout d'un coup. C'était trop.

Elle se leva.

- Je n'aurai pas dû venir, fit-elle d'un ton plus dur qu'elle ne l'aurait voulu. Merci pour le chocolat, mais je vais y aller, mes p-

- Hermione, je-

- Laisse tomber, Drago. C'était une mauvaise idée, nous… Nous ne pouvons pas faire ça.

Elle était résignée. C'était trop.

Son cœur battait la chamade. Elle avait trop chaud.

- Lyra préférerait que nous restions sur quelque chose de positif.

Dire cette simple phrase lui brisa un peu plus le cœur. A vrai dire, elle savait que sa fille aurait plutôt préféré qu'ils n'aient pas à faire tout cela, qu'ils soient restés ensemble, qu'ils ne se soient pas séparés alors même qu'ils étaient faits l'un pour l'autre.

Elle se dirigea vers le hall d'entrée.

- Hermione, s'il te plaît…

Elle ferma les yeux, dos à lui. Elle luttait pour ne pas faire demi-tour. Il fallait qu'elle tienne. Elle ne voulait pas que tout recommence.

- Lyra n'aurait jamais voulu que nous nous séparions.

Qu'il le dise à voix haute la fit se figer.

Un flot de larmes s'écoula aussitôt de ses yeux, mais elle se força à rester de marbre. Elle ne voulait pas s'écrouler. Pas maintenant.

- Tu n'as pas le droit de-

- Non. Je n'aurai pas dû dire ça, tu as raison, la coupa-t-il fermement. Mais c'est pourtant la vérité. Et tu le sais. Nous séparer là où nous aurions dû nous soutenir est le pire des choix que nous ayons pu faire, Hermione. Si Lyra avait été là, elle-

- Mais elle n'est pas là ! éclata Hermione en se tournant vers lui, le visage dévasté par les larmes. Elle n'est pas là, Drago ! Répéter ce qu'elle aurait dit ne changera rien ! Tu crois que ne sais pas tout ça ? Tu crois que je ne sais pas que j'ai fait la pire des erreurs en signant ces papiers ? Tu crois que je ne regrette pas chaque jour de ne plus m'endormir à tes côtés ?

Elle s'arrêta, sanglotant bruyamment.

- Mais que veux-tu faire ? Faire comme si de rien n'était ? Reprendre à zéro après tout ce qu'il s'est passé ?!

- Oui ! s'exclama-t-il, d'un air sûr, les larmes aux yeux.

- Arrête, Drago ! Arrête ! Ne sois pas aveuglé par tes désirs, sois réaliste ! Que se passera-t-il après quelques jours ? Tu recommenceras à faire des recherches incessantes et obsessionnelles sur le syndrome de Brugada ? Tu me consoleras lorsque je pleurerai, en me disant que c'est ta faute et non la mienne ? Puis nous hurlerons l'un sur l'autre à nouveau ?

Elle se tut, essoufflée. Elle prit son visage entre ses mains et essuya ses larmes, alors qu'elles continuaient de couler.

Le regard de Drago semblait dévasté.

- J'ai arrêté mes recherches, avoua-t-il, la gorge nouée. Je les ai arrêtées le lendemain de notre divorce, quand j'ai compris que c'était plus destructeur qu'autre chose. Je me suis résigné, Hermione. J'ai compris que je n'étais pas fautif. Que je n'aurai pas pu sauver Lyra. Parce que j'ai compris que quoi qu'il arrive, je ne pourrai pas remonter le temps et empêcher cela. J'ai compris que je devais apprendre à vivre avec ça, avec ma douleur.

Il se tut un instant, déglutissant.

- Mais je n'y arrive pas. Je n'y arrive pas seul, Hermione. Parce que je n'ai jamais fait ça, parce que je sais… Je sais que j'ai besoin de toi.

Elle secoua la tête. Elle ne voulait pas. Elle ne voulait pas avoir d'espoir, pas croire que cela puisse fonctionner, qu'ils puissent s'en sortir et se soutenir. Elle ne voulait pas.

- Ne fais pas ça, Drago, chuchota-t-elle en pleurant. Nous allons nous briser.

- Tu veux me briser ? demanda-t-il d'un ton sérieux, en s'approchant d'un pas.

Elle ne répondit pas.

- Hermione, est-ce que tu veux me briser ? répéta-t-il.

Elle fit non de la tête, les larmes glissant toujours sur ses joues.

- Est-ce que tu penses encore que tout est ta faute ? demanda-t-il ensuite.

Ce fut comme si la réponse allait déterminer quelque chose, Hermione le sentit.

Elle ne sut quoi répondre.

Le Syndrome de Brugada était héréditaire. Hermione avait appris quelques semaines après le décès soudain de leur fille que cela venait de son côté. Elle avait aussi appris que ce genre de pathologie était toujours transmise entre parent et enfant, mais que cela n'avait pas été son cas. Ce syndrome sautait certaines générations, elle n'en avait donc jamais eu connaissance avant que la maladie de sa fille soit découverte. Bien trop tard.

Elle s'en était voulu, terriblement voulu.

Pourtant, la question de Drago lui fit réaliser que les choses avaient changé. Elle avait beaucoup rationalisé. Elle savait qu'elle n'y était pour rien. Tout comme Drago semblait avoir compris qu'il n'aurait rien pu faire, aussi talentueux soit-il en médicomagie.

- Non, chuchota-t-elle.

Il s'avança encore d'un pas.

- Hermione, laisse-nous essayer, demanda-t-il d'une voix presque suppliante. Aucun de nous ne souhaite que les choses dérapent, nous avons commencé à réaliser que cela ne changerait pas. Il est temps pour nous d'avancer, ensemble. Lyra doit rester le meilleur de nos souvenirs, pas la source de nos conflits. Elle est l'amour de nos vies, notre ange, notre monde. C'est ce que nous devons retenir.

Il fit un pas de plus, mais Hermione recula.

Elle secoua la tête. Elle voulait dire oui, elle voulait tomber dans ses bras et se serrer contre son cœur. Elle voulait se perdre dans ses yeux et lui répéter qu'elle l'aimait.

Mais elle ne pouvait pas. Quelque chose la bloquait.

Il se figea lorsqu'elle recula.

- Drago, qui est Astoria ? lui demanda-t-elle en relevant les yeux vers lui, le regard douloureux.

Elle le vit hausser les sourcils et écarquiller les yeux, ne s'attendant visiblement pas à ce qu'elle pose une telle question. Un éclair de confusion traversa son regard et la respiration d'Hermione se bloqua.

- Astoria ? Astoria Greengrass ?

Elle hocha la tête, les larmes aux yeux.

- Astoria est la nouvelle petite-amie de Théo, élucida-t-il en fronçant les sourcils. Il a eu un accident de baguette ce matin et Astoria a débarqué en pleurs au manoir pour que je vienne l'aider.

Le soulagement marqua les traits d'Hermione. Elle avait pensé tant de choses…

Elle le vit froncer les sourcils.

- Que t'es-tu imaginé, Hermione ? demanda-t-il en faisant un pas vers elle.

Cette fois, elle ne bougea pas.

- Qu'Astoria était ma petite-amie ? s'étonna-t-il d'un air confus.

Elle hocha honteusement la tête, avant de baisser celle-ci.

- Par Salazar, Hermione… Comment peux-tu penser une seule seconde que je puisse un jour m'intéresser à quelqu'un d'autre que toi ?

Elle sanglota silencieusement, essuyant le dessous de ses yeux avec sa manche.

- Quand comprendras-tu qu'il n'y plus aucune autre femme que toi dans ma vie ?

Il fit un pas de plus vers elle. Encore un et ils se toucheraient.

- Notre fille est la seule personne que j'ai jamais aimée autant, chuchota-t-il en osant lever la main vers son visage.

Il hésita un instant, avant de finalement la poser sur sa joue.

Elle frissonna à son contact. Sa main était chaude sur sa peau, mais aussi terriblement douce. Elle releva les yeux vers lui.

- Tu me manques tellement, avoua-t-elle d'une voix brisée.

Il ne lui fallut pas plus avant qu'il ne la tire dans ses bras. Elle s'y blottit sans attendre, éclatant en sanglots contre son torse, alors qu'il la serrait contre lui comme si sa vie en dépendait.

- Je suis tellement désolée, pleura-t-elle contre lui, ses mains serrées entre eux. J-J'ai pensé qu'il n'y aurait pas de meilleure solution, que nous allions finir par nous détruire, qu-que rien n'allait s'arranger. Je suis désolée, Drago, sanglota-t-elle sans s'arrêter de trembler dans ses bras.

Il attrapa son visage entre ses paumes et le leva vers le sien.

- Hermione, calme-toi, lui chuchota-t-il en caressant ses joues avec ses pouces.

Ses yeux gris étaient aussi remplis de larmes.

- Nous étions perdus tous les deux, nous avons choisi la facilité, ne t'en veux pas, je t'en prie. Nous avons tous les deux nos torts, mais ce n'est pas le plus important. Il faut nous concentrer sur nous désormais, tu comprends ? Nous devons nous soutenir, être là l'un pour l'autre, ce n'est que comme ça que nous nous en sortirons. J'ai pensé que je devais rester éloigné de toi, te laisser de la place, te laisser vivre et faire ton deuil. Mais non, ce n'est pas la solution. Notre mal-être n'a fait que s'accentuer et nous devons remédier à ça, Hermione.

Il chassa ses larmes avec ses pouces, sans la quitter des yeux.

Elle voyait tant d'amour, de sécurité et de sincérité dans son regard que cela en devenait déroutant.

Elle ferma les yeux et prit une grande inspiration en hochant la tête.

Lorsqu'elle les rouvrit, ils étaient déterminés.

Elle se mit sur la pointe des pieds et se pencha vers lui, jusqu'à ce que leurs lèvres se rencontrent.

Ce fut une délivrance pour chacun d'eux. Elle sentit ses muscles se détendre, alors que les épaules de Drago se relâchaient. Ils se retrouvaient.

Ses lèvres avaient le goût si significatif du whisky - s'était-il donc remis à boire ? - sous les siennes, le tout mêlé à une légère touche de cannelle. C'était merveilleux. Elle aurait pu passer sa vie à embrasser cet homme.

Il lui avait tellement manqué.

Si pendant un temps, le simple fait de le voir et de voir dans ses traits, ceux de sa fille, était une pure torture, les choses avaient bien changé.

Désormais, elle ne voyait plus que l'homme qu'elle aimait. Elle y voyait les reflets de sa fille, mais cela la confortait juste dans l'idée que Drago était sa famille. Elle l'aimait. Plus que tout.

- Je suis désolée, murmura-t-elle sur ses lèvres, avant de l'embrasser à nouveau, d'autres larmes coulant sur ses joues.

- Je t'aime, répondit-il avant de plonger sur ses lèvres encore une fois.

Ses larmes redoublèrent. Des larmes de soulagement, de bonheur, mais aussi de tristesse.

Un vrai capharnaüm dans son cœur et sa tête.

Elle passa ses bras autour de sa nuque et se rapprocha davantage de lui. Elle n'arrivait pas à se détacher. Elle avait bien trop besoin de son contact désormais. Maintenant qu'elle l'avait retrouvé, elle ne voulait plus jamais le quitter.

Elle était avide de lui.

Et il semblait tout aussi dépendant à elle.

Ses mains étaient tombées sur sa taille et il ne quittait plus ses lèvres.

Lorsque finalement, l'air vint à leur manquer. Ils s'écartèrent légèrement, front contre front.

Les yeux fermés, seules leurs respirations saccadées se faisaient entendre, se mêlant entre leurs deux bouches.

- Est-ce que tu es sûre de vouloir encore partir ? lui demanda-t-il en la serrant plus fort contre lui.

- Tu veux que je reste ? préféra-t-elle répondre, le regard ému.

- Plus que tout, Hermione.

Elle hocha la tête, fermant les yeux pour laisser couler d'autres larmes sur ses joues. Elle cala ensuite son visage contre cou, se complaisant dans la chaleur que leur proximité dégageait.

- Tu es sûre de ne rien vouloir manger ? lui demanda-t-il en caressant doucement ses cheveux.

- Certaine, acquiesça-t-elle d'une petite voix. Je n'ai plus vraiment d'appétit ces derniers temps et… Tout ça m'a trop remuée pour que je puisse avaler quoi que ce soit, soupira-t-elle ensuite, en posant son oreille contre sa poitrine pour écouter son coeur.

- C'est la même chose pour moi, ne t'en fais pas, murmura-t-il en réponse. Est-ce que… Est-ce que tu as besoin de quelque chose ? Veux-tu prendre une douche ? Dormir ? Quoi que ce soit.

Un léger sourire étira les lèvres d'Hermione. Toute cette attention… Cela lui avait manqué. Drago était si protecteur, si attentif, lorsqu'il était avec elle.

- Je crois que j'ai juste envie que tu me prennes dans tes bras et que nous dormions ensemble à nouveau, Drago, avoua-t-elle en relevant les yeux vers lui, sa lèvre inférieure coincée entre ses dents.

Il lui sourit avec une immense tendresse, plaçant une main sur sa joue, qu'il caressa doucement.

- Tout ce que tu voudras, mon amour, murmura-t-il avant de se pencher pour l'embrasser sur le front.

Il la tira par la main à travers le manoir. Elle ne le lâcha pas une seule seconde, comme si son contact était la seule chose qui la gardait sur terre. Elle se sentait tellement perdue. Tout cela était irréaliste.

Elle se retrouvait à suivre son ex-mari, l'homme qu'elle aimait, dans leur ancienne chambre maritale, après deux ans de divorce. Elle avait du mal à réaliser.

Pourtant, lorsqu'elle se glissa sous les couvertures, habillée de l'un de ses joggings et d'un grand t-shirt, elle sut qu'elle était à sa place. Elle ne voulait être nulle part d'autre. Peut-être aurait-elle dû envoyer un message à ses parents pour ne pas les inquiéter, mais elle était tellement ailleurs qu'elle n'y songea même pas.

Elle se contenta de se blottir dans les bras de Drago lorsqu'il la rejoignit sous les couvertures.

- Je ne veux plus te perdre, Hermione, murmura-t-il en la serrant contre son torse.

- Plus jamais, répondit-elle en levant la tête vers lui.

Il posa ses lèvres tendrement sur les siennes, avant de remonter les couvertures au-dessus de leurs épaules.

- Dors, Hermione, je vois dans tes yeux à quel point tu es fatiguée.

Elle hocha lentement la tête et cacha son visage dans son cou, se complaisant dans son contact comme s'il était divin.

- Je ne te laisserai plus jamais partir, l'entendit-elle murmurer.

Alors qu'elle sentait le sommeil poindre, elle pensa à sa petite fille. Sa merveilleuse petite fille.

Elle songea qu'ils n'auraient pas pu lui faire meilleur cadeau d'anniversaire que de se retrouver, que de se pardonner, que de se promettre de ne plus jamais se quitter. Elle était déterminée à ce qu'ils se reconstruisent, à ce qu'ils réapprennent à vivre ensemble, à s'aimer sans se détruire. Elle savait qu'il l'était aussi.

Les yeux toujours légèrement ouverts et tournés vers la grande fenêtre de la chambre, Drago aperçut une étoile filante.


On se retrouve bientôt pour le dernier chapitre ;)