Chapitre 12
Au petit un matin, un coursier apporta un pli à Netherfield. Il fut immédiatement apporté à Miss Bingley par sa jeune servante, tremblante à l'idée de réveiller sa maitresse si tôt. Un râle se fit entendre dans les draps du lit à baldaquin dans lequel Caroline dormait profondément.
« - Pardonnez-moi Madame, un pli vient d'arriver pour vous.
-Si tôt ? Qui peut donc avoir l'idée de me faire porter un message à cette heure ? »
Caroline parcouru rapidement le message et renvoya sa servante, insistant de manière fort peu élégante sur le fait qu'elle désirait désormais être seule.
En sortant des appartements de Caroline, la jeune servante croisa Mrs Merkham qui descendait pour une promenade matinale.
« - Bonjour Madame, salua la jeune fille.
-Bonjour, Caroline est-elle réveillée ? Il est bien tôt, cela n'est pas dans ses habitudes.
-Non Madame… C'est-à-dire oui. Un message est arrivé ce matin pour Miss Bingley, je viens de lui apporter.
-A cette heure ? Ce doit être là une affaire importante.
-Oui Madame, Miss Bingley m'a aussitôt demandé de la laisser seule avec cette lettre mais elle semblait plutôt ravie de ce message. »
Mrs Merkham ne répondit pas et se contenta de dévisager la jeune fille et de la remercier. Reprenant chacune leurs taches, Mrs Merkham rappela la jeune fille en lui demandant si elle avait vu Mr Darcy ou le Colonel Fitzwilliam ce matin. La jeune fille répondit par la négative et si elle devait prévenir ces messieurs que Mrs Merkham souhaitait s'entretenir avec l'un d'eux.
« - Oui faites. Je serai de retour d'ici trente minutes.
-Bien Madame ».
Quand Mrs Merkham revint de sa marche, elle trouva les deux cousins dans la salle à manger. Plongés, l'un dans son journal, l'autre dans la contemplation mélancolique d'un parterre de fleurs, elle signala sa présence par un salut poli et discret.
« -Mrs Merkham ! S'exclama le colonel Fitzwilliam. Ainsi vous voilà revenue, le temps était-il propice à votre marche ?
-J'ai trouvé cette fraiche matinée bien revigorante, marcher me procure toujours le plus grand bien ! »
Darcy sourit à cette évocation, il savait qu'Elizabeth était une excellente marcheuse. Ce souvenir le mis en joie et il proposa à Mrs Merkham de se joindre à eux pour prendre un thé. Celle-ci accepta.
« -Nous avons étés informés que vous souhaitiez nous voir ce matin avant votre départ.
-En effet, répondit Mrs Markham en reposant sa tasse. Miss Bingley est-elle déjà descendue ? »
Les deux cousins répondirent que non.
« -Bien. Un coursier est arrivé ce matin. Tôt. Il est venu apporter un message. »
Mrs Merkham s'interrompit en entendant la porte s'ouvrir. Mr Bingley fit son apparition.
« -Que de monde ce matin ! Et moi qui pensait vous trouver dans la bibliothèque Darcy !
-Pourquoi donc la bibliothèque ?
-N'avez-vous pas reçu une lettre ce matin ? Il me semble avoir entendu qu'on apportait du courrier, n'était-ce point pour vous ?
-Du tout. Je n'ai rien reçu ce matin.
-C'est Miss Bingley qui s'est vue remettre une lettre. C'est ce que j'étais sur le point de vous expliquer quand Mr Bingley est entré.
-Ma sœur ?
-Celle-ci même. J'ai croisé la jeune servante de Caroline qui sortait de ses appartements, elle m'a expliqué ne pas savoir de qui provenait la lettre mais que Caroline semblait plutôt satisfaite de ce message. Je ne lui connait pas d'amis ou de famille pouvant lui écrire de façon si matinale. Selon moi il ne peut s'agir que d'une seule personne.
-Mr Wickham. » Confirma Mr Darcy.
Tous tombèrent d'accord qu'il était fort probable qu'il s'agisse de Wickham. Les habitudes de Caroline n'incluaient pas d'amis pouvant la solliciter à ces heures.
« -Il nous faut tout de même nous assurer qu'il s'agit bien de Mr Wickham. Insista Mr Darcy.
-Vous avez raison, il nous faut en avoir le cœur net. Confirma Bingley. J'insiste pour n'avoir aucune raison de douter de ma sœur et je souhaite m'assurer que sa condition et ses actions ont entrainés sa perte.
-Cela s'entend. Je ne reviendrai sur ma promesse que lorsque je serai certain que ce mariage ne peut avoir lieu. En attendant, avez-vous croisé votre sœur en descendant ?
-Je ne l'ai pas vu mais je sais qu'elle est encore dans ses appartements, sa servante s'affairait dans les couloirs avec une pile de linges propres. Je pense qu'elle se prépare à sortir.
-Avait-elle une invitation quelconque à honorer aujourd'hui ?
-Ce matin il ne peut s'agir que de quelque visites quotidiennes, ou d'achats en ville. Quant à cet après-midi, nous devions passer du temps ensemble ». Expliqua Mrs Merkham.
Le groupe entendit alors du brouhaha dans l'escalier comprirent que l'arrivée de Caroline était imminente. Tous saluèrent la jeune femme et ces messieurs s'acquittèrent de leurs habituelles conversations en présence de dames à l'heure du déjeuner. Quant à ces dames, elles se livrèrent à des conversations plus légères sur les activités de la journée et les rendez-vous à honorer. Mrs Merkham allait s'enquérir de l'organisation de l'après-midi quand elle fut devancée par Miss Bingley qui lui expliqua qu'une amie de longue date était dans la région et qu'elle souhaitait sa présence en ville à l'heure du thé de l'après-midi. Caroline se dit navrée et confuse d'avoir à reporter leur tête à tête et que cela lui faisait bien grand mal que de devoir décommander une amie si chère. Mrs Merkham rassura Caroline et lui assura qu'il n'était pas dans son caractère que de faire preuve de rancune et qu'elle encourageait de tous ses vœux la rencontre de l'après-midi.
Les discussions reprirent entre les jeunes gens, chacun parlant du temps, des activités de la journées et des invitations à venir. Au bout d'une heure, Caroline prétexta une migraine et remonta dans ses appartements. Mrs Merkham suivit ces messieurs dans la bibliothèque où elle fit part de sa discussion avec Caroline.
« -Se pourrait-il réellement qu'une amie soit dans la région ? demanda Mrs Merkham à Mr Bingley.
-J'ai bien peur de ne pouvoir rien affirmer.
-Alors il nous faut en avoir le cœur net ! S'exclama le colonel. Ne pouvons-nous pas demander son aide à Miss Elizabeth ?
-J'y songeait justement, répondit Darcy. Mais je ne peux décemment pas me présenter à Longbourn pour savoir où se trouve son… Mr Wickham. Cela n'aurait aucun sens et si Caroline venait à l'apprendre, tout serait perdu.
-Non vous avez raison. Je pense être le mieux placé pour lui faire part de nos doutes et de la rencontre prévue. Après tout, ma visite est celle d'un vieux colonel distingué, ami d'une jeune femme distinguée et de sa sœur. Bingley pourrait m'accompagner pour voir sa fiancée, ainsi tout serait parfaitement convenable.
-Il vous faut vous hâter dans ce cas, Caroline m'a confiée qu'elle se rendait à Meryton avec la chaise de quatorze heures.
-Il nous faut donc partir dès maintenant pour Longbourn. »
Rapidement, le colonel et Bingley arrivèrent à Longbourn. Les habitants furent surpris mais néanmoins ravis de voir arriver de si bonne heure des messieurs aussi charmants. Jane pris le bras de son fiancé et s'éloigna dans le jardin suivit d'Elizabeth et du colonel qui après avoir prétexté une affaire importante dont il devait entretenir Elizabeth suivaient la marche des fiancés. Rapidement après les nouvelles d'usages, le colonel en vint aux faits. Il expliqua en détail toute l'affaire à la jeune femme qui sentait son malaise grandir au fur et à mesure.
« -Par hasard, Miss Elizabeth, Mr Wickham vous aurait-il confié une information, vous aurait-il fait part d'une rencontre éventuelle aujourd'hui ?
-J'ai bien peur que non. Toutefois, nous devions nous rencontrer dans la journée comme la coutume l'autorise pour des fiancés mais hier il m'a annoncé qu'il ne pourrait venir à ma rencontre aujourd'hui car une affaire requerrait sa présence.
-Vous a-t-il précisé où il se rendait ?
-Hélas non mais il m'a certifié qu'il ne serait pas absent plus d'une journée. Il ne peut donc pas faire plus de quelques lieues.
-Tout à fait. Je crois savoir qu'il a des habitudes au Rose and Crown.
-En effet, mais il ne pourrait pas recevoir une jeune dame dans l'auberge, à la vue de tous.
-Non. Mais il peut y avoir une chambre.
-Une chambre ?
-Oui Miss Elizabeth.
-Colonel, je vous en prie, ne me cachez rien.
-Très bien. Voyez-vous, il est tout à fait possible que Mr Wickham puisse avoir réservé une chambre à l'auberge de Meryton pour y attendre Miss Bingley. Celle-ci pourra entrer à sa guise et prétexter la venue d'une amie à qui elle vient rendre visite pour se voir accéder aux chambres, personne ne pourrait questionner sa présence dans l'établissement. C'est ainsi qu'elle trouvera Mr Wickham. Sans chaperon, vous le savez, un homme et une femme ne peuvent pas se retrouver seul s'ils ne sont pas mariés alors…
-Miss Bingley serait perdue… se désola Elizabeth.
-J'ai bien peur qu'elle ne le soit déjà. »
Les deux amis firent quelques pas dans le jardin, en silence. Elizabeth pensait à Mr Darcy. Que devait-il traverser ? comment se portait-il ? que se passerait-il si la rencontre avait lieu ? Tant de questions se bousculaient dans l'esprit d'Elizabeth.
« -Pour quand le rendez-vous est-il prévu ? reprit-elle
-Miss Bingley prend la chaise de quatorze heures, elle sera donc à Meryton pour la demi.
-Mr Darcy est-il au courant ?
-Oui Miss, il est au courant de tout. Il attend mon retour pour agir.
-Alors il vous faut rentrer à Netherfield. Faites-lui part de notre discussion et de ce que nous pensons savoir.
-Je n'y manquerai pas mademoiselle. Souhaiteriez-vous lui transmettre autre chose ? »
Elizabeth hésita, elle voulait se rendre à Netherfield avec le colonel, parler à Darcy, lui exprimer ses regrets et ses profondes excuses.
« -Transmettez lui mes amitiés ainsi que ma profonde reconnaissance pour tant de générosité et de sollicitude. »
Le colonel acquiesça, salua la jeune femme et prévint Bingley qu'il rentrait à Netherfield. Ce dernier, qui avait entretenu sa compagne de l'intrigue, salua sa promise, fit un signe de tête à Elizabeth et monta sur son cheval afin de rattraper le colonel déjà quelques mètres plus loin.
De retour à Netherfield, le colonel se précipita dans la bibliothèque pour relater son entrevue avec Elizabeth à Darcy. Ce dernier, debout face à la fenêtre se tenait droit, les mains dans le dos, les mâchoires serrées par la colère. Voyant la tension évidente qui habitait son cousin, le colonel lui signifia qu'il avait un message de la part d'Elizabeth. Darcy senti son corps de détendre à cette annonce. Il se tourna vers son cousin et l'encouragea d'un regard. Il sourit en entendant ces quelques mots provenant d'Elizabeth et pensa qu'il aimerait en entendre plus, lui en dire plus.
Ils furent interrompus par le bruit d'un attelage qui s'arrêtait devant la porte. Dans l'entrée, Mrs Merkham se tenait droite et regardait l'attelage. Entendant les pas des deux cousins, elle leur fit signe de s'approcher. Tous restèrent coi en constatant que la chaise était tirée par deux chevaux, un blanc et un noir. Bingley fut le premier à rompre le silence.
« -Je crois que nous venons d'ajouter une pièce à notre puzzle ».
Le colonel signifia au groupe que Caroline descendait l'escalier.
« -Juste ciel ! Que de monde ! Rassurez vous mes amis je serai de retour bien vite ! Railla Caroline. Vous aussi mon cher continua-t-elle en s'adressant à son fiancé soyez patient. »
Darcy répondit par une mimique pincée et accompagna sa fiancée en lui demandant où elle se rendait.
« -Je dois rendre visite à une vieille amie de passage à Meryton. Les présentations seraient inutiles car je ne la voit que trop rarement hélas.
-Voilà qui est bien dommage en effet. »
Darcy ferma la porte de la chaise poste et laissa l'attelage s'en aller.
