Bonjour !
Ce texte a été écrit dans le cadre du calendrier de l'avent de la page "Bibliothèque de fictions".
Bonne lecture !
La neige tombait déjà quand Queenie se glissa hors de son lit et s'approcha de la fenêtre pour jeter un œil au paysage recouvert d'un épais manteau blanc, que les timides rayons du soleil levant faisaient étinceler comme un océan de diamants.
Un sourire ravi se dessina sur les lèvres de la petite fille, qui s'effaça bien vite lorsqu'elle se retourna et promena son regard sur les silhouettes endormies des autres filles du dortoir.
Les larmes lui montèrent rapidement aux yeux.
D'habitude, le matin du 24 décembre, elle courait dans la chambre de Papa et Maman pour les réveiller en bondissant sur le lit, impatiente comme elle était de passer la journée à rajouter quelques décorations dans la maison, à essayer de deviner quels cadeaux le Père Noël allait lui apporter ou encore à jouer avec Tina dans le jardin avant de se réfugier à l'intérieur pour observer l'étoile en haut du sapin.
Il n'y avait pas de sapin à l'orphelinat – Queenie se refusait à considérer comme tel le vieil arbre rabougri que la directrice avait installé dans le réfectoire. Il n'y avait pas de boules multicolores, de guirlandes étincelantes, d'odeurs appétissantes qui se répandaient dans toutes les pièces.
Et, surtout, il n'y avait pas Papa et Maman, parce que Papa et Maman dormaient au chaud de la terre depuis six mois et que tout avait disparu avec eux, le sapin, les boules, les guirlandes, les bonnes odeurs – tout.
Queenie se réfugia dans son lit et serra son vieil ours en peluche contre elle mais aucune chaleur ne vint réchauffer son cœur gelé. Elle pleurait silencieusement depuis plusieurs minutes quand quelqu'un se glissa sous les couvertures.
« Pourquoi est-ce que tu pleures ? » lui murmura Tina.
Queenie se retourna, les yeux toujours brillants de larmes.
« Je veux que Papa et Maman reviennent, » sanglota t-elle en se réfugiant dans les bras de sa grande sœur.
Tina caressa doucement ses boucles dorées.
« Je sais, Queenie... je sais... »
Quelques instants plus tard, elle se leva soudainement, les poings sur les hanches. La lueur de détermination qui illuminait ses yeux bruns intrigua Queenie.
« Viens avec moi, » chuchota t-elle en la prenant par la main pour l'entraîner à sa suite.
« Mais on n'a pas le droit de sortir du dortoir avant l'heure du lever ! » rétorqua Queenie.
Tina haussa un sourcil, l'air malicieux.
« Ah bon ? J'avais oublié. »
Un petit sourire se dessina sur les lèvres de Queenie, et les deux sœurs quittèrent le dortoir sur la pointe des pieds en ayant tout juste pris la peine d'enfiler leurs chaussures et d'emporter leur manteau.
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Tina savait qu'elles auraient toutes les deux de gros ennuis dès qu'on s'apercevrait qu'elles avaient quitté le dortoir sans autorisation, et pour aller jouer dehors en plus, mais en cet instant, elle s'en souciait peu : Queenie avait retrouvé le sourire et c'était bien tout ce qui comptait.
« Tina ? On peut faire une bataille de boules de neige, comme avant ? »
C'était une de leurs activités favorites. D'aussi loin que Tina s'en souvenait, il avait toujours neigé pendant la période de Noël, et pas un réveillon ne s'était passé sans qu'elles se livrent un combat acharné. Pourtant, Tina hésita.
« Je ne sais pas, Queenie... »
Sortir en douce était une chose, se lancer dans une bataille de boules de neige et risquer de se faire remarquer par la même occasion en était une autre.
Tina était toujours en pleine réflexion quand une masse glacée s'écrasa dans son cou, manquant de la faire crier. Visiblement fière d'elle, Queenie préparait déjà une deuxième boule de neige.
« Tu veux la guerre ? » s'esclaffa Tina, toute idée de prudence oubliée. « Eh bien, tu vas l'avoir ! »
La première boule qu'elle lança à sa petite sœur manqua sa cible, mais la deuxième la frappa de plein fouet. Le rire de clochettes Queenie monta en notes de bonheur jusqu'au ciel et se mit à valser aux côtés des flocons de neige tourbillonnants.
Elles s'affrontaient sans merci depuis une dizaine de minutes quand une voix tonitruante les fit se figer sur place.
« Porpentina et Queenie Goldstein ! Voulez-vous bien m'expliquer ce que vous fabriquez dehors à une heure pareille ? Et en pyjama en plus ! »
La directrice de l'orphelinat était visiblement furieuse. Tina grimaça intérieurement et échangea un regard avec Queenie.
Elles allaient passer un sale quart d'heure...
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Comme Tina l'avait prévu, la directrice leur avait passé un savon pendant une quinzaine de minutes, mais puisque c'était la veille de Noël, elles s'en étaient sorties sans recevoir de punition. L'infirmière de l'orphelinat à qui elle les avait confiées et qui ne cachait pas son amusement remplit une baignoire d'eau chaude d'un coup de baguette et leur fit signe d'y grimper.
« Il faut vous réchauffer. »
Conscientes d'avoir assez dépassé les limites pour un jour, Tina et Queenie s'exécutèrent sans faire d'histoires.
« Quand on sera à Ilvermorny, on pourra se rendre invisibles et sortir quand on veut, » fit remarquer Queenie.
Tina roula des yeux.
« On ne peut pas se rendre entièrement invisible avec une baguette. »
Mais sa petite sœur ne semblait pas l'écouter.
« Si j'avais une baguette, je ferais apparaître un vrai sapin, et puis des boules et des guirlandes aussi ! »
Tina n'avait pas le cœur à lui rappeler que lorsqu'elles seraient à Ilvermorny, elles n'auraient pas le droit d'emporter leurs baguettes avec elles pendant les vacances. A la place, elle se contenta d'approuver.
« C'est une bonne idée. »
Lorsque l'eau fut devenue froide, elles sortirent de la baignoire et se rhabillèrent en silence. Queenie semblait de nouveau morose. Bien décidée à faire disparaître l'horrible lueur de tristesse au fond de ses yeux verts, Tina la prit de nouveau par la main et l'entraîna dans les couloirs.
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Moins d'une heure plus tard, Tina marchait à pas de loups à travers tout l'orphelinat, les yeux plissés. Pour redonner le sourire à Queenie et apporter un peu de lumière et de joie à tout le monde, elle avait proposé aux autres enfants de faire une partie de cache-cache. Son idée avait été reçue avec enthousiasme et elle avait été désignée pour compter et tenter de tous les débusquer. Sa tâche ne fut pas bien difficile : la plupart de ses camarades ne pouvaient s'empêcher de pouffer à son approche, et beaucoup s'étaient mis en tête que se cacher derrière les rideaux allait leur assurer la victoire. Queenie s'était réfugiée sous son lit et, si Tina fit mine de ne pas l'avoir remarquée pendant plusieurs secondes, elle ne put guère ignorer plus longtemps les éclats de rire que sa sœur essayait désespérément d'étouffer.
Nullement fâchée d'avoir perdu, Queenie se jeta dans ses bras.
« Tu m'as trouvée ! »
D'autres éclats de rire vinrent rejoindre ceux de la petite fille blonde dans une symphonie qui se teintait des couleurs de Noël.
« Je te retrouverai toujours, Queenie. »
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Une fois la partie terminée, Tina et Queenie passèrent le reste de la journée à faire des dessins destinés à être accrochés aux murs du dortoir.
« Ce sera comme de vraies décorations ! » dit Queenie avec enthousiasme alors qu'elle finissait de dessiner un grand sapin vert surmonté d'une étoile.
Tina n'avait malheureusement rien à offrir à Queenie. Aussi, quand le soir tomba, elle l'entraîna près de la fenêtre et pointa du doigt le ciel noir d'encre.
« Regarde les étoiles, » murmura t-elle. « Elles sont jolies, non ? »
« Oui, » approuva Queenie. « Est-ce que Papa et Maman nous regardent ? »
« Bien sûr. »
Quelques larmes roulèrent sur les joues de Queenie, et Tina s'aperçut qu'elle aussi pleurait. Les deux petites filles s'enlacèrent et restèrent dans cette position pendant un long moment. Quand elles s'écartèrent légèrement, Queenie offrit un petit sourire à sa grande sœur.
« Je t'aime, Tina. »
Ce fut comme si un feu de cheminée réconfortant s'était allumé dans le cœur de Tina. Leurs parents leur manquaient atrocement mais elles pouvaient compter l'une sur l'autre, elles étaient ensemble et tant qu'elles le resteraient, tout irait bien.
« Je t'aime aussi, Queenie. »
Le lendemain matin, quand elles se souhaitèrent un joyeux Noël, Tina n'avait toujours rien à offrir à Queenie, mais celle-ci s'en moquait : à partir de ce moment, lorsqu'elle leva les yeux vers le ciel obscur pour contempler les étoiles, elle eut l'impression que sa grande sœur était avec elle, même quand ce n'était pas le cas, et c'était le plus beau cadeau qu'elle avait jamais reçu.
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Des années et des années plus tard, le soir du réveillon de Noël, Tina Goldstein courait à en perdre haleine dans la neige. Elle n'en avait pas cru ses yeux quand le patronus en forme de cheval était venu la trouver au beau milieu du repas de fortune qu'elle partageait avec Norbert, l'une des rares pauses qu'ils s'étaient accordés pendant leur mission de surveillance.
Elle n'osait pas espérer, parce que c'était forcément un piège, parce que ça ne pouvait pas être vrai, ça ne pouvait pas être elle, et pourtant... et pourtant...
Le patronus l'emmena jusqu'à une petite clairière que seule la lumière des étoiles éclairait.
A quelques mètres d'elle, appuyée contre le tronc d'un arbre, une jeune femme aux cheveux blonds menaçait de s'effondrer d'une seconde à l'autre.
Le sang de Queenie coula sur les mains de Tina alors que des larmes coulaient sur ses joues quand elle pressa la plaie qui déchirait le ventre de sa sœur – elle comprit qu'elle avait utilisé ses dernières forces pour conjurer ce patronus.
Elle comprit aussi ce qui s'était passé.
« Pourquoi l'avoir trahi ? » fut tout ce qu'elle trouva à dire alors qu'elle marmonnait des formules pour refermer la blessure de sa sœur.
Les beaux yeux de Queenie étaient remplis de larmes.
« J'ai vu les étoiles, » avoua t-elle d'une voix tremblante. « Les étoiles, le soir du réveillon... j'ai pensé à toi, et j'ai su... j'ai su... »
Elle s'interrompit, incapable de poursuivre, mais ce n'était pas grave, parce que le cœur de Tina avait compris.
« Je ne pensais pas que tu me trouverais... » souffla t-elle.
Alors Tina l'attira contre elle et l'enlaça avec force, tremblante de soulagement.
« Je te retrouverai toujours, Queenie. »
