Ramens – 2

Bien entendu, la première chose que fit Obito quand il obtint finalement son bandeau frontal, ce fut d'aller pérorer auprès des trois orphelins d'Ame, les conviant en grande pompe à Ichiraku.

Enfin, il fit ça après avoir péroré auprès de Rin qui lui avait dit combien elle était fière de lui et qu'il avait réussi, comme elle n'en avait jamais douté. Le chaud au cœur qu'il avait ressenti quand elle avait prononcé ces mots lui avait donné envie de l'inviter à dîner, mais il avait eu peur d'être rejeté. Alors il avait préféré la mener à ses amis de toujours : il n'avait pas eu l'occasion de les présenter et Yahiko le tannait tant qu'il pouvait sur cette merveille qui n'avait pas encore de visage.

Donc il avait saisi Rin par la main pour la conduire à Ichiraku avec lui et les deux s'étaient cachés en attendant que les trois orphelins d'Ame arrivent. Rin avait été impressionnée : « Je ne savais pas que tu connaissais ces trois-là, ce sont de grands ninjas ! »

Effectivement, ils l'étaient. Tous les trois dans différentes unités des services secrets de Konoha : Nagato était ANBU dans la garde rapprochée du Troisième, Konan était au service de renseignement, Yahiko se définissant comme un diplomate de l'ombre – il était un des assassins les plus prisés de Konoha. Souvent en vadrouille, il était difficile de parvenir à faire coïncider leurs emplois du temps, surtout avec cette guerre qui causait tant de problèmes.

Pour autant, il avait réussi. Et quand il fut sûr que ses trois amis étaient entrés et installés, il tira Rin de derrière le mur, vérifia encore que son bandeau frontal était en place. Sa coéquipière lissa ses vêtements, épousseta la poussière de brique qui s'était glissée sur ses épaules, lui demanda une dernière fois s'il ne souhaitait pas inviter Kakashi qui était passé tout seul quelques minutes auparavant. Obito refusa une fois de plus. Ça allait bien cinq minutes, cette fixette sur Kakashi, mais bon, il devait déjà faire avec Rin qui s'émerveillait sur lui, il ne voulait pas que ses amis de toujours finissent par le préférer aussi.

Il passa le rideau d'un air conquérant, scandant un « SALUT LA COMPAGNIE ! » qu'il ponctua d'un rire puis il s'immobilisa, attendant les réactions de ses compagnons. Il y eut un instant de flottement avant que Konan se jette sur lui pour le serrer fort, bientôt rejointe par Yahiko qui les serra tous les deux encore plus fort et Obito finit par étouffer un peu dans cette étreinte.

Derrière lui, Rin, très impressionnée par la stature de Konan, rigola dans sa main. Finalement, Nagato s'approcha à son tour et lui vida un petit sac de confettis dessus – « Ça fait quatre ans que je les garde en attendant le moment de te les rendre ».

Obito protesta pour la forme, boudant doucement, mais les gratouillis des poinçons de papier sur sa nuque étaient délicieusement désagréables : un énième rappel que, même si Kakashi le traitait de raté, même si Fugaku lui lançait souvent ce regard disant qu'il n'espérait rien de lui, que malgré ça, il y avait des gens qui n'avaient jamais douté un instant.

En essayant de ne pas se montrer trop ému par le bruit que ses trois amis faisaient pour le féliciter, et lui raconter ce qui allait se passer pour lui, maintenant, anticipant déjà le futur examen de chuunin, il tira Rin par les épaules pour la mettre au milieu d'eux.

— Je vous présente Rin ! C'est mon amie et ma coéquipière !

— Qui est le troisième ?

Yahiko posait toujours les mauvaises questions au mauvais moment, il ne pouvait pas s'en empêcher. Obito baragouina un « Kakashi Hatake » assez colérique et Konan s'empressa de changer de sujet, revenant sur le seul qui les intéressait vraiment : les ramens.

Pourtant, tout le repas, Rin ne fit que parler de Kakashi, coupant l'appétit d'Obito et serrant sa gorge de façon désagréable. À côté de lui, Konan ne mangeait pas beaucoup non plus, les yeux rivés sur lui et son bol à moitié vide. Elle tenta de changer de sujet, demandant à Rin ce qu'elle comptait faire.

— Comme toutes les femmes, non ? Je vais me spécialiser dans le ninjutsu médical. Il faut bien que quelqu'un soigne mes coéquipiers ! Obito est toujours en train de se blesser, lança-t-elle comme un aveu.

Le regard de Konan se voila d'un soupçon de colère et Obito ne comprit que plusieurs années après pourquoi. Elle se redressa un peu, Yahiko jappa en signe d'avertissement et Konan renonça.

— Il se blesse plus que les autres parce qu'il s'entraîne plus que les autres, expliqua Nagato. C'est normal d'avoir plus d'échecs quand on a mille fois plus de tentatives. Obito est un travailleur obstiné.

Et c'était un très joli compliment, mais pas suffisant pour lui rendre son appétit. C'était la première fois qu'il avait l'impression de faire pitié à Rin.

Le demi-bol de ramens resta en l'état.


À demain !