Confettis – 2

À quatorze ans, quand il se réveilla dans son lit d'hôpital, il échoua à se redresser, le côté droit de son corps ne répondant pas à son cerveau. Il paniqua un instant, se demandant ce qu'il s'était passé et les souvenirs revinrent petit à petit. Sa voix éraillée prononça un juron franchement coloré en direction de cet abruti de Kakashi, faisant sursauter Fugaku Uchiha qui chuchotait quelque chose avec le médecin, tenant dans sa main celle d'un enfant, son fils Itachi. Il paraissait plus grand qu'Obito se souvenait, mais bon, à cet âge-là, ça poussait vite.

Pendant que le médecin quittait la pièce en hochant gravement la tête, Obito se débattit avec son corps, poussa de toutes ses forces pour parvenir à se redresser, alors que Fugaku s'approchait de lui, faisant asseoir son fils sur une chaise. L'enfant le regardait avec d'immenses yeux pleins de questions et Obito l'ignora, concentrant toute son attention sur Fugaku qui le regardait d'un drôle d'air.

— Tu es finalement réveillé.

Il y avait une sorte d'émotion dans sa voix, un brin d'inquiétude, peut-être ? Par réflexe, Obito chercha une horloge, craignant d'être une fois de plus en retard quelque part, et ses cheveux vinrent effleurer sa joue, le faisant se figer net. Depuis quand avait-il les cheveux aussi longs ? Fugaku esquissa une moue un peu triste.

— Malheureusement, Obito, j'ai de mauvaises nouvelles pour toi. Avant de te les énoncer, je voudrais te dire que le clan Uchiha est fier de compter un utilisateur supplémentaire du sharingan.

Le sharingan… ? Ah oui, il avait finalement éveillé ses sharingans, se souvint-il. La suite des événements lui revint douloureusement en tête et il ferma les paupières. Rin enlevée, Kakashi qui perd un œil, le rocher qui tombe. Lui qui écarte Kakashi par réflexe, le rocher qui lui tombe dessus et écrase son corps. La greffe. Sa perte de connaissance. Son réveil pour voir Kakashi exploser le rocher à coups d'Éclair Pourfendeur, Maître Minato qui l'attrape, se téléporte à l'hôpital le plus proche. Puis plus rien. Jusqu'à aujourd'hui.

— Tu es resté dans le coma pendant plusieurs mois, annonça Fugaku. La Princesse Tsunade et Orochimaru ont fait au mieux pour parvenir à te sauver, une expérimentation à partir de cellules, et je suis ravi de te savoir parmi nous.

Le ton était froid, militaire et sec. Obito était habitué. Il n'y avait que deux personnes à qui Fugaku parlait avec douceur : son gamin et sa femme.

— Quand est-ce que je pourrai sortir et retourner en mission ? croassa Obito de sa voix fatiguée.

Il y eut un silence. L'enfant cilla et baissa la tête. Son père soupira et secoua la tête.

— Tu pourras sortir dans quelques jours. J'irai mandater ton ami Nagato–

Un voix en provenance de la porte lui répondit :

— Inutile, Fugaku, je suis là.

Fermement, Fugaku hocha la tête alors que Nagato entrait, retirant son masque de céramique blanche pour contempler les trois Uchiha. Il ne prêta pas vraiment attention à l'enfant, s'attarda longuement sur Obito pour lui offrir un sourire ravi avant de tourner ses rinnegans vers Fugaku qui lui fit signe de s'avancer et de s'installer, ce qu'il fit, au bord du lit, prenant soin de ne pas s'installer sur le blessé.

— Tu pourras sortir dans quelques jours, reprit Fugaku, et tu iras vivre chez Nagato.

Ce dernier approuva d'un mouvement, Obito se demanda pourquoi il ne pouvait pas rentrer chez lui, pourquoi ils avaient tous l'air aussi grave, pourquoi ça sentait autant le désinfectant, pourquoi il ne pouvait pas bouger le bras droit, ou la jambe droite.

— Cependant, au vu de tes blessures, tu ne pourras jamais plus être ninja, asséna Fugaku.

Cela fit l'effet d'un coup au plexus. D'un coup de kunai.

— Ah…

Il n'entendit plus rien. La suite du discours de Fugaku lui fit l'effet d'un bruit de fond dérangeant et il n'avait qu'une envie : qu'il parte avec son fils et qu'il se taise à tout jamais. Les larmes qui roulèrent le long de ses joues ne suffirent pas à faire taire le chef de clan, mais elles attirèrent une petite main qui se posa sur la sienne. Il tourna les yeux pour croiser le regard hanté de l'enfant, se demanda vaguement ce qu'il avait pu voir pour avoir l'air si perturbé.

Quand Nagato finit par interrompre le discours épuisant de Fugaku, le chef de clan parut finalement se rendre compte qu'Obito n'écoutait plus depuis longtemps. L'ANBU affirma qu'il prenait la suite, remerciant Fugaku pour son temps et ce dernier prit congé avec son enfant qui leur jeta un dernier regard et un faible sourire auquel Nagato répondit avant de prendre place sur la chaise à côté d'Obito.

— Il a été trop brutal pour te l'annoncer, regretta-t-il d'une voix contrite. Comme il l'a dit, Tsunade et Orochimaru ont grandement peiné pour pouvoir reconstituer les parties endommagées de ton corps. Ils ne sont pas encore sûrs que la greffe de cellules sera stable. Ta convalescence sera longue et très difficile et peut-être que tu n'auras pas les résultats que tu espéreras, mais… Si tu veux continuer sur cette voie, moi, je te soutiendrai.

Obito lui adressa un pâle sourire, incapable de montrer la reconnaissance qu'il éprouvait à ces mots. Il tourna la tête vers la fenêtre pour cacher ses larmes, ses yeux rencontrèrent un vase à moitié rempli de confettis. Dedans étaient piqués des bâtonnets qui supportaient des fleurs en papier et le col du vase était enlacé par une ficelle qui supportait un petit mot qu'il ne parvenait pas à lire tant les larmes brouillaient sa vue. Les rond de papier colorés semblaient être la seule couleur qu'il parvenait à distinguer de son unique œil.

— Konan est venue, remarqua Obito avec émotion.

— Oui, elle vient ici dès qu'elle rentre de mission. Elle s'inquiète pour toi, je lui ai envoyé un faucon pour la prévenir que tu es revenu à toi.

Peu de temps après, Obito feignit d'être fatigué et Nagato quitta la pièce pour le laisser pleurer de tout son souffle.


À demain !