Ramens – 3
Après des jours entiers de soupe à l'oignon malodorante, enveloppé telle une momie dans ses bandages qui permettaient à la greffe de ne pas se désolidariser de la partie gauche de son corps – il n'avait pas été bien difficile de le convaincre que ça aurait fait désordre si la moitié de son corps avait soudainement décidé de rester en arrière – il commençait à rêver d'un bol de ramens au miso.
Le rêve apparut par la porte, importé directement par Konan. Elle lui glissa un bol à emporter sur les genoux avec un clin d'œil la première fois qu'elle vint le voir, s'attirant une moue désapprobatrice de Rin qui tentait justement de le convaincre que se plier aux contraintes médicales, c'était pour son bien.
Rin ne parvenait plus à le regarder en face et il comprenait : lui-même avait du mal à supporter son reflet dans le miroir. Un œil en moins, l'autre côté ravagé par les cicatrices… Alors, il n'avait jamais rien eu d'un apollon comme Kakashi le parfait, mais cette mission qui s'était mal passée avait tout empiré. Dommage, quand même, pour une fois que Fugaku pouvait être fier de lui.
Konan ignora royalement l'œillade pleine de reproches que lui fit Rin. À vrai dire, c'était comme si la coéquipière d'Obito n'était même pas dans la pièce : Konan se déplaça du côté de la fenêtre pour sourire à Obito, affrontant son regard et l'air sur son visage était empli de soulagement. C'était tout. Du soulagement. Pas de pitié, pas de répulsion.
— Je suis revenue aussi vite que j'ai pu, annonça-t-elle. Comment tu te sens ?
Il haussa les épaules, forçant un sourire sur ses lèvres.
— J'ai moins de douleurs qu'au réveil et je suis en train de réfléchir à une reconversion, énonça-t-il.
Rin hocha la tête en signe d'approbation. Elle venait tous les jours et c'était adorable, trouvait Obito, mais…
Et c'était là que se dessinait tout le problème. « Mais ».
Mais elle ne le regardait jamais directement.
Mais elle avait commencé par vanter les exploits de Kakashi grâce à son sharingan à lui, avant même de lui parler de lui, hospitalisé.
Mais elle s'était empressée de tenter de le convaincre de se reconvertir.
Mais sa voix sonnait mal, pleine de pitié et de dégoût.
Et l'ensemble de ces « mais » dégueulasses contribuaient grandement à rendre la soupe à l'oignon indigeste.
Konan fit claquer sa langue en regardant Rin qui approuvait puis elle revint vers Obito.
— Quelle reconversion ? lâcha-t-elle. Tu es un ninja. Tu dois devenir Hokage. Je serai à la tête de ton service de renseignements, tu te souviens ? Et tu mettras Yahiko comme prof pour une équipe loufoque pour l'embêter. Et Nagato comme responsable de ta garde personnelle. Et on apportera la paix à ce monde, tous les quatre. Tu te souviens ?
— Ouais, soupira Obito en sentant son estomac s'agiter.
Il ne sut dire si c'était le parfum envoûtant des ramens ou le rappel de cette promesse, mais quelque chose dilata autre chose en lui.
— Mais, intervint Rin, ce n'est pas possible.
Elle s'imposait comme voix de la sagesse, mais…
Obito secoua la tête, forçant un peu plus sur ses lèvres et saisissant les baguettes qui étaient fixées sur la boîte. Il l'ouvrit pour commencer à dévorer ce repas qui, miracle, ne sentait pas l'oignon.
— Voilà, Rin a raison.
Et ça lui coûtait de prononcer cette phrase, oh oui, ça lui coûtait. Parce que, maintenant qu'il ne pouvait plus être ninja, il allait faire quoi ? Et puis, cette poisse de finalement éveiller ses sharingans, pour se retrouver à être armurier ? Serveur ? Génial ! Pouvoir anticiper les commandes des clients, waouh, quelle utilisation inédite de ses capacités héréditaires, c'était sûr que comme ça, il allait conserver le respect de Fugaku.
Il déglutit difficilement, faillit s'étrangler avec ses ramens et leva comme il put le bras droit pour s'essuyer la bouche. Il mangea le reste de son repas en silence. Rin prit congé en lançant un « je reviendrai avec Kakashi » et quand la porte se referma, Obito finit par soupirer.
— Je commençais à bien m'entendre avec Kakashi, confessa-t-il.
Konan lui porta une œillade surprise et il haussa de nouveau les épaules.
— Il a de bons côtés, en fait. Mais là, j'ai l'impression que je le déteste encore plus parce qu'elle parle que de lui tout le temps. Ça me fait tellement mal au cœur.
— Je comprends, chuchota Konan.
— Tu comprends toujours tout, sourit-il avec tendresse. C'est pour ça que t'es ma meilleure amie.
Il ne comprit pas pourquoi elle eut l'air si triste. Du moins pas de suite. Il fallut attendre une ou deux heures de plus.
La conversation avait dévié presque trop rapidement, le soleil se couchait derrière Konan pendant qu'elle argumentait pour qu'il n'abandonne pas son rêve. L'infirmière vint signaler la fin des visites et elle s'était levée pour partir. Alors qu'elle allait franchir la porte, elle fit demi-tour pour l'embrasser.
Vraiment l'embrasser.
Elle caressa son visage, lui jeta un regard qui fit battre son cœur n'importe comment et elle posa ses lèvres tout contre sa bouche, avec douceur. Il pouvait sentir son parfum et ses cheveux qui chatouillaient et ses mains étaient un peu rugueuses et c'était la première sensation qu'il avait avec cette nouvelle peau et c'était, c'était, c'était.
Avant qu'il réalise ce qu'il venait de se passer, elle était partie.
À demain !
