Confettis – 3

Ce baiser, ils n'en reparlèrent pas. Obito en toucha deux mots à Nagato et Yahiko, bien sûr, mais comme Konan faisait comme si rien ne s'était passé, il ne parvenait plus à affirmer avec certitude que c'était bel et bien arrivé.

Quand il en avait parlé aux deux autres en émettant cette réserve, Yahiko avait été catégorique :

— Bien sûr que non, ce n'était pas un rêve, avait-il soupiré en roulant des yeux.

— Ah… Ah bon ?

La voix du plus jeune était assez mal assurée, à la fois parce qu'il peinait encore à coordonner ses mouvements et aussi parce que le ton si ferme l'inquiétait : aurait-il raté quelque chose ?

Nagato avait ri, près de lui.

— Oui. As-tu une seule raison valable de rêver que Konan t'embrasse ?

Obito avait bégayé. Depuis le baiser – peut-être purement fictif – il avait souvent rêvé, même éveillé, qu'elle recommençait et qu'il la retenait, cette fois, qu'il ne la laissait pas partir. Pourtant cet aveu était difficile à prononcer. Il était amoureux de Rin, pourquoi voudrait-il embrasser une autre femme ? Sa meilleure amie, en plus ! Et aux dernières nouvelles, Yahiko et elle se tournaient autour !

Soudainement inquiet, il s'était orienté vers le rouquin avec un air désolé.

— Mais… Je pensais que Konan et toi, vous… Enfin que…

— Oh yerk, commenta Yahiko, c'est quasiment ma sœur jumelle, on a juste pas le même père et pas la même mère ! Non, non, non, y a rien entre elle et moi.

L'aveu avait fini par sortir, la fatigue aidant. Ses amis l'avaient avec empathie. Comme l'ambiance avait tourné à la confession entre amis, Yahiko avait alors expliqué qu'il y avait bien quelqu'un, qui, à vrai dire, peut-être, mais pas de suite parce que… Il avait fallu beaucoup de manœuvres à Nagato et Obito pour lui arracher le nom – « Shizune Kâto » – et les trois amis avaient soupiré en chœur.

Puis finalement, c'était Nagato qui s'était fendu d'un aveu. Il avait dit « j'ai jamais souhaité embrasser de fille », Obito avait hoché la tête en baragouinant « Oui, je comprends, les interdits ninjas », connaissant la droiture de son ami, et Nagato avait vaguement dodeliné du menton, n'approuvant pas vraiment, mais ne déniant pas non plus alors chacun avait entendu ce qu'il voulait bien entendre.

Bref, ils n'en avaient jamais reparlé et le temps avait filé, les jours s'étaient étirés en semaines, en mois, en années.

Les premiers jours, il avait été particulièrement compliqué pour lui de reprendre l'entraînement. C'était frustrant. Ce nouveau corps, désormais solide quoique laissant sa peau bien plus blanche qu'elle ne l'était vraiment, avait été compliqué à maîtriser. Et il avait dû tout revoir depuis la base. Depuis « malaxer le chakra ».

Alors, bon, le premier entraînement avait été particulièrement difficile.

Ce n'était vraiment pas de chance, hein, il avait bataillé longtemps pour reprendre le contrôle de son corps et quand il avait décidé de s'exercer pour redevenir un ninja – pour faire sourire Kooooo… Rin, Rin ! C'était Rin qu'il voulait faire sourire –, quand il avait décidé de reprendre l'entraînement, il l'avait fait un jour où le gamin de Fugaku traînait son père en lui demandant de lui apprendre une technique.

Obito, plus loin sur la berge, avait donc vu Fugaku faire sa démonstration de katon, puis Itachi reproduire les gestes et la technique du premier coup.

Autrefois, Obito aurait été vexé comme un pou. Lui-même, avant la mission, avait encore parfois un peu de mal à gérer le chakra accumulé dans la gorge pour pouvoir produire une boule de feu d'une taille convenable. Voir un gamin pareil réussir du premier coup aurait assommé la fierté de l'ancien Obito.

Mais bon, le nouvel Obito avait connu la guerre, la blessure et l'humiliation de devoir demander à Nagato de l'aider à s'asseoir sur les chiottes pour qu'il puisse pisser, parce qu'il ne pouvait pas se la tenir et rester debout. Alors, voir un enfant arriver à produire une boule de feu suprême du premier coup, ça l'avait étonné et décontenancé, mais il y avait vu un avantage : qui mieux qu'un petit génie pouvait lui prodiguer des conseils pour réussir à dégommer un autre petit génie ?

Il avait passé les mois suivants à s'entraîner aux côtés d'Itachi qui l'aidait à contrôler son corps, à dompter les cellules étrangères pour parvenir à manipuler son chakra et lui donner forme.

Quand il le pouvait, il accompagnait le petit dans ses escapades un peu n'importe où, répondant à l'enfant qui le considérait de la même façon qu'il observait les vétérans – ceux qui avaient fait plus d'une bataille. C'était intimidant, mais Fugaku voyait ce mentorat d'un bon œil – restait à savoir lequel des deux était le mentor.

Rapidement, les entraînements s'étaient enrichis de Shisui qui l'aidait à pallier l'angle mort de son œil qui voyageait à présent aux côtés de Kakashi le ninja copieur. Quand il réussit à maîtriser les bases du ninjutsu, il s'essaya au katon pendant qu'Itachi s'amusait à développer sa balsamine pourpre.

Après de nombreux échecs – il ne parvenait plus à convertir le chakra en feu, Shisui lui avait fait tester la nature de son chakra et elle avait changé. À présent, ses affinités allaient vers l'eau. Et la seule personne qu'il connaissait et qui maîtrisait le suiton, c'était Yahiko, Nagato ne comptant pas puisqu'il maîtrisait tout, lui.

Un jour, Kakashi lui avait demandé pourquoi, simplement, il n'utilisait pas le sharingan pour s'approprier les techniques aqueuses de Yahiko et Nagato. Le ninja copieur était venu « par hasard », puisqu'il « était en congé dans le coin », « pas du tout pour voir où tu en es ». Personne ne l'avait cru, bien entendu, mais il avait fini par enrichir cette troupe un peu bancale avec un taux de génie au mètre carré qui crevait le plafond.

Souvent, Yahiko le prenait à part pour les contempler, là, les quatre autres et murmurer à son oreille « On n'est peut-être pas des génies, mais au moins, on plaît aux filles. Les nerds dans leur genre, tout le monde s'en fiche ». C'était faux, bien entendu : dès que Kakashi retirait son masque, des gens s'évanouissaient, Itachi avait déjà son propre fan-club, Nagato repoussait les avances de femmes régulièrement, Shisui avait refusé une mutation parce qu'une collègue lui faisait du rentre-dedans musclé. Le seul qui n'attirait personne, c'était Obito.

Enfin, presque personne.

Plusieurs fois, Konan était venue et ça se passait toujours pareil. Elle restait assise dans un coin, refusant de dévoiler ses techniques. En nage, Obito allait se laisser tomber près d'elle, acceptant avec reconnaissance l'eau qu'elle lui apportait. Yahiko et Shisui finissaient par s'affronter sous les commentaires des trois autres et Obito décrochait dès le début du match, parce que l'auriculaire de Konan caressait le sien, les s'entremêlant avec tendresse, faisant exploser des douzaines de piñatas pleines de confettis dans son cerveau.

Et ces enchaînements l'amenèrent doucement aux portes de ses dix-sept ans, âge auquel il fut de nouveau autorisé à porter son bandeau frontal, après une évaluation menée conjointement par le Troisième Hokage et son successeur, Minato Namikaze.

Obito était ravi pour son maître. Un peu jaloux aussi. Quand l'annonce de sa nomination avait été faite, Minato avait chuchoté à son oreille « tu es en tête de ma liste de successeurs » avec un clin d'œil et Obito avait redoublé d'efforts à l'entraînement, réussissant presque à mettre Shisui à terre – presque, une fichue racine dans son angle mort puis il s'était étalé, trop empressé.

Arborant fièrement son bandeau frontal, entouré de tous ses amis, Obito était heureux. Il avait une petite impression de déjà-vu – quand il s'en était ouvert à Shisui, celui-ci avait répondu « Si ça se trouve, c'est Izanami », ce qui avait fait rire comme des hyènes les trois Uchiha sous l'air perplexe des autres – mais finalement, cette fête-là était encore mieux.

Ils tenaient à peine tous à Ichiraku, Teuchi avait à son tour jeté une poignée de confettis au visage d'Obito et pour fêter sa promotion, Kakashi lui avait offert un bandeau spécial pour masquer son orbite vide et tous les commerçants qui avaient vu passer Shisui, Itachi et Obito avaient scandé « Oh, mais ce sont les trois Uchiha, ils sont a-do-rables ».

Fugaku avait avoué à Shisui et Obito que grâce à ça, les habitants les craignaient moins et les sollicitaient de plus en plus, qu'ils s'intégraient mieux, parce que les trois ninjas parvenaient à charmer les civils de Konoha, que les ninjas suivaient et acceptaient d'apprendre à les connaître, malgré l'enclave formée par le quartier Uchiha en plein milieu du village.

Quand Rin vint le trouver pour le féliciter avec un sourire doux, il ne sentit pas son cœur rebondir pour elle. À vrai dire, c'est à peine s'il fit attention à ce qu'elle lui disait. Il hocha la tête tout le long de son discours durant lequel elle tortilla ses mains, mais ne parvint pas à rester concentré plus d'une seconde.

Parce que sous la table, discrètement, le pied de Konan caressait sa jambe, l'intérieur du mollet, de la cheville jusqu'au genou, et que ce simple mouvement envoyait des décharges envoûtantes jusqu'à son entrejambe.

Quand il rentra chez Nagato, le soir, seul, il finit par s'avouer que peut-être, peut-être, il avait des sentiments pour sa meilleure amie.


À demain !