Ramens – 4

Quand finalement Obito se résolut à bégayer une déclaration d'amour à sa meilleure amie, il n'eut pas l'occasion d'aller au bout de l'acte.

Il avait décidé d'inviter Konan en tête à tête à Ichiraku. Ils avaient mangé en silence, alors qu'il se répétait « Dans une minute, je lui dis tout », mais il n'avait pas réussi à ouvrir la bouche. Ils avaient erré dans le village, discutant de tout et de rien, lui racontant ses missions de rang C et D pour la faire rire – et ça marchait bien.

Ils finirent par échouer dans un salon de thé, plus romantique qu'Ichiraku.

Konan buvait un thé au citron.

Obito buvait Konan des yeux sans toucher à sa tasse.

Ils n'étaient pas les seuls clients dans le salon de thé et la serveuse courait entre les tables. Elle lui avait paru bien jeune et vaguement familière, mais bon, il n'avait pas fait attention plus que ça, parce que Konan venait de lever son regard sur lui et elle le dévisageait, semblant attendre quelque chose.

Une table plus loin, Itachi était visiblement en train de draguer, lui aussi. Il était en tête à tête avec Izumi, une fille du clan Uchiha qui venait de devenir ninja, une des genins de Yahiko, d'ailleurs.

— Alors, commença Obito, j'ai quelque chose à te dire.

La voix d'Izumi qui tonnait « JE TE DEMANDE PARDON ? » couvrit son maladroit « alors, en fait, je pense que, il se trouve que je suis amoureux de toi », il en fut à la fois reconnaissant et plein de dépit. Reconnaissant parce que, très clairement, cette déclaration était pathétique. Plein de dépit, parce qu'il avait été très compliqué de réussir à la prononcer, même si c'était très nul.

Konan et lui se retournèrent pour voir la serveuse se figer près de la table d'Izumi et Itachi, la jeune amie du surdoué s'était levée, le visage rouge, plein de rage alors que, indifférent à la colère qu'il provoquait, Itachi continuait son discours :

— Tu ferais mieux de renoncer à être un ninja, tu ne seras jamais assez forte pour survivre suffisamment longtemps. Prends exemple sur Shinko, elle est devenue serveuse parce qu'elle savait que sa place en tant que femme n'était pas parmi les ninjas.

« Oh bordel », jura Obito en silence, « Konan a entendu cette connerie, ça va chier ». L'orpheline tiqua, pivota sur son assise, pencha légèrement la tête. Izumi suffoquait d'effarement, Shinko la serveuse avait pâli et considérait Itachi avec une pointe d'écœurement. Et toujours sans se rendre compte – ou s'en fichant – de l'indignation que provoquaient ses propos outrageux, le génie continuait :

— Tu as des hanches larges, si tu trouves un mari, tu pourrais enfanter de plusieurs garçons sans trop de dommages sur ta silhouette, et ça ferait plusieurs Uchiha de plus.

Le son de la gifle qu'il reçut résonna dans le silence de mort qui régnait sur le café et il se tut finalement en constatant l'air blessé d'Izumi. Elle tremblait de rage, pâle comme un cadavre, statique, incapable de s'en aller, et Itachi hoqueta en voyant les larmes qui roulaient sur les joues de son amie.

— Mais pourquoi tu pleures ? s'enfonça-t-il. Tant d'émotivité est problématique pour un ninja, ça ne fait qu'appuyer mon propos. Tu n'es pas d'accord avec moi, Obito ?

Pris à parti dans un débat où il ne voulait surtout pas s'engager, le genin couina inesthétiquement et Itachi fronça les sourcils.

La chaise de Konan bascula quand elle se leva. Elle se mit en rempart devant Izumi, toisant sans crainte l'enfant surdoué du clan Uchiha. Silencieusement, elle leva le majeur et l'index, présentant à Itachi une provocation en duel.

— Oh merde, soupira Obito. Ça va dégénérer.

— Tu t'inquiètes pour elle ? sourit Itachi en répondant au défi. Je la ménagerai, je te le promets.

Il se leva, Obito suivit le mouvement.

— Tu vas tellement avoir mal, affirma-t-il avec un brin de sadisme.

C'était qu'il avait prévu autre chose que voir sa meilleure amie massacrer le chouchou de Fugaku. Idéalement, il lui disait être amoureux d'elle et ils rentraient à la maison pour braver d'un seul coup tous les interdits ninjas – surtout celui à propos des relations sexuelles.

Quand ils sortirent du café, l'atmosphère électrique autour d'eux attira les attentions de Shisui et Yahiko qui revenaient de mission. Ils suivirent le mouvement jusqu'au terrain d'entraînement des Uchiha.

Izumi et Obito s'installèrent à distance, Shisui et Yahiko appuyés contre un arbre derrière eux. La seule femme parmi les spectateurs était très inquiète pour sa consœur et elle se retourna, étonnée, quand Yahiko et Shisui pariaient sur le temps qu'il faudrait à Konan pour humilier Itachi.

— Vous pensez qu'il va perdre ? Il est fort, pourtant.

Obito ricana.

— Ouais, mais Konan n'est pas entrée dans les services de renseignements pour son joli sourire.

Tout alla terriblement vite. Les deux adversaires se saluèrent et Konan ne prit pas le temps de ménager Itachi. Son premier clone de papier, constitué en partie de parchemins explosifs, détonna près de lui, l'envoyant voler plus loin, et elle était déjà là où il allait atterrir pour le saisir et l'aider à s'étaler au sol avec un halètement de souffrance.

Le déchaînement de violence, les souffles des explosions, tout ceci finit par attirer des badauds, parmi lesquels Fugaku, Minato et Nagato.

— Que se passe-t-il, ici ? tonna le chef de clan en direction d'Obito.

— Itachi est un crétin, répondit Obito. Il était en train de dire que la place des femmes n'est pas sur un champ de bataille, Konan a entendu, elle l'a défié, il a promis de la ménager.

Fugaku haussa les sourcils, papillonna des paupières et Minato et Nagato étouffèrent une exclamation douloureuse.

Finalement le chef de clan s'installa près de Shisui, croisant les bras.

— Eh bien, j'imagine que c'est une leçon cuisante qu'il devait prendre un jour, relativisa Fugaku. Comment est-il ?

— Il commet très peu d'erreurs, commenta Shisui en analysant la situation.

Fugaku activa ses sharingans aussi pour mieux voir le combat alors que l'autre génie Uchiha reprenait son discours :

— Mais avec Konan, « très peu d'erreurs » est encore trop. Aucune faille ne lui échappe, elle s'engouffre dans chacune d'elle et elle le met à terre systématiquement. Elle joue avec lui, vous voyez ?

Konan venait délibérément de laisser filer une occasion de plaquer Itachi au sol de remporter le combat.

— Et il commence à fatiguer, rajouta Nagato. Il a l'habitude des combats expéditifs où il domine, donc il manque d'endurance. Il tombera bientôt à court de chakra. Sans sharingan et sans katon, il sera fini.

— Alors, elle le terminera sans grâce, précisa Obito.

Un silence gêné passa parmi les spectateurs et Minato et Fugaku toussotèrent en échangeant un regard. Finalement, le Quatrième se risqua à la question :

— Elle vous a fait le coup à tous ?

Shisui, Yahiko et Obito eurent la bonne grâce de paraître extrêmement mal à l'aise.

— Non, contredit Nagato, pas moi. Elle n'a jamais réussi à me faire arriver à court de chakra.

— Fichus Uzumaki, soupira Fugaku. Eh bien, j'imagine qu'après cette leçon d'humilité, il lui faudra travailler sur son endurance.

— Je m'en chargerai, se proposa Nagato avec un sourire. Ah, ça y est, il est à court de chakra, il va perdre.

Quand Itachi tomba à terre, épuisé, Konan lui tendit la main en signe de réconciliation et il s'en saisit, penaud, remarquant enfin l'étendue du public qu'ils avaient. L'endroit était dévasté par les nombreuses explosions et il devait s'estimer heureux d'être aussi peu blessé, considéra Obito. Il avait connu Konan moins gentille avec ses détracteurs.

L'enfant murmura quelque chose et la voix de la femme qui l'avait combattu claqua :

— Et alors ? Tu n'es personne pour décider qui se bat et qui reste en arrière. Si tu ne veux pas qu'elle s'expose trop, fais en sorte que la paix s'installe durablement, plutôt que lui demander de rester en arrière et d'attendre le moment où toi, tu te feras tuer.

Oui, exactement. Obito approuva sans un mot, se contentant de croiser son regard. Eux, c'était ce qu'ils s'étaient promis depuis l'enfance : faire front et ne rien lâcher, pour pouvoir vivre vieux tous ensemble.

— Qu'est-ce que je t'aime, bon sang, lança-t-il dans un silence qui s'épaissit à sa réplique.

Leurs regards s'accrochèrent et ce fut comme un signal.

Shisui, Fugaku et Nagato s'avancèrent vers Itachi pour lui donner des conseils et l'éloigner des lieux, Yahiko rappelait à Izumi qu'ils étaient attendus pour partir en mission.

Rapidement, ils furent seuls et ce ne fut que quand le silence les entoura qu'il réalisa ce qu'il venait de dire. Le rouge lui monta aux joues, il détourna le regard et bégaya en essayant de se rattraper.

Minato toussota. Obito roula des yeux.

— Merci, Maître, vous pouvez partir. Maintenant.

Le nouvel Hokage baragouina quelque chose à propos des interdits ninjas, son élève l'ignora. Il les laissa seuls avec un soupir « Quand Kushina va savoir ça… ».

Malgré la menace de la Sanguinaire qui flottait au-dessus de leurs têtes, Konan et Obito s'avancèrent l'un vers l'autre, mal à l'aise, souriants et finalement, elle eut un rire embarrassé.

— T'auras mis le temps, quand même.

Elle ne le laissa pas trouver d'échappatoire : ses bras fusèrent pour l'enlacer et elle l'embrassa avec force alors qu'il se pressait contre elle, pour la tenir au plus près, pour qu'ils ne forment plus qu'un seul être.


À bientôt !