Confettis – 4

Les deux années qui suivirent furent relativement calmes, entrecoupés de hauts et de bas dans la relation amoureuse qu'entretenaient Konan et Obito. Il y avait des bas abyssaux, des hauts colossaux et ils se quittèrent plus d'une fois.

La plus mémorable, aux yeux d'Obito, fut cette fois où Konan avait jeté l'éponge avec fracas. Il ne se souvenait même plus ce qui avait déclenché la fureur de sa petite-amie, c'était une broutille, sans le moindre. Toujours était-il qu'elle s'était levée, furax – et Konan en colère avait de quoi en effrayer plus d'un, ce n'était certainement Shisui qui dirait le contraire.

Il avait tenté de la retenir, lui disant quelque chose qui ressemblait à « c'est pas grave, c'est pas important », elle en avait conclu que son vécu et son ressenti n'étaient pas importants aux yeux d'Obito, il avait compris son erreur à retardement et, avant qu'il eût pu reformuler sa pensée, elle avait claqué la porte en l'insultant. Et en le quittant.

Il avait saisi sa manche pour la rattraper, elle lui avait balancé ses shurikens de papier en pleine face et s'était sauvée, le laissant le cul par terre, le cœur brisé et avec tout un tas de jurons colorés qu'il s'était adressés à lui-même. Il les avait d'abord énuméré dans l'ordre alphabétique – « Blaireau en tongs » arrivant avant « tas de fientes de crapaud », mais après « Bakakashi », elles n'étaient pas croissantes dans l'ordre d'impact, bien sûr – puis dans l'ordre chronologique de toutes les fois où il avait mérité qu'on l'appelle ainsi.

Le temps qu'il se débattît avec les shurikens de papier, il s'était dit qu'elle devait déjà être loin, mais qu'il devait tenter quand même. Il avait ouvert la porte et elle s'était jetée sur lui pour l'embrasser avec force. Entre deux baisers, il avait marmonné des excuses, refait le tour de toutes les insultes de son répertoire – du moins toutes celles qu'il pouvait murmurer avec le peu d'air qu'il parvenait à aspirer entre deux baisers langoureux.

Cette rupture-là était particulière pour lui, parce qu'elle était intrinsèquement liée à la première fois qu'ils avaient fait l'amour – en suivant –, première fois qui coïncidait étrangement avec la première fois que Nagato s'écria « Ah bordel, mais allez dans ta chambre pour faire ça ! » en cachant les yeux d'Itachi qui le suivait un peu partout depuis que l'anbu avait décidé d'entraîner l'endurance du plus jeune.

Il y eut beaucoup, beaucoup d'autres cris indignés de Nagato, beaucoup, beaucoup d'autres moments où Itachi se retrouva avec une main sur les yeux pour qu'il ne pût pas voir ce qu'il se passait devant lui.

Sortant de ses souvenirs, Obito glissa ses lèvres sur l'épaule de Konan, effleurant la peau jusque dans son cou en la serrant contre lui encore plus fort alors qu'elle tirait sur eux la couverture qui servait normalement à cacher l'usure du canapé. Il finit par déposer sur sa nuque des dizaines de baisers-confettis, soudainement suffisamment heureux pour s'en rendre compte. Qu'il était heureux. Généralement on ne se rendait compte qu'on était heureux qu'après être devenu malheureux.

— Tu voudrais pas m'épouser ? proposa-t-il sans même y penser.

Il la sentit se figer entre ses bras.

— Oh non, se lamenta-t-elle avec humour, j'ai pas envie d'être une Uchiha, moi…

Il humecta ses lèvres, déglutit et ses bras retombèrent un peu.

— J'étais sérieux, souffla-t-il. Épouse-moi. Konan Uchiha, ça sonne pas si mal, je te le jure.

— Peut-être…

Elle entremêla leurs pieds, se retourna dans l'étreinte pour lui faire face.

— Mais je n'ai pas envie que Fugaku me donne des ordres au nom du clan.

— Je lui dirais de rajouter « s'il te plaît » ?

Il prit une pause et de l'angoisse glissa sur son visage quand il constata qu'elle était sérieuse. Retourner à une relation comme avant après avoir été conduit en lui demandant sa main risquait d'être compliqué. Il suffoqua un instant.

— Épouse-moi, s'il te plaît ?

Les yeux de Konan se teintèrent de malice alors qu'elle remontait le long de son torse pour venir l'embrasser.

— Je te fais marcher. Bien sûr qu'on va se marier. Par contre je suis sérieuse pour le truc avec Fu–

Elle n'eut pas le temps de répondre, Obito l'entraîna dans un baiser aux mains baladeuses. La porte de l'appartement s'ouvrit et Nagato soupira :

— À force, je vais vraiment finir par penser que c'est une invitation.

Le rire d'Obito résonna si fort qu'il délogea du plafond des confettis qui se trouvaient collés là depuis des années.

— Je vais me marier ! annonça-t-il.

Le groupe d'amis laissa Konoha en fête pendant deux jours d'affilée.


À bientôt !