Ramens – 5
Le dos droit, le visage digne, les bras croisés, Fugaku détonnait totalement dans le décor du vendeur de ramens du coin et, embarrassé, Obito passa une main dans ses cheveux drus.
— Désolé, marmotta-t-il en penchant la tête vers son bol. C'est qu'en fait, j'ai pas pensé à réserver, hahaha.
En période d'examen chuunin, le village grouillait de touristes et les restaurants étaient pris d'assaut. Sauf que, bien évidemment, Itachi avait soulevé un point important : avant de se marier, Obito devait obtenir le consentement du chef de clan, qu'il devait solliciter lors d'un repas. S'il ne le faisait pas, il risquait de rendre caduques ses fiançailles et il n'en était pas question.
Il avait donc déboulé à toute berzingue dans le bureau du chef de clan et essoufflé, il lui avait dit qu'il devait lui parler et avait décidé de l'amener dîner.
Cependant, tout ne s'était pas passé comme il l'avait souhaité et, refoulés de restaurants en restaurants, ils avaient atterri dans une gargote mal entretenue qui n'était même pas Ichiraku.
— C'est que, expliqua-t-il, j'étais pas au courant qu'il fallait que je te demande l'autorisation pour me marier… T'as dû me le dire quand j'étais petit, mais comme je pensais pas me marier, j'ai pas vraiment écouté.
Fugaku leva une main autoritaire, abaissant ses paupières avec un calme qu'Obito trouverait toujours admirable.
— Je comprends, affirma le chef clan. Moi non plus, je ne pensais pas que ça arriverait.
— Ton mariage ? s'étonna Obito.
Il avait toujours vu Fugaku comme quelqu'un d'extrêmement sûr de lui. Et il avait pas vraiment de quoi complexer : chef de clan, marié à une femme magnifique, chef de la police de Konoha, hyper puissant, riche et plutôt bel homme. En plus, il avait deux fils qui le remplissaient de fierté. L'aîné était tout de même à la tête de sa propre équipe d'Anbus et il était encore si jeune ! Puis le cadet suivait la même voie.
— Non, détrompa Fugaku. Je ne pensais pas te marier un jour.
— Ah. C'est pas sympa, bougonna Obito.
Il remarqua le demi-sourire taquin de Fugaku alors qu'il se penchait sur son bol pour aspirer des ramens.
— C'est meilleur que je le pensais. Et bien sûr que tu as ma bénédiction pour te marier. Si je ne te la donne pas, je risque gros. Nagato, Konan et Yahiko seraient capables de venir me tuer pour changer de chef de clan. Itachi est trop jeune, je ne peux pas me permettre de mourir, je n'ai pas fini sa formation.
Obito ne prit même pas la peine de nier. Il était évident que Fugaku ne plaisantait pas. Le reste du repas fut rythmé par de menus détails à propos des noces, et, au moment où ils se séparèrent, devant la grande porte qui menait au domaine Uchiha, Fugaku attrapa Obito par les épaules et lui claqua deux grandes bises sur chaque joue.
— Félicitations, Obito. Je suis fier de l'homme que tu es devenu. Le chemin que tu as parcouru est admirable.
Le futur marié s'esquiva par une pirouette comique, Fugaku eut un sourire puis rentra chez lui, prétendant ne pas voir les larmes d'émotion qui s'emmêlaient dans les cils d'Obito.
Quand Obito rentra chez lui, il ouvrit la porte pour se retrouver nez à nez avec Itachi, l'air furieux, qui toisait avec colère Nagato qui semblait mal à l'aise et perdu.
Il n'osa pas se manifester immédiatement, de peur que leurs griefs finissent par se diriger vers lui.
— Je suis assez vieux pour diriger une équipe d'anbus, assez vieux pour mourir au combat, mais pas assez vieux pour aimer qui je veux ? C'est ça que tu me dis ?
Nagato hésita et Obito se tassa dans l'ombre, perplexe. Son meilleur ami avait dit au gosse de Fugaku qu'il était trop jeune pour avoir une petite amie ? C'était bizarre, ça.
Quand le porteur du rinnegan trouva finalement ses mots, il tourna la tête et remarqua Obito. Mal à l'aise, encore plus qu'avant de l'apercevoir, il revint vers Itachi en disant :
— Rentre chez toi, Itachi. On en parlera demain.
Furieux, Itachi serra les poings avant de prononcer d'une voix blanchie par la colère :
— Bien sûr que non, nous n'en parlerons pas demain, puisque ton équipe et mon équipe ne partiront pas en mission ensemble. Et tu le sais très bien, vu que tu en as fait la demande à l'Hokage. Et que c'est pour ça que je suis venu ici en premier lieu.
Nagato n'eut d'autre choix que d'admettre ce que disait Itachi, pourtant il ne se laissa pas démonter.
— Eh bien, tire la conclusion que je ne veux pas en parler plus. Satisfais-toi de mon refus.
Ce fut à ce moment qu'Itachi remarqua qu'il n'était plus seul avec Nagato.
— Nous en avons fini, supplia Nagato. Je t'en prie.
Obito émergea de l'ombre avec une grimace contrite et Itachi quitta les lieux en claquant la porte. Nagato força un sourire sur ses lèvres.
— Alors ? Comment s'est passé le dîner avec Fugaku ?
— Mieux que ta conversation avec Itachi, apparemment. Que se passe-t-il ? Il veut concrétiser avec Izumi ?
Nagato lui retourna un regard perplexe dont Obito ne tint pas compte alors qu'il s'affalait sur le canapé.
— Tu les as surpris en train de fricoter dans un buisson ?
— Si seulement, marmonna Nagato avant de changer de sujet. Allez, raconte, comment ça s'est passé avec Fugaku ?
Oubliant totalement Itachi, Obito relata dans le détail sa conversation avec le chef du clan Uchiha, passant sous silence le passage où il admettait ne pas avoir envisagé qu'Obito pourrait se marier – parce que c'était vexant, à la réflexion.
Il admit avoir été surpris de trouver Fugaku si gentil et ouvert, si détendu. Il fallait dire que le clan avait le vent en poupe : Itachi faisait un malheur en tant qu'anbu, Shisui gravissait les échelons de la police de Konoha et aidait grandement à renforcer les liens entre les habitants et le clan, Sasuke commençait à faire parler de lui à l'école et le Quatrième avait dissolu la Racine en congédiant Danzô qui avait suggéré, une fois de trop, que le sharingan ne devait pas rester l'unique propriété des Uchiha.
Nagato admit que ce coup de filet avait été particulièrement ardu, mais qu'il était satisfaisant de s'être débarrassé de cette sale engeance. Danzô avait souvent contemplé ses rinnegans avec envie et il avait appris à rester sur ses gardes en présence de ce serpent.
Le reste de la soirée passa et finalement, les deux amis parvinrent à oublier la visite d'Itachi. Obito se tortilla un long moment, avant de se lancer :
— Fugaku a tout de même soulevé un point et… Hm…
Nagato lui retourna un regard pour l'inciter à continuer, Obito se tortilla un peu plus.
— J'ai besoin d'un témoin.
— Oh, demande à Kakashi ou à Yahiko ! Je suis sûr qu'ils seront d'accord.
Obito baissa les yeux, tortillant ses mains.
— Je… Konan va demander à Yahiko, déjà. Et… J'aime beaucoup Kakashi – j'arrive pas à croire que j'ai prononcé cette phrase sans ironie – mais ce n'est pas lui que je veux comme témoin. J'aimerais que mon témoin soit quelqu'un qui m'a connu vraiment quand j'étais au plus bas.
Nagato cilla, Obito cilla. Nagato fronça les sourcils, Obito leva les yeux au ciel.
— J'aimerais que ce soit toi, mon témoin.
— Je pars demain en mission longue, souffla le porteur du rinnegan, je serai absent au minimum deux ans.
Contrarié, Obito fit claquer sa langue. Il n'était pas vraiment certain que Konan attendrait deux ans pour l'épouser. Il voulait le faire tant qu'elle était d'accord. Deux ans, ça laissait plein de temps pour changer d'avis.
— Alors, marions-nous ce soir ! jeta-t-il au visage de son meilleur ami.
Un sourire frémit sur les lèvres de Nagato.
— D'accord, mais je te laisse annoncer à Konan que tu la quittes pour moi.
À bientôt !
