Chapitre 3 : Un secret dans les murs

Devant le tableau vous attendiez l'arrivée de Bruno avec patience. Soudain, vous le voyez monter les escaliers et arriver vers vous. Il vous demande de vous décaler du tableau d'un mouvement de la main, vous vous exécutez, alors il saisit le tableau pour le faire pivoter et découvrir une ouverture dans le mur.

-Dans les murs ? Demandez-vous avec prudence et une pointe de méfiance

Il prend une grande inspiration avant de parler.

-Ma … chambre est ici en fait, ma « vraie » chambre est comme qui dirait peu pratique alors … j'ai emménagé ailleurs, dit-il avec une certaine appréhension, c'est pas dangereux, juste … pas très commun, dit-il en se rattrapant

Il semblait s'excuser presque lorsqu'il parlait. Alors vous souriez calmement pour lui faire comprendre que vous aviez saisis et même si l'idée vous paraissait farfelue, vous décidé de le suivre dans ce couloir improvisé. Il marche plutôt doucement pour ne pas vous perdre tandis que vous marchez sur le parquet grinçant de l'entre-mur, tout semble dans un plutôt bon état étonnement, ce qui vous rassure dans un sens. Il se retourne régulièrement vers vous dans un mouvement rapide pour voir si vous arrivez à le suivre, il semblait nerveux, même plus que la première fois que vous l'avez vu. Vous arrivez finalement devant une porte entre-ouverte menant à une pièce issue d'un assemblage désorganisé de meubles hétéroclites mais soudain alors que vos yeux parcouraient les meubles, quelque chose bougea dans votre champ de vision, des rats. Plutôt gros, de quoi effrayer les plus sensible, ils marchaient de manière désordonnée sur les meubles. Heureusement vous n'aviez pas peur des rongeurs, juste, vous commenciez à douter du côté sanitaire de l'endroit. Bruno se retourna vers vous, vous voyant fixer les rats, le regard vide signe d'une réflexion intérieure.

-Ils sont propre, ce sont … mes compagnons de chambres si on peut dire, ils ne te feront rien, dit-il rapidement

Alors vous relevez votre regard vers le sien, légèrement rassuré par ses propos.

-Tu sais on s'y habitue, ils sont pas méchants et puis ils sont aussi habitués à moi

Alors il se calme un peu puis il tourna sur lui-même comme un enfant comme s'il hésitait à te dire quelque chose, avant de revenir vers toi et de prendre un air décidé.

-En fait j'aurais besoin de ton aide si je peux être franc, dit-il d'une voix très rapide en serrant les poings

-Mon aide ? Dites-vous en soulevant un sourcil

-Je … comment expliquer … en fait mon pouvoir a toujours été compliqué à porter, ce don était plus une malédiction pour moi et pour les autres. Quand j'ai cessé de l'utiliser pendant 10 ans et plus encore quand je l'ai pendant un temps perdu … tu as du en entendre parler, ça m'a … un peu soulagé, dit-il avec une pointe de gêne comme si c'était une honte

-Mais tu ne l'utilise plus non depuis tous les évènements d'i ans non ? De ce qu'on m'a fait comprendre, donc tout va bien ?

-Oui je confirme mais la situation s'est compliquée …, Il fit une pause avant de continuer en hésitant sur ses mots, le regain de magie de notre famille a soulevé un problème inattendu … mon pouvoir est devenu un peu plus intrusif si je peux dire, dit-il d'une voix plus lente alors

-Comment ca ? Dites-vous d'une voix pleine d'incompréhension

-Mon don semble avoir évolué ou quelque chose du genre, je sais pas trop, je fais des sortes de rêves prémonitoires, quelqu'un chose que je ne … savais pas faire avant

-Mais c'est bien non de voir que ton pouvoir évolue ? Continuez-vous sur le même ton

-Non pas du tout ! S'écria-t-il soudainement d'une voix plus aigüe avant de se ressaisir et de baisser le ton, Mon pouvoir m'envahit même sans que je le veuille maintenant … c'est épuisant, c'est venu progressivement, au début c'était ponctuel maintenant quasiment toutes les nuits, alors outre le fait que ce soit agaçant, ça m'empêche de dormir, des fois je n'arrive pas à dormir de peur de rêver d'un truc affreux et j'enchaine les nuits blanches ou des nuits incomplètes et si ça continue je vais devenir dingue … Dit-il d'une voix vive pleine de désespoir

C'était la première fois qu'il parlait autant, avec autant d'aisance, d'énergie et de volonté. Vous en étiez presque impressionnée et vous vous taisiez jusqu'à ce qu'il termine de peur de casser cet élan.

-Et … voilà, c'est une demande bizarre j'en conviens mais … j'ai besoin de passer au moins une nuit sans ça, est-ce que tu pourrais m'enlever mon pouvoir ? Dit-il d'une voix qui s'excusait presque, tu sais tu peux voler mon pouvoir … et tout ça … tout ça

Vous avez pris le temps de digérer ce bloc d'informations, quelques instants pour en détourer les conséquences. Mais presque immédiatement vous lui répondez vivement :

-Bien sûr !

Le fait que votre pouvoir puisse servir à quelqu'un vous rendait euphorique même si vous ne lui montriez pas, vous alliez être utile, utile un mot qui n'avait pas décrit votre pouvoir depuis longtemps. Être utile dans votre famille n'était pas une prime priorité et donc cette nouvelle optique vous exaltait. Ses yeux s'ouvrir donc et il sourit franchement à votre attention. Alors vous continuez :

-Par contre … il va falloir que j'arrive à maitriser ton pouvoir, dites-vous d'une voix plus calme

-Oh …

-Pour pas tomber dans les pommes à chaque fois je veux dire …, expliquez-vous rapidement, En fait quand je « vole » le pouvoir de quelqu'un, déjà ça me demande d'encaisser toute la puissance de ce don, en plus du mien, c'est énergivore et souvent ce surplus de puissance me fait m'évanouir. Une deuxième chose c'est que ton pouvoir je vais le recevoir brut, sans contrôle, sans connaissance, sans préparation, tout ce que tu as pu développer pendant des années, je vais le recevoir sans y être préparé. Tout ça c'est des choses qu'on va devoir travailler ensemble et ça risque de prendre du temps.

-Je ferais tout ce qui est en mon pouvoir pour que tu y arrives, dit-il avec vivacité

-Parfait, dites-vous en souriant, on peut essayer … une première fois maintenant, mais sache qu'il y a de grandes chances que je m'évanouisse

-Je vais faire attention alors, dit-il avec le plus grand sérieux un air décidé sur son visage

Vous vous asseyiez sur le sol en tailleur et tapotiez la place devant vous pour l'inviter à faire de même. Il s'assit vite, un peu maladroitement, et eu un petit mouvement de remuage des épaules comme pour se préparer. Alors vous lui tendez vos mains et immédiatement il comprend qu'il doit les mettre dans les vôtre, c'était comme un ballet silencieux qui se mettait en place.

-Okay, tu es prêt ?

-Plus que jamais ! Dit-il avec détermination

Vous preniez une grande inspiration avant de commencer, vous appréhendiez. En fait vous n'aviez fait ça que deux fois dans votre vie, dont une fois par erreur et ça s'était terminé en larmes. Mais ce n'était pas le moment de vous démonter, vous aviez fait une promesse en somme. Vous baissez votre regard un instant vers vos mains mêlées et puis vers le regard de Bruno qui recherchait sur votre visage, le signe que ça avait commencé. Et alors vous avez commencé et quel commencement, il ne fallut que quelques instants avant de perdre totalement connaissance !

Bruno paniqua alors un peu tandis que vous glissiez sur le côté et vous rattrapa avant que votre tête ne vienne lourdement tomber sur le plancher. Il maintenait comme cela à deux mains votre tête et se demanda une seconde ce qu'il allait faire. En réalité il pensait qu'il allait avoir plusieurs minutes avant de devoir vous sauver de votre inconscient mais malheureusement pour lui, ça a été d'une rapidité fulgurante.

Il déposa alors votre tête délicatement le plancher, et se dit qu'il serait mieux de vous mettre sur sa couchette. Il n'eut pas grande difficulté à vous soulever, malgré sa carrure peu imposante et votre poids, il vous saisit par le dessous des genoux et les épaules et vous déposa avec précaution. Il hésita à appeler sa sœur Julieta pour aider mais se dit qu'elle allait sérieusement le disputer pour avoir mis une si jeune fille en danger donc il finit par se dire qu'il allait attendre votre réveil. Il avait même pris soin de remplir un verre d'eau pour vous le remettre. Ainsi il s'assit sur son fauteuil, attendant votre retour à la réalité, vous surveillant avec attention.

Quand une vingtaine de minutes furent passé, vous commenciez à reprendre vos esprits, vous poussiez de léger gémissement et votre première vision fût Bruno, un verre d'eau à la main, légèrement penché au-dessus de vous, son air de chien perdu était revenu sur son visage. Votre vision fut encore trouble quelques secondes avant que vous ne distinguiez clairement votre environnement et vous saisissiez le verre d'eau.

-Merci beaucoup, c'est gentil, dites-vous d'une voix éteinte

Vous preniez une grande gorgée avant de continuer

-J'étais absente combien de temps ?

-Je crois vingt minutes, dit-il en grattant nerveusement sa tempe

-Bon ça va alors, soupirez-vous

Pendant quelques instants il y eut un silence, entre coupé de vous buvant des petites gorgées avant de finir le verre. Bruno s'était assis de nouveau dans son fauteuil et brisa définitivement le silence pour dire.

-Tu sais, je … Pendant un instant, je me suis senti libéré à nouveau … Dit-il avec un mélange de soulagement et de stupéfaction

-Bah tant mieux, les dernières fois que je l'ai fait ça à plutôt fait paniquer la personne

Il se leva et s'abaissa à votre niveau en pliant les genoux, posant ses mains sur le bord de la couchette.

-Je suis profondément reconnaissant, même si c'était un petit instant, dit-il avec douceur

Le visage de Bruno était devenu plus paisible, ses grands yeux vous regardant avec un éclat nouveau, vous avez un instant plongé votre regard dans ces yeux qui vous détendaient avant de le détourner.

-Ce n'est rien, dites-vous en glissant une main amicalement affectueuse sur les siennes

Lorsque vous avez enlevé vos mains des siennes pour saisir à nouveau le verre. Il se releva doucement, dépoussiéra son ruana avec détachement. Lui non plus ne devait pas être habitué aux grandes déclarations, aux remerciements, ni aux contacts affectueux avec des inconnus.

-Tu veux rester ici encore un peu ? Dit-il alors

-Non je vais me lever merci, répondez-vous, on pourrait recommencer demain ?

-Avec grand plaisir, dit-il

Il vous aida à vous relever et vous raccompagna jusqu'au tableau. Il semblait plus calme et à l'aise qu'auparavant et ça vous réchauffait le cœur et quand vous avez vu le tableau se replacer, vous aviez hâte de pouvoir recommencer le lendemain.


Merci pour vos retours, ça me fait chaud au coeur ! J'espère que ce nouveau chapitre vous plaira, on se retrouve dans quelques jours !