Note de l'auteur : Je vous le dis une dernière fois, ce chapitre contient des SPOILERS !

Non, sérieusement, de un, cette histoire n'a aucun sens si vous n'avez pas lu le reste de la série, et de deux, le troisième paragraphe spoile énormément ce qui se passe dans le chapitre 24 de Someplace Like Home. Si vous n'avez pas lu le chapitre « Before the Storm », arrêtez-vous tout de suite et allez le faire.

C'est bon ?

Cool. Il va y avoir des références de torture passée (sans entrer dans les détails) et les personnages pensent que l'un des leurs est mort. Si vous avez tout lu de Duality, vous le saviez sûrement déjà. Ce chapitre en particulier parle de harcèlement sexuel (encore une fois, sans rentrer dans les détails) et les personnages vont boire de l'alcool dans le chapitre 4.

Note de la traductrice : Haha ! Vous avez cru que vous n'alliez pas avoir de chapitres cette semaine, hein ? Bah en fait, mon planning s'est libéré donc tout va bien sortir comme prévu, avec aussi SPLH ce samedi (enfin normalement).

Sur ce, je vous dis bonne lecture !


Chapitre 1

Destinée à voler

Les mains de Nyma tremblaient alors qu'elle guidait le Fourrier hors du hangar. « Guidait ». Ha. Elle s'était contentée d'activer les réacteurs à pleine puissance, essayant de ne pas s'écraser contre un mur en vacillant vers les étoiles. Des larmes brouillaient sa vision.

Elle s'attendait à ce que Rolo intervienne dans une série de jurons imagés en se retenant à son siège de toutes ses forces. (Il l'accusait toujours d'être une terrible pilote, mais quand ils étaient en danger, il lui laissait toujours les contrôles. « J'sais mieux viser que toi », lui avait-il dit un jour, avant de rater tous les vaisseaux à leur trousse.)

Mais Rolo n'était pas là. Il était derrière elle, coincé dans la prison, saignant, mourant, et son crochet sur le cœur de Nyma la tiraillait, la déchirant alors qu'elle étirait la distance qui les séparait. Toutes les horreurs commises par l'Empire défilaient dans son esprit, toutes les histoires que Rolo ne lui avait racontées qu'à moitié avant de sombrer dans l'obscurité de son passé, toutes les fois où ils avaient frôlé la mort, lui échappant de justesse.

Le mieux qu'elle puisse espérer, c'était que la dernière volée de tirs l'ait tué. Cela valait mieux qu'un interrogatoire, une humiliation et une exécution publique.

L'aile toucha le bord de la porte du sas, faisant trembler tout le vaisseau, et Nyma jura en tentant de reprendre le contrôle. Un sifflement électronique se réverbéra dans ses oreilles et il lui fallut un moment pour se rendre compte que ce n'était qu'un souvenir, ça aussi. Beezer était dans le cargo, traversé d'un trou en plein milieu de son générateur.

Nyma était toute seule.

Non, ça aurait été trop facile. Nyma avait sur les bras un robot détruit, dix-neuf anciens prisonniers apeurés et affamés, une armée assoiffée de sang à ses trousses et aucune idée de ce qu'elle allait faire pour sortir d'ici en vie.

Eh bien, en voilà une première étape, hein ? Réussir à sortir de là.

Quelques Galras plus perfectionnistes que les autres parvinrent à lancer des chasseurs à leur poursuite et les canons de deux-trois vaisseaux de guerre commençaient à s'activer. Nyma savait que ça n'allait qu'empirer si elle restait dans le coin, alors, serrant le manche avec tant de force que ses ongles lui mangeaient la paume, elle se pencha sur le poste de Rolo et frappa le générateur de trou de ver.

Un portail d'un bleu chatoyant juste assez gros pour laisser passer le Fourrier apparut devant elle, menant aux coordonnées se trouvant en haut de leur liste. La voix des défunts qu'elle traînait derrière elle lui murmura qu'elle allait se faire tuer en prenant un trou de ver au hasard, avec l'ennemi la suivant de près.

Elle s'en fichait. Ils avaient voulu la jouer sans risque (enfin, sans trop de risque) et regardez comment ça s'était terminé.

Je suis désolée, Rolo, pensa-t-elle avant de traverser le trou de ver.


Nyma n'était pas issue d'une famille de rebelles. Peu de personnes l'étaient se battre contre l'Empire Galra ne laissait que peu de temps pour fonder une famille.

Donc non, on n'avait jamais inculqué à Nyma ce besoin de rejoindre le combat, à devenir l'héroïne d'une cause juste. Elle avait grandi sur une planète contrôlée par les Galras du nom de Rylosse, à ranger les étagères de la boutique familiale le jour et à jouer dans les rues de la ville avec les enfants les plus téméraires la nuit, effectuant défis sur défis pour prouver qu'elle n'était pas un bébé.

La boutique ne tournait pas beaucoup, le plafond de sa chambre gouttait de façon incessante, la berçant tous les soirs, et tout le monde savait qu'il fallait faire profil bas lors des audits annuels des Galras. Le truc le plus rebelle qu'elle ait jamais vu dans sa famille, ce fut la fois où sa mère avait montré un livre de comptes frauduleux aux auditeurs pour économiser un millier de GAC en taxes.

Nyma n'était pas destinée à se rebeller, mais elle pensait parfois qu'elle était destinée à voler.


Nyma ne savait pas combien de temps elle resta au volant. Deux trous de ver devinrent quatre, puis huit, et le générateur de trou de ver se cassa. C'était alors qu'elle s'était levée pour ramper en tremblant vers l'espace de maintenance. Sa vision était brouillée de larmes et elle n'arrivait pas à dégripper la vis qui fermait le panneau qu'elle avait besoin d'ouvrir avec sa clé à molette.

— Putain de vrekt de merde ! rugit-elle après sa huitième tentative échouée.

La clé à molette lui échappa des mains et percuta le caisson du moteur dans un clang retentissant, mais Nyma s'en fichait du bruit et de la nouvelle bosse sur le métal. Rolo n'était plus là, Beezer n'était plus là, le Fourrier tombait en morceaux et elle avec.

Elle ne voulait rien de plus que de se blottir sur elle-même et pleurer jusqu'à ce que les Galras la rattrapent et mettent fin à sa misère… mais elle s'était rendue responsable de la vie de plus d'une douzaine de personnes.

Reprends-toi, Nyma.

Grognant, elle pivota et alla récupérer sa clé jetée. Elle avait atterri près de la trappe menant aux quartiers de l'équipage. Nyma se pencha pour la reprendre, chaque os de son corps protestant le mouvement, et quand elle se redressa, quelqu'un la regardait depuis l'ouverture. Nyma se raidit, chassant ses dernières larmes d'un clignement de paupières, et plissa le nez.

— Tu devrais pas être en train de dormir ou autre ?

La fille– la femme ? L'humaine croisa les bras.

— Pas fatiguée.

Elles se regardèrent un long moment, Nyma haussant un sourcil, avant que l'humaine ne s'appuie sur le rebord de la trappe. C'était à hauteur de sa taille de ce côté-là, alors que dans l'espace de maintenance, c'était à même le sol de la passerelle.

— Alors quoi, les aliens n'ont pas besoin de se reposer ?

Nyma fit la moue.

— Tu es bête ou quoi ? Bien sûr qu'on a besoin de se reposer.

L'humaine ne sembla pas froissée par son ton sec, hochant simplement la tête.

— Mouais, ok. D'accord. Je me posais juste la question. On vole depuis… un bon moment. Je me suis dit que tu devrais au moins te dégourdir un peu les jambes.

— Tu voulais un truc ? la coupa Nyma.

Elle savait qu'elle était méchante. Elle savait qu'elle était injuste. Elle attendait que Rolo la reprenne.

— Parce que sinon, je vois pas pourquoi tu me déranges.

Une ombre passa sur le visage de l'humaine, mais plutôt que de rétorquer, elle leva les mains et s'éloigna de la trappe.

— Ok. Loin de moi l'idée de m'assurer que tu vas bien.

Elle fit signe de s'en aller et soudain, Nyma fut prise d'une envie de chercher la bagarre. Elle était fatiguée et émotive et vrekt de skiv, elle avait besoin de gueuler. Se dégageant du compartiment moteur, Nyma jeta sa clé à molette et suivit l'humaine.

— Je n'ai pas besoin de ta pitié.

La femme se retourna, ses cheveux emmêlés suivant faiblement son mouvement.

— De ma pitié ? Bon sang ! Tu viens de me sauver. Je voulais juste te remercier. Je voulais juste m'assurer que tu allais bien après– après–

Rolo, entouré d'un troupeau de sentinelles. Il souriait alors qu'elles l'emmenaient.

Nyma eut l'impression que ses poumons la lâchaient.

— Écoute, chérie. Je ne sais pas ce que tu t'imagines, mais on n'est pas amies.

— Je n'ai jamais dit ça !

— Eh bien– (Nyma flancha, la flamme de sa colère n'ayant nulle part où se répandre.) Tant mieux, finit-elle minablement.

L'humaine porta des mains tremblantes à ses yeux, poussant un long soupir.

— Écoute, commença-t-elle, avant d'hésiter. Je vais essayer de dormir un peu. Ne– N'en fais pas trop, d'accord ?

Nyma eut la distincte impression que ce n'était pas ce qu'elle avait voulu dire et sa façon de marcher sur des œufs avec elle étouffa le reste de sa colère, la laissant… transie.

Transie, et fatiguée.

— Ça ira, dit-elle. Tu– euh– tu as trouvé les couvertures ?

Un sourire désabusé tira les coins de la bouche de l'humaine.

— Ouais. Tu en as une sacrée collection.

— C'est l'avantage du métier, dit Nyma, ce qui ne lui valut qu'un sourcil haussé de l'autre fille.

Mais penser au drôle d'assortiment d'armes, de déguisements, de fausses cartes de crédit et d'outils de crochetage qui reposaient à la cave lui rappelait bien trop Rolo. Elle pivota, tirant sa couchette de là où elle était rangée en hauteur pour ne pas gêner.

— Bref, fit-elle. Je viendrais voir comment vous allez tous demain. Bonne nuit, euh…

— Val.

Nyma pivota, lui rendant faiblement son sourire.

— Moi, c'est Nyma.

— Bonne nuit, Nyma, dit Val en fermant la porte derrière elle.


Nyma avait quitté son foyer à seize ans.

Elle n'avait pas prévu de s'en aller, mais elle était rentrée un jour d'audit et avait trouvé son père avec un bras cassé et la moitié du stock de la boutique explosé au sol.

Les Galras ont trouvé nos livres de comptes, avait dit sa mère, tremblante de rage. Ils nous ont donné un trimestre pour leur rendre ce qu'on leur doit en taxes.

Au début, Nyma avait voulu rire. Sa famille faisait de bonnes affaires, malgré l'occupation galra. Elle n'irait pas jusqu'à dire qu'ils étaient fortunés, mais ils n'étaient pas pauvres. Ils mangeaient à leur faim et pouvaient se payer les meilleurs dispositifs de protection. Ils étaient toujours vêtus de fripes, bien sûr, et seuls les espaces privés du bâtiment où ils résidaient étaient quelque peu respectables, mais c'était fait exprès.

Ils avaient des économies secrètes. Ils allaient devoir se serrer la ceinture un bon moment, mais ils pourraient payer le gouverneur, ainsi que sa discrétion.

Sauf que les auditeurs avaient découvert ces économies en même temps que leurs comptes secrets et les avaient confisquées pour se dédommager du « dérangement ». Sa famille n'avait plus rien d'autre que leur petite boutique et dix mille GAC de marchandises endommagées.

C'était la faute de Nyma. Depuis ses douze ans et sa poussée de croissance, comme le disaient les voisins, elle jouait au leurre pour la famille. Elle était née avec un joli minois et avait aiguisé sa langue, et même si elle détestait quand les soldats galras passaient leurs mains sur ses antennes, elle pouvait se consoler en sachant que c'était elle qu'on regardait, et non les secrets de famille.

En quatre ans, Nyma avait fait tout un art de son pouvoir de séduction. Elle marchait sur une corde raide tout le monde savait que les envahisseurs pouvaient prendre n'importe quoi pour une invitation et que le mot « Non » ne semblait pas faire partie du vocabulaire galran.

Nyma n'invitait jamais. Elle n'offrait jamais, ne suggérait jamais. Elle se contentait de sourire, de rire, de laisser les hommes parler longuement d'eux-mêmes. Et parfois, quand elle était certaine que ça ne remonterait pas jusqu'à elle, elle trouvait le moyen de créer des « accidents » sur le chemin des soldats pour s'assurer qu'ils ne puissent rien prendre de plus qu'elle n'avait déjà sacrifié.

Mais dernièrement, elle en avait eu assez. Elle ne voulait pas passer sa vie à battre des cils à chaque Galra qui passait sa porte. Elle voulait être plus que la jolie fille d'un commerçant, aux yeux violets rappelant la couleur de l'Empire, des yeux qu'elle voulait parfois s'arracher pour ne plus avoir à s'entendre dire par un officier éméché revêtu de rouge et gris qu'elle avait un morceau de Zarkon sur son beau minois.

De plus en plus, elle se trouvait des excuses pour quitter la boutique. Ses amis cherchaient la bagarre avec des soldats au repos, cambriolaient des entrepôts galras et vandalisaient leurs manoirs. Ils parlaient d'acheter un vaisseau pour quitter ce trou perdu et Nyma se laissait emballer par ce rêve.

Tous les jours, elle se disait que sa destinée ne résidait pas dans cette colonie paumée. Toutes les nuits, elle regardait les étoiles et planifiait le reste de sa vie.

Elle était avec ses amis le jour de l'audit. Ses parents étaient les seuls à tenir la boutique à l'arrivée des Galras, sans joli visage aux yeux de l'Empereur pour minauder et taquiner jusqu'à ce que l'entourage soit trop troublé pour se souvenir de la raison de leur venue.

Si Nyma était restée chez elle, les livres des comptes seraient restés secrets.

Si Nyma était restée chez elle, sa famille, ses parents, ses petites sœurs et sa grand-mère n'auraient pas été confrontés à une mort lente dans les camps de travail galras.

Il y avait peu de richesse à se faire sur Rylosse. Ce que ses parents avaient accumulé venait de longues années à épargner, économiser et, plus récemment, à fausser leurs comptes pour se sauver des taxes les plus lourdes imposées par les Galras. Aucun véritable boulot ne pourrait rembourser en un trimestre ce que la famille de Nyma leur devait et la présence des Galras était trop forte pour qu'un marché noir puisse prospérer.

À seize ans, avec rien de plus à son nom que ses yeux violets, son sourire travaillé et son rêve d'avoir un vaisseau à elle, Nyma rejoignit une bande de contrebandiers qui lui promit une paie assez grosse pour rembourser la dette de sa famille.

Dix ans s'étaient écoulés depuis et Nyma avait trop de mises à prix sur sa tête pour prendre le risque de se poser sur une planète occupée par les Galras. Elle avait des nouvelles de ses parents, même si très rarement. Elle savait que ses sœurs avaient bien grandi. Feila s'était déjà mariée et la petite Shaw suivait les traces de Nyma en charmant tous les Galras sur son chemin. Elle savait que la boutique avait survécu, contrairement à sa grand-mère. Elle savait que la vie suivait son cours sur Rylosse, pendant qu'elle parcourait les étoiles.

Parfois, dans la nuit, quand Rolo dormait et Beezer se rechargeait, Nyma tapait les coordonnées qu'elle connaissait toujours par cœur et se laissait convaincre quelques minutes qu'elle rentrerait chez elle un jour.

Un rêve idiot pour une idiote, mais au moins, elle s'était trouvé un autre foyer sur le Fourrier. C'était déjà ça, même pour un temps.