Hello :)

Merci à tous ceux qui suivent, commentent et aiment cette histoire. Et merci aussi à ma chouette préférée qui corrige mes quelques coquilles.

Rien ne m'appartient comme d'habitude, tout est à JK Rowling, l'histoire est à remuslives23 dont j'ai fait la traduction.

Bonne lecture !


Chapitre un

Quatre mois plus tard

« Merde ! »

Le juron se répercuta aux quatre coins de la salle, alors que Remus saisissait la toile et la jetait brutalement contre le mur blanc de son studio. La peinture macula la surface dure, l'enduisant de rouge, de jaune et de vert. Les couleurs se mêlèrent, glissèrent vers le sol comme des sillons de larmes. Remus fixa le désordre dans son espace ordonné, avant de se pencher tout à coup et de frapper le bol de fruits qu'il avait tenté de peindre et qui vola à travers la pièce; il regarda le bol en poterie se briser en petits morceaux alors que les pommes rouges et vertes roulaient sur le plancher. Il ne ressentit pas autant de satisfaction, en détruisant des objets inanimés, qu'il l'espérait, la colère volcanique qui avait submergé son cœur laissa place à un intense sentiment de désespoir.

Frottant une main sur une tache de peinture qui maculait son visage, Remus grogna puis se rassit lourdement. Il s'affaissa sur le tabouret, les coudes sur ses genoux alors qu'il passait ses mains dans ses cheveux, tentant d'atténuer les battements qui tambourinaient dans sa tête et qui s'étaient aggravés sous sa crise de colère. Ces maux de têtes étaient un vestige de l'accident de voiture dans lequel il avait été impliqué quatre mois plus tôt, leur fréquence avait diminué, mais ils n'avaient perdu en rien de leur intensité. Fermant les yeux, il bougea ses doigts pour masser ses tempes, tout en inspirant profondément.

Il avait été grièvement blessé durant la collision : membres cassés, commotion cérébrale, et beaucoup, beaucoup, beaucoup de coupures à l'endroit où le verre et le métal avaient déchiré sa chair. Sa jambe et sa clavicule, toutes deux cassées, avaient fini par guérir, seuls quelques tiraillements persistaient de temps à autre, surtout quand il faisait mauvais temps. Les séquelles de sa blessure à la tête prenaient plus de temps à se dissiper, les douleurs aux tempes lui causant une gène régulière, mais les médecins lui avaient assuré qu'elles finiraient par cesser. C'étaient les cicatrices, laissées par les profondes entailles, qui affectaient le plus Remus.

Il ne s'était jamais considéré comme une personne particulièrement vaniteuse : il avait tout fait pour être soigné et bien ordonné, et même s'il savait qu'il n'aurait jamais gagné un concours de beauté, Remus avait été séduisant...

...Avant.

Son doigt suivit la longue cicatrice qui lui barrait désormais un côté du visage. Le verre de son pare brise cassé avait laissé sa marque sur sa joue, débutant à sa tempe pour finir à un centimètre de la commissure de ses lèvres. C'était sans doute une sorte d'ironie, la courbe était parfaite, suivant le contour de son visage et tranchant sa joue à presque la moitié exactement, il n'aurait pas pu se peindre lui-même de façon aussi symétrique. Mais il ne voyait aucune beauté dans cette courbe, il n'en voyait aucune dans toutes les cicatrices qui recouvraient son corps trop frêle.

Faisant glisser distraitement une main sur sa poitrine, Remus soupira et se leva, ramassant la bouteille de diluant destinée à la peinture, puis marcha en direction des traces de peinture. Durant quelques secondes, il admira l'étrange tableau que formait ces peintures étalées sur le fond blanc, puis il trempa un chiffon dans le diluant, avant de l'appliquer sur la tache.

Il termina de nettoyer la preuve de la perte de son contrôle avant de se laver les mains et de gagner sa cuisine étroite pour se faire un sandwich. Le pain était rassis et, alors qu'il grattait le dernier pot de confiture de fraises, il eut un sursaut de panique. Juste après l'accident, on lui avait offert un peu d'espace dans la galerie pour ses œuvres. Il pourra exposer ses œuvres aux côtés d'artistes reconnus et il obtiendra ainsi la publicité dont il a tant besoin pour son travail, ce qui lui amènerait d'avantage de ventes et de commandes.

Et donc, plus d'argent.

Car, il en avait cruellement besoin.

Seulement il y avait un problème – le même problème qui l'avait conduit à balancer avec colère une nouvelle toile sur son mur.

Il ne pouvait pas peindre.

Il ne pouvait pas peindre, il ne pouvait pas dessiner, il ne pouvait même tracer une foutue ligne droite avec une règle.

Après l'accident, il n'avait pas été en mesure de prendre un crayon durant des semaines, et quand il avait pu, sa mobilité lui avait fait défaut. Une fois le plâtre enlevé, son bras, son poignet avaient perdu de leurs forces, et des séances de kinésithérapie avaient été nécessaire pour retrouver son énergie. Au moment où il aurait pu physiquement peindre ou dessiner à nouveau, il n'avait rien créé durant un mois, il avait eu beau essayer...il ne pouvait pas. C'était comme si son talent avait saigné en même temps que tous les litres de sang qu'il avait perdu ce jour là. Ses croquis, ses peintures, demeuraient vides, tristes, sans vie...sans âme.

Il avait perdu son inspiration.

Il avait perdu sa muse.

Et il était terrifié, de peur que cela ne dure toute sa vie.

Balançant le pot de confiture vide dans la poubelle, il plia le pain en deux et le fourra dans sa bouche tout en s'asseyant à la petite table de la cuisine. De la confiture glissa entre les tranches de pain et tomba sur le journal en face de lui. Remus poussa un juron - il ne l'avait pas encore lu- et utilisa son doigt pour enlever les gouttes poisseuses qui recouvraient les titres de la revue. Il porta un doigt collant à sa bouche, suçant la confiture, lorsque une annonce attira son attention.

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Sa main retomba le long de son corps et il relut l'annonce. Peut-être que c'est ce qu'il devait faire- reprendre les bases – tout recommencer. Les sourcils froncés, il se mordillait les lèvres. Il était censé avoir sa propre exposition dans une galerie londonienne réputée avec d'autres artistes prestigieux...et il allait se rendre à un cours pour débutants ? Il serait la risée de la galerie si quelqu'un le découvrait. Ses épaules s'affaissèrent en repensant aux deux portraits et au paysage solitaire qu'il avait esquissé dans son studio/chambre d'amis.

Tu seras la risée si tu te ramènes qu'avec deux-trois œuvres, Lupin.

Il soupira et s'empara du combiné de son téléphone qui, par miracle, n'avait pas encore été coupé, avant de changer de décision.

« Merde, ce n'est pas comme si j'avais le choix, pas vrai ? »

OoOoOoOoOo

Le lendemain soir

« Et...Remus, c'est cela ? Prenez une chaise où vous voulez. Bienvenue. Bienvenue tout le monde. Aujourd'hui, nous allons essayer de peindre quelque chose de simple...quelques fruits. Réveillez vos sens intérieurs... »

Remus essaya de ne pas renifler. La femme aux cheveux farfelus, de type hippie, continua de babiller sur la façon de découvrir l'âme d'artiste qui sommeillait en chaque être, d'apprendre à se connaître soi-même, ce qui le fit intérieurement tiqué, cela faisait quelque temps qu'il avait appris qu'il serait une toute autre personne.

Et ce n'est pas prêt de changer, j'ai l'impression.

Il regarda autour de lui avec indolence, regrettant déjà sa décision de s'inscrire dans une classe d'art d'un centre socioculturel. Les autres élèves étaient essentiellement des personnes âgées, des couples de retraités, qui semblaient s'extasier à l'idée de passer les trois prochaines heures à dessiner des fruits. Il y avait une femme solitaire et sans doute célibataire, bien que Remus se doutait qu'elle ne reviendrait pas au prochain cours...qui avait l'air de s'ennuyer autant que lui.

Il étouffa un soupir et essaya de se concentrer sur la petite femme aux boucles rousses et aux colliers de perles qui pendaient le long de son cou, qui plaça deux pommes- une rouge, une verte- sur le piédestal en face d'eux avant d'ajouter une banane. Remus serra les poings, se retenant de se lever et d'aller réarranger les fruits : elle avait posé les pommes de travers et la banane s'inclinait maladroitement.

Il faut juste que tu dessines ces foutus fruits, Lupin.

Trois heures plus tard, un tas de papiers s'entassait autour de lui, il venait de déchirer la douzième feuille de son bloc sous le coup de la frustration. L'enseignante, Serendipity, marchait avec une lui avec une expression paisible.

« C'était adorable, Remus... »

« C'était horrible » répliqua-t-il sans ambages et elle secoua la tête.

Non, c'était probablement le meilleur de tout le cours, soutint-elle et Remus réussit à se retenir de peu de lui dire qu'il n'en doutait pas, mais par rapport à ce qu'il pouvait faire...

« C'était honteux. Je peux faire bien mieux » insista-t-il.

Serendipty fronça les sourcils, apparemment il avait quelque peu fendillé son apparence toujours tranquille, mais elle frappa dans ses mains et s'adressa avec enthousiasme au reste de la classe.

« Très bien ! C'est fini pour ce soir ! Entrainez-vous comme vous pouvez chez vous et la prochaine fois nous passerons aux fleurs. »

Remus ne put s'empêcher de grogner à haute voix et cette fois-ci et Serendipity lui décocha un regard noir avant de retourner voir les membres les plus âgés, les plus agréables de sa classe, laissant Remus se morfondre sur lui-même.

En regardant ce dessin, j'ai l'impression qu'un singe aveugle et épileptique a pris ma place...

C'était bien fait pour lui, lui qui s'était montré si arrogant au début du cours- ses dessins avaient été horribles. La perspective était complètement fausse, sans parler de l'ombrage et des dégradés...et il ne pouvait même pas blâmer la position des fruits. Il aurait dû mieux faire, bon sang. L'année dernière, il avait fait le portrait d'une vieille femme divorcée âgée de soixante-dix neuf ans et l'avait fait rajeunir de vingt ans. S'il pouvait accomplir ce miracle, il devait être capable de reproduire une paire de pommes et une malheureuse banane. Une pensée terrifiante le frappa de plein fouet et le stoppa net dans son élan.

Et si j'avais perdu mon talent à jamais ? Et si j'étais incapable de peindre ou de dessiner à nouveau ?

L'Art était tout ce qu'il n'avait jamais connu, tout ce qu'il avait toujours voulu faire. A partir du moment où sa main d'enfant avait su tenir un crayon, il avait toujours su faire jaillir l'inspiration sur une page blanche. Son art était son cœur et son âme et s'il ne pouvait plus capturer la beauté, c'était comme s'il était lui-même inachevé. C'était tout ce qu'il avait toujours voulu. Sa poitrine se comprima et le souffle lui manqua alors que toutes les questions qu'il avait tenté d'étouffer jusque là rejaillir brusquement à la surface.

Et si je n'arrive pas à me reprendre ? Que devrais-je faire si je n'y arrive plus ?

OoOoOoOoOo

Sirius bailla puis glapit alors qu'un journal le frappait à la tête.

« Hey ! »

« Tu ne vas pas passer ton existence entière à te prélasser sur mon canapé, Sirius Black ! » l'avertit James, en saisissant la cafetière et en se versant une tasse. « Il y a des emplois dans ce journal. Trouve donc quelque chose à faire pour le reste de ta vie. »

« Je n'ai pas besoin de faire quelque chose, Potter » rétorqua Sirius, pointant un doigt vers son ami. « Je suis un homme riche, je n'ai pas besoin de travailler... »

« Tu en as besoin si tu veux bouger tes fesses de mon canapé » dit James, ouvrant un tiroir pour en sortir un couteau bien aiguisé. « Je commence mon nouveau travail dans l'équipe de foot, bientôt, mon pote. Je ne vais plus être là pour te divertir, et un Sirius Black qui s'ennuie est une mauvaise, très mauvaise chose pour James Potter. »

Sirius se mit à rire et adressa un sourire à son meilleur ami à lunettes. « Ça n'a rien à voir avec une certaine rousse que tu voudrais mettre sur ce canapé, par hasard ? » Il tapota le coussin à côté de lui et arbora un sourire malicieux en voyant James devenir aussi rouge que les tomates qu'il retirait du réfrigérateur.

« Tais-toi » fit-il sèchement. « Le fait que Lily arrive bientôt n'a rien à voir avec toi et ton changement de mode de vie.

Sirius ricana et se redressa. « Si tu le dis, mon pote » murmura-t-il, feuilletant distraitement le journal. « Tu continues de dire que ce n'est pas toi qui porte la culotte dans ton couple » Il fit claquer sa langue et replia le journal, basculant en arrière sur sa chaise. « Il n'y a rien là dedans »

James secoua la tête, incrédule. « Tu l'as à peine feuilleté » objecta-t-il et Sirius agita la main avec dédain.

« Il n'y a rien qui corresponde à quelqu'un d'aussi intelligent et beau que moi » lança Sirius, passant une main dans ses cheveux puis il grimaça quand James lui donna un coup sur son bras.

« Andouille » rit-il avant que son visage ne redevienne sérieux. « Tu sais, tu ne peux pas rester ainsi sans rien faire, Sirius. Il faut que tu trouves un sens à ta vie... »

« Mais va te faire foutre, James ! » s'énerva Sirius, claquant les pieds de sa chaise sur le sol. « Est-ce que Lily garde tes couilles dans son sac à côté de son rouge à lèvre ? Ou est-ce qu'elle a réussi à pousser ce rouge à lèvres dans tes fesses et t'a transformé en sa marionnette, parce que tu lui ressembles de plus en plus ! »

« Moi aussi je t'emmerde, mon grand ! » rétorqua James. « J'essaye de t'aider à diriger ta vie, et Lily aussi. »

« Cette vie là me convient très bien, je te remercie » fit Sirius. « Je paresse ici toute la journée, je baise toute la nuit. C'est simple et... »

« Superficiel » compléta tranquillement James. « Simple et superficiel – un peu comme toi. »

Sirius fronça les sourcils. « Connard »

James haussa les épaules, recalant ses lunettes.

« Au fond tu es simplement jaloux, parce que je peux coucher avec la moitié de la population britannique si j'en ai envie, alors que toi, tu vas baiser la même jusqu'à la fin des tes jours» lança Sirius, mais James ignora son commentaire, inclinant juste la tête et parlant doucement.

« Il faut que tu grandisses et que tu te ranges quelques temps, Sirius »

« Non merci, sans façon » souffla Sirius avec un air de défi, croisant les bras sur sa poitrine. « Je suis allergique à toute forme d'engagement- j'en ai des boutons d'urticaire. »

James renifla, réprimant un rire. Ils demeurèrent silencieux un moment, James plaça deux tranches de pain dans le grille-pain et découpa une tomate. Sirius parcourut rapidement les titres du journal, levant les yeux lorsque son ami à lunettes se mit à ricaner méchamment. James se détourna du repas qu'il préparait, et sourit malicieusement à Sirius, dont l'expression curieuse se fit brusquement méfiante.

« J'ai trouvé le travail parfait pour toi » lança James avec l'air de celui qui a craqué le code d'un coffre-fort détenant les joyaux de la couronne.

Sirius haussa les sourcils. « Vraiment ? »

James hocha la tête et son sourire s'élargit alors que ses lèvres prononçaient un seul mot : « Modèle»

Sirius cligna des yeux de surprise puis rayonna. « Attends, tu veux dire... »

« Modèle nu »

« Tu déconnes ! » lâcha Sirius, réalisant ce que James venait de dire, puis il se reprit. « Quoique...vas-y dit-m'en plus ! »

James rit et attrapa un essuie-main, essuyant ses doigts alors qu'il s'asseyait dans un fauteuil.

« Une femme du centre socioculturel m'a approché dans la rue hier, elle m'a demandé si je serais intéressé pour posé nu pour sa classe au cours des prochaines semaines » expliqua-t-il. « Elle m'a dit que je dégageais une « aura sensuelle ». Je pense qu'elle voulait surtout dire que je suis canon et qu'elle veut coucher avec moi.»

Sirius éclata de rire et jeta le journal vers la tête de James. « Eh bien, elle risque de m'aimer dans ce cas » railla-t-il. « Je suis deux fois plus canon que toi »

James plissa les yeux. « Tu sais, j'ai toujours pensé que tu ne serais jamais un mec stable parce que tu t'étouffes à moitié lorsque quelqu'un a le malheur de prononcer le mot « engagement », mais en fait tu t'aimes trop pour avoir besoin de quelqu'un, n'est-ce pas ? »

« Connard. »

James tira la langue avant de se remettre debout et de trancher ses légumes. Il y un moment de silence, on entendait seulement le couteau de James, jusqu'à ce que :

« Je vais le faire. »

James jura, manquant de se couper un doigt, puis il regarda Sirius en fronçant les sourcils. « Pardon ? »

« Je vais le faire. » répéta Sirius et James afficha une moue sceptique.

« Tu n'en seras pas capable... » affirma-t-il et Sirius le fixa.

« Je le ferais » insista-t-il. « Je ne suis pas prude. J'ai un corps très agréable à regarder, et ces étudiants en art vont avoir de la chance d'avoir un tel spécimen sous leurs yeux... »

« Il n'y a probablement que des personnes âgées, Sirius » l'interrompit James d'un ton moqueur, testant l'enthousiasme de Sirius. « Je ne pense pas que tu pourras flirter avec... »

« Oh. »

Sirius sembla se dégonfler l'espace d'une seconde et James ricana devant l'expression déçue qu'arborait son ami, mais celui-ci haussa finalement les épaules.

« Je compte toujours le faire. »

James secoua la tête et retourna à ses tomates. « Je te parie vingt livres que tu vas te mettre à hurler comme une fille avec tes mains sur tes bijoux de famille » se moqua James et Sirius rétorqua :

« Tope-là mon pote. »