Hello everybody et merci à toutes celles et tous ceux qui lisent cette histoire !
Bonne lecture :D
Remus rit alors qu'il portait la bière à sa bouche. 'Est-ce que tu me dragues ?'
Glenda gloussa - un son machiavélique qui fit frémir Remus- et inclina sa tête grisonnante avec coquetterie. «Sans doute que oui. J'aime les hommes plus jeunes… ils n'ont aucun mal à me suivre. Alors, qu'en dis-tu, Remus ? »
Elle cligna de l'œil et Remus secoua la tête, pouffant tout en avalant une nouvelle gorgée. Son groupe d'art était parti prendre un verre au pub le soir en guise d'adieu. C'était le dernier de ses cours et il fut surpris de réaliser à quel point les personnes âgées avec lesquelles il avait passé tout ce temps lui manqueraient.
«Aussi tentée que je sois par ton offre attrayante, Glenda, je crains qu'il ne te manque quelque chose que je considère comme essentiel dans une relation ».
La femme âgée gloussa et finit son cocktail. « Oh c'est vrai. Que disent les jeunes de nos jours déjà ? Les meilleurs sont soit mariés soit gays, c'est bien ça ? »
Remus sourit et posa doucement sa main sur son épaule. «Je pense qu'ils n'ont pas tout à fait tort, Glenda. Si j'avais quelques années de plus… »
Elle rit. «Mmm»minauda-t-elle, se levant et lui tapotant la main. Et je suppose que ton jeune homme aurait quelque chose à dire sur une vieille femme dans ton lit, n'est-ce pas ? Alors, dis-moi, comment est-il ? Je m'ennuie à force de faire semblant de dessiner son joli corps. »
Remus perdit brusquement son envie de rire et un simple regard sembla dire à Glenda que tout n'allait pas aussi bien qu'elle ne l'avait cru.
«Oh, aurais-je touché une corde sensible ? » comprit-elle avec regret. «Remus, je suis désolée si…»
Il secoua la tête, posant son verre plus lourdement qu'il ne l'aurait voulu alors qu'un éclair de douleur le traversait. «Sirius… il n'a jamais été à moi. J'ai pensé… peut-être qu'il… mais… »
Il haussa les épaules puis inspira profondément, s'efforçant de sourire à la femme inquiète. «C'est la vie, pas vrai ? »
Le front déjà plissé de Glenda se plissa encore plus profondément alors qu'elle se rasseyait et glissait sa main sur celle de Remus. «Il t'a blessé. » Ce n'était pas une question. «Je suis navrée, Remus. La façon dont il te regardait, j'étais sûr qu'il ... »
Elle dut voir le flash de douleur dans les yeux de Remus et changea rapidement de sujet. «Eh bien, c'est tout aussi bien alors», conclut-elle maladroitement. «Maintenant, est-ce que je t'ai déjà parlé de mon petit-fils, Lucas ? Il préfère aussi la compagnie des hommes et vous seriez très mignons tous les deux… »
Il lui fallut plusieurs minutes pour convaincre Glenda que bien qu'il soit sûr que Lucas était un homme merveilleux, il préférait se concentrer sur sa peinture pour le moment. La date de son exposition le pesait sans relâche et malgré avoir affirmé à Peter qu'il n'avait pas besoin de Sirius pour être inspiré il n'avait pas réussi à peindre ou à dessiner quoi que ce soit depuis le brusque départ du brun quinze jours plus tôt.
La représentante de la galerie l'avait appelé l'autre jour, désirant jeter un œil sur les peintures qu'il avait l'intention d'exposer. Remus avait tout de suite remarqué l'hésitation et l'inquiétude sur son visage quand elle s'était aperçue qu'il lui manquait deux toiles par rapport au nombre prévu et il s'était précipité pour la rassurer, déclarant qu'il serait fin prêt le jour J. Elle avait toutefois aperçu le portrait de Sirius allongé sur le canapé que Remus avait poussé près d'une pile de toiles inachevées. Il avait eu l'intention de le jeter dès qu'il avait réalisé que Sirius ne reviendrait pas, mais il avait été incapable de le faire, finissant par s'asseoir et regardant avec tristesse l'image peinte de l'homme, essayant de comprendre pourquoi il avait disparu sans un mot d'explication.
Malheureusement, la représentante de la galerie avait vu en un coup d'œil tout le potentiel qu'elle représentait et avait insisté pour qu'elle soit incluse dans l'exposition. Remus, serrant les dents intérieurement, avait capitulé sans vraiment s'opposer, cette toile était sa pièce maîtresse, mais il était furieux contre lui-même. Il aurait voulu que Sirius disparaisse de sa mémoire comme il avait disparu de sa vie.
«Tu es sûr, Remus ? demanda Glenda, ramenant l'artiste au présent. «Le meilleur remède pour réparer un cœur brisé est d'aimer à nouveau et Lucas est un homme magnifique. »
La poitrine de Remus se serra au souvenir de la facilité avec laquelle il avait permis à Sirius de le pénétrer, de le posséder. Et il avait payé le prix fort de cette erreur - son cœur était désormais brisé au-delà de toute réparation. Jamais il ne laisserait quelqu'un d'autre ramasser les morceaux.
«Je… je ne suis pas…» Ses mots restèrent coincés dans sa gorge, la voix déformée par la douleur qu'il essayait de réprimer. Glenda, le visage sympathique, lui tapota la main.
«C'est quand on perd quelqu'un que l'on réalise à quel point il nous manque », murmura-t-elle doucement. «Donne du temps à ton homme… l'amour n'est pas facile pour tout le monde. »
Remus sentit la colère montait en lui et se leva, un peu brusquement. « Ce n'était pas facile pour moi non plus, mais moi au moins, je ne me suis pas enfui sans dire un mot ... ''
Il réalisa qu'il avait élevé la voix et se mordit la lèvre, combattant la rage qui bouillonnait en lui - chaude comme de la lave - et marmonna des excuses. Glenda repoussa ses excuses puis surprit Remus en le serrant contre elle.
«C'était agréable de passer du temps avec toi, Remus,» dit-elle d'une voix vraiment affectueuse. «Fais-moi penser à t'appeler pour que tu fasses un portrait de moi avant que tu ne deviennes trop célèbre et trop occupé pour les vieilles dames. »
Remus sourit et finit par se détendre dans son étreinte réconfortante avant de se dégager. «Je ne serai jamais trop occupé pour toi, Glenda. »
Elle haussa un sourcil, se leva et agita une main impérieuse en direction de son mari qui était en train de bavarder et qui obéit immédiatement à son injonction.
«Tu as intérêt, Remus,» le prévint-elle. «Tu es un homme passionné… et pas seulement quand tu dessines »
Remus fronça les sourcils et ouvrit la bouche mais Glenda le devança. «Écoute les conseils d'une vieille dame, Remus . Il reviendra Ne lui rend pas les choses trop difficiles ou trop faciles, donne-lui plutôt la chance de te reconquérir. »
Elle posa une main ridée et légèrement arthritique sur son cœur douloureux et lui sourit.
«Donne-lui la chance de réparer ce qu'il a cassé. »
Son retour en bus se déroula dans le flou le plus total- Remus manqua presque son arrêt à cause de sa distraction. Glenda l'avait forcé à repenser à Sirius alors qu'il avait passé les deux dernières semaines à refouler les souvenirs de leur brève période ensemble. Cinq jours après la disparition du brun, son ami Peter avait contacté James Potter qui s'était lancé dans une longue tirade sur Sirius, le traitant de tous les noms, lui reprochant ses "problèmes profonds" et lui assurant qu'il n'allait pas tarder à « lui botter le cul » . Cependant, malgré ces menaces, la situation n'avait pas bougé d'un iota. Sirius n'était toujours pas là.
Le pire pour Remus c'est qu'il ignorait complètement ce qui avait bien pu pousser Sirius à le fuir. Il s'était longuement reproché d'avoir permis à Sirius de voir ses cicatrices, mais il était pourtant certain que l'autre homme ne l'avait pas repoussé à cause de ça, qu'il avait accepté sa différence.
Il pensait même avoir vu autre chose dans son regard cette nuit là. Quelque chose d'indicible. Quelque chose de puissant...
Quoiqu'il en soit, la seule explication était que Sirius n'avait été que de passage. Aussi éphémère qu'un baiser volé, une brise sur sa joue, un coup de foudre sur son cœur. Remus fronça les sourcils alors qu'il tournait au coin de sa rue.
Quel con j'ai été, putain. Je ne peux pas croire que je l'ai laissé me tromper.
Remus soupira, donnant un coup de pied à un verre en plastique alors qu'il enfonçait profondément ses mains dans les poches de son manteau. Il pouvait sentir le morceau de papier qui contenait le numéro de Glenda griffonné à la hâte. Ses derniers mots l'avaient dérangé.
Lui donner une chance de se réconcilier avec moi ? Me blesser à nouveau ? Je ne pense pas.
La voix dans sa tête était résolue et courageuse, mais les épaules de Remus s'affaissèrent, réalisant que même si son moi intérieur était déterminé à ne pas laisser Sirius piétiner une fois de plus son cœur, sa résolution s'effondrerait sans doute comme un château de cartes si un jour il tombait nez à nez avec Sirius. L'homme avait une sorte d'aura, une emprise animale et primitive sur Remus et il savait qu'un jour il devrait sans doute faire quelque chose de radical pour s'empêcher de retomber dans les bras du brun.
Il soupira à nouveau profondément, se disant que ce ne serait pas un choix auquel il serait confronté de sitôt. Sirius n'avait montré aucun intérêt à se réconcilier et, selon son meilleur ami, était "une merde monumentale en matière d'engagement". Remus grimpa avec lassitude les marches de son appartement, ayant l'impression que ses jambes s'étaient remplies de ciment. D'habitude, quatre ou cinq bières avalées lui réchauffaient le cœur et l'enveloppaient dans un agréable cocon, mais ce soir, la bière glissait dans son estomac, lui brûlant les entrailles. Tout à coup, le simple fait de marcher, de peindre quelque chose avait puisé dans toutes ses ressources et il s'effondra sur le canapé, passant ses longues jambes par-dessus l'accoudoir de la chaise.
OoOoOoO
Sirius hésita, le poing en l'air, prêt à frapper à la porte qui lui serait probablement claquée au visage. Ses dents taquinaient sa lèvre, une lèvre déjà enflée suite aux nombreux baisers et morsures échangées il y a quinze jours. Son bras s'abaissa puis se leva à nouveau, restant en l'air pendant un moment, avant que Sirius ne soupire lourdement et laisse retomber son bras.
A quoi je pensais ? Remus ne voudra pas me voir - pas après avoir disparu de cette façon.
Il se demanda s'il se pardonnerait un jour d'avoir laissé ses peurs intérieures le vaincre ce matin fatidique. Il s'était enfui comme le pire des lâches; fuyant le seul homme qui avait été capable de se frayer un chemin parmi les barricades épaisses et les murs de pierres qui protégeaient le cœur de Sirius. Son comportement n'avait pas été meilleur que celui de l'homme qui l'avait à peine mieux traité qu'un détritus, l'homme qui l'avait blessé comme Sirius avait blessé Remus.
«Non», s'invectiva-t-il. Il avait été bien pire que Connor. Au moins, il savait pourquoi Connor avait rejeté leur liaison. Alors que lui, il n'avait donné aucune raison à Remus. Il avait abandonné un homme qui l'avait regardé comme aucun autre homme ne l'avait jamais fait, sans lui offrir un seul mot d'excuse ou de justification.
C'est parce que je n'ai aucune excuse. J'ai été un vrai con et je ne mérite pas qu'il me pardonne.
Mais il espérait de toutes ses forces que Remus le pardonnerait. Sans Remus, il n'avait été qu'une loque, incapable de trouver l'énergie pour bouger du canapé de James. Consommé par ses souvenirs de l'artiste, il se branlait brutalement la plupart des nuits, fantasmant sur les choses qu'ils avaient fait, les choses qu'il aurait voulu faire.
Cela n'avait pris que quelques jours de débat intérieur, entre son cœur et sa raison, pour que Sirius accepte enfin, un peu à contrecœur, qu'il voulait être avec Remus. Il était maintenant sûr qu'il était, sans la moindre équivoque, amoureux de l'homme et qu'il avait besoin d'être avec lui, de le toucher, de le sentir, de lui parler, de l'aimer. Il avait fallu un peu de temps, beaucoup de chance, et un coup de fil, pour qu'il rassemble le courage de venir lui faire face.
James lui avait relayé les détails de sa conversation téléphonique avec Peter une semaine plus tôt, y compris les menaces et les insultes, et cela avait presque déchiré le cœur de Sirius de savoir à quel point Remus souffrait. Il lui avait presque fallu une dizaine de bières pour qu'il arrête d'entendre les paroles de Peter dans sa tête…
«Il est tellement dévasté, putain ! Pour une enflure pareille, en plus ! S'il s'approche de Remus, James, je l'éventre et je l'émascule !»
… Mais tout l'alcool du monde ne pouvait pas lui faire oublier, et malgré les menaces de mort de Peter, il savait qu'il devait faire face à Remus et tenter de s'expliquer. Pour la première fois depuis de nombreuses années, Sirius s'était retrouvé à chercher une puissance supérieure - pas le dieu autoritaire et exigeant que ses parents avaient essayé de lui imposer - mais une divinité indulgente et compréhensive qui, il l'espérait, l'aiderait à affronter Remus et à essayer de lui expliquer son comportement déplorable.
Lily et James n'avaient pas du tout compati à son sort, ne cachant pas le fait qu'il était un abruti de première d'avoir traité Remus de cette manière, et il ne pouvait pas vraiment leur en vouloir. Ses amis s'étaient finalement calmés quand Sirius leur avait annoncé dans la soirée qu'il allait voir Remus et essayer de le reconquérir.
«Il t'en a fallu du temps,» avait grogné James, secouant la tête avec désespoir. «Tu n'es pas croyable, tu sais. »
«J'espère qu'il te laissera tomber comme une vieille chaussette», avait rétorqué Lily en le regardant fixement. «Tu ne le mérites pas, mais je suppose que s'il te rejette, tu resteras définitivement collé sur notre canapé, alors je vais prier pour qu'il parvienne, d'une manière ou d'une autre, à voir au-delà de ta stupidité et te donner une autre chance.»
Il se retrouva donc face à la porte d'entrée de son ancien amant, le courage menaçant de le laisser tomber alors que son souffle devenait rapide et erratique. Et si ses mots restaient coincés dans sa gorge et que Remus lui claquait réellement cette porte au visage dès qu'il l'apercevait ? Son cœur battait à un rythme effréné alors qu'il levait à nouveau son bras.
Un seul moyen de le savoir.
Son premier coup était si faible et pathétique que même lui pouvait à peine l'entendre. Il prit une profonde inspiration et frappa plus fort, fermement et résolument. Carrant ses épaules, il se redressa alors qu'il se préparait à revoir Remus. De l'autre côté, des bruits de pas résonnèrent contre le plancher, de plus en plus audibles à mesure qu'ils approchaient. Sirius se dit que ces vibrations sous ses pieds étaient sûrement la raison pour laquelle ses genoux tremblaient puis il entendit les verrous de la porte claquer et son corps fut soudainement inondé de vagues brûlantes et glaciales. Et, à un moment donné, il se demanda s'il allait faire une attaque avant que la porte ne s'ouvre et que Remus apparaisse.
Le petit sourire de salutation de l'artiste vacilla et ses yeux s'écarquillèrent légèrement, mais compte tenu de la façon dont Sirius s'était barré, la queue entre les jambes, pour réapparaître quelques semaines plus tard sans prévenir, il était étonnamment calme.
«Sirius.»
Sa voix était basse et profonde et avec cette inflexion rauque, cette pointe animale qui avait fait presque fait branler Sirius tous les soirs alors qu'il se rappelait que Remus avait déjà prononcé son nom dans des circonstances beaucoup plus joyeuses. Tout ce qu'il avait voulu dire s'évapora dans sa tête et il préféra prononcer ces mots qui lui parurent les plus honnêtes.
«Je suis désolé.»
Remus le fixa pendant de longues et atroces secondes, son visage insondable, et Sirius eut l'impression que son cœur allait exploser sous cet examen minutieux. Il en eut la chair de poule, chacune de ses terminaisons nerveuses étaient comme chauffées à blanc, son corps entier était brûlant et chancelant. Il se sentait aussi en colère parce que, à tout moment, l'homme en face de lui pouvait rejeter ses excuses et sortir de sa vie pour toujours. Incapable de supporter ce silence plus longtemps, Sirius ouvrit la bouche, mais avant qu'il ne puisse dire un mot, Remus se retourna dans le couloir.
«Ferme la porte derrière toi,» intima-t-il à Sirius, qui resta immobile sous le choc pendant un moment avant que son cerveau lui hurle d'obéir.
Il entra timidement dans l'appartement comme si le sol allait se dérober sous ses pieds et, s'exécutant, ferma la porte doucement derrière lui avant de suivre Remus dans le couloir. Un coup d'œil dans le salon lui montra Remus, assis sur le bord d'un petit canapé, le dos raide, les mains étroitement serrées. Ses yeux bleus étincelant croisèrent les siens et le souffle de Sirius se bloqua dans sa gorge avant qu'il ne réussisse à faire passer l'air au-delà de la boule qui s'était logée dans son larynx, libérant une expiration tremblante qui retenait les mots à peine compréhensibles.
«Je peux tout expliquer…»
Remus épingla Sirius avec des yeux glaciales, ses orbes rétrécis avertissant clairement Sirius d'éviter de se rapprocher de trop près, alors le brun se glissa vers un fauteuil et se percha sur les coussins.
«S'il te plaît ? »
«Bien. Vas-y, alors, je t'écoute.»
La bouche de Sirius s'ouvrit - il s'attendait à devoir livrer un duel acharné et ne savait pas du tout par quel bout commencer. Remus leva le menton, comme s'il se préparait au combat que Sirius avait anticipé, puis desserra ses mains pour croiser ses bras sur sa poitrine.
« Eh bien ? »lâcha-t-il entre sa mâchoire serrée. « Continue. Tu as la parole, Sirius. Fais-en bon usage. »
