Bonsoir à tous, voici le nouveau chapitre ! Merci beaucoup à ceux qui ont laissé une review, j'ai répondu en privé à ceux qui ont leur MP d'ouvert. N'hésitez pas à me faire part de vos impressions sur ce chapitre qui n'est pas très très long. Normalement le suivant sera plus conséquent. Je vais essayer de garder un rythme d'un chapitre par semaine (que je ne tiendrais peut-être pas, je préfère vous prévenir).
Hermione n'arrivait pas à dormir dans sa petite couchette au matelas trop fin, sans parler des vieilles couvertures en toile de jute qui sentaient mauvais. Elle regardait dehors à travers cette fenêtre sans vitre, le dos contre le mur de béton froid. Tout semblait si calme. Il n'y avait rien à des kilomètres à la ronde. Des champs à perte de vue. Il n'y avait pas un bruit, que ce soit à l'intérieur de la prison ou en dehors. Le calme et l'immobilité lui faisaient du bien.
Sa première journée avait été affreuse. Son dos la faisait souffrir, sans parler de ses mains qui gonflaient à vue d'œil. Douze heures dans la journée, elle avait fait la navette entre les entrepôts de légumes et les cuisines. Sa vieille brouette avait bien vécu et les poignées escarpées l'avaient plus fait souffrir qu'elle ne l'aurait cru.
Elle inspira une grande bouffée d'air et rouvrit les yeux en entendant le bruit de pas au loin, résonnant contre les parois grises de la prison Malefoy. Elle se rallongea, la tête contre la porte grillagée qui l'enfermait dans sa couchette. Aucun des détenus n'avait le droit de dormir dans l'autre sens. Il fallait que les gardes puissent voir leur tête chaque fois qu'ils passaient devant la porte de cellule.
Le menton enfoncé dans le matelas, elle regardait le couloir, attendant de voir apparaitre le garde qui devait faire sa ronde.
C'est Malefoy qui apparut, jetant un coup d'œil dans chaque cellule. Quelques rayons de lune illuminait sa chevelure d'un blond presque blanc. Il n'avait pas perdu de sa superbe depuis Poudlard. Grand et les épaules carrées, il était toujours plutôt fin. Il avait quitté l'uniforme scolaire de Poudlard pour emprunter celui de chef militaire. Vêtu de rangers, d'un pantalon avec des poches aux genoux, une chemise d'un blanc immaculé et un long manteau noir sur les épaules, il dégageait une certaine prestance. Hermione n'aurait pu le nier. Une petite plaque de métal épinglée à sa poitrine indiquait « Général MALEFOY ». Il ne manquait pas d'air.
Sa baguette était accrochée a sa hanche droite, et une matraque à la gauche.
Il approchait peu à peu, personne ne le remarquait. Tout le monde dormait déjà, épuisé. Il aperçut bientôt Hermione qui l'observait depuis sa couchette. Il s'approcha lentement, s'arrêtant devant sa cellule. Le cœur de Hermione sauta dans sa poitrine. Elle se trouvait un peu plus haut que lui dans sa couchette. Un léger sourire froid ornait les lèvres de Malefoy. Elle détourna le regard. La vision qu'elle renvoyait d'elle-même la dégoutait. S'il y avait bien devant quelqu'un qu'elle ne voulait pas paraitre fragile, c'était bien devant lui.
- Tu devrais dormir, tu le sais, n'est-ce pas ?
- Je n'y arrive pas.
Le sourire de Malefoy s'évanouit, son regard gris s'assombrit, et Hermione se rappela les règles.
- Monsieur, dit-elle rapidement.
Elle avait déjà oublié les conseils de Fred, et surtout le plus important : ne pas se faire remarquer. Son sourire qui avait disparu, était réapparu, satisfait.
- Tu aurais préféré que je te fasse dormir pour toujours, sang de bourbe ?
Hermione frissonna, horrifiée. Quel genre de sadique était-il ? Il avait toujours eu un côté malsain, une sorte de vautour qui cherchait toujours à remuer le couteau dans la plaie, frapper là où ça faisait mal. Il n'avait en rien perdu de son talent, il était même meilleur.
- Alors, tu devrais dormir si tu ne veux pas mourir dans la prochaine semaine. Tu n'es pas en colonie de vacances, Granger.
Entendre son nom lui fit du bien. Elle avait l'impression d'être personne ici, une oubliée, déjà un pied dans la tombe, à moitié morte. Elle n'était rien d'autre que la sang de bourbe. Elle n'était plus Granger, l'amie de Harry Potter, membre du trio d'or. Elle était un numéro.
Elle n'avait jamais été vaniteuse, du moins elle le pensait. Mais elle avait toujours été quelqu'un, son nom avait été connu de tous à Poudlard. Ici, elle n'était rien.
Elle s'allongea complètement, fermant les yeux en ignorant son instinct qui lui disait de ne pas perdre Malefoy des yeux.
- Tends-moi ton bras droit.
Hermione rouvrit les yeux, un peu surprise, mais s'exécuta. Sa main passa au travers des barreaux. Hermione avait retiré le bandage dès qu'elle avait pu. Elle n'avait pas la moindre envie de contracter une infection avec une compresse crasseuse. Le tatouage encore rougi apparut clairement sur son bras. Il attrapa son poignet, tendant les doigts de Hermione dans une délicate caresse qui fit frissonner Hermione. Une grimace déforma le visage de l'ancien Serpentard.
Il observa la marque rougie qui n'était pas en bon état.
Il attrapa la baguette à sa ceinture et Hermione eut un mouvement de recul. Il retint son poignet, et murmura un sort qu'elle ne comprit pas. La douleur irritante autour de la marque se dissipa. Il fouilla dans sa poche et en tira une bandelette propre. Il entoura la marque qu'il sera sèchement.
- Tu as ta place ici, Granger. Toi et les autres. Vous avez besoin qu'on vous enferme si on ne veut pas que vous voliez la place des sorciers. Les vrais. Vous n'avez pas idée d'à quel point vous avez fait souffrir les sorciers, vous, et les moldus.
- Pourquoi penser ça de nous, monsieur ?
Il releva un regard flamboyant vers elle, et elle eut de la peine pour lui une seconde. Il abritait une telle haine en lui. Depuis toujours.
- Ne pose pas de question, siffla-t-il en tirant sa tête vers le bas pour qu'elle arrête de maintenir son regard.
Il y avait une telle colère, un tel mépris dans sa voix que le cœur de Hermione se brisa. Tous haïssaient les nés-moldus dans ce nouveau monde, mais lui… Il la faisait se sentir dégoutante et elle détestait cette sensation.
Hermione se retourna, se couvrant de sa couverture désagréable. Elle s'endormit sans même s'en rendre compte. Le lendemain matin, lorsqu'elle fut réveillée par la sirène affreuse de la prison, elle sauta à terre, suivant Fred de près.
- Tu apprends vite, dit-il avec un demi-sourire.
- Evidemment. Je suis Hermione Granger.
Il rit un peu, mais ça ressemblait plus à une quinte de toux. Elle goba son petit-déjeuner qui ressemblait en tout point à la bouillie qu'elle avait ingurgité à chaque repas depuis son arrivée. Son travail de la journée commença alors. Son binôme, Daniel, était particulièrement taciturne. C'est lui qui lui avait « tout appris » de sa tâche. Il n'avait pas décroché un seul mot, lui désignant sa brouette puis les piles de sacs de pommes de terre.
Les pieds de Hermione la faisaient atrocement souffrir et la sirène annonçant la pause déjeuner tomba à pique. Ses mains lui brûlaient, sa tête menaçait d'exploser et son cou était si douloureux qu'elle peinait à redresser la tête.
- Alors cette deuxième journée ? demanda Fred en s'asseyant à côté d'elle sur l'un des bancs de pierre.
- Demi-journée, souffla Hermione. Ce n'était qu'une demi-journée et je ne sais pas comment je vais survivre à cet après-midi. J'ai mal absolument partout.
- Le transport n'est pas l'une des missions les plus simples… Mais tu verras, ton corps s'habituera peu à peu. Ça ira mieux dans quelques jours.
- Ou alors mon dos va se casser en deux.
Elle massa le bas de son dos et grimaça. Elle avait la sensation qu'il n'était qu'une planche de bois raide bonne pour la casse.
Ils n'eurent pas le temps de discuter bien longtemps. Il était temps de retourner au travail. Le soir, elle avait le dos en compote. Elle ne rêvait que d'une chose : une douche. Elle demanda à Fred leur emplacement qui la regarda avec des yeux ronds :
- Tu veux vraiment aller aux douches ?
- Oui, pourquoi ? J'ai l'impression d'être couverte de crasse.
Avec la chaleur, la poussière terreuse qui entourait la prison avait collé à son visage en sueur. Elle détestait cette sensation.
- C'est comme tu veux, dit-il lentement, mais tu abandonneras rapidement tes petites habitudes.
- Pourquoi ça ?
- Parce qu'ils n'ont pas envie que tu te douches, Hermione.
Il jeta un coup d'œil sombre aux gardes qui passaient par là. Hermione frissonna. Elle ressentit une pointe de colère, et se leva, tonnant :
- Ils pourront tout m'enlever. Ma liberté, mes cheveux, mes vêtements, ma baguette, mais ils ne pourront pas me prendre ma dignité, Fred, dit-elle avec un peu trop de fierté.
Fred eut soudainement le regard fuyant, se ratatinant sur lui-même. Toute la cantine était devenue brusquement silencieuse. Hermione vit une ombre se découper sur le mur face à elle. Elle déglutit difficilement, le cœur fébrile.
- Oh tu penses qu'il y a quelque chose que tu peux garder ici, sang de bourbe ?
Cette voix, elle la reconnaissait entre toutes.
- Tu n'es rien. Tu n'es qu'une misérable qui mérite de crever dans la poussière.
Tous les poils de Hermione se hérissèrent et un tremblement la traversa. Lentement, elle se retourna avant de reculer d'un pas. Il se dressait devant elle, terrifiant, enragé. Pourquoi avait-elle parlé ? Son intelligence s'était peut-être évaporée lors de sa longue fuite. Elle recula encore lorsque Malefoy fit un pas vers elle, et elle se retrouva acculée contre le mur.
- Est-ce que tu crois que tu peux me braver sans conséquences ? siffla-t-il.
Tout le monde tendait l'oreille, le nez enfoncé dans leur bol en bois. Fred avait le regard figé sur le sol, incapable de lever les yeux et c'est ce qui choqua le plus Hermione. Il était terrifié, très loin de ce garçon rieur et joueur qui n'avait jamais rien pris au sérieux.
- Tout le monde dehors, gronda-t-il.
Il n'avait pas eu besoin de hurler. D'un mouvement uniforme, tous les détenus se levèrent et quittèrent la pièce, non sans recevoir quelques coups de la part des gardiens qui leur hurlaient de retourner dans leur cellule.
Seule avec lui, elle ne s'était jamais sentie si oppressée. Il se rapprocha. La respiration de Hermione était erratique.
- Alors. Dis-moi à quel point tu es digne. Dis-moi que je ne pourrais jamais te retirer cela.
Hermione garda les lèvres scellées, incapable de dire quoi que ce soit, terrifiée.
- REPETE !
Il avait hurlé, faisant sursauter Hermione.
- Non… Je ne veux pas, souffla-t-elle.
- Pourquoi ? Parle, toi qui es si digne, tu ne devrais pas avoir peur de me dire ce que tu penses ? Ou est passé ton courage de Gryffondor ?
- Je voulais juste me doucher.
La gifle partit à toute vitesse, lui décrochant la mâchoire.
- Ne me brave plus jamais comme ça. Plus jamais, siffla-t-il. Pas devant ces pourritures. Est-ce que tu m'as compris ? dit-il en serrant le menton de Hermione entre ses doigts.
- Oui, monsieur.
- Excuse-toi.
- Je voulais simplement prendre une douche, je n'ai rien fait de mal, insista Hermione qui ne voulait pas s'abaisser à s'excuser.
- Rien fait de mal ? s'emporta Malefoy en frappant le mur derrière elle. Tu te permets de me provoquer et ce n'est pas ta faute ?
Il semblait ahuri par la réponse de Hermione, et elle, elle ne comprenait pas sa réaction disproportionnée. Qu'est-ce qui n'allait pas chez lui ? Qu'est-ce qui s'était passé en lui pour qu'il en arrive à être ainsi ? Si déséquilibré, si excessif.
- Excuse-toi, répète-t-il.
- Pardon, monsieur, capitula-t-elle finalement, la joue rouge et brûlante.
- Maintenant casse-toi. Avant que je décide de te tuer.
Hermione quitta la cantine, les larmes aux yeux. Ce n'était pas tant la douleur physique qui la mettait dans cet état, c'était plutôt la façon dont Malefoy l'avait rabaissé. L'ironie du sort fit qu'elle tomba sur les douches en cherchant sa cellule.
La prison était un véritable dédale de couloirs qui se ressemblaient tous. Elle peinait à retrouver sa cellule et sa petite couchette depuis hier, son premier jour.
Les douches étaient dans un état pitoyable, pas très entretenues et pas très utilisées. Le carrelage était craquelé et crasseux. La moitié des lavabos étaient cassés, les morceaux de porcelaine jonchaient le sol sale. Des vieilles serviettes crasseuses sentaient mauvais l'humidité. Elle se glissa dans l'une des cabines, celle qui avait encore un rideau accroché au portant, bien que celui-ci soit dans un état épouvantable. Elle retira ses vêtements et appuya sur le bouton pressoir. Un torrent d'eau froide se déversa sur elle, mais elle était bien trop fatiguée pour se défendre. Elle se doucha plus rapidement que jamais. L'eau était glacée, même au beau milieu de l'été. Elle ressortit tremblotante et s'essuya avec l'une des serviettes douteuses avant de remettre ses vêtements sales avec une grimace.
Elle regarda son reflet dans l'un des miroirs piqués de rouille. Elle avait encore la joue rouge et ses cheveux commençaient déjà à rebiquer. Ce n'est qu'à ce moment-là qu'elle aperçut l'horloge au-dessus de la porte au travers du miroir. 20h58. Hermione se retourna, alarmée. Les portes des cellules fermaient à 21h00 précise. Elle partit en courant, ne prenant pas la peine de remettre ses chaussures.
Ce n'était que son troisième jour, si elle faisait une erreur de plus… Malefoy allait la détruire. Elle était trop jeune pour mourir.
Elle aperçut sa cellule, accéléra le rythme, et la sirène annonça la fermeture des portes. D'un mouvement unique, toutes les portes à barreaux se refermèrent dans un claquement bruyant.
- Non, non, non, non, non, gémit-elle en tirant sur les barreaux, espérant les forcer.
Fred se redressa, l'air désolé pour elle.
- Pourquoi tu arrives en retard, Hermione ?
- J'étais aux douches…
- Tu es allée aux douches après ce qui s'est passé ? Il va te tuer…
- Comment je vais faire, Fred ?
Elle était terrifiée, le cœur au bord des lèvres. Elle aurait pu vomir son maigre repas si sa gorge n'était pas si serrée.
- Tu n'as que deux options : rester là et attendre qu'un garde te voit. Tu auras sans doute le droit à quelques coups et quelques sortilèges sous les yeux de tous ceux qui dorment dans ce couloir. Ou seconde solution, tu vas chercher un garde et tu auras peut-être la chance de subir ton supplice sans que personne ne puisse te voir.
- C'est tout ce que tu as à me proposer ?
- Malheureusement, oui.
Hermione jeta un coup d'œil à tous les visages collés contre les barreaux, l'observant avec curiosité. Elle préférait encore subir sa punition sans qu'aucun d'eux ne la voit. La mort dans l'âme, elle déglutit et tourna les talons, ses chaussures toujours dans les mains. Il y avait toujours plein de gardes pour déambuler dans les couloirs, mais aujourd'hui, elle n'arrivait à tomber sur aucun d'eux. Et à chaque seconde qui passait, elle savait que sa situation s'aggravait. Son courage disparaissait peu à peu. Elle n'avait qu'une envie : se cacher et ne plus jamais réapparaitre. Mais il n'y avait aucune cachette.
Elle entendit enfin le bruit de pas au loin et son cœur fit un bond. Au fond, elle espérait un peu ne jamais croiser quiconque et qu'on ne se rende pas compte de son absence dans sa cellule. La gorge serrée, elle rejoignit les pas et s'arrêta net.
Il fallait qu'elle tombe sur lui. Celui qui la haïssait plus que n'importe qui ici. Celui qui était le plus cruel. Celui qui venait de la menacer. Malefoy. Il arpentait le couloir, sa matraque frappant chaque barreau qu'elle croisait. Les cellules étaient inoccupées.
Hermione rasa le mur pour le rejoindre. Elle avait envie de vomir.
Malefoy la remarqua et se figea, alors qu'elle approchait toujours.
- Dis-moi que je rêve.
- Je …
Elle fut incapable d'en dire plus sous peine de fondre en larmes. Elle ferma les yeux une seconde, effaçant cet affreux visage de son esprit pour reprendre contenance. Après une grande inspiration, elle rouvrit la bouche :
- Je n'ai pas fait exprès. Je n'ai pas vu l'heure et…
Malefoy se rapprocha et Hermione recula, braquant ses bras devant elle.
- Je ferais attention la prochaine fois, je le jure !
Malefoy ricana. La Granger de Poudlard avait perdu de sa superbe, c'en était impressionnant. Il s'adoucit un peu, attrapant son poignet avec calme pour baisser ses bras. Il posa sa main chaude sur sa joue encore douloureuse.
- Je devrais te faire regrette ton retard, tu sais.
- Je suis désolée, je n'ai pas fait attention, insista-t-elle, espérant éviter un doloris.
Malefoy passa une main dans les cheveux mouillés de Hermione, et elle frissonna.
- Où étais-tu ? demanda-t-il en connaissant parfaitement la réponse.
- T… Vous savez où j'étais, monsieur. Ne me force pas à le dire.
- Je n'ai pas à être indulgent avec toi.
La main dans ses cheveux se crispa et Hermione retint la prise sur son crâne. Cette main brûlante la réchauffait un peu, mais elle était terrifiée. Elle attendait le coup, mais il ne venait pas.
- Où étais-tu ?
- Aux douches. Monsieur.
Un moment passa. Ce moment, il parut une éternité à Hermione. Elle était incapable de le lâcher du regard. Ce regard gris tantôt orageux tantôt couleur de lune. Ce regard était si différent de celui qu'elle avait côtoyé si longtemps à Poudlard. Il n'avait rien du garçon qu'elle avait connu.
Etonnamment, c'est lui qui flancha, détournant le regard avant de dire entre ses dents :
- Ne me regarde pas dans les yeux, Granger.
Hermione retint un sursaut lorsqu'il l'attrapa par la nuque. Son regard se posa sur ses pieds seulement vêtus de chaussettes, puis sur les chaussures dans les mains de Hermione.
- Tes chaussures sont trop grandes, Granger, bougonna-t-il en la forçant à s'asseoir.
- On ne m'a pas vraiment demandé ma pointure avant de me donner mes chaussures.
Elle ne résista pas à Malefoy et s'assit. Ses pieds lui faisaient tellement mal qu'après tout, ça lui convenait.
- Tu ne connais pas encore les combines de tes camarades ? Il faut mettre du papier au bout des chaussures.
Appliquant ses propres conseils, il attrapa les chaussures de Hermione qui le regardait faire avec ahurissement. Il fouilla dans sa poche et en sortit des mouchoirs qu'il fourra au fond des bottines. Son calme tranchait brusquement avec la brutalité dont il avait fait preuve à la cantine. Pourquoi n'était-il pas en colère alors qu'elle avait transgressé l'une des règles de la prison ? Pourquoi alors qu'il avait été capable de plonger dans une colère noire lorsqu'elle avait osé parler de sa dignité ?
Hermione enfila ses chaussures, pensive. Les turbines de son cerveau fonctionnaient à toute vitesse et cela lui fit du bien. Son intelligence s'était un peu rouillée depuis qu'elle avait quitté Poudlard. Réfléchir lui manquait.
- Merci mais … pourquoi m'aider ? Monsieur.
Elle détestait l'appeler monsieur. Ça lui faisait une sensation bizarre, elle était mal à l'aise. Il avait son âge, et ils se connaissaient depuis l'enfance.
- Ne pose pas de question, dit-il sèchement. Je n'aime pas être interrogé.
Hermione ne répondit rien. Elle le regarda du coin de l'œil, observant sa réaction. Il s'était montré intransigeant avec les règles. Il aimait qu'on lui réponde et Hermione ne lui avait pas répondu. Pourtant, il ne broncha pas. Etonnant.
- Merci, dit-elle finalement en se redressant.
- Tu sais ce qui aurait pu t'arriver si j'avais décidé de te faire subir le même sort qu'à ceux qui ont le malheur d'être dehors après le couvre-feu ?
Hermione secoua négativement la tête.
- Tu demanderas à tes copains. Ceux qui ont survécu.
Hermione le regarda avec horreur et il ricana. Ou il rit ? Son rire avait quelque chose d'étrange.
- Mais ce n'est pas drôle ! protesta-t-elle.
Il hausse les épaules, un sourire toujours au coin des lèvres. Il lui fit signe d'avancer et Hermione obtempéra. En silence, ils marchèrent jusqu'à sa cellule. Il passa sa baguette sur la porte qui s'ouvrit dans un grincement. Hermione grimpa rapidement dans sa couchette. Elle jaugea Malefoy depuis sa couchette, alors qu'il poussait la porte.
- Ne recommence plus, Granger.
Elle hocha de la tête et il disparut, alors que tous les regards étaient braqués sur elle. Elle avait survécu à la colère de Malefoy, et cela, c'était quelque chose d'exceptionnel.
- Tu es toujours en vie ! s'exclama Fred sous sa couchette.
- J'imagine qu'après la cantine, il considérait que j'avais été assez punie.
- Il ne considère jamais qu'on est assez puni, Hermione.
Elle ne pouvait pas le voir, mais elle pouvait imaginer son air sombre au ton de sa voix. Pensive, elle s'endormit. Peut-être que la réputation de Malefoy était surfaite. Elle avait du mal à croire qu'il soit si mauvais. Même à l'époque de Poudlard, s'il n'était pas un enfant de chœur, qu'il était moqueur et désagréable, il n'était pas si perturbé.
L'avenir l'aiderait à forger son opinion.
