Bonjour à tous, voici le dernier chapitre ! N'hésitez pas à me faire part de vos impressions avec une petite review ! Bonne lecture.

Hermione chargeait sa brouette pensivement, observant du coin de l'œil Drago Malefoy qui fumait une énième cigarette. Elle n'avait pas eu l'occasion de le remercier pour son aide lors du banquet, et Hermione n'avait pas la moindre envie de provoquer une rencontre avec l'être malsain qu'était Drago Malefoy.

Pour autant, il n'avait jamais plus occupé son esprit que depuis cette soirée.

C'était difficile de le reconnaitre, mais elle était tiraillée de l'intérieur. Lorsqu'elle voyait le Serpentard qui fumait sans se douter de ce qui se tramait dans son dos, elle ressentait une pointe de culpabilité de ne pas lui révéler ce qu'elle savait.

Elle détourna le regard alors que Malefoy avait surpris son regard sur lui. Elle jeta un dernier sac de blé dans sa brouette et prit le chemin des cuisines.

Elle le détestait, plus qu'elle n'avait jamais haï quiconque. Elle le haïssait plus que Voldemort. Elle se rappelait toutes les horreurs qu'il lui avait fait subir à Poudlard, toutes les humiliations qu'elle avait dû supporter, qui l'avaient empêché de dormir à cette époque. Tout ça, Malefoy en était responsable. Alors elle se détestait de penser à lui, d'éprouver des remords à l'idée de cacher ce complot.

- Hermione, il faut que tu arrêtes de penser à ça, soupira Fred.

Fred aperçut aussitôt ses remords dans son regard perplexe lorsqu'elle le rejoignit pour le diner.

Elle lui avait fait part de sa découverte dès qu'elle avait pu. Fred lui avait déconseillé de le dire à Malefoy. Il avait énuméré tout un tas de raisons tout à fait valables, mais Hermione n'arrivait pas à les accepter pour autant.

- De toute façon, il ne te croira pas. Il pensera que tu dis ça pour attirer ses faveurs, et il te fera regretter ton honnêteté. Et je suis sûr qu'il est tout à fait capable d'assurer sa sécurité. Il a toujours évolué dans l'environnement mangemort. Il doit se douter que certains veulent sa peau, tu ne crois pas ?

- Mais, Fred, imagine qu'il ne se doute de rien. Je serais responsable en partie de sa mort. Il était avec nous à l'école et…

- Et aujourd'hui il est le principal responsable de notre présence ici, de l'enfer qu'on vit, dit-il durement. S'il crève, c'est tant mieux.

Il avait baissé d'un ton et vérifié plusieurs fois qu'il n'y avait aucun garde autour d'eux. Il avait fini par accepter de parler de Malefoy, mais il se montrait toujours très prudent. Les premières semaines, il ignorait Hermione chaque fois qu'elle prononçait le nom de Malefoy au prétexte que les gardes risquaient de leur tomber dessus s'ils les entendaient.

- Je refuse de devenir comme eux, dit durement Hermione, les sourcils froncés. Toi, ça ne te dérange peut-être pas de laisser mourir Malefoy, mais moi, je ne pourrais jamais être responsable de la mort de qui que ce soit.

- Arrête, Hermione, siffla Fred. Qu'est-ce que tu faisais avec Ron et Harry pendant tout ce temps à chasser les horcruxes alors ? Tu pensais peut-être que Voldemort allait disparaitre tout seul ? Tu es hypocrite. On a tous cherché la mort de quelqu'un. Alors Malefoy, franchement, je n'en ai rien à faire !

Hermione ouvrit la bouche mais aucun son n'en sortit. Elle ne s'attendait pas à un tel reproche de la part de Fred.

- Pourquoi tu me dis ça ? dit-elle finalement.

- Pour rien, dit-il sèchement. Pour rien du tout. J'aimerais simplement que tu abandonnes tes bons sentiments ridicules. Ils n'ont pas leur place ici. Pas si tu veux survivre en tout cas.

Il ne laissa pas Hermione répondre et se leva brusquement. Il déposa son bol et quitta le réfectoire. Hermione engloutit le reste de son repas et partit avec énervement à son tour. C'était un coup bas de la part de Fred. Il était sensé être son ami, pourquoi lui faire un reproche aussi mesquin ?

Hermione rejoignit la salle des douches un peu plus tôt qu'à l'habitude, il y avait déjà quelques détenus qui procédaient à une succincte toilette. Elle grimaça. Elle n'aimait pas aller aux douches alors qu'il y avait déjà quelqu'un.

Elle n'avait jamais trop su pourquoi, mais il y avait une ambiance étrange dans cette prison presque uniquement peuplée d'hommes. Elle ne se sentait pas en sécurité lorsqu'elle se retrouvait seule dans une pièce avec quelques-uns d'entre eux. En particulier dans la salle des douches. Elle avait senti les regards s'arrêter sur elle plus d'une fois, et si elle n'était pas du genre à être sur la défensive, elle n'en était pas pour autant stupide. Mieux valait être prudente. Elle s'éloigna un peu, s'asseyant contre le mur dans un couloir adjacent. Elle ferma les yeux, essayant de se reposer un peu, mais son esprit était en ébullition. Elle avait envie de retrouver Fred pour lui faire part du fond de sa pensée.

Quand est-ce qu'il avait perdu son courage de Gryffondor ? Avant ou après que son humour se soit perdu dans l'atmosphère sombre et macabre de la prison Malefoy ?

Elle soupira lourdement, plongeant sa tête entre ses genoux.

Fred avait souffert de son emprisonnement, de la séparation avec le reste de sa famille et plus particulièrement de ne plus voir George. Elle le savait bien. Cela faisait des mois qu'il vivait ici, et après quelques semaines ici, elle pouvait imaginer la souffrance qu'il devait subir chaque jour depuis trop longtemps.

Hermione devait bien avouer qu'elle s'affaiblissait à vue d'œil. Son sommeil n'avait rien de réparateur, elle avait faim. Toujours faim. Tant et si bien qu'elle avait trop maigri et chaque mouvement lui demandait un effort sur humain. Alors le pauvre Fred, il ne devait pas aller beaucoup mieux. Hermione ne survivrait sans doute pas aussi longtemps que lui.

Hermione commençait à somnoler quand elle entendit une porte claquer au loin. Elle se redressa et rejoignit les douches à présent désertes. Elle ne perdit pas beaucoup de temps sous le jet d'eau froide. Elle se brossa les cheveux du bout des doigts et rejoignit sa cellule. Elle n'adressa pas la parole à Fred qui fixait obstinément le sommier de la couchette supérieure. Hermione se glissa sous sa couverture et soupira assez fort pour que son « ami » l'entende. Il ne pipa pas un seul mot et Hermione ravala sa frustration.

Elle ne sut pas trop à quel moment elle s'endormit, mais elle était toujours en colère le lendemain matin. Fred lui, fit comme si de rien n'était, engageant la conversation comme s'ils ne s'étaient pas disputés la veille.

Hermione n'avait pas le cœur à le rembarrer, mais elle ne fit pas le moindre effort pour entretenir la discussion. De toute façon, elle devait rejoindre son poste de travail. Elle chercha du regard Malefoy. Chaque matin, lorsqu'elle rejoignait le parc à brouettes, elle apercevait Malefoy de l'autre côté du grillage, fumant sa cigarette.

Mais ce matin-là, il n'était pas là. Elle attrapa la brouette aux poignées les moins esquintées et sortit du hangar. Il n'était toujours pas là.

Et si les deux hommes qu'elle avait surpris étaient passés à l'acte ? Si Malefoy était mort, et attendait qu'on retrouve son cadavre dans son bureau ? Elle frissonna. Non, il ne fallait pas qu'elle pense à cela. Et même s'il était bien mort, ça ne serait pas sa faute.

Hermione s'efforça de penser à autre chose, mais son inquiétude sommeillait dans un coin de son crâne. Chaque fois qu'elle rejoignait les champs, elle ne pouvait pas s'empêcher de chercher Malefoy du regard de l'autre côté des grilles. Mais il n'apparaissait pas.

Et Dieu sait que Malefoy sortait plus d'une fois pour fumer une cigarette. Hermione ne le connaissait pas bien, mais elle savait qu'il était incapable de se passer d'une cigarette plus d'une heure. Elle aurait déjà dû l'apercevoir.

- Plus vite, sang de bourbe ! hurla un garde quai la voyait trainer pour remplir sa brouette.

Hermione soupira et finit de remplir sa brouette et prit le chemin des cuisines.

- Le Général n'est pas là aujourd'hui ? osa demander Hermione en déchargeant les sacs de blé.

Le cuisinier releva les yeux, surpris que la sang de bourbe ose parler sans autorisation.

- Ça ne te regarde pas, pourriture, grogna-t-il.

- Je demandais simplement…

- Eh bien occupe-toi de tes affaires. Tu sais ce qu'on fait aux curieux ici ? menaça-t-il.

Hermione lui tourna le dos pour lever les yeux au ciel. Le vieux cuisinier n'était décidément pas du genre très bavard. Elle ne risqua pas à poser la moindre question, et elle avait perdu espoir d'apercevoir le Serpentard lorsque la journée de travail se termina.

Fred n'avait pas tort. Si Malefoy disparaissait, la prison aurait un nouveau maitre et celui-ci ne pourrait pas imposer des conditions de vie plus rudes que celles de Malefoy. De toute façon, c'était déjà un mouroir ici. Elle laissa l'eau couloir sur ses épaules un long moment. Jusqu'à ce que le tuyau rouillé ne veuille plus que cracher de l'eau boueuse. Elle s'extirpa de la douche et se rhabilla, pensive.

Il fallait qu'elle parle à Fred de leur petite dispute. Il était hors de question qu'elle ne lui dise pas le fond de sa pensée.

- Tu m'as cherché aujourd'hui, sang de bourbe ?

Hermione sursauta et se retourna. Malefoy était là, appuyé contre l'encadrement de porte. Ça lui rappelait quelque chose.

- Qu'est-ce que tu… vous faites là ? souffla-t-elle, le cœur battant.

- Je discutais avec le cuisinier. Il m'a dit que tu avais posé des questions à mon sujet. Et ça ne me plait pas du tout, dit-il, l'air sombre.

Son regard gris se faisait orageux. Ses épaules étaient tendues, et il semblait crispé.

- Pourquoi tu t'intéresses à mes allers et venues ? siffla-t-il.

Hermione en était coite. Alors il n'était pas mort. Elle en venait à le regretter. Son air hautain et sa colère constante ne lui avaient pas manqué.

- C'était de la simple curiosité, monsieur.

Il se rapprocha encore, ancrant son regard gris-bleu dans celui de Hermione.

- Je ne te crois pas, Granger, cracha-t-il.

- C'est pourtant la stricte vérité, dit-elle sèchement en s'éloignant d'un pas.

Fred avait raison. Il pouvait bien crever.

Malefoy s'écarta aussi, détournant le regard et passant une main dans sa nuque.

- Pourquoi cet air préoccupé ? demanda-t-il finalement.

Hermione était surprise qu'il ait remarqué son changement d'humeur. Malefoy ne donnait pas l'impression de se soucier de ce qu'elle pensait ou ressentait.

- Pour rien du tout.

- Très bien. Alors retourne dans ta cellule.

Il tourna les talons et Hermione le suivit. Elle devait rejoindre sa cellule, et lui, sans doute ses appartements. Il n'avait plus sa démarche altière. Il était raide et Hermione se demandait bien pourquoi il semblait en si mauvaise santé.

- Attendez, le retint Hermione.

Elle pouvait déjà se douter de ce que Fred lui dirait en apprenant ce qu'elle avait fait. Mais Hermione voulait être en paix avec sa conscience.

Il s'arrêta et Hermione le rejoignit.

- Est-ce que vous avez des ennemis, monsieur ?

- Bien sûr, Granger, comme tout bon mangemort, dit-il en plissant les yeux. Est-ce que tu me menaces ?

Son regard redevint orageux et menaçant. Ce garçon n'avait-il donc aucun cœur ? Il était sur la défensive chaque instant de sa vie. La paix n'apparaissait jamais dans son regard. Elle avait de la peine pour ce garçon qui ne connaissait que haine et colère.

- Ça n'a rien à voir, dit-elle sèchement.

- Change de ton avec moi, sang de bourbe.

Hermione reprit son souffle. Il était toujours à fleur de peau et elle avait peine à imaginer que Malefoy accueillerait sa révélation avec calme et gentillesse. Elle n'avait pas la moindre envie d'être le réceptacle de sa colère.

- Méfiez-vous de ceux qui vous entourent, monsieur.

- Pourquoi tu dis ça ? dit-il durement.

Le regard de Malefoy se durcit et la poussa contre le mur, menaçant.

- Qu'est-ce que tu mijotes, Granger ?

Sa main se posa sur sa gorge, menaçant.

- Rien du tout, dit-elle difficilement en déglutissant. J'ai simplement surpris une conversation dans les couloirs.

- Quelle genre de conversation ?

Le regard de Malefoy n'avait jamais été si sombre mais cette fois, sa colère ne semblait pas dirigée vers Hermione. Pour une fois.

- Le soir du banquet. J'ai entendu des hommes discuter dans les couloirs. Mais je ne veux pas …

Hermione ne finit pas sa phrase, le souffle court. La main de Malefoy se refermait plus fermement sur son cou.

- Parle, Granger, dit-il en lâchant son cou.

- Ils parlaient de défaire le Général. Pour gagner les faveurs de vous-savez-qui. Ils disaient que le meilleur moyen d'y arriver, était de tuer un des Généraux du Lord.

Malefoy recula d'un pas et Hermione retint son souffle. Est-ce qu'il allait la tuer pour avoir osé entendre une telle conversation ou simplement la remercier ? Elle était incapable de le dire.

- Pourquoi tu me dis ça ? dit-il d'une voix atone. Pourquoi me livrer des informations qui auraient pu entrainer ma perte ? Tu me détestes, et je te le rends bien depuis toujours, alors pourquoi ?

Oui, pourquoi ? Hermione n'avait pas d'autre réponse que « pour soulager ma conscience ». Malefoy avait gravé son nom sur son bras, lui avait fait vivre un enfer depuis qu'elle était dans cette prison, sans parler de ce qu'elle avait vécu à Poudlard par sa faute.

- Je ne sais pas, dit-elle honnêtement. Je crois que je n'ai pas envie d'avoir une mort sur la conscience. Même celle d'un Malefoy.

Il ricana.

- Je ne savais pas que ma vie importait encore à tes yeux, Granger.

Hermione ne répondit rien, mal à l'aise.

- Qui aurait cru que Hermione Granger m'aurait tendu la main un jour, hein ?

Il sortit une cigarette qu'il alluma, pensif.

- Qui était-ce ? demanda-t-il finalement, la sondant de ses yeux gris-bleu.

- Je ne sais pas. Je ne les ai pas vu, seulement entendu.

Il hocha de la tête, et Hermione ne savait pas trop où se mettre. Il n'avait jamais eu l'air si calme en sa présence, et pourtant elle ne se sentait pas en sécurité. Comme s'il risquait de se mettre en colère contre elle à chaque instant.

- Il est temps que tu retournes dans ta cellule, Granger. Avant que les portes ne se ferment.

Hermione hocha de la tête et prit le chemin inverse.

- Réponds-moi quand je te parle, Granger, gronda-t-il.

- Oui, monsieur.

Elle retint un soupir.

- Et je ne te ferais jamais de mal alors que tu fais preuve de loyauté, Granger. Jamais.

Le terme « loyauté » la mettait plus que mal à l'aise. Elle ne lui était pas loyale. Elle ne l'aimait pas, elle ne cherchait pas à le protéger. Elle se retint bien de lui dire. Ce n'était pas le moment de se le mettre à dos alors qu'elle avait peut-être gagné un peu de son estime. Un jour, cela pourrait lui servir, sait-on jamais. Peut-être que Malefoy ferait preuve de compassion un jour.

- Bonne nuit, monsieur.

Malefoy la regarda disparaitre dans le couloir, perplexe. Pourquoi lui avait-elle raconté ça ? Elle ne l'aimait pas, et c'était un euphémisme. Alors pourquoi lui révéler une chose pareille ? Elle n'avait pas l'air de lui mentir, et il était certain de pouvoir lui faire confiance quant à ce qu'elle lui avait répété.

Il ricana, seul dans le couloir, terminant sa cigarette.

Qui aurait cru qu'il aurait pu faire confiance à cette foutue Gryffondor alors que ses alliés menaçaient de le poignarder dans le dos. Il devait mener son enquête pour mettre la main sur les traitres.

Granger … Hermione Granger … Sa vie était un peu plus mouvementée depuis que celle-ci était apparue dans la salle des sélections, il y a quelques semaines. Il n'avait pas ressenti une telle excitation depuis ses années Poudlard. Il sortit une deuxième cigarette et la coinça entre ses lèvres.

Qui pouvait bien être le traitre ? Il avait au moins deux cents hommes sous ses ordres et ça pouvait être n'importe lequel d'entre eux. Sans parler des nombreux invités qui étaient là le soir du banquet. Ça pouvait être n'importe qui.

Il n'y avait qu'une méthode qui fonctionnait pour faire parler des lâches et des mangemorts. Il mettrait son plan à exécution dès le lendemain.

Et Hermione comprit quelles étaient ses méthodes dès le lendemain matin lorsqu'elle entra dans le réfectoire en même temps que tous les autres pour le petit-déjeuner. Il n'y avait aucune soupière qui les attendait. Tous les gardes étaient alignés, les bras croisés dans le dos, le regard bas.

Malefoy arpentait les rangs silencieusement. Il jouait délicatement avec sa baguette, faisant trembler ses hommes.

Elle fit comme les autres détenus et s'assit en silence. Visiblement, ce n'était pas la première fois que Malefoy procédait ainsi car les détenus ne semblaient pas si surpris que cela.

- Hier, j'ai eu l'heureux plaisir d'apprendre que parmi vous, il y a un traitre. Ou plutôt deux traitres.

Il n'avait pas élevé la voix, mais il y avait un tel silence que tout le monde pouvait l'entendre. Froide et terrifiante, personne ne pipait mot. Il s'arrêta brusquement.

- Qu'ils se dénoncent.

Il attendit une bonne minute sans que le moindre garde n'esquisse le moindre geste.

- Je le demande une deuxième fois, que le responsable se dénonce. Avant que d'autres paient à sa place. Que ceux qui ont des informations s'avancent.

Hermione ne pouvait pas détacher son regard de ce spectacle terrifiant. Elle savait comment cela allait se terminer et contrairement à ses camarades, elle ne pouvait pas détourner le regard.

Aucun garde ne s'avança.

Malefoy arrêta de jouer avec sa baguette et la pointa sur l'un des gardes. Sans qu'il ne dise le moindre mot, d'un sortilège informulé, un rayon verdâtre s'échappa de sa baguette et heurta de plein fouet l'un des gardes du troisième rang. Il n'eut pas le temps de crier. Il s'écroula par terre.

Aucun garde n'avait bougé. Pas même jeté un coup d'œil à leur camarade mort.

Cinq autres gardes tombèrent avant que l'un d'eux ne s'avance, tremblotant. Il n'était pas le traitre, Hermione ne reconnut pas sa voix lorsqu'il parla d'une voix chevrotante pour informer le Général Drago Malefoy qu'il avait entendu parler d'un groupe qui avait pour idée de faire tomber Malefoy. Rien que Drago ne savait pas.

Il le tua d'un sortilège impardonnable.

Hermione avait les yeux écarquillés. Elle ne savait pas si elle avait envie de vomir ou de pleurer.

Elle en avait presque oublié la réputation de Malefoy. Il ne s'était pas montré aussi impitoyable avec elle et le voir agir ainsi … tuant ses sbires simplement dans l'espoir d'en voir un se désigner comme coupable … cette méthode ne pouvait pas fonctionner. Ils étaient tous trop lâches, qui se dénoncerait pour mourir aussitôt de la main du Général ? Pas un Mangemort, en tout cas.

La bouche entrouverte, le souffle court, elle obéit en même temps que les autres lorsque le Général Malefoy leur hurla d'aller au travail.

Personne n'eut le droit à son bol de porridge matinal. Ainsi, les détenus étaient punis du manque de loyauté des hommes de Malefoy. Granger n'eut pas à récupérer sa brouette ce jour-là. Un garde qui était toujours pâle suite à l'intervention de Malefoy l'attrapa par le bras.

- Tu changes de secteur, sang de bourbe. Le Général t'a affecté aux archives.

- Aux archives ?

Hermione était étonnée. Elle n'avait jamais entendu parler d'un poste aux archives.

- Rejoins le réfectoire. On t'y attend.

Hermione ne chercha pas à en savoir plus. On lui avait répété suffisamment de fois, la curiosité n'apportait rien de bon dans la prison Malefoy.

Un garde l'attendait déjà et la conduisit sans un mot dans les profondeurs de la prison. Il ouvrit une porte épaisse qui dévoila une pièce gigantesque garnis de dizaines de rangées d'étagères, toutes écrasées sous des tonnes d'ouvrages et de dossiers en tout genre.

- Qu'est-ce que je fais ici ?

- Le Général va t'expliquer.

Le garde s'éclipsa, saluant respectueusement ledit Général qui venait d'entrer dans la pièce mal éclairée. Les néons à la lumière froide lui donnaient un air plus pâle que jamais. De minuscules gouttelettes de sang tâchaient son visage si pur.

Il n'y avait qu'eux deux dans cette pièce et Hermione eut peur soudainement. Il était en colère car il ne trouvait pas les traitres et Hermione n'avait pas la moindre envie de faire face à un Drago Malefoy en colère, sans doute plus instable qu'à l'habitude.

- Baisse les yeux, sang de bourbe, siffla-t-il.

Hermione ne fit pas de manière et obéit. Elle n'avait pas envie de voir son regard tourmenté, elle ne voulait pas faire face aux reflets des tortures qu'il avait infligé à de pauvres hommes simplement parce qu'elle n'avait pas su se taire.

Fred avait eu raison. Elle aurait mieux fait de ne rien dire. Elle ne serait pas responsable de la souffrance de tous les hommes qu'il allait torturer.

- Tu t'occuperas de classer tous les documents qui seront apportés aux archives. Habituellement, ce sont des gardes qui s'en occupent mais au vu des circonstances …

Il ne finit pas sa phrase et Hermione se demanda s'il n'avait pas simplement tué les gardes qui s'occupaient des archives.

- J'aurais pu garder mon poste, monsieur. On va se poser des questions si je ne suis plus dans la prison, argumenta Hermione.

Elle n'avait pas envie qu'on parle d'elle plus qu'à l'accoutumée. Et avoir un poste aux archives, ça ressemblait beaucoup à une faveur. Elle n'osait imaginer ce qu'on pourrait dire d'elle.

- J'ai fait ce qu'il fallait en vous parlant de ce que j'ai entendu, mais je ne veux pas de récompen…

- Qu'est-ce que tu racontes, sang de bourbe ? cracha-t-il en l'attrapant par le menton, la forçant à le regarder dans les yeux.

Pourquoi était-il si incertain ? Pourquoi la forcer à détourner le regard pour créer le contact une minute plus tard ? Elle ne le comprenait pas.

- Ce n'est pas pour toi que je fais ça, pourriture.

Jamais elle n'avait vu un tel dégout sur son visage, une telle répulsion. Et ça lui fit plus de mal que ça n'aurait dû. Quand Malefoy était là, elle se sentait comme une personne, et pas comme une détenue quelconque, comme une sang de bourbe bonne à crever.

Lui, savait qui elle était, ils avaient un passé ensemble, et ça l'aidait à ne pas oublier celle qu'elle était autrefois. Celle qu'elle essayait de rester.

Mais quand il la regardait avec un tel dégout, il lui rappelait sa condition répugnante, celle de née-moldue dans un monde qui les exècre.

- Tu as parlé pour m'extorquer deux ou trois privilèges un de ces jours, ou simplement par peur d'être retrouvée par les deux traitres que tu as surpris. Je ne suis pas stupide, Granger, cracha-t-il. Ne te fais pas passer pour ce que tu n'es pas.

Il s'éloigna brusquement et Hermione resta muette, choquée. Alors c'était à ça que ressemblait la vie de Malefoy ? Une vie de méfiance et de colère contre quiconque osait s'approcher de lui, que ce soit pour l'aider ou le poignarder dans le dos. Etait-ce si inconcevable que cela qu'on puisse vouloir simplement l'aider ?

- Si tu es ici, c'est parce que tu vas me servir à quelque chose, dit-il en pointant son index dans le thorax de Hermione. Tout le monde passe ici pour y déposer ses rapports. Tu vas écouter attentivement chacun d'eux et si tu reconnais la voix du traitre, je veux que tu me le dises immédiatement. Est-ce que c'est clair, pourriture ?

Hermione serra les dents, retenant le venin qu'elle avait envie de lui cracher à la figure. S'il tenait tant à ce qu'elle fasse preuve de bonne volonté, il ferait mieux de se montrer plus gentil. Elle n'avait pas la moindre envie de l'aider.

Elle se garda bien de lui dire pour éviter une mort soudaine et brutale.

- Et baisse les yeux, cracha-t-il.

Hermione recula, contrite. Malefoy ne ferait pas autant le fier s'il n'était pas en position de force. Elle avait envie de lui rappeler quand elle lui avait mis son poing dans la figure. Elle avait envie de le frapper. De toutes ses forces.

- Tu devrais être contente, Granger. Tu es dans ton environnement ici, au milieu de ce vieux papier.

Il se racla la gorge, et se détourna d'elle. Hermione n'arrivait pas à le cerner et elle doutait d'y arriver un jour.

- Oui. Monsieur.

- Ne me parle pas comme ça, Granger, dit-il avec irritation.

- Comme ça comment ? soupira-t-elle.

Il darda son regard, en colère et Hermione attrapa un tas de dossiers qui trainait, essayant de reprendre contenance.

- Laisse tomber. Fais ce que je te dis et tout ira bien pour toi.

Hermione dodelina de la tête.

- Je doute que tout aille bien pour moi dans les circonstances normales.

Malefoy s'apprêtait à lui rentrer dedans pour son insolence, tournant brusquement la tête vers elle, mais sa colère fut coupée aussitôt. Un sourire jouait sur les lèvres de la Gryffondor. Il ne l'avait pas vu beaucoup sourire depuis son arrivée.

Il eut une sensation étrange, ramené plusieurs années en arrière. Quand il croisait encore la Gryffondor dans les couloirs de Poudlard en compagnie de ses deux amis. Cette époque était révolue, et il ressentit une pointe de nostalgie. C'était l'époque où tout était plus simple, blanc ou noir. Gryffondor contre Serpentard.

- Tout est classé par ordre alphabétique. Tu n'as plus qu'à classer les dossiers. Je repasserai alors n'oublie pas ta mission, dit-il rapidement.

Hermione n'eut pas à répondre. Malefoy disparut et elle se retrouva seule dans le silence des archives. Au moins, il n'y avait pas de gardien à roder dans son dos pour la frapper dès qu'elle ralentissait un peu le rythme. Elle observa la gigantesque pile de dossiers qui reposaient sur une table qui pliait sous la charge.

Elle avait suffisamment de travail pour les quinze prochaines années, c'était certain. Elle soupira lourdement. Il était temps qu'elle se mette au travail.