Bonsoir ! Nouveau chapitre qui arrive un peu tardivement, je l'avoue ... surtout qu'il est écrit depuis quelque temps, mais j'avais une énooorme flemme de le transposer sur ... bref, le voici !

Désolée, je ne vais pas répondre aux reviews individuellement aujourd'hui, je vous dis juste un gros merci à tous, ça me fait toujours chaud au coeur et me motive à écrire plus vite (même si ça ne se voit pas, ahah), mais j'ai appris que je reprenais le travail assez tardivement, donc c'est un peu la course, je n'ai pas beaucoup de temps ! Je répondrais dans le prochain chapitre promis !

Juste quelques réponses à certaines questions qui sont venues : Personnellement, je suis plutôt branchée Happy End, pour ceux à qui cela ferait peur et au niveau du nombre de chapitres, je pense que ça va osciller entre 35 et 40 chapitres !

N'hésitez pas à me faire part de vos impressions, comme d'habitude ! On a dépassé les 100 reviews (j'en suis plutôt fière, héhé...)

Bonne lecture !

Lorsque Hermione avait pu quitter l'infirmerie, les regards n'avaient jamais été plus pesants que ce jour-là. On ne prenait plus la peine de propager les rumeurs à voix basse sur son chemin. On la dévisageait sans la moindre gêne, parlait si fort qu'elle pouvait presque suivre la conversation.

L'accès de colère du Général Malefoy avait perturbé les esprits. Comprenez bien qu'ils n'étaient pas vraiment surpris par la colère du Général mais plutôt par la raison qui avait provoqué une telle rage. On cherchait à se mettre d'accord sur le fait que cela soit normal ou pas, surprenant ou non.

Après tout, il n'y avait jamais eu beaucoup de femmes dans cette prison, et elles étaient toutes si masculines qu'il n'y avait jamais eu de cas de batifolages ou du moins, personne ne s'était fait prendre. Personne n'avait osé agir ainsi dans le réfectoire bondé de gardiens. Encore moins quand le Général était dans les parages. Alors certains pensaient que cela n'était peut-être pas si surprenant que cela, mais plutôt que les amoureux avaient eu beaucoup trop d'audace et de naïveté pour se permettre une telle chose.

Mais la majeure partie était d'accord pour se dire qu'il y avait quelque chose d'anormal à un tel comportement du Général. Cette hypothèse-là séduisait un peu plus les foules qui cherchaient toujours une nouvelle rumeur à propager, de nouveaux ragots à saigner jusqu'à ce que les gardiens les forcent à parler d'autres choses.

En effet, le comportement du Général aurait pu avoir quelque chose à voir avec la fille, la Gryffondor : Hermione Granger. D'autant plus qu'elle avait disparu plusieurs fois la nuit. Les rumeurs allaient bon train à ce sujet et beaucoup estimaient qu'elle devait sans doute batifoler avec le Général qui n'avait pas apprécié son soudain rapprochement avec le pauvre homme qui avait osé s'approcher de la sang de bourbe préférée du Général.

Bien sûr, aucun détenu n'avait dit à voix haute que le Général aurait pu s'intéresser à une sang de bourbe, mais on n'en pensait pas moins.

Malefoy avait donné l'ordre à ses gardes de ne rien laisser passer, de punir chaque détenu qui osait formuler une telle idée. Mais cela n'avait pas suffi à faire taire ces détritus.

Hermione ne l'avait pas revu depuis cet incident et elle se passait bien de croiser ce visage si parfait et si monstrueux à la fois. C'était maintenant un garde quelconque qui venait lui déposer les dossiers du Général et cela convenait très bien à Hermione.

Il l'évitait et elle se demandait bien pourquoi. Malefoy était du genre sûr de lui et il ne devait pas douter un instant qu'il avait agi en son bon droit. Peut-être avait-il décidé qu'elle ne valait pas la peine d'être approchée. C'était sans doute cela.

Et Hermione ne pouvait pas s'empêcher d'être en colère à cette idée. Oh, pas parce qu'elle voulait que Malefoy continue de lui rendre visite, loin d'elle cette idée, mais parce qu'elle ne supportait pas d'être accusée à tort. Elle n'avait pas embrassé Barnabé malgré ce qu'il croyait.

Et sa colère l'empêchait de dormir chaque soir.

Elle ne savait ce qui la mettait le plus hors d'elle, le fait qu'il ait osé entrer dans sa tête ou qu'il lui en veuille de quelque dont elle était innocente ?

La seule idée qui l'aidait à se calmer, c'était que Barnabé n'était pas mort par sa faute. Fred lui avait certifié qu'il était bien en vie bien qu'il avait perdu quelques dents. Il était aux cachots d'après les dires de son ami, et elle se demandait bien ce qu'on pouvait lui faire subir là-bas.

Fred avait refusé de lui dire mais elle en avait idée. Il devait avoir le droit à quelques doloris de temps en temps, c'était certain.

Elle ne pouvait pas s'empêcher de dessiner du bout des doigts la croix invisible qu'elle sentait sous sa peau. Pourtant il n'y avait rien, pas la moindre trace, mais elle savait qu'elle était là.

Alors quand elle vit Malefoy se pointer la bouche en cœur, comme si de rien n'était un soir alors qu'elle était aux douches, elle n'en revenait pas. Cela faisait au moins 10 jours qu'elle ne l'avait même pas entraperçu dans les couloirs. Il avait complètement disparu de la circulation.

Il était là, les bras croisés, le visage fermé. Il n'y avait pas la moindre once de regret sur son visage et elle se sentit en colère. Il avait déjà oublié ce qui s'était passé alors qu'elle y pensait à chaque instant de sa journée. Elle se sentait ridicule d'accorder autant d'attention à ce garçon qui n'en avait rien à faire d'elle. Elle n'était qu'un jouet qui l'occupait tant qu'elle était en vie.

- Viens dormir avec moi, ce soir, Granger.

Oui, comme si rien n'avait changé.

Elle se retourna, incapable de dissimuler la colère qui rugissait en elle.

- Excuse-moi ? dit-elle d'un ton un peu trop insolent.

Mais Malefoy ne souleva pas, trop mal à l'aise.

- Viens dormir, répéta-t-il.

- J'espère que tu plaisantes, dit-elle avec un rire froid en se retournant vers le lavabo pour se brosser les dents.

Elle se rendait compte à quel point elle détestait ces rendez-vous aux douches. C'était pathétique, bien trop inintéressant. Elle n'en pouvait plus de cet endroit qui l'étouffait.

- Je ne vois pas pourquoi je plaisanterais.

Elle bouillonnait de colère. Comment osait-il dire une chose pareille après l'avoir humilié en public dans le réfectoire puis être entré dans sa tête ? Comment pouvait-il faire comme si de rien n'était ? Elle était hors d'elle et elle devait se contrôler de toutes ses forces pour ne pas l'insulter purement et simplement.

A cet instant précis, elle le détestait comme elle n'avait jamais haï personne. Même à Poudlard, elle n'avait pas ressenti une telle haine envers lui.

Elle cracha dans le lavabo avec un peu trop de verve et contourna Malefoy pour quitter les douches mais sa main s'abattit sur son épaule et Hermione s'en écarta prestement, comme brûlé par ce contact. Elle crut voir quelque chose passer dans le regard du Serpentard qui laissa son bras retomber le long de son flan.

- Tu l'as cherché, Granger, dit-il en regardant le bandage qui entourait toujours son crâne. Tu n'avais qu'à pas l'approcher.

Et voilà le fond du sujet.

Hermione sentit une bulle éclater dans son ventre, comme si la pression pouvait enfin s'évacuer.

Elle s'était trompée. Elle avait envie de le voir, de lui parler et de lui cracher ses vérités. Elle avait envie de l'entendre dire ce qu'il avait à dire et elle avait besoin de lui dire son ressenti.

- C'est entièrement ta faute, insista-t-il.

- Je t'en prie, Drago, arrête ça, dit-elle sèchement. De toute façon je ne suis qu'une sang de bourbe, une pourriture, alors pourquoi tu voudrais que je vienne dormir avec toi, hein ?

Elle attendit qu'il réponde mais il gardait les lèvres résolument scotchées. Son regard la dardait avec une telle froideur qu'elle aurait pu être foudroyée sur place.

- Tu continues de m'accuser de quelque chose dont je ne suis pas responsable ? J'espère que tu plaisantes, Malefoy ! Tu es entré dans ma tête, tu m'as fait je-ne-sais-quoi, dit-elle en agitant son poignet sous son nez, et tu continues de m'accuser ?!

Malefoy avait les dents serrées, elle pouvait le voir mais elle était incapable de s'arrêter.

- Tu n'avais pas le droit de me faire ça, tu ne l'aurais jamais fait à quelqu'un d'autre, alors pourquoi me faire ça ? Pourquoi moi, Malefoy ?

Elle reprit son souffle, mais il ne disait toujours rien, la sondant du regard. Une seconde, elle eut la sensation qu'il se sentait piégé, comme s'il ne savait pas quoi faire de ses reproches mais son masque impénétrable la replongea dans le doute.

Elle avait presque cru qu'il avait été blessé par ses reproches mais Malefoy était une bête sans émotion. Elle ne pouvait pas l'atteindre, et elle s'en sentit triste. Et fatiguée.

- C'est toi qui m'enverras dans la tombe, Malefoy, dit-elle plus doucement.

Elle passa une main tremblante sur son visage alors que l'émotion la comprimait de l'intérieur.

- C'est faux, réagit-il finalement.

- Mon Dieu, Malefoy, mais regarde ce que tu m'as fait ! Regarde ce que tu es capable de faire ! Tu crois vraiment que tu vas réussir à me garder en vie ? Un jour, tu seras plus en colère que d'habitude, et tu te vengeras sur moi. Parce que c'est ce que tu fais depuis toujours, tu te venges sur tout ce qui te passe sous la main, peu importe qu'il s'agisse d'un être humain ou d'un vase. Tu détruis tout ce que tu touches parce que tu n'en as rien à faire des autres. Il n'y a que toi et tes désirs.

Malefoy en avait des sueurs froides. Les paroles de Granger continuaient de sortir de sa bouche et il ne pouvait pas s'empêcher de regarder ses lèvres se muer pour laisser passer les pires mots qu'il n'ait jamais entendu. Jamais on ne l'avait traité avec un tel dédain, comme s'il n'était qu'une bestiole à comprendre et décortiquer qu'on avait finalement réussi à comprendre et qu'on se rendait compte que ce n'était qu'une chose hideuse et inutile qui ne valait même pas la peine d'être comprise.

Il ne répondait rien mais elle restait là, à le dévisager, espérant sans doute une réponse de sa part. Mais lui, il ne pouvait que plonger dans ce regard brun plus fatigué que jamais parce qu'il savait que c'était sans doute la dernière fois qu'il faisait face à la Hermione Granger qu'il avait connu à Poudlard.

Il avait cassé son jouet.

Elle avait sans doute raison, il était un monstre sans âme, il n'y avait plus la moindre émotion en lui.

Elle regarda la sortie mais Malefoy trouva la force d'ouvrir la bouche avant qu'elle ne parte :

- Qu'est-ce que tu veux que je te dise ? cracha-t-il.

Il se sentit pathétique à cracher sa colère alors qu'il n'avait pas envie qu'elle s'en aille. Il savait que c'était la pire chose à faire, qu'il n'y avait rien de mieux à faire si c'était pour la faire partir sans qu'elle ne se retourne. Il aurait dû lui parler plus doucement, lui demander ce qu'elle voulait, mais c'était quelque chose dont il était incapable. Les mots traversaient sa bouche avec une intonation affreuse.

- Que je suis désolé, que je regrette ? Mais je ne suis pas désolé, je ne regrette pas. Je n'ai fait que mon travail.

- Bien sûr, dit-elle avec un sourire fatigué. Que ton travail … Si tu arrives à y croire, Drago, j'imagine que c'est le principal. Comme si ta façon de te conduire avec moi, ce n'était que pour le travail.

Malefoy était au bord de l'explosion alors qu'elle maintenait son regard. Il avait envie de lui dire de se taire, de ne pas le regarder dans les yeux, de ne pas oublier qui commandait, mais la vérité c'est qu'il n'avait plus le contrôle depuis des semaines. Il était le petit toutou qui se faisait mener par le bout du nez et elle le savait à cet instant précis.

Il avait envie de la faire taire avant qu'elle ne dise des choses qui ne lui sortiraient jamais de la tête, qui l'empêcheraient de dormir. Il avait envie de lui lancer un sortilège impardonnable qui l'empêcherait de parler pour toujours mais il était tétanisé de colère. Il pouvait presque sentir le feu brûlant qui circulait dans ses veines. Il n'y avait qu'elle pour la mettre dans cet état.

Elle tourna les talons et Malefoy trouva la force de la regarder partir dans les couloirs.

- Ne t'avise pas de me trainer dans les pattes, sang de bourbe, car je peux te promettre que tu ne vivras pas longtemps ! tonna-t-il.

- Mourir, ce sera toujours mieux que d'être près de toi.

Le feu se transforma en un torrent de lave et il manqua même de s'évanouir de colère. Jamais il n'avait été si en colère de toute sa vie.

- Si tu veux jouer, on va jouer, sang de bourbe, gronda-t-il.

Hermione l'entendit et frissonna mais ne se retourna pas.

Elle en avait fini avec lui. Elle qui avait cru discerner quelque chose de moins mauvais qu'à l'habitude chez lui, elle s'était trompée. Il était le mal incarné.

Alors Hermione se fit la plus discrète possible. Elle ne parlait jamais trop fort, ne riait jamais à gorge déployée même lorsqu'une rare occasion de rire se présentait et n'avait pas protesté quand un garde lui avait annoncé qu'elle changeait encore une fois de poste.

A présent, elle était chargée de l'entretien des quartiers des sorciers. Elle y croisait toujours des gardes mécontents de son travail qui ne manquaient pas de la piquer d'un sortilège bien senti, d'un coup entre les côtes ou de quelques insultes.

On ne lui avait donné qu'une brosse et un vieux seau pour frotter le sol et un balai usé jusqu'à l'os.

Mais encore une fois, elle n'avait pas rechigné, elle se contentait de travailler du mieux qu'elle pouvait avec les moyens du bord.

Elle avait croisé plusieurs fois Malefoy qui ne manquait pas de l'insulter et de la titiller mais Hermione avait gardé le regard bas se contentant d'un « oui, monsieur » ou d'un « excusez-moi ». Elle savait que ça le mettait hors de lui, elle pouvait le voir quand ses poings se serraient malgré toute sa retenue.

Pourtant, il ne levait pas la main sur elle. Il ne cessait de la provoquer mais chaque fois il retenait ses coups et elle ne comprenait pas ce soudain comportement. Après tout, il lui avait promis de faire de sa vie un enfer, alors pourquoi ne lui faisait-il pas du mal physiquement ?

Il était à la limite de l'explosion quand elle l'appelait monsieur ou quand elle évitait son regard pourtant il ne la brutalisait pas.

Et une idée germa dans l'esprit de Hermione.

Il avait du remord.

Etait-ce possible pour quelqu'un comme lui ?

Après toutes les horreurs qu'il lui avait fait subir, était-ce possible qu'il ressente le moindre regret de lui avoir infligé une dernière souffrance, celle de pénétrer profondément dans son intimité ? Elle en doutait. Après tout, il se montrait toujours impassible, impénétrable, n'hésitant pas à torturer et tuer pour obtenir ce qu'il voulait et montrer qu'il était le Général le plus intransigeant du Seigneur des Ténèbres. Il n'avait pas hésité à lui tatouer ses initiales sur le bras, à la malmener et la traiter de tous les noms, la rabaissant plus bas que terre.

Alors pourquoi ne pouvait-elle pas s'empêcher de penser à tous ces autres moments ? Pourquoi pensait-elle à cette nuit où il l'avait sauvé d'un funeste évènement ? A ces soirées, tard dans la nuit, dans les ténèbres lorsqu'il avait ouvert quelque peu son cœur ? Pourquoi ces maigres instants prenaient-ils le pas sur toutes les autres fois où il l'avait réduit en cendres ?

Elle se détestait de lui trouver des excuses, elle ne pouvait pas s'empêcher de se rappeler à l'ordre mais elle ne pouvait pas forcer sa conscience à avoir une opinion tranchée et indétrônable. Et ça la mettait hors d'elle.

Encore plus quand elle l'entendait l'insulter dans les couloirs en passant.

Elle faisait de son mieux pour se cacher derrière Fred et n'avait pas refréquenté Barnabé qui était finalement sorti des cachots. Elle l'avait aperçu au loin dans le réfectoire mais il ne lui avait adressé qu'un regard effrayé avant d'aller prendre son repas à l'opposé de sa position.

Il lui manquait quelques dents, et il avait eu le crâne rasé. Hermione n'avait pas envie de savoir pourquoi. En tout cas, il avait maigri.

Et d'un accord tacite, ils décidèrent de ne plus s'approcher. Il manquerait à Hermione mais c'était le meilleur moyen de le protéger. Tous ceux qu'elle approchait prenaient un grand risque, celui d'énerver le Général Drago Malefoy et tout le monde l'avait bien compris.

On ne l'approchait pas, on ne lui parlait qu'assez peu tout en gardant une distance excessive. Il n'y avait que Fred qui s'était refusé à changer de comportement et elle lui en était reconnaissante. Il était son seul ami, ici.

Hermione soupira lourdement en entendant Fred parier à côté d'elle. La sélection approchait à grands pas. Et elle n'avait pas la moindre envie de prendre les paris. Fred ne se privait pas de lui faire part des derniers pronostics.

Les détenus étaient plus agités que jamais. Jamais on n'avait vu un tel désordre dans la prison Malefoy et les gardiens devaient redoubler de sévérité pour calmer les disputes et les bagarres qui éclataient à chaque repas. Il y avait eu beaucoup plus de nouveaux détenus à cause du rapatriement des prisonniers d'un autre camp, alors on soupçonnait que la sélection serait plus mortelle que jamais.

- Sans surprise, tu es tout en bas du classement, dit Fred qui griffonnait quelque chose sur un morceau de papier. Personne ne pense qu'Il te fera sélectionner.

- Ils pensent mal, dit-elle sombrement. Je ne suis plus dans ses petits papiers.

Il lui jeta un air désabusé.

- Hermione, sois réaliste. Tu crois que tu as plus de chance d'être sélectionnée que Rafferty ? dit-il en désignant un homme chétif au dos courbé qui toussait toute la journée. Ne joue pas aux victimes alors qu'il y en a qui sont beaucoup moins bien lotis que toi.

Il était un peu sec, mais Hermione encaissa.

Il avait raison. Elle n'avait pas le droit de se plaindre alors qu'elle passait ses journées au chaud. Elle n'avait qu'à supporter la mauvaise humeur des gardiens et elle avait toute la journée pour nettoyer sans qu'on la surveille véritablement. Il y avait au moins la moitié des détenus qui se trouvaient en moins bonne santé qu'elle.

Elle avait toujours ses vêtements un peu plus épais même si elle avait dû bricoler des boutons de fortune après l'incident du réfectoire. Elle ne côtoyait aucun détenu malade, alors elle n'avait pas le droit de se plaindre.

- Tu as raison, dit-elle à mi-voix.

Mais elle ne pouvait pas s'empêcher de douter. Elle sentait la haine que lui portait le Général. Elle pouvait l'entendre vibrer dans sa voix quand il l'insultait, elle la sentait dans ses regards plein de dégout et de rage. Il n'y avait qu'elle pour la mettre dans un tel état.

Elle était de loin la sang de bourbe qu'il exécrait le plus.

Le soir venu, tous les prisonniers étaient plus tendus que jamais. Les rumeurs disaient que la sélection aurait lieu le lendemain. Demain après-midi au plus tard, tous ceux qui verraient leur vie s'éteindre le sauraient et auraient une marque noire sur la main. Et le lendemain matin, il y aurait plusieurs cellules avec de nouveaux lits disponibles.

Cette idée fit frissonner Hermione et elle s'endormit sur cette macabre pensée.

Mais le lendemain, l'angoisse était à son comble. Elle n'avait jamais eu plus peur que ce jour-là d'être sélectionnée. Elle avait toujours douté que Malefoy puisse l'épargner mais à présent, il y avait une nouvelle variante. Il semblait la détester plus que tout et malgré les dires de Fred, elle ne pouvait pas s'empêcher de se dire qu'il y avait un risque : celui qu'il la déteste tellement qu'elle avait pu être placée tout en haut de la liste.

Jamais une journée n'avait été plus longue. Elle parvenait à peine à penser suffisamment pour frotter le sol. Chaque fois qu'un garde passait, elle manquait la crise cardiaque et était au bord des larmes.

Comment le choixpeau avait-il pu croire qu'elle était une Gryffondor ? Elle était une véritable lavette terrifiée à l'idée de mourir. Elle aurait pu vendre son âme pour rester vivante. Elle aurait pu supplier à genoux n'importe qui du moment qu'elle pouvait être épargnée.

Elle n'avait même pas encore 20 ans. C'était si jeune pour mourir.

Elle n'avait même pas réussi à manger le midi et avait donné son repas à Fred qui ne s'était pas privé de le manger en trois cuillers.

Alors quand enfin la sirène annonça la fin de la journée de travail, Hermione sentit son cœur retomber dans sa poitrine.

Malefoy l'avait épargné et elle n'en revenait pas. Il semblait si en colère … c'était plutôt surprenant qu'il ne se venge pas d'une façon ou d'une autre. Guillerette, elle rejoignit le réfectoire avec le sourire aux lèvres. Elle s'efforça de cacher son soulagement alors que certains pleuraient et d'autres réconfortaient leurs amis sélectionnés.

Les chambres étaient loin d'être un sort enviable. Hermione était certaine que Voldemort avait voulu s'inspirer des nazis. Entre malades mentaux, on se comprend bien et on se partage les bonnes idées, pensa-t-elle sombrement.

- Je n'ai pas été sélectionnée, dit-elle à Fred en avalant la moitié de son repas d'une bouchée.

- Félicitations, lui dit Fred en mangeant lentement sa pâté.

- Je t'avoue que j'étais un peu angoissée. C'était quitte ou double, soit j'étais en haut de la liste de Malefoy, soit tout en bas. J'imagine que j'ai eu de la chance.

- J'imagine que je n'ai pas eu la même chance.

C'est comme si le joli tableau qu'elle voyait tout en couleur devenait subitement une vieille toile d'encre noire. Son sourire s'effaça et son cœur s'arrêta.

- Quoi ?

Il tendit la main devant elle et lui montra la marque noire qui la tâchait.

- J'ai été sélectionné.

- Mais…c'est impossible. Tu es encore en forme, tu es loin d'être le plus faible et le moins performant des détenus. Tu n'aurais pas dû être choisi. C'est impossible.

- C'est la vie, soupira Fred qui avait l'air blasé. Ça fait trop longtemps que je suis ici, il ne faudrait pas qu'on puisse croire que la prison Malefoy est une croisière, tu comprends ?

- Non. Non, je ne comprends pas, bredouilla-t-elle en attrapant sa main pour observer la marque, comme si elle était fausse.

Sa gorge se serrait violemment menaçant d'expulser le peu qu'elle avait pu manger.

- Tu ne peux pas mourir, Fred. Pas toi … Pas encore quelqu'un…

Elle avait envie de pleurer et elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir honteuse. Parce que ce qu'elle supportait moins, c'était l'idée de perdre encore quelqu'un. Elle ne supportait plus les morts, elle ne voulait plus voir un de ses amis disparaitre et c'était encore le cas.

- Ce n'est pas plus mal. Je suis fatigué, Hermione, dit-il, las. Je meurs de faim, j'ai mal absolument partout… Je ne veux plus batailler. La mort, ce n'est pas plus mal.

Il avait beau parlé, Hermione n'en croyait pas un mot. La vie, c'était toujours mieux que la mort.

- Je ne veux pas, Fred. Je ne veux pas.

- Tu n'as pas le choix. Tu veux la fin ? Je n'en aurais pas besoin, dit-il en lui tendant son gruau.

Hermione manqua de dégobiller.

Ce soir, son ami rejoindrait les chambres et il ne reviendrait jamais. Demain matin, il n'y aura plus de Fred, juste une couchette vide sous la sienne.

Ça ne manqua pas, elle vomit. Puis soudain, elle eut une idée.

- Il y a peut-être encore une chance de te sauver, souffla-t-elle.

Fred la regarda bizarrement et compris. C'était une très mauvaise idée.