Bonsoiiir ! Voici le nouveau chapitre ! Qui est plus long que le dernier ! J'espère qu'il vous plaira, comme d'habitude n'hésitez pas à me faire part de ce que vous en pensez et à suivre ma fic ! Je sais, il m'a fallu longtemps pour lâcher ce chapitre (qui était déjà écrit en plus...), mais j'étais overbookée. Maintenant que les vacances sont là, je devrais être plus performante, ahah.
Puerta : Oui, c'est une phrase très forte je trouve !
Nenya : Merci ! J'espère que ce chapitre te plaira !
Drou : Ahah, je n'aurais pas osé tuer Fred, ça aurait été trop dur !
Guest : Merci !
Jenny : Je n'aurais pas pu sacrifier Fred, je l'avoue ...
Eve : Je suis d'accord avec toi, il n'y aurait pas eu de retour en arrière possible. Fred mort, je ne me voyais pas améliorer la situation entre les deux tourteraux. Ils devraient se rapprocher, mais ce ne sera pas de tout repos évidemment ...
Bonne lecture !
Hermione s'était rarement sentie dans un tel état. Fred était en vie, et cela, ça faisait plus parler encore.
Jamais dans l'histoire de cette prison, on avait entendu parler d'un sélectionné finalement épargné. Fred était le premier et c'était à peu près aussi impressionnant qu'un bébé ayant survécu au sortilège de la mort jeté par le plus grand mage noir de tous les temps. On avait commencé à l'appeler le survivant et cela n'avait pas plu du tout à Malefoy qui s'était assuré que tous ceux qui osaient prononcer ce mot soit sévèrement puni.
Il aurait bien eu une solution pour que le survivant ne soit plus appelé le survivant mais alors l'avoir sauvé n'aurait plus eu aucune utilité : Granger l'aurait détesté.
Il avait envie de se gifler rien que d'y penser. Comment était-il devenu un être si pathétique ? Pourquoi il lui accordait une telle attention ? Pourquoi son avis comptait autant ?
Il avait réussi à se leurrer longtemps, en se disant que ça lui rappelait le bon vieux temps de Poudlard, quand il pouvait la titiller en toute tranquillité. Alors il avait voulu la garder en vie, la triturer comme un jouet, et il avait cru à ce mensonge. Il s'ennuyait parfois tellement ici. Il n'y avait que le travail et encore du travail. Ses sous-fifres avaient tellement peur de lui qu'ils ne risquaient pas de s'amuser avec eux. De toute façon, ils étaient tous trop stupides pour comprendre ses blagues.
Granger, elle, était capable de comprendre ce qu'il disait quand ses phrases faisaient plus de 5 mots et en cela elle avait un net avantage sur ses gardes.
Alors il l'avait gardé, persuadé que ça rendrait sa vie plus … vivante. C'était le cas, ça avait marché, mais pas comme il l'avait pensé.
Il posa sa plume dans son encrier, reculant dans son fauteuil de bureau trop luxueux pour un endroit pareil. La lumière blafarde ne rendait pas justice à son confort et sa beauté.
Il s'intéressait à la Gryffondor d'une façon assez étrange.
Il n'arrivait pas à se concentrer sur ce rapport qu'il devait absolument terminer avant midi pour l'envoyer au Lord et il n'arrivait pas à se concentrer. Parce que sa conscience n'arrêtait pas de lui ramener Granger à l'esprit, le titillant avec un gloussement joyeux : Allez, Malefoy, devine pourquoi tu penses à elle ! Pourquoi est-elle toujours dans ton esprit ? Moi, j'ai une idée…
Mais Malefoy ne l'aimait pas, il n'était pas amoureux. Il y avait bien longtemps qu'il avait abandonné l'idée d'aimer qui que ce soit. En grandissant, l'amour qu'il avait pensé voir entre ses parents plus jeunes se révéla être une illusion. Comment avait-il pu croire que ces deux personnes s'aimaient ? Forcer de s'épouser à cause d'un arrangement entre famille, et lui il était né de cet amour inexistant. Il était né d'un contrat. Il avait vu sa mère exécrée son père, et son père trompé sa mère sans même s'en cacher.
Il s'était fait à l'idée que c'était comme ça pour tout le monde.
Puis, il était allé à Poudlard. Il avait compris que certains avaient une vie heureuse. Une famille heureuse. Pas la sienne.
Il avait encore grandi et alors qu'il commençait à ressentir parfois quelques petites choses pour des filles, Voldemort était revenu. Son père lui avait dit que son destin était déjà scellé. Il devrait servir le Lord. Quand il avait compris ce que cela impliquait… il a bien compris qu'il valait mieux se fermer au monde extérieur s'il ne voulait pas devenir aussi fou que son père qui avait perdu toute sa superbe aux côtés du Lord. Sa mère, elle, s'était fermée au monde, et elle semblait s'en sortir.
Alors il avait agi de la même façon.
Non. Il n'aimait pas Hermione Granger. C'était tout simplement impossible.
Elle lui rappelait ce à quoi ressemblait son monde. Un monde lumineux et plein d'espoir et peut-être que c'était ça qui l'avait attiré. Peut-être qu'il avait tout simplement envie de voir autre chose que les murs gris et ternes de sa prison. Elle était un peu sa fenêtre vers l'extérieur même si elle portait les marques de sa prison.
Ah oui ? Alors pourquoi te mettre en colère quand elle a embrassé ce sang de bourbe ?
Elle ne l'a pas embrassé, il l'a fait, se dit-il avec un claquement de langue et il se sentit ridicule. Il allait devenir fou.
On toqua à sa porte et il se redressa un peu, lançant un « entrez » à travers le panneau de bois. Le garde entra avec un air angoissé.
- Mon Général, le cuisinier refuse de travailler. Il dit qu'il n'a pas assez d'aide, il veut plus d'elfes de maison. Sinon, il démissionne.
Malefoy comprenait mieux l'angoisse du garde. Il avait la fâcheuse réputation de se venger sur les porteurs de mauvaises nouvelles. Mais aujourd'hui, il était trop dans ses pensées pour ressentir la colère habituelle l'embraser.
- Eh bien, dites-lui de travailler s'il ne veut pas perdre sa tête, dit sèchement Malefoy.
- Il ne veut rien entendre.
- Les elfes de maison ne poussent pas dans les arbres, qu'il se débrouille le temps qu'on trouve de la main d'œuvre.
- Peut-être qu'on pourrait affecter des détenus, mon Général, hésita-t-il.
Malefoy se leva brusquement et le garde sursauta.
- Je ne veux aucun détenu dans les cuisines, siffla-t-il.
- D'accord, pardon, mon Général, je … Je vais lui dire que … on va voir ce qu'on peut faire.
- Mettez-le au travail, sinon c'est vous que je mets au travail avec cet imbécile.
- Oui, mon Général. Pardon, mon Général.
Il tourna les talons, le dos un peu courbé et Malefoy le retint.
- Et dites au coiffeur de commencer la tonte. Mais pas les femmes, elles peuvent garder leurs cheveux.
- Oui, mon Général.
Il s'éclipsa et Malefoy soupira lourdement. Foutu cuisinier. Il allait encore devoir trouver un remplaçant.
Malefoy devait bien dire que ses journées étaient remplies. Il passait la moitié de la journée à écouter les requêtes de ses imbéciles d'employés qui peinaient déjà à ne pas perdre leur baguette, et l'autre moitié de la journée à remplir des formulaires en tout genre. De temps en temps, il s'autorisait une pause cigarette et depuis quelques mois, cherchait du regard sa détenue préférée : Granger.
Quand il disait préférée, bien sûr, il parlait de celle qu'il préférait torturer.
Le jeu s'était un peu plus compliqué depuis qu'il l'avait affecté à l'entretien des quartiers réservés aux gardes. Il devait parcourir les couloirs pour réussir à tomber sur une Granger qui astiquait les murs ou le sol, dépoussiérant des pots de fleur abandonnés depuis des siècles ou redressant les quelques tableaux qui meublaient les murs.
Il l'avait même déjà entendu parler à quelques tableaux, leur houspillant à la figure à quel point ceux-ci avaient une pensée arriérée et moyenâgeuse à propos de la pureté du sang quand elle pensait qu'il n'y avait pas un garde à la ronde.
Malefoy avait ricané puis continué sa route car pressé. S'il avait eu le temps, il n'aurait pas manqué d'aller lui dire deux mots à propos de ce qu'elle avait le droit de dire ou pas entre ses murs.
C'était une travailleuse acharnée, Malefoy pouvait bien lui reconnaitre cela. Si on l'avait affecté au nettoyage dans une prison qui avait pour objectif de le tuer, il aurait sans doute mis moins de cœur à l'ouvrage que Granger. Jamais il ne l'avait surprise à se cacher dans un coin pour ne rien faire.
Alors quelle ne fut pas sa surprise lorsqu'il l'aperçut discuter avec un garde. Granger semblait un peu surprise. Ou mal à l'aise, il ne savait pas trop. Son éponge toujours contre les murs, les manches relevées jusqu'au coude, son regard oscillait entre le garde et la tâche qu'elle essayait de faire disparaitre du mur gris. Malefoy pouvait voir la marque noire sur son bras, le DM qu'il lui avait imposé dès son premier jour.
- Que se passe-t-il ? demanda-t-il froidement en arrivant dans le couloir.
Le garde, il se rappelait l'avoir vu quelques fois. C'était un nouveau. Pas trop stupide par rapport à certains de ses collègues. Un certain Maxwell Roswell. Un nom aussi ridicule, on l'oublie difficilement.
Il vit Granger se tendre et reculer d'un pas dans sa direction, comme mettant de la distance entre elle et le garde, et Malefoy fut satisfait. Elle avait retenu la leçon avec ce Barnabé. Elle n'était pas stupide.
Le garde, quant à lui, ne cilla pas, l'air surpris de voir Granger agir de la sorte.
- Retourne à ton poste.
- Oui, mon Général, dit-il en tournant les talons sans se faire prier.
Granger avait les doigts si crispés sur l'éponge, qu'elle goutait sur le sol alors qu'elle me regardait avec un air nerveux. Et alors, cette sensation qu'il ressentait si souvent quand elle était dans son champs de vision s'empara de lui. C'était une sensation de tiraillement qui le frustrait plus que tout. Il jubilait de provoquer cet effet chez elle, la peur qu'il pouvait lui faire ressentir, voir l'effet qu'il avait sur elle et parallèlement, ça le mettait hors de lui. Il ne supportait pas de voir cette peur dans son regard comme s'il était un putain de monstre qui allait lui faire du mal d'une seconde à l'autre alors qu'il s'assurait qu'elle vive depuis des mois alors qu'elle n'aurait même pas dû survivre au premier jour.
Il avait envie de la frapper et de sourire en même temps.
Dans le doute, il ne faisait aucun des deux.
Il regarda la marque sur son bras. Ça l'apaisait un peu.
- Salut, dit-elle finalement.
- Tu batifoles avec mes employés maintenant ?
Elle le regarda bizarrement une seconde avant de comprendre qu'il plaisantait.
- C'est plutôt toi qui devrais t'inquiéter du sérieux de tes employés s'ils batifolent avec des sangs de bourbe comme moi.
Il ne pouvait pas s'empêcher de le prendre un peu pour lui, sa conscience riant à gorge déployée. Et lui, alors, est-ce qu'il batifolait ? Non. Alors que faisait-il dans ce couloir ?
- Je ne veux pas te voir discuter avec des gardes, Granger. C'est clair ?
Elle hocha de la tête et il se retint de lui dire de lui répondre. Mais pourquoi se retenait-il s'il en avait envie ?
Hermione devait bien avouer qu'elle avait du mal à jongler avec les humeurs du Général.
Il ne l'avait pas brutalisé depuis qu'il était entré dans sa tête et Hermione le soupçonnait de regretter d'avoir été si loin. Elle pouvait voir dans son regard orageux à quel point il mourait d'envie de lui faire du mal parfois, lorsqu'elle le poussait dans ses retranchements. Mais il ne faisait rien, il restait là, les pieds ancrés dans le sol, la fusillant du regard en attendant qu'il se passe elle ne savait quoi.
Chaque soir, elle dormait avec lui et Hermione devait faire de plus en plus d'effort pour empêcher son cerveau de trop réfléchir. Elle avait envie d'en discuter avec lui, mais elle savait que c'était impossible. C'était le meilleur moyen de le faire chavirer et qu'il la mette à la porte. Ou pire.
Malefoy partit et elle l'observa disparaitre dans un angle de couloir. Elle repensa au gardien, Maxwell Roswell. C'était un nom bien étrange. Quelque chose lui semblait familier dans son visage, sans qu'elle ne sache trop quoi. Ou plutôt, il lui avait laissé une étrange impression.
Elle entendit des pas au loin et elle se remit au travail avant qu'un garde ne trouve l'occasion de lui faire du mal.
Hermione était assise devant son plateau rempli de mets succulents et elle ne pouvait pas s'empêcher de se sentir coupable de pouvoir manger autant alors que ses camarades n'avaient même pas une telle quantité de nourriture à 5 réunis. Elle osa un regard vers Malefoy qui lisait une lettre, les sourcils froncés.
Elle trouvait cette situation si étrange. Ils avaient trouvé un rythme, une routine, bizarre, mais un rythme quand même. Comme s'il n'était pas dans cette prison atroce et glauque.
Elle rentrait, prenait sa douche, se lovant dans ses vêtements qui n'étaient pas les siens, puis mangeait jusqu'à n'en plus pouvoir alors que Malefoy lisait son courrier sans trop s'occuper d'elle. Jusqu'à ce qu'ils aillent se coucher, jusqu'à ce que la lumière s'éteigne et qu'il se sente libre de faire part de quelques pensées timides. Comme si le noir allait garder ses secrets, comme si Hermione allait tout oublié le lendemain.
Mais elle n'oubliait pas. Elle en était incapable. Chaque parole prononcée par Malefoy tournait dans son esprit sans s'arrêter, chaque fois qu'il parlait, chaque fois qu'il exprimait quelque chose qui était loin du monstrueux Général, elle n'arrêtait pas de se demander « Pourquoi ? Pourquoi lui disait-il tout cela ? ». Elle ne pouvait pas oublier sa main qui cherchait la sienne sous la couverture. Elle ne pouvait pas oublier sa respiration à côté d'elle.
Et elle peinait de plus en plus à trouver le sommeil. Quand elle fermait les yeux, elle voyait le regard accusateur de Harry qui lui disait « comment tu peux me trahir avec lui ? ». Mais pourtant, elle ne lâchait pas la main de Drago, elle ne la serrait que plus fort.
Mais ce soir-là, Malefoy avait les sourcils un peu plus froncé que d'habitude. Quelque chose l'inquiétait.
- Qu'est-ce qu'il y a ? osa demander Hermione.
Il eut l'air surpris qu'elle lui pose la question mais il ne l'envoya pas bouler contrairement à d'habitude. Il se montrait plus gentil depuis qu'il était entré dans sa tête. Hermione pensait que c'était sa façon de se faire pardonner mais elle ne pouvait pas s'empêcher de lui en vouloir. Elle voulait des excuses. Mais il ne lui en donnerait jamais.
- Rien qui ne te concerne, Granger.
Elle n'insista pas.
Elle avait l'impression qu'elle ne le comprendrait jamais. Même après des mois à le côtoyer, à essayer de le comprendre, elle ne parvenait toujours pas à saisir sa façon de réagir. Il était une véritable girouette, tantôt joueur, tantôt sadique, tantôt implacable. Elle avait l'impression de fréquenter 16 Malefoy en même temps.
Il alla se doucher et Hermione finit de manger avant de se glisser dans le lit avec un soupir de bonheur. Là, au milieu du lit, elle agitait les bras et les jambes tel un enfant dans la neige et elle ne pouvait pas s'empêcher de sourire bêtement. Les yeux fermés, la tête enfoncée dans un oreiller, la douce chaleur de la couette se répandant dans son corps.
- Tu es bien une fille, toi, marmonna Malefoy qui venait de sortir de la salle de bain. Tu prends toute la place.
- C'est un petit peu misogyne, ça, Drago.
Il leva les yeux au ciel, l'air de dire « si tu savais ce que j'en avais à faire de ta misogynie ».
- Allez, pousse-toi, bougonna-t-il.
Hermione sourit et se décala. Il éteignit la lumière et glissa sa baguette sous son oreiller. Précaution oblige avec une sang de bourbe dans son lit.
- C'est bientôt Noël, fit remarquer Hermione en regardant la neige tomber par la fenêtre.
La lune faisait briller la neige plus blanche que jamais qui couvrait la cour face à la chambre de Malefoy. C'était joli.
- Tu fais Noël avec ta famille ?
- Je ne sais pas. Oui, j'imagine.
Hermione resta pensive un long moment. Elle aurait aimé fêter Noël mais ici, il n'y avait pas de place pour ce genre de festivité.
- J'aurais aimé voir ma famille, dit-elle pensivement.
- Tu ne les as pas vu depuis quand ? demanda Malefoy.
- Bientôt 3 ans. Depuis l'été d'avant la septième année.
Le silence retomba. Chacun se demandant bien ce qu'il faisait dans le lit avec l'autre alors qu'ils étaient les ennemis d'une guerre.
- Tu as déjà pensé à te marier, Granger ?
- J'ai 19 ans, Drago. Bien sûr que non, pouffa-t-elle. Et toi ?
- Evidemment, dit-il avec un brin de suffisance. Chez les sangs purs, ce sont souvent des mariages arrangés alors je sais avec qui je vais me marier depuis que j'ai 8 ans, peut-être.
Hermione se redressa brusquement, choquée.
- Tu plaisantes ?
- Pas du tout.
- Mais … c'est barbare. Et si tu ne l'aimes pas ?
- L'amour vient avec le mariage, Granger.
- Non, ça ne marche pas du tout comme ça, Malefoy. On se marie avec quelqu'un parce qu'on l'aime.
- Tu crois vraiment que c'est la priorité chez les Malefoy ? dit-il avec un claquement de langue irrité, se redressant aussi.
- Ça devrait.
Elle se rallongea et Malefoy fit de même.
- Si c'était le cas, on n'en serait pas là aujourd'hui.
- N'importe quoi, Granger. Faut être sacrément fleur bleue pour croire que le mariage par amour aurait empêché cette guerre. Vraiment n'importe quoi.
Hermione savait qu'il n'avait pas complètement tort, mais elle était certaine qu'il n'y aurait sans doute pas autant de haine si on s'autorisait à aimer.
- Tu n'as jamais aimé quiconque alors ? Tu l'as déjà rencontré ta … future femme ou fiancée ?
- Bien sûr. Astoria Greengrass. Tu la connais, elle était avec nous à Poudlard.
Hermione fronça les sourcils. Oui, elle se rappelait d'elle. Une fille de l'année de Ginny dans ses souvenirs, une Serpentard aux cheveux blonds. Hermione n'avait jamais eu de véritables problèmes avec cette fille. Bien sûr, elle avait eu le droit à des regards froids, mais pas la méchanceté habituelle des autres Serpentard.
- Tu n'as jamais été amoureux alors ?
- Et toi ?
Hermione resta silencieuse un moment, se rappelant brusquement une étrange conversation qu'elle avait eu avec Drago quelques semaines auparavant. Il lui avait demandé si elle avait déjà eu le cœur brisé. Lui, oui. Il avait eu le cœur brisé.
- Oui, je l'ai été.
- De qui ?
- A ton avis ?
- Potter ?
Hermione sourit dans la pénombre.
- Ça aurait pu, mais raté. C'est le mauvais.
- Weasley ? Pouah, tu as vraiment des gouts affreux, Granger.
Hermione gloussa et s'en voulut aussitôt, se couvrant la bouche d'une main. Ron était son ami.
- Tu es méchant, Drago. Ron était très drôle.
- Mais pas très intelligent. Et complètement roux.
Hermione rit un peu. Malefoy était vraiment un gamin.
- Tu l'aimes toujours ?
- Non, dit-elle simplement. Notre année de vadrouille avec Harry nous a beaucoup éloigné. Il y a des choses qui ne se réparent jamais, j'imagine.
- Pourquoi ? demanda avec curiosité Malefoy.
- Les horcruxes, dit sombrement Hermione. Ils sont tellement mauvais … ça l'a changé, lui. Et je crois qu'aucun de nous deux n'a pu oublier.
- Les … horcruxes ?
- Tu ne sais pas ce que c'est ? s'étonna Hermione.
Malefoy se redressa sur un coude, l'observant silencieusement.
Non. Vas-y, étale ta science, Granger, je sais que tu en meurs d'envie.
C'était faux. Elle n'en avait pas envie, et elle n'avait surtout pas envie de se confronter à la colère de Malefoy quand il comprendrait de quoi elle parle.
- Je crois qu'il vaut mieux que je me taise…, murmura-t-elle.
- Parle, siffla-t-il. Pourquoi tu ne veux rien dire subitement ?
- Parce que si je parle, ton « travail » va te forcer à me faire taire, crois-moi, dit-elle froidement.
- Ne joue pas les imbéciles, Granger. Ça fait des semaines que tu dors dans mon lit, tu sais très bien qu'on est plus à ça près.
Hermione observa sa silhouette. Elle n'était pas certaine de pouvoir lui faire confiance, mais après tout, elle était emprisonnée, Harry était mort et Ron n'était plus dans le pays. Cette information n'était pas vraiment utile, et puis Drago était dans le camp ennemi de toute façon, il ne ferait aucun usage de celle-ci.
- Les horcruxes, ce sont des réceptacles qui contiennent un morceau d'âme de celui qui l'a créé. Tu-sais-qui en a créé 7. Il a divisé son âme en 7, et crois-moi c'est quelque chose de monstrueux. Comme ça, s'il meure …et bien il peut se servir d'un horcruxe pour revenir à la vie. C'est pour ça qu'il est immortel.
Malefoy resta un long moment silencieux. Il se doutait qu'il y avait une histoire dans ce genre-là. Sinon le Lord serait mort la nuit où il avait essayé de tuer bébé Potter. Maintenant il comprenait mieux. Son père avait déjà mentionné ce genre de magie.
- Alors c'est ça que vous faisiez tous les 3 ? Vous cherchiez les horcruxes pour les détruire …Pourquoi me le dire ? Même sous la torture tu n'aurais rien dit il y a quelques années.
- Ça n'a plus vraiment d'importance. La guerre est perdue.
Malefoy se rallongea encore une fois, fixant le plafond pensivement.
- Pourquoi tu dis que Weasley a changé ?
- Parce qu'il a changé. Les horcruxes font ressortir le pire de ce que nous sommes et je crois qu'on n'a jamais pu se regarder véritablement après ça. C'est horrible que quelqu'un te connaisse … si profondément. Au point de savoir toutes tes pires pensées, tes pires hontes.
Cela fit écho à Malefoy et il ignora la pointe de culpabilité. Elle ne parlait pas de ce qu'il lui avait fait.
- Harry en était un, tu sais.
- De quoi ?
- Un horcruxe.
- Du Lord ? s'étonna Malefoy.
- Oui, il l'a créé sans faire exprès. Quand il a essayé de le tuer bébé.
Malefoy ne répondit pas, et Hermione ressassait les bons et les mauvais souvenirs. Son ami lui manquait.
Malefoy ne pouvait pas s'empêcher de penser à tout ce que cela impliquait. Et surtout, à quelle punition il aurait le droit si le Lord apprenait qu'il détenait ce genre d'informations. Il le tuerait sans doute.
Il frissonna.
Il allait devoir faire particulièrement attention à travailler son occlumancie pour que jamais personne ne découvre ce qu'il savait. Le Lord n'accepterait jamais qu'on puisse douter de son immortalité, de son évidente supériorité.
- Qui t'a brisé le cœur, Malefoy ?
- Quoi ?
Drago avait été brutalement tiré de ses pensées par la question inquisitrice de Granger. Il pouvait la sentir plus près de lui que jamais. Il sentait son regard la brûler dans l'obscurité, il pouvait sentir sa chaleur tout près de lui. Mais elle ne le touchait pas.
- Qui a bien pu briser le cœur du froid et impénétrable Drago Malefoy ?
Il pouvait entendre son sourire dans sa voix. Il était incapable de dire ce qu'il ressentait : colère, rage, regrets, remords, bonheur, joie, satisfaction ou fébrilité ? Il ne s'y retrouvait plus, c'est comme s'il ressentait tout ça à la fois.
- C'est si improbable que ça ? dit-il, la voix plus rauque qu'à l'accoutumé.
- Eh bien …
Elle bougea à côté de lui, et sa main n'était qu'à quelques millimètres de la sienne.
- Tu sembles plutôt fier d'avoir un cœur de pierre d'habitude.
Il ne répondit pas et Hermione commençait à se sentir mal à l'aise face à ce silence. Le calme avant la tempête. L'avait-elle mis en colère ? Possible …
Il serra brusquement sa main dans la sienne mais Hermione ne fit pas le moindre commentaire, lui rendant son étreinte. Elle ignora sa conscience qui lui demandait pourquoi elle répondait à ce geste, pourquoi elle ne retirait pas sa main avec dégout. Elle avait appris à l'ignorer, à la faire taire, la refourguant tout au fond de son esprit pour réussir à dormir la nuit.
Il se tourna vers elle. Il était si près qu'elle sentait son souffle sur elle.
Il ne dit plus rien et Hermione commençait à s'endormir, son esprit s'envolant loin, dans un monde où elle n'était pas une pestiférée, où elle pouvait vivre sa vie comme bon lui semblait sans qu'une ombre noire et inquiétante ne menace sa vie. C'était un joli monde, loin de tous ses soucis, des pneumonies et de la famine. Un monde où personne ne mourrait de faim, ou on ne rasait pas la tête des gens. Un monde où les fenêtres avaient des vitres et pas de barreaux, des vêtements chauds et des chaussures à la bonne taille.
Oui, Hermione aimait ce monde qui ressemblait à Poudlard.
- Tu n'as jamais rien dit à propos de ma marque.
Hermione cligna des yeux, revenant brusquement à la réalité.
Leur conversation n'avait ni queue ni tête, c'était perturbant, et Hermione avait la sensation que le silence qui suivait parfois ses questions était une forme de réponse.
- Ta marque ?
- Tu sais de quelle marque je parle.
Bien sûr qu'elle savait. Elle parlait de cette marque plus noire que de l'encre qui donnait la désagréable impression de bouger sur le bras de Drago Malefoy, une marque qui la faisait se sentir mal à l'aise, comme surveillée par les orbites vides de ce crâne hideux.
- Qu'est-ce que tu veux que je dise ?
- Tu n'as jamais besoin de savoir ce que j'en pense pour parler malheureusement, dit-il avec cynisme.
Elle se retourna sur le dos mais ne lâcha pas la main de Malefoy et au fond, il en était … réjoui. Oui, ça lui plaisait qu'elle ne lui lâche pas la main. Même s'il lui parlait de la marque, même s'il lui rappelait brutalement qui il était, ce qu'il représentait, elle ne le lâchait pas.
- Il n'y a pas grand-chose à dire, tu sais. Tu as la marque. C'est tout. Depuis la sixième année, rajouta-t-elle pensivement.
Elle ne dit rien un moment, plongée dans ses pensées et Malefoy aussi. Il se rappelait de ce moment. Celui où il avait été marqué. Il n'avait jamais connu quelque chose de plus douloureux.
- Harry était persuadé que tu étais devenu un mangemort en sixième année, dit-elle. J'étais certaine qu'il se trompait.
- Il ne s'est pas trompé. C'était à ce moment-là.
- Je sais.
Sa voix avait été plus dure qu'elle ne l'aurait cru.
- Pourquoi tu as fait ça, Malefoy ? Pourquoi ? On était encore à l'école, on avait 16 ans. Pourquoi tu t'es imposé ce destin ? Toute cette horreur … Je sais que tu détestes les gens comme moi, mais comment peut-on avoir envie de participer à de telles atrocités à seulement 16 ans ?
- C'est bien plus compliqué que ça, soupira-t-il en retirant brutalement sa main de celle de Hermione.
- Moi, je ne crois pas, dit-elle sèchement.
Il ricana froidement.
- Les Gryffondor, tous les mêmes. Vous êtes ridicules avec vos histoires d'amour pour imbéciles, persuadés que tout est blanc ou noir. Que c'est si facile de se tourner vers le camp de la lumière. Il n'y a bien que vous pour croire à ces conneries. Si naïf …
- Alors explique-moi, Drago ! Explique-moi comme c'est si compliqué de choisir la vie plutôt que la mort. Explique-moi. Après tout, je suis intelligente, tu ne peux pas me le retirer.
Le feu redoubla d'intensité dans l'âtre et Hermione discerna le visage fermé de Malefoy. Ses yeux bleu-gris la détaillait. Il n'y avait pas de colère, et pourtant Hermione le poussait dans ses retranchements. Pourquoi ne se mettait-il pas en colère alors qu'il pouvait exploser pour trois fois moins grave ?
- Tu aurais dû poser la question à Sirius Black, Granger. Toute sa famille était exactement comme la mienne. Tu aurais dû lui demander comment on le traitait plus jeune. Regarde ce qu'il est devenu, cracha-t-il.
Hermione se décomposa.
- Il n'y a que les abrutis de Gryffondor pour croire qu'être de sang pur, ça simplifie la vie.
Il se retourna, montrant son dos à Hermione qui resta silencieuse un moment.
Hermione se sentit coupable un instant de lui avoir posé la question. Elle aurait aimé en savoir plus mais elle n'avait pas le courage d'insister. Hésitante, elle posa sa main contre le dos froid de Drago qui frémit un peu à son contact.
- Drago, je …
Hermione se tut. Elle n'aimait pas parler à Malefoy alors qu'il lui tournait le dos, alors qu'elle ne pouvait pas déchiffrer ses expressions de visage si hermétiques. Doucement, elle l'attrapa par l'épaule, l'invitant à se retourner. Il se laissa faire et Hermione en fut d'autant plus surprise. Elle laissa sa main glisser sur son bras et elle rencontra la marque noire sur son bras.
Elle le savait parce qu'elle pouvait sentir le relief sur sa peau.
A la lueur faiblarde de la cheminée, elle observa la marque. Elle ne l'avait jamais véritablement vu de si près avant que Malefoy ne l'invite dans son lit.
- Je ne croyais pas Harry parce que j'avais l'impression que tu me détestais moins en sixième année, dit-elle finalement. Tu t'asseyais à la même table que moi à la bibliothèque, tu me piquais même un livre ou deux parfois et tu ne faisais plus une grimace exagérée comme si le livre sentait la poubelle à cause de moi.
Elle leva les yeux. Il observait sa main sur sa marque des ténèbres.
- Je pensais vraiment que finalement, tu ne me détestais plus autant. On aurait sans doute pas été amis, mais … pas ennemis. Tu vois ce que je veux dire ?
Il ne répondit pas et Hermione crut le voir déglutir.
- Mais c'était peut-être parce que tu étais trop occupé avec d'autres choses, soupira-t-elle, le lâchant finalement.
Drago avait envie de lui dire qu'elle avait raison, qu'il aurait aimé que les choses se passent différemment cette année-là, sa conscience lui hurlait de le faire, mais sa bouche restait résolument fermée. Son armure froide et glaciale lui ordonnait de se taire, de ne pas oublier qu'il était un Malefoy et qu'elle n'était qu'une sang de bourbe.
- Tu n'es pas obligé de répondre, dit-elle finalement comme lisant dans son esprit.
Drago s'apprêtait à lui dire qu'il le savait très bien, qu'il ne serait jamais obligé de répondre à une fille comme elle, au sang impur, mais elle prit sa main, entrelaçant ses doigts aux siens et glissant leurs mains soudées sous sa joue, fermant les yeux comme si tout cela était normal. Comme s'il n'y avait rien de bizarre à ce qu'une sang de bourbe soit dans le lit du Général Malefoy, directeur de la prison pour sangs de bourbe.
Elle ferma les yeux et s'endormit bien avant lui. Il ne pouvait pas décrocher son regard de leurs deux mains emmêlées, comme si son contact le brûlait.
Il ne bougea pas sa main, obnubilé par ce nouveau contact, cette nouvelle chaleur qu'il n'avait jamais connue. C'était une sensation étrange. Mais pas désagréable.
Hermione vivait une vie de plus en plus étrange, dans cette prison. Alors qu'on lui avait promis une mort lente et douloureuse, à coup de famine et de froid, elle avait repris du poids, n'avait pas si froid que ça, toujours fourré dans les couloirs des quartiers des officiers, mangeait à sa faim et ses cheveux poussaient lentement mais sûrement.
Elle n'était pas stupide. Hermione savait que tout cela, elle le devait à Malefoy et c'était bien cela qui était dérangeant. Qu'est-ce qui se passait ? Pourquoi Drago Malefoy la gardait en vie, et même mieux que ça, il s'assurait que sa vie ne soit pas si terrible que ça ?
Les rumeurs se faisaient de plus en plus pressantes et bien que Hermione faisait son possible pour les ignorer, cela devenait compliquer d'éviter les questions embarrassantes. Malefoy ne souhaitait certainement pas qu'on sache où elle passait chacune de ses nuits, ni la raison pour laquelle elle reprenait brusquement du poil de la bête, mais les choses commençaient à devenir délicates.
Même les gardiens commençaient à parler à leur sujet et cela était plutôt inquiétant pour Malefoy. Il n'y avait pas besoin d'être un génie pour comprendre que si le Lord apprenait la façon dont il traitait Hermione Granger, la sang de bourbe amie de Harry Potter, cela ne se passerait pas bien pour le Général Malefoy.
Et bien que Hermione aurait aimé rester sur la question de savoir pourquoi Drago Malefoy se comportait d'une telle façon avec elle, elle ne parvenait pas à annihiler complètement la question de savoir pourquoi ELLE acceptait ce rapprochement étrange avec lui.
Il était son ennemi de toujours, alors pourquoi elle oubliait toutes ses réticences, toute sa rancœur et tous ses reproches une fois la lumière éteinte ? Pourquoi il ne lui paraissait plus si horrible dans ces moments ? Après ce qu'il lui avait fait … elle ne devrait même pas lui accorder un regard. Elle développait peut-être un syndrome de Stockholm ou quelque chose dans ce genre, elle ne voyait pas d'autres explications. A moins qu'elle ait l'esprit malade. Elle ne savait pas ce qui était le pire.
Et elle n'était pas au bout de ses surprises.
