Bonsoir à tous ! Voilà, je suis de retour après plusieurs mois d'absence, j'espère tout de même que vous êtes toujours là et que vous apprécierez la suite de l'histoire qui devrait avoir encore une dizaine de chapitres avant de prendre fin. Encore désolée pour l'attente, n'hésitez pas à me dire ce que vous pensez de ce chapitre, je lis toutes vos reviews qui me font toujours plaisir, ça contribue grandement à me motiver à terminer cette fiction dont j'ai pourtant le dénouement en tête mais que je galère un peu à mettre en oeuvre ...
Merci à vous d'être présent et d'être si bon public et patient en tout cas !
Bonne lecture !
Drago avait le regard fixé sur ce parchemin plié en trois.
A Drago.
Le parchemin était rêche entre ses doigts, contrastant avec la douceur de l'écriture de celle qui avait écrit cette lettre pour lui.
A Drago.
C'étaient les uniques mots qu'il avait lu de cette lettre, le reste lui était totalement inconnu alors que ces deux mots … il pouvait entendre sa voix les prononcer. Il pouvait l'imaginer prononcer son prénom comme personne d'autre ne l'avait fait, tantôt désapprobateur, tantôt chaleureusement.
Drago.
Il déplia le parchemin et eut juste le temps de lire « Drago », avant de replier brusquement le parchemin, refusant de lire la suite de cette lettre qui devait contenir tant d'explications, tant de mots pour calmer sa rage et sa douleur.
Il retourna la missive, cachant ces deux mots « A Drago ».
Il ne pouvait pas.
Il attrapa la bouteille de whisky sur sa table basse sur laquelle trônait son réveil indiquait 7h14, et en avala une longue rasade, lui remettant les idées en place.
- Tu es sûre de toi, Hermione ? demanda avec inquiétude Fred.
- Certaine. C'est la seule solution. Personne ne lui extorquera la moindre information. C'est impossible de le suivre. Il est protégé par les murs de la prison et on ne pourra jamais le filer. Alors il n'existe qu'une seule solution pour obtenir des réponses.
- Il te tuera Hermione, tu en es consciente ? dit gravement Fred.
Elle ne répondit rien, continuant de rédiger son rapport sur la conversation qu'elle avait eu avec Drago.
- Je ne comprends pas que Neville soit d'accord, dit-il avec colère.
- Fred, l'appela-t-elle doucement. Tu sais que je ne me sens pas bien depuis … depuis que nous sommes partis. Tu sais que cette croix est toujours là. C'est peut-être un signe du destin. Ou peut-être pas. Mais je ne peux pas vivre ainsi pour toujours, Fred. Je ne peux pas vivre avec une telle douleur, avec des remords pareils. Tu comprends ?
- Personne ne sort vivant de la prison Malefoy, rappela-t-il une énième fois. Ou du moins, on n'en ressort jamais tout entier.
Hermione sourit douloureusement à son ami. Il avait compris ce qu'était cet endroit. Un endroit qui ne vous laissait pas sortir indemne.
Elle rangea les dernières affaires éparpillées un peu partout dans sa chambre sous le regard effaré de Fred. La gorge serrée, il quitta la pièce avec rage, pas le moins du monde d'accord avec l'idée qu'elle fasse le pire des choix.
Elle enroula son parchemin et monta au dernier étage où se trouvait le bureau de Neville. Elle frappa et entra sans attendre qu'il ne l'y invite.
- Ah c'est toi, dit-il pensivement en retournant dans la lecture d'un parchemin particulièrement long.
Hermione s'assit sur la chaise en plastique face au bureau surchargé.
- Je pense que je devrais pouvoir partir ce soir.
Neville se figea avant de reposer son parchemin.
- Si tôt ? Écoute, Hermione, je sais que j'ai été dur avec toi, mais tu n'as rien à me prouver. Il ne faut pas se précipiter, c'est une décision importante.
- Je sais. Et tu sais aussi ce que se dit sur moi et Drago.
Elle le vit se raidir mais il ne montra rien d'autre de son malaise.
- Je sais aussi que tu l'as trahi. Et que Drago Malefoy n'a rien d'un homme qui pardonne.
Il attrapa la gazette du sorcier qui trainait sur son bureau et le jeta à Hermione qui le prit au vol.
La une était consacrée à une nouvelle capture de sangs de bourbe qui allaient être envoyés tout droit à la prison Malefoy. Mais juste sous l'article, en plus petit, figurait un article sans image.
Drago Malefoy, toujours général du Seigneur des Ténèbres ?
Drago Malefoy a longtemps été l'un des généraux préférés du Lord Noir, toutefois après l'évasion d'une centaine de détenus grâce à la participation active d'une des prisonnières, il semblerait que le général Malefoy ne soit plus dans les petits mouchoirs de son maitre.
Toutefois, des rumeurs vont dans le sens que le Lord qui aurait une grande affection pour son général ne l'aurait pas totalement évincé, le laissant toujours à la tête de la prison Malefoy dans laquelle le Général se montre plus sévère que jamais pour retrouver le respect du Lord.
Le Général Malefoy s'est montré très actif dans la poursuite des évadés et serait à l'origine de la mort de 14 d'entre eux, toutefois les recherches se poursuivent pour retrouver l'évadée la plus recherchée du pays : Hermione Granger.
« Quiconque pourra me donner des renseignements quant à la position de Hermione Granger se verra grandement récompensé », nous a dit le général avant de décliner poliment notre demande d'interview.
Il se dit que Drago Malefoy tient à cœur la capture de Granger et que celui-ci lui réserve un comité d'accueil des plus désagréables.
A suivre …
Hermione reposa le journal, maussade.
- Ça ne change rien, dit-elle simplement.
- Il te tuera, Hermione, dit-il avec un froncement de sourcils. Ce que tu ressens pour lui te rend aveugle. Il est aveuglé par la rage, il n'aura aucune pitié.
- Tu ne le connais pas comme je le connais, Neville !
- En tout cas, je lis les journaux !
- Et qu'est-ce que ça change ? S'il sait comment on peut trouver Harry, s'il sait où il se trouve … on doit tenter le coup.
- Pas au prix de ta vie.
Hermione laissa échapper un rire sans joie.
- Ma petite vie ne vaudra jamais l'opportunité de renverser tu-sais-qui. Personne ne m'empêchera d'y retourner.
Neville soupira, capitulant.
- Très bien. Si tu le souhaites. Maxwell est compromis, nous ne pouvons pas le renvoyer là-bas, mais … nous essayerons d'avoir de tes nouvelles.
Hermione sourit péniblement.
Elle sentait l'échéance approcher, comme une douce délivrance et en même temps, une terrible condamnation.
- Je vais annoncer la nouvelle à Ron tout à l'heure. Je ne suis pas sûr qu'il la prendra bien.
- J'imagine que je le saurais vite. A plus tard, Neville.
Étonnamment, Hermione ressentait une paix intérieure qu'elle n'avait pas eu depuis bien longtemps. Sa liberté obtenue de force n'avait pas apaisé son âme, parce qu'elle en avait laissé un morceau là-bas, avec lui.
Elle avait la sensation d'avoir pris la décision qu'elle redoutait de prendre depuis son évasion, mais que cette décision était aussi celle qui la libèrerait de sa culpabilité.
Et puis elle le verrait. Il ferait à nouveau partie de sa vie.
Ne sois pas stupide, Hermione. Il te haïra. Rien ne sera comme avant.
Mais pour ça, elle allait abandonner sa liberté. Abandonner le confort de son lit, retrouver cette couchette au matelas trop fin, la bouillasse qu'on leur donnait à chaque repas, et les heures de travail interminables. Elle allait retrouver cette tenue horrible qui la réduisait à personne.
Sa gorge se serra et elle prit une longue inspiration.
Elle ne devait pas penser à ça. Ou elle changerait d'avis.
Elle regarda encore une fois à la fenêtre, observant l'horizon comme chaque jour. Bientôt, elle n'aurait plus cette vue. Il n'y aurait pas cette douce odeur d'herbe du printemps. Il n'y aurait plus que l'odeur de la mort.
Hermione avait le cœur battant sans trop savoir si c'était de douleur parce qu'elle s'apprêtait à abandonner sa liberté pour rejoindre cet enfer, ou s'il battait fébrilement à l'idée de revoir Drago.
- Hermione, tu ne peux pas faire ça !
Elle rouvrit brusquement les yeux, se rendant compte à cet instant qu'elle les avait fermés.
- Ça fait déjà plusieurs fois qu'on me le dit aujourd'hui, dit-elle avec un demi sourire pour Ron qui avait les yeux écarquillés d'horreur.
- Tu es devenu complètement folle, Hermione ? Il te tuera ! Il te détestait déjà à Poudlard, alors maintenant …
- Tu ne sais pas tout, Ron, dit-elle doucement, une main sur son épaule. Il n'est plus le Drago Malefoy de Poudlard.
- Il est bien pire encore, oui, dit-il gravement. Je l'ai compris en entendait certains des évadés. En voyant dans quel état est Fred. En voyant dans quel état tu es.
Son regard bleu délavé, si semblable à celui à Fred la sondait.
- S'il te plait, Hermione. Je ne peux pas te perdre. Pas toi aussi. Pas après Harry. Pas après t'avoir retrouvé.
- Il le faut, Ron. Il sait quelque chose à propos de Harry.
Il repoussa violemment la main sur son épaule.
- J'ai lu ton rapport, Hermione. Rien ne dit qu'il parlait de Harry. Cette sale fouine a toujours été trop insignifiante pour compter.
- Je sais que ça parait insensé, dit Hermione, se prenant le visage entre les mains, mais je sais que mon intuition est la bonne ! Il sait quelque chose ! Si tu avais été là, tu serais d'accord avec moi.
Ron la regardait toujours de son regard bleu, l'air d'avoir une question au bord des lèvres et Hermione se doutait de laquelle il s'agissait.
- Pourquoi tu étais là-bas, Hermione ? Il n'y avait aucune mission de surveillance hier soir. Alors qu'est-ce que tu fais là-bas ?
Hermione pouvait lire le reproche dans ses yeux, la peur de deviner pourquoi elle se trouvait auprès de Malefoy. Elle ouvrit la bouche mais il lui fallut un instant pour trouver le courage de répondre.
- Tu n'es là que depuis deux jours Ron, mais je suis certaine que tu as déjà entendu les rumeurs.
Elle était incapable de le lui dire elle-même. Elle flancha lorsqu'elle vit la pointe de dégout dans son regard.
- Malefoy, Hermione ? Tu es devenue complètement malade ou quoi ? Quand j'ai entendu les histoires … je ne pouvais pas y croire. Après tout ce qu'il t'a fait subir à Poudlard … A moi, à Harry. Comment tu peux ?
Elle eut envie de répondre « et s'il n'y avait que Poudlard », mais se retint pour simplement répondre :
- Tu ne le connais pas.
- Toi non plus, Hermione ! tonna-t-il en plantant un index accusateur dans son épaule. Tu as développé un syndrome de Stockholm ou quelque chose du genre ! Tu ne l'aimes pas vraiment, c'est ton cerveau qui te convainc de ça !
- Non.
Elle remonta brusquement sa manche, dévoilant son bras couvert d'une croix noire.
- Putain, mais qu'est-ce qu'il t'a fait ? siffla-t-il en lui attrapant le bras.
Ce n'était pas la croix qu'il regardait, c'étaient les deux initiales un peu plus haut.
- Il t'a marqué comme … comme un animal. Comme sa propriété.
Sa voix tremblait de colère.
- On est tous marqués, dit sombrement Hermione. Fred aussi et tous ceux qui se sont évadés. Ce que je te montre, c'est la croix. Sais-tu ce que c'est ?
Il la regarda sans répondre, aveuglé par la colère.
- C'est un sort de magie noire qu'il m'a jeté. La croix devait apparaitre seulement si j'aimais quelqu'un.
Le dégout dans le regard de Ron ne fit qu'augmenter et Hermione refoula sa honte à l'idée d'expliquer cela de vive voix.
- Il t'a jeté un sort de magie noire ? Ce mec est un détraqué, Hermione, j'espère que tu t'en rends compte. Ce qu'il t'a fait … tu ne lui appartiens pas.
Hermione secoua la tête.
- Tu crois que je ne le sais pas ? Tu crois vraiment que je pense qu'il est un ange ? Je sais que ce qu'il fait est mal, qu'il est colérique et même enragé, sadique même quand il s'y met, et carrément possessif. Il m'a jeté ce sort après qu'un autre garçon m'ait embrassé. Il a perdu la raison à cet instant-là, il a essayé d'entrer dans mon esprit et j'ai cru que je ne lui pardonnerais jamais.
Elle reprit son souffle un instant. Elle sentait les doigts de Ron qui s'enfonçaient dans son bras.
- Mais la croix est apparue. Pour lui, Ron. Je … je l'aime.
Son cœur retomba dans sa poitrine, comme dégonflé. C'était comme si l'abcès qui la faisait souffrir venait soudainement d'être percé, la libérant d'un immense poids. Le poids du déni qui venait de s'envoler en même temps que les mots fatidiques passaient ses lèvres.
- Malgré tout ça, j'ai vu du bon en lui, Ron. Je sais que tu m'en veux pour ça, murmura-t-elle. Malgré toutes les horreurs, malgré la douleur … malgré ce sortilège, malgré la marque qu'il m'a faite dès le premier jour, malgré les horreurs qu'il a pu me dire, les reproches qu'il m'a faits, et toutes ces fois où il s'est vengé de ce que je pouvais dire ou faire alors que rien ne le justifiait … malgré tout ça je l'aime. Et tu sais pourquoi ? Parce que derrière sa froideur apparente, il y autre chose. Il y a quelqu'un de doux, qui ne sait pas exprimer ce qu'il ressent, mais qui ressent. Parce qu'il m'a sauvé du viol. Parce qu'il m'a réconforté à sa façon quand j'allais mal. Parce qu'il m'a donné à manger et des vêtements quand j'étais sur le point de mourir. Grâce à tout ça, j'ai vu le bon qu'il enfouit tout au fond de lui. Il est capable d'aimer.
Ron secoua la tête, l'air dépité.
- Tu crois qu'il t'aime, Hermione, mais il … s'il ressent quelque chose, ce n'est sans doute pas aussi fort que tu ne le penses. Il avait peut-être pitié, parce que vous avez partagé vos années à Poudlard, mais … ce n'est pas de l'amour. Il déteste tout ce que tu es. Il déteste ta cause.
- Tu te trompes. Il m'a dit qu'il m'aimait. Le jour de mon évasion. Et je ne lui ai pas répondu. Tu n'imagines pas comment j'en souffre chaque jour. Alors si je peux y retourner pour participer à la recherche de Harry … eh bien je le ferais. Je prendrai le risque qu'il me tue, et je le ferais parce que je suis rongée par les remords. Parce que je n'ai plus qu'une demi-vie depuis que je suis ici. Tu comprends ?
Ron la regarda un long moment sans répondre et finalement il lui lâcha le bras, l'enlaçant doucement.
- Non, je ne comprends pas. Mais tu es mon amie. Et une miss je sais tout insupportable. Alors si tu crois que tu fais le bon choix, je te fais confiance. Je prierai pour qu'il ne t'arrive rien.
- Merci, Ron, souffla-t-elle, soulagée.
- Si tu meurs … je m'en voudrais terriblement de t'avoir laissé partir, murmura-t-il.
- Je ne mourrai pas. Je te le promets.
Et Hermione refoula le sentiment de culpabilité de faire une promesse qu'elle n'était pas certaine de pouvoir tenir.
- Tu dois vraiment partir ce soir ? insista Ron.
- Aujourd'hui ou demain, ça ne change pas grand-chose, si ?
Il ne répondit pas, s'éloignant un peu d'elle, la gorge serrée.
- Tu prendras soin de Fred, d'accord ? dit Hermione en enfilant son manteau.
- Bien sûr.
- Il est plus fragile que vous ne le pensez. On ne sort pas entier de la prison Malefoy.
- Alors pourquoi tu y retournes ?
- Pour retrouver ma seconde moitié.
La nuit commençait à tomber lorsqu'elle passa voir ses amis. Tous la regardaient avec des yeux angoissés, comme si elle rejoignait la mort et Hermione ne pouvait pas s'empêcher de croire qu'ils avaient peut-être raison.
Elle sortit du QG, suivi par le cortège silencieux de ses amis, tenant la cage d'un hibou grand-duc. Dean, Seamus, Neville, Ron, Fred et George, et Maxwell la regardaient une dernière fois.
- Ne me regardez pas comme ça, soupira-t-elle.
- C'est peut-être la dernière fois qu'on te voit, dit Fred d'un air lugubre.
Hermione le rejoignit, le serrant dans ses bras, essayant d'ignorer le désespoir qui animait l'étreinte de Fred. Elle les serra tous dans ses bras avec l'atroce sensation de faire des adieux.
- Vous allez finir par me faire peur.
- Tu devrais avoir peur, dit Seamus avec un air entendu.
Elle s'éloigna de quelques pas, prête à transplaner. Elle ouvrit d'abord la cage et y glissa le minuscule parchemin qu'elle avait rédigé pour Malefoy. Elle n'y avait écrit que quelques mots : « je serai devant la gare de King's Cross à minuit précise. H. ».
Si Hermione n'avait pas vraiment envie de retourner en prison, elle préférait encore que ce soit lui qui la trouve plutôt que des mangemorts ou des rafleurs qui ne manqueraient pas de la faire passer devant le Lord.
Elle devrait affronter la colère de Drago, elle le savait. Mais préférait ne pas y penser sous peine de ne jamais rejoindre la gare de Londres.
Elle lâcha le hibou et le regarda disparaitre dans la nuit, le cœur serré. Les arbres dansaient doucement sous la brise et Hermione huma l'air frais une dernière fois. La liberté lui manquerait. Terriblement. Mortellement.
Elle dit au revoir une dernière fois à ses amis et transplana avant que les larmes ne coulent sur ses joues. Elles ne s'échappèrent de ses yeux que lorsqu'elle apparut dans la petite ruelle proche de la gare. Elle les essuya doucement, laissant libre cours à sa peine.
Elle n'avait rien d'autre qu'un minuscule sac à dos avec elle. De toute façon, on lui enlèverait tout ce qu'elle avait.
Les jambes faiblardes, elle rejoignit la gare, s'asseyant sur les marches qui y menaient. Elle n'était pas capable de rester debout. La gigantesque horloge qui surplombait la gare indiquait 23h44. Elle essuya encore une fois ses yeux mouillés.
Elle était écartelée entre deux sentiments opposés, celui soulagé de retrouver Drago, de le revoir en étant elle-même, et celui, terrifié et mortifié de retourner dans cet endroit qui avait failli la faire mourir plusieurs fois.
Elle ne voulait pas revoir ses murs gris, sa vieille cellule trop petite, travailler jusqu'à épuisement. Lorsqu'elle repensait à la mélasse qu'elle allait devoir manger, elle en avait la nausée.
- Arrête de penser, Hermione. Arrête d'y penser ou tu vas vomir, se murmura-t-elle à elle-même.
Il n'y avait presque personne dans la rue. Même les moldus sortaient bien moins depuis l'avènement de Voldemort, alors qu'ils n'en avaient pas la moindre idée. Mais l'insécurité avait fait un bond et les meurtres inexpliqués étaient devenus trop nombreux pour qu'on n'ose sortir à une heure pareille de la nuit.
Elle ferma les yeux, inspirant et expirant lentement et à fond.
Elle en avait besoin. Pour retrouver son calme. Pour ne pas vomir sur ses chaussures. Pour arrêter ses larmes avant qu'il n'arrive.
Mais elles coulaient, sans discontinuité, et tout son corps tremblait. Son instinct lui hurlait de fuir maintenant, avant qu'il n'arrive, mais son âme lui disait de rester et d'attendre.
- Alors tu es vraiment là.
Hermione avait toujours les yeux clos, mais quand la voix grave et froide de Drago raisonna dans la nuit, son cœur explosa. Il battait si fort qu'il lui faisait mal jusqu'au bout des doigts, comme si son sang était devenu brûlant et plein d'aiguilles.
Elle rouvrit les yeux, le souffle court et les joues baignées de larmes. Il était là, les mains enfoncées dans les poches de son pantalon, sa chemise d'un blanc éclatant et son long manteau qui lui seyait parfaitement. Ses cheveux étaient brillants sous la lumière du lampadaire, et son regard gris n'avait jamais semblé si glacial, la regardant de haut alors qu'il était planté de toute sa hauteur à deux mètres d'elle.
Une dizaine de mangemorts encerclaient la place derrière lui.
Elle ouvrit la bouche mais sa gorge était si serrée qu'aucun mot ne pouvait en sortir. Alors elle hocha simplement de la tête, tremblant plus encore, les larmes brûlantes glissant jusqu'à son menton.
- Je pensais que c'était un piège. Pour que tes copains de l'Ordre du Phénix, comme vous aimez vous appelez, me tuent.
Son ton condescendant lui fit du mal, aussi acéré qu'une lame effilée.
- Je n'aurais jamais fait ça, réussit-elle finalement à dire, la voix tremblante.
- Et je suis sensé te croire sur parole, sang de bourbe ?
Hermione cilla. Elle s'était attendue à recevoir sa rancœur en pleine face, pour autant, ce n'était pas facile à entendre.
- Tu m'as déjà trahi une fois.
- Je …
Il se pencha sur elle, lui attrapant le menton avec raideur. Son regard bleu-gris agité se planta dans celui de Hermione, larmoyant. Son visage était déformé par une grimace de dégout.
- Je n'aurais jamais fait ça, répéta-t-elle. Je suis … venue me rendre.
Et les larmes redoublèrent d'intensité, dévalant sur ses joues, coulant sur son menton alors que son cœur lui hurlait de fuir tant qu'elle le pouvait encore, de ne pas relâcher cette liberté qu'elle ne retrouverait sans doute jamais. Tous ses espoirs s'étaient envolés alors que maintenant l'urgence de fuir ce regard accusateur se faisait sentir.
Mais elle garda les pieds résolument sur le sol.
- Te rendre, ricana-t-il. C'est peut-être le dernier article de la gazette qui a fini de te convaincre ? Tu t'es peut-être dit que tu échapperais à la mort comme ça ? Ou à d'atroces souffrances ?
Son ton froid et désincarné, presque un grondement dans la nuit lui déchira le cœur. Où était le Drago qu'elle avait connu derrières cette couche épaisse de rage ? Était-il seulement encore là ?
- Tu … tu vas me tuer ? souffla-t-elle.
Ses amis lui avaient soufflé cette possibilité, mais Hermione ne pouvait pas y croire.
Un sourire étira ses lèvres fines, mais ce sourire n'avait rien de rassurant ou chaleureux.
- Oh non, Granger, mais crois-moi, tu en rêveras quand je t'aurais fait tout ce que j'ai eu le temps de prévoir dans mes plus beaux rêves.
Elle frissonna et cela sembla réjouir Drago.
Il lui rappelait ce Drago qu'elle avait rencontré en arrivant à la prison, quoiqu'il fût plus inquiétant encore maintenant que son haleine d'alcoolique lui emplissait le nez, maintenant que son regard un peu hagard lui donnait un air de fou.
- Ton petit plan pour m'attendrir n'a aucune chance de fonctionner. Debout, dit-il durement en se levant.
Hermione le regarda se lever, le cœur battant.
- Tu crois que c'est pour ça que je suis revenue, Drago ?
Avant même qu'elle ne se rende compte de ce qui se passait, sa main entoura sa gorge, menaçante.
- Ne m'appelle plus jamais comme ça, sang de bourbe. Tu as perdu ce droit. Ainsi que tous les autres.
Elle attrapa son poignet, retenant sa prise sans grand succès et il frissonna à son contact. Elle aurait aimé croire que ce ne soit pas de dégout.
- Je ne suis pas revenue pour t'attendrir, souffla-t-elle malgré la pression sur sa gorge.
- Alors pourquoi d'autre ? ne put-il s'empêcher de demander.
Hermione hésita à répondre un instant. Il était dans un tel état de rage contre elle, lui imaginant des motivations de manipulatrice en puissance, qu'elle n'était pas certaine que cela soit une bonne idée.
Mais derrière la colère dans le regard de Drago, et la douleur dans le cœur de Hermione, ils avaient besoin de se dire ce secret.
- Pour toi.
Il recula violemment, sa main s'arrachant sa gorge comme s'il avait été brûlé. Un instant, elle vit un éclair de quelque chose d'autre que la rage passer dans ses yeux, et Hermione eut le signe dont elle avait besoin.
Un signe que tout n'était pas perdu.
- Menteuse, cracha-t-il. Debout maintenant.
Hermione dut s'appuyer sur le sol pour se redresser malgré sa faiblesse. Elle tremblait de tout son corps. Ce n'était même pas toutes ces baguettes pointées sur elle qui la terrifiait, ni même la rage de Drago. Non, ce qui la terrifiait plus encore, c'était cette prison, ces horribles murs gris, cette puanteur acide qui lui emplissait le nez chaque fois qu'elle fermait les yeux.
Il se détourna d'elle un instant pour faire face à ses hommes. Comme s'il n'avait pas la moindre peur qu'elle parte en courant. Comme si Hermione ne risquait pas de disparaitre à tout instant.
- On y va, tonna-t-il pour eux.
Ils rangèrent leur baguette, se redressant, s'apprêtant à transplaner et il se retourna vers Hermione. Il planta ses yeux gris dans ceux de Hermione, et malgré l'horreur de sa situation, eh bien, il y avait ces yeux gris qui se posaient à nouveau sur elle.
Il leva son bras, le poing serré, sans rien dire, mais Hermione comprit.
Il fallait transplaner.
Elle leva une main tremblante, ce qui n'échappa pas à Drago qui ne montra pas la moindre émotion.
- Tu as peur ? demanda-t-il, la voix rauque.
Hermione hocha la tête, ses doigts crispés sur le bras de Drago qui ne pouvait que le sentir.
- Oui. Je n'ai même pas eu le temps d'aller voir la mer, murmura-t-elle sans réfléchir.
Il la regarda, le visage impassible. C'était mieux que la colère franche qu'il affichait depuis son arrivée.
- Bon retour en enfer, Granger.
Et ils transplanèrent.
